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S'inscrire Alertes e-mail - Informations sociales Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezLa construction sociale de l’enfance : une variété de normes et de contextes
AuteurDoris Bonnet du même auteur
Directrice de recherches en anthropologie à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), membre de l’UMR 196 (Ined-IRD-Paris-Descartes) Centre population et développement, membre associée au Centre d’études africaines de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), coresponsable avec Catherine Rollet et Charles-Edouard de Suremain d’un séminaire bimensuel intitulé Regards croisés sur la petite enfance. Elle est l’auteure de1 La notion d’enfance n’est pas la même partout. La place et le rôle qui sont assignés aux enfants sont dictés par l’environnement physique, culturel et socio-économique. Ces divergences sont illustrées par la comparaison d’exemples pris dans les pays occidentaux et plusieurs pays africains, avec un développement sur le Sahel : qu’est-ce qui fait l’âge de l’enfant ? quel est le rôle du corps ? qu’en est-il du droit à la parole ?
2 Les historiens, depuis Philippe Ariès (1960), nous ont expliqué que la notion d’enfance est une construction sociale relativement récente en Occident. Par construction, il faut entendre le fait de créer une catégorie sociale, médicale, juridique, selon des âges de la vie. D’autres historiens (Alexandre-Bidon et Lett, 1998) ont fait valoir que cette construction de l’enfance ne devait pas se confondre avec le « sentiment » d’enfance, à savoir les émotions que les individus ont à l’égard des enfants, en particulier vis-à-vis des leurs. En effet, les sentiments (amour, haine) et les émotions (joie, tristesse) s’expriment différemment selon les époques et les cultures. Dans certains contextes culturels, les normes sociales n’autorisent pas l’expression des émotions car les pleurs et les cris témoignent d’une incapacité à maîtriser ces émotions. Cela ne signifie pas, pour autant, que les mères et les pères sont indifférents à la mort de leurs enfants[1] [1] Une formation en sciences sociales menée auprès d’infirmières,...
suite (Ortigues et Ortigues, 1993 ; Bonnet, 1997). D’aucuns ont aussi émis l’idée que la forte mortalité infantile dans une société amoindrirait la douleur singulière de la perte de l’enfant. Qu’il s’agisse des campagnes françaises de l’Ancien Régime ou de celles des pays en développement, peu d’observations témoignent avec certitude de cet état de fait. La connaissance des probabilités de décès des enfants n’infléchit pas nécessairement l’intensité des sentiments.
3 Certes, cette expression des sentiments est souvent mise en relation avec la place sociale ou la valeur accordée à l’enfant, selon les époques et les cultures et aussi selon les familles. Des études relatives à la malnutrition dans les pays en développement ont montré que certains enfants, selon par exemple le rang de naissance ou le sexe, avaient plus de probabilités de décéder que d’autres au sein d’une famille. La négligence envers certains enfants s’appréhende avec difficulté et une corrélation avec l’expression des émotions n’est pas toujours un indicateur pertinent. La construction sociale de la catégorie « enfant » ne relève donc pas de l’affectivité d’une personne ou d’un groupe humain, mais plutôt de normes établies par une société dont l’enfant est un des acteurs. Ces normes sont déterminées par le contexte environnemental, sanitaire et religieux de la société.
4 Les travaux des anthropologues ont précisément pour objectif d’appréhender les différents savoirs – ici, sur l’enfance – selon les groupes sociaux et les contextes. Après avoir mené des recherches essentiellement sur des terrains « exotiques », leurs études portent aujourd’hui sur les sociétés du Nord comme du Sud. Et il ne s’agit plus d’appréhender uniquement la culture des populations mais également celle des institutions qui déterminent les politiques de prise en charge de l’enfance.
Qui désigne-t-on comme « enfant » ?
5 En français, la variété des termes pour désigner un enfant renvoie à des stades de son développement. Par exemple, le terme « nourrisson » signifie « besoin d’être nourri ». Il se réfère à une époque où le bébé n’est pas encore autonome pour manger. Mais, pour les médecins, le terme « nourrisson » va de un mois à un an. Avant un mois, on parlera de nouveau-né. En termes populaires, on utilisera plutôt celui de « bébé ».
6 Dans de nombreuses sociétés de pays en développement où l’état civil n’est pas rigoureusement appliqué, les personnes ne connaissent pas leur âge et la notion de tranche d’âge n’est pas comparable à celle qu’en ont les médecins ou les juristes[2] [2] En France, c’est aussi la baisse de la mortalité qui...
suite. L’âge est devenu, avec le sexe, une « composante essentielle de l’identité ». La notion d’enfance est pensée du point de vue du lien intergénérationnel. Par exemple, celui qui dans notre culture est « adulte » peut, dans ces contextes sociaux, être assimilé à un enfant. On peut ainsi appeler un homme célibataire âgé de 25 ans, voire plus, « enfant » parce qu’il n’a pas encore eu, lui-même, un enfant. C’est la capacité à se reproduire qui fera de lui un adulte. On ne se situe pas, dans ce cas, dans une opposition jeune/vieux mais en termes de reproduction biologique, ce qui implique un écart d’âge pour définir un stade générationnel.
7 Le concept de cycle de vie est déterminé par les relations qui se nouent entre les générations, faisant valoir un rythme de socialisation de l’enfant et une temporalité dans la transmission des connaissances. Les rapports intergénérationnels mettent en exergue des attributs sociaux, des droits et des devoirs entre les uns et les autres. Ils se fondent également sur des rapports de domination des aînés vis-à-vis des cadets (selon la parenté, le sexe et la classe sociale) et non pas sur des « relations d’écoute ». Ce type de relation a perduré dans les campagnes françaises jusqu’au XIXe siècle ; il est toujours pertinent dans nombre de sociétés rurales des pays en développement.
8 Il importe donc d’appréhender l’âge de la vie de l’enfant, non seulement en fonction de son développement psychologique et moteur, mais également comme une étape sociale avec une place et une fonction assignées. Dans de nombreux pays et dans un certain nombre de conventions internationales, l’âge de la majorité à 18 ans détermine, au niveau juridique, le passage à l’âge adulte. En revanche, dans les hôpitaux c’est à partir de 15 ans qu’un jeune patient ne consulte plus en pédiatrie. Ces questions d’âge sont le produit d’une norme pour laquelle « l’enfant est opposé à l’adulte »[3] [3] Bernard Schlemmer (UMR 196, INED-IRD-Paris-Descartes), conférence...
suite. Son statut, selon les sociétés, est donc le produit de ces définitions normatives.
Quel est le statut de l’enfant ?
9 Dans les familles qui fondent leurs relations sur une représentation lignagère du groupe (réunissant toutes les personnes issues d’un ancêtre connu commun) l’enfant est sous le contrôle du chef lignager, ses parents étant eux-mêmes dépendants du chef du lignage. Par exemple, dans des sociétés rurales d’Afrique subsaharienne, l’enfant est susceptible de « circuler » à l’intérieur de la famille élargie (dont les membres ne vivent pas obligatoirement sous le même toit) et peut être « confié » à une tante, une sœur aînée, etc., dans une ville éloignée du domicile de ses parents biologiques, dès son sevrage et sans qu’on lui demande son avis. Quelquefois, c’est à l’adolescence que l’enfant sera « placé » en ville chez un parent ou un ami de la famille, pour se rendre à l’école ou pour devenir domestique et soulager ainsi la pauvreté de ses parents. Dans ce dernier cas, pour les uns, il est « exploité », pour les autres, il permet à sa famille de survivre. Pour les uns, les droits de l’enfant sont bafoués, pour les autres, les conditions socio-économiques d’existence de la famille et le niveau de développement économique du pays ne permettent pas à tous d’accéder au droit à la scolarité.
Des interprétations divergentes
10 Avant d’appréhender l’enfance en termes moraux, il s’avère indispensable de prendre connaissance du contexte où vit la famille de l’enfant. Les polémiques médiatiques qui ont surgi à l’occasion de l’affaire de l’Arche de Zoé[4] [4] Consulter à ce sujet l’éclairante réflexion d’Élise...
suite, impliquant des enfants nigériens, ont fait valoir la disparité entre différentes échelles de valeur. Pour les humanitaires, il s’agissait d’enfants qu’il fallait sauver de la misère, quitte à les séparer de leurs parents et à les proposer à l’adoption. Pour les familles, il s’agissait d’enfants susceptibles d’être confiés et non « donnés » à des individus qui leur permettraient d’avoir accès à l’éducation et à la santé durant quelques années, et qu’il n’était pas question d’abandonner. Ce cas a fait valoir une disparité des « intentions » des acteurs, qui pourtant déclaraient tous agir pour le « bien » ou dans « l’intérêt » des enfants. Mais s’agit-il uniquement d’une divergence de sentiments et d’opinions sur le « bien-être » de l’enfant ? L’anthropologue É. Guillermet (2008) a montré que cette affaire ne révélait pas seulement des divergences « culturelles » mais aussi l’existence de problèmes politiques, notamment en matière d’adoption internationale, ainsi que de dysfonctionnements locaux de l’état civil et de défaillances de certains projets humanitaires concernant l’enfance.
Quelle parole de l’enfant est écoutée ?
11 L’enfant des sociétés rurales à grande pauvreté n’est pas « écouté » au sens où les pédagogues des pays occidentaux l’entendent. Le statut de la parole de l’enfant doit donc être posé selon les contextes (sociaux, médicaux, juridiques, etc.), et ceci que l’enfant ait accès au langage ou pas. Par exemple, dans certaines sociétés des campagnes africaines, d’un point de vue culturel, les pleurs ou les colères d’un bébé sont un « signe ». Ils expriment de la part d’un nourrisson le « désir de repartir d’où il vient » (Bonnet, 1988). Dans ce cas, il s’agit d’un système d’interprétation de symptômes qu’il faut « entendre » lorsque l’enfant est malade. Il importe de relever que l’enfant est entendu à travers les souffrances de son corps. Son corps parle, il est objet de communication, et les parents, la famille ou les devins interprètent et traduisent les messages des esprits de l’au-delà, via ses souffrances physiques, ses maladies ou ses malformations. À travers son corps, ce sont les esprits, les ancêtres ou quelquefois des parents de l’au-delà qui envoient des messages pour signaler le mal-être de l’enfant. Mais le symptôme de l’enfant ne parle pas que de lui : il peut s’agir aussi d’une transgression sociale commise au sein du lignage (adultère, funérailles non accomplies, etc.) que la souffrance de l’enfant révèle aux membres de la famille. Peut-on parler, dans ces systèmes lignagers, d’un paradoxe entre la valeur accordée au corps de l’enfant – en tant que signifiant « parlant » individuel et collectif – et sa parole socialement subordonnée à un statut intergénérationnel ? Ou bien ce système d’interprétations ne fait-il que renvoyer à une certaine théorie de la personne humaine qui s’inscrivait dans une cosmogonie organisée au sein d’une organisation sociale lignagère et qui est en cours de modifications ?
12 Les psychologues contemporains du monde occidental ont « découvert » (Dolto, 1977 ; Martino, 1985) que l’enfant était, dès sa naissance, une personne et pour eux, cette reconnaissance s’accompagne, lorsqu’il a accès au langage, d’un droit à la parole, aussi bien au sein de sa famille que dans ses relations sociales (professionnels de la santé[5] [5] Pour les pédopsychiatres et les psychologues qui travaillent...
suite et du milieu juridique). Mais l’enfant, dans ce contexte, parle-t-il en tant que « sujet » ? Ou bien doit-on considérer que l’enfant « retranscrit » toujours plus ou moins le discours d’un « autre » ? Et même que l’adulte a, lui aussi, des difficultés à débusquer sa place en tant que sujet ?
13 Dans les sociétés dites « lignagères », l’enfant devient progressivement une personne. À la naissance on s’interroge sur son « animalité » et sa « supranaturalité » (par exemple, esprit de brousse). Il est observé avec attention et son développement moteur (en particulier la position assise) va révéler la catégorie à laquelle il appartient. Les techniques de puériculture vont avoir pour objectif de favoriser ce « devenir une personne ». Qu’on se situe dans certaines couches sociales de l’Île de la Réunion (Pourchez, 2007), dans les campagnes boliviennes (de Suremain, 2007), ivoiriennes (Haxaire, 2007) ou burkinabè (Bonnet, 2007), le corps du bébé doit être façonné, toiletté, massé, au cours d’un ensemble de manipulations corporelles qui visent à « la finition du corps du nouveau-né »[6] [6] Ces différents exemples sont issus de Bonnet et Pourchez...
suite. L’étude des pratiques de puériculture permet ainsi d’observer à quels savoirs se réfèrent les mères et la façon dont ces savoirs entrent quelquefois en conflit au sein d’une famille ou avec le milieu médical. En Europe, le corps de l’enfant est devenu objet de préoccupation sanitaire dans l’hygiénisme du XIXe siècle et l’éducation corporelle a été ensuite pensée en termes médicaux.
14 Dans certaines sociétés rurales contemporaines des pays en développement, l’enfant est entendu dans son corps mais n’a pas pour autant un droit de parole lorsqu’il a acquis le langage. Il reste subordonné à ses aînés qui traduisent les messages des esprits de l’au-delà, via ses souffrances physiques, ses maladies ou ses malformations, et il doit apprendre à « se comporter » selon les critères sociaux de sa société d’appartenance. Au niveau du groupe, la prise de parole est aussi subordonnée à l’âge et au sexe. L’enfant n’est pas le seul à être soumis à ces règles sociales : une femme, en zone rurale, n’est pas autorisée, publiquement, à prendre la parole avant son conjoint. L’enfant ne grandit donc pas dans un environnement qui le pousse à donner son avis, si ce n’est à l’occasion de contes, lors de veillées où les enfants sont largement sollicités à donner leur opinion, mais dans un contexte de théâtralisation. La parole de l’enfant est, alors, sollicitée dans le registre de l’imaginaire et non pas dans celui de la vie quotidienne.
15 L’enfant dont les parents se sont émancipés de ces théories de la personne et de ce type d’organisation sociale prend-il une place différente au niveau de son droit à la parole ? L’enfant qui suit un cursus scolaire est-il obligatoirement confronté à une autre relation au savoir, et donc au pouvoir, dans ses relations intergénérationnelles ? Va-t-on observer dans les familles contemporaines africaines une représentation de la famille qui s’éloigne du modèle lignager et relève davantage d’une organisation nucléaire de la famille[7] [7] Considérons, dans ce cas, la famille polygame comme plusieurs...
suite ? S’agirait-il d’une rupture historique, selon le terme employé par François de Singly pour qualifier les transformations du monde occidental à partir des années 1960 ? S’oriente-t-on vers une autre conception de l’enfant ? L’enfant va-t-il devenir un acteur social prêt à exprimer des revendications ou un renversement des hiérarchies[8] [8] Notons que certains coups d’État africains, notamment...
suite ?
16 L’idée qu’un enfant a droit au plein épanouissement de lui-même ne peut se réaliser sans un développement socio-économique du pays où il vit. Les recommandations internationales relatives au droit des enfants ne peuvent être traduites en actes dans des pays où le travail des enfants est une procédure de survie[9] [9] Consulter à ce sujet l’ouvrage réalisé en 1996 sous...
suite, où les conflits armés utilisent les enfants…, bref, dans de nombreux cas où ils sont victimes de trafics, de déplacements forcés et d’exploitation, ou encore de ruptures familiales et scolaires (« enfants des rues »). L’expérience sociale de ces enfants invite à réfléchir sur la notion d’« autonomie » de l’enfant selon les contextes. De fait, la reconnaissance des droits de l’enfant (1989) « ne peut être comprise que si elle est resituée dans un mouvement plus général » (Singly, 2004, p. 17) et au sein d’une réflexion sur la distribution du pouvoir entre aînés et cadets.
17 Pour conclure, l’enfant occupe une place en tant que catégorie sociale, non seulement selon les milieux socioprofessionnels, mais aussi selon le monde social qui l’entoure et selon l’histoire du développement socio-économique et politique des pays où il vit, au Nord comme au Sud.
Bibliographie
Bibliographie
Alexandre-Bidon A. et Lett D., 1998,
Ariès P., 1960, L’enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, Paris, Plon, rééd. Le Seuil, 1975, coll. « Points-Histoire ».
Bonnet D., 1988, Corps biologique, corps social. Procréation et maladies de l’enfant en pays mossi. Burkina Faso, Paris, éd. de l’Orstom ; 1997, «“ Autorisés à mourir ” ou la notion de “ négligence sociale ”. Le cas de l’enfant malnutri en Afrique de l’Ouest », Cahier de Marjuvia, n° 4.
Bonnet D. et L. Pourchez L. (dir.), 2007, Du soin au rite dans l’enfance, éd. Érès et IRD éd. (Institut de recherche pour le développement).
Dolto F., 1977, Lorsque l’enfant paraît, Paris, Le Seuil.
Guillermet É., 2008, « Dossier n° 11. L’Arche de Zoé : un exemple d’incompréhensions autour de ‘‘l’orphelin’’. Vers un éclairage anthropologique », Bulletin amades, n° 73.
Haxaire C., 2007, « Soins, toilette du nouveau-né et rites d’imposition de nom chez les Gouro de Côte d’Ivoire », in Bonnet D. et Pourchez L. (op. cit.), p. 103-112.
Martino B., 1985, Le bébé est une personne, Paris, Balland.
Ortigues M.-C. et Ortigues E., 1993, « Pourquoi ces mères indifférentes ? », Psychopathologie africaine, vol. XXV, n° 1, p. 5-31.
Pourchez L., 2007, « Les transformations de l’enfant : façonnage du visage et bandage du tronc de l’enfant à l’Île de la Réunion » in Bonnet D. et Pourchez L. (op. cit.), p.43-60.
Singly F. de (dir.), 2004, « Le statut de l’enfant dans la famille contemporaine », in Enfants, adultes : vers une égalité de statuts ?, Paris, Universalis, coll. « Le tour du sujet ».
Suremain de C.-É., 2007, « Au fil de la faja. Enrouler et dérouler la vie en Bolivie » in Bonnet D. et Pourchez L. (op. cit.), p. 85-102.
Notes
[ 1] Une formation en sciences sociales menée auprès d’infirmières, exerçant dans une organisation humanitaire, à leur retour de camps de réfugiés en Afrique, m’a conduite à entendre plusieurs réflexions sur « le peu de sentiments qu’avaient les mères à la mort de leur enfant car elles ne pleuraient jamais au moment du décès ». Il s’agissait là d’une méconnaissance totale de l’expression des sentiments dans ce contexte et surtout de l’état de prostration dépressive dans lequel étaient ces femmes. Consulter à ce sujet : Bonnet, 1997 et Ortigues et Ortigues, 1993.
[ 2] En France, c’est aussi la baisse de la mortalité qui a introduit « un meilleur contrôle des calendriers de naissance » (Francis Godard, « La définition des âges de la vie », Biographie et cycle de vie, Enquête, 1989, mise en ligne le 3 février 2006 : http://enquete.revues.org/document84.html, consulté le 4 novembre 2009).
[ 3] Bernard Schlemmer (UMR 196, INED-IRD-Paris-Descartes), conférence du 22 janvier 2010, « Construction/occultation d’une catégorie sociale : les enfants travailleurs vs le travail des enfants », séminaire du Ceped (Centre population et développement).
[ 4] Consulter à ce sujet l’éclairante réflexion d’Élise Guillermet, 2008, « Dossier n° 11. L’Arche de Zoé : un exemple d’incompréhensions autour de ‘‘l’orphelin’’. Vers un éclairage anthropologique », Bulletin amades, n° 73.
[ 5] Pour les pédopsychiatres et les psychologues qui travaillent dans les pays d’Afrique, il est encore complexe d’engager une thérapie verbale en « face-à-face ». Marie-Cécile Ortigues suggérait d’organiser la rencontre thérapeutique selon la façon et le rythme des familles (par exemple, venir avec sa tante ou son grand-père, etc.). Lire à ce sujet Marie-Cécile Ortigues et Edmond Ortigues, 2005, Comment se décide une psychothérapie d’enfant ?, Heures de France, coll. « Guides professionnels de santé mentale ».
[ 6] Ces différents exemples sont issus de Bonnet et Pourchez (2007).
[ 7] Considérons, dans ce cas, la famille polygame comme plusieurs familles nucléaires.
[ 8] Notons que certains coups d’État africains, notamment au Burkina Faso, se sont basés sur la prise de pouvoir des cadets contre les aînés et que le cas des enfants soldats en Afrique centrale est quelquefois analysé comme un renversement des hiérarchies intergénérationnelles entre parents et enfants (Patrice Yengo, « Le monde à l’envers. Enfance et kindoki ou les ruses de la raison sorcière dans le bassin du Congo », in Cahiers d’études africaines, 2008, vol. XLVIII, n° 1-2, p. 297-323).
[ 9] Consulter à ce sujet l’ouvrage réalisé en 1996 sous la direction de Bernard Schlemmer, L’enfant exploité. Oppression, mise au travail, prolétarisation, Karthala-Orstom. Les auteurs y critiquent le « paradigme dominant » qui, dans le discours des conventions internationales, pose l’éducation et le travail comme incompatibles, « transformant le droit à l’éducation en devoir de scolarisation et confondant le travail et l’exploitation ». Cet ouvrage engage une riche réflexion sur la définition et la construction de l’objet « enfant ».
Résumé
L’enfance est une étape de la vie qui n’a pas le même sens selon les époques, les sociétés et ses acteurs sociaux. Différents modèles de l’enfance sont observables avec des variations de normes, selon les ancrages culturels et socio-économiques des lieux de vie des enfants. La connaissance de ces normes et de ces contextes, tant au niveau des discours que des pratiques, permet une meilleure compréhension des comportements parentaux et de leurs divergences avec ceux des professionnels de santé. Il ne s’agit pas, pour autant, de s’engager dans une perspective relativiste où la connaissance s’associe à toute forme de tolérance. La connaissance de l’Autre permet une meilleure écoute et éclaire la prise de décision. Pour illustrer son propos, l’article compare le statut de l’enfance en Occident et dans plusieurs pays africains et développe en particulier le cas du Sahel.
PLAN DE L'ARTICLE
- Qui désigne-t-on comme « enfant » ?
- Quel est le statut de l’enfant ?
- Des interprétations divergentes
- Quelle parole de l’enfant est écoutée ?
POUR CITER CET ARTICLE
Doris Bonnet « La construction sociale de l'enfance : une variété de normes et de contextes », Informations sociales 4/2010 (n° 160), p. 12-18.
URL : www.cairn.info/revue-informations-sociales-2010-4-page-12.htm.





