Innovations
De Boeck Université

I.S.B.N.sans
270 pages

p. 7 à 8
doi: 10.3917/inno.023.0007

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no 23 2006/1

2006 INNOVATIONS

Éditorial

John Kenneth Galbraith et l’esprit de l’innovation [1]
Comme Schumpeter nous l’a enseigné, l’innovation, au sens large, est le moteur du capitalisme. Dans une entreprise, innover signifie réaliser une nouvelle combinaison de facteurs de production et commercialiser ses résultats. Dans la discipline économique, innover signifie tracer une nouvelle voie d’étude et de compréhension des faits économiques. L’œuvre de John Kenneth Galbraith est sans conteste « innovante » car elle éclaire par plusieurs angles le monde ardu de la réalité des affaires.
John Kenneth Galbraith se réfère souvent dans ses écrits à la définition de l’économie donnée par Alfred Marshall : l’étude de l’homme dans la conduite de sa vie quotidienne. Une telle approche implique le recours à l’histoire pour mieux comprendre les faits économiques. L’économie apparaît comme un système incluant les nombreux champs aujourd’hui considérés comme les divisions et subdivisions normales de la discipline. Cette approche « holiste » ou plutôt « ouverte » ne peut être contenue dans un étroit courant de pensée. Les influences sont bien sûr importantes. Dans le cas de Galbraith, l’influence de la théorie keynésienne est primordiale. Mais la tradition progressiste de sa famille et l’enseignement de ses professeurs dans l’Amérique des années 1920-30 ont nourri sa pensée politique et socio-historique.
La théorie de la grande entreprise, développée dans Le Nouvel Etat Industriel (1967) [2] est, pour beaucoup d’économistes, la contribution majeure de Galbraith. Son analyse a remis en cause la théorie néoclassique du consommateur roi et montré la dépendance entre consommation et production. Au centre de la théorie de la grande entreprise se trouve l’analyse du pouvoir. Celle-ci est double : elle inclut d’une part le pouvoir exercé par la firme sur les prix, sur le comportement du consommateur et sur la définition des politiques publiques et d’autre part, la répartition du pouvoir dans l’entreprise entre les actionnaires et les managers. Dans le capitalisme contempo-rain, le pouvoir appartient à la technostructure, nouveau facteur de production imposé par la technologie moderne et la planification.
Cette idée est aujourd’hui fortement débattue. Pour certains économistes, la gestion des entreprises est soumise à la loi des actionnaires. Pour d’autres, la technologie moderne suppose toujours la décision collective. Ce nouveau pouvoir des actionnaires ne serait qu’une illusion, une mascarade ou encore une « fraude innocente ». Dans son dernier ouvrage, L’économie du mensonge (2004) [3], J.K. Galbraith remet au goût du jour la notion d’idée conventionnelle qu’il développa dans L’ère de l’opulence (1957) [4]. Ces idées, qui sont bien acceptées, enseignées aux étudiants et répétées par les média – bien qu’étant très éloignées de la réalité – deviennent des « fraudes innocentes » lorsqu’elles sont utilisées pour façonner la réalité économique. L’idée conventionnelle selon laquelle les actionnaires ont le pouvoir de décision dans l’entreprise devient une fraude innocente lorsque tous (médias, politiques, experts) continuent à clamer ce pouvoir en dépit des montagnes de stock options que les managers s’auto-octroient… et en dépit des scandales comptables et financiers. La liste des fraudes innocentes est aujourd’hui très longue…
Pourquoi devrions-nous relire Galbraith ? Dans l’économie mondiale d’aujourd’hui, comment cette approche institutionnaliste peut-elle nous aider à améliorer notre compréhension de la réalité économique et à prendre de bonnes décisions ? Relire Galbraith pour comprendre la puissance des Etats et la paupérisation… la persistance du sous-développement… mais aussi la remise en cause des services publics… les allers-retours réguliers entre euphorie financière et conflits militaires… « Les problèmes économiques et sociaux évoqués ici, tout comme la pauvreté de masse et la famine, peuvent être réglés par la réflexion et l’action. Ils l’ont déjà été. La guerre reste l’échec humain décisif » [5].
 
NOTES
 
[1]Ce numéro d’Innovations reprend un ensemble de textes issus des débats du premier Forum l’Esprit de l’Innovation. Colloque international John Kenneth Galbraith, Paris, 22 au 25 septembre 2004, organisé par le laboratoire de recherche sur l’Industrie et l’Innovation (Lab. RII) de l’Université du Littoral et le groupe Institut de Gestion Sociale (IGS).
[2]Le nouvel état industriel, Tel, Gallimard, Paris (éd. 1989).
[3]The Economics of Innocent Fraud, Penguin. En français : Les mensonges de l'économie : Vérité pour notre temps, Grasset, Paris, 2004.
[4]L'ère de l'opulence, Calmann-Lévy (éd. 1994).
[5]Les mensonges de l'économie, op. cit., p.87.
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Le nouvel état industriel, Tel, Gallimard, Paris (éd. 1989)...
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[4]
L'ère de l'opulence, Calmann-Lévy (éd. 1994). Suite de la note...
[5]
Les mensonges de l'économie, op. cit., p.87. Suite de la note...