2002
INNOVATIONS
Les privilèges des jeunes sur le marché du travail allemand
Markus SCHEUER
Rheinisch-Westfälisches Institut für Wirtschaftforschung Allemagne
Elke Maria SCHMIDT
Rheinisch-Westfälisches Institut für Wirtschaftforschung Allemagne
En Allemagne, la situation salariale des jeunes par rapport à celle des
adultes n'a pas suivi une évolution aussi négative que dans les autres
pays. Les données ne font apparaître aucun "effet de cisaillement" sensible quant au salaire des jeunes, ni en général, ni par sexe, qualification,
emploi occupé, secteur industriel, taille de l'entreprise. La tendance générale sur une période d'observation plus longue était plutôt inverse, c'est-à-dire en faveur des plus jeunes. Aussi, la "précarité" des emplois proposés
aux jeunes, à savoir travail à temps partiel, emplois à durée déterminée,
travail par intérim ou sous contrat, n'est pas un véritable problème en
Allemagne, du moins pas autant pour les jeunes que pour les autres catégories d'âge, et l'on ne constate aucune détérioration de la situation relative des jeunes. La principale raison de la situation salariale relativement
favorable des jeunes est la moindre pression exercée sur ce groupe d'âge
par un niveau de chômage des jeunes certes en augmentation, mais néanmoins inférieur à ce qui existe dans les autres pays. C'est le résultat d'un
consensus social qui considère que la qualification et l'intégration d'une
nouvelle génération est l'un des objectifs politiques les plus importants à
la réalisation duquel doivent participer tous les groupes sociaux : le gouvernement, les jeunes, leur famille, les entreprises, et les syndicats
In Germany, the earnings' position of young people relative to adults has
not experienced a similar negative development as in other countries.
Neither in general, nor by sex, qualification, occupation or industrial
sector and firm size, a clear "scissors-effect" against the earnings of
young people could be seen from the data. The general trend over a longer period of time of observation had been rather inverse, running in
favour of the younger age group. Furthermore, a general tendency
towards an over-qualification of young people for the jobs on which they
are actually working on cannot be found. It is also shown that the
employment of young people in so-called precarious jobs like part-time
work, fixed-term employment, temporary or contract work is not a
serious problem in Germany, at least not to a greater degree for young
people than for the rest of the workforce, and no significant deterioration
of the relative position of young workers can be seen. The main reason
for the comparably good situation of the relative earnings position of
young workers is the low pressure on this group by a - growing - but still
very low age-specific unemployment - compared to other countries. The
low level of youth unemployment in Germany is mainly the result of a
general social consensus in this country based on a dual system of vocational training.
Le salaire est un indicateur important de la situation des
jeunes sur le marché de travail. Les études effectuées pour
l'OCDE dans les années 1980 (OCDE 1986) et 1990 (OCDE
1996) montrent que le salaire moyen des jeunes a baissé par
rapport à celui des adultes entre les années 1970 et les
années 1990. Il n'y a que quelques pays européens auxquels
cette tendance ne s'applique pas, et l'Allemagne fait partie de
ces exceptions, avec peu de différence entre les salaires des
jeunes et les salaires des adultes, et un taux de chômage des
jeunes relativement faible. La situation salariale des jeunes
en Allemagne a fait l'objet d'une étude détaillée effectuée
pour le Ministère Français de l'Emploi et de la Solidarité
(Scheuer/Schmidt, 1998). Les principaux résultats sont
présentés ici
[1]. L'étude concerne essentiellement l'évolution
de la situation salariale des jeunes âgés de 17 à 24 ans, par
rapport à celle des adultes de 25 ans et plus. Notre analyse se
limite aux salariés employés à plein temps, pour éviter
d'avoir à faire une distinction complexe entre l'évolution
réelle des salaires, et les effets tenant à des variations dans le
nombre des heures de travail. La seconde partie de l'étude
traite de la question de savoir si la qualité des emplois a
changé pour les différents groupes d'âge, en s'attachant en
particulier à ce que l'on appelle les "emplois précaires".
Enfin nous présenterons et étudierons les mesures politiques
en matière d'emploi des jeunes
[2].
EVOLUTION DES SALAIRES DES JEUNES
Dispersion des salaires par sexe et par groupe d'âge
La dispersion des salaires à l'intérieur d'un groupe d'âge
est mesurée par le rapport neuvième décile sur premier
décile. Sur la figure 1, il apparaît que l'inégalité entre les
salaires est généralement moins importante parmi les jeunes
que parmi les adultes. Pour les hommes d'âge adulte, le
rapport D9/D1 est resté à un niveau presque constant d'environ 2,3 entre 1984 et 1992, et n'a commencé à augmenter
qu'à cette date pour atteindre 2,5 en 1996 ; le rapport D9/D1
est en revanche plus faible, environ 1,9 pour les jeunes gens
âgés de 17 à 24 ans. Mais il convient de préciser que la tendance de l'inégalité est relativement similaire pour les jeunes
et pour les adultes, bien que la courbe D9/D1 des jeunes
gens (figure 1, en haut) présente une plus grande variation
dans le temps. Les résultats concernant les jeunes femmes et
les femmes adultes sont similaires (figure 1, en bas.) A la
différence que pour les femmes adultes, le rapport D9/D1 est
resté à un niveau constant de 2,3 après 1992. En conclusion,
nous constatons que rien n'a changé en matière de salaires
par groupe d'âge en Allemagne. L'inégalité parmi les jeunes
gens et les jeunes femmes est restée considérablement
inférieure à celle existant dans la catégorie des salariés plus
âgés, mais l'écart n'a pas changé. L'évolution dans le temps
du rapport D9/D1 est à peu près similaire pour les jeunes et
pour les adultes.
Figure 1.
Evolution de l'inégalité des salaires parmi les jeunes et
les adultes en Allemagne de l'Ouest
Comparaison entre salaires des jeunes et salaires des adultes
L'impression que l'écart entre le salaire des jeunes
employés à plein temps et celui des adultes en Allemagne de
l'Ouest ne se creuse pas se confirme si l'on calcule les rapports du premier, du cinquième et du neuvième décile
comme présenté sur la figure 2. En observant la courbe
médiane, l'on constate que les jeunes gens gagnent en
moyenne environ 70% et les jeunes femmes environ 75% du
salaire de leurs homologues adultes. Dans le temps, cette
tendance n'évolue ni dans un sens ni dans l'autre. Il n'existe
en particulier aucun "effet de cisaillement" sur la situation
salariale au sein de la population des jeunes salariés. En
général, le rapport pour les salaires les plus bas, représenté
par le premier décile, est pour les hommes comme pour les
femmes un peu plus élevé que le rapport médian. Pour les
hommes, il se situe entre 72 et 75%, et pour les femmes, le
rapport jeunes/ adultes des premiers déciles se situe entre 80
et 90%. L'ima-ge est inversée pour ce qui concerne les
salaires plus élevés, représentés par le neuvième décile. Les
rapports entre salaire des jeunes et salaire des adultes sont
légèrement inférieurs à la moyenne, entre 58 et 62% pour les
hommes et 65 et 70% pour les femmes. Cette différence de
niveau entre les jeunes et les adultes était prévisible, compte
tenu de l'influence sur le salaire de facteurs tels que la
qualification et l'expérience. Mais le plus frappant est qu'il
n'existe aucune tendance vers le haut ou vers le bas pour ce
qui concerne le rapport des salaires selon l'âge.
Figure 2.
Comparaison entre salaires des jeunes et salaires des
adultes en Allemagne de l'Ouest
Evolution des salaires par industrie, taille de l'entreprise,
formation et emploi occupé
Cette stabilité des rapports de salaires selon l'âge en
Allemagne de l'Ouest peut cacher des évolutions structurelles diverses concernant la situation des jeunes et celle des
adultes sur le marché du travail. Nous avons donc étudié le
rapport du salaire des jeunes à celui des adultes par industrie, taille de l'entreprise, formation, et emploi occupé
[3].
– Le rapport des salaires selon l'âge par industrie : En observant la situation salariale des jeunes par rapport à celle
des adultes en Allemagne de l'Ouest selon les secteurs industriels, l'on constate que dans la plupart des secteurs, les
jeunes ont amélioré leur situation relative (tableau 1). Les
seules exceptions sont l'industrie des biens d'équipement,
ainsi que le secteur à but non lucratif et le secteur public. En
tenant compte du sexe, l'on obtient le schéma suivant : pour
les deux sexes, l'écart entre les salaires des jeunes et les
salaires des adultes s'est creusé dans presque tous les secteurs de l'industrie manufacturière, le secteur à but non lucratif et le secteur public (là où le rapport des salaires est en
baisse), et a diminué dans le secteur des services et dans le
bâtiment. Il semble n'y avoir aucune corrélation positive ou
négative entre l'évolution du rapport des salaires selon âge et
l'évolution de la structure de l'emploi dans l'industrie.
– Le rapport des salaires selon l'âge par taille d'entreprise :
La situation salariale des jeunes s'est améliorée par rapport à
celle des adultes pendant la durée d'observation si l'on considère la taille des entreprises. Le salaire réel médian a augmenté considérablement dans les entreprises de toutes tailles
entre 1984 et 1996. Quelle que soit la taille de l'entreprise, le
salaire médian des jeunes a progressé de plus de 20% au
cours de cette période, sauf dans les entreprises de 200 à
moins de 2 000 salariés, dans lesquelles l'augmentation n'a
pas dépassé 12,8%. Ce qui place les jeunes en position beaucoup plus favorable que les adultes, pour lesquels le salaire
médian n'a augmenté que de 11 à 16,6% selon les catégories
de taille d'entreprise. La situation des jeunes par rapport aux
adultes en termes de rapport des salaires (tableau 2) traduit
bien cette évolution. Pour les deux sexes, et sauf pour une
catégorie de taille d'entreprise, le rapport a augmenté dans
les proportions plus ou moins importantes entre 1984 et
1996. Pour les jeunes gens, le rapport est d'environ 70%
dans les petites et 80% dans les grandes entreprises, tandis
qu'il se situe à environ 85% pour les femmes dans toutes les
catégories de taille d'entreprise.
– Le rapport des salaires selon l'âge par type de formation
professionnelle : La qualification obtenue habituellement
vers l'âge de 24 ans est le diplôme qui sanctionne un apprentissage. Les salariés de ce niveau de qualification ont été
comparés aux salariés n'ayant aucune qualification professionnelle ou n'ayant – dans la plupart des cas – qu'une formation scolaire de base. En observant la distribution de ces
jeunes salariés à plein temps sans formation spécifique, nous
constatons que leur proportion a diminué dans les deux catégories d'âge et pour les deux sexes entre 1984 et 1996. En
conséquence, la proportion de salariés titulaires d'un diplôme professionnel acquis dans le cadre du système d'apprentissage dual allemand a augmenté. Si l'on observe l'évolution
de la médiane des salaires dans les deux catégories d'âge,
l'on constate que l'augmentation a été beaucoup plus importante pour les jeunes que pour les adultes (tableau 3). La
seule exception concerne les jeunes femmes sans formation
professionnelle, dont le salaire n'a pas augmenté au même
rythme que celui de l'ensemble des adultes sans formation.
Mais en général, le salaire relatif des jeunes a augmenté.
– Le rapport des salaires selon l'âge par emploi occupé :
Les jeunes ont dans la plupart des cas amélioré leur situation. Les jeunes gens n'ont perdu du terrain que dans les
emplois de bureau, tandis que les jeunes femmes sont en
recul non seulement dans les domaines traditionnellement
masculins de la production et autres, mais également dans
leur propre domaine, à savoir les emplois de bureau. Sur ce
plan également, les jeunes d'Allemagne de l'Ouest se sont
non seulement maintenus à un niveau de salaire assez proche de celui des adultes, mais ont amélioré leur situation
relative dans la plupart des catégories d'emploi depuis 1984
(tableau 4).
Tableau 1.
Rapport des salaires réels médians des jeunes (17 à 24
ans) et des adultes (25 à 60 ans) en pourcentage, par industrie et
par sexe, en Allemagne de l'Ouest, 1984 et 1996
Tableau 1. Rapport des salaires réels médians des jeunes (17 à 24
ans) et des adultes (25 à 60 ans) en pourcentage, par industrie et
par sexe, en Allemagne de l'Ouest, 1984 et 1996
Salaires mensuels bruts réels des hommes et femmes salariés à plein
temps, non diplômés uniquement.
Tous salariés Hommes Femmes
-
Industrie 1984 1996 Varia-tion 1984 1996 Varia-tion 1984 1996 Variation
Agriculture, exploitation
forestière, pêche, énergie,
mines,
Produits chimiques et 78,4 80,6 2,2 83,3 81,7-1,6 89,5 88,9-0,7
pétroliers, caoutchouc, pierre, argile, verre,
métaux bruts et
transformés
Ingénierie mécanique,
machines électriques,
machines de traitement
des données, équipement 71,8 69,4-2,4 84,4 66,7-17,7 95,2 75,7-19,6
de bureau,
instruments
Bois de construction,
meubles, Papier, 71,3 76,2 4,9 70,0 75,0 5,0 92,6 71,5-21,1
imprimerie, cuir,
textiles, linge, produits
alimentaires, tabac
Bâtiment 78,6 87,4 8,8 78,6 87,4 8,8 --- --- --- Commerce de gros et de détail 68,0 78,4 10,4 64,1 78,6 14,5 73,2 79,4 6,2
Transports,
communications, banque,
assurance, services
aux particuliers, restauration, entretien 67,7 73,7 6,0 66,7 68,2 1,5 72,0 74,5 2,5
des logements privés,
éducation, loisirs,
santé, services commerciaux
Organisations à but non lucratif, services
de santé publique, 71,4 68,3-3,1 64,0 55,6-8,4 81,6 78,9-2,7
services publics
--- Nombre de salariés non pondéré <5% dans la catégorie d'âge et/ou de sexe concernée. Données
German Socio-Economic Panel, chiffres pondérés, propres calculs.
Tableau 2.
Rapport entre salaires réels médians des jeunes (17 à
24 ans) et des adultes (25 à 60 ans) en pourcentage, par taille
d'entreprise et par sexe, en Allemagne de l'Ouest, 1984 et 1996
Tableau 2. Rapport entre salaires réels médians des jeunes (17 à
24 ans) et des adultes (25 à 60 ans) en pourcentage, par taille
d'entreprise et par sexe, en Allemagne de l'Ouest, 1984 et 1996
Salaires mensuels bruts réels des hommes et femmes salariés à plein
temps, non diplômés uniquement
Tous salariés Hommes Femmes
Nombre de
salariés -
1984 1996 Varia-tion 1984 1996 Varia-tion 1984 1996 Variation
<20 68 74 5,8 73 80 6,6 73 83 10,3
20->200 71 80 9,1 72 82 10,2 91 84-6,4
200->2000 77 74-2,4 77 68-8,7 83 84 1,2
2000 et plus 70 74 4,0 69 69 0,0 82 86 4,3
Données German Socio-Economic Panel, chiffres pondérés, propres calculs.
Tableau 3.
Rapport entre salaires réels médians des jeunes (17 à
24 ans) et des adultes (25 à 60 ans) en pourcentage, par formation
et par sexe, en Allemagne de l'Ouest, 1984 et 1996
Tableau 3. Rapport entre salaires réels médians des jeunes (17 à
24 ans) et des adultes (25 à 60 ans) en pourcentage, par formation
et par sexe, en Allemagne de l'Ouest, 1984 et 1996
Salaires mensuels bruts réels des hommes et femmes salariés à plein
temps, non diplômés uniquement
Tous salariés Hommes Femmes
Formation -
1984 1996 Varia-tion 1984 1996 Varia-tion 1984 1996 Variation
Pas de
formation 77 86 9,1 73 82 8,5 85 73-12,2
professionnelle
Apprentissage 69 73 3,8 72 75 3,3 75 76 0,5
Données German Socio-Economic Panel, chiffres pondérés, propres calculs.
Tableau 4.
Rapport entre salaires réels médians des jeunes (17 à
24 ans) et des adultes (25 à 60 ans) en pourcentage, par emploi
occupé et par sexe, en Allemagne de l'Ouest, 1984 et 1996
Tableau 4. Rapport entre salaires réels médians des jeunes (17 à
24 ans) et des adultes (25 à 60 ans) en pourcentage, par emploi
occupé et par sexe, en Allemagne de l'Ouest, 1984 et 1996
Salaires mensuels bruts réels des hommes et femmes salariés à plein
temps, non diplômés uniquement
Tous salariés Hommes Femmes Emploi
1984 1996 Va-riation 1984 1996 Va-riation 1984 1996 Va-riation
Techniciens et assistance technique, infirmières 72,3 71,1-1,2 59,7 68,6 8,9 81,4 81,6 0,2
Cadres, gestionnaires, managers --- --- --- --- --- --- --- --- --- Employés administratifs et employés de bureau 69,0 69,7 0,7 65,5 64,0-1,5 76,9 75,0-1,9
Vente 53,3 64,3 11,0 45,9 54,0 8,1 73,5 81,3 7,8
Services 75,0 71,5-3,5 65,6 67,5 1,9 82,0 85,8 3,8
Production, artisanat,
réparation, opérateurs
machine, monteurs,
transports, manœuvres, 76,2 83,5 7,3 78,6 82,2 3,6 94,7 78,8-15,9
ouvriers agricoles,
exploitation forestière,
pêche, autres emploi
--- Nombre de salariés non pondéré <5% dans la catégorie d'âge et/ou de sexe concernée. Données GermanSocio-Economic Panel, chiffres pondérés, propres calculs.
Correspondance de la qualification et des emplois occupés
En observant le marché du travail allemand de près, il
semble qu'il n'y a pas de grands problèmes pour les jeunes
pour trouver des emplois qui sont à la hauteur de leurs qualifications, comme dans d'autres pays voisins et comparables.
Cette opinion est confirmée par les résultats du sondage
GSOEP concernant la sur-qualification (tableau 5). Il n'y a
eu aucun changement chez les hommes, pas plus pour les
jeunes ouvriers, dont 9,5% en 1996 (9,8% en 1984) ont
déclaré être plus formés que nécessaire, que chez les
ouvriers plus âgés, dont 11,4% en 1996 (11,5% en 1984)
considèrent qu'ils sont sur-qualifiés. La situation est différente pour les femmes. Les jeunes femmes non diplômées
employées à plein temps étaient en 1996 4,7% de plus qu'en
1984 à déclarer qu'elles se considèrent comme plus
qualifiées que nécessaire pour l'emploi qu'elles occupent.
Par contre, les femmes plus âgées se sentaient moins surqualifiées en 1996 qu'au milieu des années 1980 (1984 :
12,6%, 1996 : 9,7%) (tableau 5). Que les jeunes femmes ne
parviennent pas à exploiter leur niveau de formation et à
occuper des emplois appropriés semble inexplicable. En
général, les personnes plus âgées ont plus de risques d'être
sur-qualifiées que les jeunes, peut-être en raison du système
d'apprentissage allemand. A l'issue de sa formation professionnelle, un jeune dispose de compétences à la pointe de la
technique, qui diminueront ou perdront de leur actualité en
raison d'une part de la rapidité des changements technologiques, et d'autre part du rôle croissant de la formation
continue. Le décalage entre la formation professionnelle
initiale et l'emploi occupé est donc plus grand pour les
salariés plus âgés.
La sur-qualification a un fort impact sur les salaires. Les
salariés sur-qualifiés doivent accepter un sacrifice de salaire,
c'est-à-dire qu'ils gagnent environ 20% de moins à qualification égale qu'un salarié occupant un emploi correspondant à cette qualification. Cette différence est plus importante chez les femmes que chez les hommes. D'autre part, le
risque de chômage est plus élevé pour les salariés surqualifiés. Il ne faut toutefois pas en conclure que l'investissement en capital humain est perdu en cas de sur-qualification.
Malgré le salaire inférieur et le plus grand risque de chômage, les personnes sur-qualifiées gagnent toujours plus que
les salariés non qualifiés, et le risque de chômage est moins
élevé pour eux que pour les salariés non qualifiés (Szydlik
1987a, 1997b.)
Tableau 5.
Distribution des emplois par sur-qualification, sexe et
âge en Allemagne de l'Ouest, 1984 et 1996
Tableau 5. Distribution des emplois par sur-qualification, sexe et
âge en Allemagne de l'Ouest, 1984 et 1996
Employés dépendants des deux sexes, non diplômés uniquement
Tous salariés
< 25 ans 25 à 60 ans
1984 1996 Variation 1984 1996 Variation
100 100 … 100 100 …
Sur-qualification 8,6 10,6 2,0 11,9 10,9-1,0
Hommes
100 100 ... 100 100 ...
Sur-qualification 9,8 9,5-0,3 11,6 11,4-0,2
Femmes
100 100 ... 100 100 ...
Sur-qualification 7,2 11,9 4,7 12,6 9,7-2,9
Données German Socio-Economic Panel, chiffres pondérés, propres calculs.
Analyse de l'inégalité des salaires chez les jeunes et chez les
adultes
Pour les deux groupes objets de l'étude, nous estimons la
fonction salaires par le logarithme des salaires mensuels brut
comme variables dépendantes, et les caractéristiques des
salariés et des employeurs comme facteurs indépendants.
Nous complétons l'analyse en ajoutant le niveau d'étude et la
nationalité comme variables indépendantes. Tout d'abord, il
se confirme que la dispersion des salaires est plus grande
chez les adultes que chez les jeunes, puisqu'en 1996, la
variance du logarithme des salaires, qui est une autre mesure
de l'inégalité, se situe à 0,065 pour les jeunes et 0,096 pour
les adultes. D'autre part, nous constatons à nouveau qu'il n'y
a pas eu d'augmentation de l'inégalité des salaires en Allemagne de l'Ouest de 1984 à 1996, puisque la variance du
logarithme des salaires est restée presque constante chez les
adultes, et a même légèrement baissé chez les jeunes.
Les salaires des jeunes sont essentiellement influencés
par le sexe, la taille de l'entreprise et le secteur (tableau 6). Il
est étonnant que le niveau de formation, représenté par le
niveau d'études, la formation professionnelle, et l'emploi
occupé, ne semblent pas avoir une influence significative sur
les salaires. Le sexe est le facteur le plus important, mais l'on
trouve ensuite l'emploi occupé, la formation professionnelle,
la taille de l'entreprise et les diplômes. D'autre part, il existe
des différences significatives de salaire chez les adultes en
fonction du secteur, de l'âge, de la formation scolaire et de la
nationalité. Si l'on observe l'évolution dans le temps, nous
constatons que l'influence de tous ces facteurs sur les salaires de jeunes s'est affaiblie entre 1984 et 1996. Les écarts de
salaires dus à l'emploi occupé et à la formation professionnelle ont disparu.
Dans un second temps, nous avons procédé à des régressions multiples pour les années 1984 et 1996, en autorisant
des corrélations entre les facteurs pris en considération, et en
isolant les effets des diverses variables sur les salaires. Les
résultats de ces fonctions salaires, figurant au tableau 7, sont
similaires à ceux de l'analyse unidimensionnelle de la variance. Il est intéressant de noter que les salaires des adultes
étrangers sont inférieurs d'environ 7% à ceux des adultes de
nationalité allemande, tandis que ce décalage n'existe pas
chez les jeunes. Ceci peut être dû à la disparition d'une
certaine hétérogénéité sociale et culturelle, étant donné que
la plupart des jeunes étrangers sont nés en Allemagne, ont
bénéficié de la même éducation institutionnelle que les
jeunes Allemands, et ont grandi avec eux dans les conditions
de vie presque similaires.
Tableau 6.
Décomposition de la variance des salaires1 des jeunes
et des adultes en Allemagne de l'Ouest, 1984-1996 Analyse unidirectionnelle
de la variance
Tableau 6. Décomposition de la variance des salaires1 des jeunes
et des adultes en Allemagne de l'Ouest, 1984-1996 Analyse unidirectionnelle
de la variance
Jeunes Adultes
17 à 24 ans 25 à 60 ans
1984 1988 1992 1996 1984 1988 1992 1996
Variance du logarithme
naturel des salaires bruts 0,083 0,074 0,084 0,065 0,099 0,095 0,094 0,096
mensuels
Facteur: Part en pourcentage de la variance (R2 corrigée) pour chaque facteur
Sexe (2 catégories) 11,63** 13,16** 11,45** 7,02** 18,81** 15,39** 18,35** 13,53**
Taille de I'entreprise (4 catégories) 9,35** 11,16** 2,20** 6,48** 3,31** 4,30** 5,40** 6,60**
Secteur (7 catégories) 8,93** 9,30** 4,98** 3,36* 1,58** 2,31 ** 2,54** 2,21 **
Emploi occupe (5 catégo-ries, 6 pour les adultes) 3,53** 6,28** 0,41 1,69 8,93** 10,45** 6,62** 10,53**
Formation scolaire (3 catégories) 0,25-0,10-0,05 0,30 5,74** 3,99** 3,70** 3,04**
Formation professionnelle (2 catégories) 3,26** 0,83* -0,10 0,10 10,65** 8,10** 8,52** 7,00**
Age (adultes uniquement, 3 catégories) --- --- --- --- 1,57** 3,17** 1,42** 1,80**
Nationalité (2 catégories) 0,27-0,13-0,28-0,31 6,85** 4,79** 4,26** 4,67**
Nombre d'observations non pondérées 567 416 354 251 3377 2469 2370 2528
Données German Socio-Economic Panel, chiffres pondérés, propres calculs. – 1 Salaires
corrigés de l'indice du coût de la vie. – * Valeur-p du test-F sur les différences moyennes <0,05.
– ** Valeur-p du test-F sur les différences moyennes <0,01.
EVOLUTION DE LA NATURE ET DE LA QUALITÉ
DE L'EMPLOI DES JEUNES
Ce chapitre a pour objet de décrire l'évolution de l'emploi
des jeunes en Allemagne de l'Ouest depuis 1984. Nous nous
attacherons donc à savoir si la situation des jeunes s'est
dégradée, en particulier du fait du développement d'emplois
plus précaires. Mais avant d'aborder ces sujets, nous
passerons rapidement en revue l'évolution des facteurs
démographiques et de la participation des jeunes à la vie
active, ainsi que des taux d'emploi et de chômage.
Tableau 7.
Fonctions de salaires des salariés jeunes et adultes en
Allemagne de l'Ouest, 1984 et 1996
Tableau 7. Fonctions de salaires des salariés jeunes et adultes en
Allemagne de l'Ouest, 1984 et 1996
Les échantillons consistent en salariés à plein temps, non diplômés uniquement. La
variable dépendante est le logarithme naturel des salaires mensuels bruts réels
Jeunes Adultes Variables indépendantes
17 à 24 ans 25 à 60 ans
1984 1996 1984 1996
Coeff |t|# Coeff |t|# Coeff |t|# Coeff |t|#
Femmes-0,1716 8,03-0,1719 4,43-0,2946 27,10-0,2522 21,45
Etrangers-0,0015 0,06 0,0488 1,50-0,1176 8,01-0,0703 5,02
Modèles de taille d'entreprises: le
groupe Standard est celui de 20- F(3,n)=16,94** F(3,n)=5,27** F(3,n)=24,79** F(3,n)=50,81**
<200 salariés
< 20 salariés-0,1177 4,29-0,0837 2,19-0,0644 4,67-0,0667 4,50
200-<2000 salariés 0,0560 1,85 0,0442 0,94 0,0162 1,40 0,0607 4,58
2000 et plus 0,0793 2,65 0,0765 1,65 0,0563 4,98 0,1088 8,19
Modèles d'emploi occupés: le
groupe standard est F(5,n)=4,30** F(5,n)=2,82** F(6,n)=56,31** F(5,n)=73,12**
celui des emplois de production
Techniciens et infirmières 0,0890 1,58 0,1165 1,58 0,2106 10,19 0,1963 9,88
Cadres, administratifs --- --- --- --- 0,5980 12,00 0,5488 14,75
Employés de bureau 0,2647 2,39 0,2270 2,78 0,1248 3,39 0,1971 5,74
Activités de vente 0,0417 1,30 0,0849 1,75 0,1241 9,52 0,1698 12,01
Activités de service-0,0975 2,41-0,0220 0,36 0,1235 5,65 0,0678 2,92
Modèles de secteurs: le groupe
standard est celui des Services F(6,n)=5,25** F(6,n)=1,60 F(6,n)=8,57* F(6,n)=20,51**
commerciaux
Industries de Base, chimie 0,1703 2,53 0,0209 0,21 0,0737 2,95 0,0261 0,87
Industrie de biens d'équipement 0,0928 1,96 0,1284 1,77 0,0758 4,12 0,1217 6,04
0,0326 2,44 0,0730 4,75
Industrie des biens de consommation 0,0702 2,00 0,0493 0,84
Bâtiment 0,1666 3,72 0,0334 0,63 0,0776 5,20 0,1009 5,23
Commerce 0,0640 1,22 0,1181 1,65 0,0491 2,77 0,1085 5,42
Org. à but lucratif, secteur public 0,1567 4,14 0,0999 1,69 0,0716 4,58 0,1230 6,68
Formation: formation scolaire,
formation
professionnelle, plus, pour les
adultes
uniquement, âge. Le groupe Standard des modèles F(4,n)=7,10** F(4,n)=0,51 F(6,n)=37,25** F(6,n)=20,51**
de formation scolaire et d'âge sont
respectivement
celui des titulaires d'un diplôme
d'études secondaires
2, et celui des
personnes âgées de 45 à 60 ans
Pas de diplôme 0,0177 0,35-0,0377 0,70-0,0055 0,37-0,0146 0,74
Diplôme d'enseignement second. 1-0,0391 1,64 0,0010 0,03-0,0774 6,28-0,0102 0,92
Diplôme d'études supérieures 0,0545 1,10-0,0137 0,23 0,1153 4,82 0,0503 2,60
Formation professionnelle 0,1283 4,82 0,0399 1,02 0,0902 8,05 0,0986 7,52
25 à 34 ans --- --- --- ----0,0626 5,95-0,0909 7,91
35 à 44 ans --- --- --- --- 0,0266 2,58-0,0204 1,63
constant 7,6596 208,68 7,8435 141,96 8,044 426,73 8,074 413,12
Ecart-type des salaires 0,288 0,255 0,314 0,310
Erreur type 0,241 0,232 0,244 0,241
R2 0,323 0,232 0,399 0,398
R2 corrigée 0,299 0,169 0,395 0,393
après exclusion des variables 0,000 0,000 0,000 0,000
Sexe 0,237 0,102 0,263 0,281
Taille de l'entreprise 0,239 0,123 0,382 0,356
Emploi occupé 0,284 0,147 0,345 0,306
Secteur 0,267 0,156 0,387 0,371
Formation scolaire, formation professionnelle et âge 0,270 0,179 0,356 0,364
Nationalité 0,301 0,164 0,280 0,387
Nombre d'observation (n) 567 251 3377 2528
Données German Socio-Economic Panel, chiffres pondérés, propres calculs. – * Valeur-p <0,05. –** Valapeurp <0,01. – # Valeur-p <0,05 pour |t| > 1,96. –
Taux de participation à la vie active, d'emploi, et de chômage des jeunes
Comme on le voit sur la figure 3, la proportion de jeunes
dans la population active a diminué en Allemagne de l'Ouest
pour passer de 21% en 1984 à 13% en 1996. Ce schéma
reflète d'une part le vieillissement de la génération des babyboomers, d'autre part la réduction de la taille des cohortes
suivantes. Cette réduction de la taille des cohortes devrait
améliorer les perspectives d'emploi pour les jeunes, et de
fait, ce fut plus ou moins le cas jusqu'à la récession de 1993.
Le tableau 8 présente l'évolution des taux de participation à
la vie active, d'emploi, de chômage, et de fréquentation de
l'école par les jeunes d'Allemagne de l'Ouest.
La participation des jeunes à la vie active a légèrement
augmenté entre 1984 et 1987, pour passer de 68,8% à
72,2%, puis est retombée à 67,5% en 1993. Cette évolution
s'est accompagnée d'une augmentation du taux de
fréquentation de l'école et des universités, ainsi que d'une
réduction de la proportion de jeunes inactifs, en particulier
chez les hommes. D'autre part, entre 1989 et 1992, le taux de
chômage des jeunes était inférieur à celui des adultes. Tous
ces facteurs indiquent donc une situation relativement bonne
pour les jeunes Allemands face à l'emploi. Mais après 1993,
le taux d'activité est descendu à 62% en 1994, et n'a plus
bougé depuis. Simultanément, le taux de fréquentation des
écoles et le taux d'inactivité se sont accrus de 2 à 4 points,
tandis que la proportion de jeunes suivant des études universitaires a baissé de 2 points. Par ailleurs, le chômage des
jeunes a atteint en 1996 un niveau de 11%, soit 3 points de
plus que le chômage des adultes. Ces évolutions associées
les unes aux autres font apparaître une nette dégradation de
la situation des jeunes Allemands sur le marché du travail.
La transition entre l'école et la vie active étant devenue de
plus en plus difficile au cours des 5 dernières années.
Toutefois, par rapport à d'autres pays européens industrialisés, l'Allemagne enregistre un taux de chômage des jeunes
relativement bas (Eurostat, 1997). Ce qui implique également une moindre pression sur les salaires des jeunes, et
explique la stabilité de l'évolution des salaires des jeunes par
rapport à ceux des adultes, décrite au chapitre un. Il est
généralement admis que le faible taux de chômage des
jeunes en Allemagne est essentiellement dû au système dual
de formation professionnelle. Ce système est basé sur un
large consensus social, et assure une intégration relativement
facile dans la vie active
[4].
Figure 3.
Population en âge de travailler en Allemagne de l'Ouest,
1984-1996
Tableau 8.
Participation des jeunes de 17 à 24 ans à la vie active
Tableau 8. Participation des jeunes de 17 à 24 ans à la vie active
par sexe en Allemagne de l'Ouest, 1984-1996
1984 1987 1990 1992 1993 1994 1995 1996
Total
Population 100 100 100 100 100 100 100 100
Actifs - dont 68,8 72,2 68,8 67,4 67,5 62,4 62,6 62,1
Salariés1 51,3 53,9 55,4 56,7 52,9 53,4 48,6 49,4
Chômeurs 7,4 6,5 3,5 3,3 7,6 10,3 8,9 11,0
En formation professionnelle 35,8 33,5 34,9 34,6 33,5 30,9 34,2 33,5
Salariés et en formation2 5,5 6,1 6,3 5,5 6,1 5,4 8,3 6,1
Enseignement général/professionnel 19,9 19,7 18,2 18,9 18,9 21,7 19,9 23,4
Université 4,9 4,3 7,6 7,2 7,0 7,5 4,9 6,5
Sans activité 6,4 3,8 5,4 6,5 6,6 8,4 12,6 8,0
Hommes
Population 100 100 100 100 100 100 100 100
Actifs - dont 75,4 75,0 72,0 70,4 70,5 69,4 72,2 69,1
Salariés1 51,3 52,7 52,1 57,5 55,5 55,6 49,7 53,0
Chômeurs 6,6 6,0 3,2 3,4 7,5 9,4 7,3 7,7
En formation professionnelle 36,9 33,1 37,2 33,1 31,8 30,8 35,0 34,2
Salariés et en formation2 5,2 8,3 7,5 6,0 5,2 4,2 7,9 5,2
Enseignement général/professionnel 17,1 18,1 17,9 20,1 18,1 19,1 20,4 20,1
Université 5,5 5,3 8,4 7,9 8,2 8,5 5,8 5,8
Sans activité 2,0 1,6 1,7 1,6 3,2 3,0 1,6 5,0
Femmes
Population 100 100 100 100 100 100 100 100
Actifs - dont 61,9 69,0 65,7 64,4 64,3 56,0 53,5 54,9
Salariés1 51,4 55,7 57,2 55,6 50,1 51,1 46,7 59,5
Chômeurs 8,4 7,0 4,0 3,3 7,6 11,3 11,0 15,1
En formation professionnelle 34,2 34,1 32,3 36,2 35,3 30,9 33,3 18,1
Salariés et en formation2 6,0 3,3 6,5 5,0 7,0 6,8 9,0 7,3
Enseignement général/professionnel 22,9 21,5 18,5 17,7 19,6 24,0 27,9 26,8
Université 4,2 3,3 6,7 6,5 5,8 6,6 7,7 7,3
Sans activité 11,0 6,2 9,1 11,4 10,3 13,4 10,9 11,0
Données German Socio-Economic Panel, chiffres pondérés, propres calculs. – 1 Personnes au
service militaire inclus. – 2 Personnes suivant une formation ou des études et travaillant en
même temps.
Formes atypiques d'emploi
En Allemagne se déroule un débat animé sur les remèdes
susceptibles de régler le problème du chômage persistant, et
même en augmentation, centré d'une manière ou d'une autre
sur les rigidités du marché du travail. En effet, au cours des
six dernières années, en Allemagne comme dans de
nombreux autres pays, l'emploi stable, à plein temps, classique, issu de l'époque de l'industrialisation, n'a cessé de
perdre du terrain. Comme le font observer les partisans d'une
nouvelle déréglementation du marché du travail, le nécessaire n'a pas été fait pour répondre aux exigences en matière
de flexibilité de la main-d'œuvre pour résoudre le problème
du chômage de masse. Mais de nombreux observateurs s'inquiètent de cette émergence de "nouvelles" formes de
travail. Ils craignent d'une part une détérioration de
l'ensemble du système de protection sociale, basé sur une
forme d'emploi classique, et pensent également que l'augmentation de la proportion de ces emplois "nouveaux"
constitue une menace pour les conditions de vie, de travail,
et de rémunération. Ils qualifient ces emplois non standards
"d'emplois précaires", caractérisés par un bas niveau de rémunération, de protection sociale, et de sécurité de l'emploi.
– Travail à temps partiel : En Allemagne, les emplois à
temps partiel sont essentiellement occupés par des femmes.
Si l'on compare la structure du travail à temps partiel chez
les adultes et chez les jeunes, le résultat le plus frappant est
que le nombre de personnes occupant ce type d'emploi est
nettement inférieur parmi les jeunes. Ceci vaut aussi bien
pour les hommes que pour les femmes, mais existe d'importantes différences entre jeunes et adultes. Premièrement, le
nombre de jeunes femmes travaillant à temps partiel est
nettement inférieur au nombre de femmes adultes ; deuxièmement, le nombre de jeunes gens travaillant à temps partiel
est nettement supérieur au nombre d'hommes adultes ;
troisièmement, le travail à temps partiel est plus souvent une
activité marginale chez les jeunes que chez les adultes. Ces
différences s'expliquent en grande partie si l'on observe le
nombre de personnes travaillant à temps partiel tout en
suivant une formation (tableau 9). De toute évidence, dans le
groupe d'âge des moins de 25 ans, le travail à temps partiel
est essentiellement un moyen de gagner un peu plus d'argent,
mais ne constitue pas la seule source de revenu. Aussi bien
les jeunes gens que les jeunes femmes semblent se définir
sur la base d'autres facteurs, par exemple poursuite d'une
formation, que par leur emploi à temps partiel.
– Emploi à durée déterminée : En Allemagne comme dans
les autres pays européens, les emplois à durée déterminée
sont surreprésentés dans le groupe des jeunes. Ce
phénomène reflète l'intégration progressive des nouvelles
générations sur le marché du travail. Les contrats à durée
déterminée sont souvent utilisés comme une sorte de période
d'essai prolongée, en particulier pour les jeunes – et même
pour les jeunes universitaires que cette étude ne prend pas en
compte dans la catégorie des moins de 25 ans – bien que les
contrats de travail allemands classiques permettent dans la
plupart des cas de prévoir une période d'essai prolongée. Le
tableau 10 fait apparaître qu'entre 1985 et 1996, la proportion de jeunes gens et de jeunes femmes occupant un emploi
à durée déterminée est restée à peu près stable, quoique
légèrement supérieure pour les hommes.
Tableau 9.
Travail à temps partiel parmi les jeunes de 17 à 24 ans
en Allemagne de l'Ouest, 1984-1996
Tableau 9. Travail à temps partiel parmi les jeunes de 17 à 24 ans
en Allemagne de l'Ouest, 1984-1996
1984 1987 1990 1992 1993 1994 1995 1996
Total
Salariés1 100 100 100 100 100 100 100 100
Plein-temps 91,3 88,5 90,1 86,9 90,5 88,3 85,1 79,5
Temps partiel 3,3 6,6 6,1 6,9 5,3 7,1 3,6 9,3
dont: écoliers et étudiants 32,7 31,4 32,4 15,0 27,2 13,2 29,8 41,9
Temps partiel marginal 5,4 4,9 3,8 6,2 4,2 4,6 11,3 11,2
dont: écoliers et étudiants 81,2 86,1 83,8 90,2 95,1 82,7 87,9 49,4
Hommes
Salariés1 100 100 100 100 100 100 100 100
Plein-temps 95,6 89,2 90,3 90,0 91,7 95,7 85,8 85,4
Temps partiel 1,0 5,4 3,9 1,8 3,7 1,5 2,1 5,3
dont: écoliers et étudiants 50,8 68,0 78,5 54,2 27,1 56,2 80,5 70,4
Temps partiel marginal 3,4 5,4 5,8 8,1 4,7 2,8 12,1 9,3
dont: écoliers et étudiants 80,1 97,9 88,2 85,4 92,1 88,1 90,2 42,2
Femmes
Salariés1 100 100 100 100 100 100 100 100
Plein-temps 86,3 87,8 90,0 83,7 89,5 81,0 84,4 72,6
Temps partiel 6,0 7,9 7,9 12,1 6,9 12,7 5,1 14,1
dont: écoliers et étudiants 29,4 4,6 13,2 8,8 273 8,3 79 29,4
Temps partiel marginal 7,7 4,3 2,2 4,1 3,7 6,3 10,5 13,3
dont: écoliers et étudiants 81,8 70,3 74,0 100,0 98,8 80,4 85,0 55,3
Données German Socio-Economic Panel, chiffres pondérés, propres calculs. – 1 Personnes au
service militaire non inclus.
Tableau 10.
Contrats à durée déterminée par sexe et par âge en
Allemagne de l'Ouest, 1985-1996
Tableau 10. Contrats à durée déterminée par sexe et par âge en
Allemagne de l'Ouest, 1985-1996
Part des contrats à durée déterminée en pourcentage
des emplois salariés
Allemagne de I'Ouest
17 à 24 ans 25 à 60 ans
1985 1988 1995 1996 1985 1988 1995 1996
Tous salariés
17,1 15,3 16,6 15,8 5,6 5,3 5,6 6,0
Hommes
20,6 198,0 17,4 17,9 4,6 4,7 5,1 5,8
Femmes
13,4 12,4 15,8 13,4 7,2 6,3 6,2 6,3
Données German Socio-Economic Panel, chiffres pondérés, propres calculs.
– Travail par intérim : Le secteur des sociétés de travail
intérimaire
[5] employait à la fin 1997 167 606 hommes et
femmes, dans 2 870 agences (4 036 si l'on tient compte des
filiales) (BZA 1998.) Ce chiffre représente une augmentation de 12,7% par rapport à l'année précédente. Aujourd'hui,
ce secteur représente 0,6% des emplois couverts par la
protection sociale, 0,5% du nombre total des emplois. Cette
proportion est considérablement inférieure à celle que l'on
constate dans les autres pays européens, où le travail par
intérim représente environ 3% du nombre total d'emplois
[6].
La structure d'âge des salariés travaillant par intérim en
Allemagne a connu des modifications intéressantes depuis le
milieu des années 1970, de façon différente pour les hommes et pour les femmes (tableau 11). Depuis 1970, la proportion de jeunes femmes est tombée de 25% des femmes
occupant des emplois temporaires. La proportion des jeunes
gens de moins de 25 ans a chuté d'un niveau très élevé de
39% à environ 20% au cours des deux dernières années
[7].
Ceci tient peut-être au fait que les agences continuent à
s'adresser de préférence à des personnes plus âgées
[8].
Tableau 11.
Participation des jeunes au travail par intérim en
Allemagne, 1975-1997
Tableau 11. Participation des jeunes au travail par intérim en
Allemagne, 1975-1997
Part des salariés de moins de 25 ans en pourcentage du total des
employés intérimaires1
Année Hommes Femmes
1975 21,6 41,2
1980 31,4 44,6
1985 30,7 39,8
1990 27,4 37,2
1995 23,2 26,9
1996 20,8 25,3
1997 21,2 25,4
nstatistik. – 1 Donnée disponible
Schröder (1997), Tableau A3, et BA-Beschäftigteuniquement jusqu'en 1995 pour l'Allemagne de l'Ouest.
– Travail sous contrat : Le travail sous contrat ou "travail
indépendant contrôlé" est un compromis entre activité salariée et activité indépendante. La précarité de la situation
économique de ces travailleurs sous contrat vient du fait
qu'ils ne sont généralement pas en mesure de prendre les
précautions financières pour faire face à des situations normalement couvertes par la protection sociale, par exemple la
vieillesse ou les accidents. D'autre part, à titre de travailleurs
indépendants, ils ne peuvent bénéficier de l'assurance chômage si les commandes de leur client unique diminuent ou
cessent. En transformant des emplois classiques en travail
sous contrat, les employeurs déplacent le risque sur le
travailleur indépendant, et le cas échéant sur le contribuable
lorsqu'il faut accorder une assistance sociale à un travailleur
indépendant en situation désespérée. Un sondage empirique
effectué par l'IAB (Dietrich 1996) fait apparaître qu'en
Allemagne, les travailleurs sous contrat représentent entre
0,6% et 1,3% de toutes les personnes ayant une activité rémunérée dans d'autres conditions (tableau 12).
Tableau 12.
Part des salariés sous contrat en pourcentage des
Tableau 12. Part des salariés sous contrat en pourcentage des
emplois rémunérés par groupe d'âge en Allemagne, 1995
Groupe d'âge Modèle BAG Autre modèle
moins de 30 ans 0,67 1,13
30 - <40 ans 0,65 1,47
40 - <50 ans 0,43 1,14
50 ans et plus 0,47 1,38
Source : Dietrich, 1996.
Dietrich, 1996.
L'IAB utilise pour présenter la distribution des travail-leurs sous contrat des groupes d'âge qui ne sont pas les mêmes que ceux utilisés dans la plus grande partie de notre
étude. Le groupe des plus jeunes est celui de moins de 30
ans, et contient une part des travailleurs sous contrat à peu
près égale à celle des 40 à 50 ans. Si l'on compare la part des
travailleurs sous contrat à celle de ceux répondant à un autre
modèle, l'on constate que le groupe des plus jeunes y est
considérablement sous-représenté, en particulier par rapport
au groupe d'âge suivant. Nous devons admettre que ce type
d'emploi n'est pas suffisamment représenté en Allemagne
pour justifier la vivacité du débat et l'intérêt accordé à ce
sujet – bien que la situation soit difficile pour les personnes
vivant dans ces conditions.
LES MESURES POLITIQUES POUR L'EMPLOI DES
JEUNES
Diagnostic des problèmes actuels
L'analyse donne à ce stade une image plutôt positive de la
situation des jeunes Allemands par rapport aux autres pays
ou aux adultes. Mais la situation des jeunes a commencé à se
dégrader récemment (ibv 1998). A la fin de la campagne
d'apprentissage 1996/97, il existait un déficit global de
places d'apprenti. Pour la première fois depuis dix ans, il y
avait en Allemagne de l'Ouest moins de places que de
postulants. En Allemagne de l'Est, le déséquilibre du marché
des emplois d'apprenti était même plus grave que l'année
précédente
[9]. Le gouvernement fédéral et les Länder financèrent à nouveau un programme spécial ("Lehrstelleninitiative 1997"), pour créer 15 200 emplois dans des centres de
formation indépendants et hors des firmes individuelles.
La situation générale sur le marché de l'emploi est toujours très difficile pour toutes les catégories d'âge. Elle est
caractérisée par la réduction du nombre total d'emplois
salariés, et par l'augmentation du chômage. Entre 1994 et
1996, le niveau de l'emploi a baissé de 2% en Allemagne de
l'Ouest, et de 2,2% en Allemagne de l'Est. Mais pour le
groupe des moins de 25 ans, les chiffres sont respectivement
de 13,2% et 5,1%. L'évolution de l'emploi des jeunes a été
plutôt inégale. En Allemagne de l'Ouest, le chômage général
a augmenté de 9,4% entre 1994 et 1996, pendant que le
chômage des jeunes de moins de 20 ans augmentait de
12,9% et le chômage du groupe des 20 à 25 ans de seulement 1,7%. Mais en Allemagne de l'Est, le chômage général
a augmenté de 2,3%, tandis que le chômage des moins de 20
ans a augmenté de 28,2%, et que le chômage des 20 à 25 ans
a baissé de 9,4%. Ces chiffres montrent que le problème du
chômage des jeunes est étroitement lié au nombre de places
d'apprenti proposées.
Les jeunes ont également davantage de difficultés à
"franchir le deuxième cap"
[10], c'est-à-dire à trouver un premier
emploi après la formation professionnelle alors que les
jeunes de cette catégorie bénéficient d'une formation de plus
haut niveau. En Allemagne de l'Ouest, le nombre de chômeurs précédemment en formation professionnelle a augmenté de 7% entre septembre 1995 et septembre 1996 pour
atteindre 128 000. Cependant, environ 20% de ces jeunes
n'avaient pas obtenu de diplôme à l'issue de leur formation.
L'on constate la même évolution en Allemagne de l'Est. En
septembre 1996, le nombre de jeunes inscrits au chômage à
l'issue d'une formation professionnelle avait augmenté de
10% par rapport à l'année précédente, pour s'établir à plus de
50 100. Environ 13% d'entre eux n'avaient pas obtenu de
diplôme.
Bien que ce problème de l'emploi des jeunes puisse être
considéré pour la plupart des autres pays européens comme
relativement moins inquiétant que chez eux, l'aggravation de
la situation préoccupe l'Office Fédéral du Travail, qui a
introduit un programme spécial visant à faire porter davantage d'efforts sur une meilleure intégration des jeunes sur le
marché du travail ("Schwerpunktaufgabe 1997"). Dans ce
contexte, il a été demandé aux agences locales pour l'emploi
de rendre compte à l'Office Fédéral de leurs expériences
quant aux difficultés d'intégration. Les principaux problèmes
sont la diminution du nombre de places d'apprenti, le faible
niveau de l'offre, la politique de "recherche du meilleur"
pratiquée par les entreprises, qui rend plus difficile l'intégration des jeunes qualifiés n'ayant pas obtenu de très bons
résultats, les plus grandes exigences des employeurs quant
aux niveaux de qualification en général, le manque d'expérience, la forte baisse des offres d'empois non qualifiés, et
l'obligation imminente d'effectuer le service militaire.
La politique des pouvoirs publics en matière d'emploi
Les principaux outils dont disposent les agences locales
pour l'emploi pour l'intégration présente et à venir des jeunes
sont les programmes de préparation à la vie active
("berufsvorbereitende Maßnahmen"), la formation continue
et requalification ("berufliche Weiterbildungsmaßnahmen"),
et les programmes de création d'emplois de différentes
natures. Le tableau 13 présente en détails la participation des
jeunes à ces différents programmes dans les deux parties de
l'Allemagne. L'aide offerte par les agences pour l'emploi aux
jeunes de moins de 20 ans consiste essentiellement en
entretiens sur les futures professions. La plupart des participants aux programmes de formation continue et de requalification appartiennent au groupe des 20 à 25 ans, ce qui
reflète leur participation au chômage. Sur la base de l'hétérogénéité du chômage des jeunes, l'Office du Travail arrive à
la conclusion que ce type de programmes "standard" ne
suffira pas dans l'avenir, et que de nouvelles activités et de
nouveaux projets devront être élaborés dans le contexte du
programme spécial d'intégration des jeunes de 1997.
Tableau 13.
Participation des jeunes aux programmes
d'intégration dans la vie active
Tableau 13. Participation des jeunes aux programmes
d'intégration dans la vie active
Variation Varia-Ouest Ouest en % Est 1994 Est 1996 tion en
1994 1996 %
Formation continue et recyclage (état)
Total 308.802 306.046-0,9 258.944 239.463-7,5
moins de 25 ans 33,761 28.064-16,8 37.236 20.328-45,4
- en % 10,9% 9,2% - 14,4% 8,5% -
20-25 ans 33.329 27474-17,6 36.220 20.070-44,6
- en % 10,8% 9,0% - 14,0% 8,4% -
Formation continue et recyclage (nouveaux inscrits)
Total 306.826 378.443 23,3 296.928 269.227-6,2
moins de 25 ans 39.853 42.963 7,8 35.188 23.027-34,6
- en % 13,0% 11,4% - 12,3% 8,6% -
Participants à des programmes de création d'emplois
(moyenne annuelle)
Total 57.191 69.548 21,6 193.327 191.458-1
moins de 25 ans 10.716 11.439 6,7 9.488 8.123-14,4
- en % 19,0% 16,0% - 5,0% 4,0% -
Programmes de préparation à la vie active pour les jeunes
(nouveaux inscrits)
Conseil 39.252 50.160 27,8 15.778 25.170 59,5
professionnel
Orientation 17.518 18.371 4,9 1.155 963-16,6
professionnelle et
recherche
ibv 1998.
La politique en matière de conventions collectives
L'élément déterminant de l'intégration des jeunes sur le
marché du travail est l'existence de places d'apprenti. Ces
deux dernières années, les associations d'employeurs et les
syndicats ont signé de plus en plus d'accords visant à la
promotion des offres d'emplois d'apprenti (Bispinck und
WSI-Tarifarchiv 1998a, b). Ils se sont efforcés de définir des
conventions collectives susceptibles de contribuer à la sauvegarde et à la création d'emplois. Dans ce contexte ont été
conclus des contrats prenant également en considération la
formation des apprentis. A la fin 1997, il existait des conventions collectives ou autres conventions pour la promotion
de la formation professionnelle dans environ 80 districts et
plus de 50 branches. Ces conventions concernent actuellement environ 12,4 millions de salariés. La nature de ces
accords va de déclarations sur l'honneur et des engagements
volontaires de la part des employeurs, à des conventions
collectives établissant des réglementations standard à
respecter impérativement. Il arrive qu'y figurent des objectifs
de performance (pourcentage d'augmentation des créations
de places d'apprenti), mais les accords se limitent le plus
souvent à des déclarations d'ordre plus général. Certaines
conventions comportent des réglementations (précises) concernant le suivi de la mise en oeuvre et de la conformité
avec le niveau des salaires des apprentis, le plus souvent
sous conditions : les salaires ne peuvent être inférieurs que si
un certain volume de formation supplémentaire a été
proposé.
En général, les accords entre les partenaires sociaux
montrent que les salaires des jeunes sont utilisés comme un
outil pour créer des places supplémentaires d'apprenti, ou du
moins pour préserver celles qui existent. Le premier grand
syndicat à avoir conclu un accord de réduction momentanée
du salaire pour un premier emploi stable, ou pour l'embauche d'un chômeur de longue durée, est le syndicat des
industries chimique, minière et de l'énergie (IG BCE). Le
syndicat a expliqué à ses adhérents qu'il avait jugé bon
d'accepter ce compromis (10% de réduction des salaires
pendant un an) parce qu'il s'agit d'une énorme preuve de
solidarité vis-à-vis des catégories de salariés particulièrement vulnérables (Tebrock 1994,1995,1996,1997). Entre
1995 et 1997, le nombre de places d'apprenti dans l'industrie
chimique en Allemagne de l'Ouest aurait augmenté de plus
de 20% (Anon, 1998). Ceci est considéré par l'IG BCE comme un succès pour cette politique innovante en matière de
convention collective "orientée vers l'idée d'un consensus
général" (Schmoldt, président du IG BCE). En l'occurrence,
innovant signifie que ce syndicat s'est éloigné de la position
traditionnelle qui voulait que la formation professionnelle
initiale "soit le devoir des entreprises", et que celles qui refusent de remplir ce devoir soient soumises à une sanction financière ou à l'obligation de former les jeunes d'une manière
ou d'une autre. Le principal protagoniste de cette théorie est
l'IG Metall, syndicat de la métallurgie. Il serait donc inexact
de parler d'une stratégie nouvelle et unique de la part des
syndicats allemands dans le cadre de leur politique relative à
l'aggravation du problème des jeunes sur le marché du
travail.
Considérant l'aggravation du problème des jeunes sur le
marché du travail dans la plupart des pays européens, à
savoir taux de chômage élevé et augmentation de l'écart par
rapport aux adultes en termes de salaire, nous avons étudié
la situation en Allemagne. Nos principales conclusions sont
les suivantes :
- La situation salariale des jeunes par rapport à celle des
adultes n'a pas suivi une évolution aussi négative que
dans les autres pays. Il va de soi que nous parlons ici de
tendances générales, et qu'il existe des différences pour
certaines sous-catégories ou certaines périodes particulières. Mais les donnés ne font apparaître aucun "effet de
cisaillement" sensible quant au salaire des jeunes, ni en
général, ni par sexe, qualification, emploi occupé, secteur industriel, taille de l'entreprise. La tendance générale
sur une période d'observation plus longue était plutôt inverse, c'est-à-dire en faveur des plus jeunes.
- Il n'existe pas de tendance générale vers une surqualification des jeunes par rapport aux emplois qu'ils
occupent.
- La "précarité" des emplois proposés aux jeunes, à savoir
travail à temps partiel, emplois à durée déterminée, travail par intérim ou sous contrat, n'est pas un véritable
problème en Allemagne, du moins pas autant pour les
jeunes que pour les autres catégories d'âge, et l'on ne
constate aucune détérioration de la situation relative des
jeunes.
- La principale raison de la situation salariale relativement
favorable des jeunes est la moindre pression exercée sur
ce groupe d'âge par un niveau de chômage des jeunes
certes en augmentation, mais néanmoins inférieur à ce
qui existe dans les autres pays. Le chômage des jeunes a
toujours été en Allemagne inférieur au taux de chômage
général. La crise de l'emploi persistante de ces dernières
années a effectivement fait augmenter le chômage des
jeunes en Allemagne comme ailleurs, et il atteint
aujourd'hui le même niveau que le chômage général.
- Néanmoins, il reste relativement faible par rapport aux
pays européens voisins, où le chômage des jeunes atteint
au moins le double du taux de chômage général.
- Le faible niveau du chômage des jeunes en Allemagne
est essentiellement le résultat d'un consensus social qui
considère que la qualification et l'intégration d'une nouvelle génération est l'un des objectifs politiques les plus
importants à la réalisation duquel doivent participer tous
les groupes sociaux, - le gouvernement, les jeunes, leur
famille, les entreprises, et les syndicats. Des slogans
largement acceptés tels que "tout jeune ayant la volonté
et la capacité de suivre une formation doit avoir la possibilité de le faire" reflètent ce comportement social.
- Bien que la formation universitaire soit en expansion, le
système dual de formation professionnelle reste l'outil le
plus important d'intégration des jeunes dans la vie active,
et contribue au faible niveau de chômage des jeunes, à
leur faible participation aux emplois précaires, et à la
relative stabilité de leur situation salariale.
- La politique en faveur de l'emploi menée par les pouvoirs publics et les accords entre les partenaires sociaux
ont joué un rôle actif pour tenter de surmonter les
difficultés que rencontrent les jeunes pour trouver leur
place dans le système de qualification puis dans l'emploi.
- Enfin, la situation particulière de l'Allemagne de l'Est,
qui vit un processus parfois douloureux de passage d'une
économie planifiée à une économie de marché, pose des
problèmes spécifiques. Toutefois, ces problèmes n'affectent pas plus les jeunes que les autres groupes d'âge.
C'est à ce point de l'analyse que se termine la comparai-son entre la situation de l'Allemagne et celle des autres pays.
Nous en arrivons à la conclusion que grâce à son consensus
social et à ses systèmes de qualification et d'intégration des
jeunes dans la vie active, l'Allemagne semble s'en sortir
beaucoup mieux que certains autres pays. Nous ne préconisons donc aucun changement fondamental, qui consisterait
par exemple à adopter la politique de la France au lieu et
place de la nôtre. Notre avis concernant la question de savoir
si d'autres pays peuvent prendre exemple sur l'Allemagne ne
saurait être trop prudent. Toutes les mesures en matière de
politique de l'emploi sont partie intégrante du contexte
allemand de formation et de qualification, et ce système est
profondément enraciné dans le consensus politique et social
de l'Allemagne d'après-guerre. Hors du contexte allemand, le
succès n'est en rien garanti pour un autre pays qui s'efforcerait de copier des mesures spécifiques à notre pays (Gitter/
Scheuer 1997).
Après avoir clairement déclaré que nous estimons que
l'Allemagne ne doit pas essayer d'apporter des changements
fondamentaux à sa politique d'intégration de la nouvelle
génération dans la vie active, en adoptant par exemple les
modèles français, américain ou britannique, nous nous
devons de déclarer avec encore plus de fermeté qu'en termes
de structure, il y a beaucoup à faire en Allemagne. Nous
avons montré que le chômage des jeunes augmente. Bien
qu'il reste vrai que les jeunes soient les moins touchés par les
problèmes de l'emploi, et que la plupart des autres pays
européens serait plus que satisfait de n'avoir pas plus de
problèmes que l'Allemagne, ce n'est pas une raison pour
nous reposer sur nos lauriers. Au contraire, le système dual
de formation professionnelle et le système de formation
universitaire, sont actuellement dans une situation très
difficile, pour ne pas parler de crise. Ces systèmes sont en
évolution permanente, et ont toujours été l'objet de débats et
conflits sur les réformes à y apporter. Compte tenu de la
rapidité de la mondialisation, de l'approche de l'introduction
d'une monnaie européenne unique, et surtout de l'accélération du rythme de l'innovation technologique et institutionnelle, les systèmes allemands d'intégration dans la vie
active risquent de ne plus être aussi efficaces que par le
passé s'ils ne sont pas l'objet de réformes en profondeur
(Heidegger/Rautner 1997, Stooß 1997). Mais il s'agit d'un
débat qui se situera dans le contexte politique, social et
économique allemand.
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TERBRACK, Hans (1997), Hauptziel erreicht. "magazin - Die
Gewerkschaftszeitung", Hannover, 2/1997, p. 11.
·
WIERLEMANN, Frank (1995), Zeitarbeit in der Bundesrepublik
Deutschland und den Niederlanden. Frankfurt am Main.
[1]
La même analyse a été effectuée pour l'Allemagne de l'Est après la réunification, mais les résultats ne figurent pas dans ce document. Scheuer/
Schmidt, 1998.
[2]
Notre analyse est essentiellement basée sur le German Socio-Economic
Panel (GSOEP), sondage longitudinal effectué auprès des ménages et personnes vivant en République Fédérale d'Allemagne. Le premier sondage GSOEP
a été effectué en 1984 et concernait 5 921 ménages (net) représentant 16 205
personnes (brut), vivant en Allemagne de l'Ouest. En 1990 ont été ajoutés
2 179 ménages (net) représentant 6 131 personnes (brut). En 1996, l'échantillon pour l'Allemagne de l'Ouest était composé de 4 199 ménages représentant 11 036 personnes (brut) (DIW, 1997.)
[3]
Comme précédemment, l'analyse est basée sur le salaire de jeunes femmes et
de jeunes gens de 17 à 24 ans, et de salariés âgés de 25 à 60 ans, mais nous
avons exclu les salariés titulaires d'un diplôme universitaire ou d'une
"Fachhochschule" (formation supérieure courte) pour homogénéiser l'échantillon en termes de niveau de qualification. Etant donné qu'en Allemagne, les
titulaires d'un diplôme d'études supérieures n'entrent pas dans la vie active
qu'entre 26 et 30 ans, la structure des niveaux de qualification est très différente dans la catégorie des adultes.
[4]
Dans le cadre de cette étude portant sur la situation salariale des jeunes, il
ne nous est pas possible de donner une description détaillée du système dual
ou de son impact sur l'emploi des jeunes. Voir (Benoit-Guilbot/Rudolph/
Scheuer 1994, Franz/Soskice 1994, Rheinisch-Westfälisches Institut für
Wirtschaftsforschung 1994 et 1996, Scheuer 1991 et 1995.)
[5]
Sociétés de service spécialisées essentiellement ou uniquement dans l'offre
d'emplois intérimaires.
[6]
En France par exemple, le travail intérimaire représentait en 1997 1,7% des
emplois, soit une augmentation de 0,2% par rapport à 1995. Le nombre
d'emplois intérimaires a augmenté plus vite qu'en Allemagne, de 20,8% entre
1996 et 1997 (INSEE 1998.)
[7]
Cette évolution est constatée également dans d'autres études, s'appuyant sur
des sources et des échantillons différents (Wierlemann 1995.)
[8]
La proportion de personnes n'ayant jamais travaillé auparavant est toujours
en augmentation (1996 : 63,9%, 1997 : 64,8%.) La plupart d'entre elles étaient
au chômage (54,9% en 1997), une sur huit depuis plus d'un an. Environ 10%
n'avaient jamais occupé d'emploi d'étudiant ou d'apprenti, et sont entrés pour
la première fois dans la vie active par le travail par intérim (BZA 1998.)
[9]
La situation s'était particulièrement aggravée pour les jeunes de nationalité
étrangère.
[10]
Nous considérons que trouver une place d'apprenti est le premier cap que
doit franchir un jeune vers l'intégration dans la vie active. Voir également
Forschungsinstitut der Friedrich-Ebert-Stiftung 1993.