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S'inscrire Alertes e-mail - Informations sociales Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezMaltraitance envers les enfants : un drame largement sous-estimé
AuteurCaroline Helfter du même auteur
On peut se féliciter, en France, d’une très importante chute de la mortalité infantile : son taux est passé de 746,3 pour 100 000 naissances vivantes en 1990 à 362,6 en 2005, souligne Anne Tursz, pédiatre et épidémiologiste[*] [*] Tursz A. , 2010, Les oubliés. Enfants maltraités en France...
suite. Cependant, avertit la chercheure, cette réjouissante évolution ne doit pas occulter la forêt d’incertitudes sur la qualité de la certification des causes de décès avant un an et sur l’exactitude de certains diagnostics, d’autant que lors d’une mort inattendue de nourrisson, la pratique de l’autopsie est loin d’être systématique. Or, depuis 1995, entre un cinquième et un quart des décès avant un an (25 % en 1995, 17 à 19 % depuis 2000) relèvent d’un ensemble de causes inconnues ou non précisées. Parmi ces décès, on constate un taux surprenant de morts traumatiques par accidents non liés à la circulation routière : celui-ci est chez les tout-petits près de deux fois plus élevé que chez les 1-4 ans (7,1 contre 4,0 pour 100 000 en 2006) qui, eux, sont pourtant à l’âge de tous les dangers en matière d’accidents domestiques.
2 Pour en savoir plus sur ces morts suspectes de nourrissons, Anne Tursz et son équipe de l’Inserm ont réalisé une étude rétrospective auprès des hôpitaux et des tribunaux de trois régions françaises (Bretagne, Île-de-France et Nord-Pas-de-Calais). Cette recherche fait apparaître une massive sous-estimation des homicides au cours de la première année de la vie : sur 247 enfants décédés avant un an durant la période 1996-2000, 80 infanticides ont été identifiés (et 12 fortement suspectés) pour 23 qui avaient été recensés comme tels dans les statistiques officielles de mortalité. « Si l’on en juge par le pourcentage élevé d’enfants qui, avant leur décès, étaient suivis médicalement ou, en tout cas, avaient récemment vu un médecin en consultation ou avaient été hospitalisés », beaucoup de ces morts violentes sont sans doute évitables, estime Anne Tursz. Et d’incriminer, à cet égard, l’insuffisante formation des médecins à la reconnaissance de la maltraitance. « C’est toute une séméiologie fine et les principes d’un interrogatoire approfondi qu’il faut enseigner » pour que les intéressés acquièrent des notions précises sur les signes d’alerte qui doivent faire penser à de mauvais traitements, explique la spécialiste. Compte tenu de la grande frilosité des praticiens par rapport à la communication d’informations préoccupantes et au signalement, il est également indispensable de prévoir des sessions interprofessionnelles de formation continue pour que se crée une culture commune sur ces questions entre la médecine et la justice. Cent cinquante ans après les travaux pionniers du médecin français Ambroise Tardieu sur les sévices à enfants, « la reconnaissance de la maltraitance (…) a certes progressé et il existe un système de protection de l’enfance, mais on peut toujours se demander si l’attitude des professionnels de santé a réellement évolué », commente l’auteure.
Notes
[ *] Tursz A., 2010, Les oubliés. Enfants maltraités en France et par la France, Paris, Le Seuil.
POUR CITER CET ARTICLE
Caroline Helfter « Maltraitance envers les enfants : un drame largement sous-estimé », Informations sociales 4/2010 (n° 160), p. 123-123.
URL : www.cairn.info/revue-informations-sociales-2010-4-page-123.htm.





