2001
INNOVATIONS
Pourquoi la théorie internationale du commerce n'est pas une théorie du commerce international.
Une confirmation du scepticisme robinsonien
Peter Dorman
Evergreen State College, État de Washington
Les travaux critiques de Joan Robinson sur la théorie néoclassique du
commerce international sont constitués de deux périodes. La première
entre 1946 et 1950 est axée sur l'application de la théorie keynésienne au
commerce international. La seconde – les années 1970 – nourrie par ses
travaux pionniers sur la déconstruction de la théorie du capital, est plus
ancrée à gauche. Influencée par la critique de la "nouvelle gauche" contre
la théorie orthodoxe, elle prend fait et cause pour le Tiers monde et
l'écologie
Two periods compose the thought of Joan Robinson about the
neoclassical theory of international trade: 1946-1950, then the 1970's.
During the first period, the analysis of Joan Robinson was focused on the
application of the Keynesian revolution to this branch of economic
doctrine. During the second period, in addition to her pioneering
deconstruction of capital theory, Joan Robinson has been persuaded to
some of the "new left" critiques of orthodoxy, such as the vacuity of
utility theory in the context of the global environmental crisis and the
urgency of eliminating mass poverty.
En cette époque d'intégration rapide des économies
nationales, la théorie du commerce international prend une
importance nouvelle. Si, dans le passé, on invoquait le principe de l'avantage comparatif pour produire l'argument assez
général que les nations devaient s'engager dans les échanges
internationaux, aujourd'hui, il est devenu le cheval de bataille de la politique du marché du travail, des problèmes d'environnement à l'échelle mondiale, de l'organisation industrielle
et de la politique de la concurrence – en fait, de toute
dimension de la vie économique prise dans le tourbillon de
la mondialisation.
Mais la théorie du commerce est politiquement différente,
elle n'est pas comme les autres branches de l'économie
orthodoxe : elle exige un certain niveau de militantisme de la
part de ses adhérents en raison de ses enseignements particuliers. La théorie du commerce nous enseigne deux choses.
D'abord, elle dit que les nations, dans l'ensemble, bénéficient
de la réduction des barrières aux échanges commerciaux,
même si ces mesures de libéralisation du commerce ne sont
pas réciproques. On recourt souvent à l'analogie suivante que
lorsqu'on ouvre une nouvelle voie commerciale profitable,
cela a les mêmes effets que lorsqu'on découvre une technologie plus productive. On dit que davantage de commerce,
comme davantage de technologie, est, sans ambiguïté, une
bonne chose. Plus grandes sont les différences de revenus,
capacités, préférences, ou même de systèmes de gouvernement entre les pays, plus les échanges commerciaux entre
eux seront productifs. Ensuite, le modèle de Heckscher-Ohlin-Samuelson démontre que la libéralisation du commerce aura pour résultat un certain nombre de perdants.
Ceux qui se spécialisent dans la fabrication de marchandises
dont la production comporte de nombreux facteurs relativement rares subiront des pertes, bien que celles-ci soient
inférieures aux gains qui seront faits dans d'autres industries.
Dans le cas de la main-d'œuvre, par exemple, on dit souvent
que le Nord abonde relativement en main-d'œuvre qualifiée
et que le Sud abonde en main-d'œuvre non qualifiée. En
l'absence d'échanges commerciaux, la main-d'œuvre non
qualifiée du Nord trouvera du travail dans la fabrication de
marchandises reposant majoritairement sur leur force de
travail – dans le textile, par exemple. Lorsqu'on ouvre les
échanges commerciaux, cette main-d'œuvre se retrouve incapable de concurrencer celle du Sud. Soit ces personnes perdent leur emploi et connaissent des difficultés pour se reclasser, soit elles doivent accepter des salaires plus bas. Il est
compréhensible que les personnes qui doivent affronter de
telles options, de même que leurs employeurs, résistent à la
libéralisation.
Si nous faisons ici une pause, je dirai que la théorie des
échanges commerciaux nous apparaît comme les deux premiers actes d'une pièce traditionnelle en trois actes. Au premier acte, les personnages principaux sont présentés. Nous
apprenons qui sont le Facteur Rare, le Facteur Abondant, la
Marchandise A et la Marchandise B, le Pays X et le Pays Y.
Nous apprenons aussi qu'ils forment ensemble une communauté désireuse d'un bien-être économique supérieur. Dans le
deuxième acte surviennent les complications. Le pays X est
attiré par la Marchandise B, et le Pays Y par la Marchandise
A. A mesure que l'intrigue se déroule, un facteur dans chaque pays se sent écarté et projette de torpiller la liaison. Les
spectateurs peuvent voir ces jalousies comme elles sont : des
conspirations mesquines et égoïstes contre le bien commun –
mais les comploteurs peuvent-ils être démasqués ? La théorie
du commerce ne fournit pas de troisième acte, mais ceux qui
ont suivi l'action jusqu'à ce point savent ce qui est nécessaire.
Ceux qui voudraient faire obstacle à la liberté du commerce
pour protéger leurs petits intérêts étroits doivent être démasqués et amenés devant la justice. Après avoir lu les deux premiers actes, il appartient à chacun d'entre nous de terminer le
script.
Pour cette raison, la théorie du commerce est intrinsèquement militante. L'intérêt général pour le commerce est,
nous dit-on, diffus, l'intérêt spécifique pour la protection est
convergent. Seule une majorité consciente et mobilisée peut
espérer prévaloir contre le protectionnisme. Ceux qui comprennent la logique de la théorie du commerce sont vraiment
les messagers de Dieu, envoyés par une sagesse supérieure
pour combattre les forces de l'ignorance et de la division. Il
n'est pas surprenant, alors, que les principaux économistes
favorables aux échanges commerciaux soient souvent de
grands activistes, des hommes et des femmes de pouvoir
dans les sphères gouvernementales, dans la recherche appliquée et dans la communication de masse.
Actuellement, les noms de Jagdish Bhagwati, Horst
Sieber, Paul Krugman et Anne Kruger sont ceux qui viennent directement à l'esprit.
Dans les dernières décennies, le principal ennemi de
l'orthodoxie de la liberté du commerce était la stratégie
d'importation, stratégie de remplacement de presque tous les
principaux pays en voie de développement tels que le
Mexique, le Brésil et l'Inde. Aujourd'hui le champ de bataille
s'est déplacé, et le terrain sur lequel se déroulent les disputes
les plus acharnées est celui de savoir si les règlements nationaux ou internationaux sur la protection du consommateur,
l'emploi, l'environnement, le secteur financier ou d'autres
aspects de la vie économique doivent pouvoir se dresser en
travers de la route du libéralisme forcené. D'une part, du
moins d'un point de vue intellectuel, on a un ensemble de
mouvements sociaux représentant de vastes intérêts dans les
pays riches comme dans les pays pauvres, et d'autre part, il y
a la théorie orthodoxe des échanges commerciaux. Ainsi, un
règlement local de protection de la santé qui n'est pas
approuvé par un groupe de résolution des conflits de l'Organisation Mondiale du Commerce constitue un obstacle au
commerce, tout comme l'est la demande que le commerce
soit conditionné au minimum à l'adhésion aux normes internationales d'hygiène et de sécurité du travail. Pour chaque
argument apporté dans le discours de la santé, de l'environnement ou de la justice sociale, il y a un contre argument
basé sur la théorie de l'avantage comparatif – et dans l'économie politique actuelle, cette réponse est suffisante.
Dans la présente communication, je laisserai de côté les
questions politico-économiques qui entourent le débat sur la
mondialisation et m'attacherai sur la théorie orthodoxe, elle-même, du commerce
[1]. Il apparaît que, parmi les économistes
de premier plan du vingtième siècle, seule Joan Robinson a
complètement critiqué cette théorie. Dans une série d'articles
commencés au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale et
poursuivis jusqu'à ses dernières années, elle mettait en doute
l'orthodoxie d'un point de vue keynésien. Son conflit avec la
théorie des échanges commerciaux n'était pas seulement une
affaire technique, étant donné que, pendant toute sa vie, JR
conserva un profond intérêt pour le destin de ce que nous
appelons maintenant les États du Sud. Elle voyait les remèdes empiriques de la théorie du commerce utilisés pour illégitimer les seules stratégies de développement qu'elle considérait pouvoir réussir, et donc, la critique de cette théorie
était également la défense de ses idéaux les plus grands.
Étant donné que nous sommes maintenant dans une nouvelle
phase où la théorie du commerce occupe une place centrale
dans la rhétorique et la politique néo-libérale, il est temps de
retourner aux contributions de JR dans ce domaine.
Mon intention est ici de glaner dans les écrits de JR les
éléments qui sont pertinents aux débats actuels. Pour ce
faire, je commencerai par un bref détour par le royaume de la
politique économique internationale afin de démontrer le
rôle joué par l'orthodoxie du commerce. A ce propos, je
présenterai une contribution qui analyse la réglementation
des conditions de travail comme un obstacle au commerce et
que l'on peut considérer être représentative de l'approche tout
entière. Je suppose dès le départ, et dans tout ce qui suit, que
le lecteur est familiarisé avec la théorie standard du
commerce, au moins dans son mode "2x2x2". Dans la section suivante, je passerai en revue les écrits de JR sur le
commerce afin d'en faire ressortir les thèmes principaux
ainsi que les manques. Cela sera suivi par un aperçu de la
tendance récente de l'analyse du travail dans le courant
principal du commerce pour soulever des questions sur la
pertinence de l'œuvre de JR aujourd'hui. Puis je reviendrai à
JR et à sa question lancinante, "Qu'est-ce qu'une nation ?".
Ceci, comme je le montrerai, fournit une base pour repenser
la relation entre l'analyse keynésienne des relations commerciales et les effets de la libéralisation des échanges commerciaux sur les réglementations économiques locales. L'analyse
sera illustrée d'un modèle algébrique simple largement basé
sur les travaux de Thirlwall, McCombie et Blecker. Je
conclurai en discutant des implications de cette approche
dans les débats actuels.
LA THÉORIE DU COMMERCE ET LA CRITIQUE DE LA
RÉGLEMENTATION : UN CAS REPRÉSENTATIF
Considérons Brown, Deardorff et Stern (1996). Cet article
figure dans l'excellent et respecté volume d'essais qui furent
publiés en réponse au récent activisme anti-mondialisation
du commerce. Il a été écrit par trois éminents théoriciens
américains du commerce, tous trois considérés par leurs
pairs comme étant au sommet dans leur domaine. Techniquement, il est très complet et représente une avancée significative par rapport à leurs prédécesseurs, par exemple,
Hansson (1983). B, D et S prennent comme exemple de
réglementation économique plausible, le contrôle des conditions de travail. Pourquoi l'État pourrait-il souhaiter s'engager dans cette voie ? La réponse n'est pas aussi évidente qu'il
y paraît, parce que B, D et S considèrent comme acquis le
fait que les personnes effectuant les travaux les plus risqués
percevront des suppléments de salaires qui viendront tout à
fait compenser les risques. Ceci aura les effets désirables suivants : premièrement, les employeurs prendront en compte
ces coûts supplémentaires en compensant le coût marginal
des améliorations de la sécurité par le coût marginal de la
prime salariale, ce qui donnera un niveau efficace de sécurité, et, deuxièmement, les personnes effectuant des travaux
dangereux, après avoir reçu leur prime, seront aussi à l'aise,
financièrement, que les personnes effectuant des travaux non
dangereux. Ainsi, en termes économiques (contrairement
peut-être à la vision technique), il n'y a pas de "problème" de
travail dangereux
[2]. Et pourtant, nous avons besoin d'une
réglementation. Donc, en raison d'un modèle employé~entreprise que j'ai décrit par ailleurs (Dorman 1995), B, D et S
concluent qu'en l'absence d'intervention, les travaux dangereux seront trop dangereux dans leur économie hypothétique et que les travaux non dangereux seront trop sûrs
[3]. Ils
proposent donc une réglementation pour y remédier, mais ils
montrent qu'après ajustement du marché, le problème
persiste. Néanmoins, la réglementation réduit effectivement
l'efficacité économique (ainsi que le ferait, évidemment,
toute interférence dans le marché) et a donc un impact sur le
schéma du commerce international.
Quelles sont leurs conclusions ? Le résultat principal est
que les exportateurs de marchandises dans lesquelles entre
une part importante de main-d'œuvre bénéficient de normes
de main-d'œuvre plus élevées qui agissent sur la productivité,
alors que les importateurs y perdent. La raison en est que
l'augmentation des coûts conduira à une diminution de la
production et à une hausse des prix, en équilibre – un effet
sur les conditions du commerce. Ainsi, dans la mesure où
une incitation stratégique à la manipulation du commerce est
créée, elle prend la forme, non pas d'un lock-out protectionniste des importations, mais d'une restriction des exportations par des normes qui ont pour effet d'augmenter les coûts.
Dans un contexte multilatéral, évidemment, il serait difficile
de parvenir à cela sans la collusion d'exportateurs dans la
même situation, ce qui est généralement peu probable. Il est
étrange de constater qu'en vertu de cette analyse, les parties
intéressées dans les pays développés devraient exiger que les
pays moins développés abaissent leurs normes de maind'œuvre, et pas l'inverse. Plus généralement, le potentiel de
manipulation stratégique des normes d'emploi de la maind'œuvre dans leur modèle dépend du degré de spécialisation
du commerce. Alors que les effets des conditions de commerce se font sentir même dans les cas de spécialisation
partielle, ils dominent toutes les autres considérations en
situation de spécialisation totale. Dans un tel monde, selon
B, D et S, les pays seraient tentés de fixer des normes toujours plus élevées pour leurs industries exportatrices, ce qui
conduirait à un monde où les échanges commerciaux seraient réduits, de même que la production et le bien-être du
consommateur. "La coopération internationale sera réclamée, mais, comme pour les droits de douane, le traité exigera
une baisse mutuelle des normes d'emploi de la maind'œuvre" (p.51). Avec un commerce moins spécialisé, les
pays, pris individuellement, ne seront pas enclins à élever
leurs normes de manière unilatérale, et l'harmonisation à la
baisse cesse d'être une politique prioritaire. Dans un monde
relativement non spécialisé, l'intérêt principal des pays est
donc la promulgation de normes, partout où elles sont mises
en œuvre, qui favorisent l'utilisation des ressources qu'ils ont
le plus en abondance. Ainsi, les pays avancés, qui disposent
de niveaux de capital par habitant supérieurs à la moyenne,
seraient en faveur de normes qui substituent le capital à la
main-d'œuvre dans la production, alors que les pays en voie
de développement favoriseraient le contraire. Étant donné
que la plupart des normes d'emploi de la main-d'œuvre proposées par les activistes sont, en fait, des normes qui font
davantage appel au capital (comme, par exemple, de meilleures conditions de travail et des augmentations de salaires
qui conduiraient à économiser davantage sur la maind'œuvre), elles feraient pencher, selon les auteurs, les conditions de commerce vers des économies excédentaires en
main-d'œuvre.
Pour être clair, les incitations décrites par B, D et S jettent
une ombre sur les buts avoués des activistes du commerce
équitable basé sur des conditions de réciprocité. Alors que
j'écris ces mots, aux États-Unis des étudiants occupent les
fonctions d'administrateurs des universités et exigent que les
usines qui fabriquent à l'étranger des vêtements et des
articles de sport portant leur logo soient surveillées quant à la
manière dont elles traitent leurs ouvriers. Comment cette forme d'activisme, qui est devenue courante ces dernières années dans les pays industrialisés, est-elle perçue du point de
vue de l'analyse de B, D et S ? Ils offrent deux possibilités :
il se peut que les activistes soient réellement les agents,
conscients ou non, d'intérêts spécifiques protectionnistes, ou
bien que leurs motivations soient purement altruistes et ne
prennent pas en compte les implications de leur activisme.
Dans les deux cas, évidemment, ces positions doivent être
combattues. Alors que B, D et S ne poursuivent pas sur les
implications de leur approche, d'autres le font. Ainsi, dans le
premier exemple, on nous dit que le "commerce équitable"
est un masque destiné à cacher de bas intérêts personnels au
détriment des gens les plus pauvres de la planète (Friedman,
1999), dans le deuxième exemple, on nous dit qu'il s'agit
d'une tentative bien intentionnée, mais fourvoyée, pour intervenir dans les choix que les populations pauvres exercent sur
les marchés libres (Basu, 1999). Qu'ils soient des coquins ou
des naïfs, les activistes du commerce équitable sont condamnés par la cour de la théorie du commerce et ses acolytes.
JOAN ROBINSON ET LA THÉORIE DU COMMERCE
Les travaux de JR sur la théorie du commerce sont
apparus en deux vagues. La première arriva dans la seconde
moitié des années 40 et s'attachait à l'application de la révolution keynésienne à cette branche de la doctrine économique. La deuxième eut lieu dans les années 70 lorsque, en
plus de son travail novateur de démantèlement de la théorie
du capital, JR s'était laissée convaincre par certaines critiques de "la nouvelle gauche" contre l'orthodoxie, comme,
par exemple, la vacuité de la théorie utilitaire face à la crise
écologique mondiale et à l'urgence d'éliminer la pauvreté des
masses. Je prendrai ces deux vagues tour à tour.
1. Première vague, 1946-50. La principale contribution de
JR au cours de cette période est sa communication, dans la
Review of Economic Studies : "La Théorie Pure du Commerce International" (1946). Elle commençait par brosser le
portrait de la doctrine orthodoxe de Ricardo à Marshall et H-O-S, en accordant une attention toute particulière au
problème de l'ajustement. Elle se donnait beaucoup de peine
pour démontrer que, même dans les modèles orthodoxes du
vingtième siècle, le pur ajustement des prix aux déséquilibres des échanges commerciaux ne se produisait pas. Au
lieu de cela, les mouvements des salaires en argent réel conduisent à des modifications du revenu national qui, à leur
tour, conduisent à un ajustement par l'intermédiaire de
l'élasticité du revenu des importations. Ainsi, les variations
du revenu fournissent un certain degré de liberté qui rend
possibles les ajustements (elle exprimait également des doutes sur le fait que la baisse des prix serait suffisamment souple ou suffisamment rapide pour effectuer la plus grande partie du travail exigé par les ajustements). Mais à quel niveau
le revenu devrait-il arriver pour pouvoir parvenir à un nouvel
équilibre commercial ? Pour être clair, cette question est
elle-même en désaccord avec l'approche keynésienne de la
détermination du revenu et de l'emploi, en vertu de laquelle
la politique publique et les attentes privées peuvent donner
lieu à bon nombre de niveaux potentiels du revenu national.
Ainsi que le développe JR, le processus keynésien est déterminant, et il ne reste aucun degré de liberté pour l'ajustement ; c'est-à-dire que l'ajustement, au sens orthodoxe, ne se
produit pas. Les équilibres commerciaux sont déterminés par
les niveaux, déterminés de manière exogène (d'un point de
vue commercial), du revenu national dans le pays d'origine et
ses partenaires commerciaux. Ainsi, nous pouvons dire avec
JR, que "…l'analyse entière est basée sur l'hypothèse arbitraire que le plein-emploi est toujours préservé dans le
monde. Quand cette hypothèse n'est pas vérifiée, il n'existe
aucun schéma commercial qui puisse être décrit comme
étant en équilibre" (p.111).
Un monde dans lequel les différences de coûts réels du
travail entre pays peuvent donner naissance à des échanges
commerciaux constamment déséquilibrés est beaucoup
moins attrayant que celui que nous trouvons dans les modèles orthodoxes. Les déséquilibres commerciaux doivent être
financés par des flux de capitaux réciproques, et ceci peut
conduire à une instabilité destructrice des taux d'intérêt et
des taux de change : "Ainsi, les balances des paiements
peuvent rester en déséquilibre pendant des périodes prolongées (en fait, l'ensemble du système monétaire international
peut s'écrouler avant leur retour à l'équilibre) et les surtensions monétaires peuvent ajouter à la confusion du commerce" (p.112). De plus, l'échec de l'ajustement expose les pays
à la menace des crises de compétitivité : menaces sur la
balance des paiements et sur l'emploi en raison de la détérioration des rapports prix-avantage comparatif. Ainsi que
l'avait noté Keynes lui-même à l'aube de la dépression, la
théorie conventionnelle du commerce suppose que les travailleurs déplacés du fait des importations trouveront (après
une période d'ajustement) d'autres emplois dans le secteur
des exportations qui sera, lui, en pleine expansion (Keynes,
1929). De cette manière, l'argument de la "main-d'œuvre
étrangère bon marché", que la théorie du commerce pensait
avoir éliminé, revient pour se venger : "…un déficit peut
survenir à cause d'un pays qui vend à bas prix en raison de la
main-d'œuvre étrangère bon marché tout aussi bien que d'un
taux élevé d'investissement chez lui" (p.111). Ceci peut conduire, par la suite, à une diminution des salaires pour pouvoir
rester compétitif ou à une dévaluation, étant donné que les
pays cherchent à exporter leurs problèmes d'emploi : "Tout
pays ayant un taux de change inférieur (par rapport à ses
coûts) peut s'assurer une part plus importante de l'emploi
total dans le monde, aux dépens des autres pays, où le chômage augmenterait" (Robinson, 1950, p.216). Néanmoins, en
dépit du langage véhément visible parfois dans ses écrits au
cours de cette période (le modèle classique est "réduit à l'état
d'épave", puis "mis en pièces"), il faut reconnaître que JR a
proclamé la faillite de l'analyse du commerce orthodoxe,
mais qu'elle ne l'a pas démontrée. La métaphore des "niveaux de liberté" (la mienne, pas la sienne) s'écroule si on
permet à la balance extérieure d'entrer dans le modèle national de la détermination du revenu comme l'un de ses éléments constitutifs plutôt que de le considérer comme un
élément séparé. Ceci sera dégagé dans la section suivante.
2. La deuxième vague, 1973-77. A cette étape ultérieure
de sa carrière, JR avait fait réalisé deux avancées intellectuelles très importantes qui eurent des implications sur son
analyse des échanges commerciaux : la critique de la théorie
du capital et l'incorporation des considérations économiques
et politiques dans la modélisation économique formelle.
Sa mise en pièces de la théorie orthodoxe du capital, qui
connut son apogée dans le débat des "deux Cambridge" des
années 60, et la démonstration ultérieure que le capital physique ne pouvait pas être indexé comme le capital financier
(et, par conséquent, ne lui correspond pas strictement), eurent des implications importantes sur l'analyse de la balance
des paiements. A cette époque, la macroéconomie de l'économie ouverte avait commencé à faire son chemin, et des
modèles avaient commencé à apparaître, dans lesquels des
groupes de variables étaient résolus afin de déterminer l'équilibre de la balance des paiements. Mais le mot "équilibre",
dans ce contexte, signifiait simplement "financement" : les
pays dont le compte courant était déficitaire étaient dits en
équilibre s'ils avaient un excédent correspondant (entrée)
dans leur compte de capital. D'un point de vue macro~économique, de tels pays "empruntaient" pour "investir", ou,
pour dire les choses différemment, leur déséquilibre commercial était le résultat de la recherche du taux de rendement
le plus élevé sur leur capital. Les importateurs nets étaient
alors présumés être les pays qui avaient le taux de rendement
le plus élevé sur capital, soit parce qu'ils avaient généralement peu de capital par rapport à leur potentiel d'absorption, soit parce que leurs politiques macroéconomiques
avaient conduit à un manque d'épargne par rapport à la
demande d'investissement. Dans un cas ou dans l'autre, une
entrée sur le compte de capital pouvait être perçue comme
étant productive. Une fois la fiction du "capital" – selon
laquelle les flux financiers entre pays représentaient un
mouvement de "facteurs de production" – démolie, cependant, les implications dynamiques de "l'équilibre" de la
balance des paiements furent remises en question. JR nota
avec justesse : "Un pays qui reçoit un afflux de finances ne
reçoit pas un facteur de production appelé 'capital', il profite
de la possibilité d'effectuer un excédent d'importations ou
d'amasser des réserves monétaires" (Robinson, 1973, p.22).
Le fait de savoir si ces importations sont des biens d'équipement ou des biens de consommation n'est pas traité par la
théorie conventionnelle. Si elles n'améliorent pas la capacité
des pays importateurs à augmenter leurs parts à l'exportation
ou à réduire leurs demandes d'importations dans le futur, le
prétendu équilibre des paiements ne peut, en fait, se prolonger. Cette observation faisait écho à la conviction grandissante de JR selon laquelle le fait de ne pas considérer
sérieusement le temps constituait un défaut majeur du courant principal du raisonnement économique. Dans le contexte de la théorie du commerce, cela signifiait que "au lieu
de suivre le chemin ouvert par Ricardo et de le relier à
Keynes, la théorie moderne ne sort jamais de l'impasse des
comparaisons d'états stationnaires" (p.142).
A l'époque où sa critique intellectuelle du courant principal de la théorie économique se répandait, JR commença à
faire plus attention aux déterminants politico-économiques
de la propagation et de l'acceptation de cette théorie. Dans
une autre communication, on pourrait discuter des contributions avant-gardistes à ce qui deviendrait plus tard l'économie politique internationale ; je voudrais ici m'attacher à
sa perception que la "nation", probablement l'acteur central
de toute théorie du commerce international, est étrangement
absente de l'orthodoxie. Dans son essai fort acclamé What
are the Questions ?/Quelles sont les Questions ?, JR déclare
que, pour aller jusqu'au bout des erreurs de la théorie du
commerce, la première question à se poser est la suivante :
"Qu'est-ce qu'une nation ?" (Robinson, 1977, p.25-6). Sa
réponse : "Il y a un critère, cependant, pour pouvoir dire
qu'une nation moderne est une entité économique distincte ;
elle a un compte courant des paiements et recettes extérieurs
et un taux de change, qui sont le souci de son gouvernement
et de ses autorités monétaires" (p.26). Ainsi, le fait pour les
modèles monétaires du commerce de ne pas considérer
sérieusement l'équilibre de la balance des paiements sur le
long terme, en fait, l'absence, pour les monnaies nationales,
de tout rôle autre que l'ajustement passif dans les modèles
d'avantage comparatif encore utilisés aujourd'hui, équivaut à
l'exclusion de la nation de la théorie de l'économie
"internationale". Il convient maintenant de faire une pause
pour considérer la force de cette observation. Pensons aux
modèles économiques simples exposés dans les livres de
cours, avec deux pays, deux marchandises et deux facteurs.
Le terme "pays" est ici strictement notionnel. Ce pourrait
être aussi bien des régions d'un même pays ; en fait, c'est
exactement ce dont il s'agit dans l'analyse des échanges
commerciaux régionaux. Le seul moyen de voir qu'un pays
est impliqué, c'est qu'il peut y avoir interférence dans les
échanges commerciaux : quotas, droits de douane, etc. La
"nation" n'intervient que comme obstacle au marché et non
pas comme constituant de celui-ci. C'est de cette observation
que provient le titre de la présente communication.
Du point de vue de l'économie politique, pourquoi une
théorie qui nie à la nation ou à son gouvernement tout rôle
constructif deviendrait-elle la base d'une tradition intellectuelle dominante ? Le mystère se dissipe lorsque nous considérons la position de l'hégémonie, la nation dont la domination économique, militaire et politique sur le système plus
vaste détermine ses intérêts particuliers. L'hégémonie
(jusqu'à récemment) connaît des excédents commerciaux
persistants qui lui autorisent des liquidités virtuellement
illimitées avec un étalon or ou le droit de fabriquer ses
propres liquidités (des réserves acceptables au plan international) en régime de taux de change flottants. Il est de
l'intérêt d'un tel pays d'exiger l'accès libre à tous les marchés
comme si les frontières politiques et monétaires (la zone
monétaire) n'existaient pas – autrement dit, comme si les
autres "nations" n'existaient pas de plein droit. De plus, il est
de l'intérêt des retardataires du développement économique
d'affirmer leur nationalité, de rejeter l'orthodoxie du libre
échange au nom de "l'économie nationale" ou de quelque
chose de semblable. L'invisibilité de la nation dans la théorie
orthodoxe du commerce international n'est, par conséquent,
pas un accident, car, aux yeux de l'hégémonie, il n'y a vraiment qu'une seule nation.
PENSÉE CONTEMPORAINE ET ÉCHANGES
COMMERCIAUX, TAUX DE CHANGE ET ÉQUILIBRE
Le plus facile est de commencer par le modèle orthodoxe
de l'équilibre IS/LM/Balance des Paiements que l'on peut
trouver dans livres de cours sur la macroéconomie
[4]. Étant
donné que :
(1) Y = C + I + G + NX = C + S + T
Dans lequel Y représente le revenu national, C la
consommation, I l'investissement, G les dépenses de l'État,
NX les exportations nettes, S l'épargne et T les taxes, nous
obtenons l'équation conventionnelle
(2) (S + B) – I = NX
dans laquelle B = T – G.(2) ou, en termes plus familiers,
que la somme de l'épargne intérieure privée et publique
moins l'investissement intérieur est égale au solde des échanges commerciaux. Tout déficit entre l'épargne et l'investissement intérieurs doit être comblé par un afflux de capital
compensateur. Ainsi, à chaque ensemble de politiques et de
conditions macroéconomiques qui donnent naissance à des
valeurs particulières de Y (dont S est une fonction), B et I,
correspond un excédent ou un déficit du compte courant qui
doit être compensé afin d'établir un "équilibre" de la balance
des paiements. Le déficit ou l'excédent du compte de capital
est présumé être réactif au taux d'intérêt intérieur, lui-même
une variable politique de la détermination du revenu national. Ainsi, l'ensemble du système peut être représenté par un
système de trois équations (pour le revenu national, l'offre
monétaire étant égale à la demande monétaire, et les importations nettes étant égales aux entrées sur le compte capital)
et trois inconnues (le taux d'intérêt intérieur, le taux de
change – pour établir en partie NX – et Y). Dans ce système,
il y a deux paramètres politiques, l'offre monétaire et B (la
politique fiscale). Autrement dit, pour chaque paire de choix
politiques, il existe un équilibre du revenu national et de la
balance des paiements.
La question de savoir si, dans ce système, les propriétés
de l'avantage comparatif en commerce international
tiendront à la marge, revêt une importance capitale. C'est-à-dire qu'en partant d'un équilibre IS/LM/Balance des Paiements, est-il exact que toute augmentation de la valeur des
importations, en l'absence de variation des autres paramètres,
doit être compensée par un accroissement égal des exportations ? Il est important de noter que ce que nous recherchons,
c'est un rapport d'
équilibre ; celui-ci dépend des processus
d'ajustement implicites aux relations fonctionnelles du système. En particulier, étant donné que l'on suppose que
X =
x(E) et
M = m(Y, E), les revenus extérieurs étant constants et
E représentant le taux de change, la question se pose de
savoir si les ajustements de prix par l'intermédiaire de modifications apportées à
E sont suffisants pour absorber l'ensemble du travail d'ajustement, car, si c'est
Y qui s'ajuste, les
gains commerciaux ne seront pas aussi importants que ce
que nous trouverions dans le modèle standard de l'avantage
comparatif. Arrivés à ce point, nous ne pouvons tirer de
conclusions définitives sur les critiques émises par JR. Le
modèle enseigné apparaît effectivement fusionner l'équilibre
de la balance des paiements avec l'équilibre du revenu
national d'une manière qui rend l'un logique par rapport à
l'autre. Il pose la question des équilibres multiples en raison
de ses hypothèses IS/LM (l'offre monétaire déterminée de
manière exogène par l 'autorité monétaire, attentes stables et
sages dans les taux d'intérêt), mais même si ce n'était pas le
cas, il apparaît que la contrainte de la balance des paiements
pourrait être incluse dans n'importe quel ensemble de
résultats macroéconomiques
[5]. La "nation", dans le sens
d'économie nationale avec un niveau spécifique de performance économique qui satisfait également les contraintes de
paiements associées à sa monnaie, a, apparemment, fait sa
réapparition. La question de savoir s'il s'agit d'une réapparition au niveau de la théorie internationale du
commerce,
cependant, n'est pas définitive et dépend de l'équilibrage du
niveau de prix par rapport à la quantité sur les marchés internationaux. Il est clair que la première tâche est de regarder
de près le rôle des taux de change. Si notre modèle simple
d'économie ouverte, de même que ses cousins plus sophistiqués, doit s'accorder à l'avantage comparatif, alors il est
essentiel d'ajuster les prix. La preuve empirique, cependant,
vient fortement étayer l'affirmation que, du moins à court ou
moyen terme, les marchés des changes ne fixent pas les prix
afin d'équilibrer le compte courant, de quelque manière que
nous puissions définir "l'équilibre" dans ce contexte
(Blecker, 1999). De plus, on peut voir que les pays ont souvent recours à des périodes d'austérité pour satisfaire à leurs
contraintes de paiements. Pourquoi, dans la pratique, l'équilibrage des prix échoue-t-il ? L'explication doit porter sur les
points suivants :
- La dynamique spéculative sur les marchés des changes.
Les marchés sur lesquels les participants tentent d'anticiper
les mouvements des autres participants génèrent une dynamique spéculative sans lien avec les fondamentaux putatifs.
Casser la moyenne à la hausse des taux de change est une
activité bien documentée, et les départs plus modestes des
valeurs indiquées par les fondamentaux économiques (parité
de pouvoir d'achat, correction du déséquilibre chronique du
compte courant) peuvent persister indéfiniment.
- Les taux de changes réels plutôt que nominaux. En principe, ce n'est pas le taux de change nominal mais le taux de
change réel qui doit être important pour le commerce. Les
pays peuvent être tentés d'intervenir sur les marchés des
devises pour établir les taux de change qui "devraient" exister pour permettre l'équilibre en l'absence de forces du marché qui peuvent jouer ce rôle, mais il n'est pas facile de
contrôler cela en vue d'obtenir des modifications compensatrices de l'inflation. En particulier, les salaires ne peuvent
répondre passivement à la dévaluation, et la tentative des
salariés, puis des entreprises, pour protéger leur revenu réel
peut engendrer une réaction inflationniste.
- La dévaluation concurrentielle. Un taux de change implique deux devises dont l'une ressort d'une puissance souveraine au-delà de nos propres frontières. Ce simple fait disparaît de certaines analyses par ailleurs sophistiquées. Lorsque la dévaluation dans un pays n'est pas acceptée par l'autre,
il peut en résulter une guerre des taux de change dévastatrice, et non pas un ajustement de prix gentiment calculé.
- La réaction tardive. La relation bien connue montrée par la
courbe en J entre taux de change et exportations nettes indique que, au moment où l'ajustement s'avère urgent, il peut
être trop tard pour compter sur les prix. De plus, si les espoirs de pressions pour un ajustement futur sont stochastiques, il peut être totalement irréalisable de compter sur un
mécanisme qui nécessite plus d'un an pour produire ses
effets voulus.
Nous avons donc de bonnes raisons de supposer que
l'équilibrage par la quantité, et non par le prix, sera la norme
pour les économies ouvertes du monde réel. Dans ce cas, que
peut-on dire des propriétés comparées des modèles conventionnels de commerce qui forment la base de la cause antinormes sociales dans le système mondial des échanges commerciaux ?
ÉCHANGES COMMERCIAUX ET
RÉGLEMENTATIONS NATIONALES
LORSQUE LES QUANTITÉS S'AJUSTENT
Avant de s'engager directement dans l'analyse de la théorie du commerce en période d'ajustement des quantités, il
convient de revenir une fois de plus sur la question de savoir
ce qu'est une nation. La constitution des États-Unis fournit
un point de départ intéressant, et ceci n'est pas un hasard. La
constitution était, entre autres, la première tentative consciente dans le monde pour créer un espace économique
intégré à partir de ce qui était auparavant une série d'économies distinctes. L'un de ses architectes, Alexander Hamilton,
est une figure emblématique de l'idée de l'école de "l'économie nationale" qui fut, plus tard, esquissée par Friedrich
List. Qu'avait à dire la constitution sur la manière de définir
une nation d'un point de vue économique dans le but
d'accroître son marché intérieur ? D'abord, et en accord avec
les paroles de JR, ce document dénie aux États le droit de
frapper la monnaie. Il n'y aura, dans cet espace économique
national, ni taux de change ni contraintes de paiement. Mais,
ensuite, la constitution investit également le gouvernement
fédéral du pouvoir de réguler "le commerce entre États de la
fédération" ; il devra y avoir des décisions unitaires quant
aux activités qui recouvrent cet espace. Les états, pris individuellement, n'auront pas le droit de légiférer sur les transactions qui passeront les limites de leurs frontières, alors que la
part de l'économie qui est vraiment nationale sera soumise à
une réglementation centrale. Ceci constitue donc une seconde dimension de la signification du mot "nation". Étant
donné que les marchés doivent être réglementés, une économie nationale nécessite un régime national de réglementation
économique. Cette dimension, encore plus que celle des
devises nationales et des contraintes de paiements, est
absente des modèles conventionnels du commerce "international". Dans cette section, notre objectif sera de l'y amener.
Le modèle que j'offrirai est un hybride de ceux qui ont été
développés par McCombie et Thirlwall (1999) et par Blecker
(1998), lui-même tiré en grande partie de Thirlwall (1979) et
Thirlwall et Hussain (1982). Nous partons de :
Dans cette équation,
P représente le niveau de prix intérieur,
Y le revenu intérieur,
E le taux de change,
εx et
εy sont
l'élasticité des prix des exportations et des importations,
γx et
γM l'élasticité des revenus des exportations et des importations,
F le flux de fonds sur le compte de capital, et l'accent
circonflexe indique que la variable concerne l'ensemble du
reste du monde
[6]. Cette équation dit que la différence entre la
valeur intérieure totale des exportations et la valeur intérieure totale des importations, chacune déterminée par le prix qui
lui correspond et l'élasticité de ses revenus, doit être totalement compensée par un flux de
F afin de satisfaire à la
contrainte de la balance des paiements.
Si nous convertissons (3) en forme logarithmique et
différencions par le temps pour avoir les taux de change,
nous obtenons :
(4) Î¸ï€ [(εx + εM - ) (p – ˆ p – e) - Î³ï€ x Å· + (1 – θ)ï€ ï€©f = 0
Ici, les minuscules indiquent les taux de change correspondant aux niveaux signifiés par les majuscules, et le
paramètre θ désigne la proportion de flux de paiements totaux pris en compte par la position nette dans le compte d'échanges commerciaux. Notez que l'expression (εx + εM – 1)
doit être supérieure à zéro pour que les conditions de
Marshall-Lerner soient valables. (On pense qu'elles le sont
généralement). Pour simplifier l'analyse, faire que le niveau
de prix de chaque pays soit égal à ses coûts de travail
unitaires :
dans lequel W représente le niveau des salaires, L est la
quantité totale de main d'œuvre utilisée, Q le volume produit
et Î la productivité de la main d'œuvre. (En faisant cela, je
me soustrais aux questions de marge sur les prix de revient,
ce qui est l'un des points sur lesquels Blecker porte son
attention, 1998). La conversion de (5) en taux de change
donne :
(6) p = w - π
(Ces deux équations pourraient comporter des accents
circonflexes qui signifieraient le reste du monde).
En combinant (4) et (6) et en réorganisant les termes,
nous arrivons à la relation structurelle centrale entre ces taux
de croissance qui doivent se maintenir sur une période au
cours de laquelle la contrainte de balance des paiements est
maintenue :
Comme le fait remarquer Blecker, cette équation peut être
interprétée comme un compromis entre l'augmentation réelle
des salaires et l'augmentation du revenu intérieur. Lorsque
Î¸ï€ = 1, il n'y a pas de flux de capitaux et (7) s'effondre vers un
modèle plus semblable à celui de Blecker. J'utiliserai la
représentation graphique de Blecker du compromis entre les
salaires et le revenu pour faire ressortir plusieurs points
concernant la signification de cette relation pour la théorie
du commerce.
D'un point de vue graphique, (7) peut être décrit comme
en figure 1.
Figure 1
Taux de croissance du Revenu National, des
Salaires, des Taux de Change et de la Productivité en
fonction des contraintes de la Balance des Paiements.
Le long de l'axe vertical, cette figure mesure la croissance
des salaires réels (w – e), et le long de l'axe horizontal la
croissance du revenu national. La contrainte de balance des
paiements (BDP) est décrite par les diagonales descendantes ; il y en a deux, l'une pour un taux supérieur de croissance
de la productivité, Ï€1, et l'autre pour l'autre pour le taux inférieur, Ï€2,leur inclinaison étant déterminée par les magnitudes
des deux élasticités de prix et par l'élasticité des revenus des
importations. Pour illustrer ce propos, deux lignes supplémentaires décrivent les cas polaires d'un taux fixe de croissance du revenu, y = y*, et une croissance fixe des salaires
réels, w – e = C (tracée arbitrairement comme étant négative). Seules les variables intérieures sont représentées, sous
l'hypothèse que les valeurs extérieures sont prises comme
étant données sur la période d'étude.
Commençons par la contrainte des paiements en
π. Le
point B représente le taux de croissance nécessaire pour
satisfaire à la contrainte des paiements si
w – e = C. ; le
point C représente le taux de salaire en
y*. L'inclinaison du
lieu géométrique de la contrainte de la balance des paiements nous donne donc le compromis entre les baisses des
salaires et des prix nécessaires pour maintenir l'ajustement.
Ce qui est particulièrement intéressant, du point de vue de la
théorie du commerce, c'est l'impact d'une réduction du taux
de croissance de la productivité, qui conduit de la première
contrainte de balance des paiements à la deuxième. Avec un
ajustement de prix totalement compensateur, l'économie
pourrait progresser du point C au point D, de sorte que la
croissance du revenu national reste constante. Ceci est,
cependant, un cas extrême – tout à fait improbable pour les
raisons invoquées ci-dessus. L'autre cas extrême est celui
dans lequel l'ajustement de prix ne se produit pas du tout, et
où le fardeau repose entièrement sur le revenu et les finances
extérieures, ce qui nous mène du point B au point A. Il est
intéressant de noter qu'il est tout à fait possible que la baisse
du taux de croissance du revenu dépasse celle de la productivité, et même de beaucoup. Ce qui en fait l'importance,
c'est que nombre des normes sociales prises en considération
dans le commerce international, telles que les interdictions
de rejets dans l'environnement et l'amélioration des conditions de travail, peuvent être représentées comme abaissant
la productivité (au prix du marché). Ainsi, en économie
ouverte, les réglementations sont confrontées à deux limites ;
la limite intérieure de leurs coûts et avantages économiques
ou politiques, et la limite, liée à l'ouverture économique, des
coûts qu'elles imposeront pour pouvoir respecter les
contraintes de paiements. Autrement dit, à la marge, les
emplois perdus à cause d'une réglementation qui rend une
industrie non compétitive dans ses échanges internationaux
ne seront pas nécessairement retrouvés, même après l'attribution de nouvelles ressources, par une augmentation correspondante des emplois à l'exportation. Ceci contredit
l'avantage comparatif, réduit les gains provenant du
commerce et génère de plus fortes pressions politicoéconomiques, en premier lieu pour prévenir la législation
[7].
Si nous revenons un instant à l'équation (7), il est clair
qu'une diminution de
θ ou une augmentation de
f a le même
effet qu'une baisse de la productivité intérieure ou qu'une
hausse de la productivité extérieure. Il est difficile de penser
à des flux financiers plus importants pour résoudre
activement les problèmes de compétitivité ; ils constituent,
plus probablement, une réponse aux déséquilibres des échanges commerciaux. Pourquoi
f pourrait-il répondre de cette
façon ? D'abord, il existe une histoire néoclassique qui dit
que les marchés du crédit sont hautement concurrentiels et
que l'offre de crédit est, par conséquent, parfaitement élastique au taux d'intérêt du marché. Si l'on voit les choses de
cette façon, les pays peuvent obtenir davantage de finances
simplement en choisissant d'emprunter davantage. Cette
version extrême est invraisemblable, mais il existe probablement bien une zone à l'intérieur de laquelle le crédit peut
fluctuer à un taux d'intérêt donné. Deuxièmement, les taux
d'intérêt peuvent augmenter, soit par les pressions de la
demande, soit par les actions des autorités monétaires. Ceci
aurait des effets nuisibles sur le revenu national, car on
obtiendrait par ce moyen un ajustement en combinant une
augmentation des afflux de capitaux et une réduction des
importations
[8]. Finalement, il y a des méthodes non liées au
prix pour attirer (ou repousser) les capitaux, telles que la
modification de l'imposition, des conditions de rapatriement
ou de déclaration, ou, plus généralement, la modification de
la panoplie des politiques, du discours public, et autres, qui
font partie de la notion de "climat des affaires" d'un pays.
Les économies qui se trouvent dans un état de déficit chronique de leur compte courant, en raison des obligations importantes liées au service de la dette, sont souvent contraintes
d'adopter des politiques approuvées par le monde des affaires, même si elles n'ont rien à voir avec la rentabilité des
investissements étrangers.
De plus, il faut arriver à l'interprétation de l'équation (7)
et de la figure 1. Les variables sont exprimées sous forme de
taux de variations, mais la durée sur laquelle ces variations
sont censées avoir lieu n'est pas spécifiée. Thirlwall, l'initiateur de cette classe de modèles, avait l'intention de les utiliser pour tester si les taux de croissance des économies
nationales étaient gênés par les considérations de balance des
paiements sur de longues périodes de l'ordre de la décennie
ou plus. Ici, mon objectif est différent. Je considère les relations structurelles entre revenu, salaires, prix et productivité
qui doivent exister si une économie doit continuer à assurer
l'équilibre de sa balance des paiements. Dans un contexte de
chocs de productivité (en raison des législations, par
exemple), la période en question s'étend sur la durée de
l'ajustement, probablement quelques années ou moins. Mais,
à mesure que le cadre temporel implicite se rétrécit, les différences de timing entre les variables dans le modèle deviennent plus importantes. Si on garde à l'esprit, une fois de plus,
la courbe en J, w, e, π, εx et εM se rapportent aux prix dans
une période précédente, alors que γx, γM et y sont actuels.
Ainsi, à moins que les effets de prix soient anticipés avec
une prévision presque parfaite, l'ajustement à la contrainte de
balance des paiements à court ou moyen terme, dépend
nécessairement tout d'abord des quantités. Bien que je n'aie
pas introduit ces différences de timing afin de conserver une
présentation simple, en principe elles seraient représentées
dans la figuration utilisée dans l'équation (7).
GÉRER LES ÉCHANGES INTERNATIONAUX DE
MANIÈRE À EN TIRER PROFIT
A la question fondamentale de JR "Qu'est-ce qu'une
nation ?", nous pouvons maintenant répondre qu'une nation,
au sens politico-économique du terme, c'est un peuple qui
partage une même monnaie, un environnement commun de
travail et de croissance économique, et un même système de
gouvernement.
Dans ses écrits, JR fit les pas de géant nécessaires au départ pour voir que la théorie orthodoxe du commerce est basée sur la présomption que les différences entre les monnaies
(et les contraintes des paiements qu'elles entraînent sur
l'emploi) soit n'existent pas, soit ont été rendues superflues
par l'hypothèse de l'ajustement continu et sans coûts des prix
effectifs. Cette position a été soutenue par des travaux récents qui démontrent formellement qu'en général, et même à
un degré plus élevé dans la réalité, le fait de ne pas parvenir
à la compétitivité impose des coûts importants aux niveaux
de l'emploi et des revenus réels dans une économie ouverte.
De plus, nous pouvons dire que l'existence de cette lacune
dans la doctrine orthodoxe conduit directement à une autre
lacune : les économies pour lesquelles la contrainte de la balance des paiements est obligatoire (ou même potentiellement obligatoire dans un monde dans lequel l'avenir ne peut
être connu avec certitude) sont également handicapées dans
leur capacité à voter des lois qui pourraient empiéter sur le
niveau maximum d'efficacité de la production des marchandises négociables afin d'atteindre d'autres objectifs sociaux.
Ce deuxième point revêt une importance extrême, car il aide
à expliquer l'apparition simultanée de deux faits importants :
la course à la libéralisation des échanges commerciaux et
financiers internationaux (la "mondialisation") et la tendance
mondiale vers moins de réglementation publique des économies capitalistes (le néo-libéralisme). Nous avons pu soupçonner que les deux étaient liées, mais maintenant nous
avons une théorie qui le dit avec certitude.
Finalement, la perception de l'économie se réduit à des
histoires simples – des fables, des métaphores ou même des
autocollants – qui contiennent les visions plus compliquées
de comment le monde fonctionne ou devrait fonctionner. La
doctrine du libre-échange, sans réglementations, a magnifiquement réussi sur ce terrain. Pourquoi, nous demande-t-on,
si n'import qui pourrat-il se mêler des échanges internationaux ? Aucun commerce n'existerait s'il ne se faisait pas
dans l'intérêt des deux parties. Donc, comment la somme de
ces échanges pourrait-elle être inférieure à la somme des
avantages ? Si quelqu'un, à l'étranger, peut fabriquer une
marchandise moins chère qu'on ne peut le faire chez soi,
pourquoi serait-on idiots au point de ne pas l'acheter. Après
tout, quand on va dans les magasins, on choisit ceux qui
offrent les meilleurs prix. Et la théorie de l'avantage comparatif n'apparaît comme rien de plus que l'évidence que deux
personnes combinant leurs efforts et se spécialisant dans ce
qu'elles font le mieux, peuvent produire davantage qu'elles
ne le feraient toutes seules.
JR n'aurait aucune difficulté à reconnaître cette idée
d'ensemble basée sur le fait qu'il n'y a que des individus dans
ce monde d'échanges internationaux : les nations n'y ont
aucun rôle. Au contraire, cependant, la repartition des
populations mondiales en nations a toujours eu, et a encore
actuellement, des effets puissants sur leur bien-être, et ceci
donne une histoire différente. La situation de la monnaie
d'une nation, son taux de croissance économique et d'emploi,
et la réalité de sa démocratie sont des biens publics : la
plupart des individus en bénéficient ou en souffrent, même
si, en général, ils n'ont pas de motif individuel de les promouvoir. Au contraire, chaque fois qu'un individu choisit
d'importer une marchandise, quelle que soit la façon dont on
puisse considérer cet acte, il empiète sur "l'espace" de la
balance des paiements ; il permet à la nation d'initier des
actions à l'avantage de tous, qui peuvent également avoir des
effets négatifs sur les paiements. Seul un espace défini est
entre en compte, et une nation sensée qui considère ses
citoyens en tant qu'individus et également leur bien-être
comme faisant partie de la vie commune, gérerait les deux
demandes de manière à répondre aux deux de manière
acceptable. Donner libre cours aux seuls intérêts privés, c'est
sacrifier l'intérêt public par défaut. En d'autres mots, il s'agit
seulement de la transposition au niveau international de la
fable keynésienne à la propagation de laquelle JR a si bien
travaillé.
De manière plus critique, nous avons vu qu'en l'absence
d'intervention, il n'est pas avéré qu'un peu plus d'importations soient automatiquement financées par un peu plus
d'exportations, ce qui serait cependant nécessaire pour que le
commerce adhère au principe de l'avantage comparatif. D'un
point de vue normatif, cependant, l'avantage comparatif reste
une très bonne chose, une circonstance que nous devrions
essayer de créer parmi tous les schémas possibles de commerce international et de finance internationale. Ceci suggère que les pays seraient avisés de gérer l'ensemble des
échanges commerciaux et des flux de capitaux, ce qui restaurerait l'avantage comparatif à la marge et restreindrait ou
canaliserait les finances extérieures de manière à assurer leur
utilisation pour des activités qui amélioreraient vraiment leur
capacité – ou, pour utiliser les mots de JR en 1946, "en
résumé, la notion d'une unique position naturelle d'équilibre
est un mirage, et, pour le meilleur ou pour le pire, le commerce international doit être dirigé avec conscience" (p.112).
·
BAKER D., EPSTEIN G., POLLIN R., 1998, Globalization and Progressive
Economic Policy. Cambridge, Cambridge University Press.
·
BASU K., 1999, Child Labor : Cause, Consequence and Cure, with Remarks
on International Labor Standards. Journal of Economic Literature, 37(3),
1083-1119.
·
BLECKER R., 1999, Taming Global Finance : A Better Picture for Growth
and Equity,. Washington, Economic Policy Institute.
·
______, 1998, International Competitiveness, Relative Wages and the
Balance of Payments Constraint, Journal of Post Keynesian Economics,
20(4), 495-525.
·
BROWN D., DEARDORFF A., STERN R., 1996, International Labor
Standards and Trade : A theoretical Analysis, in Jagdish Bhagwati et Robert
Hudec (éd.), Fair Trade and Harmonization : Prerequisites for Free Trade ?
Cambridge, MIT Press. (1996).
·
DORMAN P., 2000, Actually Existing Globalization, in Preet Aulakh et
Michael Schechter (éd.), Rethinking Globalization(s): From Corporate
Transnationalism to Local Interventions, New York, St. Martin's Press.
·
______, 1999, Regulating the Regulators : Cost-Benefit Analysis in an Era of
Globalization. Communication faite lors de "The Cost-Benefit Analysis
Dilemma : Strategies and Alternatives", Yale University, 8-10 Octobre.
·
______, 1996, Markets and Mortality : Economics, Dangerous Work, and the
Value of Human Life, Cambridge, Cambridge University Press.
·
______, 1995, Policies to Promote International Labor Standards : An
Analytical Review. Report to the Bureau of International Labor Standards,
United States Department of Labor.
·
______, HAGSTROM P., 1998, Wage Compensation for Dangerous Work
Revisited, Industrial and Labor Relations Review, 52(1), 116-35.
·
FRIEDMAN T., 1999, Senseless in Seattle, The New York Times. 1er
Décembre.
·
HANSSON G., 1983, Social Clauses and International trade : An Economic
Analysis of Labour Standards in Trade Policy, Londres, Croom Helm.
·
KEYNES J. M., 1929, Testimony Before the Macmillan Committee on
Finance and Industry, cité in D. Moggridge (éd.), 1981, The Collected
Writings of J.M. Keynes, Vol. XX, Londres, Macmillan.
·
KRUGMAN P., 1998, There's Something about Macro,
hhttp :// web. edu/ krugman/ www/ islm. html.
·
MCCOMBIE J., THIRLWALL A.P., 1999, Growth in an International
Context : A Post keynesian View, in Kohan Deprez et John T. Harvey (éd.),
Foundations of International Economics : Post keynesian Perspectives,
Londres, Routledge.
·
ROBINSON J., 1977, What Are the Questions ? Journal of Economic
Literature, 15(4), 1318-39.
·
______, 1973, The Need for a Reconsideration of the Theory of International
Trade, in Collected Economic Papers, V.4, Oxford, Basil Blackwell.
·
______, 1950, Exchange Equilibrium. Economia Internazionale. Mai, 214-224.
·
______, 1946, The Pure Theory of International Trade, Review of Economic
Studies, 14(2), 98-112.
·
Stiglitz J., 1999, Beggar-Thyself versus Beggar-Thy-Neighbor-Policies : The
Dangers of Intellectual Incoherence in Addressing the Global Financial
Crisis, Southern Economic Journal, 66(1), 1-38.
·
THIRLWALL A.P., 1979, The Balance of Payments Constraint as an
Explanation of International Growth Rate Differences, Banca Nazionale del
Lavoro Quaterly Review, 128,45-53.
·
______, HUSSAIN N., 1982, The Balance of Payments Constraint, Capital
Flows and Growth Rate Differences Between Developing Countries,Oxford
Economic Papers, 34(3), 498-510.
·
VISCUSI K., 1993, The Value of Risks to Life and Health, Journal of
Economic Literature, 31(4), 1912-46.
·
______, 1983, Risk by Choice : Regulating Health and Safety in the
Workplace, Cambridge, MA, Harvard University Press.
[1]
Pour une tentative de description de l'économie politique de la "mondialisation réellement existante", voir Dorman (2000). Pour une analyse de
l'analyse avantage-coût à l'intérieur de ce cadre, voir Dorman (1999).
[2]
Cette analyse de l'hygiène et de la sécurité du travail s'inspire des travaux de
W. Kip Viscusi ; voir, par exemple, (1983,1993). Pour une critique de cette
position, voir Dorman (1996) et Dorman & Hagstrom (1998).
[3]
Il est à noter que B, D et S attendent du lecteur qu'il prenne cet argument au
sérieux. Leurs critiques (y compris Bhagwati), du moins, le pensaient.
[4]
Paul Krugman (1998) note qu'en dépit de sa grande simplicité (ou peut-être
à cause d'elle), la modélisation IS/LM fournit la base de l'analyse des
politiques du monde réel.
[5]
Dans les modèles plus récents du courant principal, il est devenu
conventionnel d'invoquer "le taux naturel de chômage" pour établir un unique
niveau d'équilibre du revenu national réel.
[6]
Plus précisément,
F représente les flux combinés du compte de capital et la
portion transférée du compte courant.
[7]
L'analyse pourrait également être étendue aux réglementations qui auraient
pour effet d'augmenter les salaires intérieurs. Ceci, cependant, exigerait de
réintroduire un paramètre de majoration variable pour tenir le potentiel de
redistribution éloigné des bénéfices, ce qui obscurcirait la logique des
résultats sans les modifier de manière importante. Entre parenthèses, la
preuve empirique n'est pas décisive quant à la question de savoir si les
réglementations en matière d'environnement ont actuellement un effet sur les
schémas des échanges internationaux et la compétitivité nationale. Voir
l'échange entre Goodstein et Dorman in Baker et al. (1998).
[8]
Une augmentation des taux d'intérêt peut, selon Stiglitz (1999), dans
certaines circonstances, nuire aux investissements étrangers. La raison en est
que la fragilité financière intérieure peut également être augmentée, ce qui
conduirait à une augmentation correspondante de la prime de risque.