Innovations 2006/2
Innovations
2006/2 (no 24)
290 pages
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DOI 10.3917/inno.024.0115
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Vous consultezTravail et régulations territoriales : une lecture à partir d’expériences française, italienne et brésilienne

AuteurChristian Azaïs[1] [1] c christian. azais@u-picardie. fr ...
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du même auteur

CRIISEA – Université de Picardie et IRISES – Université Paris-Dauphine

Le concept de régulation est au cœur des interrogations de disciplines comme la sociologie du travail (GUARRIELLO et al, 2005) ou l’économie régionale (GILLY, PECQUEUR, 1995), lorsqu’elles se proposent d’analyser des faits économiques ou sociétaux qui ne relèvent pas uniquement du contexte national. Dépasser le cadre national devient une exigence pour traduire la complexité de phénomènes économiques, sociaux et politiques. En effet, ceux-ci relèvent d’instances dont les logiques et les temporalités ne sont pas toujours en parfaite adéquation. Tels sont aussi les enseignements de la mondialisation (WERNER, ZIMMERMANN, 2004).

2 Cet article porte sur le lien entre les formes d’insertion sur le marché du travail et les territoires où elles se produisent. Les terrains se situent à Saint-Denis, dans la proche banlieue parisienne, et à Santo André, dans l’aire métropolitaine de São Paulo. La recherche a été menée auprès d’institutions locales et de responsables d’agences publiques et privées chargées d’insuffler une dynamique aux villes en question (AZAÏS, GIRARD, 2005[2] [2] Recherche menée dans le cadre des recherches du Pôle SHS...
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 ). Il s’agit, d’une part, de comprendre en quoi les formes variées prises par le travail ont un impact sur la dynamique des territoires et, d’autre part, de peaufiner l’idée selon laquelle le territoire est une construction socio-historique. Pour ce faire, l’analyse prend en compte les échelles de régulation examinées à travers l’insertion de populations défavorisées sur le marché du travail ou dans des activités qui ne relèvent pas directement de lui.

3 Le point de départ de la réflexion fait état de l’existence d’une relation entre l’hybridation qui caractérise le marché du travail et l’émergence de nouvelles structurations territoriales. Dit autrement, il y aurait un lien, non univoque, – à expliquer – entre la multiplicité des formes de travail et leur inscription territoriale.

4 Deux hypothèses sont avancées : H1) l’hybridation a un impact sur les configurations et la dynamique territoriales, car elle redessine les contours des poches de développement et de ségrégation, sur lesquelles les pouvoirs publics exercent leur capacité de régulation ; H2) la confrontation entre des logiques multiples d’acteurs participe de la régulation territoriale et imprime une configuration particulière au territoire, qui en retour affecte les formes de travail.

5 Dans un premier temps, l’analyse de l’hybridation grâce à des exemples tirés des transformations du monde du travail dans les pays développés – en France et en Italie, principalement – et en développement – Brésil – aidera à en pointer les conséquences sur la dynamique territoriale. Puis, à la lumière de ces transformations, il sera possible de cerner les enjeux dans lesquels se trouvent engagées les institutions et les multiples organisations qui font le territoire et de s’interroger sur la façon dont elles digèrent les logiques souvent concurrentes auxquelles elles sont confrontées. Finalement, une troisième partie abordera, d’un point de vue méthodologique, la question de la comparaison entre univers contrastés. A ce stade-là les catégories d’analyse choisies sont censées aider à percevoir le lien entre l’hybridation et la dynamique territoriale. L’objectif est aussi de parfaire l’idée selon laquelle le territoire est une construction socio-historique.

HYBRIDATION ET DYNAMIQUE TERRITORIALE : QUELLES RELATIONS ?

6 La dynamique territoriale est ici perçue dans son lien avec le travail. Cette thématique n’est pas à proprement dit nouvelle, plusieurs auteurs s’y sont essayé, que ce soit dans le cadre des analyses du paternalisme à propos des « fabriques avec ville ouvrière » (LOPES, 1988) ou du fordisme, au sujet des « villes fordistes » (BIDOU-ZACHARIASEN, 1995) ou « post-for-distes »[3] [3] Il s’agissait d’un espace [l’espace ZUP] avant tout...
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(BIDOU-ZACHARIASEN, 2004), pour ne citer que celles-là. Ils ont montré que les formes de travail modèlent l’espace et qu’elles sont productrices de structurations territoriales. En ce sens, elles redessinent les contours des poches de développement ou de ségrégation au niveau des quartiers[4] [4] La difficulté d’accès à l’emploi pour la population...
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, que les pouvoirs publics s’efforcent de réguler, ou alors de détruire (implosions de tours d’habitation dans les « banlieues à problèmes »), véritable déclaration d’échec des politiques urbaines en matière de développement local et de non-insertion des populations dans la sphère du travail.

Hybridation et transformations du monde du travail : des relations de travail en mutation

7 Signe des transformations du rapport salarial, l’hybridation reflète la multiplication des formes « atypiques » de salariat, mais aussi leur enchevêtrement, une combinatoire qui s’avère riche de sens pour comprendre la structuration de la société salariale au Nord comme au Sud. Rapportée au monde du travail, l’hybridation se traduit par un affadissement des frontières entre les formes d’insertion des individus au travail – qualifiée aussi de « désegmentation » du marché du travail (AZAÏS, 2005) – ; elle renvoie à l’apparition de formes nouvelles de mise au travail. Elle se propose alors, en tant que processus, de les capter dans leur évolution, dans la mesure où l’hybridation incite à dépasser les unités de départ.

8 L’hybridation se reflète dans la prolifération des contrats de travail dans lesquels sont engagés les individus collectivement ou même individuellement. Ainsi, la situation rappelle ce que vivent nombre de travailleurs d’Europe de l’Est actuellement. Leur temps de travail tend à être partagé entre une partie régie par le droit du travail – celle qui correspond au temps de travail légal – alors qu’une autre partie, flexible, relève du droit civil. Elle permet à l’employeur de payer les heures supplémentaires au tarif de base, voire à un tarif négocié alors que, dans un contrat classique, celui-ci est majoré (BEUVE-MÉRY, 2005). Cette tendance à la réduction du paiement des heures supplémentaires repose sur des bases législatives dans un pays comme le Brésil. En effet, avant l’ouverture économique du pays au début des années 90, la législation contraignait les employeurs à payer les heures supplémentaires à un tarif entre 25 et 50 % supérieur à celui des heures normales ; avec la libéralisation économique et la progressive annualisation du temps de travail, les heures de travail supplémentaires sont compensées et donc ne sont pas surpayées (la Loi 9.601 de 1998 institue la Banque d’Heures) (CACCIAMALI, 2004).

9 Ce « mélange des genres » n’est pas l’apanage des pays de l’Est ou des pays en développement. En France, de nombreux Rmistes sont obligés, pour boucler leur fin de mois, de se dédoubler en mille petites activités plus ou moins licites, la plupart du temps non déclarées, seul moyen de survivre pour ces travailleurs. A la différence de ce que l’on pouvait constater dans la trajectoire de travail d’un individu dans la période fordiste, tout au long de sa vie, les périodes de « protection » et celles où il n’est pas protégé ne se succèdent pas, elles se superposent. L’activité déclarée lui donne une inscription et une citoyenneté sociales, qui lui permettent de s’adonner à d’autres activités. Le salariat lui aussi tend à devenir hybride.

10 La foultitude de situations de travail a aussi pour effet d’opacifier la dichotomie – dépassée maintenant – entre travail protégé et travail non protégé, qu’avaient glorifiée les théories de la segmentation. Les formes de contrat de travail liant employeurs et salariés ou indépendants s’en ressentent (Azaïs, 2005) et sont brouillées. Des situations considérées jusque-là comme typiques de celles rencontrées dans les pays en développement – que les expressions « travail informel », « travail formel » traduisent mal – se retrouvent dans les pays du Nord. Toutefois, une différence de taille sépare ces univers : la présence d’un Etat-providence plus complet au Nord, fruit d’une société salariale constituée sur la base de luttes sociales et dont la confection s’est étalée sur des décennies.

11 Aujourd'hui, témoin emblématique de l'abaissement des frontières entre le travail dépendant et le travail indépendant, la collaborazione coordinata e continuativa (co.co.co.), en Italie, n’a pas une conséquence directe – ou encore démontrée – sur l’espace, bien que l’on soit en mesure de supputer qu’à l’instar de ce que connaissent nombre de travailleurs, les limites entre l’espace de travail et l’espace domestique aient tendance à s’estomper. Le fait que les collaborateurs puissent travailler chez eux ou tout du moins soient maîtres, en partie, du temps et de l’espace dans lequel ils exercent leur activité, laisse supposer un rapport à l’espace différent mais aussi un autre type d’implication au travail. Ces questionnements rappellent de vieilles thématiques abordées par la sociologie du travail française et sa consœur latino-américaine (ABRAMO, MONTERO, 1995), à propos de la séparation entre travail et hors-travail ; ils redeviennent d’actualité avec l’hybridation et le cortège de formes nouvelles de travail (sous-traitance, franchising, travail à domicile et télétravail, free-lance, « free-lance fixe »[5] [5] Spécialité brésilienne. ...
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et rapports de collaboration).

12 Même si elle ne se retrouve pas en France ou au Brésil sous une configuration similaire, la co.co.co., forme hybride de contrat de travail entre le travail dépendant et le travail indépendant, préfigure une évolution plausible du marché du travail dans les pays développés. Elle se résume à ces deux propositions :

  • elle est coordonnée. Selon la jurisprudence de la Cour de Cassation italienne, un lien fonctionnel relie le travail du collaborateur et l’activité du donneur d’ordre ; la prestation en jeu étant étroitement liée aux besoins de ce dernier. Le collaborateur peut, toutefois, sous-traiter à une tierce personne une part du travail pour laquelle il s’est engagé vis-à-vis du donneur d’ordre ;
  • elle est continue et donc non occasionnelle. L’activité occasionnelle est celle dont la durée pendant l’année civile n’excède pas 30 jours avec le même donneur d’ordre et dont la rémunération est inférieure à 5 000 €. Même si aucun lien de subordination ne relie le collaborateur et le donneur d’ordre, la prestation continue concerne la production d’une unité qui ne peut être parcellaire ( (www.governo.it.GovernoInforma/ dossier/co.co.co.circolare.htm). Le salaire perçu n’est pas régulier, cependant il est préfixé.

13 Cette modalité de travail a gagné une visibilité après que l’obligation de déclaration des travailleurs à la Sécurité Sociale (institution du Fonds INPS 10 %) a été instaurée, en 1996. Dès son application, près d’un million de travailleurs se sont déclarés. Le prélèvement est passé à 13 % deux ans plus tard et doit atteindre 19 % en 2018. Cependant, on assiste à une multiplication de situations différenciées et tous les collaborateurs, du secteur privé et du secteur public et au sein de chaque secteur, ne sont pas soumis à la même enseigne (ALTIERI, OTERI, 2003 : 9). Ce type de contrat de travail a été une parade trouvée par le gouvernement italien pour limiter l’évasion fiscale, mais aussi pour contrer l’informalité, puisque les co.co.co. cotisent à l’assurance-maladie[6] [6] Renata Semenza et Marco Trentino font état de plus d’1,5...
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. Au début de l’année 2004 un nouveau contrat, le « contrat par projet », est venu compléter cette modalité. Le collaborateur à projet peut intervenir au sein du cycle productif établi par le donneur d’ordre ; pour cela, il doit nécessairement coordonner sa propre prestation avec les exigences émises par le donneur d’ordre. La coordination peut se rapporter au temps de travail comme aux modalités de réalisation du projet. Celui-ci concerne une activité productive bien identifiée et reliée fonctionnellement à un résultat final, même si le texte officiel ne dit pas s’il doit être mentionné dans le contrat.

14 Les liens organisationnels existant entre ces deux protagonistes ne font pas forcément territoire – la proximité géographique n’étant plus indispensable, comme l’avait mis en exergue la littérature sur les districts industriels, en Italie. Le sentiment d’appartenance à une même unité de production et sociétale n’est dès lors plus garanti : les liens entre les acteurs ont tout loisir de se distendre. Parallèlement, ceci renforce l’idée que le territoire ne se limite pas à la résolution d’un problème productif, comme l’ont suggéré, pendant un temps nombre d’économistes régionaux, son périmètre est plus vaste.

15 Ces formes récentes de contrat de travail (ou « formes particulières d’emploi ») viennent s’ajouter aux formes traditionnelles – travail à temps partiel, intérim, travail intermittent et travail saisonnier –, qui toutes dérogent à la norme du contrat de travail fordiste, soit en terme de temps – temps partiel –, soit en terme de durée et de stabilité – contrat à durée déterminée (CDD), intérim, stages (MARUANI, REYNAUD, 2004, p.52). Ce ne sont en fait que des variantes des modalités formelles d’insertion des individus sur un marché du travail dégradé, où tou(te)s ne trouvent pas leur place et où ni le secteur public ni les entreprises n’arrivent à éponger les besoins de la population à la recherche d’une occupation ou d’un emploi. Flexibilité et précarité constituent le dénominateur commun de ces contrats, ce que corrobore le contrat « Nouvelle embauche[7] [7] Le contrat (CNE), qui s’apparente à un CDI, est soumis...
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 », tel qu’il vient d’être adopté en France, en août 2005. Dans une telle perspective, il devient difficile pour le « bénéficiaire » de s’engager pleinement dans son nouveau « job ». A terme le lien entre sa construction identitaire d’être au travail et son territoire d’appartenance risque d’en pâtir.

16 On peut aisément supposer que les populations de Saint-Denis et de Santo André, soumises à des réalités dominées par la précarité[8] [8] Le taux de chômage officiel dépasse largement la moyenne...
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, soient tiraillées entre le sentiment d’appartenir à un territoire, d’un côté, et à l’incapacité de ce territoire de leur offrir des conditions de vie décentes ou tout du moins un travail. Les problèmes sociaux qui en découlent sont, certes, sans aucune mesure entre les deux univers français et brésilien, la dimension sous-développement contribuant largement à la différenciation. Néanmoins, la présence d’institutions et d’associations, qui ont fait de l’insertion et du développement leur bannière de lutte, est commune aux deux villes et atteste d’une prise de conscience de la nécessité impérieuse de trouver des solutions au problème du manque de travail « formel ».

17 Aux structures d’emploi publiques comme l’ANPE, Objectif Emploi, certaines directions de Plaine Commune[9] [9] La communauté d'agglomération Plaine Commune, en Seine...
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, des Conseils Régional et Général et de la Mairie de Saint-Denis viennent s’ajouter les agences privées de placement et une myriade d’associations, indépendantes ou regroupées en réseaux. Tel est le cas de REALISE – Réseau Associatif Local pour l’Innovation et la Solidarité pour l’Emploi – et de MINGA – Pour le développement économique d’un commerce équitable –, réseaux dont les activités portent sur des pans entiers de l’économie non couverts par l’économie marchande.

18 Des institutions publiques, para-publiques et privées[10] [10] Ces structures relèvent de la Fédération – SENAI [Service...
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tentent au Brésil d’enrayer la progression du chômage, dans une région qui, comme Saint-Denis, a subi, dès la fin des années 70, les contrecoups d’une restructuration industrielle. Les ONG y jouent un rôle particulier, notamment en ce qui concerne l’insertion et le développement de programmes destinés aux populations défavorisées. Près d’un tiers de la population locale est considéré comme ayant un travail informel : on calcule qu’en 2000 plus de 82 000 travailleurs sur les 255 000 personnes occupées à Santo André (32 % du total) n’avaient pas leur livret de travail signé[11] [11] Le Livret de Travail (Carteira de Trabalho) a été institué...
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ni ne cotisaient à la Sécurité Sociale ; de ce fait, ils rejoignent le rang des « informels » (PAULA, 2004, p.6).

19 Dans les deux municipalités, les institutions ou les associations qui se chargent de l’emploi ont un impact sur leur territoire d’action, car elles modèlent l’offre de travail en préparant les individus à des tâches pour lesquelles ils ne sont pas encore prêts ou en leur fournissant une occupation. Ainsi, plutôt que de percevoir les migrants comme des individus sans qualification, la Mairie de Saint-Denis a changé de discours et voit en eux une richesse. En raison des langues, des connaissances et des qualifications acquises dans leur pays d’origine, elle considère que raviver ces ressources ne peut qu’avoir un impact positif sur le développement du territoire.

Transformations du monde du travail et dynamique territoriale

20 L’hybridation, caractéristique actuelle du monde du travail, peut être examinée dans son rapport à la dimension territoriale à l’aune de deux axes d’interprétation : soit à partir des modalités différentes d’insertion sur le marché du travail ; soit, plus spécifiquement, à travers la création de formes d'économie alternative, qui ne se situent pas pleinement dans le cadre marchand, mais parfois dans l’antichambre de l’emploi « formel ». Dès lors, il est stipulé que ces formes alternatives contribuent à leur intégration, en fournissant à des publics défavorisés une occupation. Ceci renvoie à la nature et au processus de constitution du territoire.

21 Comme l’expriment fort justement Di Méo et Buléon, l’élaboration du territoire se fait « par le biais de pratiques de traitement de l’espace qui jouent sur plusieurs registres, symbolique, imaginaire, politique et physique. Ainsi, existerait-il un projet inconscient, implicite, informulé ou bien conscient, explicite et formulé de la part des groupes à partir duquel se développe la dynamique de construction du territoire » (Di MÉO, BULÉON, 2005). Cette acception, qui fonde le territoire sur une construction socio-historique, pose la question des temporalités différentes dans lesquelles il s’inscrit. De ce fait, certaines actions ont tout lieu d’être considérées comme participant de ce projet politique ; d’autres, non, car elles n’émergent qu’à des moments variables. Il n’en reste pas moins que leur vertu territorialisante est potentielle et doit être prise en compte. L’importance des mouvements souterrains est alors soulignée ; ils sont, quasiment au même titre que les phénomènes apparents, constitutifs du territoire[12] [12] Ceci n’est pas sans rappeler la « tectonique des territoires »...
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.

22 Par exemple, les changements opérés dans le quartier de La Plaine Saint-Denis, à Saint-Denis, sous l’impact de l’arrivée de nouvelles populations et de nouvelles activités et, par conséquent, de nouveaux métiers engendrent une demande de services. Malgré la création de 900 entreprises et de plus de 18 000 emplois, ces quatre dernières années, le taux de chômage dans l’aire de compétence de Plaine Commune se situe encore autour de 15 %. Seulement 20 % des salariés travaillant sur le territoire de Plaine Commune y habitent ; les pouvoirs publics souhaitent inciter les entreprises fraîchement débarquées à embaucher des habitants sur place, plutôt que de les voir venir avec leurs employés et leurs services, comme cela est très fréquemment le cas. Pour pallier les liens économiques insuffisants entre le développement économique et le développement local, la communauté d’agglomération Plaine Commune, en partenariat avec l’association Plaine Commune Promotion, a proposé, en mars 2005, une charte « Entreprise – Territoire » aux acteurs économiques du territoire. Chaque entreprise s’engage, dès lors qu’elle signe la charte, à développer l’emploi, la formation, l’insertion et le logement (ou seulement une ou quelques-unes de ces questions) sur un programme de 3 ans.

23 L’apparition de nouvelles activités tertiaires dans les deux villes provoque des réaménagements de l’espace urbain, que les pouvoirs publics s’efforcent de réguler. Ils se trouvent ainsi partagés entre la nécessité et le désir d’offrir un logement décent à des populations pauvres ou appauvries, en réhabilitant des logements insalubres, mais en même temps de fournir un cadre de vie attractif pour de nouvelles populations venues s’installer en bordure de Paris et souhaitant s’investir dans leur nouveau quartier. Il en est ainsi de l’espace compris entre la Porte de Paris et la Gare du RER B de la Plaine Saint-Denis. L’arrivée de grandes entreprises, voire même de leurs sièges sociaux, qui a suivi l’inauguration du Stade de France, en 1998, la construction de logements, la couverture de l’autoroute A1, témoignent d’une volonté de combiner développement économique et social et embellissement urbain dans une zone qui par endroits reste encore un no man’s land. Des opportunités de travail – ou d’activité – apparaissent dans lesquelles s’engouffrent des individus ou des associations, qui agissent indépendamment parfois du soutien des autorités municipales.

24 Ainsi, une association s’est montée pour que des mères à la recherche d’un travail puissent faire garder leurs enfants à des horaires autres que ceux des garderies ou des crèches municipales, leur autorisant une mobilité que les structures ne leur permettaient pas jusque-là. Cette expérience est l’une des façons de lire l’accès à l’emploi localement. L’action de cette association s’inscrit dans la quête d’innovations sociétales, pour que des populations et des acteurs institutionnels puissent inventer et réinventer un ordre territorial au niveau local. Pour perdurer, cet ordre, à la fois contingent et provisoire et en perpétuelle construction, doit être cohérent avec des logiques qui prennent sens à des échelles de temps et d’espace bien plus vastes (ARNAULD de SARTRE, ALBALADEJO, 2003). Cette question d’ordre méthodologique est centrale pour comprendre la régulation. Comme l’affirment Werner et Zimmermann, « la notion d’échelle renvoie [… ] aux différents espaces au sein desquels s’inscrivent les interactions constitutives du processus analysé » (WERNER, ZIMMERMANN, 2004) ; ces différents espaces s’entrecroisent, se superposent. Il revient aux institutions d’assurer la régulation entre éléments appartenant à des logiques complémentaires ou contradictoires.

25 A Santo André, le dénuement dans lequel se trouve une grande partie de la population, la faible création d’emplois, la sous-qualification des travailleurs et le poids de l’informel donnent une toute autre teneur au lien entre le monde du travail et la dynamique territoriale. Attentive à la promotion du développement de son territoire, la Municipalité, sous l’égide d’un Maire aujourd'hui décédé, est à l’origine de la création d’institutions – l’Agence Régionale de Développement du Grand ABC –, d’un Consortium d’entreprises et plus récemment d’un Système productif local (Arranjo Produtivo Local) –, et de pratiques démocratiques, qui ont pour objectif de donner corps à une dynamique locale, à travers les assemblées du budget participatif, et à un projet de territoire englobant plusieurs communes alentour. Au cours des assemblées du budget participatif, les populations expriment leurs revendications en matière de gestion urbaine auprès des autorités municipales qui se sont déplacées dans les quartiers. La périodicité de ces réunions est quasiment mensuelle.

26 Quant au projet de territoire, l’objectif affiché était de défendre des activités, qui ont subi de plein fouet la restructuration industrielle des années 80, mais aussi pour les municipalités concernées de trouver un modus vivendi avec un voisin – São Paulo – quelque peu envahissant voire de se forger une nouvelle identité productive et sociétale dans un contexte particulièrement mouvant. Les effets de la globalisation et son cortège de remises en cause, la concurrence que se livrent entre eux les Etats fédérés et, en leur sein, les municipalités obligent les territoires à se positionner sans cesse sur l’échiquier local, national et international. Dans le cas de Santo André et des communes avoisinantes, ce projet dépend grandement de la combinatoire des forces en présence localement. Il suffit que plusieurs municipalités basculent dans le camp politique adverse – comme c’est le cas depuis les dernières élections municipales – pour que les programmes visant à asseoir la dynamique territoriale se trouvent au point mort ou que chacun soit tenté de faire cavalier seul ou de ne faire alliance qu’avec ses amis politiques.

LOGIQUES CONTRADICTOIRES ET RÉGULATION TERRITORIALE

Le rôle du politique

27 Lorsque les intérêts des parties en présence divergent ou si des forces centripètes poussent les acteurs à agir sans prendre en compte la dimension collective, il devient difficile de soutenir le développement ou d’ancrer la dynamique dans une voie évolutive. La dynamique passe par l’adoption de mesures conjointes (effet de synergie), ce qui peut, si cela ne se produit pas, avoir à terme un effet négatif sur le territoire. Plaine Commune s’inscrit dans cette optique, les municipalités regroupées en son sein acceptent d’abandonner une part grandissante de leurs prérogatives qu’elles confient à cette instance supra-régionale, dont elles attendent en retour des retombées.

28 Au Brésil, lors des dernières élections municipales, plusieurs communes de la région de Santo André, ont basculé dans l’opposition au gouvernement fédéral, mais ont voté en accord avec la couleur politique de l’état de São Paulo. Ainsi, ce qui commençait à préfigurer un ensemble relativement homogène et donc prêt à défendre des positions communes quant au développement régional s’est effiloché et a laissé la place à un ensemble de forces plus ou moins hostiles à ce qui se fait dans les municipalités jusque-là politiquement alliées. Le futur de ce qui faisait territoire – le partage d’une histoire relativement semblable (passé industriel, proximité de la métropole), un projet politique et des préoccupations semblables – devient aléatoire.

29 La construction territoriale, on l’a souligné, repose souvent sur une personne. Bien qu’il ne faille pas l’ériger en règle, son retrait est souvent synonyme de délitement du territoire.

Le rôle des associations dans la construction du territoire

30 Grâce à leur action sur le territoire et leur rôle rassembleur les associations contribuent à « cimenter » le territoire. Par l’action solidaire qu’elles développent, elles « renvoient à des démarches qui visent à modifier le territoire par maillage, par évolution des relations entre acteurs, par apprentissage de l’échange, par sensibilisation de la population, par la prise de conscience des élus et des responsables économiques… [elles contribuent à ce qu’une] plus grande synergie, qu’une responsabilisation plus collective des acteurs permette une gestion plus efficace du territoire et une réelle dynamisation de la vie locale » (AZAÏS, GIRARD, 2005). Même si elles ne sont pas la panacée, leur participation à des réseaux et la diffusion qu’elles opèrent, leur confère une spécificité dans la construction du territoire. Toutefois, cette construction ne saurait être identique urbi et orbi, ce qui peu ou prou pose la question de la démarche comparative entre univers contrastés.

CONSIDÉRATIONS METHODOLOGIQUES SUR LA DÉMARCHE COMPARATIVE

31 Le parti pris de mettre en rapport systématiquement des univers aussi différenciés que Saint-Denis et Santo André renvoie à la discussion du choix de la méthode dans l’approche comparative. Celle-ci renvoie à plusieurs interrogations :

  • celle du choix de l’échelle (le « niveau de la comparaison ») (WERNER, ZIMMERMANN, 2004)[13] [13] Les auteurs soulignent les différences d’approche entre...
    suite
    . Les exemples choisis posent implicitement la question de la comparaison entre « villes » : une « ville moyenne » de France a-t-elle des points communs avec une « ville moyenne » brésilienne ? Ne s’agit-il que d’une question de taille ou de quantité voire de qualité des services offerts ? Ce même type d’interrogation est valable pour tous les autres découpages du cadre national – région, département, état fédéré, Etat-nation –, qui ne sont pas généralisables ;
  • celle aussi de « l’objet de la comparaison » (WERNER, ZIMMERMANN, 2004). Les raisons avancées du choix de ces deux municipalités ont un rapport indéniable avec la subjectivité du chercheur. Evoquer un passé semblable, i.e. une restructuration industrielle, des difficultés tenant à l’insertion sur le marché du travail de populations défavorisées ou une recherche de solutions prônant l’importance du politique sont-elles des raisons suffisantes pour mener à bien la comparaison ?
  • Le danger aussi plane de mettre l’accent sur tel phénomène au détriment de tel autre, qui, dans un contexte différent, aurait pu être tout autant explicatif que celui interpellé. Il faut bien pourtant trancher dans la réalité et choisir telle ou telle catégorie d’analyse. C’est alors que la temporalité de la recherche se combine à celle du chercheur. Le découpage est arbitraire, mais saurait-il en être autrement ? Le chercheur se trouve devant l’exigence d’avancer, de présenter des grilles d’explication des phénomènes qu’il a retenus, quitte à ce qu’ils évoluent par la suite.
  • Toutefois, la richesse de la comparaison entre phénomènes contrastés tient, entre autres, au travail sur les concepts qu’elle permet. La confrontation d’expériences appartenant à des horizons multiples et soumis à des logiques différenciées obligent à repenser des catégories universelles, comme celles de travail et d’emploi dans le cadre de la globalisation et aident à penser la diversité des situations.

32 Pour caractériser l’hybridation que connaissent les marchés du travail au Nord comme au Sud, le recours à des exemples comme la co.co.co. italienne illustre une évolution possible du phénomène. Si l’on se penche sur les formes que prend le travail à partir d’exemples pris en France, en Italie et au Brésil, sans parler de convergence entre les situations, force est de constater la présence de ressemblances entre les univers, peut-être davantage encore lorsqu'il s’agit de zones plutôt défavorisées de l’échiquier national.

33 Soucieuses d’adopter une approche globale des problèmes, les deux villes de Saint-Denis et Santo André ont mis en place des institutions chargées de réguler les disparités entre les quartiers, qui ne relèvent pas toutes de la relation au travail. En effet, si les moyens divergent entre les deux municipalités, le recours à l’insertion par l’économique et par le politique constitue un leitmotiv présent dans les deux cas ; ils sont l’expression de l’appartenance des individus à une communauté territoriale (AZAÏS, 2006).

34 Les formes institutionnelles, qui représentent l’action des pouvoirs publics et privés, ont pour fonction de contrecarrer la ségrégation et de favoriser l’accès au marché du travail par une action régulatrice. Elles renvoient aussi aux logiques d’acteurs et de ce fait mettent en avant l’importance du politique, mais aussi celle des institutions et associations qui font de l’insertion par l’économique et de la mise au travail le cœur de leur préoccupation. Ces formes d’insertion sont pour la plupart porteuses de dynamique territoriale, de par leur caractère intégrateur, ce qui a un impact sur le territoire. Ce dernier est conçu comme le résultat d’un jeu dynamique et sans cesse remis en cause entre deux logiques qu’expriment des volontés exogènes (à l’espace) et endogènes (des acteurs et propres à l’espace de référence) ; ces logiques ne sont pas toujours convergentes.

35 L’interprétation proposée du territoire part de l’idée d’un ancrage de l'activité économique dans le social et le collectif. Elle s'intéresse aux modalités d'action collective susceptibles de réguler les déséquilibres et inégalités générés par le fonctionnement des marchés. Ainsi aboutit-on à une construction dynamique – marché, organisations, institutions – des modes de gestion de la main-d’œuvre, l’action des organisations se doublant de celle des institutions, indispensables à la régulation sociale du territoire, dont dépend la configuration du marché du travail. Ce phénomène est présent aussi bien au Nord qu’au Sud.

Bibliographie

BIBLIOGRAPHIE

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Notes

[ 1] c christian.azais@u-picardie.frRetour

[ 2] Recherche menée dans le cadre des recherches du Pôle SHS (Université de Picardie Jules Verne, Université de Technologie de Compiègne, Conseil Régional de Picardie). Retour

[ 3] Il s’agissait d’un espace [l’espace ZUP] avant tout conçu pour une population à salaires régulièrement à la hausse et permettant qu’une production de masse soit absorbée par une consommation de masse (BIDOU-ZACHARIASEN, 2004). Retour

[ 4] La difficulté d’accès à l’emploi pour la population jeune de quartiers défavorisés l’atteste. Le seul fait de dévoiler qu’ils habitent telle ou telle Cité est suffisant pour leur bloquer les portes de tout emploi. Retour

[ 5] Spécialité brésilienne. Retour

[ 6] Renata Semenza et Marco Trentino font état de plus d’1,5 million de travailleurs inscrits dans des rapports de « collaboration coordonnée et continue » en Italie, à la fin 1998, soit 7,5 % des occupés. Cette forme de travail est davantage présente dans les régions les plus développées (Lombardie, Emilie-Romagne, Vénétie et Toscane). De même, elle concerne davantage les hommes que les femmes – 57,2 % et 42,8 %, respectivement – (Semenza, Trentino, 1999 : 13,16). En 2002, le nombre de collaborateurs s’élève à 2,4 millions (ALTIERI, OTERI, 2003 : 3). Retour

[ 7] Le contrat (CNE), qui s’apparente à un CDI, est soumis au Code du travail et aux règles fixées par la convention collective applicable dans l’entreprise. Durant les deux premières années, l’employeur est autorisé à y mettre fin en adressant simplement au salarié une lettre recommandée avec avis de réception. Nul besoin, comme avec un CDI classique, de motiver la décision par une cause, au-delà de la période d’essai. Et aucune obligation, comme avec un CDD ordinaire, de payer le salaire dû jusqu’au terme du contrat. Le préavis obligatoire avant de consommer la rupture est nul le premier mois, fixé à quinze jours seulement si le salarié a entre deux et six mois de présence dans l’entreprise, et à un mois au-delà ( (http ://www.seniorplanet.fr/sp.fr.php ?id=11212&action=article&id_cat=321&p age=1). Retour

[ 8] Le taux de chômage officiel dépasse largement la moyenne nationale à Saint-Denis (25 % par endroits, 40 % même chez les jeunes) ; la proportion de travailleurs informels à Santo André est très forte (environ 1/3 des travailleurs). Retour

[ 9] La communauté d'agglomération Plaine Commune, en Seine Saint-Denis, rassemble les communes d’Aubervilliers, d’Epinay-sur-Seine, de L'Ile-Saint-Denis, de Pierrefitte-sur-Seine, de Saint-Denis, de Stains, de Villetaneuse et depuis 2005, de La Courneuve. Initialement communauté de communes (créée au 1/1/2000, dans la foulée de la Loi « Chevènement », instaurant les communautés de communes et d’agglomération), Plaine Commune est devenue communauté d’agglomération le 1/1/2001 ( (www.plainecommune.fr/page/p-82/art_id-117/).Retour

[ 10] Ces structures relèvent de la Fédération – SENAI [Service National d’Apprentissage Industriel], SEBRAE [Service Brésilien de Soutien aux Micro et Petites Entreprises] ; SESC [Service Social du Commerce] ; SESI [Service Social de l’Industrie] –, de l’état de São Paulo, de l’ensemble des communes du Grand ABC – l’Agence de Développement Régional –, de la Mairie de Santo André, pour n’en citer que quelques-unes. Retour

[ 11] Le Livret de Travail (Carteira de Trabalho) a été institué en 1943 par la CLT – Consolidation des Lois du Travail. Ce document, véritable passeport identitaire de la trajectoire d’emploi du travailleur, répertorie tous les emplois occupés. Retour

[ 12] Ceci n’est pas sans rappeler la « tectonique des territoires » (LACOUR, 1993). Retour

[ 13] Les auteurs soulignent les différences d’approche entre la microstoria italienne et l’approche multiscopique française. La 1ère tend à glorifier le micro comme explicatif du macro ; la 2nde envisage les « jeux d’échelle » et permet de montrer le local comme une « modulation particulière » du global, mais « différente » des réalités macro-sociales. Retour

Résumé

Ce texte fait l’hypothèse de l’existence d’une relation entre l’hybridation, caractéristique du marché du travail, et l’émergence de nouvelles structurations territoriales. Entendue comme enchevêtrement de formes multiples d’emploi auxquelles sont confrontés les individus, l’hybridation est constitutive de leur rapport au travail. En redessinant les contours des poches de développement et de ségrégation, sur lesquelles les pouvoirs publics exercent une action de régulation, l’hybridation aurait un impact sur les configurations et la dynamique des territoires. De même, la confrontation entre des logiques multiples d’acteurs participe de la régulation territoriale et imprime une configuration particulière au territoire, qui en retour affecte les formes de travail. Des situations empruntées aux cadres italien, français et brésilien illustrent le fait que, sans parler de convergence entre les situations, l’on constate la présence de ressemblances entre les univers, peut-être davantage encore lorsqu'il s’agit de zones défavorisées de l’échiquier national.



Labour and Territorial Regulations : An Analysis Based on French, Italian and Brazilian Cases
There is a link between hybridisation, which characterizes the labour market, and the emergence of a new territorial structuring; that is the thesis of the paper. Hybridisation reflects the entanglement of multiple forms of employment the individuals are in. It constitutes their relationship to work. As it reshapes the contours of the development and segregation areas, on which the authorities play an action of regulation, hybridisation has an impact on territorial dynamics. In the same way, the confrontation between the actor’s multiple logics deals with the territorial regulation and prints a peculiar configuration to the territory. Finally, it tends to act upon the forms of labour. Cases borrowed to the Italian, French and Brazilian scenes highlight the fact that, without mentioning any convergence between the situations, some similarities exist, maybe more when the issue focuses on poor areas in each country.

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Christian Azaïs « Travail et régulations territoriales : une lecture à partir d'expériences française, italienne et brésilienne », Innovations 2/2006 (no 24), p. 115-130.
URL :
www.cairn.info/revue-innovations-2006-2-page-115.htm.
DOI : 10.3917/inno.024.0115.