2004
INNOVATIONS
Le réseau, outil de veille et de développement de l’entreprise ?
Cas des très petites entreprises guadeloupéennes
Emmanuel Djuatio
CLAREE/EREIA - Université d’Artois
Il n’est plus surprenant aujourd’hui de lire que le monde est
devenu un « village global », caractérisé par l’interdépendance
des économies. Pour les entreprises, cela se traduit concrètement par une augmentation des flux d’informations et une
complexification de l’environnement. Ces bouleversements
entraînent à coup sûr un changement de management (Kalika,
2000) des entreprises, puisque leur survie en dépend.
Les voies choisies par les entreprises pour intégrer les nouvelles dimensions de l’environnement sont diverses et variées.
C’est ainsi que le e-management sera privilégié par certaines
entreprises (Kalika, 2000), alors que d’autres, sans remettre en
cause l’utilité du e-management, opteront pour d’autres formes
de réseaux. C’est à juste titre que l’on voit émerger la notion de
réseau dans le cadre d’une démarche générale de recherche
d’outils théoriques et méthodologiques pour analyser le
fonctionnement des organisations. Celles-ci faisant recours soit
à des réseaux informels pour faciliter l’accès à l’information
(Birley, 1985 ; Aldrich et Zimmer, 1986), soit à des réseaux
structurés (Lecoq, 1988). Le concept de réseau connaît une
variété d’acceptions (Monnoyer-Longé, 1994). Il fait l’objet
d’une jungle terminologique entretenue par les différents domaines de recherche.
Après avoir présenté dans un cadre théorique de façon brève
le concept de veille, l’article insistera sur l’approche réseau
telle que analysée par les différentes disciplines. Une phase
méthodologique mettra en exergue la démarche suivie. Enfin,
les résultats seront présentés dans la troisième partie. La
dernière partie, sera l’occasion de « conclure » ce travail.
La veille
La rapidité a métamorphosé la façon de produire et de gérer
(Paturel et al, 1999). L’entreprise quelle qu’elle soit, grande ou
petite, vit dans un environnement industriel et commercial
exigeant et complexe. Cette complexité impose un système de
vigie (Croué, 1999) ; car pour assurer sa survie et continuer son
développement, l’entreprise doit faire face aux mutations de
son environnement (Brilman, 1991), anticiper les évolutions
économiques, sociologiques et technologiques futures. La
veille peut être analysée comme un ensemble de moyens et de
méthodes dont dispose l’entreprise pour observer, écouter et
analyser son environnement (Djuatio, 2000). A ce titre, elle
constitue non seulement un des éléments fondamentaux de la
survie des organisations, mais est au cœur de leur dispositif
stratégique. La veille stratégique est le processus informationnel par lequel l’entreprise se met à l’écoute anticipative des
signaux faibles de son environnement (Lesca, 1994). Elle est
tournée vers l’écoute prospective. C’est le radar du navire
(Aguilar, 1967). Elle n’est ni plus ni moins qu’un outil de la
compétitivité des entreprises. Sa finalité est de permettre la
saisie d’opportunités et la prévention de risques, de façon aussi
anticipée que possible (Lesca, 1994). Elle concerne tous les
domaines de la vie et les entreprises ne sont pas seules à être
concernées : de plus en plus d’administrations le sont également (Russel et al., 1992).
La littérature recense plusieurs facettes de la veille dont
nous présenterons ici, quelques-unes.
– La veille commerciale consiste à s’informer de façon permanente sur les agissements des concurrents directs de l’entreprise. Elle s’intéresse aux actions marketing mises en œuvre
par ces firmes concurrentes. Les actions peuvent relever du
court, moyen ou long terme.
– La veille technologique. La veille technologique serait un
concept relativement nouveau dans les études de chercheurs
(Julien, 1997) ; même si ceux-ci l’ont toujours pratiqué par le
biais des congrès et autres conférences scientifiques. De plus
en plus présente dans les entreprises (PME et TPE), elle permet
de surveiller l’évolution technologique, d’observer les innovations intervenues chez les concurrents afin d’organiser les
actions anticipatives. Ces innovations nouvelles déterminent
les futurs standards qui finiront par être la base minimum de
l’offre de la profession tout entière (Croué, 1999). La veille
technologique doit être permanente pour permettre à l’entreprise non seulement de maintenir, mais aussi d’augmenter sa
capacité concurrentielle. Elle doit le moment venu, faciliter
l’adaptation de l’entreprise aux mutations de son environnement. Elle repose avant tout sur la capacité de l’entreprise à
accéder aux sources d’informations spécialisées non spécialement reliées entre elles (Julien, 1997). En effet, les sources
d’information sont multiples et l’entreprise aurait tort de ne
s’en tenir qu’à une seule.
– La veille juridique. Elle consiste à mettre sur pied un dispositif de surveillance de l’évolution des lois et règlements dans
son domaine d’activité. Cette surveillance permet d’anticiper
les actions du législateur ou tout décideur politique dans le sens
des intérêts de notre entreprise. La veille juridique apparaît
donc comme un instrument d’influence et de lobbying.
Ces différentes veilles sont devenues l’une des contraintes
de la stratégie des entreprises ; et qu’il s’agisse des firmes de
grandes ou petites dimensions, leur environnement s’est considérablement élargi en se complexifiant tant au niveau technologique que des marchés. Désormais, la vision locale du marché doit être dépassée pour une approche plus globale. Plus
vulnérable que la grande entreprise à cause de sa petite dimension, la TPE se heurte au double obstacle du coût d’accès et du
choix pertinent des informations. Or l’exigence d’ouverture sur
l’environnement global est patente. Le problème majeur
semble être celui de l’outil favorisant l’intégration de l’entreprise dans cet environnement complexe. Une des réponses
réside dans le rattachement à un réseau (Fourcade, 1994).
Qu’est ce qu’un réseau ?
Le réseau
Le concept de réseau soulève depuis quelques années un
intérêt sans cesse grandissant et tend à occuper une place de
choix dans le champ de connaissance qu’est la gestion des
organisations. Le terme a été au cœur d’un certain nombre
d’études à la fois conceptuelles (Paturel et al., 1999 ; Joyal,
1997 ; Bejean et al., 1997 ; Callon, 1992) et empiriques (Béjean et al., 1997 ; Fulconis, 1999 ; Monnoyer-Longé, 1994). Il
constituerait dans la littérature de gestion, le phénomène majeur de ces dernières années (Szarka, 1990). Si l’intrusion des
Sciences de Gestion dans le monde résiliaire est récente, tel
n’est pas le cas des autres disciplines. Le champ de recherche
relatif à ce concept est varié. Cette variété tient aux diverses
disciplines (physique, économie, sociologie...) qui y recourent.
a) Les approches disciplinaires du réseau
Quatre champs disciplinaires vont particulièrement attirer
notre attention.
– Les travaux d’inspiration sociologique
En réaction contre les analyses de Talcott Parsons relatives
aux systèmes sociaux et aux valeurs consensuelles (Granovetter, 2000), les travaux sociologiques ont abordé le concept
au travers de l’analyse de réseaux sociaux (White et al., 1976 ;
White, 1981). Puis, cette notion a été largement revisitée par
les travaux de Granovetter (1979,1985,1990,2000) dont la
démarche tend à comprendre les relations sociales dans l’activité économique. L’auteur (Granovetter) met en exergue la place des actions individuelles et la manière dont celles-ci sont
liées entre elles. Les individus ne vivent pas comme des
« atomes », prenant des décisions de façon isolée. La structure
sociale à laquelle ils appartiennent influence leur comportement. En insistant sur les réseaux sociaux, l’approche socio-logique entend donner une place plus importante aux aspects
relationnels qu’à l’individu. L’action économique est encastrée
au sein de réseaux de relations personnelles qui placent les
individus les uns avec les autres (Laville et al., 2000). Les
choix d’un individu ne peuvent faire abstraction des choix et
des comportements des autres individus. Dans certaines situations, ils sont en grande partie prédéterminés par ceux faits
avant lui par un grand nombre d’autres acteurs qui lui imposent, souvent sans le vouloir et sans le savoir, des comportements qu’il n’a pas vraiment choisis (Dosi et al., 1991). Ils sont
fonction de la nature des liens personnels entre les membres
d’un réseau. Les réseaux sociaux sont une articulation entre les
niveaux macro et microéconomique (Granovetter, 2000). Leur
compréhension ne saurait se faire au travers de la simple
analyse des motivations individuelles comme le prétend la psychologie. Les travaux de Freeman (1977) complétés par ceux
de Burt (1982,1992), bien qu’adossés à l’analyse des réseaux,
mettent quant à eux, en lumière le rôle des acteurs et leur
position dans les organisations dont ils sont parties prenantes.
Les réseaux sociaux d’adoption chers à M. Callon (1999),
privilégient les acteurs humains par rapport aux techniques qui
jouent un rôle plutôt passif ; ils analysent la diffusion d’un
système de production, d’un produit final, en s’intéressant aux
adopteurs potentiels. En effet, les adopteurs potentiels présentent des similitudes profondes. Ce sont les similitudes ou
ressemblances entre acteurs d’un système qui conditionnent
son adoption par ceux-ci. Les adopteurs se ressemblent tout
simplement parce qu’ils constituent un groupe social muni de
son identité propre et qui rend prévisible le comportement de
chacun des ses membres. A tout moment, il est non seulement
possible d’identifier la population d’adopteurs, mais aussi son
existence. C’est ainsi que toute entité, et toute association,
quelle qu’elle soit doivent être prises en considération dans le
tracé des profils d’association. Cette prise en compte s’explique par les transformations qui s’opèrent au fur et à mesure que
le processus d’adoption avance.
Malgré les différences de conception liées à la variété de
secteurs institutionnels (politique, économique, culture...) étudiés par les auteurs, l’analyse de la vie sociale ne saurait se
limiter à un seul secteur. Il ne serait pas inintéressant de
s’attarder sur le réseau tel que appréhendé par les sciences de
l’ingénieur.
– L’approche des Sciences de l’Ingénieur
Dans les sciences de l’ingénieur, les réseaux ont été abordés
sous l’angle de l’interconnexion spatiale d’objets dont la liaison favorise le transport de matières ou d’informations d’un
endroit vers un autre. L’organisation physique, l’inscription
dans un espace, la prise en compte de la distance sont les
variables fondamentales de cette approche réseau. Les réseaux
reconfigurent radicalement le paysage physique (Lier, 1992).
L’intrusion des réseaux dans les sciences de l’ingénieur n’est
pas récente. Si la fin du siècle dernier a été marquée par
l’apparition du réseau de réseaux (Internet) dans le domaine
des télécommunications, les premiers réseaux Bureautique sont
apparus en 1970 (Margirier, 1990), le système météorologique
international fonctionne en réseau depuis 1854. D’une utilisation purement professionnelle au départ, ces réseaux ne relient
plus de nos jours seulement que les différents sites de production entre eux. Leur public s’est élargi passant des organisations commerciales aux consommateurs finaux. Par ailleurs,
l’information transportée est de nature diverse (texte, image,
voix) et touche une variété de domaines (commercial, militaire,
familial). Avec le web, un nouveau vocabulaire tend à s’imposer : lorsqu’ils ne « surfent » pas sur le web, les « internautes » y « naviguent » en conquérants. La métaphore navale
évoque les explorateurs d’un nouveau monde, d’un « cyberespace » (Gibson W., 2001). L’espace en question est
immatériel, impalpable, l’on a du mal à le visualiser et il nous
échappe d’autant plus qu’il ne répond pas aux logiques
habituelles, qu’elles soient juridiques, culturelles ou économiques. Heureusement l’élaboration des standards admis par tous
les constructeurs contribue à rendre compatible les différentes
connexions au réseau. Le modèle des réseaux sociaux d’adoption, la loi de recrutement qui est postulée (Callon, 1999),
rend bien compte de cette démarche de standardisation. Par
ailleurs, les acteurs sont suffisamment semblables pour être
voués, tôt ou tard, à l’adopter (Stoneman, 1983 in Callon,
1999). Les réseaux en tant qu’instruments techniques fixent
l’espace de circulation et contribuent à fabriquer des irréversibilités sur lesquelles il est difficile de revenir (Callon,
1991).
Comme nous pouvons le constater, le concept de réseau est
chargé d’une forte matérialité et d’une visibilité liée à la
construction d’infrastructures (Monnoyer-Longé, 1994), et la
distance sur laquelle les informations sont véhiculées constitue
le principal critère discriminant (Margirier, 1990). Qu’en est-il
de l’approche économique ?
– L’approche des Sciences Economiques
L’économiste n’attache pas au concept la notion d’interconnexion. C’est plutôt l’idée d’intermédiation qui émerge. Les
réseaux sont des objets technico-économiques mettant en
relation fournisseurs et consommateurs de biens et services
(Curien, 1992) ; ils rendent compte des moyens par lesquels un
acteur économique se développe en exploitant un potentiel de
développement technologique (Pernin, 1994). Concrétisation
d’une intermédiation économique, il est l’instrument fondamental de l’allocation des ressources. Pour le système économique, il structure les relations entre agents économiques. Tous
les acteurs économiques fonctionnent sur un modèle en réseau.
Il constitue le mode d’inscription des agents économiques dans
les relations sociales ; ce que Granovetter qualifie volontiers
d’encastrement. Le réseau peut être conçu comme un ensemble
de relations qui relie des agents (entités), individus ou groupes
d’individus, selon la terminologie de Béjean et Gadreau (1997).
Ce lien entre agents ne peut se comprendre de façon aisée que
parce qu’à la base, il existe l’échange. Echange motivé par le
désir de satisfaire des besoins : ces besoins peuvent être de
nature diverse, et traduisent de facto l’interdépendance entre
membres du réseau. Les agents sont insérés (encastrement)
dans un système relationnel de voisinage à influence mutuelle.
L’une des caractéristiques de l’économie, c’est d’être un réseau
en évolution (Kirman, 1999), se transformant au cours du
temps en fonction de l’état des forces en présence et des
compromis passés entre les acteurs (Callon, 1999). Aucun
réseau ne peut être considéré comme définitivement stabilisé
puisque les situations d’indétermination sont sans cesse
nombreuses. Méso-unité active, le réseau est un acteur économique, un espace d’élaboration de dynamiques propres
(Pernin, 1994), pouvant permettre la diminution des coûts de
transaction.
Contrairement aux approches précédentes, l’analyse économique des réseaux constitue un domaine scientifique en
construction qui trouve son origine dans l’analyse économique
des réseaux d’infrastructures de type télécommunications ou
transports (Béjean et al., 1997). Elle permet de porter un regard
plus global sur les mutations de l’environnement économique.
Si à la lumière de ce qui précède, le réseau peut être vu comme
un support d’intermédiation économique, structurant les relations entre agents (Curien, 1992), quelle perception en a le
gestionnaire ?
– L’approche managériale
Dans les sciences de l’entreprise, le phénomène réseau est
perçu comme un mode d’organisation ayant pour objectif, la
coordination d’activités dans un cadre environnemental
susceptible de créer des externalités et des compétences cumulatives. Son développement ne se formule pas en termes de
coûts de transaction (Guilhon et al., 1990), mais d’espaces de
relations, d’innovation et de stratégie (Fourcade, 1994). Ces
relations que les firmes entretiennent entre elles sont de nature
très variée : relations entre entreprises de même branche,
relations inter-industries, relations de sous-traitance, relations
d’échange de main-d’œuvre, relation d’échange de savoirfaire... Dans une démarche gestion organisationnelle, le réseau
apparaît donc comme une forme intermédiaire de coordination
économique, d’allocation de ressources qui, face à la vision
très compartimentée et horizontale de l’entreprise oppose une
optique transversale. Face à l’instabilité de l’environnement et
au raccourcissement du cycle de vie des produits, il faut une
mutualisation des coûts et des risques en les répartissant entre
plusieurs partenaires. L’optique réseau s’intègre dans une
démarche de complémentarité et de solidarité qui s’établit entre
les membres, favorisant l’apprentissage collectif. Une organisation doit apprendre pour accroître sa compréhension des mécanismes de changement (Guilhon et al, 1990). La démarche
résiliaire apparaît comme un sentier d’apprentissage rapide
dans un environnement caractérisé par la complexité des relations interentreprises ; elle reconfigure radicalement le paysage
de l’entreprise, fait naître des fonctions nouvelles, mais surtout
des modes de représentation et des modalités d’action et de
rupture avec le système traditionnel de production, de distribution, et de gestion. Elle est un moyen efficace d’acquisition
de ressources externes (Hakansson et al., 1985). L’entreprise
doit étendre partout ses bras, tisser une toile toujours plus
riche, plus diverse, plus dense de relations avec ses actionnaires, ses clients, ses fournisseurs, ses concurrents, les groupements professionnels (Lier, 1992). Elle construit des partenariats pour créer de nouvelles opportunités de marché, pour
exploiter des possibilités d’accès au marché global, ou pour
acquérir davantage de précisions concernant les exigences de la
clientèle (Gordon, 1990) ; pour se développer, pour externaliser les tâches qui ne sont pas de son métier, sur lequel elle se
concentre, pour partager ses investissements (Lier, 1992) ;
gérer la complexité en répartissant les rôles stratégiques
complémentaires (Miles and Snow, 1986). Si l’option réseau
implique pour la firme une métamorphose en profondeur
(Butera, 1993), elle lui permet potentiellement de réduire les
coûts et d’accroître les bénéfices ainsi que sa vitesse de
réaction (Paturel et al., 1994), renforçant du coup l’avantage
concurrentiel porterien (Porter, 1986).
De ce qui précède, l’existence d’une inflation de réseaux ne
fait aucun doute. « Tout est réseau, alors rien n’est réseau »
(Béjean et al, 1997). Si le champ des recherches s’étend à la
fois sur les grandes et les moyennes entreprises, force est de
constater que les TPE ont très peu contribué aux travaux des
chercheurs. Par ailleurs, l’incapacité des grandes entreprises à
créer des emplois pendant la longue crise de l’emploi qui a
marqué les économies industrialisées dans les dernières décennies du siècle précédent rend récurrente la problématique du
développement de la TPE. Il se pose donc la question de sa
survie dans un environnement sans cesse en mutation. Si les
structures résiliaires sont fondamentales à la pérennisation de
la PME (Julien, 1994), quelles approches ont retenu l’attention
des chercheurs ? Dans les travaux relatifs aux réseaux de PME,
des auteurs (Monnoyer-Longé, 1994 ; Julien, 1997), mettent en
évidence la diversité de besoins d’information et de partage
d’expérience, la recherche de complémentarité comme fondement de leur démarche résiliaire. D’autres insistent sur le réseau comme lieu de manifestation de l’interdépendance des
PME situées sur un même territoire (Maillat et al., 1992). Pour
Perrin (1991), les réseaux naissent du besoin relationnel
inhérent à l’innovation et à la création d’activités. Dans les
territoires dominés par les petites entreprises, la démarche
résiliaire serait enfin un moyen d’ouverture à l’international
(Fourcade, 1994). Si ces études sont intéressantes parce
qu’elles définissent le type de réseau, les modalités d’insertion
des petites et très petites entreprises et mettent en lumière
l’importance du réseau pour leur survie, leur faiblesse est de
passer sous silence les caractéristiques des TPE susceptibles
d’intégrer un réseau. Dans le cadre de ce travail, le réseau doit
être compris comme une structure, un centre de compétences
au service des TPE membres. De ce qui précède, l’hypothèse
suivante peut être formulée.
L’hypothèse centrale de ce travail peut être formulée de la
façon suivante : « L’appartenance de la TPE à un réseau est
fonction de son degré d’exposition au risque »
Elément essentiel du management stratégique (Mayrhofer,
2000), le risque recouvre à la fois les notions d’aléa et
d’incertitude (Koenig, 1996). Or l’accélération des mutations
de l’environnement économique expose la TPE à différents
types de risques qu’elle est amenée à évaluer. Pour Miller
(1992), le concept de risque revêt un caractère multidimensionnel. Ce qui permet de mettre en évidence trois catégories
de risques (Mayrhofer, 2000) :
- les risques relatifs à l’environnement général des firmes
(instabilité politiques, instabilité des politiques gouvernementales, risques macro-économiques, risques sociaux
et risques naturels) ;
- les risques liés au secteur d’activité des firmes (risques associés au marché des imputs, à la demande et à la
concurrence) ;
- les risques spécifiques aux firmes (risques opérationnels,
risques liés à la responsabilité des entreprises, à la
recherche et développement, aux financements et aux
comportements des salariés).
N’ayant pas la prétention dans ce travail de traiter des
différentes acceptions du risque, le risque doit être entendu ici
comme tout événement susceptible d’hypothéquer le développement de la TPE. Il peut s’agir du risque de disparition du
marché ou tout simplement d’une perte de position sur le
marché.
Quant au degré d’exposition, il s’analysera au travers de la
particularité de ce type d’organisation, et surtout des facteurs
susceptibles d’influencer la décision de l’entreprise. Ces facteurs peuvent être internes ou externes à l’entreprise. Les
facteurs internes ont trait aux objectifs de croissance de
l’entreprise, aux perspectives de difficultés (Cavusgil, 1976 ;
Cavusgil et al., 1981). Les facteurs externes, plus nombreux
sont liés à l’environnement. C’est ainsi qu’ils seront relatifs à
la pression concurrentielle, au secteur d’activité, au potentiel
du marché (O’Rourke, 1985). Cependant, si toutes les entreprises sont exposées au risque, une partie seulement réagira en
s’engageant dans un réseau.
Sous-hypothèse n°1 « Le niveau élevé de formation du
dirigeant (ou son expérience) accroît sa capacité à percevoir le
risque. Ce qui permet de prédire qu’il cherchera à faire partie
d’un réseau structuré ».
Le dirigeant. L’analyse du dirigeant est importante puisque
dans les TPE, il est très souvent non seulement le créateur de
son affaire, mais aussi le seul détenteur des capitaux. Aucune
décision n’est prise sans son approbation et les objectifs de
l’organisation sont fortement déterminés par ses objectifs
personnels (Djuatio, 1997). En général, la TPE est très souvent
l’affaire d’un homme (Bauer, 1990), la fonction entrepreneuriale y est indivisée (Mc Guire, 1976), et une gestion personnalisée tenant à la très forte interdépendance entre l’entrepreneur et l’entreprise (Fourcade, 1994).
Deux caractéristiques sociodémographiques importantes des
dirigeants membres du réseau sont mises en évidence : le
niveau de formation et l’expérience professionnelle.
Expérience professionnelle. C’est l’ensemble des savoirfaire, des connaissances, des valeurs propres et spécifiques
(Hugron et al., 1998), accumulés par le dirigeant antérieurement à son arrivée à la tête de son affaire. L’expérience passée
du dirigeant peut être perçue comme un facteur de bonne
gestion. Elle renvoie au parcours de vie du dirigeant. Celui-ci
peut avoir comporté ou non des échecs. Il est certain
qu’expérimenté, le dirigeant sera moins fougueux et plus
réaliste. L’expérience doit être analysée comme un acte de
formation (Barbier, 1996), puisqu’elle s’accompagne d’une
activité d’analyse, d’étude et de recherche sur soi-même.
Le niveau de formation. Il s’analyse au travers d’un cursus
de formation classique ayant donné lieu à obtention ou non
d’un diplôme. Le niveau de formation est intéressant puisqu’il
permet de rendre compte de la capacité du dirigeant à
comprendre les mutations de l’environnement. Dans une étude
(Djuatio, 1997) sur les déterminants de l’internalisation de la
PME, la relation niveau de formation, expérience et internationalisation est forte. Par ailleurs pour utiliser à bon escient
l’information obtenue et pour profiter pleinement du réseau, il
faut être formé. Cette variable est discriminante pour les firmes
qui recourent aux technologies modernes (Julien, 1997).
Sous-hypothèse n°2 « L’isolement géographique de l’entreprise augmente les incertitudes de l’environnement et favorise
le désir de mutualisation des risques par l’adhésion à un
réseau ».
L’isolement peut s’analyser comme la somme de facteurs
pouvant influencer la circulation de l’information de l’entreprise vers le marché et du marché vers l’entreprise. Il s’appréhende donc en terme de distance. Cette distance génératrice
de bruit condamne l’entreprise à s’organiser (veille) pour
mieux écouter son environnement. La veille doit contribuer à
rechercher, à trier et à analyser l’information. Elle est d’autant
nécessaire que l’environnement soit turbulent. Le flot des
informations en provenance du marché, le raccourcissement
des délais, le coût relativement élevé de la collecte de données
ne sont pas à la portée de la très petite entreprise. S’intégrer
dans une structure (réseau) lui permet non seulement le partage
des coûts, une mutualisation des risques (Sarter, 1998), mais
aussi de mieux appréhender l’environnement. Quant à l’incertitude, elle se caractérise par des situations où les acteurs peuvent être surpris, par des relations de cause à effet contraires à
leurs attentes (Koenig, 1996).
Sous-hypothèse n°3 « Le secteur d’activité est une variable
permettant d’envisager l’engagement futur de la TPE dans un
réseau ».
Le secteur d’activité est le domaine dans lequel opère
l’entreprise. Il peut s’agir du secteur industriel, commercial ou
de services. La propension à adhérer à une structure réseau sera
fonction de la vitesse de changements pouvant intervenir dans
le secteur considéré. L’échantillon des TPE de cette enquête
n’est pas représentatif de l’ensemble des TPE sur le plan
national. Il s’agit uniquement des entreprises du secteur privé.
Des études sur l’internationalisation (O’Rourke 1985 ; Faucon
et al., 1994 ; Djuatio, 1997), montrent l’influence du secteur
d’activité dans la décision d’engagement de la PME.
Sous-hypothèse n°4 « L’absence d’une rente relationnelle
est prédictive de l’engagement dans un réseau ».
Très souvent dans son exploitation (matin et soir), le dirigeant de TPE assume personnellement et directement les
responsabilités financières, techniques, commerciales, et sociales quelle que soit la forme juridique adoptée. Ces responsabilités découlent en général du degré d’implication patrimoniale du dirigeant et de son extrême attachement moral à
l’exploitation (Yoncourt et al., 1989). L’échec de l’exploitation
est vécu comme un échec personnel ; car son cercle d’amis et
de connaissances est très souvent conditionné par sa qualité de
chef d’entreprise. La très petite taille des TPE ne leur permet
pas d’influencer fondamentalement leur environnement. Ce qui
explique une quasi-absence de rente relationnelle pour les
dirigeants de TPE. L’insertion dans les réseaux professionnels
peut être une réponse à cette lacune.
Les hypothèses ainsi énoncées, quelle démarche méthodologique appuie cette recherche ?
MÉTHODOLOGIE DE LA RECHERCHE
Dans le cadre de ce travail, nous avons utilisé l’analyse de
contenu et l’AFCM ciblée dans le but de résumer l’information
apportée par les thèmes abordés. Même si l’AFCM
[1] n’est pas
une méthode que l’on applique une fois pour toute, mais une
démarche d’étude comportant plusieurs étapes, elle semble être
la méthode la plus féconde en analyse de données. Elle est bien
adaptée au traitement des questionnaires, à l’exploitation d’enquêtes lorsque toutes les variables sont qualitatives ou lorsque
des variables quantitatives ont été transformées en variables
qualitatives ordinales (Volle, 1997). Un guide d’entretien bâti
autour de nos hypothèses a été élaboré et administré sur site
auprès de nos différents interlocuteurs. Ceux-ci sont essentiellement des responsables de TPE. Au total 81 chefs d’entreprises membres de TPE développement. Chaque entretien a été
entièrement enregistré. L’appartenance à TPE Développement
a été le critère essentiel du choix de nos entreprises puisque
l’objectif était de mettre en lumière les raisons ayant conduit à
l’adhésion au réseau. Ensuite, pour limiter notre population,
d’autres critères ont été pris en compte :
- l’effectif : ce sont des entreprises de 1 et 19 salariés ;
- l’indépendance : les entreprises de notre échantillon n’appartiennent à aucun grand groupe. L’exclusion des filiales de cette
étude s’explique par leur manque d’autonomie de décision, par
leur quasi-dépendance à la maison-mère quant aux choix
stratégiques (Djuatio, 1998) ;
- l’âge de la TPE : elles ont toutes plus de 2 ans de vie. Ce critère n’a pas été déterminant puisqu’aucune entreprise membre
du réseau n’a moins de 2 ans.
Le choix du dirigeant comme seul interlocuteur part du
constat selon lequel dans la très petite entreprise, le pouvoir de
prendre les décisions n’est très souvent le privilège que d’une
seule personne (propriétaire-dirigeant) et la personnalisation de
la gestion en la personne du propriétaire-dirigeant (Julien,
1994) y est très forte. En effet dans les TPE, l’absence de
cadres intermédiaires rend le dirigeant organisateur unique de
son propre système (Bayad et Garand, 1998) et ses représentations ont une influence prépondérante sur les choix stratégiques de sa firme.
Des spécifications ou thèmes fréquemment évoqués ont été
mis en lumière au travers de l’AFCM. Quatre groupes de
variables (Formation du dirigeant, Situation géographique,
Secteur d’activité, Rente relationnelle) constitutives de notre
hypothèse de recherche ont été recensés. Un tableau de
contingence de valeur 1 (oui : lorsque la variable est citée) et 0
(non : lorsque la variable n’est pas citée) a permis la codification des informations.
Pour chaque hypothèse, quatre axes ont été retenus. Ce
choix tient compte de ce qu’au-delà, l’information n’est plus
pertinente.
Sur chaque axe factoriel, n’ont été prises que les valeurs
ayant des contributions significatives. Cependant, les variables
à faibles contributions ou variables complémentaires n’ont pas
été négligées puisqu’elles permettent d’affiner l’information
autour de l’axe.
Variables Désignation Contribution Cos2 Signe
relative
C'est le Valeur négatif ou
S1 Dg ES poids de positif ou
l'information positionnement sur
l'axe
Nos entreprises ont été regroupées en deux catégories : celles dont les dirigeants ont fait des études supérieures (ES) =
Etudes Supérieures), celles dont les dirigeants présentent
uniquement l’expérience professionnelle (EX = Expérience).
Les contributions relatives (CTR) fournissent le poids de
l’information et contribuent au positionnement des axes.
Le Cos2 mesure la qualité de la représentation d’une
spécification. S’il est fort, cela signifie que la variable est pratiquement alignée sur l’axe et l’explique mieux.
Une fois cette étape terminée, nous avons procédé au
dépouillement et à l’analyse des axes.
RÉSULTATS DE LA RECHERCHE
Sous-hypothèse n°1 « Le niveau élevé de formation du
dirigeant (ou son expérience) accroît sa capacité à percevoir le
risque. Ce qui permet de prédire qu’il cherchera à faire partie
d’un réseau structuré ».
Répondant à la question sur ce que l’on pouvait attendre
d’un dirigeant de TPE formé ou expérimenté, les dirigeants ont
retenu les caractéristiques socio-démographiques suivantes.
Tableau 1.
Caractéristiques sociodémographiques du dirigeant
Tableau 1. Caractéristiques sociodémographiques du dirigeant
Variables Désignation Contributions relatives Cos2 Signe
S12 Proactif 3,3 0,188 +
S14 ES 5,8 0,33 +
S10 EX 6,5 0,37 +
S9 Curieux 7,1 0,402 -
S16 innovateur 6,5 0,37 -
Ce tableau nous présente une forte corrélation entre le niveau de formation (ES), l’expérience (EX) et le fait d’être
curieux ou innovateur. Les contributions relatives sont très
proches les unes des autres même si leur positionnement sur
l’axe est opposé. Ce résultat peut s’expliquer par le niveau de
formation de notre population. En effet, 25% de chefs d’entreprises membres du réseau ont un niveau de formation supérieur
au baccalauréat. Ces formations se sont faîtes pour la plupart à
l’Université (65%) contre (35%) dans des organismes privés de
formation. Elles ont été effectuées dans des IUT et les organismes de formation commerciale BTS. Aucun affilié n’a
entrepris des études d’ingénieur. En général, le niveau ne
dépasse guère le BAC+2. En effet, nous n’avons recensé aucun
BAC+3. Ces formations ont été réalisées en métropole (52%)
et dans l’île (48%). Ces taux sont disproportionnés par rapport
au taux généralement rencontré dans l’île où 1 jeune sur 10
seulement entreprend aujourd’hui des études supérieures sur
place.
75% de notre échantillon a un niveau inférieur ou égal au
baccalauréat. Ils ont pour la plupart quitté l’école sans ce
sésame. 80% de cette population a suivi des études techniques
type BEP. Ils sont 30% à avoir complété leurs connaissances
techniques par des formations portant sur quelques modules de
gestion lors de la création de leur entreprise. Ce qui leur permet
de mieux appréhender l’environnement économique.
Qu’ils soient diplômés ou non, tous ou presque déclarent
avoir appris leur métier ailleurs. En effet, avant de créer leur
entreprise, les membres du réseau interrogés ont été salariés
dans d’autres entreprises. Pour certains, c’est le licenciement
économique qui a été le déclencheur dans la démarche de
création. Pour d’autres, le salariat s’intégrait dans leur stratégie
de création. 85% disent devoir leur réussite actuelle à l’expérience accumulée pendant les années du salariat.
5% seulement des personnes interrogées ont créé leur
affaire sans avoir jamais travaillé. Par contre ils ont tous un
niveau de formation équivalent ou supérieur au baccalauréat.
Interrogés sur le niveau nécessaire pour mieux comprendre
l’environnement économique actuel, les résultats suivants
apparaissent (tableau 2).
Tableau 2.
Niveau de formation nécessaire pour comprendre
l’environnement de l’entreprise
Tableau 2. Niveau de formation nécessaire pour comprendre
l’environnement de l’entreprise
TPEDGES TPEDGEX
< Baccalauréat 2% 5%
>Bac <BAC + 2 10% 12%
BAC+2 25% 27%
> BAC + 2 63% 56%
Sous-hypothèse n°2 « L’isolement géographique de l’entreprise augmente les incertitudes de l’environnement et favorise
le désir de mutualisation des risques par l’adhésion à un
réseau ».
La question relative à l’intérêt de TPE Groupement pour les
TPE guadeloupéennes a permis de retenir une série de variables dont les plus représentatives sont contenues dans ce
tableau.
Axes factoriels retenus
Tableau3. Axes factoriels retenus
Axes Valeurs propres Contributions des Pourcentage
axes principaux à cumulé
l'inertie totale
Axe1 0,25 25% 25%
Axe2 0,2O 20% 45%
Axe3 0,15 15% 60%
Axe4 0,1O 10% 70%
La valeur propre permet de quantifier la part de l’information expliquée par les différents axes factoriels. C’est à partir
de ces valeurs que les axes ont été choisis. En effet, quatre axes
représentant 70% de l’information ont été retenus.
Quatre catégories de variables ont semblé fondamentales
dans cette hypothèse :
- la première série de variables était relative à l’ouverture sur le
monde (axe1) ;
- la seconde s’est focalisée sur l’existence d’un système de
veille (axe2) ;
- la troisième sur la situation du marché guadeloupéen (axe3) ;
- l’accès à l’information (axe4).
L’analyse des axes ci-dessus fait apparaître une volonté des
dirigeants de TPE membres de TPE Groupement à rester au
contact des évolutions de l’environnement. Ils semblent convaincus de ce que la situation géographique de l’île impose
d’intégrer une structure réseau pour accéder à l’information.
Tableau 4.
Perception du réseau par les adhérents par rapport
à la variable veille
Tableau 4. Perception du réseau par les adhérents par rapport
à la variable veille
TPE DGES TPEDGEX
Fait la veille pour nous 45% 55%
Complète notre propre système 55% 45%
Les TPE DG ES = TPE dont les dirigeants sont diplômés du
supérieur.
Les TPE DGEX = TPE dont les dirigeants n’ont pas fait des
études supérieures.
Pour les TPE, la structure réseau est perçue soit comme
l’outil de veille par excellence (45% des TPE contre 55% des
TPEDGEX), soit comme un complément à un système de veille
existant (55% des TPE DGES contre 45% des TPEDGEX). Par
ailleurs, une très large majorité (63%) des adhérents interrogés
déclare avoir intégré le réseau pour bénéficier du savoir-faire
disponible dans la structure ; pour rester à l’écoute de l’environnement. Les rencontres interpersonnelles qui ont lieu à
l’intérieur du réseau constituent pour 55% des personnes
interrogées un moyen peu onéreux d’accéder à l’information.
En effet ils reconnaissent que l’appartenance au réseau leur a
permis d’accéder plus facilement aux informations (juridiques,
économiques, comptables...) qui leur étaient jusqu’alors inaccessibles. Pour 70% de membres de l’échantillon, chaque
moment passé avec les membres du groupement est un moment
de formation. Notamment sur le plan juridique et organisationnel. Ils sont nombreux à considérer que le réseau leur a
permis de mutualiser les dépenses de formation et de recherche
d’informations. Les relations entre membres du réseau sont
d’autant conviviales qu’elles ne sont pas hiérarchiques.
Enfin, ils sont 65% à reconnaître que l’éloignement géographique par rapport à la métropole est un obstacle majeur
pour tout investisseur. L’on prend plus de risque en investissant ici qu’en métropole dira un dirigeant. D’ailleurs vous
n’avez qu’à voir les taux de crédit. Ici, ils n’ont rien de commun avec ce qui se passe en métropole. En nous regroupant
dans cette structure, nous essayons de maîtriser l’environnement et donc de réduire l’incertitude qui le caractérise.
Sous-hypothèse n°3 « Le secteur d’activité est une variable
permettant d’envisager l’engagement futur de la TPE dans un
réseau
La question relative au secteur d’activité des TPE membres
du groupement met en lumière les informations suivantes :
Tableau 5.
Des axes factoriels retenus
Tableau 5. Des axes factoriels retenus
Axes valeurs Contribution Pourcentage
propres relative cumulé
Valeur
axe1 0,25 25% 25%
axe2 0,2 20% 45%
axe3 0,12 12% 57%
axe4 0,11 11% 68%
axe1 appartenance à un secteur innovant,
axe2 possession d’un produit spécifique,
axe3 secteur très concurrentiel,
axe4 taille des entreprises du secteur.
La lecture de ce tableau laisse apparaître l’importance du secteur d’activité dans le choix de la démarche réseau. En effet,
les TPE du Groupement disent appartenir à des secteurs très
innovants. Le poids de l’innovation (CTR 25%) dans le
positionnement de l’axe semble très important. La détention
d’un produit spécifique (CTR 20%) et l’appartenance à un
secteur concurrentiel (CTR 12%) ont fortement déterminé la
démarche des TPE.
Les TPE de notre échantillon appartiennent à 8 grandes
catégories de secteurs selon la nomenclature NAP 100.
Tableau 6.
Secteurs d’activité des TPE de notre échantillon
Tableau 6. Secteurs d’activité des TPE de notre échantillon
Secteurs d’activité Nombre d’entreprises
Textile 3
Emballage 3
Commerce interindustries 10
Equipements industriels 12
Bâtiment et génie civil 20
Commerce non alimentaire 20
Conseil 3
Agro-alimentaire 10
Quels sont les secteurs qui innovent le plus ?
Tableau 7.
Secteur d’activité et innovation
Tableau 7. Secteur d’activité et innovation
pas pas du
Innovations fréquentes fréquentes tout
Secteurs d’activité Entreprises
Textile 3 3 0 0
Emballage 3 2 1 0
Commerce inter-industries 10 6 3 1
Equipements industriels 12 5 3 4
Bâtiment et génie civil 20 2 2 16
Commerce non alimentaire 20 6 5 9
Conseil 3 1 2 0
Agro-alimentaire 10 2 3 5
Total 81 27 19 35
Pourcentage 100% 33,33% 23,45% 43,2%
L’innovation ici porte avant tout sur le produit. Elle va des petites transformations opérées sur les produits à la création de
produits totalement nouveaux.
Sous-hypothèse n°4 « L’absence d’une rente relationnelle
est prédictive de l’engagement dans un réseau ».
La question relative au rôle du réseau dans la démarche de
construction d’une rente relationnelle a permis de mettre en
évidence les informations suivantes :
Tableau 8.
Intégration réseau et rente relationnelle
Tableau 8. Intégration réseau et rente relationnelle
Axes valeurs Contributi pourcentage
on
propres relative cumulé
Axe1 0,35 35% 35%
Axe2 0,24 24% 59%
Axe3 0,18 18% 77%
Axe4 0,11 11% 88%
axe1 l’insertion dans un réseau favorise la création des
solidarités,
axe2 développement d’un portefeuille relationnel,
axe3 accès facile aux institutionnels,
axe4 multiplicateur des opportunités d’échanges.
Nous constatons que ces axes représentent à eux seuls 88% de l’information, avec 59% des informations fournies par les
axes 1 et 2. Par ailleurs, pour 52% des membres, le réseau a
permis de rencontrer d’autres chefs d’entreprises et surtout
d’entretenir des relations désintéressées. C’est ainsi que déclare un dirigeant : « En discutant librement avec mes collègues,
j’ai pu trouver des solutions à certaines difficultés rencontrées
dans mon travail ».
Nombreux sont ceux qui reconnaissent avoir élargi leur
portefeuille relationnel depuis leur entrée dans TPE Groupement. Ces relations sont diverses et variées. Pour 62%, depuis
qu’ils ont intégré la structure, ils se sentent moins isolés. C’est
ainsi qu’un interviewé dira : « Mon entrée dans la structure
marque la prise de conscience sur les limites qu’impose le
potentiel de la TPE isolée, quant à l’élargissement de ses
relations non marchandes ». Pour 70% des personnes interrogées, l’affiliation à un réseau favorise les contacts avec les
institutionnels et il n’est pas rare de nouer des relations
personnelles avec leurs représentants.
Pour 80%, ce déficit relationnel « inhérent » aux dirigeants
de TPE est un des facteurs ayant motivé la démarche d’intégration du réseau. Pour ces dirigeants,
développer un portefeuille relationnel est important pour déblayer certaines situations compromises.
Pour la plupart, c’est un acte de gestion.
APPORTS, LIMITES ET PERSPECTIVES DE LA
RECHERCHE
Les apports
Sur le plan théorique, bien qu’ayant un caractère exploratoire, l’étude qui vient d’être réalisée nous semble intéressante à plusieurs titres : elle présente la particularité de revenir
sur le concept de réseau tel qu’analysé par les différents
domaines scientifiques. Elle traite des réseaux dans le cadre de
la TPE, type d’organisation jusqu’alors marginalement concerné par les recherches relatives aux réseaux. Par ailleurs, le
choix d’un DOM comme cadre de recherche est lui aussi
novateur. Enfin, elle insiste sur le niveau d’exposition au
risque.
Sur le plan empirique, cette étude permet de comprendre les
réalités des TPE opérant dans un environnement particulier, et,
soumises comme toutes les organisations marchandes aux
mêmes règles implacables du marché. Bien que très hétérogènes, les TPE sont un domaine d’étude à part entière et non
entièrement à part.
Il ressort de nos hypothèses que la décision d’appartenir à
un réseau ne saurait obéir à un seul facteur.
Les résultats issus de ce travail confirment notre questionnement de départ et vérifient nos sous hypothèses.
Sur le plan méthodologique, la démarche suivie présente
une originalité certaine. En effet, l’analyse de contenu est un
outil assez peu utilisé dans ce type de travail.
Limites
Circonscrire un cadre de recherche en fonction d’une
littérature constituée et connue, pousse d’emblée à déterminer
son champ d’action et par conséquent, à limiter son apport. Dès
lors que l’on choisit une approche centrée sur un type
d’entreprises, ici la TPE membre d’un réseau structuré, on
écarte du même coup celles qui ne le sont pas.
Perspectives de recherche
Nous pensons étendre notre travail vers une approche
comparative, notamment en faisant une comparaison entre les
TPE guadeloupéennes et martiniquaises quant à leur perception
du réseau.
L’approche comparative nous semble intéressante, en ce
qu’elle permet d’analyser des situations apparemment identiques, mais en réalité très différentes. En effet, chaque entreprise est particulière et évolue dans un contexte qui lui est
propre. Malgré le particularisme de chaque île, l’approche
comparative permettra de mettre en exergue les variables
communes.
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L’Analyse Factorielle des Correspondances Multiples étudie les relations
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donnée.