Innovations
De Boeck Université

I.S.B.N.sans
248 pages

p. 7 à 8
doi: en cours

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no 13 2001/1

2001 INNOVATIONS

Éditorial

La parade économique sur la grande avenue de la production et de l'accumulation, aussi festive et enivrante puisse-t-elle paraître, accomplit bruyamment le rituel de la dépense, du sacrifice, du gaspillage… de la catharsis. Industriels, banquiers, rentiers, commerçants, employés, salariés et prolétaires se croisent, se mélangent, se mesurent,… mais se fécondent aussi mutuellement.
La parade économique est un jeu social dont l'objet est de définir et de redéfinir les fonctions des individus et des institutions par rapport à une certaine logique de cohésion et de reproduction. Dans notre cas, le rituel prend forme, s'organise en référence au marché : lieu de nos jours souvent imaginaire de confrontation des désirs avec les réalités, des conformismes avec les perversités, bref de ce qui était avec ce qui sera. La parade est ainsi un mouvement sans fin façonné par l'esprit d'entreprise, d'imagination, d'initiative et d'innovation. Le marché, carrefour où se croisent les actes sociaux, évolue et se transforme par la fertilisation croisée, heureuse ou malheureuse, de l'acteur avec le système.
Acteur ou fonction, acteur et fonction, l'entrepreneur mène la parade économique. Son rôle mythique sert à définir les droits et les obligations économiques des bourgeois et des travailleurs, des politiques et des argentiers, des dirigeants et des dirigés. Pour exister, l'entrepreneur a besoin de deux éléments : la propriété privée des moyens de production et la reconnaissance de l'enrichissement personnel. Armé de ces garanties, il se pose en norme sociale, en modèle de comportement, que tous doivent respecter, atteindre ou léguer ; mais il représente aussi une norme que tous les déviants ou pervers doivent combattre.
L'entrepreneur est considéré, toute époque confondue, comme la force de la transformation économique. Les historiens contemporains recherchent des entrepreneurs pendant l'Antiquité romaine. Les "esclaves-managers" qui géraient pour le compte de leur maître un commerce, un atelier ou une banque sont-ils à l'origine de la fonction de l'entrepreneur ? Et les vendeurs à la sauvette et les artisans de toute sorte du Moyen-Age, ne sont-ils pas les ancêtres des restaurateurs, des boulangers, des pâtissiers ou autres traiteurs actuels ? Peu importe, l'activité de l'entrepreneur s'inscrit dans un vaste processus de marchéïsation de l'activité économique. Mais pour exister, l'entrepreneur a besoin du marché : marché des biens et services, des capitaux, du travail. Son comportement est modelé par le mobile du profit ; la recherche du profit est une condition de survie et une preuve du succès de l'action entrepreneuriale.
Aujourd'hui, l'économie est caractérisée par un processus complexe de socialisation des pratiques et des fonctions marchandes, mais la légende de l'entrepreneur reste intacte. Cette socialisation est matérialisée par la séparation entre conception et production, entre production et distribution et entre propriété et gestion du capital. Mais, aucune peine n'est épargnée pour rallumer la flamme de l'entrepreneur inconnu. Les moyens financiers, technologiques, juridiques,… s'offrent en abondance aux aventuriers économiques potentiels. Les médias font l'éloge du jeune petit patron qui est devenu millionnaire grâce à sa start up. L'idéal de la norme de comportement économique doit être partagé par le plus grand nombre, quels que soient le rôle et la position sociale de l'individu dans la parade économique.
Chaque progrès nouveau réalisé dans la socialisation de l'économie entraîne (paradoxe à part) l'apparition de nouvelles opportunités de profit et d'investissement. Dans l'économie actuelle de la grande entreprise et de management, la fonction de l'entrepreneur s'inscrit dans le mouvement du capitalisme. Alors que l'économie mondiale est dominée par quelques grands groupes, les petites entreprises leur apportent les stimuli extérieurs dont ils ont besoin pour se développer. Sinon comment comprendre les concentrations financières, alors que l'on glorifie par ailleurs "l'entreprise en solo" et le travail "indépendant" ?
Faisant fi de la réalité, les explorateurs des rapports économiques donnent l'impression de refuser de prendre de la hauteur pour regarder se dérouler, dans son lent mouvement, la parade économique. La question alors reste entière : comment relier la montée en puissance du big business, porté par les politiques publiques adéquates, avec la recherche, tout aussi féconde de la part des États, de tout moyen financier et réglementaire capable de marchéïser la créativité individuelle ?
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