Innovations 2009/1
Innovations
2009/1 (n° 29)
264 pages
Editeur
I.S.B.N. 9782804102708
DOI 10.3917/inno.029.0169
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Vous consultezLe financement par capital risque dans les pme innovantes : le cas specifique des PME innovantes camerounaises[1] [1] Nous tenons à remercier Francis Munier et Régis Larue...
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AuteursClaude Bekolo du même auteur

Université de Douala au Cameroun

Emmanuel Beyina du même auteur

Université Louis Pasteur, Strasbourg 1
beyina_ong@yahoo.com

Introduction


Les PME sont présentées comme des vecteurs de développement de l’économie, mais elles se heurtent à d’énormes difficultés, et notamment des difficultés de financement, (Levratto, 1990, 1992 ; Pairault, 1993 ; Um, 1996 ; Oloua, 2007). Leurs contraintes de financement permettent aux établissements de crédit soit de rationner quantitativement leurs demandes de prêts, soit d’avoir un comportement standardisé pour l’ensemble des demandes de crédit peu compatible avec les besoins de ces entreprises, (Stiglitz & Weiss A., 1987, 1998 ; Williamson, 1986 ; Julien & Marchesnay, 1987 ; etc.). Evidemment, un tel rationnement nous interpelle et nous invite à examiner les problèmes auxquelles font face les PME pour assurer leurs financements, (McMahon et al., 1993). Deux aspects intimement liés couvrent le mot financement : l’aspect investissement (Renfrew, 1982 ; Calof, 1985 ; Albouy, 1984) qui initie la naissance, la création et la mise en place de toute nouvelle, petite, moyenne ou grande entreprise ; l’aspect fonds de roulement (Keiser, 1994) qui assure le fonctionnement et la survie de l’affaire. L’un et l’autre aspect appelle des fonds internes ou externes à la société, les fonds propres ou les dettes (Creplet, 2001 ; Pettit & Singer, 1985 ; Charreaux, 1985 ; Ang, 1992).

2 La structure sous-développée d’une économie caractérisée par la quasi inexistence de l’épargne, explique aisément le peu d’importance du financement par les fonds propres, (Lelart, 1990 ; Hernandez, 1995 ; Matray, 1992). Elle explique aussi bien sûr, la faible rentabilité des PME dont le secteur à haut risque, limite le financement par le cash-flow. C’est la raison pour laquelle la problématique de cet article pose en toute évidence les problèmes de financement dans les PME, et notamment dans les PME innovantes[2] [2] PME qui développent des innovations incrémentales c’est-à-dire...
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, et se résume de la manière suivante : Quelle stratégie de financement peut-on envisager pour le financement des PME innovantes dans le cas du Cameroun ? L’objectif visé est de montrer que d’autres formules de financement efficaces et adaptées existent pour accompagner les PME dans la politique de financement de leurs projets d’innovation. Pour répondre à la problématique posée dans le cadre de cet article, notre démarche s’articulera autour des points suivants : d’abord le cadre de réflexion (1) avec en substance la revue de la littérature qui nous permettra de revisiter la controverse autour du financement dans les PME ; la méthodologie de la recherche, les hypothèses de recherche ; ensuite le recours à l’endettement des PME innovantes camerounaises (2) ; et enfin, le capital risque comme outil de contrôle et de développement (3).

Le cadre de reflexion

Revue de la littérature

3 Une large littérature existe au sujet du financement des PME. Toutefois, les différents travaux de recherches empiriques ne conduisent pas à des résultats identiques réels et ne permettent pas d’aboutir à des conclusions théoriques précises, tant les approches diffèrent et les points de vue contrastés (Ydriss Ziane, 2001). Ainsi, Modigliani et Miller (1958) ont été les premiers à mener l’analyse théorique de l’incidence de la structure financière sur la valeur de la firme. Ils montrent ainsi que, sous certaines hypothèses, toutes les formes de financement sont équivalentes (en présence de marchés financiers parfaits). La remise en cause progressive de ces hypothèses a permis de mettre en évidence l’influence de plusieurs facteurs déterminants sur la structure financière, ce qui a permis de rejeter l’hypothèse de neutralité de la structure de financement[3] [3] Les mêmes auteurs montreront plus tard (en 1963) que la...
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.

4 Pour Constand et al. (1991) il existe une relation entre le financement et la rentabilité. Ces auteurs rapportent que le financement et la rentabilité sont négativement liés, et concluent que les entreprises les plus rentables ont plus recours au financement interne. Or, Wtterwulghe (1998), démontre que les PME souvent considérées comme sous-capitalisées, recourent prioritairement à l’endettement bancaire. Il conclut que les PME sont de part leur taille rarement en mesure de recourir directement aux marchés financiers : l’endettement bancaire constitue leur première source de financement externe. Il existerait donc vraisemblablement un effet de taille qu’il ne faudrait pas négliger pour la mesure de la forme de financement, (Suret & Arnoux, 1995). Gagnon et Papillon (1995) démontrent plutôt qu’il n’existe aucun effet significatif de taille sur le niveau de financement total externe (endettement). Ils constatent que la rentabilité influence beaucoup plus la capitalisation que ne le fait la taille ; la sous-capitalisation est donc avant tout le résultat d’une faible rentabilité. Expliquer le choix de financement des PME est donc compliqué étant donné les difficultés à mesurer les différentes composantes et, entre autres, à séparer ce qui devrait réellement être considéré comme de la dette et ce qui devrait appartenir aux fonds propres[4] [4] Ang soulève le problème des postes tels que « les avances...
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(Ang, 1992).

5 S’il est déjà difficile pour une entreprise « ordinaire » d’accéder au crédit bancaire en vue de financer ses activités, la difficulté d’y parvenir est plus grande pour une entreprise innovante en raison surtout des risques d’ordre technologique et commercial auxquels elle est confrontée et qui augmentent sa probabilité de défaut de paiement de sa dette. A cet effet, certains auteurs pensent que le financement de l’innovation n’est efficace qu’en recourant à un mode particulier du financement adapté au financement de l’innovation et notamment par la voie du capital risque (Dosi, 1990 ; Chabbal, 1994) ; le capital risque[5] [5] La technique financière est fondamentalement différente...
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étant défini dans le cadre de cet article comme une technique de financement spécifique qui ne se contente pas d’apporter seulement le capital, mais également une assistance au management de la société qui devrait jouer à tous les stades de développement de l’entreprise. C’est donc un type de financement qui s’accompagne des innovations ad hoc sur le plan financier, organisationnel et du pilotage même de l’entreprise, ce qui rend difficile les comportements opportunistes[6] [6] Le capital risque au Cameroun est un partenariat qui se...
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.

6 D’autres estiment qu’il n’existe guère de modèle de référence ou de théorie structurée du financement de l’innovation dans les firmes (Lachmann, 1996) et que les multiples travaux de recherche consacrés aux problèmes de financement de l’innovation présentent dans l’ensemble une très forte prédominance accordée à l’aspect managérial de l’innovation plutôt qu’à celui de l’intégration de la dimension financière dans le développement du processus de l’innovation. Or, le financement de l’innovation s’inscrit dans la perspective d’un changement de l’environnement économique global qui pour être favorable, requiert la création des ressources financières spécifiques en faveur des entreprises et tout particulièrement des PME innovantes qui ont des difficultés particulières d’accéder aux moyens de financement traditionnel.

7 Ainsi, la sous-capitalisation des PME, le rationnement bancaire, et La structure sous-développée d’une économie caractérisée par la quasi inexistence de l’épargne, pose le problème du recours aux sources de financement informel. A cet effet, certains chercheurs, (Lelart, 1990, 1993 ; Bekolo-Ebe 1989, 1993), estiment que de nombreux entrepreneurs utilisent plutôt le financement informel par la voie des tontines et que le rôle des tontines dans la création d’entreprises et du financement de l’innovation semble être confirmé. Ainsi, notre approche théorique d’analyse au sujet de la relation entre le financement bancaire, le financement tontinier, et les PME innovantes camerounaises se trouve confortée dans un premier temps par les travaux de Tamari (1980), Calof (1985), Julien (1997), Wtterwulghe (1998) et al., Donatien Ezé (2001), Um (1996), et dans un second temps par les travaux de Brenner, Fouda, Toulouse (1990, 1993), Bekolo-Ebe (1989, 1993), Hugon (1990), Lelart (1993) et al. Faute de conclusions théoriques claires et générales, toutes ces considérations montrent que le problème du choix de financement dans les PME innovantes nécessite une autre approche et un autre cadre de réflexion, et que l’on approfondisse les rapports entre les hypothèses théoriques et les caractéristiques empiriques.

Méthodologie du cadre empirique de notre étude

8 La PME innovante étant l’unité d’échantillonnage de notre étude empirique, nous allons préalablement définir le concept de l’innovation mis en évidence ici, pour ensuite définir la PME innovante dans le contexte camerounais, et enfin nous consacrer au cadre empirique de notre étude.

Définition de l’innovation

9 L’innovation peut être définie comme le processus qui mène de l’idée d’un nouveau produit ou procédé jusqu’à sa commercialisation réussie[7] [7] Extrait d’une étude effectuée par coopers-Lybrand portant...
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. Elle s’apparenterait à un processus dont on situerait le démarrage à la naissance d’une idée novatrice[8] [8] L’idée novatrice développer ici renvoie à l’amélioration :...
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et qui irait jusqu’à la concrétisation matérielle de cette idée par son utilisation par un groupe de consommateurs qui y adhérerait (Maunoury, 1980). Cette définition appelle quelques précisions : l’idée qui déclenche le processus part presque toujours d’une perception du marché et trouve rarement son origine dans une action de recherche (Maunoury, 1980) ; en revanche le succès du processus d’innovation est en général fortement lié à un effort technologique ; enfin la nouveauté peut être radicale, mais se limite souvent à une simple modernisation de l’existant.

10 Dans cette optique, nous adopterons la distinction entre les innovations radicales et les innovations incrémentales (Freeman & Perez, 1988). Les innovations radicales constituent des discontinuités, des ruptures technologiques, dans les secteurs à haute densité technologique et s’appuyant en principe sur des avancées scientifiques : santé/médecine (biotechnologie, imagerie médicale etc.), technologie de l’information (matériels, microprocesseurs, logiciels, etc.), alors que les innovations incrémentales renvoient à l’amélioration des produits, des processus, du conditionnement, de l’organisation, des méthodes commerciales et financières ; nous nous attacherons donc dans le cadre de cette étude aux innovations incrémentales. En somme, l’innovation est une idée, une pratique ou un objet considéré comme nouveau[9] [9] Le fil rouge qui unit les différentes approches est le...
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par un individu ou un groupe. Elle correspondrait à un objectif nouveau, à l’amélioration des produits, des processus, à l’amélioration de l’organisation, du conditionnement, à l’amélioration des méthodes commerciales et financières mises en œuvre.

La PME innovante

11 D’une manière générale, La PME peut être appréhendée tant quantitativement, par son effectif employé, son chiffre d’affaires, son niveau des capitaux propres et même son niveau d’investissement, que qualitativement (Silem, 1994) comme étant des entreprises autonomes dans lesquelles le dirigeant assume la responsabilité financière, technique et sociale, sans que ces éléments soient dissociés. L’absence d’une définition unique et harmonieuse ne rend pas aisé tout exercice d’identification des PME au Cameroun. Néanmoins sur la base des critères retenus dans les définitions usuelles[10] [10] Les définitions les plus usuelles sont celle du FOGAPE...
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de la PME et de la possibilité d’accéder facilement aux informations relatives à ces critères, nous avons considéré comme PME innovante dans notre étude, les unités de production satisfaisant aux conditions suivantes : être dirigée par les nationaux ; être la propriété des nationaux ; avoir un effectif de 150 personnes au plus ; avoir un chiffre d’affaires inférieur à 1000 millions de FCFA, soit 1 524 490 euros[11] [11] En nous basant sur le taux de change suivant : 1 euro=655,957...
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 ; avoir un ou des projets d’innovations incrémentales ; développer une ou plusieurs innovations incrémentales (produits, processus, organisation, conditionnement, finance et commercial). A cet effet, la PME innovante au Cameroun est définie comme celle qui développe des innovations ou des projets d’innovations incrémentales et qui fait de l’innovation un moyen de compétitivité c’est-à-dire un moyen d’amélioration des produits, des processus… Bien que ne disposant pas d’un cadre d’échantillonnage précis répondant au profil de PME innovantes retenues pour notre étude, nous avons pu obtenir des répertoires et annuaires de quelques syndicats professionnels tels que le GICAM (Groupement interpatronal du Cameroun), le Syndustricam (Syndicat des industriels du Cameroun), Pro-PME (Organisme Canadien des PME au Cameroun) des informations pertinentes pour la constitution de notre échantillon.

Le cadre empirique de notre étude

12 L’approche méthodologique nous permettra, grâce à l’utilisation d’outils spécifiques, d’obtenir des informations intéressantes sur des questions « sensibles[12] [12] Le terme questions « sensibles » utilisé ici renvoie...
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 » dans le contexte camerounais et qui sont relatives aux données quantitatives et qualitatives. Pour répondre à la question de recherche ci-dessus posée, nous avons mené une enquête auprès des PME innovantes de la ville de Douala au Cameroun. Nous avons choisi comme terrain d’études l’ensemble des PME innovantes, commerciales, industrielles et de services situées à Douala (Cameroun), auxquelles nous avons soumis un questionnaire standard. Le tableau ci-dessous retrace la répartition des 60 PME innovantes de notre étude par secteur d’activité.

Tableau 1 - Répartition des 60 PME innovantes camerounaises par secteur d’activité

Secteurs Nombre d’établissements Pourcentage d’établissement Commerce général 12 20 Industrie agro alimentaire 16 26,6 Services commerciaux 7 11,6 Transformation chimique 2 3,4 Industrie du papier et carton 7 11,6 Textile et confection 2 3,4 Industrie bois et transformation 3 5 Métallurgie 3 5 Industrie plastique 3 5 Fabrication de matériel 2 3,4 Services industriels 3 5 60 100 % Source interne

13 Les quatre principaux secteurs dans notre échantillon sont le commerce général, l’industrie agroalimentaire, les services commerciaux, l’industrie du papier et carton. Ces principaux secteurs représentent environ 69,8 % de l’ensemble des PME commerciales, industrielles et de services de notre étude. Cependant, notre échantillon est légèrement surreprésenté dans l’industrie agroalimentaire, un secteur développé, fortement concurrentiel et particulièrement concerné par l’innovation dans la ville de Douala. L’intérêt d’étudier les PME innovantes localisées dans la ville de Douala est triple (Nkakleu, 2001 ; Beyina, 2003 ; Ndong Ntah, 2004) : le premier avantage est lié au fait que l’étude porte sur la ville de Douala. En fait il s’agit de la capitale économique du Cameroun qui regroupe les principales activités portuaires, ferroviaires et aériennes du pays. Le deuxième avantage découle de la forte densité des PME dans cette ville ; ainsi l’analyse des problèmes de financement permet effectivement de valider ou invalider le recours massif de ces PME à l’endettement. Enfin, le choix de la ville de Douala comme terrain d’analyse permet de mieux comprendre le comportement des dirigeants des PME face à l’innovation. Au total, nous avons recensé une liste de PME, qui constitue la population mère de notre enquête. La population mère est composée de 180 PME[13] [13] Les 180 PME répondaient au profil de PME retenu dans le...
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industrielles et commerciales adhérentes des organismes patronaux, promote, Cretès… et de Pro-PME[14] [14] Pro-PME : Organisme Canadien de promotion de la PME au...
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qui est un organisme Canadien de promotion de la PME au Cameroun. Sur la base de cette population mère, nous avons constitué un échantillon de 70 PME[15] [15] Il s’agit de 70 PME innovantes ayant des projets d’innovations...
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d’activités industrielles et commerciales et services assimilés parmi lesquelles soixante PME ont répondu à notre questionnaire. Nous avons quelques fois eu recours à nos étudiants de licence technologique de l’IUT de Douala au Cameroun, employés ou en stage dans ces entreprises, habitués des enquêtes empiriques et dont certains avaient des affinités familiales[16] [16] Les PME au Cameroun sont, dans l’immense majorité, familiales ;...
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avec les dirigeants, ce qui limitait les réponses, volontairement biaisées dans l’administration de notre questionnaire.

Hypothèses de recherche

14 Notre réflexion s’appuie sur les conclusions tirées de l’analyse de la synthèse des études sur l’accès des PME aux différentes sources de financement. Les conclusions de ces études ne permettent pas de confirmer l’existence d’une discrimination dans le financement offert aux PME (Julien, 1994 ; Holmes & Kent 1990 ; Balwin et al. 1994 ; Wtterwulghe, 1998). De plus, les différents auteurs semblent s’entendre sur le fait que les PME ont davantage recours à l’endettement à court terme. Un endettement qu’il soit à court terme ou à long terme doit être maîtrisé ; et un endettement maîtrisé n’est ni excessif, ni insuffisant (Cieply, 1997 ; Oloua, 2007). Un endettement maîtrisé suppose une structure financière saine et cette dernière sera fondée sur l’existence d’un équilibre entre les fonds propres et l’endettement. Pour cela, il ne suffit pas de viser simplement le niveau d’endettement le plus élevé. Il importe surtout de tenir compte de l’impact positif que le levier d’endettement peut exercer. Dans ce cas, un niveau d’endettement maîtrisé renvoie à deux situations :

  • soit il est égal au taux d’endettement optimal défini par l’entreprise et qui correspond à la structure financière permettant à celle – ci de maximiser sa valeur nette. Cela suppose tout de même l’existence d’un marché financier et la possibilité d’y avoir accès. Dans cette situation, le taux d’endettement optimal pourrait se définir comme celui qui permet à l’entreprise de maintenir son autonomie financière et sa croissance sans perte de rentabilité (Paranque & Cieply, 1997), ce qui pose également le problème du coût lié à l’endettement ;
  • soit il correspond à une capacité d’endettement optimale, c’est-à-dire une structure du passif au-delà de laquelle le prêteur refuse d’accorder de nouveaux financements. Mais tout le problème de l’endettement bancaire de la PME innovante réside dans sa composition. En admettant que l’un des arguments en défaveur de l’endettement bancaire et de son accroissement soit la saturation de cet endettement c’est-à-dire son niveau optimal, il apparaît que la quasi – totalité de cet endettement est composée des crédits à courts terme et des concours bancaires courants (CBC) ne permettant pas un investissement risqué et de longue durée, et notamment le financement de l’innovation.

Nous avons pu observer l’importance en volume de ces formes d’endettement bancaire dans les bilans des PME, mais elles peuvent s’avérer inefficaces dans le financement de l’innovation. Si les thèses en faveur du renouvellement des crédits à court terme pour le financement des projets d’innovation peuvent contourner l’obstacle des délais (courts), elles semblent ignorer l’incidence négative des frais financiers élevés qu’ils engendrent sur les performances attendues de l’investissement à réaliser. Alors le problème de fonds demeure ; car, le manque de financements bancaires longs dans le contexte camerounais ou leur insuffisance dans la structure financière des PME innovantes ne permet pas à la PME innovante de bénéficier du levier positif de l’endettement bancaire. Toutes ces analyses nous conduisent à la première hypothèse (H1.) de cette étude à savoir : « L’endettement bancaire adapté aux besoins de la PME et bien maîtrisé par ses dirigeants peut permettre à la PME de financer et de réaliser des innovations avec des incidences sur le plan commercial, financier, économique, social et organisationnel ». Ces analyses soulèvent deux types de problèmes dans l’endettement bancaire de la PME innovante : le problème de volume et le problème de qualité. Or, un de nos objectifs est de montrer que les caractéristiques actuelles de l’endettement bancaire dans le contexte camerounais en termes de volume et de qualité ne facilitent pas la réalisation et le financement de l’innovation et partant des performances dans les PME ; autrement dit, du point de vue du volume et de la qualité, l’endettement bancaire de la PME, ne permet pas à celle – ci de développer, de réaliser et de financer ses innovations, d’où la première sous hypothèse (H1.1.) ci-après : « La qualité de l’offre bancaire à l’endroit des PME innovantes camerounaises peut être un obstacle à la réalisation des innovations de ces entreprises ». En fait, les conditions de l’offre bancaire traduisent la qualité de l’endettement bancaire des PME innovantes. On observe une inadéquation entre les besoins de financement exprimés par les PME innovantes notamment dans le cadre des investissements et les financements réellement obtenus. Cette inadéquation est également observée entre le niveau (ou volume) de financements sollicités par les PME et le niveau de financements offerts par les banques. Autrement dit, les PME innovantes sont mal financées par les banques et donc mal endettées. Car les banques n’accordent que des prêts de court terme et rarement dans les proportions et les conditions souhaitées par les PME innovantes.

15 Ce mal endettement qui pose le problème de qualité ne peut réellement pas permettre aux PME innovantes de réaliser des performances souhaitées ; d’où la deuxième sous hypothèse (H1.2.) ci-après : « Le faible niveau d’endettement bancaire des PME innovantes camerounaises conduit à des faibles performances dans lesdites PME et peut être un handicap au financement de leur innovation ». En effet, les bilans des PME innovantes camerounaises présentent rarement des emprunts bancaires de long et moyen termes. Et lorsque c’est le cas, ce sont des dettes de faibles montants. Ainsi, le niveau d’endettement bancaire à long et moyen termes des PME reste relativement faible. La conséquence est alors que la PME innovante ne peut véritablement pas bénéficier du levier de la rentabilité financière. De même, au niveau global, le fait que l’endettement bancaire des PME innovantes soit faible aura une incidence défavorable sur les innovations, sur les projets d’innovation, sur l’accroissement des actifs, l’amélioration des revenus et la maîtrise des charges, ce qui pose en toute évidence la question de trouver une stratégie de financement adaptée aux PME innovantes camerounaises ; d’où l’importance de la deuxième hypothèse (H2.) de notre étude à savoir : « La stratégie de financement basée sur les modalités de financement appropriées à l’innovation (du type capital risque) peut contribuer à l’innovation et à la rentabilité des PME camerounaises ».

16 Les deux hypothèses et les sous hypothèses que nous avons énoncées forment le noyau de l’étude. Elaborées à partir de la pré-enquête (Beyina, 2003) et la recherche documentaire, ce corpus d’hypothèses met en relief les objectifs principaux de la recherche et constitue le nœud de l’enquête systématique dont les résultats seront présentés.

Le recours a l’endettement des PME innovantes camerounaises

17 Nous nous consacrons sur ce point à la présentation de quelques résultats de l’enquête que nous avons menée auprès des PME innovantes camerounaises. Cela nous a permis, grâce aux tris à plats, aux tris croisés et aux tests d’association d’aboutir à un certain nombre de conclusions.

L’endettement des PME innovantes camerounaises (H1.)

18 D’une manière générale, rappelons que la littérature financière a depuis longtemps cherché à mesurer les vertus de l’endettement. Modigliani et Miller ont montré que l’endettement, en absence d’imposition, n’agissait pas sur la valeur de la firme (1958) mais que cette neutralité disparaissait en présence d’imposition (1963). Dans ce dernier cas, l’endettement était créateur de valeur (1963). D’autres auteurs ont montré que l’endettement peut être à la fois considéré comme un signal (Ross, 1977) ou comme un moyen de pression sur les dirigeants (Jensen, 1986). A l’inverse des auteurs tels qu’Altman (1968, 1984), Collongues (1977), Gilson (1989, 1990) ou Wruck (1990) montrent que l’excès d’endettement est générateur de faillite, de coûts directs et indirects. Cependant, l’influence de l’endettement sur la rentabilité est conditionnée par une série de facteurs tels que le contexte économique (Platt & Platt, 1994), la structure de propriété (Charreaux, 1987), la capacité et la réputation du dirigeant (Pigé, 1997) ou encore le secteur d’activité (Titman & Opler, 1994 ; Oseo, 2006). Au Cameroun, l’endettement est une variable importante dans la vie des PME (Um Nguem, 1997 ; Beyina, 2007). L’approche théorique du phénomène d’endettement des PME au Cameroun a connu des développements significatifs. Ces développements amènent à réfléchir à nouveau sur les trois questions essentielles qui émergent naturellement de l’étude de la relation entre endettement et financement des PME camerounaises. La première question est bien évidemment de savoir pourquoi, et surtout comment l’on s’endette, c’est-à-dire pourquoi et comment la PME innovante camerounaise s’endette ? La deuxième question concerne essentiellement les caractéristiques de l’endettement des PME innovantes camerounaises, quelle est en d’autres termes la structure de la dette des PME innovantes camerounaises ? La troisième question est celle de savoir à quel prix s’endettent les PME innovantes camerounaises ?

Pourquoi et comment s’endettent les PME innovantes camerounaises ?

19 * Pourquoi les PME innovantes camerounaises s’endettent-elles ?

20 Pour connaître pourquoi les PME innovantes camerounaises s’endettent, deux grandes finalités s’imposent à l’évidence : l’endettement est tantôt au service du fonctionnement normal de la PME innovante, tantôt au service d’opérations exceptionnelles (investissements) dans la vie de la PME innovante. En d’autres termes, la PME innovante camerounaise recourt à l’endettement pour le financement de ses activités : financements liés aux activités d’exploitation, et surtout financement liés aux activités d’investissements.

21 * Comment les PME innovantes camerounaises se financent t-elles ?

22 Il s’agit de mettre en évidence les modes de financement utilisés par les PME innovantes camerounaises durant les quatre (4) dernières années, les caractéristiques des taux d’intérêts, l’évolution des charges financières.

23 – Les modes de financement

24 Les PME innovantes camerounaises recourent à plusieurs modes de financement ; mais certains modes de financement sont massivement sollicités et de façon récurrente comme nous l’indique le tableau ci-dessous.

Tableau 2 - Modes de financement des 60 PME innovantes (%)

NSP pas du tout un peu moyennement beaucoup TOTAL autofinancement 5,00 31,67 26,67 16,67 20,00 100 épargne 3,33 33,33 38,33 20,00 5,00 100 tontine 8,33 10,00 11,67 46,67 23,33 100 association 16,67 41,67 25,00 15,00 1,67 100 emprunt 6,67 13,33 16,67 43,33 20,00 100 coopérative 6,67 80,00 5,00 5,00 3,33 100 autres 8,33 61,67 18,33 10,00 1,67 100 Source interne

25 On constate que les modes de financement les plus sollicités par les PME innovantes camerounaises sont : la tontine et l’emprunt bancaire. 46,67 % des PME innovantes recourent en moyenne à la tontine et 43,33 % recourent en moyenne à l’emprunt bancaire. 23,33 % de ces PME recourent beaucoup à la tontine et 20 % à l’emprunt bancaire. Le diagramme de composantes et le graphique factoriel ci-dessous le confirment également. Les résultats de l’enquête montrent que : q1.105 et q1.103 sont très proches de l’axe des abscisses. Ce qui explique notamment le recours des PME prioritairement à ces deux modes de financement. De plus, en termes d’importance, l’emprunt bancaire arrive en deuxième position après la tontine. Ce faible niveau d’endettement bancaire par rapport à la tontine constitue un handicap pour les PME ayant sollicités ce mode de financement, dans la mesure où le financement de l’innovation exige des moyens financiers importants (H1.2).

26 Les Dendrogrammes (annexe méthodologique), le diagramme des composantes et le graphique factoriel des modes de financement ci-dessus confirment principalement le recours des PME innovantes camerounaises à ces deux modes de financement. Ce qui veut dire à la lecture de ces résultats que les PME innovantes camerounaises recourent massivement à l’endettement (formel et informel : tontines et banques). Ce recours au financement bancaire ou tontinier s’explique notamment par l’insuffisance de leurs capitaux propres. Les résultats des PME enquêtées l’illustrent d’ailleurs : 31,67 % de PME n’ont pas de capitaux propres. 26,67 % des PME recourent un peu à leurs fonds propres à cause notamment de la faiblesse de ceux-ci, 16,67 % des PME enquêtées recourent en moyenne à leurs capitaux propres, qui demeurent insuffisants. Il faut aussi noter que 20 % des PME innovantes recourent beaucoup à l’autofinancement.

27 Au total, pour financer leurs activités, les PME innovantes camerounaises recourent prioritairement à la tontine ; les raisons sont multiples : la sous capitalisation, le faible niveau d’endettement bancaire ; ce qui constitue un handicap sérieux pour le financement de l’innovation ; L’innovation exigeant de moyens financiers importants.

...
q1.101 : Autofinancement ; q1.102 : Epargne dans une banque ; q1.103 : Tontines ; q1.104 : Associations ; q1.105 : Emprunts à la banque ; q1.106 : Coopératives

q1.101 : Autofinancement ; q1.102 : Epargne dans une banque ; q1.103 : Tontines ; q1.104 : Associations ; q1.105 : Emprunts à la banque ; q1.106 : Coopératives

Les conditions d’accès au financement bancaire

28 Contrairement aux structures de financements informels qui présentent une certaine souplesse quant aux conditions d’accès, l’accès au financement formel bancaire est soumis à certaines exigences et contraintes, qui même lorsqu’elles sont remplies ne vous garantissent pas l’octroi des fonds sollicités, plus grave lorsqu’on est considéré comme clientèle à risque. Le tableau ci-après nous présente successivement les garanties fournies par les PME enquêtés et les autres conditions d’accès à l’endettement.

29 * Garanties fournies au moment de l’emprunt bancaire

30 Globalement, les PME ayant sollicité le financement bancaire se sont heurtés à la qualité de l’offre bancaire, c’est-à-dire à l’épineux problème des conditions d’accès à l’endettement (H1.1.)

Tableau 3 - Conditions d’accès à l’endettement (%)

NSP Oui Non Total Apport personnel. 15,00 75,00 10,00 100 Hypothèque 10,00 51,67 38,33 100 Rentabilité. Projet 11,67 83,33 5,00 100 Assurance. Vie 13,33 50,00 36,67 100 Solvabilité 25,00 68,33 6,67 100 Autres 33,33 31,67 35,00 100,00 Source interne

31 Pour bénéficier du concours bancaire, la rentabilité du projet est une donnée essentielle. Les banques ont dû exiger à près de 83,33 % des PME enquêtées de prouver la rentabilité de leur projet. La rentabilité du projet vient donc en première position des conditions d’accès à l’endettement. L’apport personnel est tout aussi important. Il vient en seconde position des exigences, environ 75 %. La solvabilité n’est pas en reste : 68,33 %. L’hypothèque suit avec 51,67 %. Au total, on s’aperçoit bien que le recours à l’endettement bancaire est fonction des garanties apportées et surtout des conditions d’accès à ce mode de financement (H1.1.). En plus des conditions d’accès difficiles, les banques n’accordent que des prêts de court terme et rarement dans les proportions et les conditions souhaitées par les PME innovantes. Or, le financement de l’innovation est risqué et exige des financements longs et stables. L’absence de financement de long terme est un obstacle à la réalisation des innovations.

Capital risque comme outil de contrôle et de développement

Le recours à de nouveaux emprunts

32 Malgré les coûts d’endettement qu’il soit formel ou informel, les PME enquêtés préfèrent continuer à s’endetter. Les résultats de l’enquête menée auprès de 60 PME innovantes camerounaises et regroupés dans le tableau ci-après l’illustrent clairement.

Tableau 4 - Nouveaux emprunts envisagés par les PME enquêtées (%)

NSP Oui Non Total Nouveaux Emprunts. 0,00 86,67 13,33 100 Source interne

33 Les PME innovantes camerounaises enquêtées, préfèrent malgré tout continuer à s’endetter (86,67 %). Tout le problème repose sur l’adaptation de cet endettement aux besoins de la PME et sur la maîtrise de celui-ci par les dirigeants.

Les charges financières inhérentes au financement bancaire et tontinier des PME innovantes camerounaises

34 Il s’agit de mettre le problème du coût induit de l’emprunt bancaire et même tontinier en évidence et monter l’impact négatif qu’il peut entraîner sur le financement et la réalisation des innovations des PME innovantes enquêtées. Il s’agit aussi de montrer que le coût de l’emprunt bancaire est moins élevé que le coût de la tontine.

35 * Le coût induit de l’emprunt bancaire et tontinier

36 Les données de l’enquête que nous avons menée auprès des PME innovantes de la ville de Douala sont regroupées dans le tableau ci-dessous. Il s’agit du constat fait des répercussions des charges financières sur la rentabilité de ces PME.

Tableau 5 - Influence des charges financières (%)

NSP pas du tout un peu moyennement beaucoup TOTAL Résultat final 6,67 8,33 11,67 15,00 58,33 100 Développer E’se 8,33 21,67 31,67 18,33 20,00 100 Croissance E’se 11,67 15,00 33,33 28,33 11,67 100 Chiffre d’affaires 3,33 25,00 35,00 26,67 10,00 100 Source interne

37 11,67 % des PME enquêtées estiment que les charges financières ont eu un impact plus ou moins important sur les résultats de leur entreprise. 15 % en moyenne des responsables révèlent que les charges financières ont eu une influence négative sur les résultats de l’entreprise dont ils dépendent. 58,33 % estiment cette influence très significative sur les résultats économiques des leurs entreprises. En somme, il apparaît donc évident que l’endettement c’est-à-dire le financement bancaire et tontinier des PME innovantes camerounaises est assorti de lourdes charges financières. Ce coût a un impact sur la rentabilité et sur l’innovation des PME innovantes enquêtées. L’endettement doit être adapté aux besoins de la PME et bien maîtrisé par ses dirigeants, c’est-à-dire tenir compte de l’impact positif que le levier d’endettement peut exercer (rentabilité de l’investissement, maîtrise des charges financières, amortissement de l’emprunt, équilibre fonds propres et endettement). Les résultats de l’enquête, nous montrent que le coût important, lourd, induit du financement (l’emprunt) a des répercussions sur la rentabilité et sur l’innovation des PME camerounaises, de même que le résultat sur les intervalles des taux d’intérêt confirme que le coût de l’emprunt bancaire est moins élevé que le coût de la tontine. Enfin, le lien qui existe entre le financement et l’innovation nous permet de poser le problème du financement de l’innovation.

38 * Le financement de l’innovation des PME camerounaises

39 Les résultats de l’enquête menée sont les suivants par rapport au financement de l’innovation par les bénéfices des PME enquêtées.

Tableau 6 - Financements des projets d’innovation

NSP Oui Non Total Résultats E’se 8,33 81,67 10,00 100 Chiffre d’affaires 8,33 73,33 18,33 100 Autofinancement 10,00 65,00 25,00 100 Réserves 6,67 66,67 26,67 100 Source interne

40 Les résultats de l’entreprise contribuent à concurrence de 81,67 % au financement des projets d’innovation. 73,33 % estiment financer leur innovation avec leur chiffre d’affaires. En résumé, on constate que si les charges financières sont élevées, les PME qui financent leur innovation avec les bénéfices auront de sérieuses difficultés[17] [17] A noter qu’il y a une corrélation significative entre...
suite
. Les corrélations entre les différentes variables l’illustrent et viennent confirmer ces difficultés. En revanche, s’il ya un retour positif sur investissement, c’est-à-dire un endettement adapté aux besoins de la PME et bien maîtrisé par les dirigeants, ces derniers pourront financer et réaliser leurs innovations avec les bénéfices obtenus. Le tableau de corrélation ci-dessous montre clairement qu’il y a corrélation entre le mode de financement et le chiffre d’affaires ; entre le mode de financement et le résultat final de l’entreprise. De même, on constate une corrélation entre le mode de financement et les charges financières de l’entreprise ; et de manière tout à fait évidente entre le taux d’intérêt et les charges financières. Ensuite, il y a une corrélation significative (voir tableau croisé et test du Khi – deux, annexe méthodologique) entre le mode de financement et l’innovation.

41 En somme, l’endettement (bancaire ou tontinier) adapté aux besoins de la PME innovante et bien maîtrisé par ses dirigeants permet à celle-ci de financer et de réaliser des innovations (H.1). L’innovation financée peut avoir un impact sur le plan social, organisationnel, commercial, économique, et financier de la PME.

42 A la lecture de ce tableau, et à la suite des analyses qui l’on précédées, le coût induit de l’endettement, lorsqu’il n’est pas maîtrisé ne favorise pas la rentabilité et l’innovation des PME innovantes camerounaises. La maîtrise du coût de l’endettement par les dirigeants est donc capitale. Or, le coût des moyens de financement (banque et tontine) des PME innovantes camerounaises est élevé, comme nous le montre le tableau ci-dessous :

Tableau 7 - Corrélations

Q2.1301 : Résultat final de l’entreprise ; Q2.1304 : Chiffre d’affaires de l’entreprise Corrélation entre mode de financement et résultat de l’entreprise ; entre mode de financement et chiffre d’affaires ; entre mode de financement et charges financières.

Tableau 8 - Intervalles taux

NSP ] 0-10[ ] 10-20[ ] 20-30[ ] 30-40[ ] 40-+ [ TOTAL Banque 6,67 3,33 25,00 58,33 5,00 1,67 100 coopérative 6,67 3,33 58,33 31,67 0,00 0,00 100 tontine 8,33 10,00 5,00 20,00 46,67 10,00 100 association 16,67 11,67 45,00 26,67 0,00 0,00 100 autres 8,33 5,00 46,67 35,00 3,33 1,67 100 Source interne

43 Au-delà d’un taux de 30 % le coût de l’emprunt bancaire est moins élevé que le coût de la tontine (46,67 %) pour la tontine. Le coût élevé de ces deux modes de financement pose donc tout le problème de la recherche d’une stratégie de financement adaptée aux besoins réels de financement des PME innovantes camerounaises.

Le capital risque : Importance et contribution à l’innovation et à la rentabilité des PME innovantes camerounaises (H2.)

44 Deux principales structures de financement caractérisent le paysage financier camerounais : les structures de financement formel et les structures de financement informel. Il nous parait donc nécessaire et même important, quelque soit la structure de financement choisie, de trouver une stratégie de financement qui puisse permettre, aux structures de financement elles-mêmes, et aux PME, de minimiser l’ensemble des risques encourus, et de développer un partenariat sérieux et efficace basé sur les critères de réussite, de rentabilité, d’innovation et de développement : nous pensons au capital risque adapté aux réalités camerounaises. Cependant, le regard que les dirigeants des PME enquêtées portent sur les conseils qu’ils peuvent recevoir des organismes de financement, et partant du capital risque nous parait nécessaire. Les résultats à ce sujet de l’enquête que nous avons menée sur les PME innovantes camerounaises sont consignés dans graphique ci-dessous.

45 * Pourcentage d’acceptation à une participation au capital des PME enquêtées

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Participation au capital

Participation au capital

46 Les chiffres sont révélateurs : plus de 73 % des PME enquêtées sont fortement intéressées par cette initiative (H2.). La plupart des PME enquêtées accepteraient volontiers une participation au capital de leur entreprise (H2.).

Capital risque privé et autres formules[18] [18] Après le cas français sur les spécificités du financement...
suite
associant privé et public

47 Le capital risque est un mode de financement d’entreprise, en création, en phase de développement. Il constitue un apport en fonds propres qui implique un partage des risques et d’opportunités entre l’entreprise et le partenaire financier. Il s’inscrit dans une relation de long terme à travers laquelle l’investisseur a pour objectif de réaliser une plus-value ou/et d’atteindre certains objectifs socio-économiques. Le mécanisme de financement par capital risque permet de réduire le problème d’agence entre les investisseurs et les entrepreneurs et, par sa souplesse, il tient compte des besoins de l’entreprise en fonction de son stade de développement et de l’évolution du niveau du risque ; il s’accompagne notamment des innovations ad hoc : sur le plan managérial, financier, organisationnel… Ce type de financement nouveau se combine d’un suivi ou d’un partenariat (Etoundi, 2003). Dans le cadre de cet article nous proposons un modèle de financement par capital risque adapté au financement des PME. Nous pensons qu’il peut apporter en tant que stratégie de financement à long terme, des solutions efficaces aux problèmes des PME innovantes.

Conclusion

48 Les modes de financement les plus sollicités par les PME innovantes camerounaises enquêtées sont : la tontine et l’emprunt bancaire (46,67 % des PME recourent en moyenne à la tontine et 43,33 % à l’emprunt bancaire). Pour financer leurs innovations, ces PME recourent prioritairement à la tontine. Les raisons sont multiples : la sous capitalisation (31,67 % des PME enquêtées n’ont pas de capitaux propres), la mauvaise qualité de l’offre bancaire (conditions d’accès difficiles : 75 % apport personnel, 51 % hypothèque, 83 % rentabilité du projet, 68,33 % solvabilité, 50 % assurance vie…), et le faible niveau de l’endettement bancaire. Ce faible niveau d’endettement bancaire conjugué à la mauvaise qualité de l’offre d’endettement bancaire constitue à la suite des résultats obtenus un handicap sérieux pour les PME ayant sollicités ce mode de financement dans la mesure où le financement de l’innovation exige des moyens financiers importants. Cette inadéquation du système financier bancaire et tontinier conduit au recours au financement par capital risque qui est une stratégie de financement combinant à la fois le montage (financier et juridique) et le suivi de l’opération (73 % des PME enquêtées sont fortement intéressées par ce mode de financement).

49 La stratégie de financement par capital risque que nous proposons dans cet article est une formule de financement qui permet de rétablir la confiance entre les différents partenaires. Le partenariat qui naît de ce type de financement spécifique permet aux parties prenantes d’honorer leurs engagements et de respecter le plan de développement et les échéances de paiement. C’est un partenariat qui se manifeste par une assistance à plusieurs niveaux. Une réponse à la sous capitalisation des entreprises, des PME en particulier, et aux comportements opportunistes de certains dirigeants des ces PME. Il se traduit également par des innovations ad hoc sur le plan stratégique, managérial, technique, financier et organisationnel. C’est une solution efficace à la fragilité, à l’aversion au risque, à la primauté des objectifs personnels, aux carences managériales des dirigeants des PME, aux problèmes d’asymétrie informationnelle, au rationnement du crédit dont souffrent les PME. Pris comme tel, le capital risque est un moyen de financement non seulement efficace mais un véritable outil de contrôle et de développement tant pour les PME à fort potentiel innovant que pour les PME « ordinaires ».

Annexe

Annexe méthodologique

1

Dendrogrammes des modes de financements

...


2

Financements innovation

Tableau croisé


innovation Total 1 2 Financement 1 Effectif 30 11 41 Effectif théorique 28,0 13,0 41,0 2 Effectif 11 8 19 Effectif théorique 13,0 6,0 19,0 Total Effectif 41 19 60

Tests du Khi-deux


Valeur ddl Signification asymptotique (bilatérale) Signification exacte (bilatérale) Signification exacte (unilatérale) Khi-deux de Pearson 1,400 1 ,237 Correction pour la continuité ,783 1 ,376 Rapport de vraisemblance 1,368 1 ,242 Test exact de Fisher 1,000 ,929 Association linéaire par linéaire 1,377 1 ,241 Nombre d’observations valides 60 a Calculé uniquement pour un tableau 2x2 b 0 cellules (,0 %) ont un effectif théorique inférieur à 5. L’effectif théorique minimum est de 6,0

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Notes

[ 1] Nous tenons à remercier Francis Munier et Régis Larue de Tournemine pour leurs commentaires précieux.Retour

[ 2] PME qui développent des innovations incrémentales c’est-à-dire des innovations sur l’amélioration des produits, le conditionnement des produits, le processus, l’organisation, sur les méthodes commerciales et financières. Peuvent également être considérées comme PME innovantes dans le cadre de cet article, les PME ayant des projets d’innovation, mais non encore réalisés à cause notamment des difficultés de financement.Retour

[ 3] Les mêmes auteurs montreront plus tard (en 1963) que la valeur de la firme endettée est toujours supérieure à celle de la firme non endettée.Retour

[ 4] Ang soulève le problème des postes tels que « les avances des propriétaires » et les « prêts des dirigeants » ou, ce qu’il considère comme des « quasi-fonds propres » qu’il définit de la façon suivante : « dettes détenues par des individus ou des institutions qui s’engagent, envers le propriétaire de l’entreprise, 1) à ne pas exercer leur droit de mettre l’entreprise en faillite en cas de difficultés financières, et 2) à participer au partage des profits lorsque l’entreprise redevient prospère (Ang, 1992).Retour

[ 5] La technique financière est fondamentalement différente de celle du crédit bancaire, car le capital risque est remboursé à la fin d’un programme d’investissement par une « sortie » et selon une valorisation qui intègre la participation au bénéfice généré (sans aucune garantie au moment de la prise de participation) et qui en cas de difficultés ou de décision est perdue intégralement ou partiellement. La spécificité fondamentale des sociétés de capital risque par rapport aux autres intermédiaires financier réside dans leur participation dans la sélection, le suivi et le contrôle des projets investis.Retour

[ 6] Le capital risque au Cameroun est un partenariat qui se construit autour de la composante financière et de la composante juridique. En effet, toute opération de financement en capital risque au Cameroun nécessite deux types de montage : le premier est financier et le second est juridique. Le suivi de la participation constitue la pierre angulaire de l’investissement. Ce dernier constitue l’unique moyen de vérifier l’adéquation entre l’utilisation des fonds débloqués et les orientations inscrites dans le plan de développement, socle de sa participation dans le capital de l’entreprise.Retour

[ 7] Extrait d’une étude effectuée par coopers-Lybrand portant sur la période de 1986-1991 et repris par Robert Chabbal : l’innovation est considérée comme l’évolution d’un procédé ou d’un produit. Résultat à la fois de l’imagination créative, de la réalisation concrète et de la réponse aux attentes des consommateurs.Retour

[ 8] L’idée novatrice développer ici renvoie à l’amélioration : des produits, des processus, de l’organisation, du conditionnement, des méthodes commerciales et financières, dont aux innovations incrémentales.Retour

[ 9] Le fil rouge qui unit les différentes approches est le terme « nouveauté ». Il importe peu que cette appréciation de nouveauté soit objective ou non, mesurée en termes de délais par rapport à une découverte ou un premier usage. C’est la nouveauté telle qu’elle est perçue par l’individu ou le groupe qui détermine son comportement. Si l’idée semble nouvelle pour l’individu et le groupe, c’est une innovation. L’innovation se caractériserait donc par la modification d’un état donné. Le problème qui subsiste à la lecture de ces nombreuses approches, c’est celui de l’origine de la nature, de la justification, de la modification constatée.Retour

[ 10] Les définitions les plus usuelles sont celle du FOGAPE (Fonds d’aide et de garantie de la PME), de la BEAC (Banque des Etats de l’Afrique centrale), du code des investissements et du ministère des finances. Pour le FOGAPE, est réputée PME camerounaise, toute entreprise individuelle ou collective, quelle que soit sa forme juridique ‘art. du décret n°84/510 du 13 juin 1984 portant création et organisation du FOGAPE) : 51 % au moins du capital et les dirigeants sont camerounais ; le chiffre d’affaires inférieur ou égal à 1 milliard de FCFA (soit 1 524 490 euros). Pour la BEAC, par PME il faut entendre toute entreprise dont (art 5 de l’arrêté MINFI n°0244 du 05 avril 1989) : la majorité des capitaux et les dirigeants sont nationaux ; le chiffre d’affaires est inférieur ou égal à 500 millions de FCFA (soit 762 245 euros). Les définitions du code des investissements et du ministère des finances reposent presque sur les mêmes critères que les précédentes définitions, mais ont des seuils différents.Retour

[ 11] En nous basant sur le taux de change suivant : 1 euro=655,957 FCFA.Retour

[ 12] Le terme questions « sensibles » utilisé ici renvoie notamment aux données quantitatives c’est-à-dire questions relatives aux données chiffrées : chiffre d’affaires, résultat net, montant des charges financières…Retour

[ 13] Les 180 PME répondaient au profil de PME retenu dans le cadre de notre travail. 70 PME avaient des projets d’innovations de produit, de processus, de l’acquisition et du renforcement des outils de fabrication, de l’acquisition des biens du haut de l’actif du bilan c’est-à-dire des immobilisations, de conditionnement, organisationnelle, commerciales et financières. Et c’est à ce titre qu’on les désignait de PME innovantes. Par contre, 110 PME n’avaient pas de projets d’innovation et avaient dans l’ensemble des problèmes de fonds de roulement, de trésorerie, et de gestion, et de bonne gouvernance. Celles là étaient désignées de PME non innovantes. Cette catégorie n’était pas très utile dans le cadre de notre étude.Retour

[ 14] Pro-PME : Organisme Canadien de promotion de la PME au Cameroun.Retour

[ 15] Il s’agit de 70 PME innovantes ayant des projets d’innovations de produit, de processus (outils de fabrication, des biens du haut de l’actif du bilan c’est-à-dire des immobilisations), commerciales (l’étendue de l’activité, création d’une nouvelle activité), de conditionnement, organisationnelle, financières.Retour

[ 16] Les PME au Cameroun sont, dans l’immense majorité, familiales ; et regorgent pour la plupart d’un personnel ressortissant d’une même tribu.Retour

[ 17] A noter qu’il y a une corrélation significative entre les modes de financement et l’innovation des PME (annexe méthodologique : tableaux croisés et tests du khi deux).Retour

[ 18] Après le cas français sur les spécificités du financement de l’innovation, l’expérience hongroise est assez remarquable. Les PME hongroises sont performantes mais souffrent de sous-capitalisation. La grande majorité emploie moins de dix (10) personnes. Leur principal souci est de trouver des partenaires prêts à investir dans leur affaire. Pour remédier à cette sous-capitalisation, l’Etat a mis en place plusieurs fonds d’investissements publics. En 2003, la MFB la banque Hongroise de développement créée un nouveau produit : elle investit dans une entreprise en participant au capital à hauteur maximale de 49 %. Un échéancier est mis au point pour que l’entreprise rachète les actions ultérieurement. Cependant, même étant minoritaire, la banque peut vendre la société si elle périclite. Un autre cas concerne la KVFP (Kisvallalkozas Fejleszto Penzugy) un fonds d’investissement public. Il investi dans des secteurs variés de l’agriculture, à infrastructure touristique. Le mécanisme de fonctionnement du fonds consiste à entrer dans le capital de la société, mais sans fonctionner comme du capital risque. Il se contente d’un retour de 7 % ou de 8 %. En l’absence d’un véritable réseau d’investisseurs de proximité (ils sont seulement quelques dizaines contre 4000 en France), c’est l’Etat qui joue au business Angel. En 2005, l’Etat Hongrois met sur pied un fonds de capital-risque exclusivement consacré à l’innovation. : Le Celin (Corvinus, First Innovations Venture Capital Fund). Il appartient au groupe MFB. Quoique financé par des fonds publics, il vise le profit. La bureaucratie est réduite, les décisions prises rapidement (2 à 3 mois).Retour

Résumé

L’endettement bancaire, et le financement informel par la voie des tontines, demeurent les principales sources de financement de l’innovation des petites et moyennes entreprises. Les contraintes de financement de ces entreprises, se situent par rapport à leur dépendance à ces deux modes de financement. Pourtant, d’autres formules de financement existent et peuvent accompagner les PME dans la politique de financement de leurs projets d’innovation. Dans le cadre de cet article, nous proposons un modèle de financement qui se présente comme outil de contrôle et de développement dans les PME.
Codes JEL : L26, L25, M13, O55

Mots-clés

innovation, tontine, banque, capital risque, rationnement, PME



Bank loans and informal funding by small financial cooperatives called « tontines », are the main financing sources of innovation in Small and Medium Sized businesses (SMS). The financing constraints of those businesses result from their dependence from the two funding systems. However, other funding procedures exist that could help SMS to achieve their financing policies and their innovation projects. We propose in this paper a financing model which is a control and development tool for small and medium sized businesses.
Codes JEL: L26, L25, M13, O55

Keywords

innovation, tontine, bank, risk capital, rationing

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Claude Bekolo et Emmanuel Beyina « Le financement par capital risque dans les pme innovantes : le cas specifique des PME innovantes camerounaises », Innovations 1/2009 (n° 29), p. 169-195.
URL :
www.cairn.info/revue-innovations-2009-1-page-169.htm.
DOI : 10.3917/inno.029.0169.