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Informations sociales

2009/3 (n° 153)


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Il y a une version négative du contretemps. Elle se fonde sur l’idée qu’un événement inattendu surgit et empêche celui qui avait un projet de le réaliser. Au début du XIXe siècle, ce contretemps, forcément fâcheux, était même devenu un terme générique dans l’expression « tomber dans les contretemps ». Synonyme de complication, difficulté, ennui, accident..., il n’est pas loin de l’impondérable, cette particule « sans poids » qui, cependant, risque d’intervenir à tout moment. C’est une sorte de grumeau qui dérange le lissé du temps programmé et retarde, voire annule, le déroulement d’un emploi du temps qui se voulait impeccablement réglé.

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Toujours du côté du négatif, on trouve la personne qui agit à contretemps. Que ce soit en jouant de la musique ou en intervenant dans une conversation, celui qui fait dans le contretemps tombe « mal à propos ». Être à contretemps suppose que l’on n’a pas conscience d’un point important : un groupe trouve sa vitesse de croisière avec un rythme musical bien cadencé ou avec un tour de parole harmonieux. En conséquence, la personne qui intervient à contretemps manifeste son manque d’attention au groupe et son incapacité à faire entrer la maîtrise du flux de la conversation dans le cycle des civilités. Dans le pire des cas, celui qui agit à contretemps peut devenir un contretemps dans une situation dont il empêche le bon déroulement. Incarnant à un tel point ce dysfonctionnement, il devient une sorte de porte-malheur.

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Mais il existe une version positive du contretemps qui s’appelle la syncope. Dans ce cas, il s’agit d’une rupture rythmique qui déplace l’accentuation d’un temps sur un autre, comme ont pu l’illustrer Bach ou Beethoven dans certaines de leurs œuvres. Le contretemps apparaît surtout dans le domaine bien spécifique du jazz. Dans la musique traditionnelle, les temps forts des mesures portent souvent sur les premiers et troisièmes temps, or, en jazz, ce sont les deuxièmes et quatrièmes temps qui sont accentués. Ce décalage rythmique crée une tension particulière que l’on appelle le swing. Ainsi, en jazz, le contretemps est fondamentalement à la base de ce genre musical : ce qui aurait pu apparaître comme un défaut de jeu devient une habileté créatrice. Certains jazzmen, comme le pianiste Errol Garner, sont même arrivés à introduire un léger contretemps dans le swing, redoublant ainsi le décalage rythmique.

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Qu’ils soient vécus comme négatifs ou positifs, les contretemps ont pour fonction de contredire un rythme prévu et d’interroger la hiérarchie des temps forts par rapport aux temps faibles. Que ce soit dans le domaine musical ou dans les péripéties de la vie quotidienne, à leur manière, ils interrogent la norme du temps programmé et remettent les pendules à l’heure.

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Sources : Dictionnaires Le trésor de la langue française et Le Robert ; entretien avec Charles Calamel, contrebassiste de jazz.

Pour citer cet article

Vulbeau Alain, « Contrepoint - Le contretemps, mal à propos ou dans le rythme ? », Informations sociales, 3/2009 (n° 153), p. 21-21.

URL : http://www.cairn.info/revue-informations-sociales-2009-3-page-21.htm


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