2001
INNOVATIONS
A propos...
…de la méthode en économie
Les méthodes de l'éthologie sont plus appropriées que les
mathématiques à l'étude de l'activité économique et il est vrai que
nous savons beaucoup de choses sur l'histoire naturelle de la vie
des entreprises grâce à des études d'économie industrielle, de
gestion financière et des conditions de travail. Mais ces
connaissances ne peuvent être correctement exploitées s'il faut les
compresser dans une formule qui gomme la distinction entre le
futur et le passé. J. Robinson, 1977, Contributions à l'Économie
Contemporaine, Economica, 1984, p.41.
Keynes considérait le triomphe d'Adam Smith sur les
Mercantilistes et de Ricardo sur Malthus comme une victoire du
dogmatisme sur le bon sens, et il ne comprit jamais rien à Marx ;
les conceptions de la "Théorie Générale" ont cependant beaucoup
plus en commun avec l'école classique de la première moitié du
XIXème siècle qu'avec les doctrines néoclassiques dont Keynes a
été nourri. J. Robinson, 1974, Contributions à l'Économie
Contemporaine, Economica, 1984, p.17.
Les économistes orthodoxes, dans leur ensemble, s'identifièrent
avec le système et entreprirent d'en faire l'apologie, tandis que
Marx se fixa la tâche de comprendre le mécanisme du capitalisme
pour hâter la chute de celui-ci. Marx avait conscience de son but.
Les économistes, en général, agissaient inconsciemment. J.
Robinson, 1942, Essai sur l'économie de Marx, Dunod, 1971, p.1.
…de Schumpeter et de Galbraith
On peut construire une excellente défense du capitalisme, en tant
que système économique, sur l'analyse de Marx. Schumpeter s'y
livra, et plus près de nous, et de façon plus élaborée, son disciple
le professeur Galbraith. Ils fournissent une défense rigoureuse,
cynique et intelligente des règles du jeu capitaliste, qui est
beaucoup plus efficace que la plaidoirie sophistiquée de l'école
orthodoxe. J. Robinson, 1955, Contributions à l'Économie
Contemporaine, Economica, 1984, p.137.
Dans une première étape, une firme peut être identifiée avec le
capital qu'elle contrôle ; la taille et le nombre des firmes
constituant l'ensemble de la structure industrielle ne sont pas
importants en eux-mêmes. Toutefois l'interdépendance des firmes
est déterminante dans la mesure où elle constitue une des causes de
l'accumulation et du progrès technique dans l'industrie considérée
comme un tout (...) Les anticipations de profit de la firme
individuelle dépendent du comportement des autres firmes. J.
Robinson, 1971, Hérésies économiques, Calmann-Lévy, 1972,
pp.178-79.
…de la concurrence imparfaite
Lorsqu'on expose les principes de l'analyse économique, il est
d'usage de commencer l'analyse d'un monde de concurrence pure
et parfaite et de traiter le monopole comme un cas particulier. (...)
Ce processus peut avantageusement être renversé, et (...) il est plus
correct de commencer par l'analyse du monopole, en traitant de la
concurrence pure et parfaite comme un cas particulier. J.
Robinson, 1933, L'économie de la concurrence imparfaite,
Dunod, 1973, p.287.
…de la synthèse (les néoclassiques vers Keynes, modèle IS-LM)
La vieille orthodoxie, contre laquelle la révolution keynésienne
s'est tournée, était fondée sur la loi de Say pour qui il ne peut avoir
de demande insatisfaite. Les dépenses créent la demande pour les
biens de consommation, tandis que l'épargne crée la demande pour
les biens d'investissement, tels les équipements et les approvisionnements. Keynes a souligné l'évidence du fait que l'investissement est guidé par les décisions des firmes et des institutions
publiques, non par le désir d'épargner de la communauté. Une
hausse de l'épargne des ménages entraîne la diminution de la
consommation ; ce qui n'accroîtra pas l'investissement mais réduira
l'emploi. Selon la doctrine du keynésianisme bâtard, il est possible
de calculer le taux d'épargne que les ménages, pris collectivement,
désirent réaliser, et alors les gouvernements, par une politique
fiscale et monétaire, pourront organiser l'investissement de ce
montant d'épargne. La loi de Say est ainsi artificiellement restaurée
et, à l'abri, toutes les vieilles doctrines réapparaissent lentement. J.
Robinson, Further Contributions to Economics, Oxford, 1980,
p.34.
…de l'accumulation en longue période
Lorsque vous concevez la Théorie Générale en longue période,
vous devez débuter avec le schéma de reproduction élargie de
Marx. Mais dans ce cas vous ne trouverez pas un modèle tout fait.
(...) Les marxistes actuels, bien sûr, utilisent ce modèle, mais ils ne
peuvent l'expliquer que dans le jargon, ce qui n'aide en rien un
Anglais monoglotte. Monsieur Harrod a découvert le truc et a créé
le modèle lui donnant l'étrange et joli nom de "taux garanti de
croissance du revenu national". J. Robinson, Collected Economic
Papers, vol.4, Basic Blackwell, 1980, p.253.
…d'un ordre économique mondial nouveau
Si l'on pense aux immenses progrès techniques qui ont été réalisés
et les immenses dépenses effectuées dans les armes dévastatrices,
les vols supersoniques, la course à la lune, il est évident qu'avec un
peu de bon sens et de bonne volonté il serait possible d'améliorer
la condition de toutes les femmes. Mais il faudrait que ce soit un
bon sens et une bonne volonté authentiques, et non des intérêts
nationaux déguisés. J. Robinson, The New Mercantilism,
Cambridge U.P., 1966.