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Informations sociales

2009/6 (n° 156)

  • Pages : 152
  • Éditeur : CNAF


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Adapté d’une nouvelle de Francis Scott Fitzgerald que nombre de spécialistes tiennent pour assez médiocre, L’étrange histoire de Benjamin Button, film réalisé en 2009 par David Fincher, est très représentatif d’un cinéma dans lequel les moyens techniques intéressent davantage que la profondeur de la réflexion.

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L’argument est connu : Benjamin Button naît sous l’apparence d’un vieillard et va vivre à rebours les quelque quatre-vingts années de son existence, rajeunissant (« growing younger », écrit Fitzgerald dans un bel oxymore) au fil du temps, pour finir par mourir nourrisson veillé par une nurse.

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La nouvelle et le film inscrivent le déroulement de l’existence de Benjamin Button « en situation historique », le livre situant le récit entre 1860 et 1930, le film commençant en 1918 et se terminant avec la venue du cyclone Katrina sur la Nouvelle-Orléans, en 2005. Dire que l’impact des événements qui se sont produits dans ces intervalles est déterminant pour l’histoire serait très exagéré. Pas de fresque événementielle donc, les guerres, les dépressions économiques et les conflits sociaux n’ayant ici qu’un rôle de fond d’écran ou, au mieux, servant de prétexte à des effets spéciaux qu’il faut quand même saluer comme très réussis, à l’instar du travail de maquillage à travers lequel les acteurs Brad Pitt et Cate Blanchett sont montrés aux divers âges de la vie grâce à des techniques de vieillissement et de rajeunissement de synthèse. Mais ces prouesses morpho-technologiques ne sont pas vraiment intégrées au scénario et leur gratuité n’est pas compensée par la profondeur de la réflexion. Le thème, somme toute assez banal, du temps qui passe inviterait pourtant à philosopher sur le mode « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait... » mais la question n’est malheureusement traitée qu’au moyen d’une superposition vieux/jeune assez itérative tout au long du film et finalement frustrante.

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L’intrigue se concentre principalement sur une histoire d’amour : Daisy est une enfant lorsque Benjamin – qui a alors l’apparence d’un septuagénaire – fait sa connaissance et tombe amoureux d’elle. Les vies des amoureux ne vont pas être parallèles, on l’aura deviné. Elles vont plutôt se croiser pour ne coïncider que de façon très éphémère, avant que l’un et l’autre ne poursuivent, chacun dans son sens, le cours de leur destin. Ils ne vieilliront pas ensemble. Le temps les emporte, au-delà des apparences, vers leur fin génétiquement programmée et, en dépit de trouvailles narratives souvent heureuses, cette dimension fantastique du récit semble avoir été sacrifiée. On aurait attendu, même sur le seul thème de l’amour impossible, une histoire prenant valeur de mythe dans le panthéon des couples éternels aux côtés de Philémon et Baucis. L’intention du metteur en scène, imaginant pourtant, dans les premières minutes du film, un horloger aveugle fabriquant une pendule dont les aiguilles vont tourner en sens inverse, n’est appuyée ni par le souffle épique que l’histoire aurait mérité ni par l’inspiration du fabuliste qui aurait peut-être retenu la folle dérive de Daisy et de Benjamin dans l’espace-temps.

Pour citer cet article

Grelley Pierre, « Contrepoint - La vie à l'envers », Informations sociales 6/ 2009 (n° 156), p. 31-31
URL : www.cairn.info/revue-informations-sociales-2009-6-page-31.htm.


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