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S'inscrire Alertes e-mail - Informations sociales Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezLe maternage comme cadre de référence du bien-être de l’enfant
AuteurDanielle Boyer du même auteur
Ethnologue, conseillère technique au Département de la Recherche de la Cnaf où elle a en charge le programme de recherche sur la petite enfance et l’Observatoire national de la petite enfance. Ses thèmes de recherche portent sur politique familiale et petite enfance, politique d’accueil des jeunes enfants, professionnels de petite enfance, conciliation entre la vie familiale professionnelle, congés parentaux, paternité. Elle a notamment publié : Boyer D., Fagnani J., 2008, « Horaires de travail des couples et participation des pères à l’éducation des jeunes enfants», Presses de l’EHESP, «Alors que les politiques familiales stricto sensu ne relèvent pas explicitement du champ de compétences de l’Union européenne, les questions relatives à la garde des enfants, et plus largement à leur bien-être, prennent une place de plus en plus grande dans les préoccupations communautaires. Sur ces points, les textes plaident tous en faveur d’une modernisation des politiques de soutien aux parents. Ce tournant s’exprime par un redéploiement des mesures, moins centrées sur le coût direct des enfants et davantage sur les coûts indirects, c’est-à-dire ceux associés à la garde des enfants, que celle-ci soit effectuée par des professionnels à l’extérieur du ménage ou par l’un des parents qui limite ou renonce plus ou moins temporairement à son emploi pour se consacrer à ses jeunes enfants dans le cadre d’un congé parental. Ce faisant, ces préoccupa-tions s’ajoutent à celles de l’articulation travail/famille en lien avec la stratégie européenne pour l’emploi, mise en place à la fin des années 1990, et visant à augmenter la participation des femmes au marché du travail – objectif économique associé à celui de la promotion de l’égalité hommes/femmes. La conjugaison de ces deux objectifs - bien-être de l’enfant et participation des femmes au marché du travail – trouve un contenu particulier au regard de la question de la prise en charge de l’accueil des jeunes enfants. Les conceptions et les choix d’indicateurs de bien-être de l’enfant peuvent illustrer les ambiguïtés toujours présentes sur la question de la prise en charge de l’enfant en dehors de sa famille. Sur quoi se basent ces conceptions ? Établissent-elles un consensus sur les pratiques éducatives qui seraient les plus bénéfiques au jeune enfant ou manifestent-elles le caractère relatif de la notion de bien-être ? En quoi ces conceptions raniment-elles la question de l’opposition de l’intérêt de l’enfant à celui de sa mère ? En quoi nous éclairent-elles sur nos conceptions de la socialisation des enfants dans les modes d’accueil de la petite enfance ? En France, la concentration des débats d’experts ou sociétaux sur l’âge préconisé d’entrée du jeune enfant (moins de 3 ans) dans une institution extra-familiale – et, en précepte, l’âge envisageable de séparation d’avec la mère – au regard de la quasi-absence de débats sur l’extension du congé parental au-delà des enfants en bas âge paraissent illustrer ces ambiguïtés[1] [1] Proposition par le Haut Conseil à la famille de création...
suite.
Bien-être et accueil de l’enfant en collectivité
2 Lors du sommet de mars 2002 à Barcelone, les États membres, par la voix du Conseil européen, se sont engagés à mettre en place, d’ici à 2010, des structures d’accueil pour au moins 90 % des enfants âgés entre 3 ans et l’âge de la scolarité obligatoire, et au moins 33 % des enfants âgés de moins de 3 ans.
3 Mais alors que dans la plupart des pays la proportion d’enfants de 3 à 6 ans accueillis est de plus de 80 %, elle varie fortement pour les 0-3 ans, dépassant exceptionnellement les 30 % (Eurostat, 2006). Dans la plupart des pays, il reste des progrès importants à accomplir pour répondre à la demande de structures d’accueil. En effet, seuls cinq États ont dépassé l’objectif de Barcelone ; sept autres se trouvent à un niveau intermédiaire (entre 16 et 26 %), et huit autres affichent un taux de couverture inférieur ou égal à 10 %.
4 En Europe, la prise en charge publique de l’éducation des jeunes enfants de moins de 3 ans est controversée. Pour cette tranche d’âge, l’acceptation d’une coresponsabilité partagée de l’éveil et des soins des jeunes enfants entre la famille et la société demeure encore l’objet de controverse ou de résistance, ce qui explique en partie que le taux de couverture (entre 3 et 72 %) et l’âge d’accès aux services d’accueil varient considérablement selon les pays. À ces éléments de comparaison, on peut rajouter l’hétérogénéité des horaires d’ouverture des services d’accueil. En effet, l’amplitude d’accueil proposée est aussi un indicateur de la manière dont un pays conçoit le champ des possibles de l’accueil d’un enfant en dehors du cadre familial. Les heures de fréquentation de ces services varient fortement d’un pays à l’autre, et la proportion de centres d’accueil qui ne fonctionnent qu’à temps partiel est particulièrement importante dans certains pays. À cet égard, les cas des Pays-Bas, de l’Allemagne et du Royaume-Uni sont à souligner puisque les enfants de moins de 3 ans n’y fréquentent presque exclusivement que des services de garde à temps partiel.
5 En France, l’accueil extra-familial des tout- petits (moins de 3 ans) combine deux modes d’accueil principaux qui se distinguent selon leur cadre d’exercice : cadre privé (chez les assistantes maternelles) ou cadre professionnel (dans des établissements d’accueil collectif). Ces services fonctionnent à temps complet (Boyer et Nicolas, 2010 ; Pélamourgues, 2009) et les dispositifs de socialisation s’inscrivent dans le cadre de politiques familiales explicites et fortement institutionnalisées. Pour autant, les principes de socialisation extra-familiale des tout-petits peuvent trouver leurs controverses dans les débats autour de la segmentation de l’offre différenciée selon l’âge de l’enfant. Dans ces débats, l’accueil chez une assistante maternelle, parce qu’il est exercé par des femmes à leur domicile, renverrait plus au modèle d’une disponibilité maternelle et serait approprié à l’accueil du petit enfant (de moins de 1 an) alors que l’accueil qui se démarquerait de ce modèle ne serait accessible qu’à partir de l’âge de 1 an.
6 Sur un autre registre de l’accueil, celui de la scolarisation, l’accent mis sur les arguments en faveur du développement de l’enfant (alors qu’il s’agit essentiellement de pallier un déficit de l’offre) qui ont été avancés dans les débats politiques pour expliciter la mise en place de jardins d’éveil pour les enfants âgés de 2 à 3 ans, ne s’inscrit-il et ne s’appuie-t-il pas lui aussi sur les controverses des modèles normatifs de socialisation extra-familiale des enfants de moins de 3 ans ? Sur ce point, les carences et dysfonctionnements affectifs produits par les processus de socialisation des petits enfants, parce que ces derniers ne permettraient pas à la mère d’assumer au mieux sa fonction maternante, se trouvent encore fréquemment énoncés par les théories psychologiques. Dans ces discours, l’importance vitale que présente pour l’avenir de la santé mentale du jeune enfant la qualité des soins prodigués à l’enfant durant ses premières années s’efface devant l’importance fondamentale d’avoir été uni à sa mère par un lien affectif intime et constant, source pour tous deux de satisfaction et de joie (Neyrand, 2000).
Le poids des normes de maternage
7 La Suède offre un autre exemple de débats controversés entre l’âge de socialisation de l’enfant et son bien-être. Malgré les normes égalitaires prônées dans la société suédoise, qui valorisent l’importance pour l’enfant d’une relation de proximité affective au quotidien par ses deux parents, les principes éducatifs qui entourent la petite enfance posent le maternage comme fondamental. Ainsi, les normes actuelles diffusées concernant l’allaitement incitent les mères à prendre l’ensemble des jours de congés parentaux pendant la première année de leur enfant, et l’idée selon laquelle la journée à la crèche ne doit pas être trop longue les conduit à un recours fréquent au temps partiel. Sur le même registre, le choix de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) de considérer le taux d’allaitement comme un indicateur de comparaison entre pays du bien-être de l’enfant (Thévenon, p. 20 dans ce même numéro) témoigne de la valeur accordée au rôle maternel dans l’éducation du tout-petit.
8 Plus largement, les congés parentaux parce qu’ils sont soit confondus avec les congés de maternité, soit envisagés comme leur prolongement sont significatifs des normes de socialisation de l’enfant. À ce titre, en France, la concentration des scénarios de réforme du complément de libre choix d’activité sur la seule classe d’âge des enfants de 0 à 3 ans[2] [2] Création en 2004 d’un complément de libre choix d’activité...
suite dans l’actualité sociale est intéressante. Si le Premier ministre, en septembre 2009, commande au Haut Conseil à la famille l’analyse « de différents scénarios de réforme du congé parental pour que ce congé ne pénalise ni n’écarte de l’emploi les salariés les moins bien formés » - en l’occurrence les femmes –, il est frappant de constater que l’ensemble des scénarios envisagés réduit ou segmente l’offre de prestation selon l’âge ou le nombre d’enfants dans le périmètre bien circonscrit des 0-3 ans. Même si la nécessité de réfléchir à une recomposition des modalités du congé parental sur cette classe d’âge est indéniable – notamment parce que l’arrivée d’un enfant façonne les organisations sexuées des tâches familiales et la participation des femmes au marché du travail (Pailhé et Solaz, 2006 ; Régnier-Loilier, 2009), on peut toutefois s’étonner que le périmètre d’attribution du congé parental ne soit pas questionné au-delà de cette classe d’âge. Tout se passe comme si la solution ne pouvait être trouvée que dans le problème. L’extension de l’âge des enfants au-delà des seuls enfants en bas âge, ou encore les possibilités de fractionnement dans le temps ont été très peu abordées dans les débats (HCF, 2010). Ce constat peut aussi être lu comme les limites normatives de l’évolution des modèles familiaux qui continuent d’attribuer au rôle maternel une place prépondérante dans l’éducation du jeune enfant.
9 In fine, si les enjeux démographiques et d’emploi des politiques de conciliation semblent établir un consensus sur l’importance du travail des femmes, la question du bien-être des enfants rend visible que la permanence maternelle reste le cadre de référence de leur éducation.
Bibliographie
Bibliographie
Brachet S., 2001, « Politiques familiales et assurance parentale en Suède », Cnaf, Dossier d’études, n° 21.
Pélamourgues B., 2009, « L’activité des équipements d’accueil du jeune enfant en 2007 », Cnaf, l’e-ssentiel, n° 91.
Haut Conseil à la famille (HCF), Problématiques et voies de réforme du CLCA, note adoptée par le Haut Conseil à la famille le 11 février 2010
Boyer D. et Nicolas M., 2010, « Temps d’accueil des jeunes enfants : une standardisation de l’offre ? », Cnaf, Politiques sociales et familiales, n° 101, septembre 2010, à paraître.
Pailhé A. et Solaz A., 2006, « Vie professionnelle et naissance : la charge de la conciliation repose essentiellement sur les femmes », Populations et Sociétés, Ined, Paris, n° 426.
Neyrand G., 2000, L’enfant, la mère et la question du père : un bilan critique de l’évolution des savoirs sur la petite enfance ?, Presses universitaires de France, coll. « Recherches scientifiques ».
Régnier-Loilier A., 2009, « L’arrivée d’un enfant modifie-t-elle la répartition des tâches domestiques au sein du couple ? », Populations et Sociétés, Ined, Paris, n° 461.
Notes
[ 1] Proposition par le Haut Conseil à la famille de création d’un congé parental.
[ 2] Création en 2004 d’un complément de libre choix d’activité pour une durée de 6 mois maximum en prolongement du congé de maternité ou paternité.
PLAN DE L'ARTICLE
POUR CITER CET ARTICLE
Danielle Boyer « Le maternage comme cadre de référence du bien-être de l'enfant », Informations sociales 4/2010 (n° 160), p. 6-9.
URL : www.cairn.info/revue-informations-sociales-2010-4-page-6.htm.





