Innovations
De Boeck Université

I.S.B.N.sans
244 pages

p. 21 à 45
doi: 10.3917/inno.015.0021

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no 15 2002/1

2002 INNOVATIONS

Permettre aux défavorisés d'accéder au pouvoir en associant puissance cybernétique et création d'entreprise dans la société en réseaux : Ebauche de gouvernement en ligne en temps réel pour une économie solidaire

On-Kwok Lai  [(*)] School of Policy Studies, Kwansei Gakuin University Japon
Sans parler de l'énigmatique société de réseau construite par les technologies de l'information et de la communication (TIC), la dynamique du cyberespace a étendu le mode et les formes de communication et a permis le développement d'une nouvelle (cyber)culture, d'une communauté et d'une réalité (virtuelles), et en retour a transformé les processus socio-politiques de (non)participation. Cette évolution favorisera-t-elle le projet de construction d'une économie sociale ? Quel usage peut-on (doit-on) faire des TIC pour l'économie sociale ? Cet article examine les contradictions et les expériences de gouvernance sociale dans la société informationnelle et ses impacts spécifiques sur la création d'entreprise et les politiques d'insertion Against the enigma of the network society driven by information and communication technologies (ICT), the dynamics of cyberspace have been extending the mode and form of communications and hence the constitution of new (cyber)culture, (virtual) community and reality, which in turn shaping the socio-political processes of people (non)participation. Will this foster a better prospect for the social economy project? How can/should we make use of the ICT for social economy? This paper examines the contradictions embedded in, and the
Nous sommes, en 1999-2000, assaillis par la volatilité, le caractère énigmatique et la perplexité de ce qu'il est convenu d'appeler l'e-Economie qui nous fait voir, tour à tour, l'ascension et la chute de nombreuses entreprises point com. Mais qu'en est-il de la dimension socio-politique du "e", à savoir, le contrôle qu'ont les individus sur leur projet d'économie solidaire ? La présente communication traite du projet (alternatif) d'économie solidaire, un mode nouveau et émergeant de maîtrise (de la politique) participative du développement social : les origines du développement social sont enracinées dans le bien-être collectif, dans la communauté de personnes en général, dans l'insertion sociale et dans l'appartenance à la communauté locale, en particulier, des groupes sociaux, des localités et des minorités les moins favorisés. Plus spécifiquement, le gouvernement participatif dans le contexte du "e"-développement n'est pas simplement un ensemble de règles formelles ou informelles ni une structure de démocratie ; ce qui importe le plus dans une économie solidaire, c'est de promouvoir les intérêts les moins privilégiés et de leur donner le pouvoir de travailler à leur intégration et à la solidarité sociales.
Contre le caractère énigmatique de la société en réseaux, les efforts pour promouvoir l'économie solidaire doivent englober les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC), pour le bien de toutes les parties concernées. Mais bien plus encore, dans le monde nouveau et inquiétant du cyberespace (l'intégration maximale des technologies de l'information et de la communication, NTIC, aux niveaux local et mondial) qui développe sans cesse les modes, les formes et la puissance de la communication, et, par là même, permet l'émergence d'une (cyber)culture, d'une communauté (virtuelle) et d'une réalité (virtuelle) nouvelles et différentes de tout ce qui a précédé, qui, à leur tour, modèlent les processus socio-économiques, orientent la création d'entreprise et engendrent la (non) participation des personnes à ces processus. Ce développement favorisera-t-il un avenir meilleur pour le projet d'économie solidaire ? De quelle manière pouvons-nous et devons-nous utiliser les NTIC en faveur d'une économie solidaire ? Le présent article essaie d'explorer ces questions, en abordant tout spécialement les perspectives et les contradictions inhérentes au contrôle de la société de l'information par les individus et, pour ce qui concerne l'économie solidaire, l'impact spécifique de cette gestion populaire sur la création d'entreprises et les politiques d'insertion.
Deux domaines d'action importants et distincts, bien qu'en corrélation, sont ici à l'étude. Tout d'abord, grâce à la numérisation de l'information et à ses multiples représentations (texte, audio, vidéo et autres), nous nous trouvons actuellement dans une ère nouvelle où économie, politique et société sont électroniques et numériques, mais la question est de savoir jusqu'à quel point la politique participative basée sur l'exercice de la démocratie sociale (pour la citoyenneté locale) et l'insertion sociale peut être améliorée à l'intérieur et au-delà du nouveau mode de communication (d'une personne à une autre, d'une personne à plusieurs autres, de plusieurs personnes à une personne, de plusieurs personnes à plusieurs autres). Plus spécifiquement, le ou les nouveaux modes de communication, d'action sociale et d'échange d'informations dans le cyberespace et dans la réalité sont-ils en eux-mêmes suffisamment puissants pour modeler le projet d'économie solidaire destiné à engendrer une société meilleure et plus équitable ? Ici, le vrai défi pour la société en réseaux fondée sur les NTIC n'est pas simple-ment les média (Internet, par exemple), représentant à la fois les micro-média et les mass-média qui fonctionnent pour la construction socio-politique et économique, mais également pour gérer plus efficacement les grandes villes. Ce dernier point a un impact important sur le projet d'économie solidaire. D'un point de vue stratégique, le nouveau mode de communication peut et va faciliter la citoyenneté en ligne, en temps réel, directe et participative dans la prise en charge de la société et du futur – l'essence même de la Démocratie Electronique (DE). Dans cette nouvelle pratique, le fait d'amener les dimensions, les perspectives et les opportunités régionales aussi bien que mondiales dans le développement local devient plus critique. Mais les questions sont : jusqu'où la véritable Démocratie Electronique peut-elle articuler la politique d'insertion, d'intégration et de participation pour un développement social durable et équitable ? Dans quelle mesure et sous quelle forme les institutions politicoadministratives établies répondront-elles au nouveau modèle de projet d'économie solidaire ?
Tout aussi importante est la nouvelle structure de contrôle des politiques d'insertion, dans la mesure où le nouveau régime entrepreneurial de gestion des affaires publiques, ces deux dernières décennies, a réduit encore davantage le rôle de l'Etat (subventions et actions) dans les politiques d'insertion. La conséquence évidente de cette réforme est une redéfinition des limites, du paysage et des contours de l'initiative locale et du contrôle de l'administration sur la création d'entreprise. Associée au contrôle administratif en ligne et en temps réel validé par les NTIC, la tendance mondiale à réformer le secteur public met en danger un développement social équitable. Comment les idées de Démocratie Electronique et d'économie solidaire s'adaptent-elles au programme de réforme nouvelle ? Qu'adviendra-t-il du projet de développement social dans la société dite en réseaux ?
La première partie du présent article définit le contexte socio-politique de l'économie solidaire, ainsi que les initiatives politiques dans cette direction. La deuxième partie révèle l'énigme du nouveau système entrepreneurial de gestion des affaires publiques en régime post-Etat-Provi-dence. La troisième partie examine les contradictions et les perspectives de la Démocratie Electronique et traite de l'émergence de la mobilisation politique (grâce à la société en réseaux), plus particulièrement de la mobilisation de la base populaire, mettant en relief la (non) contrôlabilité du système politique et exposant les stratégies mises en place par l'autorité administrative pour y faire face. Plus spécifiquement pour ce qui concerne la création d'entreprise et les politiques d'insertion, elle explore les problèmes et les effets de la construction socio-économique sur le projet d'économie solidaire – elle trace les contours de la synergie. Cette communication se termine par des remarques normatives sur les problèmes engendrés : l'humanisation des technologies de l'information et de la communication, la démocratie électronique, et les efforts d'équité et de justice sociale en direction du contrôle de l'économie solidaire au plan local.
 
LE CAPITALISME NUMERIQUE – UN DEFI POUR L'ECONOMIE SOLIDAIRE
 
 
Le capitalisme social est une forme prédominante de gouvernement politique au XXème siècle. Son histoire montre comment l'Etat a assuré la promotion du bien-être collectif dans le but de favoriser la croissance économique avec un minimum de conflits du travail. Les avantages de l'Etat-Providence sont principalement liés à l'état du marché du travail, c'est-à-dire, aux allocations de chômage et aux prestations sociales, ou au moins à l'amélioration des performances de chaque individu dans le secteur de la production [1] [*]. Cependant, toutes ces dispositions sociales et, de manière plus importante, les processus de prise de décision les concernant, sont, en grande partie, hors de portée des citoyens en général et des bénéficiaires de ces services en particulier. Plus spécifiquement, même en système de dite "démocratie représentative", la structure non participative de la gestion des dépenses sociales (sous la domination des professionnels et des partis politiques) est plus qu'évidente.
Le prototype de politique d'assurances sociales et de bien-être social instaurée par Bismarck et, au Royaume Uni, le Rapport Beveridge, tendent à soutenir une approche économique pragmatique en assurant la production de richesse et la stabilité sociale : l'Etat-Providence a pour fonction de s'assurer la fidélité des personnes, mais il n'a aucun sens d'auto-actualisation, conséquence directe de l'absence du pouvoir de prise de décision [2]. Cet ensemble d'orientations collectives, associé indirectement au système politique de l'Etat-Providence a été remis en cause par des critiques possédant une vision à l'échelle mondiale totalement différente [3]. Deux aspects majeurs, à la fois structurels et historiques, de l'Etat-Providence posent problème :
  1. l'Etat-Providence n'a pas réussi à atteindre ses objectifs utopiques plusieurs fois réaffirmés ni ses objectifs partagés (par exemple, le plein-emploi) en termes d'égalité, d'équité et de justice sociales tout comme en termes de droits de l'homme et du citoyen ;
  2. l'Etat-Providence a, de diverses manières, créé des conditions sociales indésirables et injustes pour la grande masse de la population : les minorités, les pauvres, les chômeurs et les femmes ont été victimes de discrimination, pas simplement en raison de leur statut social, et cette discrimination a été renforcée, et c'est là toute l'ironie de cette situation, par le système même d'Etat-Providence et par les hégémonies professionnelles [4].
L'échec du capitalisme social a été critiqué à la fois par la (Nouvelle) Gauche et la (Nouvelle) Droite politiques : par la Droite pour son manque d'efficacité à produire de la richesse et pour avoir créé une bureaucratie inefficace, incompétente (à l'encontre du principe de marché) et trop nombreuse ; il a été critiqué par la Gauche en raison du contrôle hégémonique exercé par l'Etat sur la vie des individus dans le processus d'accumulation continue du capital et, paradoxalement, la Gauche a mis l'Etat en butte aux mouvements collectifs de protestation d'une part, et a favorisé l'émergence de la crise fiscale de l'Etat d'autre part. Ainsi, la crise structurelle de l'Etat-Providence reflète-t-elle les résultats régressifs de sa politique, et, en réalité, reflète directement un mode de gouvernement non participatif et les contradictions de la constitution socio-politique du capitalisme social : le succès de l'Etat-Providence a, paradoxalement, miné sa légitimité à gouverner, étant donné que la génération de nouvelles formes de styles de vie individuels axés sur la réalisation de soi et la spontanéité, soutenue par l'apport de bien-être à tous les stades du cycle de vie des citoyens, dépasse la capacité politique de l'Etat. Il s'ensuit que "la gestion de la crise" et "l'ingouvernabilité" sont inhérentes au système d'Etat-Providence [5].
Rétrospectivement, le projet d'Etat-Providence ne peut être soutenu, d'un point de vue économique comme d'un point de vue politique. En réponse à la compétition sévissant à l'échelle mondiale, la plupart des Etats bâtis sur le modèle de l'Etat-Providence ont modifié leur approche en faveur de l'adoption d'une forme ou d'une autre d'économie supplyside, prônant la réduction des impôts sur le revenu des personnes physiques et morales, la discipline de la maind'œuvre, la réduction des coûts de travail, l'élimination des rigidités relatives à la main-d'œuvre et des rigidités réglementaires : réduction des engagements budgétaires dans le secteur social en regard de la liberté d'entreprendre liée à la consommation [6]. Autrement dit, les règles de la nouvelle économie mondiale ont "réduit l'efficacité du vieil Etat-Pro-vidence, même en dehors de toutes coupures budgétaires ou autres mesures restrictives" [7]. La conséquence en est une tendance commune vers le Dualisme Social : une pauvreté croissante dans des sociétés d'abondance, en relation avec un ensemble d'initiatives politiques de déréglementation et de privatisation.
Le capitalisme numérique : Négligence du volet social dans la Technopolis
Les temps changent, les technologies changent, et nous nous avançons inexorablement vers le XXIème siècle. Nous vivons dans une nouvelle économie, un capitalisme à échelle mondiale entièrement fait d'information et de réseaux. Juxtaposant le déclin du capitalisme social, résultant des réformes de l'Etat-Providence, une nouvelle structure de gouvernement basée sur les NTIC est en train d'émerger dans la société dite de l'information [8]. Le rôle instrumental qu'ont les technologies de l'information et de la communication sur le capitalisme mondial, ce que Dan Schiller appelle le "capitalisme numérique" – un état dans lequel les réseaux d'information et de communication généralisent directement les aspects sociaux et culturels de l'économie capitaliste comme jamais auparavant. Par exemple, le Third Annual Report (2000) on the Information Technology Revolution and its Impact on the Economy / Troisième Rapport Annuel sur la Révolution des Technologies de l'Information et ses Effets sur l'Economie, publié par le ministère américain du Commerce, révèle, entre autres, que les technologies de l'information sont à l'origine de la moitié, et même plus, des gains de productivité depuis 1995, que ces technologies de l'information réduisent l'inflation, et que, entre 1994 et 1998, l'emploi dans les entreprises du secteur des NTIC a augmenté de 30%, passant de 4 millions de personnes à 5,2 millions de personnes. De plus les salaires de ces emplois représentent, en moyenne, 58 000 $ par an, soit 85% de plus que la moyenne des salaires du secteur privé [9]. Bien que l'idée de capitalisme numérique soit présente principalement dans le monde développé, l'affirmation que le système de marché dirigé par les entreprises est en quelque sorte mondialement transcendé est très importante :
Ce qui est nouveau, d'un point de vue historique, c'est le changement de portée de la domination des entreprises. Pour la première fois depuis son apparition au début du vingtième siècle, le système de marché dirigé par les entreprises n'a plus à affronter un adversaire socialiste fort où que ce soit dans le monde. Le capitalisme numérique est également libre de passer physiquement les frontières territoriales et de bénéficier économiquement de l'absence soudaine d'entraves géopolitiques à son développement. Et ce n'est pas une coïncidence si l'économie politique des entreprises se diffuse davantage dans tout le domaine social [10].
En réponse aux tendances à la mondialisation, le projet de l'Etat en faveur du développement planifié de la Technopolis devient l'iconographie de la société high-tech du futur, et particulièrement quant au mode de production intensive améliorée par les NTIC pour le prochain millénai-re [11]. Ce sont des projets de compétitivité des économies nationales principalement initiés par les puissants Etats de l'Asie du Sud-Est (la Chine, le Japon et Singapour) et du monde occidental (l'Union Européenne et les Etats-Unis). La construction de technopoles n'est plus scindée entre les idéologies politiques gouvernantes (la Gauche et la Droite), et certains "systèmes démocratiques asiatiques" douteux investissent fortement depuis des dizaines d'années pour améliorer leurs technologies et l'utilisation sélective de celles-ci dans la société – Singapour et la Chine socialiste sont des représentants types de cet effort [12].
La vie sociale dans la Technopolis émergente basée sur les NTIC sera différente si on en juge par le système actuel des technologies avancées. En premier lieu, les gains de productivité à la fois pour les entreprises et pour les personnes sont l'un des principaux résultats de l'intégration grandissante des NTIC au domaine de la production – mais qui pourrait cependant s'avérer contraire à l'amélioration de la qualité de la vie si on considère que les individus devront être prêts à traiter, pendant la nuit, les messages en provenance d'autres fuseaux horaires, à un moment où ils sont censés se reposer. Ensuite, l'une des principales conséquences du développement engendré par les NTIC en société (post)capitaliste, c'est la séparation de plus en plus floue entre temps de travail et temps de loisir, entre temps personnel et temps dû. Plus précisément, la mise en réseau de l'information devient vraisemblablement le seul mécanisme de définition et d'identification de qui vous êtes et de quels droits vous disposez, étant donné que la majeure partie de la fonction de filtrage des entrées repose sur un système de bases de données et de traitement de l'information [13].
Troisièmement, les systèmes de réseaux sophistiqués ancrés à la Technopolis comportent une infrastructure de plus en plus importante pour les entreprises transnationales congestionnées poursuivant des stratégies de production et de commercialisation orientées à l'exportation et intégrées au niveau régional ou même mondial. Dans la lignée de l'accumulation continue de la production transnationale et des chaînes financières, il y a, par conséquent, une tentative de la part de puissantes institutions financières internationales (comme le FMI et la Banque Mondiale) pour soumettre le développement social à l'échelle mondiale aux normes réglementaires néo-libérales [14].
Quatrièmement, et c'est certainement le point le plus important, il est plus qu'évident que le bien-être des personnes est négligé : la pauvreté et l'exclusion sociale côtoient le commerce électronique qui s'épanouit dans les grandes villes comme New-York et Londres. Les capitaux sont investis davantage dans les NTIC et dans les technologies du futur que dans les projets sociaux de protection des catégories socio-économiquement vulnérables et défavorisées – ceci est particulièrement vrai lorsque survient une crise (comme la crise financière asiatique). Plus précisément, "Internet contribue à élargir toujours davantage le fossé entre les riches et les pauvres, fossé qui a maintenant atteint des dimensions gigantesques" [15]. Le grand problème n'est pas ici de savoir comment on va pouvoir développer encore davantage les NTIC, le grand problème, c'est l'équité, l'égalité et la justice de la redistribution des richesses par la transformation d'un système mondial de bien-être social en passant du capitalisme social au capitalisme numérique.
Enfin, et cela a également une grande importance, le répertoire comportemental des personnes est modelé par les informations disponibles en ligne, en temps réel et juste à temps, au même moment à travers tous les fuseaux horaires qui, autrefois, étaient bien délimités. Le premier développement du mode informationnel dans tous les secteurs de la société peut être représenté par une production, une communication et des échanges à l'échelle mondiale 24 heures sur 24 [16]. Cette tendance est actuellement renforcée par un régime de financement mondial basé sur les technologies intégrées de l'information et de la communication, avec l'émergence de la cité dite informatique ou télématique [17]. Plus difficile est la nécessité faite aux personnes et aux communautés de réagir, avec discernement et jugement, aux événements mondiaux en temps réel médiatisés par les NTIC avec une masse importante d'informations et d'images.
 
LES DANGERS DU NOUVEAU SYSTEME ENTREPRENEURIAL DE GESTION DES AFFAIRES PUBLIQUES
 
 
La dynamique et la logique de la réforme de l'Etat-Providence, de même que le rôle spécifique des NTIC, peuvent être illustrés par la réforme des soins de santé, prototype même du nouveau système entrepreneurial de gestion des affaires publiques. La maîtrise des coûts de santé, le glissement des services de santé de l'hôpital vers les soins primaires et du traitement des maladies aiguës à celui des maladies chroniques, ainsi que l'évolution voulue des services de santé par l'introduction des forces du marché (à savoir le modèle acheteur-fournisseur) deviennent la norme de politique de santé dominante dans le monde [18].
Dans ce nouveau régime d'entrepreneuriat et avec l'invasion tous azimuts des NTIC dans le secteur de la médecine et de la santé, il y a trois caractéristiques clés de la réforme mondiale des soins de santé :
  1. La stratégie de réforme visant à diminuer les coûts, à atteindre le meilleur rapport qualité/prix, à introduire les forces du marché et à créer un "marché" des soins de santé est renforcée par la science de l'information basée sur les NTIC.
  2. Le passage du jugement clinique à la production clinique efficace, généralement favorisé par un nouveau régime informatique de la santé, comme par exemple l'utilisation de Coûts de Diagnostic de Groupe et Unitaires comparés pour superviser un traitement [19].
  3. Le mouvement vers une forme d'assurance collective et de co-paiement – ici encore soutenu par la science de l'information (assurance, finance et actuarielle) et les NTIC.
Cependant, peu parmi les stratégies de maîtrise des dépenses de santé utilisant, par exemple, l'approche qualité/ prix, dans la réforme des soins de santé obtiennent réellement des résultats optimaux, dans la mesure où la détermination du prix des produits et des services de santé ou bien est mal ciblée ou elle ne fait que renforcer une redistribution inéquitable des ressources dans le secteur public, ou alors, des problèmes de marché existent dans le système d'assurance santé [20].
Plus problématique, le résultat de la réforme des soins de santé ne peut, en soi, être recommandé ni justifié dans l'approche informatique ou entrepreneuriale micro~économique en faveur de meilleurs soins de santé [21]. Pour récapituler, les stratégies mondiales de réforme des soins de santé, de même que la restructuration de l'Etat-Providence, sont principalement soutenues par un nouveau régime de contrôle de l'information : le principal instrument en est clairement défini comme l'application des NTIC avec biais supply-side.
Réciproquement, la sous-utilisation des NTIC par les demandeurs (les individus) de bien-être et de santé est due à une combinaison des raisons suivantes : les services d'information ne répondent pas aux besoins des populations locales, le manque de soutien de la part de l'Etat, l'insuffisance des fonds destinés aux coûteuses infrastructures de l'information, des technologies de l'information inadaptées et peu appropriées, et, plus fondamentalement, des NTIC destinées à construire une volonté politique, ne sont pas reconnues par les gouvernements comme étant l'important input fonctionnel du développement socio-économique [22]. De plus, comme dans le cas des Etats-Unis où 65% des ménages possèdent au moins un ordinateur et 43% du nombre total des ménages sont reliés à Internet, Internet est actuellement une bibliothèque publique géante qui penche résolument vers le commerce [23]. Plus spécifiquement, le schéma de pénétration des NTIC dans les différents domaines socio-économiques, ou l'effet de ruissellement qui en résulte, suit en général l'ordre suivant : les loisirs et le domaine économique (à but lucratif) composent la majeure partie, suivis par les applications NTIC éducatives et celles en relation avec la santé, et enfin, par le "secteur improductif" du bien-être social [24].
Les NTIC sont, le plus souvent, considérées comme le moteur de la croissance de la production et de la génération de richesse plutôt que du développement social, de la croissance économique plutôt que de la progression du bien-être des personnes (et particulièrement des personnes les moins privilégiées). Pour récapituler, l'impact des NTIC est important et mondial, différentiel, inégal et inéquitable. Mais il existe des possibilités de développement social en établissant une synergie entre les NTIC et le régime de contrôle du secteur social.
 
LA E-DEMOCRACIE : UN NOUVEAU CONTROLE DE L'ECONOMIE SOLIDAIRE ?
 
 
En dépit de différences régionales dans l'interconnectivité des NTIC [25], la création d'un Cyberespace par une intégration maximale des NTIC au niveau local et au plan mondial a étendu la manière, le mode et la forme de la communication, la possibilité de faire du commerce, de définir des politiques, et, par là de constituer une (cyber)culture, une communauté (virtuelle) et une réalité (virtuelle) nouvelles et différentes [26]Cyberculture, (Londres, Routledge, 1996 ; Mike Featherstone et R. Burrows (Eds), Cyberspace, Cyberbodies, Cyberpunk, (Londres, Sage, 1995) – qui, tour à tour, modèlent les processus sociaux aussi bien que la culture politique [27].
Il ne fait aucun doute que le régime de production souple basé sur les NTIC génère davantage de richesse et d'activités économiques au plan mondial. Cependant, loin de produire une société juste et meilleure, notre société dirigée par les NTIC produit plus de calamités sociales que jamais : la fracture numérique et la production permanente d'une sous-classe, d'un chômage multiple, de préretraités âgés de 40 à 50 ans au royaume des technologies avancées ainsi que d'un nouveau dirigisme basé sur la connaissance. Les critiques de la société informelle mettent en évidence les contradictions de notre "nouveau monde" – celui qui est principalement régi par les NTIC dans un gouvernement mondial des entreprises [28]. La forme actuelle de l'informatisation du travail et des rencontres sociales (virtuelles) entre individus a amplifié le phénomène de société double divisée par un fossé, la minorité des NTIC ayant l'emprise sur les individus contrôlés par les NTIC ; c'est le phénomène des deux sociétés : l'économie formelle basée sur l'information se juxtapose à une économie informelle et dévalorisée basée sur le travail, ce qui donne la structure spatiale suivante : une ville combinant ségrégation, diversité et hiérarchie [29]. De toute évidence, il y a urgence à réclamer un programme de développement normatif pour humaniser les NTIC – le projet d'e-Démocracie : équité, participation et justice sociale dans le système de gouvernement mondial/local.
Donner du pouvoir aux pauvres, aux défavorisés et aux communautés locales
La répartition équitable des NTIC ne peut être opérée exclusivement par le marché. A l'avenir, ce devrait être l'objectif des gouvernements, des organisations non gouvernementales et des entreprises privées que d'assurer l'accès universel aux NTIC [30]. Lorsque le gouvernement pourra promouvoir les NTIC du côté des demandeurs, et s'il y parvient, pour donner du pouvoir aux utilisateurs finaux des services sociaux et de santé, le scénario alternatif de l'intervention globale, régionale et locale sera peut-être que les défavorisés pourront transférer leur vie sociale du domaine local à celui des réseaux mondiaux, et ainsi accéder à une meilleure qualité de vie.
Tout d'abord, les NTIC, grâce à toutes leurs capacités tactiles (écran, palette, pad) et (télé)détectrices, peuvent et doivent apporter aux défavorisés le niveau de communication maximal (possible). Autrement dit, les NTIC et leurs produits, s'ils sont effectivement accessibles aux défavorisés et utilisés par eux, opéreront vraisemblablement, grâce à leurs performances élevées et potentielles, un transfert de notre vision à l'échelle mondiale, et seront, ainsi, considérés comme bénéfiques à toute la communauté. Par exemple, de nombreux forums de discussion et web-hyper liens servent des activités multi-fonctionnelles et multi-dimensionnelles : prises de position, échanges et consultation d'informations ; ils changent la manière dont les défavorisés participent à la vie socio-culturelle aux niveaux local, régional et mondial [31].
Ensuite, les défavorisés sont, la plupart du temps, moins mobiles que les autres et sont obligés de s'ancrer à la communauté dans laquelle ils vivent. Cette contrainte locale pesant sur ces groupes limite également leur accès à l'information et leurs contacts avec le monde extérieur. En faisant sauter ces obstacles, les NTIC et l'information qu'elles convoient peuvent permettre à ces groupes de vivre et de travailler dans leur espace limité en ayant cependant des chances comparables sinon égales et équitables.
Enfin, et ce n'est pas le moins important, le Net-Activisme est devenu très révolutionnaire en transformant le mode d'interaction, le rapport de forces entre fournisseurs, utilisateurs et autorités du secteur social et de la santé [32]. Les problèmes clés sont ici l'interactivité, la participation active et la fixation progressive du programme des activistes socio-politiques par rapport au système politique dans lequel ils se trouvent : des communautés politiques virtuelles pourraient très bien représenter pour les individus l'occasion de jouer un rôle déterminant dans l'élaboration des politiques.
Si l'on veut utiliser totalement les NTIC en vue du développement social, deux problèmes majeurs doivent être résolus. Premièrement, les obstacles à l'accès aux NTIC doivent être supprimés, et particulièrement la main mise de type libéral, privé et concurrentiel sur les NTIC qui renforce plus ou moins les inégalités sociales et, donc, la fracture numérique, et ensuite, il faut également faire tomber les restrictions pesant sur la demande en raison de la pauvreté, en termes de conditions de vie (richesse) et de produits intellectuels (éducation et savoir).
D'autre part, l'accès universel aux NTIC, grâce auquel le mouvement en faveur de l'économie solidaire pourrait être renforcé, doit être envisagé. L'accès universel aux NTIC (accès aux domaines multiples de notre système mondial ou local) permettrait aux défavorisés et aux pauvres de non seulement traiter leurs besoins, mais également d'améliorer leurs chances et leur vie, et également de s'insérer pleinement dans la sphère publique [33]. Il existe donc quatre stratégies interdépendantes pour maximiser les avantages apportés par les NTIC en matière de développement de l'économie solidaire : intervenir là où se trouvent les gens et sur ce qu'ils souhaitent, améliorer la qualité de l'offre de NTIC vers les groupes marginaux et défavorisés, améliorer les structures et les politiques d'accès universel aux NTIC, et promouvoir un régime participatif (e-démocratie) de contrôle de l'économie solidaire. Grameen Telecom, une filiale de la Banque Grameen du Bangladesh, utilise les NTIC pour renforcer la dynamique de son réseau de succursales, particulièrement en aidant les familles rurales à accéder au cyberespace et à la communauté universelle, ce qui, à son tour, peut offrir aux familles rurales la possibilité de s'impliquer dans les activités rémunératrices du commerce électronique, ce qui fait que cette banque pourrait très bien devenir une ruche d'entreprises "point com" dans les campagnes du Bangladesh [34]. Mais les problèmes socio-politiques tels que le contrôle des activités électroniques et l'e-équité n'ont pas été mis à l'ordre du jour.
Grâce à la numérisation de l'information et à ses représentations multiples (texte, audio, vidéo et autres), nous nous trouvons maintenant dans une ère nouvelle d'économie, de politique et de société électroniques [35]. La politique participative et la e-démocratie axées sur le social pourraient être améliorées si les canaux de communication (nouveaux et alternatifs) étaient conçus de manière à incorporer une vraie communication, au sens Habermasien du terme, communication d'une personne à une autre, d'une personne à plusieurs autres, de plusieurs personnes à une personne, de plusieurs personnes à plusieurs autres. C'est peut-être là le véritable cadeau, et le défi, d'Internet, qui évolue autour de différents moyens de communication (câble, transmission hertzienne , satellite) dans un fonctionnement à la fois de micro-média et de mass-média [36]. D'un point de vue stratégique, ce mode de communication nouveau, alternatif et démocratique peut, au moins en théorie, permettre une participation totale, en ligne et en temps réel des citoyens au gouvernement de leur société.
Les NTIC dans le monde politique : Amélioration de la solidarité sociale et formation d'une volonté politique ?
Depuis peu, aux Etats-Unis, il est possible de payer ses impôts locaux et ses contraventions de stationnement par l'intermédiaire de sites commerciaux tels que wwww. govworks. comou wwww. ezgov. com. Ceci indique que le commerce électronique est plus souple et plus en avance que la politique électronique. Il ne fait aucun doute qu'il y a un impact diversifié, positif ou négatif, des NTIC sur l'administration et la politique. La plupart des études empiriques montrent des effets divers, mais généralement positifs, des NTIC sur l'administration publique et la politique [37]. L'impact et l'influence des NTIC sur le fonctionnement administratif et politique est très complexe, bien que les avantages des NTIC soient plus qu'évidents, notamment pour ce qui concerne l'efficacité de l'administration. De manière plus spécifique, la qualité de l'information destinée aux activités gouvernementales et politiques est également améliorée, bien qu'il ne soit pas surprenant que les consé-quences négatives soient passées sous silence. De ce point de vue, il est clair que la qualité de l'information a été améliorée par une volonté d'amélioration de l'information s'appuyant sur les NTIC avec l'objectif d'optimiser le processus de prise de décision politique.
Cependant, l'utilisation des NTIC est davantage axée, sinon concentrée, sur l'amélioration de la qualité des données destinées aux processus politico-administratifs que sur la qualité de la politique elle-même, et les avantages des NTIC sont surtout accaparés par quelques membres élitistes, puissants, privilégiés et triés des diverses institutions gouvernementales. De nouveau, ceci reflète la prédominance du mode production/offre dans l'utilisation des NTIC dans le domaine de la politique publique gouvernementale [38].
Autrement dit, la performance d'ensemble des NTIC vis-à-vis de l'aspect le plus critique et le plus controversé du gouvernement politique est loin d'être satisfaisante. En de nombreux cas, l'utilisation des NTIC a des conséquences négatives identifiables sur la vie privée des personnes, sur leur pouvoir et sur leurs droits juridiques [39]. Alors que l'impact sur les valeurs n'était pas fondamentalement négatif, cette tendance soulève un problème sérieux concernant le rôle des NTIC par rapport à l'aspect le plus important du domaine social et de l'administration politique, à savoir les dimensions ethniques, socio-culturelles et morales et la manière dont elles sont jugées dans le domaine public. Les NTIC ne peuvent donc pas remplacer la vie politique réelle, c'est-à-dire faire des choix dans des conditions bien définies, au niveau individuel comme au niveau de l'ensemble de la société [40].
Etant donné que les NTIC sont utilisées, à l'heure actuelle, davantage pour traiter des données brutes d'information que des données plus subtiles et plus fluides (par exemple, la volonté et la dynamique politiques) ou des processus de prise de décision, il est tout à fait évident que les effets positifs des NTIC sont beaucoup plus fréquemment identifiés que leurs effets négatifs. Pour affiner cette constatation, il est évident que, jusqu'à présent, les NTIC n'ont pas eu d'effet de levier sur ceux qui sont en dehors des cercles politiques formels et élitistes. Ceci est en adéquation avec la logique de l'application des NTIC au secteur social et de la santé : une orientation production/offre.
 
SYNERGIE DE LA E-DEMOCRATIE ET DE L'ECONOMIE SOLIDAIRE
 
 
Dans le projet de réinvention de la politique participative et de sauvegarde des droits à la santé et au bien-être, le passage de la forme actuelle de démocratie à sa forme électronique, ou encore hyper ou télé-démocratie, par le biais des NTIC est tout à fait faisable, et Internet plus les NTIC peuvent vraisemblablement faciliter cette transfor-mation. Pour des raisons évidentes, la réalisation d'Internet comme une nouvelle forme de démocratie dépend de la façon dont on pourra surmonter un certain nombre de problèmes, parmi lesquels le contrôle des individus sur la propriété et l'accès aux ondes hertziennes et aux autoroutes de l'information ne sont pas les plus simples [41]. Pour un développement progressif de la e-démocratie, il faut être conscient que deux grands domaines s'opposent.
Engagement primordial de la personnalité informationnelle et des réseaux alternatifs
Tout d'abord, il s'agit d'améliorer conjointement la personnalité informationnelle et les réseaux alternatifs, leur diversité et leur puissance, en se basant sur les forces socio-civiques progressistes, contre le mode unique et dominant de fonctionnement des média sous influence de l'Etat et des entreprises [42]. Le problème de la personnalité informationnelle doit ici être clarifié : il s'agit du mode personnalisé des échanges de communication et d'informations engagés dans l'articulation politique en faveur de la démocratie, à la fois dans la communauté réelle et dans la communauté virtuelle. Par exemple, quelqu'un peut avoir davantage de facilités pour prendre la parole en public, alors qu'une autre personne peut être meilleure dans le raisonnement critique basé sur l'information – ces types de créativité, de diversité et d'innovation devraient être très florissantes dans une démocratie électronique.
L'amélioration encore plus grande de la puissance de la personnalité informationnelle à l'intérieur et à l'extérieur du cyberespace est vitale pour la poursuite du projet de démocratie sociale, étant donné que la diversité du système social et les forces d'émancipation sociale – principalement cristallisées sur les individus – peuvent être étendues et développées.
De la même manière, il y a un avenir pour l'évolution sociale vers un monde meilleur par le biais de la démocratie électronique, si les gens peuvent développer en permanence des média et des réseaux alternatifs et orientés vers l'action au-delà du système dominant et s'ils peuvent renforcer les réseaux alternatifs et participatifs – construits autour de projets alternatifs (comme, par exemple, le mouvement écologiste, le mouvement féministe et le mouvement pour les droits de l'homme), qui rivalisent, de réseau en réseau, dans la construction de liens et de moyens de communication vers d'autres réseaux dans les communautés locales, régionales et dans le système mondial, en opposition à l'hégémonie des réseaux dominants actuels. Ici, le pouvoir donné au peuple et le gouvernement participatif doivent constituer les principes fondamentaux de l'économie solidaire [43].
En opposition complète au développement actuel tourné vers la commercialisation et la dépolitisation des NTIC contrôlés par l'Etat et les entreprises, nous devons revoir la politique du "faire" à la fois dans les environnements réel et virtuel. Les rapports de puissance et les rapports de réseaux doivent être renégociés – ou, d'une autre façon, les gens doivent récupérer leur pouvoir par rapport au système de démocratie représentative, et leur autonomie par rapport au mécanisme des marchés, qui ne fonctionnent plus, ni dans leurs procédures ni dans leur substance, en termes de durabilité et de soutien. En ce moment historique, les questions d'e-équité et de justice, d'inclusion et d'intégration sociales, de même que la biodiversité, doivent être articulés dans la démocratie électronique.
Inadéquation culturelle, ethnique et morale du rêve électronique ?
Ensuite, l'indétermination des NTIC par rapport au projet de démocratie doit être levée [44]. Les gens doivent être investis du pouvoir et mobilisés, à l'intérieur et à l'extérieur des mass-média et de la réalité virtuelle, pour remettre en question l'ordre établi, les rapports de puissance et les hiérarchies entre ceux qui ont tout et ceux qui n'ont rien, entre ceux qui reçoivent l'information et ceux qui ne la reçoivent pas. En bref, le présent programme de changement doit ramener le Net dans le domaine public, social et communautaire, sous le contrôle des personnes, plutôt que de le laisser aux mains du capitalisme mondial [45].
La question clé, c'est la compatibilité des NTIC avec une société humaine. En termes de praxis, c'est la négation de la logique de réseaux par l'affirmation de valeurs et de normes qui ne peuvent être traitées par aucun réseau, seulement respectées et suivies – selon la terminologie de Manual Castells : les communautés culturelles (religieuses, nationales, territoriales et ethniques) qui n'ont pas nécessairement de liens avec l'intégrisme mais qui sont toujours centrées autour de leur signification autonome [46]. Par exemple, dans le domaine socio-culturel, le développement des NTIC doit être protégé de la domination ou de l'impérialisme culturel, à savoir que l'information fournie par l'intermédiaire de canaux de communication est porteuse de sens et d'idées, et ne représente pas seulement des données passives, et que l'information n'est pas un simple produit acheté ou vendu sur un marché, mais plutôt représente des idées, images ou données porteuses de significations puissantes qui influent sur l'esprit de ceux, le grand public, qui la reçoivent et peuvent les convaincre [47].
Le développement des NTIC pour les économies en voie de développement dépend, en grande partie, de l'organisation et de la répartition des technologies au niveau mondial, ce qui fait que les économies en voie de développement sont obligées de développer leurs propres instruments de recherche et de développement qui encouragent le développement d'un mode d'application compatible local, le développement d'une "indigénisation de la technologie" [48].
En conclusion, la mise en réseaux cybernétiques ne peut, en soi, rien apporter au projet de démocratie ou au peuple pour lui permettre de changer le monde, et peut-être même les choses peuvent-elles se dégrader si elle est aux mains de l'Etat et représente pour le capitalisme mondial une motivation constante à la recherche du profit – la tendance serait actuellement à ce type d'évolution très préoccupante [49] : Left Review, 211 (1995) : 3-32 (Stallabrass 1995). D'autre part, il existe une possibilité de transformer la structure et la logique gouvernantes dominantes en remettant en cause le mode actuel de mise en réseaux, en affirmant le pouvoir et l'autonomie culturelle des communautés, et en renforçant le développement continu des forces de progrès civique et des réseaux alternatifs.
Défense de la société de l'intégration et de l'e-Equité
Pour la synergie de l'intégration sociale du développement social et de la démocratie électronique au XXIème siècle, il existe trois problèmes interdépendants. Tout d'abord, comme pour le droit au bien-être, nous devons promouvoir les droits fondamentaux (d'accès, d'utilisation et de maximisation des potentiels) des NTIC : une infrastructure juridique et politique doit être établie de manière à ce que les gens puissent participer et avoir le pouvoir vis-à-vis du processus de politisation en ayant des droits similaires (sinon les mêmes) quant à l'accès et à l'utilisation des NTIC. En bref, le droit d'avoir des NTIC ou d'y accéder doit être inclus dans les droits sociaux des citoyens. Des aides en matière de justice et d'équité doivent être apportées aux moments et aux endroits appropriés. Il faut ici souligner que certaines formes de sécurité sociale destinées aux personnes dans le besoin, bien que différentes, existent dans le monde, et, par conséquent, le droit au NTIC doit être considéré comme une extension des droits sociaux existants.
La mise en place d'infrastructures juridiques et politiques fondamentales et nécessaires sera déterminante pour donner aux groupes défavorisés un pouvoir qui aille au-delà du secteur social et de la santé. En bref, ce pouvoir donné sur les NTIC concerne tous les citoyens en général et les nécessiteux en particulier. Ce n'est qu'en votant des lois pour promouvoir la santé et le bien-être des personnes, en leur garantissant l'accès aux NTIC, qu'il sera possible de faire naître une société au développement durable. Le principe fondamental des actions en faveur des NTIC doit reposer sur la participation des citoyens. Pour la première étape, la promotion de la santé et du bien-être des défavorisés consiste à les laisser accéder aux technologies (et aux NTIC) avec l'aide de "faciliteurs", à savoir ceux qui comptent pour eux, c'est-à-dire leurs parents, conjoints, amis dans leur environnement quotidien. L'aide de l'Etat, sous forme de versements d'argent, de fourniture de "faciliteurs" ou de matériels et de logiciels de NTIC, pourrait se développer dans ce sens.
Ensuite, la constitution d'une communauté solidaire dans des réseaux alternatifs et des communautés culturelles est un autre axe de développement. A partir des groupes sociaux et de réseaux, un soutien informatif fourni dans le monde virtuel et dans le monde réel est primordial pour aider les gens à effectuer les bonnes décisions lorsqu'ils sont confrontés à des problèmes socio-politiques. Ainsi, le travail en réseaux des défavorisés au niveau local sur les réseaux mondiaux, de même que celui qui peut être fait en leur faveur, peut être envisagé grâce au développement constant des NTIC.
La communication en réseaux au moyen des NTIC pour des contacts personnels directs peut améliorer le sentiment d'appartenance à un groupe et à une communauté. L'un des effets majeurs du networking sera le développement des connaissances et la diversification (par rapport à la norme traditionnelle) de la vision des gens sur les choses, de leurs comportements et de leurs styles de vie dans la/les culture(s) mondiale(s) – le monde devient plus petit ! Ceci pourrait cependant constituer un paradoxe alors que les échanges virtuels empêchent, dans certains cas, les rencontres face à face dans un environnement traditionnel [50].
L'aspect le plus important de la communauté humaine est sa dynamique participative, à savoir que les personnes peuvent communiquer entre elles sans barrières ni obstacles, et, de ce point de vue, les NTIC peuvent accroître le niveau et l'intensité de la participation à la communauté et, en retour, favoriser le développement d'une communauté mieux informée et davantage préoccupée du bien-être de tous dans laquelle les défavorisés peuvent profiter de comportements réciproques et personnels en constante évolution. Dans quelle mesure la nation, l'Etat et la société civile doivent-elles contrôler ou guider (propriété privée contre propriété publique, contrôle centralisé contre contrôle décentralisé) le développement des NTIC et des réseaux de média ? Là est le problème socio-politique majeur.
Enfin, et ce n'est pas le moins important, le développement du contrôle de l'action sociale centré sur les personnes doit constituer notre axe de recherche dans le futur [51] ; Harvard Business Review, Mars-Avril 1994 : 119-131. Etant donné que l'avantage des NTIC dans le domaine de la promotion du bien-être et de la santé est sa promesse de développer "un ensemble de NTIC adaptable à chacun et sur mesure", il devrait être possible, à court terme, de fournir un système adapté aux défavorisés.
Fantasme des réseaux d'information dans une société à risques ?
L'omnipotence des NTIC est, dans une certaine mesure, un fantasme, les avantages connus des NTIC étant inférieurs aux risques inconnus : les conséquences inconnues des applications des NTIC dans différents secteurs de la société sont nombreuses ; par exemple, on ne sait pas si le traitement sophistiqué par des moyens électroniques de volumes d'informations en perpétuelle augmentation peut suffisamment réduire les risques de réellement accroître le nombre des mauvaises prises de décisions. Par exemple, la première élection de tous les temps à s'être déroulée en ligne, qui consistait à sélectionner cinq membres du Bureau Central des Attributions de Noms de Domaines sur Internet, fut qualifiée d'historique, mais après dix jours de vote, ce n'était déjà plus une nouveauté : augmenter le vote électronique exaspère les gens [52]. Comment les gens vont-ils réagir au mode de fonctionnement, 24 heures sur 24, de la société de l'information (au fait que nous disposons d'appareils en ligne et en temps réel qui nous permettent de contacter n'importe qui et de pouvoir être constamment contactés à n'importe quel endroit du monde) ? Encore plus problématique est la question de la possibilité ou de l'impossibilité pour les personnes de maîtriser le développement des NTIC : la propension des systèmes informatiques à tomber en panne ou à mal fonctionner, que ce soit du fait des experts ou des utilisateurs finaux…, la fréquence grandissante des fraudes et des piratages, la création de virus (comme I Love You !) et les pannes de systèmes nous rappellent notre nouvelle vulnérabilité sociale (particulièrement l'identification des personnes, la sauvegarde de la vie privée et les droits sur la propriété intellectuelle) en raison des limites des NTIC [53].
En conclusion, pour faire face à ce développement unidimensionnel actuel, nous devons développer notre sensibilité aux applications des NTIC dans les domaines socioculturels ainsi que l'influence propre du système sur la démocratie électronique. Pour cela, la participation des utilisateurs (au sens large) au développement des NTIC est une condition absolue. Il faut donc renforcer le pouvoir des groupes d'utilisateurs et de producteurs, des mouvements alternatifs, des réseaux et des communautés culturelles pour le développement durable d'une société mondiale et de communautés locales. Sans cela, il y a peu de chances de voir apparaître un monde meilleur assurant le bien-être pour tous.
 
NOTES
 
[(*)]Remerciements : Le soutien à cette recherche, obtenu sous la forme d'un poste de professeur invité par le Département des Sciences Sociales, Hong Kong University of Science and Technology, et d'un poste de professeur honoraire en Travail Social et Gestion Sociale, The University of Hong Kong, le financement, le soutien logistique et la stimulation des étudiants de l'Ecole d'Etudes Politiques, Kwansei Gakuin University, ont permis à l'auteur de produire cet article.
[1]Gosta Esping-Andersen, Three Worlds of Welfare Capitalism (Cambridge : Polity Press, 1990) ; Francis G. Castles et Deborah Mitchell, Three Worlds of Welfare Capitalism or Four ? DP N° 21, Graduate Program in Public Policy, The Australian National University, Canberra, 1990 ; Everlyne Huber et John D. Stephens, Welfare State and Production Regimes in the Era of Retrenchment, Institute of Advanced Studies, Princeton University, Février 1999, Article n°1. Voir les discussions de Richard Titmuss, The Social Division of Welfare : Some Reflections on the Search for Equity in B. Abel-Smith et K. Titmuss (eds) The Philosophy of Welfare (Londres : Allen & Unwin, 1987) et le rôle de la protection sociale en termes de consommation collective en régime capitaliste : Manual Castells, The Urban Question (Londres : Edward Arnold, 1977).
[(*)]Les notes se trouvent en fin d'article
[2]Wolfgang J. Mommsen (ed), The Emergence of the Welfare State in Britain and Germany (Londres : Croom Helm, 1981).
[3]Peter Taylor-Gooby, Social Change, Social Welfare and Social Science (New York : Harvester-Wheatsheaf, 1991).
[4]Lios Bryson, Welfare and the State – Who Benefits ? (New York : St Martin's Press, 1992)
[5]Sur la nature régressive de l'Etat-Providence, voir Peter Baldwin, The Politics of Social Solidarity (Cambridge : Cambridge University Press, 1990). Sur la crise de l'Etat-providence, voir Jurgen Habermas, The New Obscurity, in Jurgen Habermas [ed. et trad. Par Shierry Weber Nicholsen], The New Conservatism, (Cambridge : Polity Press, 1989) ; Claus Offe, Contradictions of the Welfare State, (Cambridge, Massachussetts : MIT Press, 1984).
[6]Gerda Falkner, EU Social Policy in the 1990s (Londres : Routledge, 1990) ; David Hine et H. Kassim (Eds) Beyond Market : The EU and National Social Policy (Londres : Routledge, 1998).
[7]Alfred Pfaller, Ian Cough, Ian et G. Therborn, Can the Welfare State Compete ? (Londres : Macmillan Press, 1991), p.280s.
[8]Manual Castells, Materials for an Exploratory Theory of the Network Society. British Journal of Sociology, 51 (1,2000) : 5-24. Robert W. McChesney, Ellen M. Wood et John B. Foster (eds) Capitalism and the Informational Age (New York : Monthly Review Press, 1998).
[9]US Commerce Department, Third Annual Report (2000) on the Information-Technology Revolution and its Impact on the Economy, (Washington DC : US Commerce Department, Juin 2000). Voir hhttp :// www. doc. gov
[10]Dan Schiller, Digital Capitalism : Networking the Global Market System (Cambridge, MA : MIT Press, 1999) p.205.
[11]Manual Castells et Peter Hall, Technopoles of the World (Oxford : Blackwell, 1994).
[12]Gouvernement de Singapour, Information Technology Development towards 2000 (Singapour : Imprimerie gouvernementale, 1996) ; Kris Olds, Globalizing Shanhai : the Global Intelligence Corps and the Building of Pudong, Cities. 14/2 (1997) : 109-124.
[13]James E. Katz, The Social Side of Information Networking, Society. Mars/Avril (1997).
[14]Dan Schiller, op. cit., p.40.
[15]Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), Communiqué de Presse, 12 Juillet 1999, p.1 Voir également PNUD, The Human Development Report : Globalization with a Human Face, 1999 (New York : PNUD).
[16]Manual Castells, The Informational Society (Oxford : Blackwell, 1989) ; Manual Castells, The Rise of the Network Society (Oxford : Blackwell, 1997).
[17]Stephen Graham et Stephen Marvin, Telecommunications and the City (Londres : Routledge, 1996) ; Andrew Leyshon et N. Thrift, Money Space (Londres : Routledge, 1997) ; T.A. Fathy, Telecity (Londres : Praeger Press, 1991).
[18]Le contexte de la réforme de la santé est le suivant : des coûts technologiques, salariaux et d'investissements élevés pour les services de santé, et un vieillissement de la population mondiale en raison des progrès de la médecine. Voir, Organisation pour la Coopération et le Développement Economiques (OCDE), Health Care Systems in Transition, (Paris : OCDE, 1990) ; OCDE, The Reform of Health Care (Paris : OCDE, 1992) ; OCDE, Health : Quality and Choice (Paris : OCDE, 1994).
[19]M.M. Wiley, Quality of Care and the Reform Agenda in the Acute Hospital Sector. In : OCDE (ed), Health : Quality and Choice (Paris : OCDE, 1994).
[20]D. Chernichovsky, What Can Developing Economies Learn from Health System reforms of Developed Economies ? Health Policy, 32 (1995) : 79-91 ; J. Hammer et P. Berman, Ends and Means in Public Health Policy in Developing Countries, Health Policy, 32 (1-3 ; 1995), 29-45.
[21]Soutenue en particulier par les NTIC, l'informatique et l'informatique médicale, l'agence pour les réformes a réussi à empêcher certaines influences professionnelles d'imposer leurs politiques. Cependant, l'informatique et les NTIC sont aux mains des groupes privilégiés (élites puissantes et mécanismes de l'Etat) et orientés presque exclusivement vers la fourniture d'informations, à leur propre avantage, plutôt qu'à l'avantage des défavorisés et des utilisateurs finaux.
[22]H. Boon, Information and Development : Some Reasons for Failures, The Information Society 8(4,1990) : 227-242.
[23]Norman H. Nie et Lutz Erbring, Internet and Society : A Preliminary Report (Stanford, CA : Stanford Institute for the Quantitative Study of Society, 17 Février 2000).
[24]M. Khosrowpour et K.D. Loch (eds), Global Information Technology Education, (Harrisburg, PA : IDEA Group Publishing, 1993) ; Kraemer, K.K., Gurbaxani, V. & L. King (1992), Economic Development, Government Policy, and the Diffusion of Computing in Asia-Pacific Countries. Public Administration Review 52(2,1992) : 146-156.
[25]Mitchells S. Moss et A.M. Townsend, The Internet Backbone and the American Metropolis, The Information Society, 16 (2000) : 35-47.
[26]Stanley Arnonowitz, B. Martinsons et M. Menser (eds), Technoscience.
[27]Wayne Jr. Rash, Politics on the Nets (New York : WH Freemen & Company, 1997).
[28]Timothy W. Luke, The Net Effects of E-Publicanism, conférence donnée lors de la réunion annuelle de l'International Studies Association, Mars 2000 ; Heather Menzies, Whose Brave New World ? The Information Highway and the New Economy (Toronto, Between the Lines, 1996) ; US National Telecommunications and Information Administration (NTIA), Falling through the Net – Third Report (Washington, DC , Novembre 1999). Voir : hhttp :// www. ntia. doc. gov/ ntiahome/ digitaldivide/ index. html, hhttp :// www. digitaldivide. org
[29]Manual Castells, 1989, op. cit.
[30]Rubin Patterson et E.J. Wilson, New IT and Social Inequality : Resetting the Research and Policy Agenda, The Information Society, 16 (2000) : 77-86.
[31]Glenn R. Simpson, The Web's Final Frontier : City Hall – Two Internet Start-Ups Find Bureaucrats a Harder Sell than Venture Capitalists, The Wall Street Journal, 17 Mai 2000, p. B1 ; Emily Wax, Immigrants Use Internet as a Link with Past, The Washington Post, 3 Février 2000.
[32]Jim Walsh , In the Net : An Internet Guide for Activists (Londres : Zed Books, 1999).
[33]Charles Kenny, Juan Navas-Sabater et Christine Z. Qiang, Information and Communication Technologies and Poverty. Document de discussion (stencil), 29 Août 2000 (Washington DC : World Bank).
[34]Andrea Goldstein et David O'Connor, E-Commerce for Development : Prospects and Policy Issues, OECD Development Centre Technical Papers, N° 164, Septembre 2000 (Paris : OCDE).
[35]Don Tapscott, The Digital Economy (New York : McGraw-Hill, 1996) ; US Commerce Department (2000), op. cit.
[36]Merrill Morris et Christine Ogan, The Internet as mass Medium, Journal of Communication, 46 (1,1996), 39-50.
[37]K.V. Andersen (ed), Information Systems in the Political World (Amsterdam : IOS Press, 1995) ; K.V. Andersen et J.N. Danziger, Information Technology and the Political World : The Impacts of IT on Capabilities, Interactions, Orientations, and Values, International Journal of Public Administration, 18 (11,1995) : 1693-1725 ; Helen Margetts, Information Technology in Government (Londres : Routledge, 1999).
[38]Helen Margetts, op. cit.
[39]Colin J. Bennett et Rebecca Grant, Visions of Privacy (Toronto : University of Toronto Press, 1998).
[40]Cynthia J. Alexander et Leslie A. Pal (eds), Digital Democracy (Oxford : Oxford University Press, 1998).
[41]Steven Barnett, New Media, Old Problems : New Technology and the Political Process, European Journal of Communication 12 (2,1997) : 193-218 ; Robert Wright, Hyper Democracy, Times, 23 Janvier 1995 : 37-41 ; McChesney et al. (1998), op. cit.
[42]Voir la position de Erik P. Bucy et Paul D'Angelo, The Crisis of Political Communication : Normative Critiques of News and Democratic Processes, in : Michael E. Roloff (ed), Communication Yearbook 22 (Londres : Sage Publication, 1999) ; Manual Castells, 2000, op. cit. ; Timothy W. Luke, 2000, op. cit. ; Jim Walch, 1999, op. cit.
[43]Hartmut Schneider, Participatory Governance : The Missing Link for Poverty Reduction, OECD Development Centre Policy Brief N°17 (Paris : OCDE, 1999).
[44]Majid Tehranian, Technologies of Power, (Norwood , NJ : Ablex Publishing Co, 1990).
[45]Howard Rheingold, The Virtual Community – Surfing the Internet, (Londres : Minerva, 1995) ; Steven Barnett, 1997, op. cit. ; McChesney et al., 1998, op. cit.
[46]Manual Castells, 2000, op. cit., p.22-23.
[47]F.H. Horton, Why Information Management is an International Issue, The Information Society, 8 (2,1992) : 123-124 ; W.J. Stover, Information Technology in the Third World, (Boulder, CO : Westview Press, 1984), pp.50-52.
[48]W.J. Stover (1984), op. cit., pp.63-84.
[49]Julian Stallabrass, Empowering Technology : The Exploration of Cyberspace.
[50]Norman et Nie, 2000, op. cit.
[51]K. Truman et F.C. Lopez, The Community : Perspectives for its Sustainability, Technological Forecasting and Social Change, 44 (1993) : 291-314 ; J. Takahashi, Main Issues Involved in IT-led Development, in : Information Technology-led Development, Asian Productivity Organization (APO) (ed), (Tokyo : APO, 1990).
[51]T.H. Davenport, Saving IT's Soul : Human-Centred Information Management.
[52]Voir : hhttp :// www. wired. com/ news/ politics/ 0,1283,39206,00. htmlsur le vote électronique mondial à l'ICANN, (2 Octobre 2000,16h10, PDT, USA).
[53]H. Brooks, Unrecognized Consequences of Telecommunications Technologies, in : S.B. Lundstedt (ed), Telecommunications, Values and the Public Interest, (Ablex Publishing Co, 1990) ; Tom Forester, Megatrends or Megamistakes ? What Ever Happened to the Information Society, The Information Society, 8 (1992), 133-146 ; David B. Whittle, Cyberspace – The Human Dimension, (New York : W.H. Freeman & Company, 1997) ; G. Wersig, Information Science : The Study of Postmodern Knowledge Usage, Information Processing & Management, 29 (2,1993) : 229-239.
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Manual Castells, 1989, op. cit. Suite de la note...
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