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Informations sociales

2012/5 (n° 173)


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Les parcours scolaires réussis d’enfants issus de familles immigrées très nombreuses sont rares, essentiellement parce que celles-ci appartiennent pour la plupart aux milieux les plus démunis. Différentes dynamiques familiales, et singulièrement fraternelles, sont néanmoins susceptibles de favoriser de tels parcours. Les aînés bénéficient généralement d’un soutien accru de la part des parents. Sans nécessairement être inscrits eux-mêmes dans des trajectoires réussies, ils ouvrent généralement la voie aux cadets. Enfin, la solidarité féminine entre mère et filles et entre sœurs joue également un rôle important.

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La fratrie, point aveugle de la sociologie de la famille (Oris et al., 2007), est également une grande absente des travaux consacrés aux descendants d’immigrés. Cet article s’appuie sur une recherche combinant ces deux objets et portant sur les effets de la taille des fratries sur les destinées scolaires et professionnelles des «?enfants d’immigrés?», réalisée à partir de l’enquête nationale «?Trajectoires et Origines?» (voir encadré). Cette recherche comportait un volet qualitatif adossé à l’enquête statistique. Une soixantaine d’entretiens ont été conduits auprès d’une sous-population «?d’enfants d’immigrés?» ayant un diplôme supérieur ou égal à bac +?2, âgés de 25 à 40 ans, aux profils familiaux variables (taille des fratries, origines sociales et capitaux scolaires des parents). Les «?enfants d’immigrés?» désignent ici les personnes arrivées avant l’âge de 7 ans ou nées en France dont au moins un des deux parents est immigré. N’ont été sélectionnées que les personnes dont l’un ou les deux parents sont venus de pays extra-européens où les familles nombreuses sont les plus fréquentes (Algérie, Maroc, Tunisie, Afrique subsaharienne et Turquie).

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Le critère d’un niveau minimum d’études supérieures inscrivait d’emblée la recherche dans la problématique des «?trajectoires improbables?», au sens où ces individus réalisent un parcours «?à l’écart des caractéristiques modales de leur groupe?» (Millet et Thin, 2005) [1][1] Le travail d’Emmanuelle Santelli (2001) sur les conditions.... Les études menées en population générale ont en effet montré que la taille de la fratrie influençait la réussite scolaire en désavantageant les enfants de familles très nombreuses (Caille et Rosenwald, 2006). L’analyse quantitative prouve qu’il en va de même dans les familles immigrées?: les risques de redoublement précoce, d’orientation dans les filières professionnalisantes à l’issue du collège, d’échec au baccalauréat ou encore de sortie des études sans diplôme sont accrus pour les enfants d’immigrés ayant grandi dans une très grande famille (quatre enfants ou plus) plutôt que dans une fratrie moins nombreuse. Ceci s’explique notamment par le fait que les très grandes familles issues de l’immigration appartiennent, dans leur majorité, aux franges les plus précarisées des classes populaires et que leur cadre de vie est fréquemment celui des espaces urbains dégradés.

L’enquête «?Trajectoires et Origines?»

L’enquête « Trajectoires et Origines?» (TeO) a été réalisée conjointement par l’Ined et l’Insee en 2008 auprès d’individus vivant en ménage ordinaire en France métropolitaine. L’enquête statistique s’intéresse aux conditions de vie et aux trajectoires sociales des immigrés (environ 9 000 personnes) et natifs d’un Dom âgés de 18 à 60 ans et descendants d’immigrés (environ 9?000 personnes) ou de natifs d’un Dom âgés de 18 à 50 ans, nés et résidant sur le territoire français métropolitain. Elle comprend également un échantillon de personnes nées en France métropolitaine dont aucun des parents n’est migrant (environ 2?000 personnes).

Une enquête complémentaire auprès des enfants des enquêtés âgés de 15 à 24 ans résidant chez leurs parents a été réalisée, pour approfondir les questions de transmission familiale et de relations entre les parents et les enfants. Plus de 3?000 questionnaires autoadministrés ont ainsi été collectés.

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Les entretiens ont révélé que le fait d’avoir atteint le niveau bac?+?2 n’était pas toujours synonyme de trajectoire réussie. Pris isolément, le seul volume de capital scolaire ne permet de considérer ni la valeur inégale des diplômes (et singulièrement la hiérarchie entre les filières d’enseignement), ni le type de parcours scolaire (linéaire ou laborieux), ni encore les conditions de l’insertion professionnelle, et par là l’éventuelle déqualification, fréquente chez les jeunes de milieux populaires ayant accédé aux études supérieures (Beaud, 2002?; Santelli, 2007). Au terme de l’analyse, deux parcours ont ainsi été distingués?: d’une part les parcours réussis (la trajectoire scolaire est linéaire et l’emploi occupé en adéquation avec le diplôme de niveau supérieur à bac?+?2 obtenu lors de la formation initiale) et, d’autre part, les parcours laborieux (le diplôme de niveau bac?+?2 a été obtenu à la suite d’une reprise d’études et après une trajectoire scolaire rarement exempte de redoublements et réorientations). Dans ce cas, l’emploi occupé apparaît moins qualifié que ce qui avait été projeté initialement.

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L’article s’intéresse aux premiers et cherche à comprendre les raisons de ces parcours rares (c’est-à-dire peu fréquents statistiquement) [2][2] Parmi les enfants d’immigrés âgés de 25 à 40 ans, dont.... Les travaux ayant porté sur les trajectoires scolaires atypiques ont montré que les familles qui se ressemblent par leurs caractéristiques objectives (capitaux scolaires, origines sociales) peuvent être, en réalité, relativement hétérogènes. L’incidence de l’histoire familiale (caractéristiques sociales avant l’émigration et nature du projet migratoire) et des ressources mobilisables pour pallier la précarité des conditions de vie?et/ou la faiblesse des capitaux culturels ont été largement renseignés dans les travaux sur les réussites scolaires des élèves de milieux populaires (Lahire, 1994 ; Ferrand et al., 1999) ou immigrés (Santelli, 2001). Nos analyses confirment pour une large part ces travaux, mais s’attachent davantage aux dynamiques fraternelles qui ont rendu ces parcours possibles.

La place singulière des aînés?

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De manière générale, l’aîné, en particulier s’il est un garçon, bénéficie d’une attention toute particulière de ses parents qui lui accordent davantage de temps, misent tous leurs espoirs et concentrent leurs ressources sur lui ; cela est d’autant plus vrai que cet aîné est, pendant un temps variable, enfant unique, puis enfant de famille de taille réduite (Desplanques, 1981) [3][3] Dans certains cas, il a fallu quelques années pour.... En contrepartie, cet enfant peut se sentir investi d’une mission, tout mettre en œuvre pour ne pas décevoir ses parents et, en ce sens, se conformer à leur projet, a fortiori dans le contexte postmigratoire où il perçoit les sacrifices de ses parents. Il se sent redevable et ne peut concevoir de les décevoir?; dans cette optique, bien travailler à l’école, être obéissant, obtenir des diplômes et viser un «?bon métier?» répondent aux objectifs fixés par les parents qui, en outre, escomptent que l’aîné montrera la voie à suivre aux cadets. L’aîné est également considéré comme un support domestique de première importance, ce qui en retour lui confère une autorité et un pouvoir non négligeables (Mohammed, 2007). Cette posture est fréquente dans les familles populaires (Le Pape, 2009) dont sont très souvent issus les enfants d’immigrés.

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Chargé d’accompagner ses parents dans leurs différentes démarches, remplissant pour eux les papiers administratifs, l’aîné acquiert, très jeune, diverses compétences. Ces aptitudes sont convertibles dans le domaine scolaire (capacité à faire face à une grosse charge de travail, rigueur, efforts, obéissance, etc.).

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Toutefois, tous les aînés ne parviennent pas à répondre aux espoirs de leurs parents et, dans ce cas, d’autres pourront «?prendre leur place?», notamment la première des filles ou le second garçon. De plus, les aînés peuvent faire les frais de la pression trop forte qui pèse sur leurs épaules et ne pas parvenir à tout mener de front (c’est notamment le cas de la fille aînée chargée également des tâches domestiques, cf. infra). Certains pâtissent d’un manque d’information, d’absence d’accompagnement pour les aider à faire les bons choix scolaires tandis que la situation financière de la famille les contraint parfois à «?se sacrifier?» en allant gagner leur vie pour permettre ainsi aux plus jeunes de bénéficier de conditions de vie plus favorables.

Filles et garçons dans les modèles éducatifs parentaux

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Derrière des attentes scolaires a priori indifférenciées, y compris dans les familles immigrées [4][4] Cela est toutefois variable selon les courants migratoires...., ressurgissent des différences sexuées [5][5] Elles ont également été mises en évidence dans les....

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La répartition sexuée des tâches domestiques oblige les filles à prendre part à leur réalisation, pour décharger leur mère (la préparation des repas, le ménage, les courses, etc.) et faire à la place de leurs frères (leurs lits par exemple).

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De ce point de vue, l’engagement de la fille aînée dans la sphère domestique est encore plus important. Elle doit seconder la mère, voire se substituer à elle pour la réalisation de tâches que cette dernière ne peut accomplir seule (accompagner les enfants chez le médecin, «?remplir les papiers?» pour l’école, faire des démarches administratives, etc.). Si cette charge de travail la contraint à disposer de moins de temps pour la réalisation de son travail scolaire, la fille aînée acquiert à cette occasion des qualités qui pourront se révéler utiles (autorité, sens de l’organisation et du travail bien fait…).

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De plus, les sorties des filles étant plus surveillées, voire interdites, ces dernières passent plus de temps à la maison et sont plus enclines à le consacrer à leurs devoirs scolaires. Le risque de «?mal tourner?» paraît plus élevé pour les garçons, et ceux qui présentent les meilleurs résultats scolaires ont généralement été l’objet d’un même contrôle très strict.

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Les filles peuvent également retirer de cette expérience un projet d’émancipation. Valorisées pour leurs compétences, elles comprennent qu’elles peuvent mobiliser certaines ressources pour s’en sortir. Selon leurs aspirations, elles peuvent poursuivre ce cheminement plus ou moins en marge des attentes familiales. Dans d’autres cas, elles seront particulièrement soutenues par leur mère avec l’objectif de ne pas reproduire le rôle traditionnellement dévolu aux femmes. Cette dernière a pu accepter son rôle d’épouse et de mère de famille nombreuse au foyer tout en se mobilisant pour que ses filles ne subissent pas le même sort. La frustration des mères peut, en ce sens, être un moteur de réussite scolaire des filles. Cette solidarité entre femmes fonctionne également entre sœurs. Quelques cadettes ont tout particulièrement réussi leur scolarité grâce au soutien actif – parfois contre les parents – de leurs sœurs plus âgées (que ces dernières n’aient pu faire une scolarité longue ou qu’elles aient, au contraire, connu un beau parcours scolaire).

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Néanmoins, l’inégale répartition des tâches et le fort contrôle subi par les filles ont pu aussi provoquer chez celles-ci colère et rébellion et générer des conflits préjudiciables à la scolarité.

L’entraide entre frères et sœurs

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L’entraide entre frères et sœurs peut être une ressource à part entière dans la production des trajectoires exceptionnelles. Elle s’exprime de deux manières principalement?: 1) l’entrée des aînés sur le marché du travail procure des ressources financières supplémentaires dont bénéficient les cadets qui 2) de plus disposent des connaissances acquises par leurs aînés, concernant les filières scolaires notamment [6][6] Sabah Chaib (1998) insistait sur le rôle actif de la.... Ces derniers servent de modèles, en montrant la trajectoire à suivre ou en mettant à profit les enseignements de leurs erreurs pour guider leurs plus jeunes frères et sœurs. Au quotidien, ils peuvent aussi se substituer aux parents en apportant une aide scolaire (aide à la réalisation des devoirs, encouragement, surveillance du carnet de notes, etc.).

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Toutefois, il ne faudrait pas confondre lien affectif et attachement au destin de germain (les relations peuvent être marquées d’un certain individualisme et/ou d’un détachement du groupe familial, cf. infra). De plus, cette préoccupation pour le sort des uns et des autres, mesurée à travers le soutien apporté en diverses occasions, apparaît moins souvent comme une stratégie explicite que comme un mode de fonctionnement motivé par un élan de solidarité, une obligation morale, un allant de soi?; et, en ce sens, elle dépend bien souvent des dynamiques relationnelles.

Des environnements et des contextes sociaux distincts

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À l’instar d’Annette Langevin, soulignons qu’appartenir à une même fratrie ne signifie pas avoir grandi dans la même famille. Car malgré des origines familiales communes, «?le contexte de socialisation, la dotation pécuniaire et culturelle, le minimum de distances socio-économiques qui existent entre frères et sœurs [n’en font pas des] semblables?» (Langevin, 1990, p.?61-62). En effet, l’environnement de chaque enfant diffère pour des raisons qui tiennent à la fois à la structuration de la famille et au cadre de vie.

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A fortiori dans les grandes fratries et quand de nombreuses années séparent l’aîné du puîné, les enfants connaissent des dynamiques intergénérationnelles distinctes qui leur donnent accès à des univers différents, contribuant à produire des références sociales spécifiques et de la différenciation entre germains. Chacun des protagonistes pourra se référer à des expériences singulières, certaines pouvant se révéler très fructueuses pour la performance scolaire.

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C’est également le cas des rencontres faites au cours des années de pratique d’un sport ou d’un loisir culturel?; elles ont créé, en plus des intérêts immédiats de ces pratiques (faire du sport, pratiquer une activité culturelle), des opportunités bénéfiques à la réussite scolaire?: elles créent une émulation et fournissent de nouveaux modèles. Ces univers sociaux ont contribué également à façonner de nouvelles dispositions, convertibles dans le champ scolaire (esprit de compétition, créativité, goût de l’effort, etc.). Ces expériences ont constitué des ressources d’autant plus efficaces qu’elles confortaient le projet parental de réussite scolaire. Ajoutons que d’autres frères et sœurs profitent par ricochet des activités réalisées en dehors de l’école et de la maison, car les bénéficiaires, en parlant de leur expérience, mettent en avant les avantages et leur effet sur les résultats scolaires, et leur exemple est source d’imitation. Les effets externes de socialisations différenciées ont très peu été traités dans la sociologie de la germanité, à l’exception du travail de Judy Dunn et Robert Plomin (1992) qui met en évidence l’importance croissante des environnements non partagés par les frères et sœurs et toutes les différenciations sociales qui en résultent. Les parcours ne sont pas seulement individuels?: ils s’inscrivent dans des contextes, variables selon les périodes considérées. Au niveau familial, l’investissement symbolique et matériel paraît plus fort sur les aînés, en particulier si ce sont des garçons.

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À l’explication culturaliste (familles fortement imprégnées de schémas traditionnels dans lesquels le premier enfant, surtout s’il est de sexe masculin, a un statut spécifique), Emmanuelle Santelli substitue une interprétation contemporaine de ces préférences parentales. Elle souligne la «?moindre mobilisation des parents qui vieillissent, la détérioration des conditions de vie, suite au chômage ou à la maladie, un contexte local moins favorable dû notamment à la dégradation des quartiers périphériques?» (Santelli, 2001, p. 165). La baisse de la mobilisation parentale auprès des cadets n’est pas le signe d’un désintérêt mais un effet du cycle de vie et de l’attente que les aînés prennent le relais. Toutefois, ces derniers ne se sentent pas nécessairement disponibles pour cela (ils poursuivent des études, sont insérés professionnellement, «?ont leur vie?» et ne sont plus là au quotidien). Par ailleurs, la situation semble s’être globalement dégradée au niveau résidentiel et scolaire, la détérioration des conditions de vie résidentielles allant de pair avec celles du contexte scolaire.

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Ainsi, alors qu’il y a quelques décennies les enfants des familles immigrées étaient souvent les seuls enfants «?étrangers?» de la classe, dans de nombreux quartiers le départ des familles françaises a renforcé la ségrégation ethnique, offrant des conditions de scolarité moins favorables.

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Enfin, au niveau économique, on assiste incontestablement dans ces familles populaires à une dégradation des conditions de travail et de revenus?: accroissement du nombre de travailleurs pauvres, de ménages vivant avec les minima sociaux, augmentation du nombre de contrats de travail précaires et du taux de chômage.

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* * *

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«?En l’absence de capitaux culturels et économiques, la bonne situation scolaire ne tient qu’à un fil?» (Lahire, 1994). Cette fragilité semble tout particulièrement accentuée dans le cas des familles immigrées de grande taille (caractérisées par une grande précarité des conditions de vie).

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Dans ce cadre, nous avons passé en revue différentes situations pouvant avoir un impact positif sur la réussite scolaire. Il faut toutefois se garder de les considérer comme des facteurs ayant à eux seuls le pouvoir de déterminer la réussite scolaire. Il s’agit de «?configurations relationnelles?» qui sont productrices des destinées exceptionnelles étudiées. Les entretiens menés illustrent d’ailleurs bien la diversité des parcours au sein des fratries suggérant que les processus relevés ne s’appliquent pas de manière uniforme à l’ensemble de la fratrie.

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Pour comprendre ces écarts, l’on doit prendre en compte la dynamique familiale, la dynamique relationnelle entre frères et sœurs et le moment des parcours scolaires de chacun dans l’histoire de ces dynamiques. Chaque trajectoire individuelle a par ailleurs ses logiques propres, inscrivant «?chaque germain (…) dans un réseau de relations qu’il contribue à former en même temps que celui-ci représente le creuset dans lequel il se construit en forgeant son identité, son accession au statut de sujet par l’expérience de l’altérité?» (Buisson, 2003, p. 130). À partir de là, on comprend mieux comment chaque individu, issu d’une même fratrie, se différencie à l’âge adulte, chacun puisant des éléments de distinction dans son histoire singulière.


Bibliographie

  • ? Beaud S., 2002, 80 % au bac… et après ? Les enfants de la démocratisation scolaire, Paris, La Découverte, coll. «?Poche/Sciences humaines et sociales?».
  • ? Belhadj M., 2006, La conquête de l’autonomie. Histoire de Françaises descendantes de migrants algériens, Paris, Les Éditions de l’Atelier.
  • ? Brinbaum Y. et Kieffer A., 2005, « D’une génération à l’autre, les aspirations éducatives des familles immigrées : ambition et persévérance », Éducation et formations, n°?72, p. 53-75.
  • ? Buisson M., 2003, La fratrie, le creuset des paradoxes, Paris, L’Harmattan, coll. «?Logiques sociales?».
  • ? Caille J.-P. et Rosenwald F., 2006, «?Les inégalités de réussite à l’école élémentaire : construction et évolution », in France, Portrait social, Insee, p. 115-137.
  • ? Chaib S., 1998, «?Fratries et trajectoires scolaires?», Informations sociales, n°?67, p. 90-95.
  • ? Delcroix C., 2005, Ombres et lumières de la famille Nour. Comment certains résistent face à la précarité, Paris, Payot, coll. «?Petite bibliothèque?».
  • ? Desplanques G., 1981, «?La chance d’être aîné?», Économie et statistique, n°?137, p.?53-56.
  • ? Dunn J. et Plomin R., 1992, Frères et sœurs si différents. Les vies distinctes dans la famille, Paris, Nathan.
  • ? Ferrand M., Imbert F. et Marry C., 1999, L’excellence scolaire?: une affaire de familles. Le cas des normaliennes et normaliens scientifiques, Paris, L’Harmattan, coll. «?Bibliothèque de l’éducation?».
  • ? Guénif-Souilamas N., 2000, Des “beurettes” aux descendantes d’immigrants nord-africains, Paris, Grasset/Le Monde.
  • ? Lahire B., 1994, « Les raisons de l’improbable : les formes populaires de la “réussite” à l’école élémentaire?», in Vincent G., L’éducation prisonnière de la forme scolaire ? Scolarisation et socialisation dans les sociétés industrielles, Lyon, Presses universitaires de Lyon, p. 73-106.
  • ? Langevin A., 1990, «?Frère et sœur, à chacun son récit, à chacun sa famille?», Le groupe familial, n°?126, vol. 1, p. 59-64.
  • ? Le Pape M.-C., avec Zanten A. (van), 2009, «?Les pratiques éducatives des familles?», in Duru-Bellat M. et Zanten A. (van) (dir.), Sociologie du système éducatif. Les inégalités scolaires, Paris, Presses universitaires de France (Puf), coll. «?L?», p. 85-205.
  • ? Millet M. et Thin D., 2005, Ruptures scolaires. L’école à l’épreuve de la question sociale, Paris, Presses universitaires de France (Puf).
  • ? Mohammed M., 2007, «?Fratries, collatéraux et bandes de jeunes?», in Mucchielli L. et Mohammed M. (dir.), Les bandes de jeunes. Des blousons noirs à nos jours, La Découverte, Paris, p. 97-122.
  • ? Oris M., Brunet G., Widmer É. et Bideau A. (dir.), 2007, Les fratries, une démographie sociale de la germanité, Berne, éd. Peter Lang.
  • ? Santelli E., 2001, La mobilité sociale dans l’immigration. Itinéraires de réussite des enfants d’origine algérienne, Toulouse, Presses universitaires du Mirail (Pum) ; 2007, Grandir en banlieue. Parcours et devenir de jeunes Français d’origine maghrébine, Paris, Centre d’information et d’études sur les migrations internationales (Ciemi).

Notes

[1]

Le travail d’Emmanuelle Santelli (2001) sur les conditions de la mobilité sociale parmi une population de descendants d’immigrés algériens a montré l’importance des études réussies pour ceux qui sont devenus cadres (dont les emplois occupés correspondent aux catégories des cadres et professions intellectuelles supérieures et des professions intermédiaires selon la nomenclature des PCS de l’Insee). S’ils demeurent statistiquement minoritaires, l’enquête TeO apporte la preuve de leur existence et des facteurs qui contribuent à leur réussite, mise en exergue par les enquêtes qualitatives.

[2]

Parmi les enfants d’immigrés âgés de 25 à 40 ans, dont les parents sont venus du Maghreb, d’Afrique subsaharienne ou de Turquie et appartenant à de très grandes familles issues des milieux populaires et peu diplômées (niveau scolaire des parents inférieur ou égal au BEPC ou son équivalent), seul un sur cinq (22?%) a terminé ses études avec un diplôme de niveau bac + 2.

[3]

Dans certains cas, il a fallu quelques années pour que les parents reconsidèrent leur projet migratoire et mettent la priorité sur l’installation en France. Durant ce temps, «?les familles ont pu sacrifier l’éducation des plus âgés au projet commun de gagner de l’argent et rentrer au pays?» (Rygiel, cité par Oris et al., 2007, p.13).

[4]

Cela est toutefois variable selon les courants migratoires. Dans les familles maghrébines, les parents souhaitent que leurs filles fassent de longues études (Brinbaum et Kieffer, 2005)?; cela semble moins vrai dans les familles turques que nous avons enquêtées.

[5]

Elles ont également été mises en évidence dans les travaux de Nacira Guénif-Souilamas (2000), Catherine Delcroix (2005) ou encore Marnia Belhadj (2006) qui montrent comment le projet d’émancipation des mères a pu être transmis aux filles.

[6]

Sabah Chaib (1998) insistait sur le rôle actif de la fratrie dans la fabrication des destins scolaires pour les mêmes raisons.

Résumé

Français

Cet article s’intéresse aux parcours scolaires réussis d’enfants d’immigrés nés dans des familles très nombreuses. Les très grandes familles issues de l’immigration appartenant, dans leur majorité, aux franges les plus précarisées des classes populaires et leur cadre de vie étant fréquemment celui des espaces urbains dégradés, ces parcours se révèlent relativement rares. En mettant particulièrement en avant les dynamiques fraternelles, l’article s’attache à cerner ce qui les a rendues possibles. Il montre que, le plus souvent, les fratries ne sont pas homogènes – certains enfants, selon leur place et leur sexe, étant privilégiés –, et que l’entraide entre germains peut être une ressource à part entière pour surmonter les désavantages initiaux. Est également envisagé le rôle des environnements sociaux et des contextes générationnels dans les différentiels de trajectoires intra et interfratries.

Plan de l'article

  1. La place singulière des aînés?
  2. Filles et garçons dans les modèles éducatifs parentaux
  3. L’entraide entre frères et sœurs
  4. Des environnements et des contextes sociaux distincts

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