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Informations sociales

2010/5 (n° 161)

  • Pages : 142
  • Éditeur : CNAF


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Les centres de loisirs et de vacances qui accueillent les enfants et les jeunes pendant leur temps libre ont une mission éducative explicite, même si elle ne fait pas l’objet de directives. Par l’organisation générale du temps et de l’espace, par la rencontre d’enfants, de jeunes et d’adultes, par les tâches de la vie quotidienne et par les activités proposées, ces structures transmettent des apprentissages multiples et diversifiés et permettent l’acquisition de connaissances complémentaires à celles de l’école, qui s’échelonnent de l’éducation formelle à l’éducation informelle.

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Aujourd’hui, plus de 4 millions d’enfants et de jeunes sont accueillis dans environ 30 000 séjours de vacances et 33 000 centres de loisirs, les mercredis et pendant les vacances scolaires [1]  Ces chiffres sont communiqués par le Haut Commissaire... [1] . Ils peuvent y découvrir des organisations et pratiquer des activités diverses. C’est sans doute cette évolution qui a incité le législateur à réglementer ces structures.

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Respectivement nommées séjours de vacances et accueils de loisirs [2]  Dans cet article, le terme de « centres de loisirs »... [2] dans les textes qui les régissent [3]  Code de l’action sociale et des familles, art. R 227–23... [3] , ces structures appartiennent à ce que la réglementation de tutelle nomme les « accueils collectifs de mineurs à caractère éducatif ». Elles s’inscrivent, comme leurs noms l’indiquent, dans le domaine des vacances et des loisirs, c’est-à-dire du temps libre. Elles ont une mission explicitement éducative qui apparaît dans les textes institutionnels. De ce point de vue, le Haut Commissaire à la jeunesse oblige, dans la réglementation en vigueur, les organisateurs et les équipes d’animation à rédiger des projets éducatifs et des projets pédagogiques. Cependant, la mission éducative des centres de vacances et des centres de loisirs, si elle apparaît dans les discours institutionnels, ne fait pas l’objet, contrairement à celle de l’école, de directives explicites.

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S’interroger sur ce qui est enseigné dans ces structures peut donc paraître antinomique. Effectivement, enseigner, au sens où on l’entend d’habitude, relève des prérogatives de l’école et de la mission des enseignants. De ce point de vue, ces structures, pour éducatives qu’elles soient, n’ont pas vocation à enseigner. Le terme « enseigner » est à prendre, ici, dans une acception plus large, celle d’apprendre, de montrer. Nous allons donc évoquer les apports éducatifs des centres de vacances et de loisirs et les apprentissages reçus par, non seulement, les enfants ou les jeunes qui les fréquentent, mais aussi par d’autres. En plus d’une réflexion théorique, nous nous appuyons sur des exemples concrets, tirés soit de notre expérience professionnelle, soit d’observations effectuées sur différents terrains dans le cadre de notre thèse ou de nos travaux précédents. Notre objectif est de montrer que les centres de vacances et de loisirs offrent une vaste gamme d’apprentissages, dont certains se rapprochent des apprentissages académiques et sont comparables aux apprentissages scolaires tandis que d’autres relèvent d’apprentissages extérieurs à toute intention éducative des adultes.

D’une mission éducative à des intentions pédagogiques

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Pour mieux appréhender l’action éducative menée dans ces centres et, surtout, les apprentissages dans leur diversité, nous nous appuyons sur les concepts d’éducation formelle, d’éducation non formelle et d’éducation informelle. Selon le Conseil de l’Union européenne, l’éducation formelle est « le système éducatif structuré généralement assuré ou soutenu par l’État, qui est chronologiquement gradué et s’étend du primaire à l’enseignement supérieur ». L’éducation non formelle, quant à elle, « comprend les activités d’apprentissage qui ont lieu en dehors de ce système formel, comme celles menées au sein des entreprises, par des associations professionnelles, ou indépendamment par des apprenants adultes, de leur propre initiative ». Enfin, l’éducation informelle englobe l’ensemble des autres influences. Elle « résulte du contact et de l’expérience quotidienne avec la famille, les amis, les groupes de pairs, les médias et d’autres influences s’exerçant dans l’environnement de l’individu ».

D’une réglementation souple à des projets fédéraux diversifiés

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La mission des équipes d’animation dans les centres de vacances et de loisirs diffère de celle des équipes enseignantes à l’école. Contrairement à l’école, ces structures ne font pas l’objet, par leur institution de tutelle, d’objectifs précis à atteindre ou de programmes nationaux, pas plus que d’évaluations des participants. En effet, le Haut Commissaire à la jeunesse, s’il oblige les organisateurs et les équipes d’animation à rédiger des projets éducatifs et des projets pédagogiques, n’en impose pas les contenus ni les modalités. Ainsi, s’il donne sur son site Internet, comme orientations possibles, « l’accès aux responsabilités, le développement de l’autonomie, l’apprentissage de la vie collective et le respect des différences », aucun texte ni programme ne prévoit le temps qui doit être consacré au développement de l’autonomie ou à la prise de responsabilités. Pas plus que ne sont évoquées les questions de méthode ou de progression dans l’accession à l’autonomie ou aux responsabilités. Ici, l’accent est mis sur les « savoir-être » et les savoir-faire, plus que sur les savoirs.

Outre l’institution de tutelle, les grandes fédérations d’éducation populaire, mouvements de jeunesse et organismes de formation dans le domaine défendent leurs propres valeurs et finalités. Ces valeurs s’inscrivent dans le registre théorique, voire philosophique. On peut citer, par exemple : « combattre toute forme de sectarisme et d’exclusion », « faire vivre l’éducation formelle et non formelle, développer les pratiques culturelles et la lutte contre toutes les exclusions », « humanisme, liberté, égalité, solidarité, laïcité, paix », « faire accéder les enfants et les jeunes à une citoyenneté active » [4]  Respectivement sur les sites de l’UFCV, des Ceméa et... [4] . Les projets éducatifs et fédéraux des grandes fédérations d’éducation populaire montrent les premières nuances entre les discours éducatifs. Aucun texte n’impose de partager ces valeurs.

Les projets éducatifs des organisateurs

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L’étude d’un panel de projets éducatifs d’organisateurs à travers une approche lexicométrique met en avant les objectifs suivants : favoriser l’autonomie, la citoyenneté, l’éducation à l’environnement, permettre la participation en tant qu’acteur, la liberté d’expression et la prise de parole. Viennent ensuite : l’épanouissement, le respect des rythmes, la socialisation, la découverte et, pour finir, la sécurité, la responsabilité, l’adaptation, le dépaysement, la prise de décision, l’esprit d’équipe, la tolérance, le respect, la créativité et l’acquisition de compétences. Cela confirme qu’au niveau des projets éducatifs qui les régissent, les centres de vacances et les centres de loisirs ne ciblent pas les mêmes apprentissages que l’école. Là encore, les objectifs énoncés portent davantage sur la construction de l’individu dans sa globalité, visent la construction de capacités, d’aptitudes, de compétences, plus que l’acquisition de connaissances. Cependant, l’éducation (à) ou le respect de l’environnement semblent faire l’objet d’une attention particulière. Au niveau des projets éducatifs non plus, les orientations, valeurs et objectifs formulés ne sont pas quantifiés.

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Le champ des apprentissages dans les centres de vacances et de loisirs est à la fois vaste et flou. D’autant qu’il s’agit, au-delà de ces apprentissages eux-mêmes, d’en favoriser d’autres qui se développeront ailleurs, à l’école et au sein de la famille. Un enfant ou un jeune socialisé et épanoui ayant des pratiques sportives, culturelles, artistiques ou de loisirs est mieux à même de se rendre disponible, de se concentrer pour acquérir d’autres savoirs, comme des savoirs savants.

Exemples de projets pédagogiques

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Dans le projet pédagogique d’un centre de vacances d’enfants âgés de 6 à 11 ans qui s’est déroulé en Savoie pendant l’été 2008, le directeur s’est donné les objectifs suivants : « Favoriser l’autonomie, inciter au respect et à la convivialité, sensibiliser les enfants à l’environnement et leur permettre de ne pas être consommateurs des activités qu’ils vont vivre ». Pour ce faire, il insistait sur la présence et la fonction d’encadrement des animateurs à tous les moments. Ce directeur se situait alors dans une perspective descendante, de l’adulte, celui qui sait, vers l’enfant, celui qui apprend et/ou découvre. Cependant, ce directeur évoquait plus loin une progression dans les apprentissages. Ainsi, « afin de développer l’autonomie de l’enfant, on considérera que l’animateur n’est pas là pour faire à la place de l’enfant, mais pour montrer, aider, présenter des solutions. On cherchera un accompagnement tout au long de la journée ». La mise en place « d’une démarche progressive » tout au long du séjour était même inscrite dans le projet : « Je te montre, je fais avec toi, je t’aide à faire tout seul, je te laisse faire ». Dans ce projet, encore, « le respect et la convivialité se feront par l’instauration d’un respect mutuel entre les enfants et les adultes, dans lequel l’animateur est placé comme modèle de référence » (langage, attitudes…) et par l’établissement de règles de vie « réfléchies et approuvées par les enfants » et les animateurs « tenteront, au maximum, d’inciter les enfants à l’échange et au dialogue ».

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Dans le projet pédagogique d’un autre séjour d’enfants âgés de 7 à 12 ans, qui a eu lieu en Haute-Savoie pendant l’été 2008, toujours, le directeur avait fixé pour objectifs de : « permettre la communication, l’expression, la prise de parole, la liberté d’expression ; respecter sa propre culture ou celle des autres, son langage, son rythme physique et celui des autres, les rythmes de vie ; favoriser l’autonomie, la gestion de son temps, de ses loisirs, de ses affaires, de son sommeil, se développer à son propre rythme ; assurer la sécurité, physique, mentale et affective, et l’hygiène, alimentaire et de vie des enfants ». Outre ces objectifs, il insistait sur la concertation et l’échange entre les animateurs et les enfants. Pour lui, la mission de l’équipe pédagogique consistait à « concerter, élaborer ensemble, favoriser l’émergence et expliciter : élaborer les règles de vie ensemble ; les activités seront conçues par l’encadrement avec la participation des enfants (réunions d’enfants), l’enfant est un acteur de ses vacances et l’adulte devra être à l’écoute de ses propositions ».

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Autre exemple, celui d’un centre de loisirs défini comme un « espace éducatif et créatif de qualité » où l’équipe d’animation s’est donné quatre objectifs généraux : « Sensibiliser les enfants sur leurs droits ; favoriser la pratique physique et sportive des enfants ; favoriser l’épanouissement artistique des enfants ; favoriser la pratique d’autres jeux », qui se déclinent en objectifs opérationnels tels que « permettre à l’enfant de donner son avis sur le programme d’activités, d’organiser sa journée », entre autres. Ces objectifs sont assortis d’indicateurs qui permettent de les évaluer.

Nous voyons ici le glissement qui s’opère entre les différents niveaux de projets. D’orientations générales de l’institution de tutelle, des valeurs et des finalités que défendent chacune des grandes fédérations d’éducation populaire, mouvements de jeunesse ou organismes de formation, on arrive à des objectifs opérationnels et à des modalités d’intervention que se fixent les équipes d’animation. On note qu’il existe des différences remarquables entre ces projets pédagogiques, tant au niveau des objectifs que des priorités d’intervention, voire des modes relationnels des équipes d’animation.

Des apprentissages diversifiés, de formels à informels

Des apprentissages formalisés

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Les apprentissages formalisés sont ceux qui découlent de la volonté éducative de l’organisateur et des choix pédagogiques de l’équipe d’animation. Ils proviennent tant de l’organisation générale mise en place que des différents temps de vie quotidienne et des activités proposées. Ces apprentissages relèvent de l’intention de l’organisateur et de l’équipe d’animation.

Au niveau de l’organisation générale, spatiale et temporelle des centres

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Le fonctionnement général impacte sur ce que vivent les participants : l’organisation dans l’espace et dans le temps, les interdits, les obligations et les possibles. Non seulement l’aménagement et l’utilisation des lieux et la circulation dans les différents espaces mais aussi la façon dont se déroulent les journées véhiculent des apprentissages. Si l’organisation des structures de loisirs collectives que sont les centres de vacances et de loisirs est voisine de la forme scolaire (Houssaye, 1998, p. 95-107), quelques différences sont à noter. Par exemple, la possibilité dans certains centres, pour des enfants même très jeunes, de se rendre sans encadrement dans différents lieux, chambres, coins aménagés, salles d’activités, aires de jeux, salle à manger… ou, dans le même ordre d’idées, la possibilité, fréquente pour les groupes d’adolescents ou de préadolescents, de sortir du centre sans encadrement pour une durée déterminée participent du développement de leur autonomie. Au-delà d’apprendre à se repérer dans un espace peu familier, dans l’exemple des centres de vacances, les enfants et les jeunes acquièrent ainsi en autonomie. La possibilité de choisir des activités ou des temps quotidiens exerce les enfants à exprimer des choix.

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Ainsi, dans les centres de vacances, il est fréquent que les enfants puissent choisir les activités auxquelles ils participent. Cependant, il est plus rare qu’ils puissent décider.

Au niveau de la vie quotidienne

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La mise en place de réveils échelonnés dans la majorité des séjours de vacances exige que les enfants « jouent le jeu ». Cela leur demande d’entrer dans une certaine organisation parfois complexe, de connaître les possibilités offertes, de se rendre, le cas échéant, seuls dans un lieu parfois éloigné. Le petit déjeuner, souvent également échelonné, la toilette et le rangement des chambres imposent aux enfants d’intégrer un fonctionnement qui peut être différent de celui de la maison et de sortir des habitudes prises dans la famille. Ils apprennent ainsi à évoluer dans un cadre relativement souple. Seuls quelques points de passage sont imposés : préparer ses affaires la veille, ne pas réveiller les autres, débarrasser sa place, ranger, faire son lit, se laver, s’habiller… Outre l’acquisition d’une certaine autonomie, ces temps véhiculent des apprentissages modestes et techniques : se servir à table, faire son lit, ranger ses affaires, plier son linge…

Dans les séjours d’adolescents, voire de préadolescents, il n’est pas rare que ceux-ci gèrent eux-mêmes les temps quotidiens : linge, argent de poche, matériel personnel, voire participent à l’élaboration des menus, alors que la tendance est à l’intervention ou pour le moins à l’accompagnement, voire au contrôle, des adultes avec des plus petits.

Au niveau des activités et des jeux

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Les temps de jeux, d’activités et leur organisation représentent également des situations éducatives dont seuls certains aspects ont préalablement été pensés et formulés par l’équipe d’animation. Comme nous l’avons vu, l’organisation en tant que telle des activités et les choix qu’elle permet sont porteurs d’apprentissages. Au-delà, les activités proposées et réalisées dans les centres de vacances et de loisirs véhiculent bien d’autres apprentissages. Permettant l’acquisition d’une compétence technique, d’une connaissance particulière, les activités et les jeux constituent des moments d’apports éducatifs indéniables. Regardons les projets pédagogiques évoqués plus haut. L’une des équipes d’animation souhaite approcher des questions environnementales à travers l’activité et le jeu. Dans le même sens, une autre axe son projet sur les droits des enfants. Dans ces deux exemples, l’activité sert de support à des apprentissages ciblés mais extérieurs à elle-même. Il s’agit ici de transmettre des connaissances proches des apprentissages formels, scolaires, l’environnement dans un cas, les droits de l’enfant dans l’autre. Des objectifs tels que « permettre aux enfants de pratiquer différentes activités manuelles, permettre à l’enfant de découvrir différents styles d’art » ou encore « permettre aux enfants de découvrir différentes matières et la manière de les exploiter » procèdent de cette démarche de transmission au-delà du « savoir-être », du savoir-faire et des savoirs. Nous voyons que les centres de vacances et les centres de loisirs, pour être des structures du champ de l’éducation non formelle, approchent, de par certains objectifs, certaines pratiques et certains contenus du champ de l’éducation formelle. En effet, dans les quelques exemples évoqués ci-dessus, les animateurs ou les intervenants ont, en plus de leur rôle de passeur, mission de se constituer en personnes ressources, voire d’enseigner une pratique ou une technique, un savoir-faire. Au-delà de la formation d’un être social ou d’un citoyen, les centres de vacances et les centres de loisirs sont donc des lieux d’apprentissages techniques et formels.

Des apprentissages informels

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Outre les apprentissages évoqués ci-dessus, les centres de vacances et les centres de loisirs en véhiculent bien d’autres. Certains d’entre eux ne sont pas prévus, d’autres ne sont même pas désirés et entrent, parfois, en contradiction avec les aspects éducatifs projetés. Ces apprentissages ont des origines multiples. Là encore, l’organisation du centre, dans le temps comme dans l’espace, le groupe d’enfants ou de jeunes, l’environnement génèrent des apprentissages variés.

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L’environnement bien sûr, mais aussi l’agencement des lieux, l’aménagement des locaux, l’utilisation qui en est faite et, surtout, les détournements sont sources d’apprentissages. L’organisation dans le temps l’est aussi. Ainsi, il arrive relativement fréquemment que les enfants ou les jeunes s’approprient l’espace et les lieux autrement que comme prévu par les adultes.

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Certains affirment que le seul fait de rassembler des enfants ou des jeunes est un acte éducatif. De par le contact avec d’autres, issus d’horizons géographiques ou sociaux différents, les enfants et les jeunes découvrent d’autres modes de vie, d’autres habitudes, ce qui favorise leur compréhension du monde qui les entoure et les aide à accepter ces différences. En outre, la rencontre et la confrontation avec des jeunes issus d’horizons différents entraînent des échanges de codes : codes langagiers (par exemple l’adoption par les jeunes en vacances de termes de patois), codes gestuels, attitudes… Certains de ces codes vont à l’encontre des projets développés dans ces structures quand, par exemple, ils tendent vers la violence ou la discrimination, les règles de jeux peuvent faire l’objet de discussions argumentées avant d’arriver au consensus qui permettra de jouer. Les apprentissages portent alors tant sur les contenus que sur l’argumentation. Les comptines et les rituels divers font également l’objet de discussions. Si ces divers apprentissages ne sont pas exclusifs aux centres de vacances ou de loisirs, ces lieux favorisent leur transmission.

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* * *

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Nous avons tenté dans cet article de dresser un état des lieux des aspects éducatifs et des apprentissages véhiculés par ces structures particulières du champ de l’éducation non formelle que sont les centres de vacances et les centres de loisirs. Il apparaît que les apprentissages et enseignements qui y sont transmis aujourd’hui couvrent un large spectre. Alors, qu’y enseigne-t-on ?

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La réponse à la question posée dans le titre est à la fois complexe et plurielle. Complexe, d’abord, parce que, comme nous venons de le voir, les centres de vacances et les centres de loisirs sont porteurs d’apprentissages différents tant dans leurs contenus que dans leur portée. Plurielle, ensuite, au niveau de la quantité d’apprentissages véhiculés par et dans ces structures. Depuis des valeurs et objectifs généraux exprimés dans les projets, qui visent la construction d’un citoyen idéal, épanoui, social, autonome, capable d’affirmer ses choix, jusqu’à des apprentissages plus modestes, en passant par des savoirs quasi académiques, nombre d’enseignements passent par ces structures. Nous n’avons pas évoqué certains centres de loisirs ou centres de vacances dont les projets se distinguent par trop de la majorité de ce qui se fait actuellement. C’est le cas, par exemple, des centres de loisirs associés à l’école (CLAE), de centres de vacances dont la pédagogie mise en place est expérimentale ou innovante (pédagogie de la décision…), ou encore de centres à dominante artistique, culturelle, musicale, scientifique, linguistique… De par leurs apports éducatifs, les centres de vacances et les centres de loisirs favorisent l’acquisition d’autres connaissances dans d’autres pans de la vie des enfants comme l’école ou la famille.

Les centres de loisirs, surtout, sont reconnus comme structures complémentaires de l’école. De plus, nombre d’enfants et de jeunes, notamment issus de milieux défavorisés, n’accéderaient pas aux loisirs ou ne partiraient pas en vacances autrement que par le biais de ces structures. En effet, les barèmes de quotient familial mis en place par beaucoup d’organisateurs permettent aux enfants et jeunes issus de milieux défavorisés de fréquenter ces structures. Le Programme de réussite éducative (PRE) instauré depuis 2005 aide, entre autres actions, des enfants ou des jeunes repérés comme étant en difficulté à l’école à fréquenter ces structures, l’objectif étant de les remettre en situation d’apprendre par le biais d’une intervention externe à l’école, de pratiques culturelles, sportives, artistiques ou de loisirs. De ce point de vue, il est permis de penser que ces structures contribuent à la prévention et à la lutte contre l’échec scolaire et les exclusions.


Bibliographie indicative

  • Brougère G. et Ulmann A., 2009, Apprendre de la vie quotidienne, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Apprendre ».
  • Henri J.-P., 1995, Le temps libre des enfants : que faire dans votre commune ?, Toulouse, Milan, collection « Place de l’enfant ».
  • Houssaye J., 2007, (dir.), Colos et centres de loisirs – Recherches, Vigneux, éd. Matrice ; 2005, C’est beau comme une colo, la socialisation en centre de vacances, Vigneux, éd. Matrice ; 1998, « Le centre de vacances et de loisirs prisonnier de la forme scolaire », Revue française de pédagogie, n° 125 ; 1995, Et pourquoi que les colos elles sont pas comme ça ? Histoires d’ailleurs et d’Asnelles, Vigneux, éd. Matrice ; 1991, Aujourd’hui les centres de vacances, Vigneux, éd. Matrice, coll. « Points d’appui ; 1989, Le livre des colos, Paris, La Documentation française.
  • Lebon F., 2005, Une politique de l’enfance - du patronage au centre de loisirs, Paris, L’Harmattan, coll. « Logiques sociales ».
  • Vulbeau A., 1993, Du gouvernement des enfants, Paris, Desclée de Brouwer, coll. « Épi - Formation ».

Notes

[1]

Ces chiffres sont communiqués par le Haut Commissaire à la jeunesse, institution de tutelle et de contrôle des centres de vacances et des centres de loisirs.

[2]

Dans cet article, le terme de « centres de loisirs » recouvrira les centres de loisirs et accueils de loisirs, et celui de « centres de vacances », les colonies de vacances, centres de vacances et séjours de vacances. Ces deux types de structures seront désignés le plus souvent par « centres de vacances et de loisirs ».

[3]

Code de l’action sociale et des familles, art. R 227–23 à R 227–26.

[4]

Respectivement sur les sites de l’UFCV, des Ceméa et des Francas.

Résumé

Français

Les centres de vacances et les centres de loisirs, au-delà d’être des structures du loisir, sont reconnus comme étant également des structures éducatives. Cependant, leur mission éducative diffère de celle de l’école et de celle de la famille. Tenter de cerner les apprentissages que les centres de vacances et les centres de loisirs véhiculent se fera, ici, à travers deux niveaux de lecture, l’intentionnel formulé dans les différents projets qui régissent ces structures, et à travers des exemples issus d’observations effectuées in situ. Pour ce faire, l’auteur s’appuie sur les concepts d’éducation formelle, d’éducation non formelle et d’éducation informelle.

Plan de l'article

  1. D’une mission éducative à des intentions pédagogiques
    1. D’une réglementation souple à des projets fédéraux diversifiés
    2. Les projets éducatifs des organisateurs
    3. Exemples de projets pédagogiques
  2. Des apprentissages diversifiés, de formels à informels
    1. Des apprentissages formalisés
      1. Au niveau de l’organisation générale, spatiale et temporelle des centres
      2. Au niveau de la vie quotidienne
      3. Au niveau des activités et des jeux
    2. Des apprentissages informels

Pour citer cet article

Busy Jean-Gabriel, « Qu'est-ce qu'on enseigne dans les centres de vacances et dans les centres de loisirs ? », Informations sociales 5/ 2010 (n° 161), p. 70-78
URL : www.cairn.info/revue-informations-sociales-2010-5-page-70.htm.


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