2004
INNOVATIONS
Les « Maquiladoras » de la frontière nord du Mexique et la création de réseaux binationaux d’innovation
Daniel Villavicencio
Universidad Autónoma Metropolitana (UAMX), México GLYSI-SAFA CNRS, Lyon
Depuis quelques années on constate le renforcement des
relations d’échange entre les régions situées au long de la
frontière du Mexique avec les Etats-Unis. Les villes de cette
frontière ont vécu historiquement des rapprochements par le
commerce et par la migration (du sud vers le nord), mais c’est
grâce au nouveau cadre institutionnel mis en place par la signature d’un accord de libre échange que des nouvelles dynamiques industrielles et économiques sont apparues récemment.
Caractérisées par l’absence d’industries, les villes du nord du
Mexique ont grandi pendant les dernières trente années comme
résultat de l’installation des entreprises nommées
Maquiladoras, dédiées à l’origine à l’assemblage de composants simples et à faible valeur ajoutée. Les Maquiladoras sont
principalement des filiales de firmes étrangères installées le
long de la frontière nord du Mexique, bénéficiant d’exonérations fiscales à l’importation de pièces pour assembler et
exporter des produits finaux.
L’établissement des Maquiladoras a été encouragé par les
gouvernements locaux dans la mesure où elles ont constitué des
sources de création et de rétention d’une main-d’œuvre migrante et peu qualifiée. Des analyses sur la précarité des emplois ou
la faible productivité de ces firmes ont alimenté la réflexion en
sociologie et en économie industrielle de l’époque. La question
des moyens d’intégration des Maquiladoras à la dynamique
industrielle du pays a été plutôt écartée, partant du constat selon
lequel ces filiales de sous-traitance développaient des faibles
liens avec l’environnement local.
Néanmoins, la présence actuelle de nombreuses entreprises
fabriquant de produits high-tech pour les industries automobile
et électronique (firmes américaines, japonaises, coréennes,
européennes), tout en coopérant avec des laboratoires de R&D,
des centres de formation d’ingénieurs et techniciens, ainsi
qu’avec des agences publiques et privées favorisant le développement local, nous permet de remarquer qu’une évolution des
Maquiladoras s’est opérée, et que l’on a peu soupçonné. Elles
contribuent peut-être par là au développement d’un tissu
industriel local participant à un processus que nous considérons
nécessaire de discerner.
Les réflexions que nous présentons dans ce texte sont tirées
d’une recherche en cours sur l’apprentissage technologique de
Maquiladoras et le développement industriel des régions du
nord du Mexique, dans le cadre d’un environnement économique et institutionnel en transition
[1]. Le but de notre recherche
est de rendre compte des dynamiques d’apprentissage (technologique et organisationnel) des firmes, ainsi que d’analyser les
nouvelles formes de collaboration entre les différentes institutions et leur environnement.
Une des questions qui conduit notre recherche est de savoir à
quel point les Maquiladoras sont-elles en train d’abandonner les
relations classiques de sous-traitance au profit d’un autre type
de partenariat caractérisé par l’apprentissage concerté de
nouvelles formes production et de coopération entre firmes,
entre firmes et diverses institutions publiques et privées des
deux côtés de la frontière. Une autre question concerne le
problème des transferts de technologie vers les entreprises
locales (PME mexicaines) et le développement de nouvelles
compétences technologiques et organisationnelles de ces entreprises. Ne pouvant pas répondre de manière définitive à ces
questions, nous allons présenter des résultats partiels de notre
recherche ainsi que nos réflexions tirées à partir de l’exemple de
la ville de Tijuana. Ceci nous permettra d’amorcer les caractéristiques de l’évolution des Maquiladoras et de nous interroger sur les nouvelles configurations industrielles que les régions de la frontière sont en train de connaître.
Dans la première partie nous présenterons brièvement
l’histoire de l’industrialisation de Tijuana, pour ensuite analyser l’évolution suivie par les Maquiladoras et leurs processus
d’apprentissage. Nous verrons ultérieurement les dynamiques
institutionnelles du milieu binational qui sont à l’œuvre et soulèverons enfin quelques pistes d’investigation sur la dynamique
industrielle qui est en train de se construire.
L’INDUSTRIALISATION RECENTE DE LA FRONTIERE
NORD DU MEXIQUE : LE CAS DE TIJUANA
Le nord du Mexique se caractérise par un développement
urbain et industriel récent, datant des trente dernières années.
[2]
Les vagues de migrants venant du centre et du sud du pays et
allant vers les Etats-Unis, ont provoqué une croissance des
activités du commerce et des services dans les petites villes
situées le long des 3000 km de frontière. La croissance rapide
des villes de la frontière a attiré davantage de migrants en quête
de nouvelles opportunités, suscitant des dynamiques urbaines,
économiques et même politiques qui ont fait appel à la
construction de modes de régulation jusqu’alors inédits. Tijuana est un cas intéressant puisqu’elle est passée dans la deuxième
moitié du XXème siècle d’une ville-poste frontière à une des
plus grandes villes industrielles du Mexique.
Jusqu’aux années 40, Tijuana dans l’Etat de Baja California
n’était qu’une petite ville de transit vers la Californie aux Etats-Unis, avec quelques commerces et d’autres types de services
pour les migrants mexicains
[3]. La ville a développé graduellement ses activités de commerce transfrontalier, grâce au régime
de zone franche qui lui fut accordé par l’Etat mexicain. La
croissance démographique des années 30-50 a été fortement liée
au commerce et aux flux migratoires temporaires associés au
programme des « braceros » pour la récolte agricole de la
Californie
[4]. Phénomène vécu par ailleurs par les autres villes
mexicaines de la frontière.
A partir des années 50, quelques secteurs industriels se sont
développés dans la ville comme l’habillement, la mécanique,
mais le commerce et les services sont restés les deux principales activités économiques (magasins d’alimentation, banques,
ateliers de réparation automobile, etc.)
[5] Puis au milieu des
années 60, le programme des « Maquiladoras » est venu substituer celui des Braceros. Il s’agissait d’un régime d’exonération
fiscale pour l’installation des usines d’assemblage principalement américaines pouvant importer la plupart des composants
et exporter au moins 80% des produits finis. En même temps,
ces usines bénéficiaient de très bas salaires, d’une maind’œuvre disponible, peu qualifiée, sans expérience industrielle
et non syndicalisée.
Ce programme permettait par ailleurs la création d’emplois
dans les villes du nord du Mexique, la restriction du flux
migratoire vers les Etats-Unis, et à moyen terme la diversification de l’économie de ces régions. Ainsi, les premières firmes américaines et plus tard japonaises, coréennes, taiwanaises
et européennes ont installé des Maquiladoras dans les parcs
industriels de Tijuana, et dans les secteurs de l’habillement,
produits électriques et électroniques (de consommation audio et
vidéo, et composants pour autres industries), pièces automobiles et d’autres secteurs comme les produits en plastique et les
emballages.
Le phénomène de localisation de Maquiladoras s’est répandu dans d’autres villes de la frontière, mais les secteurs d’activités étaient différents selon la base ou les compétences industrielles de ces villes.
[6] La frontière nord du Mexique avec les
Etats-Unis a progressivement connu la localisation de filiales
des firmes multinationales, des fournisseurs et d’entreprises
sous-traitantes correspondant en grande partie à un processus de
restructuration industrielle de grandes firmes américaines,
japonaises et européennes notamment pour les secteurs en crise
comme l’automobile et l’électronique.
Entre les années 1960 et 2000, le taux de croissance annuel
des maquiladoras a été de l’ordre de 25%. Durant les vingt
dernières années les maquiladoras ont augmenté leurs investissements en équipement et leur taille (certains dépassent les 3000
employés). Les plus grandes firmes ont multiplié leur nombre
d’établissements le long de la frontière. Tout ce processus de
croissance des maquiladoras correspond en fait à un double
phénomène mondial de délocalisation et d’autono-misation des
unités productives des grandes firmes des indus-tries
électronique et automobile (cf. infra).
Tijuana a grandi considérablement pendant les 15 dernières
années et atteint actuellement un taux de croissance démographique des plus importants du pays
[7]. Bien que les activités économiques soient plus diversifiées qu’il y a vingt ans, du point
de vue industriel la ville est spécialisée dans la fabrication de
pièces, composants et produits finaux du secteur électrique et
électronique. Actuellement, l’électronique occupe 30% de
l’emploi de Tijuana avec environ 450 000 employés dans 250
entreprises
[8]. Parmi les plus grandes firmes du secteur électronique nous trouvons par exemple Pionner, Matsushita, Hitachi,
Sony, Sanyo, Deltec, Panasonic, Samsumg, JVC, Cannon, Casio, Packard Hughes. Ces entreprises possèdent parfois plus de
deux usines à Tijuana ou même dans d’autres zones du nord ou
du centre du Mexique. Nous pouvons citer l’exemple de Samsumg qui possède 3 usines à Tijuana. Sony pour sa part détient
4 usines dans les différents parcs industriels de Tijuana, avec au
total 6500 salariés. Du côté de Ciudad Juárez au Chihuahua, en
face du Texas, Philips détient 14 usines.
Le développement industriel de la région a entraîné une
diversification des types d’entreprises et des produits. Ainsi
pendant les années 90, on a observé la co-existence de trois types de Maquiladoras à Tijuana Barajas (2000) : firmes spécialisées dans la production et assemblage de télévisions, magnétoscopes, les appareils de télécommunications, chaînes Hi-Fi,
photocopieuses ; firmes fabriquant des ordinateurs et ses composants, et finalement firmes fabricant les composants électroniques, comme des senseurs, des chips, des transformateurs,
connecteurs de fibre optique, plaquettes avec circuits, harnais,
etc., pour d’autres secteurs industriels
[9].
EVOLUTION TECHNOLOGIQUE DE L’INDUSTRIE
ELECTRONIQUE ET DES MAQUILADORAS
La production de équipements électroniques (télévisions, ordinateurs, chaînes Hi-Fi, magnétoscopes, appareils de téléphone
fixe ou mobile, etc.) a suivi une évolution technologique
importante durant les presque 40 années de vie des Maquiladoras de la frontière, et notamment dans les années 90. Les
produits fabriqués, les processus de production, et le contenu du
travail sont devenus plus complexes. On est passé de
l’assemblage manuel à l’assemblage automatique et puis à la
fabrication complète de produits. Par ailleurs, beaucoup d’activités ont été informatisées donnant lieu à des transformations
organisationnelles importantes au sein des entreprises.
De manière générale nous pouvons identifier trois grandes
étapes de cette évolution touchant à la fois les caractéristiques
des produits et celles des maquiladoras. Dans une première
étape correspondant aux premières 20 années, les grandes firmes ont fondé leur localisation des maquiladoras à la frontière
sur la base des faibles coûts des salaires, de la proximité géographique du marché des Etats-Unis, et du potentiel de croissance du marché mexicain. Il s’agissait des usines d’assemblage manuel de composants simples et à faible valeur ajoutée.
La deuxième étape (années 80), correspond à un processus
de transformation de l’industrie électronique dans le monde.
C’est l’époque où les grands groupes industriels américains,
japonais, européens ré-organisent leur production en localisant
des segments spécialisés dans des régions de récente industrialisation comme le nord du Mexique. Les produits des
maquiladoras n’avaient plus comme destin uniquement la
maison-mère mais plusieurs usines du groupe réparties dans le
monde. Certaines maquiladoras sont passées à la fabrication
complète des produits. Leur taille a augmenté, de même que
leurs investissements en équipement et nouvelles techniques de
production. Elles ont dû améliorer leurs compétences technologiques, embaucher une main-d’œuvre plus qualifiée, des techniciens et ingénieurs.
La troisième étape correspond au processus de mondialisation des marchés, à des changements technologiques et de
nouveaux modes d’organisation industrielle de diverses industries comme l’électronique, l’automobile, les télécommunications, l’aérospatial, ou l’armement, fortement ancrés en Californie
[10]. Des nouvelles maquiladoras sont arrivées, mais cette
fois pour produire des biens high-tech.
La nouvelle génération de maquiladoras a incorporé l’usage
des robots, du contrôle numérique, ainsi que des techniques
d’organisation du travail comme les équipes autonomes de
travail, le JT, zéro stock, etc. Les nouvelles technologies de
fabrication ont été accompagnées par l’utilisation des nouvelles
technologies de l’information et de la communication de sorte
que les entreprises ont pu être en liaison directe avec leur
maison-mère ou les autres filiales installées dans la région, soit
au Mexique ou aux USA, voire en Asie, pour répondre aux
cahiers de charges en temps réel
[11]. En effet, une enquête
effectuée auprès de 150 maquiladoras de la frontière, dont 50
appartenant au secteur électronique à Tijuana, montre que plus
de 80% des entreprises ont incorporé toute une gamme de
nouvelles technologies de production et d’organisation
[12].
Du point de vue de la complexité technologique des produits, la miniaturisation des pièces et la production modulaire se
sont consolidées à cette époque. La première a conduit à
l’assemblage entièrement automatique et à la réalisation des
épreuves par le personnel de fabrication. Quant à la production
modulaire, elle se réfère au montage de sous-systèmes préassemblés de manière relativement autonome, pour ensuite les
ajouter au produit final. La décomposition en sous-systèmes
permet d’atténuer la complexité du produit final (une voiture,
un ordinateur) car ils peuvent être adaptés ou modifiés séparément sans pour autant modifier l’architecture globale du
produit.
La production modulaire permet par ailleurs d’accélérer les
rythmes de changement technologique des composants et équipements, diversifier leur design, tout en réduisant les délais de
conception de produits nouveaux (Langlois et Robertson,
1992).
Un autre aspect de l’évolution de l’industrie électronique,
correspond à la diversification des produits, à une spécialisation
des processus de fabrication et à une convergence technologique, ainsi qu’à la complémentarité des équipements, compétences et matériaux. En effet, une maquiladora d’équipement
audio peut vendre son produit dans les grandes surfaces et une
partie des composants à une autre maquiladora qui assemble le
module audio d’une voiture. Comme résultat des complémentarités et convergences, une firme peut modifier ses produits
finaux sans pour autant modifier ses compétences technologiques, modifier les composants principaux sans changer le
produit final, ou encore modifier ses compétences pour fabriquer un produit nouveau, tout en utilisant les mêmes composants et les mêmes techniques de production (cf. Villavicencio et Lara, 2002).
Cette évolution technologique des produits et des processus
de fabrication a favorisé le développement de nouvelles compétences techniques et organisationnelles des maquiladoras, comme la capacité de design et d’ingénierie. Ce faisant, certaines
d’entre elles ont pu participer aux programmes d’innovation des
groupes industriels selon la stratégie suivante.
La conception d’un nouveau produit est faite dans la maison-mère et c’est la Maquiladora au Mexique qui fabrique le
prototype, le design des outils techniques nécessaires, les
épreuves techniques et physiques. Puis la maquiladora fait
« l’Engineering Production Run » ou la rectification du
prototype et enfin la production finale. Dans ces différentes
étapes réalisées par la Maquiladora, on peut encore modifier le
produit en fonction des spécificités des divers marchés.
[13]
La mise en place de ces nouvelles formes d’organisation de
la production chez les maquiladoras coïncide avec la création
des centres techniques ou de Recherche et Développement
(R&D) proches des maquiladoras, et appartenant aux grands
groupes industriels. Ainsi par exemple, Samsung vient de créer
un centre de R&D pour le design de pièces et prototypes de
fabrication des nouveaux modèles digitaux des TV que l’entreprise vendra sur le marché nord et sud américain prochainement
[14].
Or du point de vue de l’organisation industrielle, la forte
concurrence et la nécessité de répondre plus rapidement à la
demande (caractéristiques des produits, prix, délais, etc.) a
renforcé les tendances suivantes, initiées à la fin des années 80.
- La décentralisation des unités productives. Ceci veut dire
que les usines se sont démultipliées en évitant de concentrer sur
un même site tout un ensemble d’activités productives. De ce
fait, les flux de pièces et composants, ainsi que de personnel
entre filiales du même groupe situées le long de la frontière se
sont accrus.
- La cession et la sous-traitance des fonctions coûteuses ou
peu complexes (out sourcing), suscitant la création de réseaux
de PME locales pour faire le bobinage, l’injection du plastique,
la maintenance des équipements, l’emballage, etc.
- L’autonomie de décision des maquiladoras, leur donnant la
possibilité de diversifier leurs fournisseurs (directs et indirects),
et notamment leurs clients. Cet aspect est très important et a des
portées sur le développement industriel de la région. En effet,
les maquiladoras ont pu commencer la fabrication de certains
produits commandés par d’autres maquiladoras établies à Tijuana ou dans d’autres sites des deux côtés de la frontière. En
même temps, la fabrication de produits sur mesure ou leur
adaptation selon les besoins des clients locaux, a suscité des
changements au niveau de la structure sociale et organisationnelle des firmes.
On remarque de nos jours différentes figures d’entreprise
comme la Maquiladora classique exportatrice, les PME sous-traitantes, les firmes de co-investisseurs ou joint-ventures entre
étrangers et mexicains, d’autres entreprises qui fonctionnent
sous le régime de Maquiladoras par saisons et encore sous-traitantes des autres Maquiladoras (cf. Tableau 1). En conséquence, les villes de la frontière mexicaine avec les Etats-Unis
ont vu épaissir leur tissu industriel et intensifier les flux et les
échanges entre maquiladora. Du nord vers Tijuana : flux de
capitaux, d’équipements, de connaissances et techniques de
production, du personnel d’encadrement ; et de Tijuana vers le
nord de composants et de produits high-tehc. La diversité des
acteurs et de leurs actions économiques a amené les pouvoirs
locaux des régions de la frontière à chercher de nouvelles
formes de régulation du territoire, comme nous le verrons plus
loin. La signature de l’ALENA en 1994
[15], a offert un nouveau
cadre institutionnel, juridique et commercial pour les rapports
dans la frontière et a favorisé le développement des maquiladoras.
Tableau 1. Types d’Entreprises
- Maquiladora, assembleur
- Maquiladora, fournisseur
- Maquiladora, fabriquant des biens high-tech
- Sous-traitants directs
- Fournisseurs indirects
- PME locale
- maintenance, bobinage, emballage, etc.)
- Grandes entreprises mexicaines
- PME, Maquiladora à temps partiel
- seulement pour une partie de sa production)
- PME, temporairement Maquiladora
- en période de forte demande de sous-traitance)
LA CONSTRUCTION D’UN MILIEU LOCAL PORTEUR
D’INNOVATION
Les entreprises peuvent agir entre deux extrêmes possibles :
l’espace du marché qui symbolise la concurrence entre acteurs
hétérogènes ou bien les formes plus coopératives que représentent les « clusters » ou les chaînes productives. Néanmoins,
dans la vie réelle, les firmes opèrent dans divers milieux ou
dans des espaces qui combinent les deux extrêmes évoqués. Ces
combinaisons renvoient à des formes de coordination des
actions commerciales, des contrats de coopération technique ou
de sous-traitance et des alliances stratégiques. Elles traduisent
les possibilités d’échange de ressources financières, matérielles, humaines et immatérielles entre firmes.
L’action des entreprises et d’autres acteurs institutionnels
dans ces espaces que l’on appelle milieu (ou environnement)
ont souvent une base territoriale cernée. Les acteurs y déploient
des manœuvres et des arrangements qui renforcent une dynamique permettant à moyen et long terme d’améliorer les
capacités d’apprentissage et d’innovation des entreprises (Bianchi, 1993 ; Casalet, 2000) et plus largement d’évoluer vers une
compétitivité systémique du territoire.
Le processus de mondialisation accentue les incertitudes et
les contraintes pour les entreprises, tout en les incitant à chercher des nouvelles sources de compétitivité et des nouvelles
opportunités dans le territoire. Une des questions de l’évolution
des Maquiladoras concerne non seulement leur croissance en
termes d’emploi, mais également en termes de construction de
compétences technologiques associées à l’évolution des industries automobile et électronique. De nombreux auteurs ont analysé les capacités d’apprentissage des firmes et ont montré
qu’elles résultent de l’articulation des activités individuelles et
collectives au sein de l’entreprise, de ses modes de régulation
des rapports sociaux et des conflits, ainsi que des liens qu’elles
établissent avec leur environnement
[16].
Entre les années 60 et 80, les bas coûts des salaires et des
infrastructures étaient la principale raison de l’installation des
Maquiladoras d’assemblage le long de la frontière du Mexique.
Nous venons d’analyser brièvement comment l’évolution récente de l’industrie électronique a suscité chez elles une métamorphose technologique et organisationnelle d’envergure, leur permettant de s’intégrer à des chaînes productives qui réclament
des fonctions plus complexes. Un tel processus les a conduit à
construire de relations et synergies avec les acteurs locaux,
comme des fournisseurs, des centres de recherche et de formation, des agences de service pour le commerce, les formalités de
douane, etc.
Contrairement au modèle traditionnel de relations de sous-traitance entretenues par les firmes appartenant à un même
groupe industriel et qui a caractérisé les Maquiladoras pendant
deux décennies, on constate de nos jours une autonomie de
décision leur permettant de créer des nouveaux rapports avec
l’environnement. On est passé d’un réseau international quasi-pyramidal de production où les Maquiladoras occupaient la
place d’assembleur ou de fabriquant de composants simples, à
la construction d’autres types de réseaux localisés dans la
région. Désormais, les Maquiladoras peuvent choisir leurs fournisseurs ou leurs clients, ou bien passer des accords de coopération pour la fabrication d’une pièce ou même développer des
programmes conjoints de R&D avec des firmes d’autres
groupes industriels. Les échanges commerciaux et technologiques se sont ainsi multipliés, donnant lieu à une nouvelle
dynamique industrielle dans la région.
Récemment, de nombreuses entreprises ont quitté les régions
de la frontière en quête de coûts salariaux moins élevés (en Asie
du Sud ou en Amérique Centrale par exemple). Néan-moins,
d’autres se sont installées comme Toyota qui a monté une usine
à Tijuana au début de 2002, suivie d’une vingtaine de ses
fournisseurs habituels. Ainsi, peut-on suggérer l’hypothèse qu’à
présent, les nouvelles compétences des firmes mais aussi des
capacités du territoire dans son ensemble constituent l’attrait
pour l’implantation d’autres Maquiladoras ? Les pre-miers
résultats de notre recherche nous permettent de poser des jalons
pour analyser la dynamique du milieu dans lequel agissent les
Maquiladoras. Ce milieu a une dimension particu-lièrement
intéressante, dans la mesure où elle est à la fois régionale et
« binationale ».
Les réseaux binationaux et la valorisation du territoire
La signature de l’ALENA a affermi les échanges entretenus
historiquement par les villes de la frontière. Le traité a déclenché la mise en place de mesures et dispositifs légaux pour le
commerce et l’investissement ; mais il a permis surtout l’intensification d’une gamme plus large d’échanges transfrontaliers. D’emblée, on a observé la prolifération des usines
appelées les « twin plants », des établissements situés du côté
des Etats-Unis, qui peuvent être des dépôts, des bureaux, des
centres de distribution ou des centres d’approvisionnement des
pièces pour les filiales localisées au Mexique.
Les dix dernières années ont constitué une période de
densification du tissu productif avec des Maquiladoras et leurs
réseaux de fournisseurs
[17], mais aussi avec des entreprises de
service (nettoyage, transport, stockage, conditionnement, entretien, restauration, etc.), et encore des cabinets de comptabilité,
d’embauche, d’assistance légale, douanière, de certification,
export-import, agences de publicité et marketing, etc. En
contrepartie, les gouvernements locaux ont été contraints de
développer davantage les infrastructures urbaines et les parcs
industriels, ainsi qu’à améliorer les réseaux routiers, de simplifier les formalités pour l’import-export, et pour les passages
transfrontaliers.
Un effet de convergence s’est en quelque sorte produit entre
des villes voisines, en dépit des traditions économiques historiquement différentes entre les unes et les autres. En effet, la base
industrielle de San Diego et alentours a été liée en grande partie
à la production d’armements jusqu’au début des années 90,
mais la fin de la guerre froide a entraîné la disparition d’entreprises du sud de la Californie ou bien leur reconversion. Néanmoins, les entreprises du secteur des télécommunications
implantées dans la région se sont davantage propagées en raison de la croissance du marché des télécommunications (biens
et services).
Ces entreprises étaient associées bien sûr à l’industrie
militaire mais également à l’industrie électronique localisée
dans la Silicon Valley plus au nord. Or pour la fabrication de
pièces et composants électroniques ou l’assemblage des équipements, beaucoup d’entreprises se sont tournées vers les
Maquiladoras de Tijuana, du côté sud de la frontière (Barajas,
2001). Ce phénomène a intensifié les relations de partenariat
entre les deux zones, car au-delà des contrats d’approvisionnement, des échanges commerciaux et du contrôle des flux
migratoires, des mécanismes de concertation et de gouvernance
locale à caractère binationale ont été instaurés.
Ainsi que nous l’avons constaté lors de nos interviews, des
projets de développement, des dispositifs de régulation des
ressources locales, des agendas de discussion économique,
voire politique ont été mis en œuvre par des acteurs de San
Diego et de Tijuana. Nous avons identifié des institutions et des
organismes publics et privés, mexicains, américains ou encore
binationaux (des comités de pilotage par exemple), qui développent des programmes d’aide aux Maquiladoras : formation
professionnelle, accélération et simplification des transactions
de douane, ou encore expositions industrielles pour valoriser les
compétences et les produits des entreprises de la région, créer
ou renforcer les réseaux de fournisseurs et promouvoir la
coopération au niveau local. Dans les agences ou comités
mixtes (publics/privés) de développement local, participent
indistinctement des notables des villes : la maire, le président
d’une chambre industrielle, le représentant d’une association
civile, un PDG, un universitaire, etc.
[18].
Le schéma suivant montre à titre indicatif la diversité des
acteurs que l’on trouve dans la région que nous avons appelé
binationale. Nous pouvons y voir les lignes divisant la frontière
aussi bien que les secteurs publics et privés. Au centre se
trouvent les entreprises, Maquiladoras et autres. Le deuxième
cercle comprend les services à la production et aux échanges
transfrontaliers et les entreprises qui les procurent. Que ce soit
par des cabinets spécialisés ou par des cabinets multiservices,
nombreux sont ceux possédant des bureaux des deux côtés de la
frontière. Leur activité a explosé durant la deuxième moitié des
années 90, d’une part par l’augmentation des échanges économiques transfrontaliers, et d’autre part par la complexité des
démarches administratives que l’accord de libre échange a
signifié. Le cercle extérieur symbolise l’ensemble des activités
et des organismes soutenant le développement économique,
social et politique de la région.
La formation professionnelle et continue à l’œuvre de l’évolution des Maquiladoras
Le passage aux fonctions productives plus complexes de la
part des Maquiladoras a été possible grâce au déploiement
d’initiatives conjointes avec les pouvoirs publics locaux pour la
mise en place des centres de formation technique dès les années
80. Sur la base des accords de coopération, ces centres ont pu
favoriser l’adéquation des programmes et des méthodes d’enseignement à l’évolution des postes de travail et des compétences techniques requises par les entreprises.
Au fil du temps les plus grandes Maquiladoras ont augmenté
leur collaboration avec les centres de formation professionnelle
et continue et participent de nos jours à leur soutien financier
par des bourses d’études et des stages, ou bien par l’équipement
et la modernisation des installations techniques des centres. Des
ingénieurs des Maquiladoras pour leur part, participent à l’enseignement et aux comités de suivi des programmes de formation (Hualde, 2001).
Un des principaux résultats des actions de formation a été le
remplacement progressif des cadres étrangers par des techniciens et ingénieurs mexicains, de même que l’embauche d’une
main-d’œuvre de plus en plus qualifiée. Ces processus ont
contribué à l’augmentation du salaire des employés et en
contrepartie, les Maquiladoras ont pu améliorer leur productivité et leur performance.
Nous pouvons dire que l’évolution technologique et organisationnelle des Maquiladoras des années 90 évoquée précédemment, s’accompagne de l’évolution des compétences de la maind’œuvre et des employés mexicains. Ceci témoigne à notre avis
d’un effet d’insertion des Maquiladoras dans l’en-vironnement
local.
L’importance des réseaux informels
L’effet de proximité et de convergence n’a pas été
uniquement provoqué par l’ALENA et la hausse des échanges
commerciaux. Il y a bien d’autres aspects, moins perceptibles
qui ont joué également un rôle important pour la cohésion et le
développement du territoire. Nous faisons référence aux liens
sociaux qui relèvent d’une histoire et d’une culture partagées
encore il y a peu de temps.
En effet, nous avons constaté par exemple que beaucoup des
fonctionnaires des agences publiques pour le développement
local du côté de San Diego, de même que des cadres des Maquiladoras, ont des parents d’origine mexicaine ou de liens
conjugaux avec des ressortissants mexicains. Ils font donc
partie des groupes interculturels qui plaident pour les avantages
de valoriser et d’exploiter les compétences d’une région binationale qui est actuellement menacée par l’émergence de nouveaux concurrents en Asie.
Les cadres des Maquiladoras sont un autre exemple. On peut
dire que la deuxième génération d’ingénieurs, fils des premiers
migrants établis au bord de la frontière possèdent une culture
binationale. En effet, les jeunes ont suivi des formations dans
des écoles de commerce du côté nord de la frontière ; ils sont
bilingues, ils ont fait des stages dans plusieurs des filiales d’un
même groupe industriel ou dans différents Maquiladoras.
Certains de ces ingénieurs, du fait de leur niveau de salaire,
préfèrent habiter du côté nord de la frontière pour bénéficier
d’une meilleure qualité de vie urbaine.
Rappelons-nous par ailleurs que les Maquiladoras ont toujours connu un taux élevé de turn-over aussi bien des ouvriers
que des techniciens et des ingénieurs. Ceci a contribué à la
création de réseaux de professionnels et notamment à la diffusion des pratiques de travail et des savoirs tacites entre ces
individus (Senker, 1995 ; Villavicencio, 2000). En effet, le passage d’un employé par différentes entreprises lui permet d’imiter les nouvelles pratiques et les règles de travail, et en même
temps il peut reproduire celles qu’il a apprises dans les usines
où il a travaillé précédemment.
En somme, un éventail de liens personnels dans ces régions
se sont créés ou renforcés donnant lieu à des réseaux transfrontaliers. Ces réseaux s’expriment au sein de la vie sociale, politique et économique de la région. Dans l’univers d’action des
Maquiladoras, ces réseaux diffusent des informations sur les
embauches des cadres, sur les conflits dans une entreprise, sur
l’installation d’une nouvelle usine, sur les secrets d’une autre,
etc.
Les institutions binationales et les différentes formes de
réseaux sociaux que nous avons répertorié, constituent des entités collectives de diffusion des informations, de concertation et
décision sur les problèmes et le devenir de la région binationale. Elles poussent les collectivités locales et les acteurs
économiques à la mise en place de dispositifs de régulation de
l’espace local (économique, urbain) afin d’optimiser la gestion
des ressources disponibles et de définir des stratégies conjointes de développement à moyen et long terme. Ainsi par
exemple, le régime d’exonération fiscal a été aboli en janvier
2000, plaçant les Maquiladoras dans les mêmes conditions de
concurrence que toutes les autres entreprises du Mexique et des
Etats-Unis. Néanmoins, six mois plus tard, sous la pression du
lobby composé par des PDG des Maquiladoras, des Présidents
des chambres de commerce, des entreprises des services, etc., le
régime a été remis en place pour encore 3 ans, témoignant ainsi
de la cohésion des réseaux et de leur capacité d’action sur le
territoire.
LES NOUVEAUX ATTRAITS DE LA RÉGION
BINATIONALE
Le ralentissement récent de l’économie des pays formant
l’ALENA et la contraction des marchés mondiaux ont provoqué
la fermeture partielle ou définitive de quelques Maquiladoras à
la fin de 2001, et pour la première fois le licenciement de
milliers d’employés dans divers secteurs. De manière concomitante, les entreprises provenant des pays asiatiques et notamment de Chine représentent des nouveaux concurrents dans la
mesure où le coût de leur main-d’œuvre est moins élevé que le
Mexique. Ce contexte permet de soulever des questions sur
l’avenir des Maquiladoras, sur la continuité du modèle
d’industrialisation qu’elles représentent, et sur la dynamique
économique des régions binationales que nous étudions.
Nous pouvons nous demander si les logiques de concertation et de synergie binationale du territoire que nous avons observé permettront de construire un milieu créatif (Cooke et
Morgan, 1994) ou innovateur, capable de soutenir et de faire
perdurer la dynamique économique et technologique actuelle
des Maquiladoras, par-delà les événements conjoncturels et les
tendances liées aux restructurations sectorielles qui se préfigurent.
En effet, l’industrie électronique se caractérise par une
évolution rapide des technologies de fabrication, des modes
d’organisation et de gestion du travail, ainsi que des formes de
coordination entre firmes. Bien que ce ne soit pas la majorité
des cas, nous avons constaté qu’un certain nombre de Maquiladoras a dépassé le stade de sous-traitantes classiques pouvant
maintenant fabriquer des produits à haute valeur ajoutée et
même les modifier (Villavicencio et Lara, 2002). La conformation du noyau de compétences permettant à ces Maquiladoras
de s’intégrer à la chaîne globale de production a été un processus long qui a puisé ses bases dans le territoire, dans les
synergies et les arrangements que les acteurs locaux ont su
développer. Si pendant deux décennies l’industrialisation de la
frontière s’est faite sur la base de l’assemblage simple de
produits peu complexes, les activités manuelles ont laissé la
place à l’assemblage semi-automatique et plus tard entièrement
automatique
[19]. Les sites industriels du nord du Mexique ont connu par conséquent une évolution technologique récente qui se
traduit par la fabrication de biens plus complexes pour une
partie des Maquiladoras.
En fait, si les entreprises ont réussi à développer des
nouvelles compétences techniques pour suivre une telle
évolution, c’est grâce à la disponibilité d’une main-d’œuvre
plus qualifiée, et notamment d’un plus grand nombre d’ingénieurs. Ceci est le résultat de la présence d’institutions universitaires et de formation technique et continue qui ont établit des
accords avec les Maquiladoras dès la fin des années 80 pour
ajuster fréquemment leurs programmes d’enseignement ou pour
organiser des stages pratiques.
La création de réseaux d’échange publique/privé facilitant la
coopération, la négociation et notamment les projets pour le
développement local, comme par exemple des programmes de
modernisation de parcs industriels ou des consortiums de
recherche associant les universités et les Maquiladoras, sont à
présent une forme composite de régulation des acquis et de
valorisation des capacités diverses du territoire. Ces réseaux ont
une dimension à la fois formelle et informelle, ainsi qu’une
configuration binationale qu’il nous paraît important de
discerner.
En effet, les formes d’organisation et de gestion du territoire
que nous avons identifiées ont donné lieu à une nouvelle approche sur les actions pour le développement des activités productives au niveau régional et plus précisément régional-binational. Cette approche est fondée sur la concertation entre
acteurs (les entreprises, les pouvoirs locaux, les associations de
professionnels, les centres de recherche et les universités, etc.)
ayant plusieurs logiques d’action sur le territoire mais qui,
cherchant des complémentarités, visent un projet commun :
valoriser les atouts de la région.
Nous ne voulons pas par là énoncer l’idée qu’un processus
de fusion entre les zones frontalières qui relèvent des systèmes
politiques, économiques, sociaux et culturels distincts est en
train de se produire. Nous voulons plutôt signaler que la dynamique binationale de régulation du territoire que nous pouvons
constater est le résultat des complémentarités que les acteurs
locaux ont appris à identifier et à articuler. Cette régulation
représente à nos yeux une forme inédite de construction de
rapports institutionnels qui soutient le développement des
compétences des Maquiladoras, et qui contribue à la définition
des projets d’innovation des acteurs de la région.
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[1]
La recherche essaie de comparer les dynamiques industrielles des secteurs
automobile et électronique dans deux régions binationales de Tijuana et
Ciudad Juárez. L’équipe de recherche est composée d’une douzaine de chercheurs de trois institutions : la Facultad Latinoamericana de Ciencias Sociales
(FLACSO) El Colegio de la Frontera Norte-Tijuana (COLEF) et l’Universidad Autonoma Metropololitana-Xochimilco (UAMX), ainsi que par une
dizaine d’étudiants de Mastère et Doctorat. Elle est financée par CONACYT
(projet No. 36947-S). Les réflexions exposées ici ont bénéficié des discussions collectives au sein de l’équipe de recherche.
[2]
La population a été dédiée aux activités agricoles et minières pendant les
deux siècles précédents.
[3]
Une partie des services comprenait des bars et des maisons closes dues aux
restrictions de ces établissements par les lois de la Californie.
[4]
Signifiant littéralement des bras, ce fut un programme établit en 1942 qui
permettait la migration des Mexicains pour travailler dans les activités principalement agricoles dans divers Etats des Etats-Unis.
[5]
Précisons que les flux du commerce dans la frontière Tijuana-San Diego a
toujours été dans les deux sens. Ainsi, les Américains passent la frontière pour
se fournir de boissons alcoolisées, faire réparer leurs voitures, acheter des produits pharmaceutiques, alors que les Mexicains vont de l’autre côté pour acheter des vêtements, des voitures d’occasion, ou certains produits alimentaires
[6]
Notre recherche compare d’autres régions comme Ciudad Juárez-El Paso
qui a également une forte présence de maquiladoras des industries
électronique et automobile.
[7]
Elle a un million et demi d’habitants et continue à accueillir de manière
temporaire ou définitive des migrants des Etats du sud du Mexique.
[8]
Il est difficile de préciser la quantité d’établissements et d’employés à cause
du taux de mobilité du personnel et du taux de création et disparition des firmes sur une année. Ces chiffres correspondent au recensement que notre
équipe de recherche a effectué en consultant différentes sources.
[9]
L’harnais est un ensemble de câbles de connexion pour l’énergie électrique
ou électronique du générateur ou la batterie vers les moteurs, le démarreur, les
parties électriques (portières, vitres, système audio, illumination, etc.) et
d’autres instruments d’une voiture, avion ou bateau.
[10]
Cf. Scott et Bergman (1995) ; Kenny (2000).
[11]
Cf. Villavicencio et al., (1996) ; Lara (1998).
[12]
Enquête Aprendizaje tecnológico y escalamiento industrial en las plantas
maquiladoras, COLEF, 2002 dans le cadre du projet CONACYT # 36947-S.
L’enquête comprend des maquiladoras de Tijuana, Juárez et Mexicali des secteurs automobile et électronique (González, 2002).
[13]
A l’opposé de cette stratégie, le chemin classique est le suivant : tout est
conçu dans la maison-mère ou dans une autre filiale établie à l’étranger et
l’entreprise de Tijuana se contente d’adapter l’organisation de la production
aux caractéristiques du produit nouveau, pour ensuite le fabriquer à grande
échelle (Vargas, 1999).
[14]
Bien que ce ne soit pas la majorité des cas, les plus grands groupes ont créé
des centres technologiques du côté mexicain pour faire localement le design
de certains produits et la modification des équipements. Nous pouvons citer le
cas de Delphi, Thomson, ou Valeo à Ciudad Juárez (cf. Carrillo et Hinojosa,
2001).
[15]
Accord de Libre Echange Nord Américain.
[16]
Cf. Alter, (1996) ; Edquist (1997) ; Tanguy et Villavicencio (2000).
[17]
Une seule PME peut fournir les mêmes composants à différentes Maquiladoras souvent concurrentes.
[18]
Il est possible d’inventorier les différentes actions mises en place en consultant les bulletins hebdomadaires et les pages du web publiées par les
associations, les chambres et les organismes publics de Tijuana et de San
Diego. Cf. par exemple la publication « Entorno Maquilador » de la Chambre
nationale de Maquiladora.
[19]
On les a appelé alors Maquiladoras de deuxième et de troisième génération
respectivement. Cf. Carrillo et Hualde (1997).