Informations sociales 2009/3
Informations sociales
2009/3 (n° 153)
148 pages
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Partie I : Temps et cycle de vie

Vous consultezContrepoint - La révolution adolescente

AuteurCaroline Helfter du même auteur



Dans la valse des âges, l’adolescence occupe une place très particulière, estime A.-Karim Kébir[*] [*] Voir « Le temps prend corps à l’adolescence », contribution...
suite
. Entre l’enfance, subjectivement vécue comme statique, et la prise de conscience adulte de l’inéluctable course des années, « l’adolescence est le moment de la plus grande transformation dans l’appréhension consciente du temps », souligne le pédopsychiatre. « Irréfutable et irréversible », la rupture pubertaire crée un avant et un après, obligeant à un réaménagement de la temporalité psychique, qui passe « du temps éternité de l’enfance au temps sablier de l’âge adulte ». En effet, le corps transformé par le temps devient moteur de la modification du psychisme, ce qui amène le Dr Kébir à parler de « la sexualisation du corps comme mise à feu d’une révolution du psychisme ».

2 Pour l’adolescent obligé de perdre ses repères du côté de l’enfance afin d’en conquérir d’autres dans le champ des adultes, le temps devient « sensible, pesant, dans l’urgence pulsionnelle nouvelle, inévitable, d’une poussée de toutes les expériences infantiles en attente de nouveaux débouchés de sens ». En fonction du passé de l’intéressé et des modalités d’interaction qui le lient à son environnement présent, ce temps de l’adolescence verra se révéler les déséquilibres potentiels du sujet, les vulnérabilités à expression immédiate ou différée – « pathologies de l’adolescence exprimées dans l’actualité des agirs de toutes sortes ou défenses excessives, préludes de pathologies adultes ».

3 Pour les spécialistes de la psyché, la lecture des conflits en jeu est un outil qui donne accès aux transformations dont l’adolescent est le théâtre. Dès les premiers contacts avec ce dernier, quelle que soit l’urgence de la situation qui est à l’origine de la consultation, le soignant (individu ou dispositif) doit articuler de façon cohérente les différents niveaux de temporalité, explique le Dr Kébir : le temps objectif, concret, de l’environnement, notamment celui du contexte familial, et le temps subjectif du monde intérieur de l’adolescent. Le cadre du soin doit, en fait, « s’ajuster à l’équilibre entre capacités internes de l’adolescent et qualités – richesses ou carences – de l’environnement ». Ainsi, la prise en charge pourra-t-elle être plus ou moins directe et protectrice, allant du simple soutien éducatif au suivi en institution. « Que le temps, en prenant corps, rende l’adolescent sujet de son histoire », tel est l’enjeu du travail thérapeutique, conclut l’auteur.

 

Notes

[ *] Voir « Le temps prend corps à l’adolescence », contribution d’A.-Karim Kébir au dossier de la revue Empan, n° 69, « CATTP : temps du soin, espace de vie », mars 2008, p. 38-45.Retour


POUR CITER CET ARTICLE

Caroline Helfter « Contrepoint - La révolution adolescente », Informations sociales 3/2009 (n° 153), p. 29-29.
URL :
www.cairn.info/revue-informations-sociales-2009-3-page-29.htm.