Informations sociales 2010/4
Informations sociales
2010/4 (n° 160)
156 pages
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Partie 2 : Intégrer le point de vue de l'enfant dans les politiques sociales

Vous consultezInvestir dans la petite enfance

AuteurCaroline Helfter du même auteur



Les lamentations sur le coût de la solidarité font florès. Il n’est pas fréquent, en revanche, d’entendre dire qu’investir dans la petite enfance représente non seulement des dépenses plus que raisonnables, mais constitue aussi un investissement des plus rentables. Ce n’est pas un doux rêveur qui défend ce point de vue, mais l’économiste et sociologue danois

2 Gøsta Esping-Andersen, référence internationale en matière de systèmes de protection sociale[*] [*] Esping-Andersen G. , (avec Palier B. ), 2008, Trois leçons...
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. Le point de départ de sa réflexion est le constat d’un coûteux échec : celui de l’égalité des chances. Alors que pour des raisons démographiques et économiques, les sociétés de la connaissance doivent pouvoir compter sur une jeunesse largement qualifiée, nombre de jeunes quittent l’école sans diplôme. En France, la probabilité de connaître cette situation est quatre fois plus importante pour les enfants de familles pauvres que pour les autres. Et ce, malgré les efforts consacrés par l’État-providence à l’éducation et, plus encore, à la redistribution. Pourquoi ce fiasco ? Parce que, « au cours des cinquante dernières années, les investissements en capital humain sont allés presque exclusivement à l’enseignement primaire, secondaire et supérieur ». Or, en termes de motivation comme de capacités d’apprentissage, c’est à l’âge préscolaire que se joue une partie déterminante pour l’avenir des individus. Le défi consiste donc à garantir un bon départ à tous les enfants. À cet égard, les structures collectives d’accueil ont un rôle crucial. D’une part, parce que l’accès à un mode de garde abordable favorise l’activité des mères, surtout des plus faiblement qualifiées. Or soutenir l’emploi des femmes, en particulier au bas de l’échelle des revenus, constitue un puissant moyen de lutter contre la pauvreté infantile et ses conséquences au plan de l’échec scolaire et des coûts sociaux que celui-ci engendre. Sans compter que les dépenses allouées à la garde d’enfants sont concrètement remboursées grâce à l’augmentation des revenus de la mère tout au long de sa vie, soit aussi à celle des impôts que l’intéressée verse à l’État. L’accueil des enfants hors de la famille permet, d’autre part, de lutter contre les mécanismes-clés de l’hérédité sociale. En termes de stimulation des tout-petits comme de temps qui leur est consacré par les parents – et, singulièrement, les pères –, il existe effectivement de fortes disparités qui dépendent du niveau de qualification des parents et s’exercent au détriment des enfants des milieux défavorisés. Or, contrer l’impact de la culture familiale est d’autant plus fondamental que ses effets sont généralement beaucoup plus importants que ceux liés au revenu lorsqu’il s’agit d’expliquer les différences cognitives entre les jeunes de 15 ans, précise G. Esping-Andersen. Sachant que, dans de nombreux pays, « la proportion actuelle de jeunes dépourvus d’une qualification adaptée donne la mesure probable de la dimension des problèmes d’exclusion sociale à venir », intervenir précocement auprès des enfants par une prise en charge collective, financièrement accessible et de grande qualité, semble plus qu’intéressant au regard du rapport coût-efficacité : les retours sur investissement sont potentiellement considérables, affirme l’expert. Autrement dit, miser sur les tout-petits peut rapporter très gros.

 

Notes

[ *] Esping-Andersen G., (avec Palier B.), 2008, Trois leçons sur l’État-providence, Paris, Le Seuil, coll. « la République des Idées ».Retour


POUR CITER CET ARTICLE

Caroline Helfter « Investir dans la petite enfance », Informations sociales 4/2010 (n° 160), p. 75-75.
URL :
www.cairn.info/revue-informations-sociales-2010-4-page-75.htm.