2006
INNOVATIONS
Éditorial
Marché, entreprises, institutions... innover pour lancer ou
entretenir la croissance. Croissance de la capacité à produire,
croissance de la production, croissance des richesses monétaires (ou non)... L’activité économique est, pourtant, remise en
question et renouvelée régulièrement par l’innovation technologique, économique et sociale : nouvelles marchandises, nouvelles activités, mais aussi nouvelles entreprises et nouveaux
modes d’organisation. Dans les économies contemporaines, la
concurrence, devenue mondiale, explique la priorité donnée par
les entreprises et par les gouvernements à la connaissance, à la
science et à la technologie. Les grandes entreprises deviennent
des pôles de déploiement de réseaux technologiques, financiers
et commerciaux et imposent leurs productions au monde
entier. Elles mettent en œuvre des stratégies d’innovation permanente pour consolider leur place sur les marchés internationaux et, en même temps, pour assurer leur pérennité. La
puissance innovatrice d’une entreprise dépend, de son coté, de
l’acquisition constante d’une large gamme de compétences et
de connaissances. Les entreprises investissent, donc, dans les
pays ou les régions riches en capital humain et en ressources
scientifiques et techniques.
A l’autre bout de la chaîne des valeurs, la mondialité des
normes d’accumulation est contrebalancée par la réinvention
du « local », du particulier, du marginal... Dans les pays en
développement, le Développement est capté par des sociétés
auto-organisées lesquelles, produisant des innovations vitales
pour leur reproduction, sont potentiellement des boîtes à idées
(des sortes de boîtes de Pandore). Au moment venu, des idées,
des schémas ou des figures qui sortent de ces boîtes ouvertes
sont appropriées par l’économie officielle pour se transformer
en actes d’innovation et en normes de mondialisation. D’autres
idées, schémas ou figures alimenteront les risques, les dangers
pour le « global business ».
L’objet de ce numéro de la revue Innovations, Cahiers d’économie de l’innovation est de présenter au lecteur quelques-unes
parmi les principales interrogations actuelles des universitaires
dans le large domaine de l’économie de la croissance et du
développement dans un contexte ouvert à la concurrence et
aux flux de marchandises et de capitaux. Les auteurs soulignent, d’une part, l’importance de l’action publique dans l’organisation des processus d’innovation et des marchés pour
aider les entreprises à innover ou pour attirer celles qui innovent. Mais, d’un autre côté, la dynamique sociale d’innovation
est tributaire d’un ensemble de pratiques inédites aux yeux de la
science académique. Au Nord comme au Sud la croissance et le
développement obéissent à une même logique : création de
normes d’accumulation / création de marges d’appropriation…
Ce numéro contient aussi une recherche originale qui révolutionne le débat – très ancien – sur le passage des valeurs
aux prix dans la théorie de Marx.
En outre, dans la seconde partie de ce numéro et sur le plan
méthodologique, la modélisation systémique est présentée
comme un outil d’analyse économique. Une approche innovante qui prolonge la refléxion sur la contribution des modèles
mathématiques au développement de la science économique.
Enfin, l’entrepreneur étant une catégorie économique qui a
depuis longtemps suscité la curiosité des chercheurs, la recherche à ce sujet a pris d’importantes dimensions, même dans les
pays francophones. L’étude bibliométrique presentée dans ce
numéro montre les apports et les limites de la recherche sur
l’économie de l’entrepreneur.