2001
INNOVATIONS
Joan Robinson et la politique de l'emploi, d'hier à aujourd'hui
Andrée Kartchevsky
Université de Valenciennes
Muriel Maillefert
Université de Lille III
La politique d'emploi, constitue pour Joan Robinson, un moyen pour
améliorer l'ajustement d'emploi. L'allocation chômage (the dole) réduit le
chômage déguisé et, par le revenu qu'il procure (stimulation de la
demande effective) au chômeur contribue à l'augmentation de la production. Selon cette logique, l'économiste propose des mesures concrètes :
réduction du temps de travail, éducation et formation, subventions... Les
auteurs de cet article montrent comment la pensée de J. Robinson relative
au travail et à l'emploi est fortement influencée par les problèmes que
l'économie britannique a rencontré durant la période de la Grande Crise et
durant celle de la reconstruction
The employment policy is for Joan
Robinson a mean to improve the employment adjustment. The unemployment dole reduces the disguised unemployment and, through the revenue
obtained by the unemployed person (stimulation of the effective demand),
contributes to the production increase. According to this logic, the
economist proposes concrete measures: reduction of the working time,
education and training, subsidies... The authors of this article show how
Joan Robinson's thought relative to labour and employment is strongly
influenced by the problems faced by the British economy during the
period of the Great Crisis and during the reconstruction
Tandis que la première économie socialiste s'édifie, les
pays capitalistes subissent la crise la plus grave de leur
histoire. Dans les pays anglo-saxons, cette crise entraîne
l'importante évolution de la pensée marquée par l'avancée de
Keynes et ses disciples contredisant certains points de l'analyse néoclassique sans pour autant remettre en question les
principes libéraux (bien au contraire), confrontation qui
verra la victoire des keynésiens.
Cet avènement est en étroite relation avec des politiques
économiques en transformation au sein même des pays
occidentaux. Ainsi, dès 1933, l'Allemagne nationalesocialiste développe une politique de lutte contre le chômage dont
un des éléments principaux est l'intervention de l'État en
matière de crédit et d'investissements. Au même moment,
Roosevelt, président des États-Unis, dénonce la passivité des
pouvoirs publics alors même qu'une crise bat son plein,
passivité ancrée dans les principes les plus orthodoxes du
libéralisme. Son gouvernement décide d'augmenter les
dépenses publiques, plutôt que de s'en tenir à une conception
rigoriste d'équilibre budgétaire ; les entreprises sont fortement incitées à augmenter les salaires, le dollar est dévalué
(dévaluation compétitive).
Pendant ce temps, la grande majorité des économistes
continuent à réfuter le rôle des débouchés extérieurs dans la
croissance économique mais néanmoins admettent qu'il
convient de revenir plus précisément sur le problème du
chômage, les thèses sur l'équilibre devant être révisées.
Richard Kahn sera d'ailleurs à l'origine de la nécessaire mise
en relation de l'économie nationale et du chômage et
"construira" le multiplicateur d'investissement (1931) ; Joan
Robinson, au même moment, se situe dans ce courant d'idées
proche de Keynes (elle faisait partie du "Circus" de Cambridge), et sa contribution à cette époque se situe sur le
terrain de l'emploi (Essays in the Theory of Employment, et
Introduction à une théorie de l'emploi). En 1933, Pigou
publie "La théorie du chômage" qui continue de défendre
l'hypothèse d'un équilibre naturel.
Même si les résultats obtenus jusqu'à la veille de la
Deuxième guerre mondiale ne sont pas à la hauteur des
espérances, il n'en reste pas moins que l'idée d'un État
abstentionniste est totalement dépassée.
CONTEXTE ÉCONOMIQUE : DÉCLIN ET CHÔMAGE
La Grande-Bretagne était l'économie dominante pendant
le XIXème siècle et le début du XXème siècle. Ayant
démarré son industrialisation très tôt, et s'appuyant sur
l'ensemble de sa zone économique, elle pouvait se targuer
d'une position dominante qui se reflétait dans la structure de
ses échanges extérieurs (exportation de produits manufacturés, importation de produits alimentaires et de matières
premières) et dans sa balance des paiements (investissements extérieurs). Cependant, dès la fin du XIXème siècle,
les États-Unis avaient rattrapé la Grande-Bretagne comme
en témoigne l'évolution de la part de la production manufacturière dans la production mondiale des deux pays entre
1870 et 1938 (Niveau, 1970).
Tableau 1
Structure de la production manufacturière
en % de la production manufacturière mondiale
Tableau 1 : Structure de la production manufacturière
en % de la production manufacturière mondiale
1870 1881- 1896- 1906- 1913 1926- 1936-85 1900 10 29 38
Royaume-
Uni 31,8 26,6 19,5 14,7 14,1 9,4 9,2
États-
Unis 23,3 28,6 30,1 35,3 35,8 42,2 32,2
D'après Niveau (1970, p.190).
La prospérité de la Grande-Bretagne était également liée
à son rôle dominant dans le commerce international, autant
du point de vue des exportations que des importations. Au
début du XIXème siècle, 42 % des exportations mondiales
allaient en Grande-Bretagne, contre 17 % en 1913 (Niveau,
1970).
A la veille du premier conflit mondial, la Grande-Bretagne était déjà talonnée par de nouvelles puissances
comme l'Allemagne, la France ou le Japon qui la concurrençaient dans plusieurs de ses spécialités industrielles : industrie textile, sidérurgie (fer et acier) et charbonnière.
Les élections d'après-guerre portent au pouvoir Lloyd
George dont le programme social annonce à bien des égards
le Welfare State : éducation (prolongation de la scolarité à
14 ans), création d'un ministère de la santé, programme de
constructions, journée de 8 heures, nette amélioration du
système d'assurance chômage (instauré dès 1911 par le
même L. George), le tout lié à un certain dirigisme économique. En 1921, l'allocation chômage est augmentée, et des
suppléments pour personnes à charge sont instaurés (ces
suppléments introduisent le principe des allocations familiales). A partir de 1925, avec le retour au pouvoir des conservateurs, les conditions de l'allocation seront amoindries.
Durant l'entre-deux-guerres, tout ce qui a fait l'aura et la
suprématie de l'économie victorienne tombe irrésistiblement
en ruine. La croissance du pays a été ralentie par deux facteurs principaux : la politique déflationniste liée à la volonté
de retour de l'étalon-or (milieu des années 20), et la concurrence des autres pays industrialisés. Celle-ci est attribuée à
plusieurs facteurs : cherté de l'énergie charbonnière, faiblesse de la productivité du travail et salaires élevés dans
l'industrie textile. Dans les secteurs concurrencés (charbon,
construction navale et cotonnades) la Grande-Bretagne est
confrontée très tôt à la question du chômage.
Au total, malgré des tentatives pour maintenir le commerce extérieur (conférence impériale de 1926 visant à
l'augmentation des importations des dominions), la production industrielle stagne entre 1924 et 1930. Le nombre
moyen de chômeurs s'élève à 1,2 million pendant la période, les 3/4 étant en chômage permanent (Flamant, 1976).
Seule l'industrie chimique reste une industrie de pointe.
"Le Royaume-Uni a fait porter son effort sur le
redressement monétaire et financier sans avoir de préoccupations majeures pour le renouvellement de son outillage ou
l'amélioration de la production, et en sacrifiant les exportations pour accroître les revenus du capital" (Baleste, p.90).
Ainsi, les statistiques industrielles révèlent qu'entre 1912
et 1938, la fabrication de cotonnades passe de 8 milliards de
yards carrés à à peine 3 milliards ; les exportations de cette
même cotonnade tombent de 7 milliards à 1,5 milliard. La
production de charbon qui était de 287 millions de tonnes en
1913 ne sont que de 227 millions en 1938. Dans la même
logique, les faillites d'industries traditionnelles s'accélèrent
entraînant un chômage massif : en 1921,22 % de la population assurée est sans emploi, c'est cette même proportion
que l'on retrouve durant les années 30, avec bien sûr des
inégalités fortes d'une région à l'autre. Ainsi le Pays de
Galles enregistre plus de 30 % de travailleurs sans emploi.
Les statistiques du chômage soulignent qu'entre 1921 et
1939, il y a un chômeur pour 10 individus en âge de travailler. Durant sept années (pas forcément consécutives) de
cette période, trois ouvriers sur 20 étaient sans emploi, voire
5 sur 20 aux moments les plus cruciaux.
Si nous nous appuyons sur les statistiques officielles
(bien que de nombreux auteurs pensent qu'elles sous-esti-ment la réalité) on compte de 1 à 3 millions de chômeurs.
Au plus creux de la vague (soit 1931-32), les mines de
charbon comptent 34,5 % de sans emploi, 47,9 % dans les
usines sidérurgiques, 62 % dans les chantiers navals.
L'importance du chômage domine toute la politique du
"Social Welfare" de l'époque. Il convient de souligner que le
fonctionnement du système d'assurance nationale était
entravé du fait d'une situation d'emploi irrégulier générant
des difficultés. De plus, les dépenses publiques étant sous
contrainte (époque pré-keynésienne) et les ressources du
fonds des assurances insuffisantes ; seules des prestations
minimales pouvaient être versées. Ainsi en 1933, le nombre
de demandeurs de prestations soumises au certificat d'indigence, était supérieur à celui des bénéficiaires des prestations d'assurance.
De surcroît, la Grande-Bretagne n'est plus le premier
prêteur international, elle est même endettée à l'égard des
États-Unis. La crise a balayé la puissance de la première
place financière du monde. C'est l'ensemble des principes et
des fondements de l'économie du XIXème siècle qui est
bouleversé ; ceci vaut pour la Grande-Bretagne, mais aussi
pour les autres pays industrialisés de l'époque : le trafic marchand, un des fleurons de l'économie britannique, s'effondre
de même que les revenus des investissements britanniques
dans les pays industriels. Les dividendes passent de 250
millions de £ à 150 millions entre 1929 et 1932, la situation
est encore plus catastrophique pour les autres recettes
invisibles qui tombent de 233 millions de £ à 86 millions.
Au plus fort de cette lame de fond, les industriels n'ont
comme conviction que la bonne vieille recette : celle d'une
diminution drastique des dépenses publiques et des salaires
pour renflouer l'industrie britannique ; pour ce qui est des
banquiers, leur conviction est qu'il faut raisonner en termes
d'équilibre budgétaire et de taux d'escompte, enfin la plupart
des économistes n'ont que la loi de J.B. Say comme
référence.
La réponse des uns et des autres au gonflement des
dépenses sociales des programmes d'avant-guerre, fut le
respect d'une stricte orthodoxie financière : diminution des
salaires dans le secteur public (1931), abaissement du
montant des allocations chômage et du nombre de bénéficiaires et mise en œuvre de la taxe sur les moyens
d'existence, tout ceci déclenchera des mutineries et des marches de la faim. Le paradoxe le plus important est que la
dépression a incité les pouvoirs publics à freiner l'extension
d'un minimum de bien-être à l'ensemble des citoyens.
Dans le même temps, la période est marquée par un
interventionnisme étatique sans précédent dans le but de
mettre en œuvre une politique industrielle. Il s'est donc agi
de briser la structure concurrentielle traditionnelle : le libreéchange est bel et bien mort, et progressivement nombre
d'auteurs et d'hommes politiques se retrouvent autour d'une
hypothèse centrale : seul l'État par son action systématique
peut dorénavant éviter et/ou juguler tant la crise que le
chômage de masse.
CONTEXTE INTELLECTUEL : ASSURANCE CHÔMAGE ET PLEIN-EMPLOI
Au tournant du siècle, une idée décisive va prendre forme
à savoir que la pauvreté ne résulte pas forcément ni toujours
des tares des individus ou de l'influence d'un environnement
néfaste. En fait, il apparaît que le chômage est un phénomène mesurable, récurrent donc social et collectif. Une
organisation industrielle défectueuse et un marché du travail
chaotique en sont les causes ; étant ainsi identifiés les
défauts peuvent être corrigés. Universitaires et administrateurs vont alors dégager de la notion très générale de
paupérisme une catégorie particulière, distincte, celle de
chômage "involontaire". Un des plus célèbres d'entre eux,
Beveridge, publie en 1909 Unemployment, a problem of
industry (London, Langmans, Green and Co, 1909) au titre
évocateur.
Vrais et faux chômeurs
Dès 1903, Alfred Marshall distingue "chômage occasionnel" et "chômage systématique". Ce sont les dépressions
cycliques qui sont à l'origine du premier, la concurrence qui
est en tout état de cause bénéfique a néanmoins une
retombée inopportune dont ses victimes ne sont pas responsables. Le deuxième type de chômage concerne les individus
"qui ne veulent pas ou ne peuvent pas travailler avec assez
de régularité ou d'énergie pour rendre possible leur emploi
régulier…" il est nécessaire de leur appliquer "une discipline
bienveillante mais sévère" (in Marshall, Memorials of Alfred
Marshall, edited by A.C. Pigou, London, MacMillan, 1925).
Mais ce "facteur travail" n'est pas une donnée, il faut le
fabriquer, le modeler. D'ores et déjà, Marshall, pourtant
apôtre du libéralisme économique, a conscience que le
fonctionnement libre du marché doit s'appuyer sur des
dispositifs de contrainte. Mais le vrai changement se trouve
dans la distinction opérée entre deux concepts de chômage et
donc de chômeurs, s'il existe un vrai chômeur, l'involontaire,
il sera possible de lui appliquer un traitement spécifique,
différent de l'assistance coercitive concernant le chômeur
"systématique".
Ce qui est intéressant de souligner, c'est que le débat n'est
pas que théorique. En effet, en 1917, William Beveridge
livre une première analyse tirée du terrain (quartier de l'East
End à Londres) ; ce qu'il faut faire disparaître, c'est le travail
intermittent. Le problème vient de ce qu'il y a du travail et
non de son inexistence.
"C'est ma première expérience à Stepney, où j'essayais, il
y a trois ans, d'administrer un fonds de secours, qui m'a fait
pressentir toute la question de l'excès de main-d'œuvre. On a
constaté, dès lors qu'on acceptait d'admettre les travailleurs
intermittents, qu'on allait immédiatement être submergés
par eux. Il y avait là toujours une réserve sans fin. Il est
parfaitement clair qu'ils n'étaient pas chômeurs de façon
permanente. Quiconque serait dans ce cas mourrait de faim,
à moins d'être entretenu par sa femme, ce qui est possible
dans une certaine mesure, mais dans une mesure limitée ; Il
était donc parfaitement clair que ces gens devaient avoir
quelque travail, et effectivement on a découvert qu'ils
avaient un peu de travail de temps en temps. J'en suis venu à
la conclusion que le fait le plus important était qu'ils
trouvaient un peu de travail de temps en temps, et non qu'à
d'autres moments ils n'avaient pas de travail. […] Ils
avaient assez de travail pour les garder sur place, mais pas
assez pour les entretenir convenablement" (Royal Commission on the Poor Laws and Relief of Distress ; Relating to
the Subject of Unemployment).
Beveridge, qui déjà prône la mise en place d'un réseau
national de bureaux de placement publics, indique qu'il
convient de pratiquer une chirurgie d'urgence.
"[…] Pour celui qui veut travailler une fois la semaine et
rester au lit le reste du temps, le bureau de placement
rendra ce souhait réalisable. Pour celui qui veut trouver un
emploi précaire de temps en temps, le bureau de placement
rendra peu à peu impossible ce mode de vie. Il prendra cette
journée par semaine qu'il voulait avoir et la donnera à
quelqu'un d'autre qui travaille déjà quatre jours par
semaine et permettra ainsi à ce dernier de gagner décemment sa vie. Alors, le premier ouvrier sera remis entre vos
mains (Beveridge s'adresse à un professeur d'université
spécialiste des questions de pauvreté) pour être formé et
discipliné à de meilleures façons d'être" (Royal Commission
on the Poor Laws and Relief of Distress ; Relating to the
Subject of Unemployment).
Ce qu'Alfred Marshall a désigné comme "systematic unemployment" et que Beveridge nomme "underemployment",
indique une catégorie qu'il faut éradiquer. Les travailleurs
intermittents doivent soit devenir des travailleurs réguliers,
soit être des chômeurs (des vrais).
Finalement, quel que soit le vocabulaire adopté ici ou là,
un peu partout dans les grands pays industriels de l'époque,
il s'agit d'extraire "les chômeurs involontaires" du système
général d'assistance qu'il soit public ou privé pour leur
attribuer des allocations spécifiques leur conférant tout à la
fois des droits et des devoirs. Les débats sont fondamentaux
et un point central s'en dégage : ne doivent être considérés
comme chômeurs que les travailleurs réguliers qui pendant
de courts moments, sont privés d'emploi involontairement.
Bien entendu ce principe d'allocations ou indemnisations de
chômage est l'enjeu de débats théoriques et politiques
déterminants, ses détracteurs tout en le qualifiant de
générosité abusive, le dénoncent comme une incitation au
chômage volontaire. Dans la Revue Politique et Parlementaire, Jacques Rueff va par son analyse des variations du
chômage en Angleterre, se poser en contradicteur des thèses
avancées par Keynes, Kahn, Beveridge, Robinson et autres.
Il le fait dans la pure tradition de l'orthodoxie libérale en
matière des prix et salaires.
S'appuyant sur les statistiques du London and Cambridge
Economic Service, J. Rueff établit pour la période 1919-1925 les variations du rapport salaires/prix ; il en déduit que
durant ces années il s'est établi une relation constante entre
le nombre de chômeurs et le rapport salaires/prix et que tout
changement de la valeur du rapport a entraîné "immédiatement une variation de l'indice du chômage ; en période de
hausse des prix, si les salaires augmentent moins vite que les
prix, le rapport salaires/prix reste inférieur à l'unité et le
chômage ne dépasse pas 2,4 % des effectifs ouvriers, ce qui
correspond, dit-il, aux mouvements inévitables de l'emploi
de la main-d'œuvre. En revanche, quand le rapport salaires/
prix augmente, le chômage augmente aussi. D'où, il est
fondé à penser que "la cause immédiate du chômage (…)
consiste dans le défaut d'adaptation des salaires au niveau
général des prix. S'il a sévi en Angleterre une crise sans
précédent (…) c'est que (…) le pourcentage d'augmentation
des salaires par rapport à l'avant-guerre est resté trop élevé
relativement au pourcentage d'augmentation des prix".
L'auteur poursuit en soulignant que l'on ne peut proposer de
politique monétaire visant à une baisse appréciable des prix
sans enregistrer de chômage temporaire. Mais, ce n'est pas le
seul enseignement qu'il tire de l'expérience anglaise. Le
second en fait concerne la politique d'indemnisation du
chômage, la puissance syndicale britannique et le régime du
contrat de travail collectif assez bien généralisé. Rueff
fustige cette politique de subsides aux chômeurs "aussi
généreuse que coûteuse pour le pays" ; si elle n'existait pas,
elle aurait eu raison de la discipline syndicale qui résiste aux
inévitables mouvements de salaires et n'aurait pas permis
aux chômeurs de rester inoccupés "plutôt que de transgresser
les instructions syndicales".
Évolution des propos et des recommandations
Avant la publication de la Théorie Générale (1936) de
Keynes, critiques et propositions s'élèvent contre l'orthodoxie libérale ; elles sont souvent pragmatiques et soulignant
l'intérêt et la nécessité des grands travaux des programmes
d'emploi, du déficit budgétaire et du budget anticyclique on
y trouve aussi bien les travaux des fondateurs de l'école de
Stockholm, de Frisch en Norvège, de Tinbergen en
Hollande… Mais dans ce débat s'inscrivent des auteurs tels
Pigou ou Siegfried qui développent à leur tour les relations
existant entre niveau de salaire et niveau d'emploi, Pigou
spécifie d'ailleurs que c'est bien le salaire réel et non le
salaire monétaire qui influence l'emploi. Sa position suscite
un large débat dans l'Economic Journal dans les années
1937-38 auquel participent Kalecki, Kaldor, et Keynes lui-même. Dans ce contexte général, la Théorie Générale est
d'une contribution majeure ; en effet, il y est bien dit que le
capitalisme souffre de deux défauts majeurs, un chômage
trop élevé et une répartition fortement inégale des revenus ;
ceux-ci sont susceptibles de casser la cohésion sociale et de
conduire soit au fascisme soit au communisme. Le laissezfaire capitaliste autorise un chômage élevé persistant ainsi
que les fluctuations cycliques de l'économie, ces deux défauts ne sont donc en aucun cas des phénomènes conjoncturels.
"Ce que je propose, c'est donc une théorie qui explique
pourquoi la production et l'emploi sont sujets à de telles
fluctuations. Cela n'offre pas un remède tout fait pour savoir
comment éviter ces fluctuations et maintenir l'emploi à un
niveau optimal constant. Mais c'est à proprement parler, une
théorie de l'emploi parce qu'elle explique pourquoi, dans des
circonstances données, l'emploi est ce qu'il est". Dans
certains passages, il affirme que l'État est seul capable
d'assumer l'investissement nécessaire pour développer la
demande effective et pour en garantir l'utilité sociale.
Keynes prône non seulement la socialisation de l'investissement et la planification mais aussi une véritable transformation sociale par l'élimination indispensable du rentier (qui
permettra une baisse progressive du taux d'intérêt). Ceci
étant, ses positions varient si bien qu'il met en garde contre
une politique de plein-emploi trop volontariste : Beveridge
situait à 3 % le taux au-dessous duquel une politique de
plein-emploi pouvait déclencher l'inflation, Keynes quant à
lui, la fixait à 4,5 %.
En 1942, le rapport Beveridge est publié et permet de
mieux comprendre l'idéologie du "Welfare State" (à traduire
par "État de bien-être" et non "État-providence"). La notion
de protection suffisante contre les risques sociaux qui y est
développée n'est pas nouvelle. Elle constitue une référence
de base des Fabiens, et elle est dans le prolongement du
programme social lancé en 1911 par Lloyd George. C'est
dans les engagements que sous-tendent les propositions en
matière d'assurances sociales qu'il faut comprendre le
triomphe politique du Rapport Beveridge, et le succès de la
législation le mettant en œuvre. Les trois engagements sont :
plein-emploi, allocations familiales, Service National de
Santé. George écrivait "des prestations d'assurances sociales
en cas de risques contrôlables n'ont un sens que si le gouvernement essaie sérieusement de faire disparaître ou de
réduire ces risques". La mise en œuvre d'une politique de
plein-emploi va de manière évidente dans ce sens et la
théorie de Keynes la fonde avec l'idée que le problème du
chômage peut être résolu part une planification importante
de la part de l'État qui devrait stimuler la demande
additionnelle de biens et de main-d'œuvre. Cette idée est
exprimée dans le Livre Blanc Employment Policy de 1944 :
le gouvernement s'engage à "maintenir un niveau élevé et
stable d'emploi". Les moyens pour y parvenir sont : à court
terme un contrôle de la production afin d'accélérer la
reconstruction ; à long terme, un contrôle des dépenses en
capital et d'adoption de stimulants facilitant l'équilibre de la
répartition des industries et de la mobilité de la maind'œuvre ; des dépenses publiques pour favoriser la demande
dans les secteurs menacés et des mesures de formation pour
permettre le reclassement de la main-d'œuvre. L'importance
de ces dispositions est soulignée par Beveridge en 1942 "un
des avantages du Plan de sécurité sociale réside dans la
probabilité et la possibilité des effets qu'il peut avoir sur la
stabilité de la demande de travail. Mais ce ne sont là que des
mesures accessoires qui ne concernent pas le problème
fondamental du maintien de l'emploi. D'autres dispositions
sont nécessaires pour réaliser ce but. A défaut de la préparation et de la mise en œuvre de telles dispositions beaucoup
de ce que l'on pourrait, par ailleurs, obtenir grâce au Plan de
sécurité sociale, serait gâché" (in Beveridge, Social Insurance and Allied Services, 1942).
Le point fort des débats est l'acceptation du plein-emploi
comme objectif prioritaire.
W. Beveridge, dans le rapport Full Employment in a Free
Society (1944) se réclame sans ambiguïté de Keynes et va
même plus loin pour que soit assuré le plein-emploi : si "le
raisonnement montrait que l'abolition de la propriété privée
des moyens de production est nécessaire pour la pleine occupation, il faudrait procéder à cette abolition". Mais l'interventionnisme qu'il préconise est moins radical, en effet une
nouvelle politique budgétaire serait appuyée "sur le potentiel
humain disponible et non pas sur l'argent" et encore plus
"une politique de socialisation de la demande plutôt qu'une
politique de socialisation de la production".
Cet objectif prioritaire déclaré de plein-emploi devient un
raz de marée partout en Europe, en Australie. Ceci consacre
la victoire des recherches et des propositions effectuées tout
au long des années 30 et 40 par de nombreux économistes,
en faveur du plein-emploi : Ohlin, Tinbergen, Myrdal en Europe, John Maurice, Clark, Paul H. Douglas, Frank H.
Knight, Jacob Viner… entre autres pour les États-Unis.
JOAN ROBINSON : DU PLEIN-EMPLOI AUX
POLITIQUES D'EMPLOI
L'analyse économique de Joan Robinson en matière de
politique d'emploi comporte des caractéristiques paradoxales : globalement, sa vision du marché du travail s'appuie sur
une interprétation hétérodoxe de catégories économiques
orthodoxes. De plus, elle développe précocement des concepts qui peuvent se rattacher de manière précise à la
question de la politique d'emploi sans cependant les relier
totalement à son analyse du marché du travail. Enfin, dans la
période plus récente du rapport Beveridge, qui est pourtant
le moment où l'objectif de plein-emploi est admis comme
une nécessité collective, elle ne développe pas de nouvelles
analyses sur l'emploi.
D'un point de vue très général, son raisonnement s'appuie
sur une analyse en apparence conforme aux attendus de la
théorie marginaliste du marché du travail avec syndicat,
mais qui s'avère à l'examen très complexe : J. Robinson
mélange en effet des déterminants traditionnels de l'offre et
la demande de travail (le salaire réel) et des déterminants
appartenant à la tradition keynésienne (le salaire nominal, la
demande effective). En particulier, conformément aux
travaux développés par Dunlop, le syndicat est analysé
comme un agent monopoliste qui, paradoxalement (par
rapport à la théorie marginaliste) négocie les salaires
nominaux mais n'intervient jamais en matière d'emploi. La
détermination de l'emploi se fait par la demande effective,
plus précisément par le niveau d'investissement et le taux
d'intérêt.
La demande effective est conçue comme un moyen
central d'atteindre le plein-emploi, et les instruments susceptibles d'y conduire au niveau intérieur sont : la confiance,
la politique fiscale, les taux d'intérêt et l'investissement,
échauffements et refroidissements monétaires, stop and go.
Elle apporte deux réserves à ces principes généraux.
Inflation et goulot d'étranglement
Joan Robinson, en 1947, écrit en avant-propos de
Introduction à une théorie de l'emploi : "Le succès même
d'une politique de l'emploi fait surgir de nouveaux problèmes. Dans un système fondé sur l'entreprise privée, l'existence d'une réserve de chômeurs jouait un rôle important (…).
Le chômage maintenait la discipline dans l'industrie (…),
donnait une souplesse suffisante au mécanisme de la
production pour lui permettre de s'adapter à l'évolution de la
technique et aux variations de la demande (et) freinant la
tendance à la hausse des salaires nominaux (…) assurait une
stabilité suffisante à la valeur de la monnaie. Le chômage
était une méthode cruelle et coûteuse d'obtenir ces résultats.
Mais s'il doit être aboli, d'autres méthodes sont à trouver
pour accomplir ces mêmes fonctions".
Alors même que cet objectif de plein-emploi devient le
credo général, Keynes lui-même ainsi que d'autres s'inquiètent des risques pour la stabilité des prix au fur et à mesure
que l'on se rapprochait du plein-emploi.
S'il n'est pas question de rejeter le projet keynésien, il est
important selon Joan Robinson, de poursuivre la réflexion
car on se trouvera confronté à une situation nouvelle, et il
s'agira donc de penser les politiques économiques globales ;
l'idée qui émerge très vite est que chômage et inflation
peuvent coexister "un programme pour le plein-emploi et le
niveau maximal de production implique, entre autres, un
programme pour la stabilité" (A. Hansen, Economic Policy
and Full Employment, 1947).
Dans The Generalisation of the General Theory and
Other Essays (1952), Joan Robinson mettant en relation
plein-emploi et capacités productives, pose en outre le problème d'un possible goulot d'étranglement et l'analyse ainsi.
Il a toujours été admis, dit-elle, que le plein-emploi
établit la limite supérieure du taux posible de production,
mais la question qui se pose est celle de la relation entre
plein-emploi et pleine capacité productive des biens capitaux. Dans la Théorie Générale, Keynes laisse de côté le fait
de savoir si c'est le plein-emploi ou le capital qui redémarrera le premier en cas de reprise. Mais, dit Joan Robinson,
en longue période, il n'est pas possible de négliger la
question.
Elle souligne alors les relations possibles entre capacité
productive et main-d'œuvre disponible.
- La capacité productive peut avoir été réduite brutalement relativement au travail disponible. Les travailleurs
sont inactifs du fait du manque d'équipements, bien que
la demande effective soit croissante. Il y a alors une forte
incitation à investir. Mais la production de biens de consommations a été réduite en dessous des habitudes de
consommation, et à ce bas niveau devient fortement inélastique. Toute augmentation du taux d'investissement
provoque une augmentation abrupte des prix qui réduit
les augmentations de salaires réels en dessous du niveau
jugé tolérable même par les employeurs et génère une
augmentation des taux de salaire nominal d'où la spirale
infernale prix-salaires, alors même qu'il y a un encore un
important chômage.
- La capacité productive peut augmenter brutalement,
relativement au travail disponible. Ceci arrive particulièrement dans les "nouveaux" pays. Les perspectives de
profit sont élevées, par l'utilisation des nouvelles capacités productives, mais les bras manquent et pendant un
moment la demande effective bute sur les limites du
plein-emploi. Mais la force de travail disponible augmente rapidement, car les immigrés sont attirés si bien que
l'offre de travail répondra à la demande. Il n'y a pas de
raison de penser que demande et offre de travail demeurent en phase et les nouveaux pays pourront connaître des
phases alternées.
- Les capacités productives peuvent augmenter par un
mouvement progressif d'accumulation, tandis que la
population, ou plus précisément la main-d'œuvre disponible, est stationnaire ou n'augmente qu'à un taux plus
lent. Cet état peut perdurer aussi longtemps que le
progrès technique augmente le produit par tête réduisant
ainsi la quantité de travail nécessaire par rapport à une
capacité donnée.
- La main-d'œuvre disponible peut augmenter plus vite
que les capacités productives. Quand la taille des familles
est telle que la main-d'œuvre disponible, d'une année sur
l'autre, augmente plus vite que la demande, il y a une
augmentation continue, d'une année à l'autre, du nombre
de chômeurs. L'augmentation tendancielle de la population peut être ramenée à la conception malthusienne de la
pauvreté, si bien que toute augmentation de la demande
de travail accroît l'offre d'êtres humains. Le chômage peut
être déguisé sous forme de surpopulation rurale ou peut
être détournée en émigration vers de nouveaux pays
Mais, normalement, dans les "vieux" pays, il y a de la
main-d'œuvre disponible pour l'emploi et qui n'est pas
utilisée.
Une analyse envisageant le niveau des capacités productives dans le goulot d'étranglement de court terme a une
application plus générale que celle où le plein-emploi définit
la limite supérieure.
Ajustement du marché et politique d'emploi
Joan Robinson est convaincue que l'introduction du
mécanisme de la demande effective introduit une altération
profonde dans l'ajustement habituellement décrit du marché
du travail. Lorsque l'emploi augmente (par ex. par une action
sur la demande effective), les salaires réels baissent et l'offre
de travail augmente. La hausse de l'emploi ne se traduit pas
ainsi par une baisse équivalente du chômage (Essays, p.129-131). De plus, ce sont les mouvements de l'emploi (générés
par les mouvements de la demande effective) qui
déterminent le niveau des salaires (nominaux) et non
l'inverse.
Joan Robinson prend comme point de départ des
modalités d'ajustement de l'emploi une distinction (qu'elle
critique par ailleurs) entre chômage lié à la demande effective (son niveau, sa répartition entre secteur des biens de
production et de consommation) et chômage lié au manque
d'ajustement de l'emploi. Ce second type de chômage
dépend principalement de la mobilité du travail et est appelé
chômage frictionnel. Cependant, l'objectif d'un chômage
frictionnel égal à zéro n'est pas nécessairement réaliste car il
supposerait des modalités d'ajustement sur le marché du
travail et/ou sur le marché des biens irréalisables. Le plein
emploi peut donc coexister avec un volant de chômage
frictionnel.
Dans ces conditions, la politique de l'emploi peut paraître
légitime. En effet, la politique d'emploi préconisée par Joan
Robinson constitue un moyen, à demande effective donnée,
d'améliorer l'ajustement de l'emploi.
"In a community with given ressources and methods of
production, the amount of output can only be increased by
means of an increase in the rate of investment or of a
reduction in the propensity to save, and any scheme which is
suggested as a method of increasing employment must be
examined in the light of its effect upon these influences"
(Essays in Employment, p.44).
Dans ces conditions, il semble naturel d'imaginer diverses
mesures susceptibles de favoriser l'ajustement de l'emploi.
Ainsi, Joan Robinson discute, sans toutefois justifier son
choix, de plusieurs types de mesures qui sont (sauf la
troisième), au cœur des politiques d'emploi contemporaines
et procède à une évaluation de ces mesures en terme d'effet
potentiel sur l'offre et la demande de travail. Ces mesures et
leurs effets potentiels peuvent être synthétisés dans le
tableau 2.
Ces mesures correspondent à la fois à des mesures de
politique passive ou active (Barbier et Gautié, 1998).
Toutefois, Joan Robinson laisse à penser que pour elle,
les mesures d'indemnisation, en assurant un revenu de
remplacement qui agit sur la consommation sont plus
efficaces que les mesures qui affectent l'offre ou la demande
de travail.
Joan Robinson développe en définitive une analyse sur
une seule institution : l'allocation chômage (the dole).
L'allocation chômage réduit le chômage déguisé et, en
procurant un revenu au chômeur contribue à l'augmentation
de la production. A l'inverse, un chômeur non indemnisé qui
s'engage dans une activité informelle ne fait que substituer
sa production à celle d'un concurrent légal déjà installé.
Toutefois, l'activité informelle est moins productive (et
moins rémunérée) que l'activité déclarée, sinon les individus
s'y engageraient tous. C'est pourquoi elle n'est pas socialement préférable.
Tableau 2
Les mesures en faveur de l'emploi et leurs effets
Mesure Effet sur le marché du travail
Tableau 2 : Les mesures en faveur de l'emploi et leurs effets
Mesure Effet sur le marché du travail
Réduction du La réduction du temps de travail opère une redistribution
temps de travail de l'emploi entre les salariés et les chômeurs. Elle profite
aux contribuables puisque les allocations chômage diminuent. Mais elle ne constitue pas un remède structurel au
sous emploi, car la production n'augmente pas.
Allongement de Une telle politique induit des effets de substitution entre
la durée des les types de main-d'œuvre sans affecter l'emploi total
études (voire le diminuer en cas de hausse de l'épargne). Il
s'ensuit une baisse du chômage, mais pas de hausse de
l'emploi. La politique doit donc être analysée pour ses
effets propres (de capital humain) mais non par rapport à
l'emploi.
Émigration Cette solution aboutit à une réduction du chômage, et peut
conduire à plus long terme à une hausse de l'emploi.
Lorsqu'on fait abstraction des effets revenu, l'incidence
d'une politique de réduction de l'offre de travail est simple
à analyser : la courbe d'offre de travail se déplace vers le
haut et la gauche, et à salaire inchangé, le chômage
diminue (Essays, p.132).
Subventions Lorsque la baisse du coût du travail est financée par une
aux salaires taxe (le salaire nominal étant inchangé), il s'opère une
redistribution entre contribuables et salariés qui peut être
favorable à l'emploi.
Lorsque la baisse du coût du travail est financée par un
transfert des allocations chômage vers les entreprises, il
s'opère une redistribution de la demande vers les
entreprises les moins efficientes
Elle est favorable à une indemnisation sans contrepartie
en termes de recherche : l'argument désincitatif est jugé non
pertinent dans la mesure où l'incitation est par nature de
toute façon présente pour des raisons objectives (perte de
revenu). Joan Robinson est favorable à ce que les individus
soient incités à développer des activités d'auto-production
(conduisant à la hausse de l'autoconsommation) et ne soient
pas empêchés de s'investir dans une activité pendant la
période de chômage (sous prétexte de disponibilité).
On peut donc faire l'hypothèse que Joan Robinson suit la
pensée de son époque en reliant la situation économique à
celle du commerce extérieur du Royaume-Uni. La situation
économique de la Grande-Bretagne comme puissance domiante (au moins avant la 1ère Guerre Mondiale) a focalisé
l'attention sur les questions liées à l'empire : le commerce
extérieur (cf. la théorie de Joan Robinson sur les salaires
relatifs, le débat sur le protectionnisme ou le libre échange).
Une telle position serait justifiable cependant pour la période
précédant la crise des années 30, pendant laquelle les préoccupations de politique d'emploi ne semblent effectivement
pas faire partie de la panoplie des économistes, qui n'envisagent que la question des allocations chômage et de leur effet
soit sur l'incitation à travailler, soit sur le déficit budgétaire.
Joan Robinson envisage l'allocation chômage comme une
nécessité (stimulation de la demande effective) et comme un
moyen de faire disparaître le chômage déguisé.
Pourtant, Joan Robinson propose dans son œuvre des
mesures concrètes de politique d'emploi, qui peuvent être
reliées à la situation réelle de l'économie britannique : immigration (compensation de l'excès de main-d'œuvre),
réduction de la durée du travail (législation, mouvements
sociaux, augmentation de la productivité), éducation et formation (problème récurrent en Grande-Bretagne), subventions à l'emploi. Mais ces mesures ne sont rattachées qu'à
une discussion relativement abstraite de leur effet sur l'offre
et la demande de travail, alors même que cette discussion
laisse penser que Joan Robinson défend une conception
particulière (hétérodoxe) du fonctionnement du marché
(interprétation spécifique des courbes d'offre et de demande,
déplacement de ces courbes).
Et plus tard, Joan Robinson reprend à son compte les
propos de Kalecki qui dit que "les économies modernes ne
sont pas arrivées à développer les institutions politiques et
sociales, ni au niveau national ni au niveau international, qui
seraient nécessaires pour rendre le plein-emploi permanent
compatible avec le capitalisme".
·
AMBROSI Ch., BALESTE M., TACEL M. (1973), Les grandes puissances
du monde contemporain, tome 2, Paris, Delagrave.
·
ASSELAIN J.Ch. (1995), Histoire économique du XXème siècle, tomes 1 et
2, Presses de Sc. Po. et Dalloz.
·
BARBIER J.C., GAUTIÉ J. (dir.) (1998), Les politiques de l'emploi en Europe et aux États-Unis, Cahiers du CEE, n°37, PUF.
·
BEVERIDGE W. (1917), Royal Commission on the Poor Laws and Relief of
Distress; Relating to the Subject of Unemployment.
·
BEVERIDGE W. (1944), Du travail pour tous dans une société libre.
·
BRITTAN S. (1994), Le cinquantenaire du Libre Blanc sur l'emploi : quelle
actualité ?, Problèmes Économiques, n° 2398.
·
CAPET A. (1991), Le poids des années de guerre. Les classes dirigeantes
britanniques et la réforme sociale 1931-1951, Rouen, publication de l'université de Rouen, n°172.
·
DENMAN J., MC DONALD P. (1956), Unemployment Statistics From 1881
to the Present Day, Labour Market Trends, January.
·
DOS SANTOS FERREIRA R. (1999), La relation salaires-emploi sous
l'éclairage de la concurrence imparfaite, Cahiers d'Économie Politique, n° 34,
pp.15-40.
·
FLAMANT M. (1976), Histoire économique et sociale contemporaine, Paris,
Montchrestien.
·
FRASER D. (1984), The Evolution of the British Welfare State, MacMillan,
2nd edition.
·
HOBSBAWM E.J. (1977), Histoire économique et sociale de la Grande-Bretagne, tome 2, Seuil.
·
KAHN R. (1931), The Relation of Home Investment to Unemployment,
Economic Journal, June, pp.173-198.
·
LHOMME J. (1953), La politique sociale de l'Angleterre contemporaine,
Paris, PUF.
·
MARX R. (1998), Histoire de la Grande-Bretagne, Encyclopedia Universalis, version CD rom.
·
MARX R. (1999), La monnaie plutôt que l'emploi, Alternatives Économiques, n° 167.
·
NIVEAU M. (1966), Histoire des faits économiques contemporains, Paris,
PUF.
·
POTIER J.P. (1994), Les économistes libéraux anglais, in Chrétien M. (dir.),
Libéraux et anti-libéraux, Royaume-Uni, XIXème siècle, Economica, pp.23-38.
·
ROBINSON J. (1947), Essays in the theory of employment, Hyperion Press,
first published in 1947.
·
ROBINSON J. (1972), Hérésies économiques, Calmann-Lévy.
·
ROBINSON J. (1984), Contributions à l'économie contemporaine, Economica.
·
ROBINSON J., EATWELL J. (1976), L'économique moderne, Paris,
Édiscience/ McGraw-Hill.
·
RUEFF J. (1925), Les variations du chômage en Angleterre, Revue Politique
et Parlementaire, tome CXXV, pp.424-436.
·
RUEFF J. (1931), L'assurance chômage, cause du chômage permanent, Revue
d'Économie Politique, n°45, mars-avril, pp.211-251.
·
SIEGFRIED A. (1931), La crise britannique au XXème siècle, Paris, Armand
Colin.
·
SUPIOT A. (1999), Au-delà de l'emploi, Flammarion.
·
TOPALOV Ch. (1990), Indemnisation du chômage et construction de la
catégorie de chômeurs, MIRE, septembre.