2004
INNOVATIONS
Les cycles Kondratieff : une philosophie critique
Benoît Tonglet
Economiste
À la mémoire de Léon H. Dupriez
« N’être pas conforme, voilà le grand crime »
Baudelaire
Les cycles Kondratieff sont fort décriés par la plupart des
économistes. Il est navrant de constater leur méconnaissance de
ce puissant référentiel. A qui la faute ? Principalement à ses
plus chauds partisans qui n’ont ni fait un effort didactique
sérieux, ni davantage proposé une réflexion critique sur leur
outil de base. Pour être crédibles, ne devraient-ils pas se livrer
à une épistémologie du cycle long ? La philosophie du cycle,
reprise dans le présent article, s’inscrit dans cette double
optique : essai descriptif et analyse critique du Kondratieff.
VUE D’ENSEMBLE DES CYCLES KONDRATIEFF
Les cycles économiques
Les cycles sont des mouvements plus ou moins réguliers
d’accélération et de ralentissement de l’activité économique.
On distingue généralement les cycles suivants :
Le cycle court ou Kitchin : reconnu en 1923, par Joseph
Kitchin, le cycle court s’étend sur trois ou quatre ans. Il se
traduit par des phases de stockage et de déstockage de produits
finis. Aux Etats-Unis, il est pratiquement remplacé par le cycle
électoral présidentiel.
Le cycle Juglar : le cycle dit des affaires, généralement
d’une durée de 7 à 10 ans, a été mis en lumière par Clément
Juglar. Dans un même système technique, on améliore et on
étend l’appareil de production, dans une phase d’expansion. Et
inversement. Luigi Scandella souligne opportunément que « le
moteur principal du Juglar est l’évolution des dépenses en
biens d’équipements » (Scandella, 1998, p.14). Pour beaucoup
d’économistes, c’est même le cycle tout court.
Le cycle Kondratieff : Nicokaï D. Kondratieff publie en
1928 un étude intitulée Les grands cycles de la conjoncture. Il
établit l’existence de grands cycles d’une durée de 45 à 50 ans.
Le cycle hégémonique : ces cycles ont été analysés, entre
autres, par Immanuel Wallerstein et Joshua S. Goldstein ; liant
économie et géopolitique, ces cycles ont une durée de vie de
150 ans environ. Ils prennent leur essor à la suite de guerres de
longue durée desquelles émerge un nouvel Etat dominant.
Depuis 1350, se sont succédés la république de Venise, les
Pays-Bas, la Grande-Bretagne et les USA.
Le trend séculaire est un mouvement 150 à 250 ans,
caractérisé par les éléments suivants, selon Luigi Scandella, à
la suite de Gaston Imbert : « cycle très long de hausse et de
baisse de prix (mouvement réversible), …cycle en forme de
courbe en S (évolution par paliers), …modifications structurelles d’importance historique » (Scandella, 1998, pp.9-12).
Imbert distingue quatre trends : médiéval (1250-1510), mercantiliste (1510-1743), capitaliste (1743-1896), planiste (depuis
1896).
Le Cycle Kondratieff
L’approche de Nicolaï D. Kondratieff se décline en trois
niveaux d’analyse : distinction entre statique et dynamique,
entre conjoncture et mouvement, mise en lumière des cycles
longs à partir de l’évolution des prix de gros.
Comme le souligne Kondratieff, la statique examine les
phénomènes économiques « dans leur essence » (Kondratieff,
1993, p.2), en dehors de leur variation dans le temps. Et il
ajoute que, dans ce cadre, est essentiel « le concept d’équilibre
entre les éléments » (ibid.). La dynamique étudie ces phénomènes au travers du « processus de leur changement dans le
temps » (ibid.). Ici, le point de vue diachronique est fondamental. A la statique, correspond la notion de conjoncture, à la
dynamique, la notion de cycle long.
Si la conjoncture est l’étude et l’évolution de l’économie à
court terme, au travers de ce qu’il est convenu d’appeler,
aujourd’hui, les fondamentaux, c’est surtout la situation de
l’économie à un moment précis, c’est « l’orientation et le degré
de variation de l’ensemble des éléments de la vie économique
par rapport à un moment antérieur » (ibid., p.25) selon
Kondratieff. Il précise que « chaque instant aura plus ou moins
sa propre conjoncture » (ibid.). C’est l’étude de l’instant économique. Loin d’être inutile, l’étude de l’instant et de l’évolution à court terme ne peut constituer la clef de voûte de la
science économique.
C’est en 1925 que Kondratieff présente sa première étude
sur les grands cycles de la conjoncture (nouvelle version en
1926, publiée en 1928), les mouvements longs de l’économie,
que Schumpeter appellera plus tard Kondratieff. Kondratieff
les définit de la manière suivante : à côté de cycles plus courts
(7 à 11 ans), « il semble bien exister également d’autres cycles
de la dynamique économique, d’une durée de 48 à 55 ans.
Nous les appelons grands cycles économiques » (ibid., p.165).
Se succèdent ainsi phase ascendante et phase descendante. Les
cycles constituent une véritable « rupture » et trouvent leur
origine « dans le mécanisme de thésaurisation et d’accumulation puis dans la dispersion d’un capital suffisant pour créer
de nouvelles forces productives » (ibid.). Le schéma présenté
se déroule, c’est important, « dans les conditions concrètes de
la société capitaliste » (ibid., p.164). Il démarre à la Révolution
industrielle et « obéit à une logique interne » qui consiste à
remplacer et augmenter, périodiquement, « des fonds de capitaux de base, les grandes infrastructures, dont la production
demande un long processus et des investissements exceptionnels » (ibid.). Kondratieff précise que chaque cycle n’est pas
une réplique du précédent. Chaque cycle se déroule « dans des
conditions historiques concrètes nouvelles » (ibid.) et est
caractérisé par quatre lois « empiriques » :
- « De profonds changements dans les techniques de
production et d’échange » (ibid., p.138) se manifestent certes
sans interruption. Mais les plus importants se situent au début
de la phase ascendante. Durant la vingtaine d’années qui
précède le retournement à la hausse, soit durant la majeure
partie de la phase descendante, apparaissent, à un rythme
soutenu, des inventions, qui sont exploitées industriellement à
la fin du cycle de baisse et au début du cycle de hausse.
Kondratieff remarque aussi que le retournement à la hausse
correspond à un « élargissement de l’orbite dans les relations
économiques mondiales » et à des mutations « dans l’extraction de métaux précieux et dans la circulation monétaires »
(ibid., p.141)
- La phase haussière du cycle est plus riche « en bouleversements sociaux » (ibid., p.142), guerres, luttes politiques et
sociales, que la phase descendante. Les conflits sociaux s’exacerbent surtout à la fin de la phase haussière.
- La phase descendante est caractérisée par « une longue
dépression dans l’agriculture » (ibid., p.144). Kondratieff reste
sensible aux crises frumentaires, dites « d’Ancien Régime »
(Diatkine et Gayman, 1999, p.93), selon le vocabulaire
d’Ernest Labrousse (crise qui prend sa source dans un accident
climatique, dont les suites sont aggravées par les capacités de
stockage insuffisantes et un revenu agricole disponible trop
faible). La dernière de ces crises (1847) est qualifiée
« d’intermédiaire », car elle cumule les caractéristiques de la
crise d’Ancien régime et celles des nouvelles crises, de type
industriel. Les crises intermédiaires disparaissent avec la montée en puissance de la société salariale, solidement installée au
moment de la crise de 1929, ce que Kondratieff n’a pas décelé.
Il faudra attendre l’ouvrage d’Isaac Johsua, en 1999, pour
mettre en lumière ce phénomène et en mesurer l’importance
(Johsua, 1999, chapitre V).
- Grands cycles et cycles moyens connaissent « le même
processus dynamique de développement » (Kondratieff, 1993,
p.147). Les cycles moyens, précise Kondratieff, semblent « se
couler sur les vagues des grands cycles » (ibid.). Ils sont donc
intimement liés. Ainsi le cycle moyen, dans le mouvement de
hausse, connaît des phases ascendantes plus longues, et des
phases descendantes plus brèves. C’est l’inverse dans le
mouvement de baisse.
« Le système schumpétérien »
Pour Joseph Schumpeter, « le problème qui importe est
celui de découvrir comment (le capitalisme) crée, puis détruit
(les) structures (existantes) » (Schumpeter, 1990, p.118). C’est
le fil conducteur de ses travaux depuis 1912 jusqu’à 1942.
L’analyse de ce système suppose d’intégrer les trois livres clés
de l’économiste autrichien, Théorie de l’évolution, Business
cycles et Capitalisme, Socialisme et Démocratie, ou, autrement
dit, il s’agit d’insérer dans le moule du Kondratieff, l’évolution
économique : son ressort (l’innovation), son agent (l’entrepreneur), son résultat (le profit), et son financement, « une
création ex nihilo » (Schumpeter, 1983, p.104) de monnaie.
1) L’innovation : c’est « ce changement historique et irréversible dans la manière de faire les choses », comme le note
Joseph Schumpeter (Schumpeter, cité par Raymond Barre, I,
p.104). Innover, c’est introduire de nouvelles combinaisons
dans l’entreprise : « fabrication d’un nouveau produit, introduction d’une méthode de production nouvelle, ouverture d’un
nouveau débouché, conquête d’une nouvelle source de matières premières ou de produits semi-ouvrés, réalisation d’une
nouvelle organisation » (Schumpeter, 1983, p.95).
L’innovation, c’est la mise en exploitation d’une invention.
Elle ne peut donc se confondre avec celle-ci. Elle s’intègre
dans un processus qualifié en 1942 de destruction créatrice.
C’est ce processus de destruction qui « révolutionne incessamment de l’intérieur la structure économique » en écartant
régulièrement les structures vieillies au profit d’éléments neufs.
C’est « la donnée fondamentale » du capitalisme (ibid., p.116-117). Ce processus était déjà esquissé en 1912 : « Aucune
thérapeutique ne peut empêcher le processus économique et
social du déclassement des entreprises, des existences, des
valeurs culturelles », conséquence de « toute poussée économique nouvelle » (ibid., p.361). Le phénomène de destruction
créatrice s’applique non seulement à l’économie, mais à
l’ensemble des structures de la société. Evolution biologique ?
Incontestablement. Mais Joseph Schumpeter reste-t-il indifférent aux conséquences sociales ? Pour lui, le chômage est « un
fléau… que l’évolution capitaliste pourrait finir par éliminer
d’elle-même ». Le véritable drame, pour lui, réside « dans un
chômage aggravé par l’impossibilité de subvenir adéquatement aux besoins des chômeurs sans compromettre les conditions du progrès économique ultérieur » (Schumpeter, 1990,
pp.99-100). Si on ne peut évoquer chez lui une logique de
darwinisme social, il n’envisage pas la possibilité, pour le
capitalisme, de mieux faire en la matière.
Avec le passage d’une économique statique à une économique dynamique, on substitue, pour faire bref, au modèle de
la concurrence parfaite, qui n’a « aucun titre à être présenté
comme un modèle idéal d’efficience », celui, plus efficace de la
concurrence monopolistique, « pratiques monopolistiques » ou
« stratégie monopolistique », dans le vocabulaire schumpétérien. Le modèle de la concurrence monopolistique repose sur
l’innovation, la différenciation des produits et le profit qui en
découle, indispensables à « la réalisation d’un projet à long
terme » (Ibid., chapitre VIII).
2) L’entrepreneur : «
nous appelons entreprise, l’exécution de
nouvelles combinaisons... et entrepreneurs les agents économiques dont la fonction est d’exécuter de nouvelles combinaisons » (Schumpeter, 1983, p.106). Ce n’est pas nécessairement
le propriétaire de son entreprise, ce n’est pas davantage un
exploitant pur et simple, ni le gestionnaire du quotidien, il ne
supporte pas, ou guère, les risques de l’entreprise. C’est un
personnage prométhéen, proche de l’homme fort de Nietzsche
[1].
3) Le profit : c’est la récompense de l’entrepreneur, ce n’est ni
une rente, ni un salaire, ni une contrepartie du risque, ni, dans
le vocabulaire d’aujourd’hui,
un return on equity, c’est «
par
essence, le résultat de nouvelles combinaisons » (Schumpeter,
1983, p.202).
4) La création monétaire ex nihilo : L’exécution de nouvelles
combinaisons nécessite des moyens : « Le premier besoin de
l’entrepreneur est un besoin de crédit » (ibid., p.147). C’est le
rôle du banquier de concéder « une puissance d’achat » (ibid.,
p.105) à l’entrepreneur pour financer ses nouvelles combinaisons, dans la droite ligne du Banking principle (adaptation de
l’émission monétaire aux besoins de l’économie). Il n’y a pas
d’entrepreneur sans crédit. La création de crédit apparaît donc
bien comme le complément monétaire de l’innovation. L’émission monétaire est concrétisée par le crédit (aujourd’hui, on
parle du multiplicateur de crédit ou de la monnaie). Le crédit
augmente donc la masse monétaire. En remboursant ce crédit,
l’entrepreneur diminue cette masse monétaire, il détruit de la
monnaie.
5) Les cycles industriels (évolution économique et Kondratieff)
s’articulent en cinq points :
Le capitalisme conquérant et le Kondratieff apparaissent
quasi en même temps : « Le capitalisme ne commença cependant à modeler la société et à frapper de son sceau chaque
part de l’histoire sociale qu’à partir de la seconde moitié du
XVIIIème siècle. Jusque là, il n’avait existé que des îlots
d’économie capitaliste perdus dans un océan d’économie
villageoise et urbaine » (Schumpeter, 1984, p.111, cité par
Dannequin, 2002, p.5).
Schumpeter propose un cycle en 4 phases : reprise,
prospérité, récession, dépression. L’évolution en général, mais
plus particulièrement « l’essor » ou reprise et la prospérité du
cycle, s’enclenche grâce à l’apparition de quelques pionniers
puis, par effet d’osmose ou de contamination, d’entrepreneurs
en « essaims » (Schumpeter, 1983, p.371). Ils exécutent de
nouvelles combinaisons qui se diffusent en « grappes »
(Schumpeter, 1983, p.332 et 1939, pp.87-101). Essaims et
grappes, et le « choc » (Schumpeter, 1990, p.121) qui découle
de leurs effets conjugués, sont les principales conditions de la
phase haussière du Kondratieff. Puis le choc diminue petit à
petit en intensité. La croissance s’essouffle et le mouvement
s’inverse entraînant le processus de destruction créatrice. La
crise apparaît. Le mouvement se déroule de la manière suivante :
« Chacune de ces oscillations comprend une révolution
industrielle, puis l’assimilation des effets de cette dernière…
De telles révolutions remodèlent périodiquement la structure
de l’industrie… Ce processus de mutation industrielle imprime
l’élan fondamental qui donne le ton général aux affaires »
(ibid., pp.96-97).
Sur le plan purement technique, Schumpeter propose un
schéma multi-cycles. Sur le Kondratieff, se greffe le cycle
Juglar ou cycle des affaires, développant une phase de
prospérité et une de récession, entrecoupées de deux phases,
qualifiées de « pathologiques » (Schumpeter, cité par Quilès,
1997, p.120), l’une de dépression et l’autre de reprise. Sur le
cycle des affaires, se greffe le cycle Kitchin.
En terme d’histoire du Kondratieff, on peut proposer, selon
Business cycles, le graphique adapté suivant :
Graphique 1
Les 5 grands cycles Kondratieff :
L’apport de Luigi Scandella
Luigi Scandella fait le point de la question du Kondratieff,
tant sur le plan économique que sur le plan politique. Il reprend
les travaux fondamentaux de Goldstein, trop axés sur l’aspect
géopolitique, en leur donnant une véritable dimension économique, sans pour autant négliger les liens entre cycles Kondratieff et cycles hégémoniques. Il est temps de diffuser et
d’apprécier à leur juste valeur les apports importants de Luigi
Scandella.
1) Les repères majeurs du Kondratieff : l’utilisation du
Kondratieff implique de tenir compte de « quelques repères
majeurs » (Scandella, mars 2003, p.3) : le concept de « l’économiemonde », mis en exergue par Fernand Braudel, une
économie-monde occidentale qui s’étend au Japon depuis les
années trente et tend aujourd’hui à absorber petit à petit
certaines régions de Chine. Le concept de World System, cher à
Immanuel Wallerstein, avec ces trois niveaux de développement : les « core countries » ou économies avancées, les
pays de la périphérie (producteurs de matières premières) et la
semi-périphérie (spécialisation dans les biens intermédiaires).
Ces deux concepts doivent être reliés à la théorie de la
dynamique des développements différenciés conçue par Ernst
Wagemann et son critère de distinction des inégalités de
développement concrétisé par « le degré d’intensité capitalistique » (diverses combinaisons capital/travail).
A ces trois repères, il faut ajouter un autre : une géopolitique culturelle qui oppose «
les fragmentations ethnocivilisationnelles à la mondialisation ». Les civilisations ne
sont-elles pas «
le référentiel premier » de toute analyse
économique ? Mesurer l’économie politique à l’aune de la
mondialisation est-elle donc la panacée ? Ou faut-il tenir
compte de ces «
fragmentations ethno-civilisationnelles »,
comme le pense Luigi Scandella ? Il fait judicieusement
remarquer
[2] que «
sous la couche d’uniformisation des citoyens
du monde, se dissimulent toujours de nombreuses différences
de civilisations, de religions, de nations, de races et de
langues » (l’économiste n’occulte pas le traducteur des poèmes
en dialecte frioulan de Pier Paolo Pasolini).
2) Les 4 phases du Kondratieff : Il décortique ensuite le cycle
Kondratieff. Il exclut la notion de pic, pour les deux points de
retournement, compte tenu du décalage entre l’évolution de la
production et l’évolution des prix. La première précède la
seconde de quelques années. Ceci permet de distinguer 4
phases dans un cycle Kondratieff : le retournement à la hausse,
que j’appelle, à titre personnel, la stabcroissance (stabilité des
prix dans la croissance), le mouvement de hausse, le retournement à la baisse ou, comme les économistes le désigneront à
partir du milieu des années 1970, la stagflation (coexistence de
stagnation et d’inflation) et le mouvement de baisse. A noter
aussi que, pour lui, le phénomène de retournement à la hausse,
précédé par la destruction créatrice » est lié à un mouvement
auto-entretenu (Scandella, 1998, p.42).
3) Le schéma séquentiel : il produit enfin un schéma séquentiel
de synthèse du cycle qui reprend « les grandes variables de
référence retenues par la plupart des écoles » (ibid., p.39).
Dans ce schéma séquentiel, Luigi Scandella suit l’évolution,
dans chacune des 4 phases, de quelques variables de l’économie : salaires, chômage, productivité, taux d’utilisation des capacités de production, rentabilité des entreprises, taux d’intérêt.
4) Bourse et cycle Kondratieff : dans une approche originale,
Luigi Scandella intègre « la psychologie des marchés »
d’André Orléan, avec ses mimétismes « informationnel, autoréférentiel et normatif », et l’importante histoire des crises de
Charles P. Kindleberger à ses 4 phases du Kondratieff, ce qui
lui permet d’évaluer les différents degrés de risque de crise
dans le déroulement du cycle Kondratieff (ibid., p.40, octobre
1998, p.3 et mars 2003, pp.4-5).
ANALYSE CRITIQUE DU CYCLE KONDRATIEFF
« Etude critique des principes, des hypothèses et des
résultats des diverses sciences », l’épistémologie, selon
Lalande, s’applique également à la connaissance économique.
Il s’agit de mettre en débat les normes consensuelles. A la
science économique, esclave de la rationalité, on préférera
l’économie politique qui inclut dans son champ l’être humain
(non comme objet, mais comme sujet), l’histoire, l’évolution,
les conflits. Il s’agit aussi, à la suite de Schumpeter, d’éviter
monocausalité, vice ricardien (recours à des hypothèses
simplificatrices), idéologie et, à la suite de Blondel, « de faire
la science de l’homme sans l’homme ». C’est l’homme, en
effet, qui entreprend, travaille, consomme… Les économistes
néoclassiques font la plupart du temps l’économie de l’étape
épistémologique. Ainsi Pascal Salin, à la suite de Mises et de
Hayek, s’en tient aux seules vertus, péremptoires dans l’espace
et le temps, de la précision du raisonnement qui permet
d’énoncer « des propositions scientifiquement fondées, même
s’il n’y a pas moyen de les vérifier » (Salin, cité par Douerin,
2002, p.78). Quel crédit peut-on accorder aux théories proposées dans un tel contexte ? Cette épistémologie se déroulera
en plusieurs étapes.
Historique et critique
a) Historique
Avec Schumpeter, je pense que le capitalisme et le
Kondratieff (du moins celui de l’ère industrielle) démarrent
concomitamment à la fin du XVIIIème siècle. A ce moment, se
conjuguent pour la première fois individu, «
gouvernementabilité »
[3], innovation (Révolution industrielle), regroupement
des travailleurs en usine, mise en place de la division du travail
et d’outils de production plus performants, progrès en
agriculture qui dégage «
une armée de réserve » (Marx, 1985,
II, p.101) pour les besoins de l’industrie.
Sismondi innove avec l’introduction du temps et de la périodicité en économie. Lui succède Marx. La triade schumpétérienne est présente en germe dans le premier chapitre du
Manifeste : « bourgeois… révolutionnaire », « produits déjà
créés, …mode de production… conquête de nouveaux marchés » (Marx, 1994, chapitre I, passim), profit. Il parle de
« crises commerciales » (ibid., p.21), qui deviennent, quelque
part dans Le Capital, « crises décennales… coupées par des
fluctuations mineures » (intuition du Juglar et du Kitchin) et
« leur retour périodique ». Tandis que Clarke évoque des
cycles longs en 1857, Engels parle de fluctuations « ultra
cycliques » (on se rapproche du Kondratieff). Et Lescure
relève, à la même époque des phases de hausse et des phases de
baisse, notamment en matière de prix et de salaires.
En 1912, Schumpeter passe d’une économie statique à une
économie dynamique, avec le concept de l’évolution et en
1925, Kondratieff publie un article sur
Les grands cycles de la
conjoncture, qui expose sa théorie des mouvements longs basés
sur l’évolution des prix de gros depuis la Révolution
industrielle. En 1939 et 1942, Schumpeter fusionne ses propres
travaux et ceux de Kondratieff, dans ce qu’on a appelé «
le
système schumpétérien ». En 1947, Léon H. Dupriez donne une
dimension monétaire au Kondratieff, toutefois trop liée aux
évolutions du stock d’or. Gerhard Mensch, avec son modèle
d’impulsions intermittentes d’innovations «
fondamentales »
(1979) et Jacob J. Van Duijn (1983), avec la distinction
d’innovations de produits (cycle de hausse) et de process (cycle
de baisse) donnent une assise solide à la problématique de
l’innovation dans le Kondratieff. Enfin Joshua Goldstein
exploite une dimension géopolitique du cycle, avec le phénomène des guerres et leur influence sur le cycle, et fournit une
datation précise des Kondratieff en fonction de la variable prix.
Luigi Scandella approfondit Goldstein, en développant l’aspect
économique de ses théories géopolitiques et en proposant un
modèle séquentiel en 4 phases
[4].
b) Les critiques marxistes du cycle Kondratieff
La plupart des économistes snobent littéralement le Kondratieff. Les économistes marxistes ont été les premiers à tirer sur
le pianiste. Trotsky réfute, « par avance » (!), le schématisme
des cycles économiques. Il s’en tient à la seule « courbe du
développement capitaliste » (Trotsky, 1941, p.3 et 5), dont les
points de rupture sont exogènes (révolution ou guerre). Les
auteurs de l’encyclopédie officielle soviétique de 1929, qualifient cette théorie « d’erronée et de réactionnaire » (Encyclopédie citée par Eric Bosserelle, 1994, p.22). Ernest Mandel
rejette l’idée de cycle systématique d’une cinquantaine d’années. Pour lui, les cycles sont influencés tant par la baisse
tendancielle du taux de profit que par la lutte des classes qui
module, de manière originale et à chaque fois différente, la
durée du cycle (Mandel, 1980 et 1997, chapitre 4).
Certains économistes marxistes d’aujourd’hui s’inscrivent
davantage dans la philosophie du Kondratieff. Ainsi, pour
Ernesto Screpanti, esprit d’entreprise et militantisme des
travailleurs influencent les phases de retournement du cycle
Kondratieff. Le mouvement de hausse est tributaire de
«
l’esprit d’entreprise », le mouvement de baisse du degré de
militantisme des travailleurs. Dans le cycle de hausse, le degré
de militantisme s’intensifie. Au moment où les revendications
se transforment en conflits sociaux majeurs, l’esprit d’entreprise diminue largement entraînant le retournement à la baisse
(Screpanti, 1984). Par contre, au fur et à mesure de la baisse
des revendications, l’esprit d’entreprise se reprend progressivement, ce qui favorise le retournement à la hausse. Enfin
Jacques Nagels, en s’interrogeant sur l’existence d’un nouveau
Kondratieff depuis 1992, manifeste un intérêt incontestable
pour ce type de référentiel. La conclusion d’une récente
conférence sur le même sujet, va dans ce sens : «
Seule (une)
vision d’ensemble de la société qui prend en compte les
interrelations entre les sphères techniques, organisationnelles,
sociales, idéologiques… permet d’appréhender l’évolution
réelle. Kondratiev y contribue puissamment »
[5].
c) Les critiques non marxistes
D’autres économistes ont mis en doute l’intérêt du cycle
Kondratieff. On peut utilement se référer à l’ouvrage d’Eric
Bosserelle pour en faire le recensement (Bosserelle, 1994). Je
me bornerai seulement à trois d’entre eux. Paul A. Samuelson
parle de « science fiction » (il s’est ravisé depuis). David S.
Landes réfute la notion de mouvement long en matière de prix,
sans guère de justifications, expédiant en quelques lignes les
travaux de Kondratieff et de Schumpeter (Landes, 1975,
pp.320-321 et 654-655). Enfin Joseph E. Stiglitz, dans ses
récents Principes, déclare que « le terme de cycle suggère une
certaine régularité qui n’existe pas dans la réalité. Et si
l’économie « fluctue », c’est « de façon permanente » (Stiglitz,
2000, p.495 et 673).
Philosophie, polymorphisme, heuristique et herméneutique
a) Une philosophie
Historiquement, le terme de philosophie se confond, la
plupart du temps, avec un savoir rationnel. Qu’est-ce alors
qu’une philosophie, du moins dans une conception hégélienne,
si ce n’est un système de pensée, unifiant l’ensemble du réel,
en l’occurrence le réel économique ? Savoir totalisant et
rigide ? Non, il vaudrait mieux parler d’un cadre de réflexion
souple englobant la vie économique, telle qu’elle se présente,
et les phénomènes qui y apparaissent. Avec Léon H. Dupriez,
c’est la signification générale du mot philosophie au XVIIIème
siècle que je retiens finalement ici : « recherche d’une compréhension très large du phénomène observé, se référant aux
principes de la connaissance et appropriée à la nature des faits
étudiés » (Dupriez (1959), p. V).
La réalité économique reste toujours, au moins partiellement, une énigme, une matière « insaisissable », comme le dit
Claudio Magris, qu’il faut cependant tenter d’appréhender.
Cette philosophie ne peut s’élaborer qu’à partir du moment
où les faits se sont déroulés. On peut alors observer un certain
nombre de phénomènes, apprécier leur évolution, dégager des
tendances, sans pour autant figer la suite du processus historique, ce qui transformerait incontestablement cette philosophie
en un certain déterminisme qui pourrait d’ailleurs être démenti
par les faits. Ce déterminisme serait particulièrement inadéquat, dans une discipline humaine, ici économique, alors que
l’homme, être libre, agit souvent de manière relativement
imprévisible. Le processus est toujours en devenir, comme tout
ce qui relève de l’humain, depuis la Révolution industrielle et
l’apparition d’un véritable esprit capitaliste. « De telles révolutions », précise Joseph Schumpeter, « remodèlent périodiquement la structure de l’industrie, en introduisant de nouvelles
méthodes de production » (Schumpeter, 1990, p.97). Comprendre les phénomènes économiques suppose de les inscrire
dans « l’évolution telle qu’elle se poursuit » (Dupriez, 1959).
Le passage d’une révolution à une autre peut s’appeler cycle
économique de longue durée ou Kondratieff, du nom de
l’économiste russe qui l’a mis en lumière.
Dès lors, cette évolution, et son exposé historique, peut être
transposée en « histoire raisonnée » (Schumpeter, sans doute à
la suite de Marx, 1990, p.69). Qu’est-ce que le Kondratieff, si
ce n’est, selon le grand économiste louvaniste, « un faisceau
articulé de comportements économiques » (Dupriez, 1959,
p.197), inscrit dans une durée, « un enchaînement économique
complexe » (Ibid., p.253). Qu’est-ce que le déroulement d’un
Kondratieff, si ce n’est « l’histoire raisonnée » d’une révolution à l’autre ? Le Kondratieff est, en d’autres mots de Léon H.
Dupriez, « un schéma économique de la réalité constatée »
(ibid., p.489).
Tout ceci reste dans la droite ligne de la problématique de
l’Histoire, telle qu’elle est envisagée par Claudio Magris : «
Ce
qui crée l’Histoire, ce n’est pas la succession de ces instants
sans histoire, mais plutôt les corrélations et les ajouts apportés
par ceux qui l’écrivent »
[6].
b) Polymorphisme, heuristique et herméneutique
A l’examen, le cycle Kondratieff se révèle de plus en plus
« polymorphe », et sa « valeur heuristique » est indéniable,
comme le suggérait Luigi Scandella dans un récent article
(Scandella, 21/03/2002).
L’idée directrice du cycle long dans l’analyse des phénomènes et de leur évolution, si elle est particulièrement féconde
en économie, peut être étendue à d’autres disciplines. Les
cycles des valeurs politiques, ont été mis en lumière, dès 1973,
par J. Zvi Namenwirth, développés par Robert P. Weber et mis
en parallèle avec les cycles économiques par John D. Sterman
(Namenwirth, 1981 ; Weber, 1981 ; Sterman, 1992). Les phénomènes sociologiques ont fait l’objet d’observations cycliques prudentes par Gaston Imbert (Imbert, 1959, pp.151-159).
Les domaines de la psychologie (attitudes rationnelles dans le
cycle de hausse et émotionnelles dans le cycle de baisse) et de
la mode (le phénomène de l’anxiété se traduit, dans le vêtement
féminin, par l’utilisation de plus en plus intense du noir dans le
cycle de baisse et l’adoption de plus en plus fréquente du rouge
et du jaune, au fur et à mesure du développement du cycle de
hausse) ont été explorés par le Professeur Helmut Gaus (Gaus,
1982 et 2001).
Ne pourrait-on parler de l’heuristique en terme d’idée
directrice, mais aussi de cadre pédagogique ? Le Kondratieff
est bien le fil conducteur de l’analyse économique, dans la
mesure où les faits économiques non seulement
sympathisent,
dans une perspective bergsonienne
[7], mais aussi et surtout
interagissent entre eux dans le temps vécu. Mieux, d’autres
faits, de même famille, sympathisent et interagissent aussi entre
eux. Le Kondratieff a donc bien intrinsèquement une véritable
valeur heuristique.
Et s’il est vrai que l’herméneutique établit, mais aussi
regroupe les faits, interprète le sens des intentions et des
actions, on peut également donner une valeur herméneutique au
Kondratieff. Avec des mots de Michel Foucault, le cadre du
Kondratieff permet « de faire parler les signes et de découvrir
leur sens »
[8]. Les concepts économiques ne parlent vraiment et
ne prennent toutes leurs significations que dans le maelström
qu’est le cycle Kondratieff.
C’est maintenant qu’on peut mesurer les limites des
modèles économétriques. Selon Léon H. Dupriez, « le modèle
est une construction de l’esprit à laquelle la réalité extérieure
sera rendue conforme. Un modèle n’est pas explicatif de la
réalité constatée » (Dupriez, 1959, p.489). Dans un modèle,
seule l’une ou l’autre variable (concept) est censée évoluer,
toutes autres choses restant égales. Si la variable est peut-être
mieux cernée de manière isolée, ce qui reste encore à
démontrer, on comprendra aisément que la réalité vraie ne peut
guère être valablement expliquée, dans un tel cadre.
Causes des phases de retournement
Kondratieff estime que la phase de retournement à la hausse
est surtout liée à l’usure et au renouvellement des infrastructures de base (Kondratieff, 1993, p.159). Schumpeter défend
l’idée principale du choc des grappes d’innovations dans le
retournement à la hausse et de leur épuisement à l’origine du
retournement à la baisse (Schumpeter, 1983, p.332 et 1939,
pp.87-101). Pour Léon H. Dupriez, l’accroissement du stock
métallique et de la circulation monétaire qui en résulte, favorise la reprise des investissements et déclenche la croissance
(Dupriez, 1947, II, p.215). Pour Ernesto Scepanti, les cycles
sont influencés par la combinaison de facteurs démographiques
(apparition de nouvelles générations) et du degré de militantisme : maturité et croissance du degré de militantisme sont
concomitantes (Screpanti, 1984). Pour Joshua Godstein, les
guerres, en dernière analyse, sont à l’origine des cycles longs
(Goldstein, 4/02/2003). Enfin, pour Luigi Scandella, le démarrage du cycle est fonction d’un phénomène d’auto-entretien
via le multiplicateur d’investissement.
Nous soutenons que les deux phases de retournement ont
chacune leurs propres causes. C’est la grappe d’innovations qui
déclenche le retournement à la hausse, puissamment relayée
par le multiplicateur d’investissement. On n’accorde pas assez
d’attention à ce concept clef. Il ne suffit pas d’investir, il faut
répartir équitablement les fruits de la croissance, ce qui n’a pas
été le cas dans la première étape du mouvement de hausse du
cinquième Kondratieff, compte tenu, sans doute, du rapport de
force encore favorable aux patrons (notamment avec un chômage toujours important). Les problèmes exogènes que nous
vivons maintenant sont loin d’expliquer le marasme actuel.
L’absence de consommation suffisante, consécutive à l’absence de répartition équitable, ne permet pas au multiplicateur
d’investissement de donner sa pleine mesure. Le mouvement se
retourne sous l’action conjuguée de l’essoufflement des innovations et de l’intensité maximale des conflits sociaux, intensité qui est atteinte en fin de mouvement de hausse et qui se
prolonge durant la phase de stagflation et le début du mouvement de baisse. Le graphique 2 illustre cette idée en combinant les quatre périodes intenses de conflits détectées par Jean
Bouvier et Eric Hobsbawm (1808-1820,1866-1877,1911-1922,1967-1973). On est actuellement entre la première et la
deuxième étape du mouvement de hausse, ce qui explique peut-être la léthargie syndicale d’aujourd’hui. On peut également
localiser sur ce graphique la création des syndicats à travers le
Kondratieff. Cette création se situe majoritairement dans le
mouvement de baisse. Ne s’agit-il pas également d’un
phénomène de destruction créatrice (Tonglet, 6/11/2002) ?
Graphique 2
Conflits sociaux et création des syndicats dans le
Kondratieff
Le Kondratieff dans l’espace et le temps
Le cycle ne s’applique vraiment qu’aux économies développées. Il faut, en premier lieu, tenir compte des « quelques
repères majeures » de Luigi Scandella. Comme lui (Scandella,
novembre 1999, p.2), nous pouvons émettre de très sérieuses
réserves (Tonglet, 26/09/2002) sur le concept de « fin de
l’histoire », développé notamment par Francis Fukuyama
(Fukuyama, 1992) et sur la société et l’économie de marché
comme stade ultime de l’évolution, comme si l’être humain se
résignait une fois pour toutes, alors que tout reste toujours
possible. Par ailleurs, l’évolution du Kondratieff ne se déroule
pas de manière concomitante dans l’ensemble de l’économiemonde. Les différentes phases ne coïncident pas de manière
parfaite partout. On est même assez loin du compte.
Tableau I
Démarrage et décalage du Kondratieff
Tableau I : Démarrage et décalage du Kondratieff
Les grands K1 K2 K3 K4 K5
cycles
Kondratieff
Démarrage du Angleterre Angleterre Anglaterre Etats- Etats-Kondratieff Unis Unis
Décalage du France Allemagne Etats-Unis Japon Japon
Kondratieff
Source : B.Tonglet, La Déflation, L’Harmattan, 2003
B.Tonglet, La Déflation, L’Harmattan, 2003
Dès le démarrage du Kondratieff, à la Révolution industrielle, c’était déjà le cas. L’Angleterre a donné le ton, rapidement suivie par la Belgique. Compte tenu de la Révolution de
1789 et des guerres de Napoléon, la France n’entre dans le
mouvement qu’au cours du premier Kondratieff de baisse.
Dans une logique de décollage (selon Rostow), le Japon entre
dans l’histoire économique après 1872. Dans une logique
d’économie-monde (Wallerstein), le Japon intervient, dans les
cycles longs, dans le troisième Kondratieff de baisse (option
retenue ici dans le graphique 3). Dans le cinquième Kondratieff, ce sont les Etats-Unis qui ont engagé le mouvement,
suivis par l’Europe, tandis que le Japon n’en finit pas avec la
phase baissière du quatrième siècle.
Graphique 3
Entrée des pays dans le Kondratieff
Les 3 étapes du mouvement de hausse (phase 2 du Kondratieff)
Nous pouvons opérer un découpage en trois étapes de la
phase de hausse (entre les phases de retournement à la hausse
et à la baisse, non reprise dans le graphique ci-dessous) : après
la mise en place des innovations qui enclenchent le cycle dans
la phase de stabcroissance, elles sont exploitées par une
première vague d’investissements (production en série des
nouveaux produits). Le processus s’auto-entretient au travers
du multiplicateur d’investissement, puis s’essouffle, ce qui
entraîne une courte récession (première étape qui correspond
au premier cycle des affaires). Au réveil de la demande, les
investissements reprennent, notamment dans les infrastructures, tandis que le multiplicateur continue à jouer son rôle. Un
nouvel essoufflement se produit entraînant une nouvelle
récession (deuxième étape). Les entrepreneurs croient déceler
un réveil de la demande ce qui les incite à investir à nouveau,
d’abord pour augmenter les capacités de production, ensuite
pour substituer du capital au travail, compte tenu des pressions
sociales sur les salaires. Mais la consommation ne suit pas, ce
qui engendre une stagnation de la production et le retournement à la baisse
[9].
Graphique 4
Les trois étapes du Kondratieff de hausse :
L’analyse économique sous l’angle du Kondratieff
Notre démarche s’inscrit résolument, non dans la voie
tracée par la troupe uniforme des économistes orthodoxes que
sont les néoclassiques, mais dans la ligne des hétérodoxes :
Schumpeter, Keynes, Kondratieff. Il ne s’agit donc pas de
procéder à l’analyse de l’économie sous le prisme déformant et
statique du concept tyrannique de l’équilibre des prix, mais
sous l’angle dynamique du développement de tous les concepts
de l’économie qui interagissent ensemble. Par ailleurs, il ne
s’agit pas davantage de juxtaposer les analyses dans une sorte
de « brassage mécanique », mais au contraire de les effectuer
ensemble, dans un « brassage chimique » (Schumpeter, 1990,
p.69). Le référentiel objectif du Kondratieff est celui qui
répond le mieux à cette volonté. Chaque concept doit être
examiné dans le déroulement du cycle Kondratieff, de ses
phases et étapes, séparément et globalement.
Nous proposons donc, pour les cycles Kondratieff, une
démarche similaire à celle qui a amené un changement du
profil du cycle Juglar (Scandella, 2001, pp.84-85, à la suite de
Zarnowitz, 1985) :
- Recommandation (acceptation) du phénomène Kondratieff.
- Découpage en phases et en étapes.
- Analyse des causalités.
- Intervention de nature politique pour « gérer » le Kondratieff, comme on gère le Juglar.
Un consensus sur le référentiel, le cadre de l’analyse,
n’implique nullement, non seulement une communauté de vue
sur la manière dont les concepts interagissent au sein des
cycles, mais pas davantage sur les voies et les politiques à
suivre. L’analyse, encore largement insuffisante, faute d’histoire économique adéquate, est confrontée avec le passé récent et
le présent. Nous illustrerons notre démarche par deux
exemples : les salaires et la monnaie.
a) Analyse des salaires
En combinant le cycle Kondratieff, les 4 phases de Luigi
Scandella, les trois étapes du mouvement de hausse, la
première théorie de Helmut Gauss (l’état psychique et mental
des gens varie dans le Kondratieff : le mouvement de hausse
est dominé par le rationnel et le mouvement de baisse par
l’émotionnel), le degré de militantisme suggéré par Ernesto
Screpanti et l’histoire des conflits sociaux majeurs (résumée
dans le graphique 2), on peut visualiser (graphique 5) l’attitude
psychologique des travailleurs dans les 4 phases du cycle
Kondratieff (Tonglet, 6/11/2002). On peut constater que l’attitude émotionnelle correspond à celle des conflits majeurs.
C’est à la fin de la troisième étape que sont obtenues les majorations salariales les plus significatives, alors que le multiplicateur d’investissement a cessé d’agir positivement.
Graphique 5
L’attitude des travailleurs dans les 4 phases du
Kondratieff
Pour donner un rendement maximal à l’action du multiplicateur d’investissement (jusqu’à présent on peut constater la
concomitance des conflits sociaux les plus intenses et des
majorations salariales significative), l’action syndicale et l’analyse des salaires doivent se décliner, dans les 4 phases du
Kondratieff, de la manière suivante :
Stabcroissance : modération salariale et de l’action syndicale.
Kondratieff de hausse : action syndicale intense dès le début de
la deuxième étape pour obtenir une meilleure répartition des
fruits de la croissance et donner une efficacité maximale au
multiplicateur d’investissement au moment le plus adéquat.
Stagflation : modération salariale et de l’action syndicale.
Kondratieff de baisse : modération salariale.
b) Analyse de la monnaie
A ce sujet, je suivrai en gros la théorie monétaire de Joseph
Schumpeter, où théorie économique et théorie monétaire sont
intimement liées. Dans le contexte classique, la monnaie n’est
qu’un voile. Dans celui de l’évolution, elle a une importance
primordiale.
En s’ajustant aux besoins de financement des nouveaux
produits, « une création ex nihilo », dans la ligne de pensée du
Banking principle, la monnaie est le complément indispensable
de l’innovation. Ainsi le crédit augmente le volume de la masse
monétaire et le remboursement des emprunts la diminue. La
« création ex nihilo » n’est jamais que temporaire, et ne couvre
finalement que « la non-simultanéité entre l’apparition du pouvoir d’achat et celle des marchandises » (Schumpeter, 1983,
p.159), qui, une fois vendues, apportent les disponibilités
nécessaires au remboursement du crédit. Ce processus peut
donner « temporairement l’apparence d’une inflation » (ibid.),
assez rapidement jugulée par ce remboursement. L’examen du
risque de crédit par les banquiers est donc important car le non-remboursement n’engendrera pas de destruction de monnaie
mais en réalité l’inflation, ce qui constitue un frein suffisant à
l’inflation de crédit.
Le banquier n’est pas, souligne Joseph Schumpeter, « un
intermédiaire », mais « le producteur » (ibid., p.105) de la
marchandise qu’est la puissance d’achat de la monnaie. Il est
donc, en assurant la possibilité de mettre en force de nouvelles
combinaisons, « l’éphore de l’économie d’échange » (ibid.).
Qu’est-ce que l’éphore, si ce n’est celui qui préside aux destinées de l’économie, celui qui rend possible l’acte d’innover. Le
banquier est l’animateur de la vie économique, ce qui semble
aujourd’hui partiellement oublié, dans un contexte de maximalisation du return on equity. Est donc nécessaire et efficace la
coordination des efforts entre entrepreneurs et banquiers. A
noter qu’aujourd’hui, avec le concept de « Banqueassurances », avec les politiques de profits maximum à court terme et
de risque zéro, d’une part, avec des entreprises qui font leur
marché en matière de produits bancaires, d’autre part, on ne
peut plus guère parler de « l’éphore », mais de vulgaire intermédiaire du côté du banquier, ni du besoin premier de crédit
pour l’entrepreneur. Il s’agit aussi, pour le banquier, de revenir
à son core business, l’analyse du risque (crédit, commerce
extérieur, gestion de patrimoine), selon une approche surtout
qualitative, c’est-à-dire économique (ici encore l’analyse selon
l’angle du Kondratieff et de ses 4 phases s’avère féconde),
financière (ratios) et humaine, en quelque sorte. L’approche
actuelle, surtout quantitative (notamment avec l’analyse des
garanties selon des schémas préétablis dans une approche
rationnelle), n’est guère probante à la lumière de l’endettement
inquiétant de certaines grandes entreprises. Il n’y a enfin plus
guère aujourd’hui de symbiose entre la banque et son client,
symbiose que j’estime (je ne suis pas le seul) capitale pour la
vie économique, pour l’avoir vécue sur le terrain pendant une
vingtaine d’années ( voir au sujet des banques, Tonglet, 04/06/
2003). Certains économistes en parlent d’une manière générale,
à la suite de Joseph Schumpeter (Diatkine, 2002, pp.42-51 et
Lakomski-Laguerre, 2002, pp.215-228) ou s’en inquiètent indirectement, comme ma collègue Annick Pierard (Pierard, mars
2003, passim), dans le cadre du Japon.
Schumpeter accorde une grande importance à « l’efficience
de la monnaie » (Quilès, 1997, p.28 et 30) : il s’agit du nombre
de fois que, dans le cadre d’un processus de production, une
unité monétaire dépensée parcourt le circuit du marché des
biens de consommation au marché des biens de la production
pour revenir, comme partie intégrante du revenu des consommateurs, sur le marché de la consommation. L’efficience de la
monnaie s’avère donc fort proche de la fonction du multiplicateur d’investissement que Keynes développera en 1936, dans
sa Théorie générale. Lorsque la vitesse de circulation de la
monnaie s’emballe, la stagflation est au rendez-vous.
Théorie monétaire et théorie du crédit doivent impérativement être imbriquées, ce qui, traduit dans les mots de Joseph
Schumpeter, implique « une théorie monétaire basée de façon
méthodique sur le crédit », non « une théorie monétaire du crédit », que Schumpeter considère à juste titre comme une « véritable camisole de force » (Schumpeter, 1983, II, pp.452-453).
Avant de conclure cette réflexion sur la monnaie, il importe
de s’interroger sur le rôle des Banques centrales : morale ou
éthique ? Dès le début de la croissance, les Banques centrales
ont travaillé à contre-cycle, en étouffant dans l’œuf toute
velléité d’inflation, avec des hausses répétées des taux de
refinancement, en parfaite déconnexion avec l’économie réelle,
dans le respect évident d’une politique prudente au cours de la
phase ascendante du cycle préconisée par Hayek. Aujourd’hui,
elles voudraient relancer le mouvement, en négligeant le risque
de trappe à liquidité, voire même, au Japon, en se fixant des
objectifs d’inflation. On croit rêver. On ne réduit pas
impunément la science économique à la seule gestion de
l’inflation et de la stabilité des prix. Ce faisant, elles accordent
une priorité absolue à l’économie de l’offre, ce que dénonçait
déjà en son temps Stendhal
[10]. On ne relance pas la machine
d’un coup de baguette magique. En travaillant à contre-cycle,
on a peut-être paralysé pour longtemps la politique des taux.
Quant aux statuts de la Banque Centrale Européenne, que sont-ils si ce n’est, avec le vocabulaire de Max Weber, «
une cage
d’acier »
[11] ? Ne s’agit-il pas pourtant d’une institution publique
chargée de veiller aux intérêts de tous ? Il faut oser parler du
caractère «
fétiche » (Marx, 1985, I, p.68) de la monnaie, traitée par les Banques centrales en fonction des seuls intérêts de
la production et de la finance. Le rôle du banquier central ne
peut donc être qu’éthique, gérant la monnaie dans un contexte
économiquement acceptable et non socialement supportable, en
se soumettant à un contrôle démocratique. En suivant l’analyse
de la monnaie sous l’angle du Kondratieff et de ses 4 phases, le
banquier central s’inscrit dans une logique éthique
[12].
La théorie monétaire de l’évolution économique est celle
qui épouse le mieux le cycle économique, du moins dans sa
phase haussière. La monnaie n’est donc pas un voile. Elle
nourrit au contraire le cycle dans sa phase montante. L’évolution monétaire se présente dès lors comme suit :
Stabcroissance : augmentation graduelle de la création
monétaire.
Kondratieff de hausse : croissance monétaire, plus vigoureuse
que dans les phases précédentes.
Stagflation : arrêt de la croissance monétaire : encore faut-il
que l’action syndicale revendicatrice démarre plus tôt dans le
cycle de hausse (au début de la deuxième étape) et se clôture au
plus tard à la fin de la troisième étape, tandis que l’investissement patronal s’effectue en fonction de l’évolution de la
demande, et non, comme au début de la phase de retournement
à la baisse, pour contrer la combativité syndicale, au moment
où il devient évident que le taux de profit diminue.
Kondratieff de baisse : réduction de la croissance monétaire qui
s’ajuste à la production réduite.
Le Kondratieff est-il répétitif ?
Déjà Kondratieff lui-même précisait que « chaque cycle se
déroule dans des conditions historiques concrètes nouvelles »
(Kondratieff, 1992, p.164), tandis que Schumpeter ajoutait que
tout dépend « des données concrètes dans chaque cas particulier ». On ne peut être plus clair. Il n’y a pas de répétition à
l’identique. Différents facteurs influencent le cycle et notamment l’esprit du capitalisme, le type de concurrence, les théories et les politiques économiques qui dominent au moment du
déroulement du cycle, la manière, à chaque fois différente, dont
l’innovation se diffuse, l’intensité des luttes sociales. Tous ces
facteurs colorent, à chaque fois, le cycle de manière différente
et lui ôte tout caractère déterministe.
Les cycles n’ont d’ailleurs pas la même durée. La rédaction
de The Economist attirait récemment l’attention à ce sujet (The
Economist, 20/02/1999). Il y a lieu de relever les dates retenues, bien que, fondamentalement, les conclusions ne soient
pas modifiées pour autant. Elles ne correspondent pas aux
dates suggérées par Goldstein qui semblent faire autorité, la
question mérite d’être posée. Les premiers font le constat de
l’accélération des cycles et de la réduction de leur durée (60,
55,50,40, et prévisions d’une durée de 30 ans pour le cycle en
cours), les datations du second donnent des durées différentes
(58,45,57 et 52 ans). The Economist constatait que l’impact
des innovations du cinquième cycle faiblissait et que les investissements en matière d’infrastructure devaient prendre rapidement le relais (ce qui n’est toujours pas le cas), sous peine de
raccourcir la phase de hausse et d’engendrer plus rapidement le
retournement à la baisse. D’autres économistes (Summers et
Bradford Delong, 19/06/2002 et Banque des Règlements
Internationaux, 1993, p.23) ont conforté plus récemment l’idée
de The Economist en attirant l’attention sur la difficulté de
mettre des barrières à l’entrée (nouvelles règles en matière de
concurrence en Europe et pressions de l’OMC) sur les marchés
des nouvelles technologies (apparition plus rapide des capitalistes « imitateurs » dans la ligne de pensée de Schumpeter), ce
qui entraîne la baisse prématurée de la profitabilité des innovations. D’autres facteurs vont dans le même sens : doublement
de l’endettement des entreprises en quelques années et
accumulation excessive du capital productif (taux d’utilisation
insuffisant des capacités productives) entraînant plus rapidement « une baisse tendancielle des profits » (Tonglet, 27/03/
2002), en termes marxistes. Karl Marx is back ironisait même
Patrick Artus (Artus, 2002). Peut-on dès lors encore parler du
Kondratieff en terme de répétition à l’identique ?
La science économique a atteint un tel degré d’abstraction
et de construction idéologique, atemporelle et déconnectée de
la réalité qu’il est temps de réagir, de bousculer les normes
établies et répétées ad nauseam, de remettre en cause un
consensus qui n’a engendré qu’exclusions et crises d’anorexie
de l’économie.
En combinant les 4 phases du Kondratieff et les trois étapes
du mouvement de hausse, on pourrait dire que Joseph Schumpeter est l’économiste de la deuxième partie du mouvement de
baisse (destruction créatrice) et du retournement à la hausse
(choc des entrepreneurs « en essaims » et innovations en
« grappes »), Keynes, celui des deux premières étapes et de la
première moitié de la troisième du mouvement de hausse
(circuit keynésien et multiplicateur d’investissement), Friedman, celui de la fin de la troisième étape du mouvement de
hausse, du retournement à la baisse et du début du mouvement
de baisse, Kaldor se souciant de l’objectif d’une évolution
harmonieuse des différents concepts au sein de chaque phase
(carré magique).
On comprendra mieux maintenant que le Kondratieff est le
cadre le plus objectif de l’analyse économique. Tous les
concepts économiques évoluent ensemble dans le schéma plus
ou moins balisé du cycle, c’est ensemble qu’ils doivent donc
être analysés. Le Kondratieff est l’élément vertical et dynamique de l’économie, le circuit keynésien, son versant horizontal
et cinétique où les différents agents économiques sont inévitablement liés par des flux de dépenses ou de revenus selon la
position de chacun dans les rouages de l’économie. Nous sommes tous (entrepreneurs, politiques, travailleurs…) concernés
par la vie économique, le Kondratieff et le circuit keynésien.
A une économie rationnelle, il faut substituer une économie
du désir initiée par l’innovation, stimulée par la création
monétaire ex nihilo et prolongée au plus loin par la dynamique
du multiplicateur d’investissement, la seule manière de contourner l’un des mythes de la science économique, la rareté
(Tonglet, 11/01/02).
Cette économie du désir suppose de considérer toute action
non comme la résultante d’un individualisme méthodologique
ou d’un « collectivisme méthodologique », mais comme la conséquence d’une singularité méthodologique. A l’individu qui
hiérarchise, écrase, nivelle et subordonne, à la collectivité qui
dissout chacun dans le grand chaudron de la société, on peut
préférer le singulier, sa différence et le respect mutuel de cette
différence qui est l’une des faces de la solidarité. L’interaction
sociale atteint le maximum d’intensité dans la coordination
souple des différentes singularités. Qu’est-ce que la singularité,
neuve et révolutionnaire, c’est, avec des mots de Baudelaire,
« l’héroïsme de la vie moderne » (Baudelaire, 1975-1976, II,
p.493).
La mise en route de cette économie se déroule en plusieurs
étapes : il faut d’abord une « vision », c’est-à-dire, selon Joseph
Schumpeter, « l’effort de connaissance pré-analytique »
(Schumpeter, 1983, I, pp.74-75), l’intuition de Bergson en
quelque sorte. Il faut ensuite confronter cette vision avec les
théories existantes et surtout le déroulement de la vie économique, l’histoire, et greffer alors l’ensemble sur le référentiel
qu’est le Kondratieff. On dispose alors d’une philosophie de
l’économie qu’il faut sans cesse confronter au présent économique. La modernité économique, c’est pour moitié « le
transitoire, le fugitif, le contingent », l’autre moitié « l’éternel
et l’immuable » (Baudelaire, 1975-1976, II, p.695). Le présent
n’est ni répétition à l’identique du passé ni changement radical.
Le point faible de la science économique, c’est aujourd’hui
l’histoire. Il s’agira de refaire, dans le détail, phase après phase,
l’histoire des 5 cycles Kondratieff, puis de comparer non
seulement l’évolution des concepts dans chacune des phases,
mais l’évolution globale de tous les concepts dans le maelström
du mouvement.
On laissera le mot de la fin à Luigi Scandella. Si le Kondratieff est « un outil explicatif puissant », il ne peut prétendre,
comme tout référentiel, à devenir « la pierre philosophale »
(Scandella, 21/03/02).
·
ARTUS P., Karl Marx is back, CDX Ixis, Flash n°4,04/01/2002.
·
BANQUE DES REGLEMENTS INTERNATIONAUX (BRI), Rapport 1992,
Bâle 1993.
·
BAUDELAIRE, Œuvres Complètes, coll. La Pléiade, Gallimard, Paris, 1975-1976.
·
BOSSERELLE E., Le cycle Kondratieff, Théorie et controverses, Masson,
Paris, 1994.
·
BOSSERELLE E., Le cycle Kondratieff, Mythe ou réalité, Futuribles,
septembre 2001, p. 63-77.
·
BRAUDEL F., Civilisation matérielle, économie et capitalisme, XV-XVIIIème siècle, T III, Le temps du monde, LP, Paris 1993.
·
DIATKINE D. et GAYMAN J.M., Histoire des faits économiques, T I,
Nathan, Paris, 1999.
·
DIATKINE S., Les fondements de la Théorie bancaire, Dunod, Paris, 2002.
·
DANNEQUIN F., Entrepreneur et Accumulation chez Schumpeter,
Document de travail n° 59, Laboratoire Redéploiement Industriel et
Innovation, Université du Littoral Côte Opale, Dunkerque, novembre 2002.
·
DOCKES P., ROSIER B., Rythmes économiques, crise et changement social,
La Découverte, Paris, 1983.
·
DOUERIN M., Libéralismes, Les Editions de la Passion, Paris, 2002.
·
DUPRIEZ L.H., Des mouvements économiques généraux, IRES, Louvain,
1947.
·
DUPRIEZ L.H., Philosophie des Conjonctures Economiques, E.Nauwelaerts-Bératrice-Nauwelaerts, Paris, 1959.
·
FRIEDMAN M., Inflation et systèmes monétaires, coll. Perspectives de
l’économie, Calmann-Levy, Paris, 1976.
·
FOUCAULT M., La « Gouvernementalité », repris dans Dits et écrits, T III,
Coll. Bibliothèques des Sciences humaines, Paris, 1994, pp.635-657.
·
FUKUYAMA F., La fin de l’histoire et le dernier homme, Flammarion, Paris,
1992.
·
GAUS H., Menselijk gedrag tijdens langdurige economische recessies, De
Sikkel, Malle, 1982.
·
GAUS H., Why Yesterday Tells of Tomorrow, Garant, Leuven-Apeldoorn,
2001.
·
GODET M., Nouvelle croissance ou vieilles lunes, Futuribles n°257,
Octobre 2000, pp.67-80.
·
GOLDSTEIN J.S., Long Cycles : Prosperity and War in the Modern Age,
Yale U.P., New-Haven and London, 1968.
·
GOLDSTEIN J.S., Ce sont les peuples qui font l’histoire, Le Monde du
4/02/2003.
·
GRAVEREAU J., TRAUMAN J. (sous la direction de), Crises financières,
Economica, Paris, 2001.
·
IMBERT G., Des mouvements de longue durée, Kondratieff, La Pensée
Universitaire, Aix-en-Provence, 1959.
·
JOHSUA I., La crise de 1929 et l’émergence américaine, coll. Actuel Marx
Confrontation, PUF, Paris, 1999.
·
KALDOR N., Conflicts in Policy Objective, Basil Blackwell, Oxford, 1971.
·
KAPP B., Les folles années de la railway mania, Le Monde, 26/10/1999.
·
KAPP B., Quand Wall Street spéculait sur la radio, Le Monde, 14/03/2000.
·
KEYNES J.M., Théorie Générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie,
PBP, Payot, Paris, 1979.
·
KEYNES J.M., Essais sur la monnaie et l’économie, PBP, Payot, Paris, 1996
·
KINDLEBERGER C., Manias, Panics and Crashes. A historical of Financial
Crises, Basic Book, 1999.
·
KONDRATIEFF N.D., Les grands cycles de la conjoncture, Economica,
Paris, 1993.
·
LAKOMSKI-LAGUERRE O., Les Institutions Monétaires du Capitalisme.
La Pensée Economique de Joseph Schumpeter, coll. Economiques, L’Harmattan, Paris, 2002.
·
LANDES D.S., L’Europe technicienne, Gallimard, Coll. Bibliothèques des
Histoires, Paris, 1975.
·
MAGRIS C., Danube, L’arpenteur, Paris, 1988.
·
MANDEL E., Long Waves of Capitalist Development, CUP, 1980.
·
MANDEL E., La crise, Champs Flammarion, Paris, 1985.
·
MANDEL E., Le troisième âge du capitalisme, Les Editions de la Passion,
Paris, 1997.
·
MARX K., Manifeste du Parti communiste, Mille et une nuits, Paris, 1994.
·
MARX K., Le Capital, Champs/Flammarion, Paris, 1985.
·
MENSCH G., Stalemate in Technology, Ballinger Publishing Company,
Cambridge (Mass.), 1979.
·
NAGELS J., Il y a-t-il un nouveau Kondratiev ascendant depuis 1992 ?,
Cahiers économiques de Bruxelles, n°170, deuxième trimestre 2001, pp.45-62.
·
NAMENWIRTH J.Z., The Wheels of time and the Interdependance of Value
Change, in America, Journal of interdisciplinary History III n°4 (Cambridge
Mass.), 1981.
·
NIETZSCHE F, Ainsi parlait Zarathoustra, repris dans Œuvres, Coll.
Bouquins, Robert Laffont, Paris, 1993.
·
ORLEAN A., Psychologie des marchés, in GRAVEREAU J. et TRAUMAN
J. (sous la direction de), Crises financières, Economica, Paris, 200, pp.105-128.
·
PIERARD A., Le Japon entre crise bancaire et déflation, Bulletin financier
ING Belgique, n°2387, mai 2003, pp.1-8.
·
QUILES J.J., Schumpeter et l’évolution économique, Nathan, coll. Circa,
Paris, 1997.
·
SCANDELLA, L., Le Kondratieff, coll. Economie Poche, Economica, Paris,
1998.
·
SCANDELLA L., Le cycle Kondratieff et l’économie monde, Bulletin
financier de la BBL n° 2335, octobre 1998, pp.1-9.
·
SCANDELLA L., Fragmentations ethno-civilisationnelles contre mondialisation, Bulletin financier de la BBL n°2347, novembre 1999, pp.1-11.
·
SCANDELLA L., Crises financières et cycles économiques, in GRA-
VEREAU J. et TRAUMAN J. (sous la direction de), Crises financières,
Economica, Paris, 2001, pp. 81-103.
·
SCANDELLA L., Le Kondratieff et la Mode, L’Echo du 21/03/02.
·
SCANDELLA L., La Chine entre Charibde et Scylla, Bulletin financier de la
BBL n°2377, juin 2002, p. 1-9.
·
SCANDELLA L, La Bourse et le cycle de Kondratieff, Bulletin financier de
la BBL n°2385, mars 2003, pp.1-9.
·
SCREPANTI E., Long Economic Cycles and Recurring Proletarian
Insurgencies, Revieuw ( Fernand Braudel Center), 1984, vol.7,2, pp.509-548.
·
STERMAN J.D., Long Waves Decline and the Politics of Depression, MIT,
Cambridge (Mass.), 1992.
·
SCHUMPETER J., Théorie de l’évolution économique, Dalloz, Paris, 1983.
·
SCHUMPETER J., Impérialisme et classes sociales, Champs-Flammarion,
Paris, 1984.
·
SCHUMPETER J., Business Cycles, Mc Graw-Hill, New-York and London,
1939.
·
SCHUMPETER J., Capitalisme, Socialisme et Démocratie, Payot, Paris,
1998.
·
SCHUMPETER J., Histoire de l’analyse économique, coll. Bibliothèque des
Sciences humaines, Gallimard, Paris, 1983.
·
STIGLITZ J.E., Principes d’économie moderne, De Boeck Université, Paris-Bruxelles, 2000.
·
SUMMERS L.H., BRADFORD DELONG J., Anatomie d’un crash, Le
Monde du 19/06/2002.
The Economist, Catch the Wave, 20/02/1999.
·
TONGLET B., Le rôle des banques centrales : morale ou éthique ?, L’Echo
du 13/03/2001.
·
TONGLET B., Du concept de la rareté à la croissance, L’Echo du 11/01/02.
·
TONGLET B., Perspectives de reprise ?, L’Echo du 27/03/2003.
·
TONGLET B., Le Kondratieff est-il sur sa lancée ?, L’Echo du 03/05/2002.
·
TONGLET B., Le Kondratieff est-il un phénomène répétitif ?, L’Echo du
12/07/2002.
·
TONGLET B., Forum social et mondialisation, L’Echo du 26/09/2002.
·
TONGLET B., Relations sociales, salaires et Kondratieff, communication
inédite, présentée lors du séminaire organisé à Bruxelles le 6-11-2002 par
l’Echo Formation et la BBL, intitulé Comportements individuels et collectifs,
dialogue social, marchés financiers et boursiers.
·
TONGLET B., La Déflation. Qu’en dites-vous, Nikolaï D. Kondratieff ?,
Innoval-L’Harmattan, coll. Economie et innovation, Paris 2003.
·
TONGLET B., L’Allemagne et le risque de déflation, L’Echo du 22/04/2003.
·
TONGLET B., Où vont les banques ?, L’Echo du 04/06/2003.
·
TROTSKY L., The curve of Capitalist Development, lettre à la rédaction du
Viestnik Sotsialisticheskoi Akademii, datée du 21 avril 1923, reprise dans
Fourth International, mai 1941, p.112, lettre traduite en français par des
militants bénévoles.
<http ://membres.lycos.fr/trotsky/livres/articles.lacourbe l.htm>
·
ÜLGEN F., Economie monétaire et dynamique schumpétérienne d’évolution
économique, Cahiers d’économie de l’innovation n°4,1996, pp.61-92
·
UZUNIDIS D., Schumpeter et mouvements longs de l’économie. Aspects
critiques de l’actualité théorique, Cahiers d’Economie de l’Innovation n° 4,
1996, pp. 119-140.
·
VAN DUIJN J.J, The Long Have in Economic Life, George Allen and Unwin,
Londres, 1983.
·
VENTELOU B., Au-delà de la rareté, Albin Michel, Paris, 2000.
·
WEBER R.P., Society and Economy in the Western Word System, Social
Forces 59 n°4 (Chapel Hill North Carolina), 1981.
·
WALLERSTEIN I., Le capitalisme historique, La Découverte, coll. Repères,
Paris, 1990.
·
ZARNOWITZ V., Recent Work on Business Cycles in Historical Perspective.
A Review of Theories and Evidence, Kingston (Tennessee), Journal of
Economic Literature, Vol. XXIII, juin 1985, pp.523-590.
[1]
Nietzsche, 1993, pp.269-545,
passim. L’homme fort est capable de provoquer une rupture dans le déroulement historique. Il suppose dépassement de
soi et capacité de se réinventer sans cesse. Il ne s’agit donc pas d’un être au
stade ultime de son développement, mais en pleine évolution. En cela, le
concept d’entrepreneur, chez Schumpeter, s’apparente au surhomme
[2]
Scandella (novembre 1999, p.1). Luigi Scandella a traduit, par ailleurs la
poésie frioulane de Pasolini (trois recueils parus, tant chez Actes Sud qu’aux
Editions Le Castor Astral)
[3]
Foucault, 1994, p.635. Ce sont les stratégies qui permettent de diriger les
êtres et les choses selon les vues du Pouvoir.
[4]
Manifestement, Pierre Castex (
Théorie générale de la monnaie, L’Harmattan, coll. Economie et innovation, Paris, 2003) n’a pas lu l’ouvrage de Luigi
Scandella (1998) qui se limiterait à «
montrer le caractère politique des
vagues économiques longues » (p.47, note 1). Or, il est essentiellement
économique et vise moins à faire un état détaillé de la question du Kondratieff
qu’à présenter des vues nouvelles sur ce cycle tout en ouvrant son analyse à
l’aspect polymorphe de ce référentiel. Avec lui, l’analyse du Kondratieff
progresse. Par contre, l’ouvrage d’Eric Bosserelle est un excellent manuel qui
permet de faire le tour circonstancié de toutes les théories relatives au
Kondratieff, sans pour autant sortir des chemins déjà tracés. Manifestement,
Eric Bosserelle ne croit guère à la pertinence des cycles Kondratieff, réduit
quasiment à l’état de «
mythe », voire, à la suite d’un récent article de Michel
Godet, de «
leurre ». Michel Godet, pour sa part, se complait à parler de
«
tentation du déterminisme ». On ne trouve pas la moindre once de
déterminisme dans les travaux de Luigi Scandella. Tout ceci est «
l’illustration frappante du fait que la majorité des économistes ne lisent pas » dirait
Joseph Schumpeter (1983, III, p.383).
[5]
Nagels (1992), cité d’après une communication inédite (version remaniée de
l’article de 2001), présentée lors du séminaire organisé à Bruxelles le 6-11-2002 par
l’Echo Formation et la
BBL, intitulé
Comportements individuels et
collectifs, dialogue social, marchés financiers et boursiers.
[6]
Magris, 1988, p.50. Faire de l’Histoire, est-ce énoncer une succession de
faits, simples «
particules élémentaires » dans un monde où règne un atomisme si réducteur ? Ou l’Histoire ne se joue-t-elle pas entre les battements
de cœur des événements ? Ne s’agit-il donc pas de décliner, avec des mots de
Fernand Braudel (1993, p.8), «
le temps » réellement «
vécu »,
a posteriori et
non
a priori ?
[7]
Bergson définit l’intuition comme «
la sympathie par laquelle on se
transporte à l’intérieur d’un objet »,
La pensée et le mouvement, Paris, 1934,
p.181.
[8]
Foucault,
Les mots et les choses, Gallimard, coll. Tel, Paris, 1966, p.44.
[9]
Tonglet, 3/05/2002. G. Mensch suggérait déjà en 1979 que les innovations
«
fondamentales » entraînent une demande relative à la création ou à l’amélioration des infrastructures, ce que j’ignorais en mai 2002. Il faut cependant
noter que ces innovations «
fondamentales », selon Mensch, apparaissent
dans la phase baissière et non dans la phase de retournement, comme je le
pense, à la suite de Joseph Schumpeter.
[10]
«
Tous les écrivains d’économie politique ne tendent qu’à faire produire…
et jamais consommer » (Stendhal, cité par Guy Dupruigrenet,
Stendhal et
Sismondi, ou, face à l’industrialisme, une économie romantique, dans
Stendhal, le saint-simonisme et les industriels, textes réunis par O. Schellekens, Actes du XII congrès international stendhalien, Bruxelles 23-25 mai
1977, ULB, Bruxelles, 1979, p.32.
[11]
M. Weber,
L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Plon, coll. Agora, Paris, 1985, p.224.
[12]
Ce paragraphe reprend quelques éléments proposés dans Tonglet,
13/03/2001.