Innovations
De Boeck Université

I.S.B.N.sans
244 pages

p. 185 à 201
doi: 10.3917/inno.015.0185

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no 15 2002/1

2002 INNOVATIONS

Règles – normes

Du salariat à l'emploi indépendant : invitation au dynamisme économique ou apologie de l'auto-emploi ?

Marc Richevaux Laboratoire Redéploiement industriel et innovation Université du Littoral Côte d'Opale
L'entrepreunariat est à la mode. Du pouvoir politique à l'université en passant par l'entreprise, tout le monde prêche le nouvel évangile de la création d'entreprise. Avec ce nouveau credo de la création d'entreprise à tout prix, n'importe quel prix, à coté de quelques réussites que l'on doit saluer se préparent des lendemains qui déchantent. Pour bien des créateurs le rêve pourrait se terminer en cauchemar les voyant rejoindre les rangs des travailleurs pauvres. Ils en viendraient à regretter amèrement le temps heureux où ils étaient salariés et bénéficiaient des protections sociales qu'ils ont perdues en étant artificiellement chassés du salariat par la création de "leur" entreprise Entrepreneurship is in vogue. From political power to university, by the way of enterprise, everybody preaches the new Gospel of venture creation. With this new credo of venture creation at any cost, even if some successes have to be valued, many creators may have gloomy days ahead. For many creators, the dream could turn into a nightmare, and they could join the ranks of poorer workers. They would then bitterly regret the happy days when they were wage-earners and benefited from social protection, they have lost when pushed out of the wage-earning class further to the creation of "their" business.
L'Entrepreunariat est à la mode (Verstraete, 1999). L'État, les banques, les assurances, les associations, les collectivités territoriales, l'université, et même des organisations patronales et des entreprises privées ne jurent plus que par l'esprit d'initiative. Les tenants de l'économie solidaire eux-mêmes n'échappent pas à ce vertige qui voit dans la création d'entreprise LE remède absolu au chômage et à l'exclusion (Hascoet, 2000).
Dans cette course effrénée vers ce nouvel Eldorado on entend de toute part : salarié, c'est ringard, créez votre propre entreprise ; comme aux Amériques au siècle dernier on entendit crier : "youg men go West !" (Polk, 1848). Ce fut le début de la ruée vers l'or. Pour quelques uns de très grandes fortunes, et aussi, un peu plus tard, pour beaucoup d'autres, the Grappes of Wrath [1] (Steinbeck, 1939).
Aujourd'hui avec ce nouveau credo de la création d'entreprise à tout prix, n'importe quel prix, à coté de quelques réussites, qu'il faut saluer, se préparent aussi bien des lendemains qui déchantent. Bon nombre de créateurs d'entreprise pourraient dans un avenir proche aller rejoindre les rangs des "woorkings-poors". En bon français : travailleurs payés en dessous du seuil de pauvreté.
Paradoxalement, le véritable salut d'un bon nombre de ces créateurs d'entreprise pourrait bien venir d'un retour au salariat – le vrai – dont ils ont été artificiellement chassés.
Il ne s'agit pas ici de nier l'intérêt et les bienfaits de la création d'entreprise. Elle représente parfois une possibilité d'intégration sociale en apportant une réponse à l'exclusion, au refus d'intégration et en permettant une mobilité sociale contribuant à l'élimination des tensions dans une société. Si pour des publics en difficultés la création ou l'entrée dans une entreprise d'économie solidaire peut représenter un moyen d'accès au travail dont ils ont été exclus, celle-ci peut aussi se révéler un merveilleux instrument d'externalisation de la main-d'œuvre au service des entreprises de l'économie concurrentielle. En ces temps où le travail est bradé (Boutillier, Uzunidis, 1997) et le salariat en friche (Boutillier, 1999), les créateurs d'entreprise potentiels font l'objet de toutes les attentions. Combien "d'entrepreneurs" qui ne sont que de faux salariés (Kessler, 2000) sous-traitants sans aucune autonomie par rapport à leur donneur d'ordre jalonnent ces parcours de réussites mirifiques mises en avant par les pouvoirs publics et les tenants de la mode de l'entrepreneur.
 
L'INCITATION À LA CRÉATION D'ENTREPRISE
 
 
Au moins dans les discours, les créateurs potentiels font l'objet de toutes les sollicitudes. Tout est fait pour faire naître des vocations d'entrepreneur.
Le discours
On ne compte plus les discours de ministres vantant les mérites de la création d'entreprise. On pourra s'arrêter à celui des PME, du commerce et de l'artisanat, et aussi à ceux des autres ministères plus ou moins concernés par le sujet. Aussi, à ceux des autres organismes publics, parapublics ou privés qui participent à la promotion de l'esprit d'entreprise et à l'aide verbale à la création d'entreprise. Aussi à tous ceux qui dans la presse écrite spécialisée et grand public vantent les bienfaits de la création d'entreprise. Dans une déjà bien longue série de déclarations sur ce thème, l'une des dernières en date sur le sujet est celle faite lors d'une conférence de presse par le secrétaire d'Etat aux PME, au commerce et à l'artisanat lançant le Prêt à la Création d'Entreprise (12 oct. 2000 ). L'opération de marketing politique (Marcu) de son promoteur est si bien réussie que quelques jours plus tard son auteur aura une promotion en passant de secrétaire d'Etat à ministre de la Justice. Avant cette déclaration il y a en eu beaucoup d'autres du même style et l'on peut sans beaucoup se tromper prédire qu'une telle déclaration est probablement loin d'être la dernière du genre.
On observe une tendance au rejet du salariat. Le phénomène se voit aussi dans l'économie solidaire. Là aussi on prêche le nouvel évangile de la création d'entreprise. Pourtant, à y regarder de près, dans bien des cas les entreprises solidaires ainsi créées pourraient bien se réduire à n'être au mieux que quelques gouttes de grenadine dans l'eau de javel, (Souchon, 2000), au pire un merveilleux instrument d'extériorisation de la main-d'œuvre au bénéfice des firmes de l'économie de marché. Ce n'est d'ailleurs probablement pas par hasard si elles fleurissent dans des secteurs tels que le bâtiment, les travaux publics, la récupération de déchets ou l'environnement ; secteurs qui, pour certains, sont depuis longtemps à la pointe dans le domaine de l'externalisation de la main-d'œuvre, ou dont la rentabilité immédiate est trop faible pour intéresser vraiment les entreprises qui fonctionnent dans les cadres classiques de l'économie.
Créateurs je vous aime, créateurs je vous aide… et en vous aidant je m'aide aussi, pourrait bien résumer le discours d'incitation à la création d'entreprise tous azimuts. On encourage la création d'entreprise. On encense les futurs créateurs on fait tout pour qu'ils se sentent aimés.
a) Créateurs je vous aime !
Depuis quelques années, dans les discours, les créateurs d'entreprise font l'objet de toutes les attentions de la part du législateur, des gouvernements successifs, toutes tendances politiques confondues, des organismes publics ou parapublics, des associations, et même des entreprises déjà installées, qui, curieusement, ne voient pas ces nouveaux venus sur le marché comme des concurrents. En matière de création d'entreprise, l'opération de communication publique (Marcu, 2000) est une merveilleuse réussite qui fait rêver les créateurs potentiels, même si parfois le rêve se termine en cauchemar.
On ne compte plus les forums destinés à sensibiliser à la création d'entreprise (voir le site Internet APCE wwww. apce. com). On ne compte plus les formations universitaires [2], ou autres, destinées à former voir accompagner et soutenir les potentiels créateurs d'entreprise. Les associations d'aide à la création d'entreprise, les déclarations ministérielles, les mesures législatives, gouvernementales ou les autres aides destinées à permettre et/ou à faciliter la création d'entreprise se succèdent à un rythme effréné.
Branchez vous sur Internet, sur le clavier tapez l'expression "aide à la création d'entreprise" vous voilà partis pour un voyage virtuel de plusieurs heures au pays des entreprises dont la création pourra être aidée, tant les sites de ce type y sont nombreux (2355 sites recensés avec un seul moteur de recherche) [3]. Ajoutez-y "solidaire" le voyage se réduira de quelques dizaines de minutes mais sera encore bien long. L'inventaire des mesures permettant de créer facilement son entreprise est impressionnant et le futur créateur n'est pas toujours le seul bénéficiaire réel des aides qu'il reçoit.
b) Créateurs je vous aide… je m'aide
Les aides possibles sont nombreuses, très nombreuses, peut-être même trop ? Certaines mesures sont d'ordre financier, d'autres d'ordre législatif. Elles visent à faciliter la création d'entreprise en améliorant le statut du créateur.
Quelques mesures sont déjà un peu anciennes mais survivent à leur relative inefficacité. On commencera par la loi du 11 juillet 1985 qui permet la création de l'EURL (Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée), grâce à laquelle le futur créateur pourra affecter une partie de son patrimoine à son activité entreprepreunariale et par là, en cas d'échec, sauvegarder le reste de ses biens. Le succès attendu de cette formule ne semble pas être au rendez-vous. En effet, bien des bailleurs de fonds destinés à des EURL ont imposé comme condition du prêt une caution solidaire de la personne physique gérante de l'EURL leur permettant alors de retrouver la garantie sur l'ensemble des biens du créateur que cette forme juridique d'entreprise avait justement pour but de faire disparaître. Le législateur trouvera d'autres formules pour aider les créateurs. C'est alors l'arrivée de la loi du 11 février 1994 intitulée : "entreprise et initiative individuelle" plus connue sous le nom de son promoteur et défenseur des thèses économiques libérales (Madelin, 1999) : "loi Madelin". Cette loi avait pour but de susciter des vocations de créateur en rendant la création plus facile. Les dispositions de cette loi prévoyait des mesures (voir tableau) qui avaient pour but :
  • d'améliorer le statut social de l'entrepreneur ;
  • de simplifier les formalités comptables et administratives nécessaires pour créer une entreprise ;
  • de régler les difficultés inhérentes au contrat de sous-traitance (art L 120-3 code du travail).
L'efficacité de ces mesures n'avait pas encore eu le temps d'être mesurée que déjà, un autre gouvernement, aux options politiques différentes, annonçait, le 11 avril 2000... un nouveau plan gouvernemental d'aide à la création d'entreprise dont certaines mesures ont été déjà été mises en œuvre et d'autres qui relèvent du vote du Parlement devraient voir le jour dans un avenir annoncé comme proche. Elles sont recensées dans un Cahier Industrie téléchargeable sur Internet (voir en bibliographie les références du site). Si certaines de ces mesures sont incontestablement de nature à favoriser la création d'entreprise, d'autres ne sont pas sans ambivalences.
Les mesures les plus récentes s'articulent autour de trois thèmes (certaines sont de la compétence du législateur, d'autres ou relèvent du pouvoir réglementaire ou des institutions financières et des banques) :
  • la simplification des formalités administratives nécessaires à la création d'entreprise ;
  • la réduction de leur coût ;
  • des aides au financement de l'opération et maintient des allocations sociales pour les chômeurs ou RMIstes qui décident de créer une entreprise (art L 351-24 du code du travail).
Les entreprises de l'économie solidaire sont elles aussi concernées par une importante partie de ce dispositif. Bon nombre de ces mesures sont de nature à aider les futurs créateurs mais certaines ne sont pas sans appeler quelques observations dues à leur ambivalence.
Ambivalences
Parmi les mesures prévues dans le plan gouvernemental du 11 avril 2000 pour aider la création d'entreprise certaines sont incontestablement positives et permettront à des créateurs de trouver l'aide dont ils ont besoin pour concrétiser leur projet. D'autres le sont moins. Certaines risquent d'avoir des effets pervers.
– La simplification des formalités de création
Elle est recherchée par l'utilisation des nouvelles technologies. La mesure est séduisante mais se heurte à des limites. On propose la dématérialisation et la transmission d'information. Le moyen proposé se réduit à des études en cours. La loi précédente, celle du 11 février 1994, avait déjà autorisé les responsables d'entreprises à utiliser les moyens télématiques pour la transmission et l'administration des données concernant leur entreprise. Une "boîte du créateur", c'est-à-dire un ensemble de documents permettant aux porteurs de projets qui souhaitent créer une entreprise d'obtenir des renseignements de nature à les aider dans cette démarche, est en ligne sur Internet depuis le mois d'octobre 2000. Bien sûr, il ne fait aucun doute pour personne que tous les créateurs potentiels d'entreprise, y compris les chômeurs en fin de droits depuis plusieurs années, sont équipés d'ordinateurs avec accès Internet facile et peu coûteux ! …
– La réduction des coûts de création
A côté de la suppression de droit de timbre et d'enregistrement (Loi de finance rectificative pour 2000 loi n° 2000-656 du 13 juill. 2000 art 10, mesure effective au 14 juillet 2000), de la gratuité des publications légales (Décret n° 2000-587 du 29 juin 2000 mesure effective au 10 juill. 2000), on trouve aussi la possibilité d'apport en industrie et de libération échelonnée du capital social pour la constitution d'une SARL. A compter du vote de cette mesure, la libération du capital des SARL pourra être échelonnée sur 5 ans après un apport minimum de 10 000 F (Amendement du gouvernement au projet de loi nouvelles régulations économiques, loi n°2001-420 du 15 mai 2001). Quand on sait que le capital social nécessaire pour créer ce type de société n'est que de 50 000 F la mesure à tout l'air d'un cadeau empoisonné. En effet, ceci pourra faciliter la naissance des sociétés à faibles capitaux, y compris des projets non viables dès le départ qui pourront désormais voir le jour plus facilement sans le frein des bailleurs de fonds. Un apport de 10 000 F est bien faible et relativement facile à trouver cela correspond à 1 mois de salaire de cadre moyen, une fois et demi le SMIC, pas tout à fait 3 mois de RMI au taux maximum (2,8) mais la question se pose aussi de savoir comment des sociétés dont l'assise financière de départ sera si faible pourront-elles pour l'avenir accéder aux crédits qui leur seront nécessaires pour se développer ? (Vernier, 1996).
On trouve aussi la suppression des frais de dépôts de brevets et de marques versés à l'Institut National de la Propriété Industrielle. Si cela arrive parfois, il est tout de même assez rare qu'un créateur possède de tels éléments dès le début de sa société et dans le cadre des entreprises de l'économie solidaire cela n'arrive pratiquement jamais.
– Aide au financement des projets
Parmi les mesures destinées à aider au financement de la création d'entreprise on trouve des possibilités de prêts d'accompagnement d'un montant de 10 000 à 50 000 F, au taux d'intérêt du marché destinés aux porteurs de projets en voie d'insertion par l'économie ne disposant pas ou plus d'accès aux crédits traditionnels. Selon ses promoteurs, la mesure est spécialement destinée aux chômeurs et allocataires du RMI qui n'ont pas accès au crédit traditionnel. Cela est généralement dû à leur faible surface financière et aussi assez souvent au manque de confiance en leur projet de création ou à leur personne de la part des dispensateurs de crédits qui les accordent plus en fonction des garanties de remboursement que présente le demandeur qu'en fonction de l'utilisation qu'il compte en faire.
Cette mesure est à rapprocher de cette annonce parue dans un journal de la région Nord Pas-de-Calais ainsi rédigée :
"Nous vous aidons à créer votre entreprise si vous disposez d'un apport de 300 000 F* * hors emprunt" (la Voix du Nord 8/9 octobre 2000).
Le titulaire du RMI qui le perçoit au taux maximum qui souhaite en bénéficier devra compléter le prêt de 10 000 à 50 000 F prévu dans ces mesures. Il lui faudra donc économiser la totalité de son allocation pendant 85 mois, soit un peu plus de 7 ans à moins qu'il ne préfère vendre sa BMW M5, sa Porsche Boxter ou sa Mercedes 300 D dont chacun sait qu'il s'agit là du mode de transport le plus courant dans les quartiers de Lille Sud, Roubaix, Tourcoing, des Minguettes ou du nord de Marseille où les taux de chômage flirtent allègrement avec les 30% de la population…
On trouve aussi un prêt d'honneur destiné à l'accompagnement et au parrainage de créateur de TPE (très petites entreprises) manquant d'apport personnel pour créer leur entreprise. Ils concernent tout public et tout projet sur un territoire défini pour des entreprises en cours de montage dont le capital est détenu pour moins de 50% par une entreprise extérieure. Les entreprises plus importantes qui pratiquent l'extériorisation de la main-d'œuvre par la voie de l'essaimage pourraient bien y trouver le moyen d'extérioriser la main-d'œuvre en limitant le coût de l'opération et en ne supportant plus qu'une faible part de l'investissement nécessaire. Il leur suffira de ne plus financer en totalité l'opération de création de l'entreprise sous-traitante mais de limiter leur concours à un montant inférieur à 50%. Le reste étant pris en charge par ce type de prêt. La mesure est à rapprocher de celles prévoyant des aides fiscales au bénéfice des entreprises qui aident leurs salariés à créer leur propre entreprise en pratiquant l'essaimage (Sciberas, 1994) et peuvent provisionner les sommes qu'elles y consacrent. Aussi de la possibilité ouverte par la loi du 17 février 2001 qui permet à ces plans d'épargne salariale, d'être investis dans des entreprises de l'économie sociale. A quand les fonds de pension investissant dans l'économie solidaire ?… De telles mesures sont de nature à renforcer ces situations dans lesquelles la vie de l'entreprise créée se réduit, soit à financer l'emploi de son créateur (auto-emploi), soit à l'entrée dans des franchises ou à d'autres formes de sous-traitance à l'autonomie très limitée, et bien souvent pour des activités qui auparavant s'exerçaient dans le cadre du salariat, avec la protection sociale correspondante, qui disparaît avec la création d'entreprise. Le phénomène ne se limite pas au seul secteur marchand. Bien des entreprises de l'économie solidaire n'hésitent pas à copier ce modèle.

Tableau :
Loi Madelin (1 février 1994). Mesures pour faciliter la création d'entreprise
IMGIMGTableau : Loi Madelin (1 février 199...IMGIMF
Tableau : Loi Madelin (1 février 1994). Mesures pour faciliter la création d'entreprise Améliorer le statut Si l'entrepreneur a des dettes les créanciers devront, EN social de PRIORITE, saisir les biens de l'entreprise, avant les l'entrepreneur biens personnels de l'entrepreneur. Il ne s'agit que d'une individuel priorité qui exige de saisir d'abord les biens de l'entreprise mais n'interdit aucunement la saisie des biens personnels. Celle-ci ne peut avoir lieu qu'après une poursuite sur les biens de l'entreprise on change l'ordre des priorités mais on ne revient pas sur le principe qui permet de saisir les biens personnels en raison de l'activité de l'entreprise. Le salaire du conjoint commun en biens est déductible du revenu imposable dans la limite de 3 fois le SMIC pour les adhérents à un centre de gestion agréé. Les entrepreneurs individuels peuvent déduire de leurs impôts sur le revenu les versements aux organismes de retraite de prévoyance ou d'assurance chômage. Les cautions seront mieux informées Simplifier les Le CFE centre de formalité entreprise (chambre de formalités commerce pour les commerçants ou chambre des métiers administratives et pour les artisans) fait toutes les formalités nécessaires comptables lors de la création d'entreprise. - guichet unique et L'entreprise a un numéro d'identification unique et non déclaration plus SIREN, SIRET, opérateur TVA… unique La déclaration de données pourra se faire électronique-- transmission ment avec les administrations (minitel, transfert direct, électronique des bandes ou disquettes). données Déclaration unifiée pour les charges sociales. - simplification des règles comptables - allègements fiscaux pour les PME Protection des La loi (art L 120-3 ct) introduit une présomption simple contrats avec les sous- de non-salariat pour les personnes physiques immatritraitants culées au registre du commerce et des sociétés au répertoire des métiers ou au registre des agents commerciaux ou auprès des URSSAF pour le recouvrement des cotisations d'allocation familiale. Cette présomption peut être levée si l'existence d'un lien de subordination permanente est établie, il y aura alors contrat de travail (et même parfois condamnation pour travail dissimulé). Il peut être demandé aux URSSAF d'indiquer si l'activité de ces personnes relève du régime général de la sécurité sociale à défaut de réponse de l'URSSAF dans un délai de 2 mois ou en cas de réponse négative elles sont présumées être des travailleurs indépendants et cette présomption ne peut être combattue. Ce qui n'a pas empêché un tribunal de requalifier la situation en travail dissimulé.

 
CRÉATION D'ENTREPRISE OU EXTÉRIORISATION DE LA MAIN-D'ŒUVRE
 
 
Transfert du risque
Par les techniques de l'essaimage, du "self employment", de relations de travail assises non plus sous la forme juridique du salariat mais sur celle de contrats civils ou commerciaux (Richevaux, 2000) on crée de nombreux "entrepreneurs" à la tête de PME/PMI, de TPE, voire même de micro-entreprises. A la vérité, je vous le dis, bien souvent, ces nouveaux entrepreneurs ne sont que de petits maîtres qui ne sont maîtres de rien de tout (Mazeaud, 1998) ; à peine d'eux-mêmes et encore… Sous-traitants d'un unique client, très souvent leur ex-employeur (Cass crim 19 oct 1999 Mata Gérard pourvoi n° X 99—81.620 D dr ouvr 2 000.ch dr pen trav 310), leur indépendance se limite à la possibilité de se laver les mains sans l'autorisation du donneur d'ordre, et encore… Ils sont à peine maîtres d'eux-mêmes et leur entreprise se limite au mieux à gérer leur auto-emploi (Lyon-Caen, 1995) au pire à les exclure d'un droit du travail où ils trouvaient une protection sociale.
Cette évolution est d'ailleurs largement encouragée par les institutions communautaires qui y voient un signe de dynamisme économique. C'est aussi la traduction sur le plan concret des théories économiques dominantes du moment qui s'articulent autour de la théorie de l'offre réduisant le travail à un simple rôle de valeur d'ajustement. La création d'entreprise, largement encouragée par les pouvoirs publics, est un des moyens d'y parvenir. C'est aussi en ce sens qu'il faut comprendre certaines dispositions législatives qui prévoient des allègements de charges sociales pour les demandeurs d'emploi indemnisés qui créent une entreprise ou le maintien des allocations aux chômeurs ou RMIstes créateurs d'entreprise (TA Amiens 29 juin 1994 epx Viard c/ Préfet de l'Oise Rec. Lebon p. 1218), ou les décisions de tribunaux qui estiment que les démarches faites en vue de la création d'entreprise doivent être qualifiées de recherche active d'emploi (cass soc 18 mars 1997 TPS comm 139 obs. PY Verkindt). Pour le donneur d'ordre qui est à l'origine de l'opération, bien des créations, par la voie de l'essaimage (Scireras, 1994), d'entreprises sous-traitantes ne sont que des moyens d'obtenir du travail dans des conditions particulièrement souples et peu coûteuses. Elles sont caractérisées par une protection sociale inexistante ou presque de celui qui fournit le travail. Bien souvent on a plus affaire à de l'externalisation de la main-d'œuvre et à un transfert de risque d'une autre entreprise (Vernier, 2000) qu'à de la véritable création d'entreprise. De plus en plus d'entreprises travaillent avec un nombre de salariés particulièrement restreint. Si l'on continue dans cette voie, ouverte par la dérégulation de l'emploi privé, les entreprises qui travaillent dans le cadre de l'économie concurrentielle n'auront bientôt plus comme activité principale, non pas la mise sur le marché de produits et services qu'elles auront créés, mais la production d'exclus du monde du travail que les entreprises d'insertion s'acharneront à chercher à réintroduire dans un monde du travail duquel l'emploi aura disparu.
Ainsi, bien des entreprises de l'économie solidaire se limitent à gérer des exclus du monde de l'emploi en leur offrant des situations abusivement qualifiées d'emploi et qui ne sont que : "Transit vers l'emploi", "Sous-emploi", "Activité d'utilité sociale", "Activité"… Mais certainement pas emploi. Pendant ce temps, les entreprises de l'économie de marché, en même temps, licencient massivement et aident à la création d'entreprise. Ce sont bien souvent les mêmes qui font les deux opérations simultanément.
Une fois leur projet mis en place, les créateurs d'entreprise sont juridiquement indépendants. Pour certains, ils règnent réellement sur leur entreprise dans laquelle ils font effectivement prospérer leur rêve. Cependant, bon nombre de ces créateurs d'entreprise, juridiquement indépendants, sont souvent liés à un seul donneur d'ordre dont ils tirent l'essentiel, voir la totalité de leurs revenus. Celui-ci leur impose l'activité qui sera celle de l'entreprise qu'ils vont créer et les conditions dans lesquelles il l'exercera (Richevaux, 1998). C'est ainsi que l'on a vu des donneurs d'ordre imposer à des candidats à la création d'entreprise "indépendantes" des activités telles les vendanges ou le rangement des chariots sur des parkings de supermarché (Aubert-Montpeysein, 1997). À quand une création d'entreprise indépendante de placeurs pour les clients en quête de place de stationnement disponible sur le parking d'un supermarché avant d'aller faire leurs courses remplaçant les mendiants qui se livrent actuellement à cette activité ?
Les entreprises de l'économie solidaire, elles non plus, ne sont pas toutes absentes de cette course au zéro contrat de travail. Telle cette entreprise d'insertion employant la quasi-totalité de son personnel, pour beaucoup d'entre eux handicapés, sur la base de contrats à durée déterminée, pour la plupart à temps partiel, et dont l'unique activité consiste à faire de la sous-traitance pour des entreprises de la grande distribution qui venaient justement d'externaliser cette partie de leur activité en procédant à des licenciements.
Bon nombre de ces indépendants juridiques se bornent à fournir leur force de travail dans un cadre qui ressemble étrangement au salariat. Leur activité ne repose sur aucun investissement ni matériel ni personnel. Les donneurs d'ordre leur imposent à la fois les méthodes de travail, les conditions de fabrication, des délais, souvent très brefs, assortis de pénalités en cas de non respect. En cas de malfaçons ils devront refaire le travail. Ils n'ont aucune latitude dans l'organisation de leur travail. Dans les transports routiers et sur les chantiers du bâtiment, les sous-traitants se voient imposer la responsabilité pénale correspondant au non respect des règles légales relatives à la durée du travail (cass crim 18 juill 1995 Moreau dr ouvr 1997.42 ch dr pen trav) et aux accidents du travail (cass crim Mata prec.). C'est d'ailleurs là que réside la différence essentielle entre leur qualité de responsable d'une entreprise sous-traitante indépendante et celle de salarié. Le plus souvent leur donneur d'ordre est leur ancien employeur et le plus grand bénéficiaire de la création de la nouvelle entreprise.
C'est pour cette raison qu'une jurisprudence constante de la cour de cassation n'hésite pas à requalifier ces créations d'entreprise en contrat de travail, car elle estime que les juges sont tenus par la réalité de la situation des parties (cass soc 13 fév 1965 Bull IV n° 100). C'est d'ailleurs pour assurer la sécurité des donneurs par rapport à ces requalifications que la loi du 11 février 1994 avait prévu une présomption de non salariat, dès lors qu'il y avait inscription au Registre du commerce et des sociétés ou à des équivalents (art L 120-3 code du travail préc.). Celle-ci a d'ailleurs été abrogée au moment du vote de loi Aubry du 19 janvier 2000 relative à la réduction du temps de travail. Curieusement cette abrogation d'un des piliers de la loi Madelin destinée plus à assurer la sécurité des donneurs d'ordres que la protection des sous-traitants vient d'une initiative parlementaire (Jo AN deb) et non de la ministre du Travail de l'époque qui est une adversaire de la flexibilité beaucoup moins acharnée que ce que l'on pourrait croire à la lecture des gazettes grand public. On oublie d'ailleurs trop souvent que la flexibilité est non pas souplesse de gestion mais moindre impérativité du droit du travail. On comprend alors pourquoi bien des créateurs d'entreprise auraient probablement intérêt à réintégrer bien vite le salariat pour peu que celui-ci correspond non plus à la précarité mais à l'emploi, le vrai, c'est-à-dire au contrat à durée indéterminée temps plein.
Le salut du créateur : le retour à l'emploi, le vrai
A y regarder de près, bon nombre de créateurs d'entreprise ne sont que des indépendants juridiques, si dépendants économiquement qu'ils ne sont pas moins exploités que des salariés. Dans certains cas ils le sont peut-être même plus.
Beaucoup de ces indépendants/dépendants, pour qui la création d'entreprise n'est qu'un leurre, souhaitent réintégrer le salariat dont ils ont été artificiellement chassés. En effet, certaines formes de création d'entreprise donnent un accès à l'entreprise, celle des autres, ou celle que l'on a créée, qui ne correspond pas forcément à un accès à l'emploi. Elles justifient le retour au salariat qui sera le salut pour bien des créateurs d'entreprise. Pour peu que cela corresponde à un véritable emploi.
Le travail dans le cadre d'une entreprise que l'on crée pour assurer son auto-emploi ne suffit pas à assurer l'intégration sociale ; les créateurs d'entreprise n'ont pas le sentiment d'avoir un emploi.
Le travail n'est un instrument efficace d'identification professionnelle que dans la mesure où il s'inscrit dans une forme juridique stable. Les risques d'exclusion sont d'autant plus grands que l'on s'éloigne de cette référence.
C'est sur la figure juridique du contrat à durée indéterminée à temps plein correspondant à un emploi stable et rémunérateur que s'est construite dans le passé l'identité collective des travailleurs. C'est ainsi qu'elle est encore vécue par bien des créateurs d'entreprise, faux indépendants qui rêvent d' y accéder.
La double fonction alimentaire et d'intégration sociale ne se retrouve que dans le CDI à temps plein payé au salaire minimum légal ou conventionnel. Le contrat de travail à durée indéterminée pour éviter la peur du lendemain, à temps plein pour faire vivre la famille.
Les entreprises créées dans le cadre de l'économie solidaire, tant pour le créateur lui-même que pour ceux qui la font fonctionner, y parviennent très rarement. Ces formules ne remplissent pas la fonction d'intégration sociale. Les créations artificielles d'entreprise dérogent largement à ce modèle de contrat et ne procurent que des emplois instables ou des succédanés d'emplois.
La mode de l'entrepreneur est largement sous-tendue par la montée des valeurs de l'individualisme qui marque l'ultralibéralisme de l'économie d'aujourd'hui qui rend le facteur travail plus homogène et interchangeable plus malléable de façon à l'utiliser comme une quelconque fourniture.
Cette utilisation de la force de travail comme une marchandise constitue un formidable retour en arrière dans les relations sociales. En effet, dès sa création au début du siècle passé l'Organisation Internationale du Travail proclamait : "le travail n'est pas une marchandise" [4]. La création d'entreprise à tout prix, à n'importe quel prix, est justement la négation de cette proclamation qui se voulait universelle.
La voie vers le plein-emploi pour tous dans une société démocratique passe par l'affirmation forte d'un pouvoir politique faisant sa priorité la rémunération de la force de travail à son juste prix et mettant son action concrète au service, et en corrélation avec, cette affirmation permettant alors une révolution culturelle amenant la sortie de l'économie de l'offre remplacée par une économie entièrement solidaire.
 
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NOTES
 
[1]Les raisins de la colère
[2]pour se limiter à quelques unes CREA, formation à la création d'entreprise organisée par l'IUT TC St-Omer /Dunkerque et le DESS Entrepreneuriat et Redéploiement Industriel de l'Université du Littoral Côte d'Opale ; DESS Création d'Entreprises et Gestion des Projets Innovants, Université Montesquieu Bordeaux IV.
[3]Altavista
[4]art 1er charte fondatrice de l'OIT (Organisation Internationale du Travail).
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