Innovations
De Boeck Université

I.S.B.N.sans
248 pages

p. 221 à 229
doi: 10.3917/inno.013.0221

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no 13 2001/1

 
Sylvain WICKHAM et Patrick JOFFRE (sous la direction) : Le marché demain "Groupe vision Prospective Paris-Caen" Éditions Management et Société, 1998,203 pages.
 
 
Rassemblant onze gestionnaires et économistes, ce livre s'intéresse d'abord aux mutations organisationnelles des firmes, et met l'accent sur la réintroduction du marché dans leur espace interne auparavant hiérarchisé. Les auteurs préconisent ensuite, dans le contexte d'incertitude des années 1980 et 1990, un retour à l'analyse prospective, centrée sur les besoins particuliers des entreprises. Ce qui est illustré par quelques exemples "sectoriels" assez hétéroclites (de l'automobile aux maisons de retraite). Bref, le fil directeur est assez difficile à trouver !
"L'extension actuelle du marché" est illustrée par les firmes réseaux qui marquent un retour à des formes d'organisations anciennes symbolisées par les districts italiens. Mais les explications sont centrées sur l'organisation de la firme (l'offre) et éludent les mutations de l'environnement (la demande notamment) ou encore les institutions qui le structurent (l'État à travers les politiques publiques). Ce qui est étonnant pour un ouvrage centré sur le "marché". Les retours à l'histoire sont souvent malheureux. Les références historiques sont certes essentielles pour expliquer le présent et anticiper l'avenir (sauf lorsqu'elles s'accompagnent de fautes graves, cf p.10, A. Smith aurait étudié les réseaux du XIXème siècle ! ), mais l'histoire ne se répète pas. L'organisation actuelle des firmes en réseau est marquée par une forte hiérarchie (qui s'exprime par des relations économiques contractualisées plus que juridiques) et les petites et moyennes entreprises, sur lesquelles misent les auteurs pour le XXIème siècle, sont fortement dépendantes. L'assouplissement de la structure organisationnelle des entreprises ne remet pas en cause, comme le pense S. Wickam "les veilles hypothèses doctrinales de concentration capitaliste" (p.16) à condition bien sûr de ne pas confondre la concentration des structures avec la centralisation du capital… On regrettera donc l'absence de définition précise des termes utilisés, le manque de cohésion (qui s'explique par le fait qu'une partie de l'ouvrage soit constitué d'articles déjà parus) et, pour un livre qui vise à mieux appréhender le futur, le recul vis-à-vis du passé et du présent ne semble pas suffisant.
Blandine LAPERCHE
 
Michel PINÇON et Monique PINÇON-CHARLOT : Sociologie de la Bourgeoisie coll. "Repères", La Découverte, Paris, 2000,128 pages.
 
 
Si l'on s'interroge depuis quelques années sur la disparition de la classe ouvrière, l'existence de la Bourgeoisie ne fait pas de doute. Elle est, au contraire, bien vivante, consciente de son pouvoir. Mais, paradoxe, alors que la presse focalise périodiquement l'attention sur des personnes précises, les auteurs insistent sur le comportement collectif de la Bourgeoisie. Ce petit livre très documenté n'est pas seulement une description détaillée de ce monde inconnu de la richesse, mais il est surtout une analyse des mécanismes de la reproduction sociale qui sont à l'origine du maintien de familles au sommet de la hiérarchie pour certains (il y a les anciens et les nouveaux riches) depuis plusieurs générations.
Mais pour appartenir à la Bourgeoisie, il ne suffit pas d'être riche, il faut autre chose, d'où la définition multidimensionnelle de la richesse que les auteurs ont élaborée. Elle comprend un capital économique (revenu, patrimoine), un capital culturel (éducation, connaissances artistiques, maîtrise des langues étrangères), un capital familial et social (rapports sociaux et professionnels, intensité des relations familiales constituant une sorte de solidarité de groupe), un capital symbolique (la renommée, les honneurs). Mais ce capital doit être reproduit sur une échelle élargie. C'est là que la famille entre en scène. Nous avons parlé du comportement collectif de la Bourgeoisie : l'individu n'est rien, le groupe est tout.
L'éducation est donc fondamentale : il faut certes avoir des diplômes qui serviront aussi à se constituer un réseau de relations. Il va de soi que la Bourgeoisie dans un seul pays est une chimère. Tout ceci ne se conçoit qu'à une échelle internationale depuis les débuts du capitalisme industriel, comme en témoigne l'exemple de la célèbre famille Rothschild.
Sophie BOUTILLIER
 
Jean Marie COURRENT et Sylvie SAMMUT : Élaborer son dossier financier de création coll. "Entrepreneurs", Dunod, Paris, 2000,251 pages.
 
 
Tout porteur de projet de création d'entreprise est confronté à la définition de ses besoins financiers. Une des principales raisons de mortalité des petites entreprises dans les cinq premières années est l'insuffisance de capitaux. Le nerf de la guerre d'une entreprise de petite taille est la trésorerie. Les auteurs de cet ouvrage expliquent de façon claire et progressive l'essentiel de ce qu'il faut savoir sur le montage financier d'un projet de création d'entreprise.
L'entrepreneur, au démarrage, assume l'intégralité des risques : véritable homme orchestre, tout part de lui et tout converge vers lui. C'est pourquoi, les auteurs présentent une méthode que tout créateur d'une entreprise gagnera à acquérir dans la perspective du montage financier du dossier de création. Un projet d'entreprise peut se résumer en un dossier financier, le business plan pour les Américains ou plan d'affaires pour les Canadiens. Il rassemble, en quelques pages, les ambitions détaillées de l'utilisateur. Les possibilités de financement ne manquent pas pour le montage d'un projet financier (apports de fonds propres, prêts, aides et subventions, divers...). Les auteurs se sont appliqués à présenter une vue d'ensemble de ces ressources financières afin de permettre une recherche de façon efficace des fonds nécessaires au démarrage effectif de l'entreprise.
L'ouvrage aborde dans une seconde partie les aspects plus techniques de l'élaboration du dossier financier, c'est-à-dire la présentation des différents outils que le créateur se doit de maîtriser. Élaborer et rédiger le dossier financier demandera au créateur d'évaluer d'une part les futurs besoins de fonds précis en établissant son plan d'investissement et en calculant son besoin en fonds de roulement normatif. Il ira alors chercher les ressources en quantité suffisante pour les financer et obtenir un plan de financement équilibré. Néanmoins, un dossier financier bien équilibré soulève la question de performance économique et des risques financiers encourus par l'entreprise. C'est pourquoi, le dossier financier de création prévoit la construction d'un ou de plusieurs bilans prévisionnels successifs. Un tel document permet, en effet, d'apprécier l'équilibre financier de l'entreprise, son risque de faillite, etc.
Ce livre est intéressant, riche de renseignements, d'adresses utiles, de données chiffrées, tableaux explicatifs, étude de cas, ainsi la lecture et la compréhension s'en trouvent facilitées. L'entrepreneur, dans sa stratégie globale, est informé sur la collecte des fonds qui lui sont nécessaires par une analyse approfondie et rigoureuse des besoins à financer et des types de ressources qui lui sont adaptées.
Nathalie MUDARD
 
Thierry VERSTRAETE (sous la direction) : Histoire d'entreprendre, les réalités de l'entrepreneuriat coll. "Gestion en liberté", EMS, Paris, 2000,297 pages.
 
 
L'entrepreneur préoccupe les esprits les plus fins du monde universitaire et du macrocosme politique. Les livres sont légion. Celui-ci regroupe une vingtaine de contributions de certains parmi les militants les plus actifs en matière de formation, en France, d'un cadre rigoureux d'analyse du phénomène. Mais, de quel phénomène s'agit-il ? Pour le directeur de cette publication, si on le qualifie d'entrepreneuriat, sa définition est extrêmement difficile. La complexité de ses multiples dimensions et l'intervention d'un grand nombre de paramètres nous empêchent de considérer l'entrepreneuriat comme synonyme de la création d'entreprise. Si une telle équivalence s'établissait, toute étude sur l'évolution de l'entreprise créée et sur la mobilité sociale et professionnelle de son créateur manquerait de sérieux.
La création d'entreprise serait alors un aspect de l'entrepreneuriat, et nous devons ainsi lui adjoindre la prise en compte du contenu et de la trajectoire d'évolution de l'organisation issus de l'acte d'entreprendre originel. Les choses se compliqueraient encore plus si, par le même souci de rigueur, l'on élargissait l'entrepreneuriat à tout phénomène de "responsabilisation" économique individuelle : le manager-entrepreneur, le consommateur~entrepreneur, le fonctionnaire-entrepreneur, etc. La plupart des contributeurs, heureusement, ont su éviter le piège "thématique" pour présenter leurs recherches sur les créateurs d'entreprise et les contextes divers d'émergence et d'évolution de nouvelles entreprises.
Nous pouvons déceler trois grandes parties autour de la création d'entreprise : approches théoriques, études sectorielles, analyses de contextes nationaux et internationaux. Les auteurs viennent essentiellement du monde de l'éducation et de la formation. Si les textes peuvent paraître mal agencés, le lecteur (porté par les techniques de gestion appliquées aux projets entrepreneuriaux et à leur application) pourra se faire une idée sur l'état des débats actuels et trouvera sûrement des idées et des pistes de réflexion.
Dimitri UZUNIDIS
 
Jean-Pierre GILLY et André TORRE (sous la direction) : Dynamiques de proximité coll. "Emploi, Industrie et Territoire", L'Harmattan, Paris, 2000, 304 pages.
 
 
Sept ans après avoir fait l'objet d'un numéro spécial de la Revue d'Économie Régionale et Urbaine, l'économie de la proximité revient une nouvelle fois sur les devants de la scène éditoriale avec cet ouvrage coordonné par J.-P. Gilly et A. Torre. Rassemblant les contributions d'universitaires issus du groupe de recherches "Dynamiques de Proximité", ce livre se présente avant tout comme une synthèse des différents travaux qui ont été consacrés en France à l'analyse spatiale des phénomènes économiques. Délaissé il y a peu encore par les économistes, le concept de proximité fait aujourd'hui recette et participe largement au renouvellement des débats portant sur les relations entre la dynamique économique d'un territoire et la spatialisation des mécanismes nourrissant son processus. Car toute la problématique se fonde sur une évidence : la mondialisation censée homogénéiser et unifier l'espace économique se heurte à l'existence de particularismes locaux et à la permanence de liens de proximité entre individus et entreprises. L'hypothèse doit par conséquent être discutée.
C'est précisément sur la base de ce constat que les auteurs ont choisi d'investir leurs recherches, en mettant notamment l'accent sur les modalités de coordination économique de l'espace, les rapports entre territoire et gouvernance locale, les fondements territoriaux des politiques technologiques et la dialectique du couple firme – territoire dans la production d'externalités. Les huit textes présentés, mélange de réflexions académiques et d'études de cas, offrent au lecteur un bon aperçu des dernières avancées théoriques sur le sujet. La référence à des travaux de filiations différentes (théorie des jeux, des conventions, de la régulation, évolutionniste,...) y concourent beaucoup, mais elle est aussi le signe que la proximité est un concept encore loin d'être stabilisé. L'extension de l'analyse à d'autres champs disciplinaires (droit, mathématiques, par exemple), telle que le préconisent les coordinateurs de l'ouvrage, ne risque-t-elle pas au demeurant d'affaiblir la cohésion d'ensemble d'un objet d'étude déjà complexe ? Manifestement, le débat n'est pas prêt de s'interrompre et promet encore de nouveaux prolongements dans les années à venir.
Olivier COPPIN
 
Ick-Jin DEO : La Corée du Sud, une analyse historique du processus de développement L'Harmattan, 2000,568 pages.
 
 
Dans la grande tradition de "l'école de régulation grenobloise", I.-J. Seo nous entraîne dans une analyse sur le développement de la Corée du Sud qui a fait couler beaucoup d'encre. Il utilise, pour ceci, une démarche holiste, faisant de l'histoire, de la sociologie, de la politique et de la géopolitique des outils indispensables pour la compréhension de l'état actuel de l'économie, de son organisation et de ses perspectives. Il qualifie l'économie sud-coréenne des années 1950 d'une "économie d'aide" parce que l'État national s'est constitué par un amalgame d'interventions extérieures (le rôle des États-Unis est important), de conflits et d'une emprise décidée des grandes familles. L'État "développementiste" a fait des merveilles dans les années 1960 et 1970. La "remontée de filières", puis dans les années 1980, la confirmation d'une économie d'exportations fondée sur la maîtrise des progrès de la technologie, ont été obtenues grâce au contrôle de la gestion du travail au bénéfice des grands intérêts financiers et industriels nationaux.
Le mérite de ce livre est aussi de montrer comment les intérêts privés, se mêlant avec ceux de l'État (politiques et militaires), ont donné lieu à une "base nationale d'innovation". Mais ce type de régulation n'a pas, lui non plus, résisté à l'assaut du libéralisme. Si le gigantisme industriel et les conflits sociaux ont poussé l'État à s'ouvrir de façon progressive (et aujourd'hui brutale) aux capitaux et aux marchés internationaux, l'auteur adopte le vocable régulationniste standard (fordisme, régime d'accumulation) pour montrer de quelles manières le "modèle coréen" a perdu son charme : crise financière, rachat des entreprises nationales par les grands groupes mondiaux, restrictions diverses.
Un ouvrage riche et volumineux pour comprendre les déboires actuelles du dragon asiatique.
D.U.
 
Laure BAZZOLI : L'économie politique de John R. Commons, essai sur l'institutionnalisme en sciences sociales coll. "Études d'Économie Politique", L'Harmattan, 1999,240 pages.
 
 
Considérant que l'Économie est une science sociale dont l'objet est l'étude des mécanismes de production et de répartition de la richesse, les économistes ne peuvent échapper au parti pris. L'objectivité en ce sens est une chimère puisque, touchant à la richesse, on touche forcément au politique, au pouvoir. Les économistes du XVIIIème siècle en étaient sans doute conscients, lorsqu'ils divisaient la société en différentes classes sociales (reflet de ce qu'ils considéraient être l'ordre naturel). Mais la tentative marginaliste de la fin du XIXème siècle, visant à réduire l'économie politique à des systèmes d'équations, fut à l'origine de nombreuses frustrations et révoltes.
J.R. Commons fait sans aucun doute partie de ces économistes frustrés par la faiblesse de l'analyse libérale de son temps (il est né en 1862). Pour Commons – mais aussi pour T. Veblen – l'analyse économique ne peut faire fi des institutions – le marché n'est pas un point d'équilibre – et doit analyser les phénomènes économiques dans une optique évolutionniste. Il fut en effet très marqué (comme K. Marx) par la théorie de Darwin. Les travaux de l'auteur sont à nos yeux révélateurs des mécanismes de construction de la pensée économique, et sur la façon dont les différents courants de réflexion interagissent les uns par rapport aux autres. On constate, il est vrai, qu'en critiquant l'analyse libérale, Commons la fait progresser en y intégrant des concepts, des idées, des modes de raisonnement provenant d'autres courants de pensée. En mettant l'accent sur les institutions (donc sur le pouvoir) et sur les mécanismes de l'action collective (remettant implicitement en question l'individualisme méthodologique), Commons enrichit la pensée économique libérale en lui donnant les moyens de mieux adhérer à la société dont elle est censée expliquer le fonctionnement. Non conformiste, Commons défendait souvent des positions courageuses. "Il considérait, souligne L. Bazzoli, que l'économiste devait mettre en péril son emploi, comme le physicien risque sa vie dans ses expérimentations" (p.32). Voici une bonne leçon à suivre !
S.B.
 
Multitudes Nouvelle economie politique n°2, mai 2000, Paris, 226 pages [1]
 
 
Multitudes est une nouvelle revue trimestrielle de débats politicophilosophiques sur l'économique. C'est ainsi tout au moins que j'ai compris la direction en lisant sa présentation générale et ce deuxième numéro sur la Net-economy comme prémisse d'un changement de "paradigme" économique. Pour certains des auteurs (Boutang, Corsani, Paulré...), l'économie politique, celle qui a été édifiée à la fin du XVIIème siècle avec la révolution industrielle et "l'écroulement de l'esclavage à l'échelle de l'économie-monde", est aujourd'hui remise en cause par la "nouvelle économie", celle de la connaissance, de la communication, des réseaux, du local, etc. On parle même de "capitalisme cognitif". Les auteurs (voir aussi l'entrevue d'Aglietta) se voulant innovants, donnent l'impression de chercher dans les apparences actuelles de la marchéïsation outrancière, l'essence de la transformation du capitalisme.
Les initiateurs de cette revue soulignent qu'ils ne sont "ni la gauche sociale-libérale, ni la gauche nationale-républicaine, ni la gauche de la gauche". Mais à force de "ni – ni", ne risquent-ils pas de brouiller les cartes ? Il est vrai que l'angoisse de ne pas tout pouvoir dire et les exigences de la rigueur se marient parfois mal. Une entreprise difficile, mais ô combien excitante, pour les responsables de la revue !
D.U.
 
NOTES
 
[(1)]Mutitudes – Exils, 2, rue du Regards, 75006, Paris.
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