Innovations
De Boeck Université

I.S.B.N.sans
220 pages

p. 7 à 8
doi: 10.3917/inno.018.0007

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no 18 2003/2

2003 INNOVATIONS

Éditorial

Depuis le début des années 1970 et la fin de la forte crois-sance, les Etats – poussés par leurs opinions publiques – ont multiplié les textes de loi et les accords pour tenter de faire face aux problèmes environnementaux provoqués par l'industrialisation et l'urbanisation. Avant cette période, la nature ne préoccupait que quelques philosophes idéalistes comme le géographe Elisée Reclus au XIXème siècle ou encore avant lui J-J. Rousseau. Mai 1968 est sans conteste une date importante bien qu'elle ne débouche sur aucune décision politique véritable en la matière. En 1970, cependant est organisée aux Etats-Unis la première journée de la terre. En 1972, le Club de Rome publie ce rapport, resté célèbre : Halte à la croissance. La grande menace pour l'avenir est alors l'épuisement des ressources naturelles non renouvelables. Un an plus tard, l'augmentation du prix du pétrole place les pays occidentaux au pied du mur, mais ils ne réagissent pas forcément en protégeant l'environnement. L'Etat français entreprend dès cette période un programme de construction de centrales nucléaires. D'un autre côté, l'augmentation du prix du pétrole a conduit les compagnies pétrolières à rechercher et à exploiter des gisements moins accessibles, comme ceux de la Mer du Nord. Résultat : près de vingt ans plus tard, le pétrole reste une matière première stratégique…
Outre la question de l'épuisement des ressources énergétiques, une autre préoccupation majeure des années 1970 était la croissance démographique. Combien d'individus la Terre est-elle capable de nourrir ? La question était alors redondante tout particulièrement à l'encontre des pays du Tiers-monde. L'ONU se déclare aujourd'hui favorable à l'immigration non seulement pour combler le déficit démographique des riches, mais aussi et surtout pour accélérer la croissance économique grâce à la production de richesses additionnelles usant de l'énergie en plus. La négociation des accords internationaux sur l'environnement est l'objet de confrontation entre deux logiques économiques et politiques : la logique américaine qui repose sur le marché d'une part, la logique européenne qui repose sur l'Etat. Les Etats-Unis s'en remettent au marché avec les "droits à polluer", tandis que l'Europe cherche à limiter de façon autoritaire les émissions de gaz polluants en sanctionnant les entreprises polluantes – principe du pollueur-payeur.
1972 : déclaration de la conférence des Nations Unies sur l'environnement de Stockholm qui prend plus largement en compte les atteintes à l'environnement, à la biosphère, à la faune et à la flore, mais elle reste très évasive sur les responsabilités des pays industrialisés.
1975 : publication du rapport Que faire ? préparée à l'initiative des Nations Unies qui met en cause les pays industriels sans aller au-delà.
1979 : publication par l'OCDE du rapport Face aux futurs qui pointe du doigt la croissance démographique (au Sud). Mais, le rapport est rassurant : les problèmes de l'environnement seront faciles à gérer. Il n'existe pas de limites naturelles insurmontables.
1980 : publication du rapport Nord-Sud : un programme de survie de la commission indépendante présidée par W. Brandt. Ce rapport pose pour la première fois le problème de l'épuisement des ressources et de la dégradation de l'environnement dans leur dimension internationale.
1987 : publication du rapport Notre avenir à tous par les Nations Unies qui souligne la gravité croissante des risques que le développement industriel provoque sur la nature et les êtres humains. Ce rapport a fait également date car il prône une idée qui depuis s'est popularisée, celle du développement soutenable ou durable.
1992 : conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement à Rio de Janeiro sur le changement climatique. La convention cadre adoptée en 1992 comportait des engagements par les principaux pays industriels de stabilisation des émissions de gaz à effet de serre.
1995 : conférence sur l'effet de serre à Berlin.
1997 : conférence sur l'effet de serre à Kyoto et adoption d'un protocole d'accord pour une réduction des émissions des gaz à effet de serre dans les pays industrialisés, les décisions prises en 1992 n'ayant pas été respectées. Les Etats-Unis annoncent dès le début de la conférence qu'ils ne prendraient aucun engagement significatif de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre tant que les futurs grands émetteurs de ces gaz que sont le Brésil, la Chine, l'Inde et quelques autres pays en développement, ne prennent pas la même décision. Dans la convention de 1992, aucun engagement n'avait été demandé à ces pays en raison de leur faible niveau industriel. Toutefois, sous la pression de l'Union européenne, les Etats-Unis acceptent de prendre des engagements de réduction contraignants.
1998 : conférence sur l'effet de serre à Buenos Aires.
1999 : conférence sur l'effet de serre à Bonn.
2000 : conférence sur l'effet de serre à la Haye 2001 : conférence de Marrakech sur l'effet de serre. Signature d'un accord prévoyant pour les 30 pays les plus industrialisés de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 5,2% d'ici à 2012 par rapport à leur niveau de 1990. Les Etats-Unis ont rejeté le protocole en mars 2001. Les pays signataires ont deux façons de procéder : prendre des mesures autoritaires ou opter pour une solution plus flexible, celle des droits à polluer. Mais, comment mettre en œuvre un tel dispositif ? Selon les experts du climat, cet accord aura pour effet non de réduire les émissions de gaz de 5% comme initialement prévu, mais de les stabiliser.
2002 : conférence de Johannesburg. Rien de nouveau. Les problèmes soulevés depuis Kyoto n'ont toujours pas trouvé de solution.
Une écologie politique est cependant en train de se constituer. Le principe de précaution déborde de beaucoup l'environnement (santé publique et sécurité alimentaire). L'écologie est née en Allemagne à la fin du XIXème siècle. C'est la multiplication des catastrophes industrielles depuis la seconde guerre mondiale qui donnera à l'écologie ses lettres de noblesse. Les économistes ont mis plus de deux cents ans pour intégrer de manière encore très imparfaite cette problématique dans leur raisonnement.
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