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S'inscrire Alertes e-mail - Informations sociales Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezIntroduction
AuteurPauline Domingo du même auteur
Économiste, elle est chargée au pôle recherche de la Cnaf des travaux d’évaluation des politiques sociales en matière de lutte contre la pauvreté et l’exclusion. Elle travaille actuellement à l’évaluation du revenu de solidarité active à travers l’analyse du non recours et de l’accompagnement proposé aux mono-parents.Depuis le début des années 2000, la notion d’accompagnement a investi l’ensemble des politiques sociales et de l’emploi. En réponse aux critiques d’assistanat que portaient ces politiques à l’égard des plus démunis, l’accompagnement entend rendre le bénéficiaire acteur responsable, capable de construire un projet face aux difficultés qu’il rencontre, et suffisamment autonome pour les surmonter.
2 Reposant sur l’association d’une relation individualisée et négociée entre un bénéficiaire et un professionnel et des aides spécifiques (aides financières, bilan de compétence, atelier collectif, etc.), l’accompagnement dans le domaine des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion vise avant tout un objectif d’insertion professionnelle dans la durée. Sa systématisation s’inscrit dans le cadre d’un renouveau des référentiels d’action des acteurs du champ social et de l’emploi, dans lesquels la contractualisation et les notions d’individualisation, d’activation occupent une place prépondérante. Face à cette systématisation de l’accompagnement, ce numéro d’Informations sociales souhaite présenter des analyses des effets sur les institutions, les professionnels et les publics.
Activation, individualisation, contractualisation
3 La première partie du numéro s’intéresse aux logiques politiques qui sous-tendent la généralisation de la notion d’accompagnement. La systématisation de l’accompagnement s’inscrit dans le cadre plus large de « l’activation de la protection sociale » (Barbier, 2011), qui « introduit des liens explicites entre le droit à la protection sociale et l’activité professionnelle, sous tous ces aspects » (p. 49). Les réformes de l’accompagnement des chômeurs (création du Plan d’aide au retour à l’emploi, appel à des opérateurs privés, etc.) sont l’une des déclinaisons du principe d’activation qui guident depuis le milieu des années 1990 les politiques publiques de l’emploi en Europe (Barbier, 2006).
4 L’accompagnement vers un retour rapide à l’emploi apparaît dans ce cadre comme la contrepartie d’un durcissement des règles d’indemnisation du chômage et d’un contrôle accru des chômeurs dans leur recherche active d’emploi. Inscrit dans la logique des droits (à l’accompagnement) et devoirs (celui de rechercher activement un emploi), l’accompagnement se veut « sur mesure » pour être au plus près des attentes et des capacités des bénéficiaires et des caractéristiques locales du marché du travail.
5 Ces mutations de la logique de l’accompagnement, droit individuel en contrepartie du devoir de prendre en main sa trajectoire, notamment professionnelle, se matérialisent dans la figure du « contrat » signé entre l’accompagné et l’accompagnant (le contrat d’insertion dans le cadre du Revenu minimum d’insertion, le contrat d’engagement réciproque pour le Revenu de solidarité active, etc.).
Mutations institutionnelles et individualisation des pratiques
6 Comment les institutions et les métiers de l’accompagnement se sont-ils adaptés à ces nouvelles prérogatives ? C’est l’objet de la deuxième partie du numéro. Les institutions ont fait le choix de privilégier la décentralisation des politiques d’accompagnement et/ou l’externalisation vers des acteurs spécialisés sur des publics ou des prestations, tout en mettant en place l’idée d’un « référent unique », garant de la clarté de leur action pour les bénéficiaires.
7 Tant et si bien qu’aujourd’hui, le défi à relever est celui de la coordination d’un nombre croissant d’acteurs de l’accompagnement. Ceci pose à terme la question de la capacité des pouvoirs publics à réguler le « quasi- marché » de l’accompagnement en train de se constituer. Individualiser la relation d’aide, donner la parole au bénéficiaire pour qu’il rende cohérent son parcours et construise son projet nécessite, d’une part, une forte disponibilité temporelle des professionnels et, d’autre part, une large place aux dimensions relationnelle et psychologisante dans la relation d’aide. Les pratiques des professionnels semblent prises dans un double mouvement, celui d’un renforcement de l’accompagnement individuel sur projet et d’une rationalisation de leurs activités compte tenu du nombre important de bénéficiaires suivis.
Comment appréhender les effets de l’accompagnement sur les publics ?
8 In fine, quels sont les effets de l’accompagnement sur la relation d’aide et sur les trajectoires des bénéficiaires ? Les effets de l’accompagnement sur les publics peuvent être appréhendés à travers deux prismes. Le premier est celui des effets sur la relation d’aide elle-même, et plus globalement sur le rapport des bénéficiaires aux institutions. La relation contractuelle laisse potentiellement une marge de main-d’œuvre plus grande aux usagers pour faire part de leurs attentes et projets. Mais, dans le même temps, l’individualisation contractualisée est porteuse d’une forte injonction normative, celle de l’autonomisation et de la responsabilisation.
9 Le second prisme est celui des effets sur les trajectoires des bénéficiaires. Assez peu de travaux sont disponibles sur cette dimension. Ils portent le plus souvent sur les effets de l’accompagnement professionnel et retiennent comme critère d’efficacité le retour rapide à l’emploi. Or, compte tenu de la qualité des emplois trouvés, le retour à l’emploi n’est pas garant in fine d’une sortie du besoin d’accompagnement.
Bibliographie
Barbier J.-C., 2006, « Analyse comparative de l’activation de la protection sociale en France, Grande-Bretagne, Allemagne et Danemark, dans le cadre des lignes directrices de la stratégie européenne pour l’emploi », rapport pour la Dares, CEE ; 2011, « Activer les pauvres et les chômeurs par l’emploi ? », Politiques sociales et familiales, n° 104, juin, p. 47-58.
Bauduret J.-F. et Jaeger M., 2005, Rénover l’action sociale et médico-sociale. Histoires d’une refondation, Paris, Dunod, coll. « Action sociale ».
PLAN DE L'ARTICLE
- Activation, individualisation, contractualisation
- Mutations institutionnelles et individualisation des pratiques
- Comment appréhender les effets de l’accompagnement sur les publics ?
POUR CITER CET ARTICLE
Pauline Domingo « Introduction », Informations sociales 1/2012 (n° 169), p. 4-7.
URL : www.cairn.info/revue-informations-sociales-2012-1-page-4.htm.





