2003
INNOVATIONS
Les problèmes et solutions pour accéder aux innovations environnementales au sein d'entreprises et de collectivités
Regis Maubrey
Greenway International IUP Ville et Santé, Univ. Paris 13
Il s'agit dans cet article d'examiner les écueils et solutions qu'ont les
organisations privées ou publiques soit pour accéder aux innovations induites par une conjoncture favorable à la protection de l'environnement,
soit pour réaliser des politiques de développement durable. Cette notion,
qui représente elle-même une innovation majeure pour ce début du XXIe
siècle dans le domaine du management environnemental, est le fruit d'une
conjoncture et de pressions qui n'ont cessé de se développer durant toute
la deuxième moitié du XXe siècle. Cet article met en avant que c'est
probablement la notion de "développement durable" qui permettra aussi
de débloquer fructueusement les résistances vis-à-vis des innovations environnementales (principalement technologiques) de la dernière décennie
– les rendant finalement accessibles aux PME-PMI. Donc, il ne suffit pas
de réagir, d'examiner les problèmes, de trouver des solutions, il faut aussi
les faire savoir, les communiquer, puis trouver un consensus et arriver à
des politiques suivies qui permettent la réalisation de façon durable des
solutions retenues. En effet, le problème de l'innovation a toujours été sa
diffusion, voire sa vulgarisation ou sa généralisation – que ce soit à l'intérieur de l'organisation ou à l'extérieur – étant donné ce qu'implique une
démarche environnementale. La solution qui est prônée par l'auteur et ses
collègues est un dialogue soutenu, une plus grande interaction, et une
mise en place de partenariats entre le secteur privé et public. A la fin de
cet article, nous recommandons, à l'attention de la Communauté Urbaine
de Dunkerque, de ne pas oublier, lors des premières étapes de leur démarche environnementale globale, de partir du territoire et d'essayer de
trouver un langage commun, afin de se préparer et de préparer ses partenaires et populations de base, pour la diffusion de ce que l'on identifie
comme la ou les solution(s) acceptable(s)
This article examines the
obstacles and solutions which both private and public organizations
confront in order to either have access to innovations resulting from
environmental protection efforts, or to implement sustainability policies.
This idea of "sustainable development ", which itself represents a major
innovation for the beginnning of the 21st century in the environmental
management domain, results from a variety of pressures which have been
building up during the whole second half of the 20th century. This article
posits that this concept of "sustainability "will probably allow the
removal of resistances regarding recent innovations within the environmental technology domain, especially for small and medium enterprises.
In other words, it does not suffice to examine problems and find solutions : one must also make them known, communicate them, and reach
consensus in order to set up long-term policies that will implement these
solutions sustainably. Indeed, the problem of innovation has always been
its dissemination – both inside and outside an organization (since the
present perspective is that of environmental approaches). The solution
that the author and his colleagues put forward is that of an on-going
LE CONTEXTE ET LES PRESSIONS
ENVIRONNEMENTALES DANS LE MONDE
ET EN FRANCE
C'est grâce à la réglementation et à des pressions diverses
que de nouvelles technologies et autres innovations ont pu voir
le jour afin de protéger l'environnement. Une législation
sensible aux enjeux environnementaux s'est mise en place au
début des années 70, mais ensuite, au gré des accidents
industriels et leur degré de médiatisation, les pays ont multiplié
leurs efforts. Surtout dans les pays industrialisés, les pressions
publiques et de la société civile à l'encontre d'entreprises
polluantes et d'entreprises tout court ont été perçues au départ
comme une menace par ces dernières. Pour les grandes entreprises, et surtout celles des secteurs sensibles (la pétrochimie en
particulier), la réaction ne s'est pas faite attendre. Dans les
grandes entreprises l'innovation a eu lieu aux niveaux technologique (les technologies dites "propres"), organisationnel (avec
une forte incitation à la mise en place de normes environnementales) et réglementaire. Pour les PME, la réactivité et
les réponses traînent pour des raisons évidentes de manque de
moyens budgétaires et humains. C'est sans doute une des
raisons pour laquelle on peut voir en France un retard en ce qui
concerne les normes environnementales – comparé aux pays
Nordiques et à l'Allemagne. Et pourtant, il est bien constaté, en
France et dans beaucoup de pays (dans les hémisphères Nord et
Sud) que les polluants les plus pernicieux sont bien ceux émis
par ces petites entreprises moins visibles ou peu médiatisées –
et ni cotées en bourse ni régies par des actionnaires. Mais en
France, même si l'Etat d'une part a bien mis en place un certain
nombre de moyens (à travers les programmes d'Aide à la
Décision de l'ADEME, par exemple), et les Régions d'autre part
ont également institué des programmes incitatifs à la mise à
niveau (et à la mise aux normes) et à l'innovation, tels que les
FRAC (le Fonds Régional d'Aide au Conseil), le problème reste
l'accès aux informations concernant ces aides, ou le suivi de
l'application et de la consolidation des innovations transfé-rées.
Le message d'une politique de dialogue et de prévention
commence seulement maintenant à passer grâce peut-être à une
politique coordonnée de communication orchestrée par le
Ministère de l'Environnement, l'ADEME, les DRIRE, et les
Chambres Consulaires – axée sur, entre autres, les aides au
conseil et à l'achat de technologies propres. D'ailleurs, comme
l'a écrit récemment un journaliste du
New York Times :
"The
hardest part of meshing economic and environmental programs, experts say, is that this shift cannot be engineered with
top-down directives. It will be the result of 10,000 decisions,
large and small, by countries, communities, companies and
individuals"
[1] (Revkin, 2002). Ceci montre l'importance de la
vulgarisation : ce qui est constaté et rapporté dans cet article,
est que l'innovation se développe (et se développera) grâce à un
travail de réseau, de partenariat, entre entreprises sur une même
zone, et entre ce secteur privé demandeur et le secteur public.
Un certain nombre de collectivités et de syndicats se lancent dans cette voie, dans l'espoir, dans certains cas, que cette
démarche permettra d'accroître l'attractivité d'une zone d'activité pour de nouveaux investisseurs du monde économique, et
soutiennent les efforts des entreprises déjà présentes sur leur
territoire. Ainsi, on peut trouver plusieurs exemples en IledeFrance aussi bien qu'en province d'efforts de ce type (MATE,
2002). Nous citerons plusieurs cas et expériences qui peuvent
servir d'exemples concrets de réalisation allant dans cette
direction, et aborderons en fin de parcours l'exemple potentiel
du territoire qui inclut la Communauté Urbaine de Dunkerque
(C.U.D.) – démontrant des possibilités de partenariats publicprivé, qui inciteraient et permettraient l'innovation. En effet, le
regard que nous proposons dans les pages qui suivent est fondé
sur une expérience et des observations qui s'étendent du
domaine de la coopération Nord-Sud, d'une connaissance de cas
aux Etats-Unis, et d'un suivi d'efforts entamés et réalisés en
France. Il ne s'agira pas de cas ou d'outils détaillés. Le but est
de montrer qu'il y a un mouvement d'ensemble repéré dans
différents projets et situations pouvant contribuer à élaborer une
stratégie de collaboration pour innover ou utiliser les outils
innovateurs venant d'autre part, mais à bon escient. Ce qui est
présenté ci-dessous représente en quelque sorte le fondement du
cadre théorique de nos interventions types auprès d'entre-prises,
d'autres organisations, et de collectivités. Ce cadre théo-rique se
traduit en termes d'état des lieux (dont l'analyse des acteurs – le
"qui fait quoi"), de diagnostics (avec un protocole d'enquête
stratégique traitant des forces et faiblesses ayant trait à
l'environnement d'un site donné) permettant ainsi l'élabo-ration
d'une vision stratégique (prenant en compte l'aspect historique
des contraintes, opportunités, et innovations environnementales qu'a vécu, que vit, et/ou que doit vivre l'organisation).
L'INNOVATION FACE AUX PROBLEMES ET PRESSIONS
LIES A L'ENVIRONNEMENT
Problèmes liés à l'environnement
Les incidents dramatiques ou pernicieux touchant notre
environnement ont catalysé la mise en place de législations
environnementales. Les dernières ont pu évoluer, en France,
d'un caractère contraignant ou "curatif" (années 70 à 80) vers
un esprit préventif (globalement des années 90 à 2000). En effet, à certaines périodes, les accords ou lois établis deviennent
inadaptés par rapport à des problèmes récurrents ou qui se
complexifient. Aussi, cette évolution correspond à une prise de
conscience progressive dans plusieurs corps de métiers aussi
bien que dans la société civile en générale sur la nécessité
d'agir. Cette "nécessité d'agir" peut se traduire de différentes façons, selon la culture et l'histoire d'un territoire et d'un secteur.
Ainsi, les impacts sur l'environnement et/ou sa destruction ont
permis une réaction créative de la part de citoyens, d'associations et de responsables de territoires, poussant vers le développement ou le changement de législations nationales, avec des
efforts d'adaptation correspondants par les acteurs nationaux et
locaux – en intégrant ou développant des solutions innovantes,
et en tout cas en proposant des politiques environnementales.
Cette évolution peut être présentée comme une série de
tableaux, chaque tableau représentant à peu près une ou deux
décennies (Figure 1). Cette grille a été établie en regroupant
des informations provenant en partie d'enquêtes sur des
entreprises, des villes, des agglomérations, et des pays. Cela
donne une première vision des acquis et du potentiel à l'intérieur d'une progression historique vers l'atteinte d'objectifs
d'amélioration du cadre de vie, et éventuellement de développement durable. En récapitulant un processus ces tableaux
peuvent montrer la progression, dans un territoire donné, des
acteurs locaux et de leurs organisations vers des accords autour
de certaines solutions liées à leurs efforts pour améliorer leur
environnement et la qualité de vie. Après les premières phases
d'état des lieux (et le repérage d'informations disponibles sur
certains problèmes – la colonne "PROBLEMES "), et après des
premières identifications et réalisations de recherches approfondies (sur des questions à éclairer en priorité afin de pouvoir
prendre des décisions collectivement acceptables – la colonne
"RECHERCHES"), on passe à une phase d'identification des
différentes solutions (la colonne "SOLUTIONS" ou "INNO-VATIONS"). Par la suite à quoi un accord politique ou une loi,
une réglementation doit être établi afin d'assurer un soutien de
la solution choisie (colonne "ACCORDS/LOIS").
Figure 1
L'évolution de l'innovation environnementale
[2]
Figure 1 : L'évolution de l'innovation environnementale1
Années 70-80 : période "curative "
PROBLEMES RECHERCHES SOLUTIONS ACCORDS/LOIS
Incidents et Recherches Normes ISO Loi (France) sur les
impacts limitées à chaque 9000 déchets de 1975
destructeurs sur discipline ou
l'environnement dans chaque Stratégies de syndicats Directive Européenne
depuis les années secteur isolé intercommunaux "SEVESO "de
50 spécialisés 1982
(déchets, eau,
etc.)
Années 90-2000 : période "préventive "
PROBLEMES RECHERCHES SOLUTIONS ACCORDS/LOIS
Problèmes de Recherches Plans Municipaux Loi (France) sur les
persistance de engagées par des d'Environnement déchets de 1992
certaines équipes multi- Normes ISO 14000 Directive
pollutions disciplinaires
Plans Européenne
Environnementaux "SEVESO II" de
d'Entreprise 1996 (sur la
des
Education maîtrise dangers)
environnemntale
Années post-2000 : période d'efforts pour généraliser des approches intégrées
et durables
PROBLEMES RECHERCHES SOLUTIONS ACCORDS/LOIS
Baisse du seuil de Recherches Stratégies de (Accords
tolérance pour inter- syndicats mixtes intercommunaux)
certains impacts disciplinaires... Evaluation (Accords
environnementaux environnementale interrégionaux)
Economie (Accords
environnementale internationaux)
Démarche de
développement
durable (Agenda
21)
Prospective
stratégique
L'innovation et différentes solutions innovatrices : de l'approche du management environnemental au développement
durable
L'innovation est la réalisation, la concrétisation et l'application d'idées par un individu, une organisation, une entreprise,
ou une collectivité. Il y a différents types d'innovation. Pour
survivre, les entreprises et, finalement, toutes les organisations
ont besoin d'innover, de changer, d'évoluer. La compétition est
actuellement de plus en plus rude entre pays et entre régions (et
entre l'Union Européenne et les USA, entres autres). Il y a non
seulement l'image valorisante que l'innovation peut répandre –
pour les clients, les employés, et le public général – mais aussi
la peur de se voir perdre la marge compétitive que représente
l'innovation. Comme il y a de plus en plus de marchés pour les
technologies de l'environnement (OECD, 1996), la contrainte
devient plutôt l'accès à ces technologies, en termes d'information sur leur existence et performances, aussi bien qu'en termes
de la facilité avec laquelle elles peuvent être acquises et utilisées (question de financement ou d'évaluation).
L'innovation qui est traitée dans cet article est celle qui est à
la pointe des nouvelles idées trans-sectorielles, c'est-à-dire le
"développement durable" et les Agenda 21. On pourrait reconstituer virtuellement toute l'histoire politique et conjoncturelle (toutes les forces et mouvements de la société qui ont
abouti au Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992)
derrière le développement des notions de développement durable et d'Agenda 21. On pourrait aussi parler d'un développement en parallèle d'approches et d'outils permettant de
traduire ces notions en termes opérationnels : l'analyse de risques, l'approche qualité, les études d'impact, l'évaluation
environnementale et le management environnemental.
Le programme Agenda 21 et les Agendas 21 locaux, proposés à Rio en 1992, traduisent en objectifs concrets la notion de
développement durable
[3]. Par leur élaboration, les représentants
des axes économique, social et environnemental de la société et
du territoire sont mobilisés dans une réflexion à long terme. Les
Agenda 21 conduisent les collectivités vers le développe-ment
durable en aidant à définir une stratégie combinant des objectifs
d'équité sociale, d'efficacité économique, et de préser-vation de
l'environnement. Parmi les nombreuses définitions de
"politiques de développement durable" disponibles aujourd'hui,
nous utilisons, dans le cas des entreprises, celles qui "prennent
en compte simultanément la protection de l'environnement, la
responsabilité sociale de l'entreprise et le souci de rentabilité"
(
Le nouveau courrier, 2002). En fin de compte, l'approche du
développement durable ne peut être que territoriale – c'est-à-dire, elle doit rassembler tous les acteurs significatifs (historiquement et potentiellement aussi). Et la difficulté de l'approche peut être surtout liée à la communication et aux négociations pour arriver à un consensus.
L'innovation pour répondre aux pressions – tout en restant
compétitif : atteinte d'une rentabilité dans le cadre d'un
développement durable
Les entreprises qui se sont penchées sur la nécessité d'innover – surtout dans un contexte de mise en place de procédures de Qualité Totale, ou dans l'objectif de certification environnementale du type ISO 14000 – doivent à un moment donné
sonder les regards et la créativité de leurs employés. Les innovations sont souvent venues des employés, dans le cadre de
cercles de qualité, par exemple. La difficulté pour susciter ces
contributions à l'innovation c'est de faire en sorte que le cadre
humain (de transparence et de confiance) le permette. Une
alternative au développement des innovations en interne est de
les importer. Dans le cas du transfert de technologie, et de
bench-marking, l'acceptation par le personnel est cruciale pour
l'intégration et l'application d'innovations (technologiques ou
organisationnelles) venues de l'extérieur. La question de "l'importation" de technologies est particulièrement présente quand
on parle des situations de transferts technologiques entre pays,
notamment des pays du Nord vers les pays du Sud. Pour des
raisons socio-économiques et culturelles, les projets impliquant
le transfert de technologie ont rarement marché – sauf dans les
cas où un suivi à long terme, avec des investissements lourds en
terme de formation, a été prévu et mis en place. Car il est
reconnu qu'il y a au moins trois niveaux d'implication à prendre
en compte : les institutions chargées de la recherche en science
et technologie, le cadre juridique et institutionnel, et les
utilisateurs (Banque Mondiale, 1986 : pp.3-4).
Afin que les entreprises, les grandes aussi bien que les petites, puissent éviter les surcoûts que représentent les contraintes
légales (seuils de pollution, nuisances internes et externes...),
elles peuvent tenter d'aller à la source de leurs problèmes
potentiellement identifiés. Cela les engage dans une démarche
semblable à celle qui les a engagé en France (et les engage
toujours) par rapport aux normes de qualité (9000 ou 14000).
Le simple fait d'en parler et éventuellement d'afficher son
intention d'entamer une telle démarche peut être un plus pour
une entreprise – par rapport aux représentations qu'en ont ses
clients, fournisseurs, actionnaires et voisins. Par rapport à des
implications économiques, on pourrait dire que la poussée vers
l'efficacité (avec les normes ISO 9000 et 14000) et le soutien
par plusieurs secteurs d'un territoire permet la mise en place
d'une activité qui traite une ressource ou un problème
transversal (qui traverse plusieurs secteurs), et par ce fait, peut
atteindre un certain équilibre ou une certaine rentabilité économique en bénéficiant d'une solidarité et d'une bonne volonté
(lui permettant ainsi de réduire, entre autres, sa facture publicitaire...). Autrement dit, une notoriété dans un réseau territorial
est un avantage économique pour l'entreprise ou les collectivités qui cherchent à pouvoir survivre, vivre et même de
prospérer grâce à une problématique environnementale – le tout
est de savoir capter les axes et points d'intérêt collectifs,
rassembleurs, et médiatisables.
Aussi, l'axe social (dans le cadre conceptuel du développement durable) permet d'aller plus loin que les acquis pour la
défense des ressources humaines à l'intérieur d'une organisation, plus loin que la protection des sites sur lesquels sont
installées des structures, plus loin que les systèmes qui permettent la prévention tout en préservant un équilibre budgétaire. En effet, maints projets – et c'est ce qu'on verra dans le
chapitre qui suit – achoppent ou échouent du fait d'un manque
de soutien des autres acteurs. D'ailleurs, il existe en France –
du fait de la richesse de la législation et de la réglementation
sociale (et sur l'aménagement) – un important capital de savoirs
et de savoir-faire sur les questions de la gestion sociale de sites
d'habitation et de collectivités. Ce capital peut être valorisé et
mis à contribution.
Une autre façon de viser l'efficacité et la qualité environnementale en gérant la participation locale (employés et partenaires) peut être illustrée par la stratégie entreprise par un
organisme tel que la Banque Mondiale. Ce dernier, depuis
quelques années, s'est doté d'outils qui lui permettent de suivre
sa stratégie : le
Knowledge Management (Banque Mondiale,
2002) et le C.A.S. (
Country Assistance Strategy) "environnemental" (Banque Mondiale, 2001). Dans le premier cas, il s'agit
de rassembler les différents acteurs travaillant à l'intérieur de
l'entreprise pour mettre en commun leurs connaissances,
expériences et hypothèses afin de rendre l'ensemble de leurs
prestations cohérentes et en diffusant entre eux et avec leurs
clients/bénéficiaires les meilleures pratiques en termes sociaux
et environnementaux
[4]. Dans le deuxième cas, il s'agit de rassembler les différents acteurs travaillant dans les différents pays
clients.
Résistances aux innovations, et écueils conjoncturels
Nous avons vu que les maintes pressions et encouragements
de la part de la société civile et des administrations ont fini par
encourager, pousser, ou obliger les organisations visées à aller
au-delà des sentiers battus, de traverser les frontières disciplinaires et fonctionnelles. Cette créativité induite est ce qui permet de produire les "solutions", dans les troisièmes colonnes
représentées dans la Figure 1. Actuellement, les solutions aux
problèmes et enjeux environnementaux représentent de nouvelles approches et de nouvelles connaissances pour la société
civile et pour le secteur économique. Par exemple, la notion de
"développement durable" est utilisée ici comme une référence
théorique pour garantir la participation des différents secteurs
économiques et sociaux, leur accès à l'information, et la
cohérence de politiques territoriales.
Cela dit, nous constatons aussi que, par rapport aux nouvelles "solutions", la résistance à s'introduire à s'immerger dans
un domaine qui s'annonce complexe – quel que soit le milieu –
peut être forte. En France, cette résistance par rapport à
l'innovation pour une approche environnementale est
rencontrée dans l'enseignement supérieur (qu'il soit scientifique
ou autre). Souvent, dans les domaines de l'éducation ou du
savoir formel, traiter l'environnement en tant que sujet pose un
problème en tant que tel pour les centres académiques et de
recherche classiques, à un tel point que c'est un thème/sujet
interdisciplinaire qui doit être traité à part, ou sous couvert
d'une autre discipline établie.
On trouve des résistances également dans le monde des affaires (les PME) comme nous l'avons vu plus haut – par manque de personnel, de budget, et de marges. Dans l'entreprise,
traiter de l'environnement demande aussi que ce traitement soit
transversal – et cela va à contre-courant au sein des entreprises
aussi bien qu'au sein des collectivités – telles que les mairies.
Dans les grandes entreprises, il y a eu des résistances culturelles, selon les secteurs, et selon le degré d'isolement (et de
manque de transparence) par rapport au grand public. Ainsi les
industries pétrochimiques, les constructeurs automobiles, sont
les secteurs qui ont d'abord assez tôt ressentis des pressions de
l'extérieur (et pour différentes raisons d'accidents ou d'impacts
de polluants).
Souvent l'innovation est là, mais elle est mal ou pas diffusée.
Pour accéder à ces solutions, ou pour les réaliser, une
administration locale ou une entreprise privée fait face à des
obstacles.
La "résistance" sur le plan territorial (et les acteurs du terrain) est surtout due aux difficultés de rassembler afin de faire
avancer un projet autour d'un consensus.
On peut parler aussi de l'innovation dans les pays du Sud où
les années post-coloniales ont été l'apanage des industriels de
l'hémisphère Nord et de leurs hommes politiques, et des acteurs occidentalisés impliqués dans le transfert technologique,
et de ce fait cela a été un échec (Maubrey, 2000b). Comme un
"développement économique" forcément accéléré est inéluctable du fait des forces socio-économiques provenant du monde
riche et industriel, ce transfert de technologie ne peut avoir du
succès que s'il passe par l'environnement et tout ce que cela
comporte – les hommes, leurs cultures et leurs territoires.
C'est ainsi qu'en Guinée on a pu observer, dans le cadre d'un
Plan National d'Actions Environnementales, le problème de la
mise en cohérence des perspectives des différents acteurs,
malgré quelques activités phares – les radios d'Etat en langues
locales – et quelques groupes de pression organisés tels que
l'association des pêcheurs de la baie de Conakry (PNUD, 1993).
Le problème aura été l'absence de langage commun, et surtout
le manque de réalités économiques dans les discus-sions. En
effet, les décideurs économiques n'avaient pas été in-clus dans
les discussions avec les administrations et la société civile.
Plus au Nord, des efforts dans la Région Provence/Alpes-Côte d'Azur risquent de pâtir du manque de politique globale
réfléchie et claire – sans oublier le retard qu'a pris la Région sur
certains dossiers environnementaux (tels que les déchets). En
effet, il suffit de comparer les moyens mis en oeuvre et dont
disposent les SPPPI (Secrétariat Permanent pour la Prévention
des Pollutions Industrielles) de la région PACA avec ceux de la
Côte d'Opale Flandres : pas de personnel affecté dans le premier cas, alors que dans le deuxième il y a un ingénieur
DRIRE, un chargé de Communication et un secrétaire à temps
plein (SPPPI, 2001 : pp.35-36).
Il existe parfois un contexte et une volonté politique, mais
où des projets de la société civile sont en attente. Ce cas est
illustré par l'expérience d'une ville comme La Rochelle, et de la
Communauté Des Villes de l'agglomération de La Rochelle,
qui, depuis près de deux décennies, à force de volontés politiques, d'efforts exceptionnels (testant en grandeur nature plusieurs options), ont permis à ce territoire et à ses institutions locales (CCI, Université,...) de s'engager ensemble sur différents
axes. Mais le risque est que ces efforts s'essoufflent par manque de reconnaissance nationale ou internationale.
Par une volonté de porteurs de projets sur l'Agglomération
de la Ville Nouvelle d'Evry (Essonne), d'organismes liés à un
syndicat intercommunal (PLIE et SAN), aussi par une volonté
politique (élus Verts et PS), une action de la société civile et du
secteur privé (3R), s'est manifestée. Mais les forces et/ou les
priorités politiques dans les années 90 étaient telles que le soutien n'a pas pu aller jusqu'au suivi, le parrainage et l'aide à
l'investissement (ADEME, 1999). Ainsi nous restons dans
l'attente d'une cohérence et d'une volonté politique forte.
Face à une forte spéculation immobilière qui risque de menacer les sources d'approvisionnement en eau de certains des
territoires (counties) plus peuplés ou de celles dont l'eau d'une
nappe phréatique partagée est particulièrement nécessaire pour
certaines cultures (dont le maïs et le soja), certains acteurs
politiques et de recherche dans les contés de l'Etat de Delaware
(EUA) ont trouvé un moyen d'entamer un programme de
sensibilisation des élus locaux et des citoyens sur les risques de
déséquilibre écologique de la zone – qui menacerait du coup la
base du développement économique de cette région qui est le
tourisme... Malheureusement, bien que les secteurs scientifiques (Delaware's College of Marine Studies, entre autres)
soient très présents, et que quelques conseillers municipaux et
de counties soit mobilisés, le secteur privé reste assez absent.
L'Etat du Delaware et ses counties et autres acteurs représentent un cas potentiel démontrant des expériences locales (achat
de zones naturelles pour satisfaire les besoins de loisirs), sur le
territoire d'un conté (organisation d'un jeu pédagogique
montrant l'intérêt de la collaboration entre les différents types
d'acteurs), et au niveau régional (organisation d'un colloque sur
le développement économique). Le dynamisme des médias permet la transmission de ces informations et opportunités (Cape
Gazette, 2002).
Ce n'est d'ailleurs pas pour rien – si l'on prend l'évolution de
la politique d'aménagement du territoire en France – que divers
gouvernements des dernières décennies ont essayé de rendre
plus efficace ce développement à différents niveaux du
"territoire" (MATE, 2002, pp.41-45).
Par rapport à des solutions durables aux problèmes environnementaux, la voie "technologique "est souvent trop onéreuse pour une PME à chiffre d'affaires modeste. Et pourtant une
telle barrière peut être vue non pas comme un obstacle mais
plutôt comme une étape d'amélioration : une parmi d'autres étapes qui ne peuvent être que bénéfiques aux PME car ces étapes
peuvent représenter des objectifs réalistes, et permettent éventuellement :
- une ouverture économique (ouverture à des sources de co-financement de différents projets) ; et
- une ouverture sociale (bon voisinage et gestion des ressources humaines plus conviviale) ;
- une ouverture écologique ou géographique (où une PME peut
trouver sa juste place dans le cadre d'un territoire et/ou d'un
écosystème urbain, rural ou "rurbain").
Repérage de solutions possibles au problème de l'introduction
et de l'ancrage d'innovations
Les différentes initiatives, expériences environnementales et
recherches qui suivent permettent la construction de cette vision ayant trait au développement durable et la présentation de
futurs projets à entamer. Ces cas et expériences illustrent différents outils et approches, et permettront de formuler quelques
premières recommandations méthodologiques. Le parallèle sera
fait plus loin avec Dunkerque et sa région.
Au Mali, de 1983 à aujourd'hui, on constate une faillite
d'une politique de vulgarisation limitée à la problématique
technologique (de diffusion de prototypes dans le domaine des
énergies renouvelables) – due en partie à un contexte énergétique peu favorable... et l'espoir que représente la démultiplication de l'offre de formation en conjonction avec les entreprises. On avait pourtant vu dès les années 80 un effort pour
intégrer les perspectives sociales et économiques dans les
efforts de vulgarisation de technologies innovantes par rapport
aux populations et entreprises (publiques et privées) locales.
Actuellement, nous constatons de nouveaux efforts encourageants à partir du secteur privé de la formation, cherchant à
rassembler différents acteurs locaux – entreprises et collectivités demandeurs de main-d'œuvre qualifiée, de techniciens et de
cadres, dans le domaine de l'environnement (eau, déchets,
énergie).
Dans le cadre d'une problématique "eau", "gestion environnementale" et "création d'emplois", nous pouvons également
mentionner des projets actuels dans l'Etat de Sao Paulo (Brésil), notamment en ce qui concerne la métropole de Sao Paulo,
et les villes de Piracicaba et de Campinas. Nous sommes en
effet au courant et avons participé à plusieurs tentatives pour la
mise en place de plans urbains et régionaux cohérents vis-à-vis
des populations locales. Un exemple est celui de Piracicaba,
dans l'Etat de Sao Paulo, une ville de 360 000 habitants, inscrite dans une zone hydrographique (triple vallée) de 10 millions
d'habitants, incluant les autres villes agro-industrielles de
Campinas, Américana, et d'autres villes moyennes. Une demande a été faite à un de mes collègues Arlindo Stefani pour trouver, avec les populations locales de la ville, des perspectives de
réaménagements doux pour mieux valoriser la rivière de
Piracicaba. Le projet, réalisé de janvier à septembre 2001,
mettait en avant l'histoire de la ville et ses hauts lieux humains
et touristiques (Stefani, 2001). Cette coopération est appelée à
avoir une suite jusqu'à la fin du mandat municipal. Cette volonté politique s'inscrivait dans une vision à long terme du développement durable, étant donné que la ville cherchait
également à relancer le potentiel économique des voies navigables (le grand projet Hidrovia) tout en préservant le riche
capital humain de sa vallée et en protégeant leurs cadres de vie.
L'effort de mettre en place un dialogue avec et entre les
secteurs privé et public en vue de redynamiser une zone côtière
au Sénégal depuis 2001, a été impulsé par une volonté locale
(ONG et collectivités) et un axe "Environnement" d'une politique d'aide Européenne. L'optique de mise en place de Groupements d'Intérêt Economique semble être une solution à
moyen terme afin de structurer les volontés locales d'associations villageoises formelles et informelles. Ce que les différents
acteurs partagent les ressources de la zone – principalement le
paysage et la beauté des lieux, est l'environnement physique et
la santé socio-économique générale...
Le cas d'une collaboration internationale (en Afrique
Centrale et de l'Est) entre ONG avec leurs partenaires nationaux respectifs, illustre les efforts pour arriver à une entente et
à des projets communs sur le plan de la mise en place de
services et/ou de programmes de formation communs, pour la
formation de gestionnaires et de techniciens d'aires protégées
(I.N.E.C.N., 1992).
Au Havre et dans sa région, des volontés s'affichent afin d'avoir une approche territoriale qui puisse correspondre au développement durable – que ce soit au niveau de la mise en place
d'un parc régional naturel, dans l'optique d'une valorisation touristique, la préservation d'un patrimoine historique de transports (Seine et canaux), l'intégration de Départements afin de
rendre la région plus cohérente et efficace, ou les efforts d'être
plus à l'écoute de quartiers délaissés (au sein même du Havre)
afin de mieux les prendre en compte dans un urbanisme
salutaire.
En Indonésie, il est prévu de travailler avec un centre local
de recherches – lui-même lié à une université – dans une ville
de 500 000 habitants (dans une province de 3 200 000), en vue
de hiérarchiser les projets – mais de façon participative, en
prenant en compte la politique de long terme de la ville et de la
région. Apparemment la ville table en grande partie sur son
potentiel touristique – puisqu'elle bénéficie déjà d'un site classé,
et beaucoup de résidents ont une production d'objets artisanaux
importante.
Synthèse des différentes approches et méthodologies possibles
pour accéder aux "solutions innovantes" permettant le
déblocage d'un problème environnemental
Beaucoup des situations/cas examinés ci-dessus ont surtout
péché par manque de temps et d'approfondissement sur l'aspect
interaction autour des savoirs disciplinaires. Ce travail, qui
demande une investigation préalable et qui peut être produit en
partie par chacun des groupes d'acteurs concernés, est incontournable et indissociable au travail qui suivra, c'est-à-dire celui
de mise en commun des perspectives et des objectifs.
Chaque pays, chaque région, chaque territoire a sa façon de
voir les choses, sa façon qui peut sembler déséquilibrée par
rapport à l'un des trois axes de l'approche de développement
durable (l'économique, le social, l'environnement). Si dans les
cas cités ci-dessus, le bilan n'est pas toujours (ou encore)
positif, ou la démarche semble s'être essoufflée, c'est qu'il y a
eu un manque d'équilibre entre les trois perspectives, et qu'une
certaine mise à niveau et un renforcement de capacités peuvent
être nécessaires. Mais peut-être alors le diagnostic nous dira
que le travail demandé sera culturellement trop lourd à mener –
au moins à court terme.
En faisant le bilan, après un certain nombre d'années d'intervention dans le domaine de l'environnement – au Nord
comme au Sud – quelques axes de réflexion et de méthodologie
ont pu être dégagés. Nous devons autant que possible présenter
ces solutions innovantes avec toutes les résistances que de telles
innovations peuvent susciter. Cette perspective entre dans le
droit fil d'une approche d'analyse et de diagnostic qui permet de
définir "l'environnement" dans le sens large incluant le
physique et le social aussi bien que les environnements juridiques et concurrentiels (c'est-à-dire les acteurs économiques
du secteur privé). Ainsi il faut arriver à faire participer les
acteurs dont les rôles sont importants sur l'un des plans – économique, social ou territorial (en termes d'habitat, de présence
sur le terrain), et ensuite d'analyser les soucis et les apports de
chacun afin de déterminer sur quelles actions ces représentants
sont prêts à travailler ensemble afin qu'en terme de "polis" – la
communauté – des objectifs durables puissent être atteints. Pour
que cela marche, il faut instaurer une culture de résolution de
problèmes afin que tous puissent se mettre d'accord sur la façon
d'avancer sur les problèmes prioritaires. Tant que cette culture
commune et un langage commun ne sont pas adoptés parmi les
membres d'un collectif, une approche durable ne pourra que
difficilement se mettre en place. Donc la première étape afin de
pouvoir percevoir l'opportunité ou non de s'attaquer à une
politique et une approche de développement durable est
d'identifier par un état des lieux là où les acteurs – les
stakeholders comme disent les anglo-saxons – qui ont déjà
commencé, dans le passé, à entamer des expériences ou des
formations, des apprentissages allant dans le sens des échanges
d'information, une compréhension de la valeur des différentes
données écologiques, sociales et économiques. On peut insister
ici sur l'importance de mieux comprendre ou découvrir la
"culture" de l'autre – en termes disciplinaire, sectoriel, ou national. Cette approche peut aussi s'appliquer dans le cadre de
nouvelles formations, d'interventions ou de demandes émanant
de territoires délimités (qu'il s'agisse de demandeurs, bénéficiaires de projets) ou de bailleurs de fonds (et de banques qui
veulent s'assurer la rentabilité d'investissements).
Le tout est d'abord de contextualiser et de faire comprendre
et apprécier la représentation de contextes parmi les différents
interlocuteurs. Pour cela, il faut faire des états des lieux, penser
en termes de géographe – avec tout cela implique (ou impliquer une personne de cette discipline). Dans ces états des lieux,
une vision historique est également très importante. C'est ainsi
qu'un tableau du type de ceux présentés dans Figure 1 peut aussi être utile sur un site et un temps plus limités (produisant donc
des tableaux de repères pour l'historique d'un change-ment ; ou
un tableau historique pour suivre la conduite d'un changement).
Ce premier travail permet, dans un deuxième temps (dans une
optique de diagnostic stratégique) :
- d'identifier les potentiels, les forces, et les faiblesses d'une donnée,
- d'analyser les acteurs,
- de comprendre comment une entité (entreprise, ou structure
secteur public – comme une mairie) voit ses contraintes et points forts,
- de faire entendre et correspondre différents objectifs et prio-venant de groupes de
- différents secteurs économiques et cultures sociales – tels
dans problématique dans l'Etat de Sao Paulo, Brésil (Ste-fani, 2001) ; ou
- différentes disciplines – tel que dans la problématique du
management des équipes d'études d'impact (et surtout dans les
préliminaires d'état des lieux et de diagnostic – voir
USAID, 1997) ;
- différentes nationalités partageant les mêmes enjeux – tels
celui de la gestion d'aires protégées et de la protection de la
biodiversité (Manyanza & Binamungu, 1994) et d'autres pro-
de coopération bilatérale d'USAID (E.U.A.) pour le
renforcement de la capacité de gestion des aires protégées en
Afrique de l'Est et Centrale (INECN, 1992).
- différentes zones géographiques dans un même pays
(Conférence Permanente des Compagnies Consulaires Africai-
et Françaises, 1992).
- Etant donné l'importance du contexte humain (et donc des
acteurs) sur un territoire – particulièrement dans le domaine de
l'environnement, il faut privilégier les diagnostics préalables,
dont un diagnostic participatif (Stefani, 2001 ; Corps de la Paix,
1998), et mettre en place des structures valables de dialo-gues
permanents. En effet, les "solutions" du nouveau millé-naire
(années post-2000) représentent des approches pluridisciplinaires, généralement difficiles à mettre en place, du fait
de particularités des cultures nationales, sectorielles, et
disciplinaires (Maubrey, 2000 & 2001 ; USAID, 1997), mais
aussi interculturelles (Maubrey, 1996), le point d'ancrage pour
toutes ces expériences étant le territoire – c'est-à-dire, ce que les
acteurs ont en commun, ce qu'ils partagent.
- A un niveau plus avancé de la démarche, on peut :
- tenter un lien entre les différentes disciplines et secteurs (de
l'organisation) et induire progressivement (et insister sur) l'in-
terdisciplinarité (telle qu'au moins, l'économique et le scienti-
;
- sensibiliser ;
- établir un tableau de bord sur le développement et l'accès
d'approches adéquates et innovantes (ou l'utilisation d'innova-
organisationnelles).
Afin de sensibiliser, faire apprendre de nouveaux concepts,
mettre à niveau, et/ou engendrer un consensus parmi différents
groupes d'acteurs, il faut passer par une participation (une
remontée et des échanges d'informations et de savoirs) des intéressés. Ainsi ces derniers sont préparés pour pouvoir discuter,
échanger et trouver un consensus sur un ou plusieurs projets
prioritaires. Pour cela, les nouvelles tendances de la pédagogie
d'adultes (et en particulier la notion de schématisation) peuvent
être utiles (Maubrey, 2000a & 2000c).
Ce qui peut être nouveau, à l'instar d'une innovation, c'est un
nouveau langage. Dans cette optique, tout le travail préalable
demande une réévaluation des indicateurs propres à un territoire donné, en vue de leur acceptation et diffusion parmi l'ensemble de la population de ce même territoire. Ceci peut mener
vers le développement de tableaux de bord propres à un
territoire et accessibles pour l'ensemble des populations présentes – comme cela est fait, et de façon participative, dans certaines collectivités dans certains états aux USA (Urban Ecology
Coalition, 1999).
Il est donc possible de récapituler quelques moyens et outils
pour mettre en oeuvre, pour "faciliter" l'intégration de changements et d'innovations (en interne ou sur un territoire). Ils
sont de plusieurs types (et relevant tous de la problématique de
"participation ") :
- la réflexion, dans un premier temps, avec certains acteurs sur l'importance de comprendre "comment l'on apprend",
ou comment les adultes – en formation ou au travail – apprennent (Maubrey, 1987a, 1998,2000a, 2000b ; Aumont &
Mesnier, 1991) – dans le travail de participation, et de préférence dans le cadre d'une formation-action.
- la recherche d'un langage commun (économique, territorial/physique, social) – comme dans la problématique du
PNUD (1993), pour le projet de mise à niveau des différents
professionnels pouvant agir sur des états des lieux du type "études d'impact "(USAID, 1997), mais également dans le cadre
plus économique et statistique (C.C.I. du Luxembourg et al.,
1999) et de la "Grande Région" (Saar-Lor-Lux-Trier/
Westpfalz-Wallonie, 1996).
- la préparation des acteurs internes à une organisation et
à ce que les acteurs externes soient disposés à recevoir et à bénéficier, pour des raisons contextuelles, des aides et des solutions qui sont théoriquement à leur disposition (BEPA, 1997
& 1998), et pour permettre l'évolution d'approches environnementales pédagogiques (Corps de la Paix, 1998).
- des animations de différentes sortes sont envisageables
afin de se préparer à l'innovation (en interne) concernant :
- l'aide au changement de procédures par rapport à de nouvelles normes de sécurité pour des intervenants du terrain (chez
EDF/GDF, par exemple).
- l'aide au changement d'organisation interne (BEPA, 1997 et
1998).
UNE PREMIERE APPROCHE SUR LES INNOVATIONS
ENVIRONNEMENTALES POTENTIELLES DE LA
COMMUNAUTE URBAINE DE DUNKERQUE ET DE SES
ALENTOURS
Etat des lieux préliminaire (avant un diagnostic complet)
Un premier état des lieux global pourrait être fait de la CUD
(Communauté Urbaine de Dunkerque), du territoire de la Côte
d'Opale (qui, par rapport au SPPPI, incluant les arrondissements de Boulogne/Mer, Calais, Dunkerque et St. Omer,
Montreuil/Mer), de son Département, et de sa Région, afin de
repérer son positionnement stratégique. Cela dit, il semble que
la C.U.D. se soit déjà engagée sur un tel exercice, mais pas nécessairement de façon systématique. Sinon, quelques premiers
pas semblent se faire dans cette direction dans le cadre de
l'entente entre deux institutions responsables des études d'aménagement sur leurs zones respectives : l'AGUR
[5] et le WVI
[6].
Quelque chose de similaire pourrait être envisagé par le lien
entre les deux régions du Kent et du Nord-Pas de Calais. Dans
les deux cas, l'inspiration peut aussi venir d'expériences d'autres
régions transfrontalières plus à l'Est de la France : le
Luxembourg (C.C.I. du Grand-Duché de Luxembourg, 1999) et
la "Grande Région" (Saar-Lor-Lux-Trier/Westpfalz-Wallonie,
1996).
Un premier recueil d'informations a été possible à travers
l'accès à un certain nombre de documents et après quelques
entretiens avec des responsables travaillant dans le cadre des
actions et politiques de la CUD et de l'AGUR. Nous pouvons
ainsi, de façon très préliminaire, essayer de repérer une évolution possible, sur un territoire, de l'innovation transsectorielle menant vers la voie du développement durable. C'est dans
cette optique que quelques-uns des efforts repérés sur le territoire de la CUD ont été regroupés en trois axes (social, économique, environnement physique, et efforts transversaux).
Efforts d'ouverture de l'axe économique
*Efforts de développer de nouveaux outils pour soutenir les
PME, dont le "Diagnostic Qualité Performance" (Dunkerque
Expansion, fév 2001 : p8) pouvant être vus comme une étape
vers des Plans Environnementaux d'Entreprise (ADEME,
1995), et la qualité environnementale.
*La construction envisagée d'un bâtiment d'accueil des
entreprises fortement utilisatrices de NTIC (Dunkerque Expansion, fév 2001 : p5), peut être vu comme une autre façon de
faciliter la communication et les échanges d'informations, ainsi
encourageant l'esprit d'une approche du "développement durable" – surtout si certaines de ces entreprises prévoient de
répondre à un besoin de mise en relation entre différents types
d'acteurs (social et économique ; social et scientifique ; économique et scientifique) – autrement dit, d'être à la pointe de l'innovation entrepreneuriale.
*Parmi les huit domaines d'aide élus par la CCID auprès des
PME-PMI, on trouve l'"Environnement" ce qui peut entrer dans
le cadre du schéma directeur de développement d'une entreprise, de son Plan d'Action Compétitivité (formations action), et
l'Evaluation capacité compétitivité (Dunkerque Expansion, jan
2002 : p8)
*Les entreprises qui améliorent leur qualité environnementale : le PAD, Seabulk (Dunkerque Expansion, fév 2001 :
p18) ; Tollens Production Nord, une entreprise de fabrication
de peintures, avec son process maison de recyclage intégral des
eaux industrielles (Dunkerque Expansion, jan 2002 : p13). Ou
les entreprises qui accèdent à la gestion environnementale (ISO
14000) : la Lyonnaise des Eaux à Saint-Pol-sur-Mer et d'autres
lieux (Dunkerque Expansion, fév 2001 : p18).
*Le développement en chaîne sur le secteur des produits alimentaires "bio" : reflétant un public de plus en plus sensible à
la qualité de leur nourriture ; l'établissement de détaillants ; une
demande accrue pour des producteurs et de transformateurs
locaux d'agriculture "bio" (Dunkerque Expansion, jan 2002 :
p11).
L'axe social
*Le développement d'un "label Citoyen" qui représente une
"démarche volontaire et qualité et complémentarité de la
formation universitaire"(Dunkerque Expansion, fév 2001 : p7),
pouvant assumer en partie l'axe social et de recherche dans une
optique de développement durable.
*Le développement du crédit solidaire dans la région, avec
l'ADIE (Association pour le Droit à l'Initiative Economique)
reflétant un effort de développer le lien économie-social (Dunkerque Expansion, jan 2002 : p9).
Efforts de transversalité
*Les efforts pour encourager et gérer les relations entre
l'Education Nationale, l'enseignement privé et les entreprises –
dans le cas de l'industrie métallurgique dunkerquoise – afin de
"permettre à des jeunes de classes de quatrième et troisième en
situation de découverte au contact des entreprises de la
métallurgie". "Les collégiens, les enseignants et les entreprises
sont impliqués dans une action de pédagogie active" (Dunkerque Expansion, jan 2002 : p5).
*La volonté de rapprochement entre les chambres consulaires réparties sur une région de la Côte d'Opale (Dunkerque Expansion, juin 2001 : p15) reflète un des piliers d'une
démarche de management environnemental – c'est-à-dire
l'importance de pouvoir percevoir une logique et de définir une
politique territoriale (comme pour le Cameroun, voir CPCCAF,
1992 ; et pour Evry, dans l'Essonne ; ADEME, 1999).
*Les efforts de diagnostic du territoire de la Côte d'Opale
(Dunkerque Expansion, fév 2001 : p12), avec tous les éléments
d'un diagnostic stratégique, avec comme objectif principal "de
connaître les forces et faiblesses du littoral sur les volets sociaux, économiques et environnementaux" – une approche
complètement dans l'esprit du développement durable et officiellement dans le cadre d'un "schéma d'aménagement intégré".
Ce qui apparaît ici est un ensemble d'efforts multiples apparemment dispersés et sans doute pas assez cohérents entre eux
dans le secteur privé, en parallèle à une insuffisante médiatisation de ces mêmes informations aussi bien que de celles provenant de l'axe social. Le tout, donc, sur ce territoire, rend tous
les efforts inefficaces. Cela dit, tous ces efforts sont certainement honorables et même quelquefois admirables, et il
faudrait du temps et d'autres moyens pour faire ressortir plus
finement leurs interactions et/ou complémentarités.
Recommandations finales pour renforcer le potentiel de la
région de Dunkerque par rapport à une avancée sur la question
du développement durable
On constate, en France et en Europe, le manque d'accès, que
ce soit par le public que par les décideurs (CORDIS, 2000 :
p21 ; Drilhon, 1995), à des informations, expériences et "solutions" provenant d'autres lieux – que ce soit d'autres régions,
d'autres pays Européens ou d'autres continents. Un premier pas
est d'informer et de sensibiliser sur l'évolution qui a permis un
certain nombre d'innovations dans la façon d'agir à l'intérieur
d'organisations (qu'elles soient privées ou publiques) ou à
l'extérieur (surtout en forme de réseaux...). Nous pouvons ainsi
ajouter que ce sont des situations d'échanges telles que celles
créées dans le cadre de la formation Master "Entrepreneuriat et
Redéploiement industriel" (Université du Littoral, à Dunkerque) qui permettent de pallier ce manque. Ceci s'inscrit
également dans la nécessité d'impliquer les centres de formation, les centres académiques afin de mieux lier les innovations
repérées et des porteurs de projets disposés ou des salariés
bénéficiant de mises à niveaux – comme des "incubateurs"
d'entreprises.
Les universités et leurs laboratoires ne sont souvent pas
assez utilisés en termes de ressources humaines disponibles ou
potentielles. Moyennant une certaine flexibilité dans les statuts,
certaines facultés sont ouvertes aux investissements privés – en
échange de services rendus dans des thématiques touchant
directement les entreprises.
Les chercheurs et enseignants dans les centres académiques
peuvent aussi contribuer de façon concrète en recueillant les
informations pertinentes qui permettraient de donner une vision
et une compréhension par secteur, par culture d'entreprise, ou
par région. En effet, certains laboratoires universitaires, certains
centres de recherche peuvent être mieux armés que d'autres
pour s'attaquer à ces questions, combinant une capacité de
recherche (et donc de recul), d'intervention (en termes de
conseil et de suivi) et d'enseignement (formations initiale et
diplômante, professionnelle, et continue). Ainsi, des actions
(solutions) possibles (avec Dunkerque) seraient :
- Capitaliser sur le plan social (beaucoup d'acteurs du social
urbains qui ont appris et/ou ont pu apprendre à leurs partenaires à travailler en synergie...) : régies de quartiers, projets
urbains, missions locales, plans locaux d'insertion par l'économique, etc.
- Impliquer les centres académiques locaux (Université du
Littoral Côte d'Opale ; l'Ecole de Commerce ISCID) ou de la
région (l'IESEG à Lille, et d'autres) dans un programme
d'échanges et d'information sur les innovations dans le management (outreach).
- Impliquer d'autres centres académiques (Paris XIII, groupe
INSEEC, Université de Bordeaux,...).
Comme dans les programmes "portes ouvertes" (Chambre
de Commerce et d'Industrie de Dunkerque), une politique de
transparence ne peut être qu'appréciée par l'ensemble des
acteurs d'un territoire, et pour différentes raisons : pour les
jeunes qui n'ont pas les occasions de mobilité territoriale ou
dont les parents ne donnent pas l'opportunité de découvrir leurs
métiers (pour raison d'emplois du temps ou de chômage...) ; et
pour les riverains de zones d'activités, qui peuvent apprécier
l'opportunité de faire connaissance de leurs "voisins" – qu'ils
soient de la société civile ou qu'ils soient acteurs économiques.
Ainsi les stratégies incluant des mises en commun de concepts, de notions et de vocabulaires, suivies de séances d'animation (ou de
facilitation comme disent les anglo-saxons), peuvent être réalisées en élaborant des plans d'action, généralement avec l'aide d'intermédiaires neutres et extérieurs, soit à
travers un travail avec une équipe soit par des séances de
coaching. Les collectivités manquant de moyens, peuvent se
tourner vers l'ensemble des entreprises présentes sur leurs
territoires, afin d'engager des actions d'information et de
communication. Il faut pour tout cela une cohérence en matière
d'information et une structure qui rassemble des ressources et
produit en termes d'information et de communication. En effet,
avec les bouleversements accrus (pressions et obstacles
réglementaires, changements de marchés, etc.) l'utilisation de
nouvelles technologies peut permettre de mieux accéder à
l'information, sensibiliser les responsables, et prendre des
décisions). Les NTIC représentent un potentiel fantastique, et
l'utilisation de l'outil informatique peut avoir comme objectif
d'établir un réseau de communication et d'échanges. On peut
aussi souligner l'importance et l'utilité des médias locaux – qui
peuvent être dynamiques et plus percutants et pertinents pour
son public local et proche – car il permet de vérifier ou de
confirmer (par rapport à des réseaux de connaissance ou
d'amitiés)
[7]. Pour arriver à cela il faut une volonté commune, des
débats, et l'atteinte d'un consensus.
Dans le cadre de ce territoire, un "langage commun" pourrait être proposé par le biais des disciplines relativement nouvelles de l'évaluation environnementale et de l'économie environnementale. Pour faire tout ceci, pour animer ce genre de
travail, il existe des personnes formées sur la notion de "territoire" – généralement les architectes-urbanistes et paysagistes, aussi bien que certains scientifiques ayant une expérience ou une tradition trans-disciplinaire. Dans cette logique, si
l'on prend la CUD comme terrain de développement durable,
peut-être que la réponse la plus censée – étant donné les
expériences connues d'autres territoires – serait l'implication de
l'AGUR. Cela serait l'approche la mieux ancrée parce que par le
territoire. En effet, compte tenu des différentes représenta-tions
des uns et des autres secteurs actifs sur le terrain, il se peut
qu'un acteur relativement neutre, comme l'AGUR, soit
l'organisation la mieux indiquée pour mener à bien une telle
démarche.
Cela pourrait être aussi des projets comme ceux visant la
valorisation de l'eau dans la ville "en recréant un paysage
naturel au bord des canaux" (La voix d'un jour, 26 septembre
2001 : p2,) où des organismes comme l'AGUR ont une
opportunité en or pour mobiliser les différents acteurs qui
peuvent apporter une contribution et une vision qui pourraient
ensemble permettre une intégration aussi cohérente que
possible avec les différentes générations présentes, et les différents secteurs d'activités précédents, actuels ou envisagés. En
effet, la réaffirmation de son ancrage sur la mer est une carte à
jouer par rapport à l'insistance sur la qualité des transports
maritimes étant donné un accroissement significatif du trafic de
croisières (Dunkerque Expansion, juin 2001 : p14) avec ce que
cela implique en termes de tourisme et d'échanges interculturels (sur les questions d'environnement, notamment). Un
des projets concrets qui pourrait également contribuer, dans le
même secteur, à une vision plus positive de la ville de
Dunkerque dans son ensemble, et à une représentation encore
plus attractive de la région du point de vue touristique, est celui
de la mise en valeur des voies et plans d'eau existants au sein de
la CUD. Une approche pour y répondre serait la consulta-tion
des populations riveraines, en particulier par le biais d'un
diagnostic réellement participatif, puis des axes prioritaires
forts de développement et de préservation pourront être produits de façon sereine (Stefani, 2001). Il faut en effet partir du
territoire et essayer de trouver un langage commun. Cela
devrait être le mot d'ordre.
Comme autre opportunité d'ouverture, il y a le programme
de coopération interrégionale de l'Union Européenne, avec en
particulier les régions Kent et des Flandres – en lien avec la
CUD (et son Département et sa Région d'appartenance). Ces
partenaires avancent à différents niveaux et sans doute à
différents rythmes – au grè des différentes politiques de par et
d'autre autour de la Manche (Dunkerque Expansion, fév 2001 :
p5). Mais malgré les difficultés que peuvent représenter des
"cultures entrepreneuriales très différentes" (La Voix du Nord,
3-4 déc. 2000), le franchissement de tels obstacles est une
épreuve bien agréable pour ceux qui se vouent aux échanges et
au développement de marchés réciproques. Ce franchissement
est possible, par notre expérience (Maubrey, 2000b), à travers
un élément neutre qui est l'environnement physique, le territoire, une référence objective et concrète. Par exemple, en examinant l'évolution du concept de "territoire" – à travers les lois,
et à travers les avancées du et des collectivités qui ont contribué à la formation de la CUD – on a une idée de la correspondance entre type de territoire et types d'investissements
possibles. Ainsi la CUD peut développer un "projet d'agglomération" (Dunkerque Expansion, fév 2001 : p5). Et d'autres
projets peuvent toujours être envisagés à d'autres niveaux –
surtout à des niveaux plus bas – tout en visant un "développement durable".
Dans ces rencontres possibles, les territoires respectifs sont
clairement définis. Les limites du territoire dans lequel les
acteurs devraient être impliqués sont le juste milieu à trouver.
Ces "limites" sont aussi à la base d'une dynamique politique
comme dans une définition d'un écosystème intégrant l'humain.
Dans cette question de la taille par rapport à une efficacité d'un
écosystème urbain (ou anthropomorphique), une deuxième
grande question serait alors est-ce qu'on a les moyens de notre
stratégie ? Par exemple, on a soit le temps afin que puisse se
mettre en place les actes de transmission d'idées et de comportement – ou un budget suffisant pour faire passer les prémisses
et les messages qui assurent l'acte d'achat.
C'est de cette façon que la collaboration entre l'AGUR et la
WVI, pour mener des études (Dunkerque Expansion, Jan
2002 : p14) dans le cadre du programme Interreg III (Union Européenne), pourrait être comparée avec d'autres efforts similaires pour susciter une mobilisation territoriale transfrontalière
(tel que celui de Saar-Lor-Lux, plus à l'Est – voir référence
bibliographique, 1996). Ceci serait donc sans doute des efforts
à poursuivre, à soutenir et à renforcer.
Dans un état des lieux et un diagnostic du territoire de la
CUD et de la Côte d'Opale, il y a aussi la volonté de se comparer à d'autres sites dans la même région ou en France, ou en
Europe. C'est avec cela en vue qu'il serait intéressant que les
responsables territoriaux puissent définir leur stratégie de liens
et d'échanges avec d'autres collectivités ou avec d'autres zones
d'activité. Ainsi, des centres de ressources et réseaux internationaux tel que l'I.C.L.E.I. (International environmental a-gency for local government), une agence internationale sur l'environnement pour les collectivités locales, peuvent être utiles.
Et finalement, le cas de la Communauté Urbaine de Dunkerque nous est donné dans un contexte où l'Europe aussi réfléchit aux enjeux et à une politique de l'innovation, et en même
temps, des organismes de recherche du continent européen
cherchent à produire des données sur les questions globales et
locales ayant trait au développement durable. En effet, des
recherches actuelles (du Environmental Policy and Global
Change Section du Potsdam Institute for Climate Impact Research – PIK) vont permettre d'évaluer les appréhensions que
représentent les innovations nécessitant une plus grande vigilance eu égard à différents enjeux environnementaux. Ce genre
d'efforts et d'enquêtes ne peut que renforcer et encourager les
acteurs qui cherchent à redynamiser sur le plan environnemental l'ensemble d'un territoire tel que la CUD. En effet, des
efforts de comparaison (et la multiplication des réseaux, selon
la catégorie de partenaire – économique, social, environnemental) pourront appuyer les efforts de mise en cohérence entre
plusieurs stratégies territoriales (Côte d'Opale, Communauté
Urbaine de Dunkerque, Chambres Consulaires, Eurorégions,...).
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[1]
"Les experts disent que ce qui est le plus difficile dans l'effort d'unir des
programmes économiques et environnementaux, c'est que ce changement ne
peut être réalisé par des directives venant du haut. Il s'effectuera plutôt à
travers les 10 000 grandes et petites décisions, faites par des pays, des
collectivités et des individus".
[2]
Trois tableaux représentant l'évolution, dans le temps et en France, des
solutions (3 colonnes) proposées par les administrations françaises et cabinets
conseil. Chacune de ces "Solutions" fait suite à des problèmes reconnus (grâce à une médiatisation) par la société civile, soutenus par des recherches engagées avant ou après cette reconnaissance. Ces 3 colonnes mettent en exergue les "innovations" vers lesquelles les acteurs territoriaux peuvent tenter de
se diriger ou qu'ils peuvent choisir de mettre en oeuvre). Entre le premier et
deuxième tableau, l'évolution des "lois" et directives (sur les déchets, en
France, de 1975 à 1992 ; et sur les installations classées, entre 1982 et 1996).
[3]
Le "développement durable" a été officiellement défini dans le Rapport
Brundtland de 1987 :
"Development that meets the needs of the present
without compromising the ability of future generations to meet their own
needs" ("un développement qui répond aux besoins actuels sans compromettre la capacité des générations futures de répondre à leurs propres besoins").
[4]
On peut repérer l'évolution de cette prise en compte de l'importance du partage/échanges de savoirs à partir de 1980 (
World Bank), en passant par des
séminaires sur les hypothèses des causes de la désertification en Afrique sahélienne, par le travail de la
World Bank Insitute en parallèle à une stratégie
de
knowledge management interne, et actuellement l'effort de rendre l'étape
C.A.S. (une des étapes préliminaires dans la définition de projets et de
programmes d'investissements dans un pays) plus ouverte aux enjeux environnementaux.
[5]
Agence d'Urbanisme et de Développement de la Région Flandre Dunkerque
[6]
L'intercommunale de la province des Flandres occidentales chargée de promouvoir le développement économique, la politique du logement.
médias locaux (aussi bien que des rapports de projets) en tant que références.
[7]
C'est pour cela que nous n'avons pas laissé de côté, dans cet article, ces