Innovations
De Boeck Université

I.S.B.N.sans
280 pages

p. 163 à 194
doi: 10.3917/inno.019.0163

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no 19 2004/1

2004 INNOVATIONS

Les Stratégies technologiques des filiales des entreprises multinationales au Brésil : les déterminants et les implications pour les capacités technologiques locales

Eliane Franco  [1] UNICAMP/BRESIL Université d’Oxford/Royaume-Uni
Depuis quelques années les entreprises développent toute une série de stratégies diverses visant à resserrer leurs relations avec les réseaux mondiaux de l’offre, de production et de commercialisation de biens et de services. Dans ce contexte, les entreprises multinationales privilégient l’organisation de leurs actifs et la création de nouvelles technologies afin de renforcer leur capacité concurrentielle au sein de l’économie.
La présente étude examine les stratégies mises en place par les filiales des multinationales implantées au Brésil pour accumuler des capacités technologiques et ainsi identifier les modèles technologiques dans ces entreprises. Nous pensons que la compréhension de la diversité des stratégies technologiques mises en place par les multinationales devrait aider les responsables politiques à définir des politiques orientées pour réguler efficacement les investissements directs étrangers et, partant de là, provoquer des retombées plus intéressantes pour l’ensemble de l’économie.
Une étude statistique effectuée en 1996 sur près de 450 entreprises implantées au Brésil et contrôlées par des capitaux étrangers a mis en évidence trois modèles différents d’efforts technologiques dans ces entreprises. Un premier groupe d’entreprises fonde sa stratégie sur l’acquisition de marques, de savoir-faire, de brevets et d’assistance technique, que nous appellerons orientation vers la technologie « désincarnée » ou immatérielle. Un deuxième groupe s’engage davantage dans l’acquisition de ressources locales, sous forme de biens d’équipement nationaux, de ressources humaines employées dans les activités de Recherche et de Développement (R&D). Le troisième groupe se concentre davantage sur l’acquisition de biens d’équipement importés. De plus, cette étude montre également que la diversité des stratégies technologiques est influencée par des facteurs économiques tels que le secteur d’activité, la taille de l’entreprise et la nationalité des capitaux étrangers.
Notre étude suivra le plan suivant. La première partie présente un cadre d’analyse (en cours de construction) permettant d’analyser les résultats empiriques. La deuxième partie expose la méthodologie utilisée, dont la base de données, les variables et les méthodes statistiques. La troisième partie présente les résultats empiriques et leur analyse respective. Enfin, la dernière partie expose les conclusions quant aux principaux résultats de cette étude.
 
LA CONSTRUCTION D’UN CADRE D’ANALYSE
 
 
Afin de mieux comprendre les stratégies des filiales des multinationales implantées au Brésil en matière d’effort technologique, et de mieux comprendre leurs déterminants et leurs effets en matière de capacités technologiques, nous prendrons l’initiative de combiner un ensemble de cadres analytiques distincts.
Tout d’abord, nous explorerons certaines stratégies d’entreprises, et en particulier les stratégies technologiques des multinationales ainsi que la manière dont elles organisent leurs actifs technologiques à l’étranger. Cette approche est très importante pour deux raisons. La première, c’est qu’elle peut représenter un moyen de comprendre l’architecture des entreprises affiliées des sociétés multinationales dans le monde, spécialement en fonction de l’étendue de l’internationalisation des efforts technologiques pour innover dans les pays d’accueil. La seconde, et non la moindre de ces raisons, c’est d’ouvrir une « boîte noire » qui nous révèle que les plus grandes multinationales dans un même secteur d’activité et originaires de pays différents ont des stratégies technologiques différentes dans les pays d’accueil.
L’une des premières conditions pour que les entreprises améliorent leur position concurrentielle dans l’économie mondiale est qu’elles se dotent d’une capacité technologique leur permettant de produire de nouveaux produits et de nouveaux services. Pour ce qui est de l’innovation, les multinationales négligent cette stratégie une fois qu’elles ont intégré les nouvelles idées, les pratiques financières et managériales, de même que lorsqu’elles ont ouvert leur espace aux marchés extérieurs et aux flux internationaux de technologie (Biggiero L., p.111).
Dans le cadre d’une même stratégie globale d’intégration de leurs activités au niveau international, les multinationales ont plutôt tendance à décentraliser leurs actifs technologiques afin d’obtenir des avantages locaux davantage orientés vers la création technologique (Cantwell J. and Piscitello L., 2001 ; Cantwell and Mudambi L., 2001; Dunning J., 1996). Dans ce processus, les pays d’accueil qui peuvent offrir des avantages supplémentaires aux multinationales (qualifications, infrastructures, services, réseaux de distribution) peuvent bénéficier des retombées de la présence des entreprises étrangères (Lall S. 1996b, 2000).
Cependant, des études récentes ont mis en évidence que la distribution et l’intensité des capacités technologiques des multinationales varient non seulement en fonction des pays et des secteurs d’activité, mais également en fonction de l’origine nationale des diverses multinationales. En concentrant leur étude sur l’activité de concession de brevets par les plus grandes entreprises américaines ou de certains pays d’Europe, Cantwell J. et Kosmopoulou E. (2001) ont découvert que les entreprises d’un même secteur d’activité de certains pays d’origine sont très internationalisées dans leurs efforts technologiques, alors que d’autres ne le sont pas (p.5). Dans le secteur agroalimentaire, par exemple, les entreprises suisses, britanniques et françaises représentent les groupes nationaux ayant la plus forte activité de cession de licences par des entreprises étrangères (respectivement 69%, 66% et 62%), mais dans cette industrie, l’internationalisation des activités innovantes n’est pas élevée chez les entreprises américaines ou allemandes (7% et 0%) (op. cit., p.15).
Ariffin N. et Bell M. (1999) ont également mis en évidence des différences nationales dans les stratégies technologiques des multinationales du secteur de l’électronique en Malaisie. Une telle diversité peut, en outre, être influencée par une grande variété de facteurs, y compris la stratégie des entreprises-mères et leurs relations avec leurs filiales (p.181).
C’est pourquoi la littérature relative à la stratégie technologique des entreprises suggère que des multinationales d’origines diverses du point de vue de la nationalité, appartenant au même secteur d’activité et ayant des investissements dans le même pays d’accueil tendent à adopter des stratégies technologiques différentes. Il en résulte que ces entreprises peuvent développer des types différents de capacités de production et de capacités technologiques, ce qui peut donner des niveaux de compétitivité différents.
De plus, le cadre stratégique des entreprises doit être combiné avec une approche des capacités technologiques pour pouvoir expliquer l’influence des stratégies des multinationales – en rapport avec leur nationalité d’origine – sur le développement de leurs capacités de production et de leurs capacités technologiques. Cette littérature met en évidence le fait que la capacité de production correspond aux ressources utilisées pour produire des biens à des niveaux donnés d’efficacité et à des combinaisons données d’intrants technologiques incarnés par les capitaux, la qualification de la main-d’œuvre, les spécifications de produits et d’intrants, les méthodes d’organisation et les systèmes utilisés (Bell et Pavitt, 1993). Les capacités technologiques comprennent les ressources nécessaires pour innover (ou pour créer des modifications techniques), y compris les qualifications, les savoirs, l’expérience ainsi que les structures et les liens institutionnels. (op. cit., 1993 ; 1995). L’apprentissage technologique est le processus permettant à l’entreprise d’augmenter et de renforcer (accumuler) ses capacités technologiques dans le temps (op. cit., Figueiredo, 2002).
La distinction entre capacité de production et capacité technologique est importante, car les entreprises et les pays sont de grands utilisateurs de technologies existantes, et une part importante d’importations technologiques, particulièrement dans les pays en voie de développement, a joué un rôle majeur dans l’accroissement de leur capacité de production mais un rôle mineur dans la construction de leur capacité technologique (Bell et Pavitt, 1995).
La technologie peut se définir comme un « paquet » complexe d’informations, codifiées et tacites, de même que de capital physique (op. cit., p.74). En dépit du fait que la diffusion technologique explique en grande partie la croissance de la production et l’innovation dans les entreprises, il convient de prendre en considération un certain nombre de caractéristiques importantes. Premièrement, même lorsque la technologie peut être transférée (par l’importation d’équipements, de brevets, de marques commerciales, etc.), une certaine expertise est nécessaire pour pouvoir interpréter et appliquer des principes techniques et des concepts d’ingénierie à la réalité du terrain. Ensuite, chaque type de technologie exige divers niveaux d’effort pour pouvoir être assimilée et adaptée aux conditions locales. Troisièmement, une bonne partie des connaissances technologiques sont tacites et ne peuvent être codifiées, ce qui demande du temps pour les assimiler (Haque I. et al, 1995). Finalement, le dynamisme technologique implique davantage que le fait d’acquérir des technologies et des savoir-faire ; il exige des entreprises et des pays qu’ils investissent fortement dans le développement interne de leurs qualifications, de leurs connaissances, de leurs institutions et de leurs structures organisationnelles s’ils veulent maîtriser les technologies qu’ils importent et se développer de manière efficace (Lall S., 1996a, p.56).
En résumé, l’approche de cette littérature suggère que la création de capacités technologiques représente un processus complexe. Elle exige un ensemble d’efforts d’apprentissage à l’intérieur des entreprises comme à l’extérieur, elle implique des risques, de l’incertitude, des coûts et d’importantes politiques de soutien (Lall S., 1992 ; 1994 ; 1996a). En outre, l’apprentissage technologique est un processus évolutif et cumulatif (Nelson R., 1993 ; Rosenberg N., 1976). Il implique, d’une part, que les entreprises prennent beaucoup de temps pour construire leurs capacités technologiques et, d’autre part, qu’elles prennent diverses trajectoires (des voies technologiques) dans leur développement technologique (Nelson R. et Winter, 1982 ; Ariffin N. et Bell M., 1999). Par conséquent, il convient de ne pas considérer les filiales des entreprises multinationales comme un bloc monolithique de stratégies technologiques homogènes des multinationales (Ariffin et Bell, 1999, p.181). Au contraire, elles tendent à établir différents modèles technologiques pour créer et gérer le changement technologique.
Dans les ouvrages que nous avons étudiés, une telle diversité d’activités technologiques de la part des entreprises et, en particulier, des filiales des multinationales, tend à correspondre à leurs trajectoires spécifiques d’apprentissage ainsi qu’au rôle des filiales dans la stratégie globale des entreprises en matière de développement technologique.
Cependant, une analyse plus structurée et plus concentrée des preuves empiriques données par les économies industrialisées révèle que certaines catégories d’activités possèdent des modèles différents d’accumulation technologique (Pavitt, 1984 ; Malerba, 1992 ; Bell et Pavitt, 1993 ; 1995). Par exemple, dans l’agriculture, l’industrie textile et dans d’autres secteurs traditionnels de production caractérisés par des entreprises dominées par les fournisseurs, les capacités technologiques proviennent presque exclusivement des fournisseurs d’équipements et autres outils de production. D’où le fait que leurs stratégies technologiques sont axées sur l’amélioration et la modification des méthodes de production et, occasionnellement, sur la conception des produits. Les efforts technologiques sont particulièrement basés sur le transfert de technologie représentée par les biens d’équipement et autres outils (Bell et Pavitt, 1993 ; 1995).
Dans les entreprises à productions de grande échelle (acier, automobile et un certain nombre de biens de consommation durables), les stratégies technologiques se concentrent autour de la conception, de la création et de l’exploitation de systèmes et de moyens de production complexes. Les principaux efforts réalisés en matière d’amélioration technologique concernent la conception, l’ingénierie de production, l’exploitation et les fournisseurs d’équipements et de composants. Le transfert de technologie représente également une source importante d’apprentissage reposant sur les licences de production, le savoirfaire en matière de conception et la formation autant que sur l’acquisition de biens d’équipement.
Dans les entreprises à vocation scientifique (par exemple, les produits chimiques et l’électronique), les capacités technologiques sont accumulées surtout par les laboratoires de recherche et de développement des entreprises et reposent avant tout sur les savoirs, les qualifications et les techniques apportés par la recherche universitaire. Dans le cadre du développement de nouveaux produits, la stratégie technologique des entreprises est généralement centrée sur la recherche de possibilités de conquérir de nouveaux marchés. Les efforts technologiques reposent sur les transferts de technologie, ce qui exige une forte capacité d’ingénierie inverse. Il en résulte donc que pour créer de nouveaux produits, il faut également mettre en place des activités de recherche, de développement et de conception, ainsi que des formations scientifiques et techniques.
Enfin, dans les secteurs caractérisés par des fournisseurs spécialisés (machines, composants, instruments ou logiciels), l’accumulation technologique s’effectue par la conception, la construction et l’exploitation de ces moyens de production. Les efforts technologiques reposent alors sur leur interaction avec les utilisateurs sous forme d’informations, de qualifications et d’identification des modifications et améliorations possibles. Les efforts technologiques exigent également une ingénierie inverse, de même que des activités de recherche, de développement et de conception pour pouvoir améliorer la qualité et les spécifications techniques du produit (Bell et Pavitt, 1993 ; 1995).
De plus, les efforts technologiques, en particulier les activités formelles de recherche et de développement, tendent à être associés à la concentration de stratégies oligopolistiques fortes et aux avantages dus aux économies d’échelle des entreprises les plus grandes. Cela ne signifie en rien que dans les entreprises de dimensions plus réduites ces efforts soient absents. Au contraire, les entreprises plus petites peuvent être à l’origine d’innovations et de changements techniques grâce surtout aux connaissances de leurs dirigeants, de leurs ingénieurs et des autres membres de leur personnel (Freeman et Soete 1997, p.228). En outre, en raison de la verticalisation et de l’intégration grandissantes, les activités de recherche et de développement sont également le fait d’autres entreprises et organismes. Un tel changement dans l’organisation des activités peut ouvrir davantage de possibilités aux petites entreprises qui deviennent plus spécialisées dans le développement d’activités fondées sur le savoir et dans la sous-traitance de la recherche et du développement à l’étranger.
On peut également mettre en évidence une corrélation entre la taille de l’entreprise et l’intensité capitalistique, car l’innovation dans les entreprises à forte intensité capitalistique est concentrée dans les plus grandes entreprises. Les exceptions se situent dans les secteurs de l’industrie pharmaceutique, de l’industrie aérospatiale et dans la construction navale où les efforts technologiques et la capacité d’innovation sont très élevés, mais où l’intensité capitalistique est faible. D’un autre côté, les entreprises plus petites accroissent leur effort lorsque la quantité du capital et les coûts de développement sont tous deux faibles, par exemple pour les machines, les instruments ou l’électronique (Freeman et Soete 1997, p.239).
La littérature sur ce sujet indique qu’il existe dans les filiales des multinationales une grande diversité de stratégies technologiques. De telles stratégies varient en fonction de l’importance qu’accordent les filiales des multinationales aux divers éléments de l’effort technologique, depuis l’investissements physique et l’ingénierie informelle jusqu’aux dépenses en R&D formelle. Partant de ce prémisse, notre étude va tenter d’examiner les relations entre les différentes sortes d’intrants technologiques dans les filiales des multinationales implantées au Brésil afin d’identifier des modèles technologiques possibles. Ensuite, la diversité de modèles technologiques peut être influencée par les caractéristiques économiques des entreprises, telles que le secteur dans lequel elles opèrent, leur taille et l’origine (la nationalité) des capitaux étrangers. A leur tour, les modèles technologiques des filiales tendent à affecter le développement des capacités technologiques locales de plusieurs manières (Lall S., 1992).
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MÉTHODOLOGIE
 
 
Echantillon et Variables
La présente étude fait appel à la base de données PAEP produite par la Fondation SEADE – Sistema Estadual de Análise de Dados [2]. L’étude a porté sur 10 600 des 41 000 entreprises (données de 1996) présentes dans l’Etat de São Paulo (Brésil) [3].
Il s’agit d’une étude économique portant également sur l’innovation et basée sur la méthodologie du Manuel d’Oslo qui constitue la principale référence en termes d’étude de l’innovation internationale dans les Etats-membres de l’OCDE, l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques.
Pour cette analyse nous avons préalablement sélectionné un sous-échantillon de la base de données PAEP. Celui-ci comprenait un ensemble de moyennes et grandes entreprises contrôlées en tout ou partie par des capitaux étrangers et ayant des activités internes de recherche et développement. Ce sous-ensemble, qui représente 454 entreprises possédées par l’étranger, sera appelé « les filiales des multinationales » [4].
Les variables qui représentent l’effort technologique des filiales des multinationales incluent le fait que les économies en développement sont beaucoup plus consommatrices de technologies et de savoirs existants qu’elles ne sont tournées vers la création de nouvelles technologies. Cela signifie que, dans ces économies, les multinationales n’ont pas créé de nouvelles technologies et que leurs efforts sont même tournés davantage vers l’acquisition, l’assimilation et la « traduction » de technologies existantes afin d’améliorer progressivement leurs capacités de production et d’innovation. De plus, il est reconnu qu’il existe d’importants éléments tacites et non codifiables qui ne peuvent pas être mesurés par les indicateurs des savoirs technologiques [5].
C’est pourquoi, concernant la nature générale de l’innovation dans les pays en développement, cinq variables ont été sélectionnées comme indicateurs de la mesure des efforts (les intrants) d’apprentissage technologique dans les filiales des multinationales :
  1. les redevances payées à l’étranger [6],
  2. les redevances payées au Brésil,
  3. les investissements en biens d’équipement importés,
  4. les investissements en biens d’équipement fabriqués au Brésil,
  5. les diplômés de l’Université qui sont embauchés à plein temps ou à temps partiel dans les activités internes de Recherche et Développement (R&D).
Les variables 1 et 2 indiquent l’effort fait par l’entreprise pour acheter « des informations codifiées ou des technologies immatérielles », alors que les variables 3 et 4 représentent l’effort consenti pour acheter « des biens d’équipement ou des technologies matérielle » (Haque I. et al, 1995, p.72). Autrement dit, les variables 1 à 4 expriment des efforts de types différents faits par les entreprises pour acquérir des technologies externes existantes car elles se différencient sur l’âge, la complexité et le packaging des technologies (Aggarwal A., 2002, p.124).
En termes généraux, le transfert informel de technologie par acquisition de biens d’équipement possède l’avantage de son faible coût de mise en œuvre par rapport à l’achat de technologies immatérielles, et particulièrement des contrats d’acquisition de brevets ou de licences, qui s’avèrent nécessaires lorsque la technologie en question est plus complexe et tacite (Kim et el, 1999, p.95).
La variable 5 représente l’effort endogène de l’entreprise dans le domaine de l’apprentissage technologique dû à l’achat de capital humain hautement qualifié. Elle comprend les efforts systématiques de R&D généralement réalisés par des entreprises de grandes dimensions et par les entreprises du secteur scientifique dans les laboratoires de R&D, de même que les activités occasionnelles d’ingénierie des produits et des process principalement réalisées par les entreprises plus petites. De plus, cette variable pourrait être considérée comme un proxy de l’apprentissage technologique tacite, exprimé sous forme de compétences, d’expérience et de savoirs acquis par les personnels en raison de leurs rapports inter et intra-entreprises ainsi qu’avec les autres institutions (Bell M. et Pavitt K., 1993 ; 1995 ; Figueiredo P., 2002 ; Cantwell J., 2001).
Les méthodes
Afin de mieux comprendre la structure des 5 variables exposées ci-dessus et d’expliquer le schéma de leurs interrelations, nous avons effectué une analyse factorielle. Il s’agit d’une technique dans laquelle des variables multiples, chacune étant reliée à toutes les autres, peuvent être considérées simultanément pour essayer de les résumer dans un ensemble plus petit de composantes (les facteurs) avec un minimum de perte d’information (Hair et al, 1998).
De plus, en raison de l’importante variation dans la répartition des cinq variables (ceci étant dû à la présence, d’une part, d’un grand nombre d’entreprises avec des valeurs proches de « zéro », et d’autre part à un petit nombre d’entreprises avec des valeurs élevées), une normalisation s’est avérée nécessaire. Donc, les variables originales représentant les dépenses dues au paiement de redevances (1 et 2) et celles correspondant aux dépenses de biens d’équipement (3 et 4) ont été pondérées du revenu net [7] de l’entreprise alors que la variable 5 (le personnel engagé dans les activités locales de R&D) a été pondérée du nombre total de salariés de l’entreprise. Ces pondérations correspondent à deux stratégies. La première est analytique : il s’agit de fournir une représentation de l’intensité des dépenses de technologies matérielles et immatérielles (variables 1 à 4) ainsi que l’intensité de l’effort technologique local et interne (variable 5). La seconde est statistique : il s’agit de réduire les coefficients de dispersion des variables et de préserver la relation existant entre elles.
Après pondération des 5 variables, l’analyse factorielle fut réalisée. Des corrélations techniques simultanées des 5 variables, 3 facteurs principaux furent produits (Tableau 1).
Tableau 1.
Analyse factorielle des variables de l’effort technologique dans un échantillon d’entreprises contrôlées par des capitaux étrangers1
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PAEP/SEADE, 1996
Le résultat de l’analyse factorielle (Tableau 1) met en évi-dence 3 « facteurs » qui représentent 3 modèles technologiques trouvés dans l’échantillon des filiales :
  1. Modèle 1 : coefficient positif élevé de corrélation des dépen-
  2. de redevances, à l’étranger comme au Brésil. Il exprime le
  3. technologique basé sur les technologies non maté-
  4. rielles.
  5. – Modèle 2 : dérivé des corrélations positives entre les
  6. investissements dans des machines et équipements nationaux et
  7. personnel employé en R&D. Il indique un modèle technolo-
  8. basé sur les ressources locales ou un effort d’innovation « domestique ».
  9. – Modèle 3 : identifié par les corrélations inverses entre
  10. l’acquisition de machines et d’équipements importés et le
  11. personnel employé en R&D. Il indique un modèle d’effort
  12. technologique basé sur l’importation de biens d’équipement.
– En se basant sur les trois principales composantes (ou facteurs) des corrélations entre les variables entrées dans l’analyse factorielle, il a été attribué à chaque entreprise un score pour chaque modèle identifié. De tels scores représentent le niveau de corrélation de chaque facteur (ou modèle) pour chaque entreprise. Etant donné qu’il y a un coefficient de corrélation (ou score) incident dans chaque entreprise, les modèles ne s’excluent pas mutuellement.
Après identification des modèles, l’influence de la taille et du secteur d’activité de l’entreprise sur le modèle des entreprises à capitaux étrangers a été vérifiée. Cela a été effectué en utilisant la technique de l’arbre de réponses. Il s’agit d’un système de classification, qui sélectionne les meilleures variables explicatives par rapport à un objectif, et qui est basé sur la statistique sommaire (statistique F) [8]. En même temps, elle crée des groupes (ou « nœuds »), qui sont les meilleurs sous-ensembles de cas à l’intérieur de chaque variable explicative sélectionnée. Les variables exogènes (ou variables explicatives) sélectionnées pour expliquer les modèles d’effort technologique (variables dépendantes) étaient les suivantes :
  • Nombre de salariés, ce qui indique la taille de l’entreprise.
  • Numéro CNAE – Classificação Nacional de Atividades Industriais, basé sur ISIC (rev-3) – (= Numéro NAF), ce qui représente le Secteur d’activité de l’entreprise.
  • Pays d’origine de l’entreprise étrangère ou du partenaire étranger exerçant le contrôle, ce qui indique la Nationalité du capital.
Cette technique présente un certain nombre d’avantages pour l’analyse de l’échantillon d’entreprises et l’influence des déterminants sélectionnés dans les modèles technologiques. Tout d’abord, l’arbre de segmentation peut identifier quel groupe de secteur, de taille ou de nationalité du capital est davantage associé aux plus hauts scores de modèles technologiques. Le résultat devrait servir d’instrument précis pour l’élaboration de politiques efficaces, étant donné qu’il indique quel groupe d’entreprises est le plus orienté vers une stratégie technologique spécifique. Ensuite, il peut combiner et analyser simultanément une grande diversité de variables explicatives, y compris les variables non métriques multicatégorielles telles que les groupes d’industries (19 catégories) [9].
 
RÉSULTATS EMPIRIQUES ET ANALYSE PRÉLIMINAIRE
 
 
Si nous nous référons à l’arbre de détermination pour le modèle technologique 1, ou MT 1 (Figure 1), toutes les variables exogènes (taille, secteur et nationalité) ont été choisies comme étant significatives pour expliquer les différences de stratégies d’acquisition des technologies immatérielles par les filiales. L’étude qui analyse le transfert international des technologies immatérielles – exprimées en redevances et prestations techniques payées par les filiales à leurs maisons mères – chez 50 multinationales possédant des filiales dans les pays en développement, a également mis en évidence des corrélations fortes entre la cession de licences et la taille de l’entreprise, le secteur d’activité et la nationalité des multinationales, entre autres facteurs [10].
A titre d’exemple, elle a identifié une concentration de plus en plus forte de dépenses d’acquisition de brevets américains dans peu d’entreprises mais de plus grande taille. Toutes étaient originaires des Etats-Unis, du Japon, d’Allemagne et, dans une moindre mesure, du Royaume-Uni, de Suisse ou des Pays-Bas. De plus, en dépit du fait que le volume des cessions de licences varie de manière significative en fonction des multinationales (les entreprises allemandes et américaines ont tendance à effectuer des transferts internes de redevances plus couramment que les entreprises japonaises), les secteurs tels que les équipements électriques et électroniques, les équipements non électriques, les métaux primaires et produits métallurgiques finis, les équipements de transport et l’agroalimentaire représentent des taux plus élevés de transferts de technologies immatérielles (Kumar N., 1997).
La figure 1 montre que la principale variable explicative de MT 1 est la taille de l’entreprise. Les scores positifs suggèrent que les entreprises étrangères de plus de 260 personnes sont davantage susceptibles d’effectuer des achats de technologies immatérielles nationales et étrangères. D’autre part, les scores négatifs indiquent que les entreprises de taille plus réduite sont davantage engagées dans l’acquisition de l’une d’entre elles. Cette tendance est plus marquée dans le groupe des entreprises de taille intermédiaire, celles de plus de 172 personnes, contrôlées par une certaine diversité de pays (nœud 9), de même que dans deux secteurs – les produits métalliques et l’automobile – d’entreprises de plus de 260 salariés (nœud 7). Un score similaire se retrouve dans le groupe des entreprises de plus de 671 salariés réparties sur la plupart des secteurs d’activité (nœud 10).
A l’opposé, dans le groupe des entreprises de plus de 260 salariés, on peut voir que trois secteurs (les équipements mécaniques, électroniques, de télécommunications, l’édition, l’imprimerie et les supports enregistrés) ont les scores positifs les plus élevés (nœud 6), et c’est pour cette raison qu’elles ont été désignées comme le groupe le plus représentatif du modèle technologique basé sur les technologies immatérielles (MT 1). Ce résultat est logique par rapport à la nature de ces industries qui exigent beaucoup d’ingénierie de process pour augmenter leur productivité et leur capacité d’innovation.
En fait, la technologie de process semble être transférée davantage par la cession de licences que par les produits eux-mêmes (Kumar N., 1997). A partir de ce résultat, nous pouvons déduire que les industries à forte intensité capitalistique tendent à avoir massivement recours à la concession de licences et à l’assistance technique par rapport aux autres industries. Une telle hypothèse est conforme aux autres résultats empiriques : N. Kumar, analysant les déterminants des investissements directs étrangers et des concessions de licences dans 49 entreprises indiennes de production, a identifié que « …la cession de licences était importante dans les activités où les savoirs pouvaient se matérialiser dans des biens d’équipement et dans celles dont les technologies étaient relativement simples » (Kumar 1997, p.26).
Cependant, si on considère uniquement le secteur des équipements mécaniques, Kim et Lee (1999) ont mis en évidence que les entreprises les plus importantes de ce secteur en Corée du Sud dépendaient énormément des transferts de technologie étrangers et nationaux sous forme de licences et d’expertise technique, en particulier pour la phase initiale de mise en œuvre du processus de production et de développement des produits.
Pour résumer, les résultats des principaux groupes représentatifs d’industries pour MT 1, identifiés particulièrement dans les nœuds 6 et 7 (Figure 1) suggèrent qu’au Brésil les utilisateurs les plus nombreux de technologies immatérielles sont concentrés dans les entreprises de production à forte intensité capitalistique, à savoir les équipements mécaniques, électroniques et de télécommunications, l’édition, l’imprimerie et les supports enregistrés, les produits métalliques et l’automobile. En général, ces secteurs, tout comme les industries fortement scientifiques (en particulier l’industrie chimique et pharmaceutique, l’instrumentation, la robotique, la construction aéronautique, la production de matériels informatiques et bureautiques) tendent à dépendre de plus en plus de l’acquisition de savoirs formels ou codifiés. Ils exigent des niveaux de plus en plus élevés de technologies immatérielles car leur réussite est surtout associée à la création d’idées, à la valorisation de leur image de marque et à l’innovation tant du process que du produit (Archibugi D. et Pietrobelli C., 1999/2001).
Figure 1.
Segmentation (arbre de réponses) pour MT 1 (Modèle Technologique basé sur les technologies immatérielles)
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Figure 2),
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PAEP/SEADE, 1996
Concernant MT 2 (Figure 2), c’est-à-dire le modèle techno-logique basé sur l’acquisition de ressources locales, la taille de l’entreprise est également la variable explicative qui arrive en premier. Un score négatif significatif est visible dans le groupe des entreprises de taille intermédiaire (nœud 2), ce qui indique que ce groupe a pratiqué l’une des stratégies qui composent le MT 2 (acquisition de biens d’équipements nationaux ou de R&D locale). D’autre part, le score positif du nœud 3 suggère que c’est seulement dans le groupe des plus grandes entreprises (plus de 671 salariés) que le comportement technologique basé sur l’effort domestique d’innovation est plus évident. De plus, à l’intérieur de ce groupe, d’importantes différences sont mises en évidence par l’arbre des réponses : ce sont les plus grandes entreprises dont les capitaux sont contrôlés par les Etats-Unis, la France, la Belgique et le Luxembourg, la Suisse, la Suède, l’Argentine, le Canada et le Royaume-Uni qui ont les scores les plus élevés (nœud 4). Curieusement, aucun secteur d’activité n’apparaît dans la segmentation. Cela voudrait dire qu’au lieu du type d’activité, c’est l’échelle des opérations (exprimée par la taille importante des entreprises) qui est le principal déterminant des efforts technologiques des filiales des multinationales basés sur l’acquisition de biens d’équipement et le recrutement de personnel qualifié pour les activités de R&D.
Figure 2.
Segmentation (arbre de réponses) pour MT 2 (Modèle Technologique basé sur les ressources locales)
IMGIMGSegmentation (arbre de réponses) pour MT 2 (Modèle...IMGIMF
PAEP/SEADE, 1996
Cependant, étant donné que l’identification du secteur d’activité représente un facteur crucial pour décider des politiques à mener, en particulier pour ce qui concerne le comportement technologique des multinationales basé sur les ressources locales, nous avons réalisé un croisement des scores moyens de MT 2 et des secteurs industriels. Le classement suggère des différences importantes de MT 2 d’une industrie à l’autre (Tableau 2). Cependant, en raison de la plus grande signification statistique de la taille de l’entreprise dans l’analyse globale de l’arbre de réponses (Figure 2), l’effet de secteur a été annihilé.

Tableau 2.
Scores moyens MT 2 (Modèle technologique basé sur les ressources locales) des entreprises étrangères (1), par secteur d’activité
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Tableau 2. Scores moyens MT 2 (Modèle technologique basé sur les ressources locales) des entreprises étrangères (1), par secteur d’activité re Secteur d’activité MT 2 (scomoyen) Equipements d’instrumentation et de robotique 0,759 Métaux de base 0,487 Ordinateurs et machines de bureau 0,429 Equipements électroniques et de télécommunications 0,387 Autres équipements de transport (air et rail) 0,317 Automobile 0,087 Chimie et pharmacie 0,066 Equipements électriques 0,041 Pâte à papier et papier 0,039 Equipements mécaniques 0,025 Agroalimentaire et boissons-0,061 Métaux non ferreux-0,080 Caoutchouc et plastiques-0,094 Produits métallurgiques-0,149 Autres (tabac/mobilier/produits du bois etc.) -0,346 Habillement-0,431 Cuir et chaussures-0,617 Edition, imprimerie et supports enregistrés-0,635 Textiles-0,646 Source: PAEP/SEADE, 1996 (1) uniquement les entreprises contrôlées par des capitaux étrangers, de 100 salariés minimum, ayant effectué de la R&D interne systématiquement ou non
PAEP/SEADE, 1996

Comme on peut le voir dans le Tableau 2, cinq secteurs présentent les scores positifs les plus élevés : instrumentation et robotisation, métaux de base, ordinateurs et machines de bureau, équipements électroniques et de télécommunications, et équipements aéronautiques et de transport ferroviaire. Si on fait exception des métaux de base, les quatre autres secteurs sont considérés comme des secteurs fortement scientifiques, selon la classification de Pavitt (Pavitt K., 1984 ; Bell M. et Pavitt K., 1993), et très fortement dépendants des savoirs et des qualifications pour développer leurs acquis technologiques et leurs capacités d’innovation.
A l’inverse, les scores Facteur 2 négatifs les plus importants relevés dans les secteurs des textiles, de l’édition, de l’imprimerie, des supports enregistrés, de l’habillement et des autres industries (tabac, mobilier, produits en bois) doivent être attribués à leur plus grande propension à acquérir des biens d’équipement d’origine nationale et à leur effort plus limité en R&D. En d’autres termes, selon la même taxonomie, des secteurs comme le textile, l’habillement, le mobilier, les produits du bois peuvent être définis comme étant dominés par leurs fournisseurs et très dépendants des fournisseurs d’équipements et d’autres intrants de production pour améliorer et changer leurs produits et leurs méthodes de production (op. cit., p.178).
Cependant, afin de contrôler l’impact que peut avoir la taille de l’entreprise, un croisement des scores moyens MT 2 et des secteurs a été réalisé pour le groupe des plus grandes entreprises de plus de 671 salariés contrôlées en tout ou partie par des capitaux étrangers (Tableau 3).
Deux secteurs ont les scores les plus élevés – les équipements aéronautiques et ferroviaires et les métaux de base – ce qui indique que ces industries dépendent fortement d’avantages d’échelle, de liens étroits avec les fournisseurs locaux de biens d’équipement ainsi que des activités internes de R&D pour développer et approfondir leurs capacités de production et leurs savoirs technologiques. Le premier de ces deux secteurs est surtout représenté au Brésil par le constructeur aéronautique EMBRAER qui a été privatisé en 1994. En fait, cette entreprise a bâti avec succès une trajectoire technologique cumulative sous le régime des militaires comme entreprise publique. Depuis sa création, vers le milieu des années 60, EMBRAER se dote de capacités technologiques et a des performances économiques et exportatrices de haut niveau, établissant des liens étroits avec ses fournisseurs, locaux et internationaux, de pièces et de composants et en réalisant un effort technologique interne très intensif, en particulier dans les activités d’ingénierie et de projets, orienté vers l’absorption, l’assimilation, la mise à jour constante de ses technologies existantes et le développement de produits et procédés totalement nouveaux (Dalman C. et Frischtak C., 1993).

Tableau 3.
Scores moyens MT 2 (Modèle technologique basé sur les ressources locales) des entreprises étrangères (1), par secteur d’activité
IMGIMGTableau 3. Scores moyens MT 2 (Modèl...IMGIMF
Tableau 3. Scores moyens MT 2 (Modèle technologique basé sur les ressources locales) des entreprises étrangères (1), par secteur d’activité re Secteur d’activité MT 2 (scomoyen) Autres transports (équipements aéronautiques et ferroviaires) 4,722 Métaux de base 2,033 Equipements électroniques et de télécommunications 0,761 Pâte à papier et papier 0,196 Automobile 0,174 Produits métallurgiques 0,099 Agroalimentaire et boissons 0,089 Métaux non ferreux 0,038 Chimie et pharmacie 0,025 Caoutchouc et plastiques 0,003 Equipements électriques-0,039 Autres (tabac/mobilier/produits du bois etc.) -0,148 Habillement-0,153 Equipements mécaniques-0,307 Instrumentation et robotisation-0,469 Textiles-0,576 Cuir et chaussures-0,617 Edition, imprimerie et supports enregistrés-0,637 Source: PAEP/SEADE, 1996 (1) Uniquement les entreprises de plus de 671 salariés contrôlées par des capitaux étrangers (nœud 3, Figure 2)
PAEP/SEADE, 1996

Au contraire des configurations du premier arbre de répon-ses, pour lequel la taille des entreprises était considérée comme le principal déterminant dans la différence de comportement entre MT 1 et MT 2, la première variable prédictive pour MT 3 est la variable de la nationalité (Figure 3). Elle indique que des entreprises étrangères de diverses tailles et de différents secteurs ont réalisé des changements technologiques basés sur des biens d’équipement importés. Un tel résultat est tout à fait en concordance avec la stratégie générale des multinationales, c’est-à-dire qu’elles ont profité de la libéralisation des échanges commerciaux pour effectuer des transferts de technologie basés sur l’importation d’équipements.
Figure 3.
Segmentation (arbre de réponses) pour MT 3 (Modèle Technologique basé sur l’importation de biens d’équipement)
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PAEP/SEADE, 1996
En dépit de cette tendance générale, le score positif le plus élevé mentionné dans le « nœud 3 » indique que les filiales des entreprise espagnoles, françaises, australiennes et argentines sont davantage susceptibles d’importer des biens d’équipement que celles des autres pays. Cependant le coefficient positif élevé peut indiquer le contraire, c’est-à-dire que ce groupe augmente les capacités technologiques locales par des activités locales de R&D.
Cependant, un examen plus détaillé des déterminants de MT 3 montre que la corrélation positive élevée du nœud 3 est plus en rapport avec l’importation d’équipements qu’avec l’effort de R&D (Tableau 4). En fait, comme on peut le voir dans le tableau 4, la première place, et de loin, du secteur chimie et pharmacie dans l’importation de biens d’équipement pousse le score MT 3 du nœud 3 vers le haut en dépit du fait que cette même industrie possède en général une importante proportion de son personnel travaillant en R&D.

Tableau 4.
Proportion du personnel en R&D et achats de biens d’équipement importés dans les entreprises contrôlées par des capitaux étrangers (1), par secteur d’activité
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Tableau 4. Proportion du personnel en R&D et achats de biens d’équipement importés dans les entreprises contrôlées par des capitaux étrangers (1), par secteur d’activité % achats de biens Secteurs d’activité % personnel R&D d’équipement importés Agroalimentaire et boissons 18,6 16,1 Textiles 0,0 2,4 Chimie et pharmacie 37,4 74,5 Caoutchouc et plastiques 12,8 1,1 Métaux de base 0,0 0,0 Produits métallurgiques 4,0 0,5 Equipements mécaniques 1,8 0,0 Ordinateurs et machines de bureau 3,8 0,0 Equipements électriques 13,8 2,1 Automobile 7,8 3,3 Total 100,0 100,0 Source: PAEP/SEADE (1) Uniquement les entreprises d’au moins 100 salariés dont le capital est contrôlé par l’Espagne, la France, l’Australie, l’Argentine et d’autres pays d’Europe de l’Ouest
PAEP/SEADE

Le score négatif élevé du « nœud 5 » (Figure 3) attire éga-lement notre attention. Il indique une corrélation inverse entre l’importation de technologie et l’activité de R&D dans un groupe spécifique de secteurs et de nationalité des multinationales. Par essence, leur capital provient des Etats-Unis, de l’Italie, du Mexique ou du Canada, et elles sont concentrées dans les secteurs de la chimie, des équipements électriques, des métaux de base, des métaux non ferreux et de l’automobile. Ce résultat peut indiquer deux comportements technologiques différents à l’intérieur de ce groupe d’entreprises : d’une part, elles peuvent investir proportionnellement plus dans les biens d’équipement étrangers qu’en personnel R&D, cette situation les rendant davantage représentatives de MT 3 ; d’autre part, ce groupe peut entreprendre un effort technologique proportionnellement plus grand en R&D qu’en importation de technologies matérielles, une condition qui les rendrait plus représentatives de MT 2. C’est pourquoi, afin de vérifier quel est le modèle technologique prédominant dans ce groupe de filiales, nous avons vérifié la proportion de salariés diplômés travaillant dans les activités de R&D, de même que les investissements en biens d’équipement nationaux et étrangers, par secteurs d’activité dans ce groupe d’entreprises (des pays nommés ci-dessus). activités de R&D et les achats de biens d’équipement importés, par secteur, uniquement pour l’ensemble des filiales du « nœud 1 » de la Figure 3. Les résultats indiquent que le score négatif élevé de MT 3 que l’on trouve dans les secteurs de la chimie, des équipements électriques, des métaux de base, des métaux non ferreux et de l’automobile (des pays mentionnés) (nœud 5) est davantage en rapport avec leur effort en R&D qu’avec leur stratégie d’importation de technologies. Ces mêmes industries présentent également en général des taux importants d’effort d’acquisition de capitaux nationaux.

Tableau 5.
Proportion du personnel en R&D, achats de biens d’équipement nationaux et étrangers dans les entreprises contrôlées par des capitaux étrangers (1), par secteurs d’activité
IMGIMGTableau 5. Proportion du personnel e...IMGIMF
Tableau 5. Proportion du personnel en R&D, achats de biens d’équipement nationaux et étrangers dans les entreprises contrôlées par des capitaux étrangers (1), par secteurs d’activité % achats de % achats de % biens biens Secteurs d’activité personnel d’équipe- d’équipe-R&D ment ment nationaux importés Agroalimentaire et boissons 2,9 19,5 56,5 Textiles 0,0 0,0 0,0 Habillement 0,0 0,0 0,0 Pâte à papier et papier 0,6 9,7 9,8 Edition, imprimerie et supports enregistrés 0,1 0,0 0,0 Chimie et pharmacie 19,1 10,9 6,0 Caoutchouc et plastiques 5,1 6,3 4,1 Métaux non ferreux 1,6 0,9 0,3 Métaux de base 10,1 9,0 2,0 Produits métallurgiques 0,8 0,4 0,6 Equipements mécaniques 5,1 5,1 4,6 Ordinateurs et machines de bureau 0,6 0,0 0,0 Equipements électriques 1,7 0,5 0,1 Equipements électroniques et de télécommunications 0,6 3,1 7,2 Equipements d’instrumentation et de robotisation 2,9 1,1 0,3 Automobile 48,8 33,4 7,9 Autres équipements de transport (air et rail) 0,1 0,0 0,6 Autres (tabac/mobilier/produits du bois etc.) 0,0 0,1 0,0 Total 100,0 100,0 100,0 Source: PAEP/SEADE (1) Uniquement les entreprises d’au moins 100 salariés dont le capital est contrôlé par les USA, l’Italie, le Mexique, le Canada ou d’autres pays d’Europe de l’Est Le tableau 5 montre la proportion du personnel affecté aux
PAEP/SEADE

Ce comportement technologique pourrait s’expliquer en partie par le programme d’industrialisation intensive mené au Brésil depuis les années 80 et destiné à remplacer l’importation de biens d’équipement et de biens intermédiaires. Une telle stratégie a favorisé fortement les investissements directs étrangers dans des secteurs tels que la chimie et la pharmacie, les métaux, les biens d’équipement faits sur mesure, l’automobile et les pièces détachées automobiles. Il en est résulté le développement d’un certain nombre de liens à divers niveaux avec les entreprises locales pour fournir des technologies matérielles, en particulier dans des industries davantage intégrées à la chaîne de production, comme l’automobile, les pièces détachées automobiles et les biens d’équipement sur mesure. D’autre part, ces industries ont trouvé nécessaire d’entreprendre des recherches au niveau local plutôt que de se reposer sur les technologies de leur maison mère « …en raison de certaines particularités de l’environnement du Brésil, dont les matières premières (chimie et métaux), et des besoins spécifiques du marché (produits pharmaceutiques, voitures roulant 100% à l’alcool, etc.) » (Dahlman C. et Frischtak C., 1993, p.12).
En outre, le modèle technologique inverse se voit dans l’industrie agroalimentaire et des boissons dans ce même groupe de filiales (Tableau 5). Ce secteur montre un taux d’effort dans l’importation de technologies matérialisées en biens d’équipement (56,5%) extrêmement supérieur à leur taux d’investissement dans les activités de R&D (2,9%). Cela suggère que les entreprises étrangères du secteur agroalimentaire et des boissons, malgré leurs efforts d’adaptation de leurs produits, y compris la construction de centres régionaux de R&D dans l’Etat de São Paulo (Franco E., 1998 ; Quadros R. et al, 2001), continuent d’adopter le transfert de technologie basé sur l’importation d’équipements comme activité technologique prédominante au Brésil.
 
LES IMPLICATIONS POUR LES CAPACITÉS TECHNOLOGIQUES LOCALES : CONCLUSION
 
 
Si on considère que les capacités technologiques, c’est-à-dire les capacités de gérer et de générer de nouveaux produits, de nouveaux procédés et de nouveaux services, deviennent l’un des moteurs les plus puissants de la compétitivité des entreprises, il est important de savoir quelles sortes de stratégie ont adopté les entreprises pour augmenter leur capacité innovatrice (Dodgson, 2000).
Les modèles technologiques identifiés dans la présente étude montrent que les filiales des multinationales implantées au Brésil ont développé une grande diversité de stratégies technologiques pour accumuler des capacités technologiques. Plus précisément, il y a des entreprises qui sont plus engagées dans l’acquisition de licences (MT 1) alors que d’autres sont prioritairement orientées vers l’importation de biens d’équipement (MT 3). Il existe également un autre groupe, qui est caractérisé par la recherche de ressources locales, telles que l’achat de biens d’équipement auprès de fournisseurs locaux et la réalisation interne de R&D (MT 2). Divers ouvrages montrent que ce dernier groupe d’entreprises est davantage susceptible d’intensifier son processus d’acquisition des savoirs et ses capacités technologiques locales, une fois que de tels efforts tendent à nécessiter davantage de personnel qualifié ainsi que ses liens avec les circuits locaux d’innovation (universités, instituts de recherche, etc.) et les fournisseurs locaux (Lall, 2000 ; Bell et Pavitt, 1995).
Les résultats empiriques indiquent également que des moyens si différents d’acquérir des savoirs sont fortement influencés par des variables économiques telles que le secteur d’activité, la taille et la stratégie des multinationales. Par exemple, les équipements mécaniques, les équipements électroniques et de télécommunications, l’édition, l’imprimerie et les supports enregistrés sont davantage engagés dans l’achat de technologies désincarnées (MT 1). Un tel résultat est conforme au schéma d’accumulation de technologies dans ces secteurs, schéma basé sur l’acquisition d’informations, de qualifications, de licences de production et d’assistance technique pour améliorer la qualité et les caractéristiques des produits et des services.
De plus, les résultats empiriques montrent que le comportement technologique des filiales basé sur l’acquisition de ressources locales (MT 2) est extrêmement concentré sur les plus grandes entreprises (plus de 670 salariés). Les équipements aéronautiques et les métaux de base sont les industries les plus représentatives de ce groupe, ce qui indique que ces secteurs (et en particulier le premier cité) dépendent dans une très grande mesure de leur échelle pour augmenter leur capacité technologique.
De plus, si on ne tient pas compte de l’influence de la taille des entreprises, des industries telles que les équipements d’instrumentation et de robotisation, les ordinateurs et machines de bureau, ainsi que les équipements électroniques et de télécommunications pourraient également être intégrés au groupe MT 2. De telles industries sont grandes consommatrices de technologies. Leur comportement technologique s’en trouve donc davantage affecté par leurs concurrents ; elles doivent introduire de nouveaux produits sur le marché plutôt que de se reposer sur des avantages d’échelle. En d’autres termes, elles exigent un renouvellement très rapide de leurs produits, une très grande productivité et de plus grands efforts pour augmenter leur capacité d’innovation et de compétitivité sur les marchés mondiaux.
Etant donné que l’automobile (plus particulièrement), la chimie, la pharmacie et les métaux de base montrent la plus grande corrélation inverse entre importation de technologies et activités de R&D, on les a également intégrés au MT 2, c’est-à-dire à un groupe d’entreprises qui ont mis en place des stratégies technologiques basées sur l’acquisition de ressources intérieures. Cependant, un tel comportement ne peut être attribué qu’aux multinationales aux capitaux provenant des Etats-Unis, d’Italie, du Mexique et du Canada.
Au contraire, les filiales d’entreprises espagnoles, françaises, australiennes et argentines, en particulier celles du secteur de la chimie et de la pharmacie, composent la majeure partie du MT 3 (effort technologique basé sur l’importation de biens d’équipement). La même industrie, dont les capitaux proviennent de différentes origines, a au contraire adopté une stratégie orientée vers les ressources locales, ce qui confirme l’hypothèse que l’entreprise a une influence sur les stratégies d’effort technologique.
Dans le groupe du MT 3, on peut inclure le secteur de l’agroalimentaire et des boissons (dont les capitaux étrangers proviennent des Etats-Unis, d’Italie, du Mexique et du Canada) qui présente un taux élevé d’importation de biens d’équipement. Un tel résultat est conforme à la stratégie générale de ce secteur d’activité fortement dépendant de l’importation de technologies (tout particulièrement les machines et les équipements) pour accroître sa productivité afin de pouvoir suivre la concurrence. Comme l’indiquent les résultats, l’industrie agroalimentaire et des boissons au Brésil a également réalisé des activités de R&D. Cependant, ces efforts, limités en comparaison des transferts de technologie, peuvent refléter une stratégie défensive dans ce secteur pour mieux se comporter dans un marché d’oligopole qui exige une grande vitesse d’innovation et une différenciation importante des produits.
En résumé, la diversité de stratégies des filiales des multinationales implantées au Brésil peut se comparer à l’approche technologique proposée par Freeman et Soete (1997). En fait, ces entreprises adoptent une stratégie plus réactive ou imitative qu’offensive. Cela est vérifié par les résultats empiriques de cette étude. Cela signifie que ces entreprises ont entrepris des efforts technologiques limités en profitant des transferts de technologie matérielle basés sur les machines et les équipements plutôt qu’en investissant dans la R&D ou dans l’acquisition ou la création de savoirs. Par conséquent, les filiales des multinationales implantées au Brésil sont peut-être davantage tournées vers le développement de leurs savoirs pour améliorer leur productivité plutôt que vers la construction de capacités technologiques et le renforcement de leur capacité d’innovation. Une telle stratégie générale peut être fortement associée aux imperfections multiples du marché dans l’économie brésilienne qui se caractérise par la croissance des grandes entreprises et les avantages d’échelle dans des secteurs plus compétitifs dominés par les filiales des multinationales (Lall, 1996) ainsi que par la faiblesse des entreprises nationales dans la réalisation d’activités technologiques (Quadros et al, 2001).
La question qui reste ouverte est celle qui concerne la manière dont les instruments de cette politique peuvent stimuler les activités d’innovation dans l’industrie brésilienne pour pouvoir augmenter sa capacité d’innovation et, par conséquent, sa compétitivité tant nationale qu’internationale. En fournissant quelques résultats d’ensemble des activités technologiques des multinationales au Brésil, la présente étude a essayé de contribuer à la formulation de technologies proactives et d’une politique scientifique, c’est-à-dire une politique davantage orientée vers la promotion de réseaux technologiques entre entreprises nationales et étrangères qui augmenteraient les capacités technologiques locales et les capacités innovatrices de l’ensemble de l’économie brésilienne.
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NOTES
 
[1]L’auteur remercie l’ensemble de l’équipe PAEP/SEADE pour ses efforts dans la préparation et la mise à disposition de la base de données, le principal matériau empirique analysé dans la présente étude. Je suis également particulièrement reconnaissante à Ruy Quadros, de l’Université de Campinas, au Brésil, pour les inestimables suggestions qu’il m’a faites, pour le travail de révision qu’il a accompli et pour tous les conseils qu’il m’a prodigués au cours de mes travaux de doctorat. Je remercie Sanjaya Lall, de l’Université d’Oxford, au Royaume-Uni, pour ses commentaires précieux et les références qu’elle m’a fournies pendant mon séjour à l’Université d’Oxford en tant qu’étudiante invitée. J’ai, enfin, une profonde reconnaissance envers la CAPES – l’Agence Brésilienne pour le Soutien aux Etudes de Troisième Cycle – qui a bien voulu financer ma recherche.
[2]La Fondation SEADE est l’agence gouvernementale de production de statistiques de l’Etat de São Paulo.
[3]Cet Etat est extrêmement représentatif de l’investissement direct étranger, avec 70% de toutes les filiales des multinationales présentes au Brésil. C’est, en outre, la région la plus importante du Brésil tant du point de vue économique que technologique avec environ 50% de toute la valeur ajoutée industrielle et de la main-d’œuvre du Brésil et 70% de la R&D industrielle (PAER, 2002).
[4]L’ensemble des entreprises les plus petites contrôlées par des capitaux étrangers (de 5 à 99 employés) ne sera pas analysé dans cette étude car la variable qui représente l’activité endogène de R&D (l’une des informations sera utilisée pour composer un indicateur de l’effort technologique dans les filiales) ne correspond qu’à des entreprises de 100 personnes et plus.
[5]Ainsi que le soulignent Bell et Pavitt (1995) : « La technologie est tellement complexe qu’elle ne peut être que partiellement incluse dans l’information codifiée ou dans le capital physique. (…) L’utilisation de technologies existantes aussi bien que l’innovation exigent des savoirs tacites qui sont très spécifiques à des produits, des procédés, des entreprises et des marchés particuliers et qui ne peuvent donc être acquis que par tâtonnements et par expérience dans des contextes particuliers » (pp.73-74).
[6]Cela comprend les dépenses annuelles des entreprises pour l’acquisition de licences, marques déposées, savoir-faire, brevets ainsi que l’assistance technique.
[7]La meilleure pondération dans ce cas serait entre le coût total de l’entreprise et l’acquisition par elle de technologies, mais une telle information n’était pas fournie par le PAEP.
[8]Elle est représentée par le carré moyen entre groupes par le carré moyen dans le groupe.
[9]En dépit du fait que la technique de la régression multiple peut refléter des relations de causalité précises si on la compare à la technique descriptive de l’arbre de réponses, la première est d’autant plus complexe qu’il y a des catégories de variables fictives dans le modèle.
[10]L’importance relative du transfert de technologie « désincarnée » devrait également varier selon les pays d’accueil, en fonction de leur capacité d’absorption, de la qualité de leurs entrepreneurs et du niveau de sophistication relatif ainsi que de la complexité de leur activité économique (op. cit., p.29).
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