Insistance 2007/1
Insistance
2007/1 (n°3)
326 pages
Editeur
I.S.B.N. 9782749208282
DOI 10.3917/insi.003.0247
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III. Art – Psychanalyse – Politique

Vous consultezAvant-propos

D’une loi à l’autre

AuteurFabienne Ankaoua du même auteur



La loi à laquelle il est fait référence semblerait tenir autant du monde grec que du monde juif. Si le modèle grec et la notion de droit naturel trouvent dans la Déclaration des droits de l’homme un prolongement, le judaïsme déploie, lui, les notions d’universalité et d’éthique, éthique comme mise à nu extrême et sensibilité d’une subjectivité pour une autre.

2 Il n’est pas exclu de penser que les Dix paroles reçues par Moïse soient passées (au sens d’une opération d’un passeur comme le terme hébreux Ivrim l’indique lui-même), exprimant la générosité et le respect d’autrui. Les droits de l’homme ne sont-ils pas d’abord les droits d’autrui, où la responsabilité de l’un pour l’autre s’affirme, où autrui convoque l’homme dans sa conscience ? Être un homme libre, délivré de l’esclavage, c’est se poser comme responsable pour un autre qui m’oblige à répondre de lui, et dont le visage renvoie au deuxième commandement : « Tu ne tueras point » ? À cet autre, démuni, à ma merci, est rendu son particularisme, son unicité comme Adam en portait le sceau.

3 Les droits de l’homme s’adressent, dans cette continuité, aux individus, leur promettant un respect de leur être singulier, les fondant dans leur parole.

4 Ce supposé de l’Autre émerge, se tenant dans l’antre de la langue, et inaugure un nouveau lieu de la chaîne signifiante, où l’ignoré de la loi s’incarne. Il est le lieu où l’Autre peut se déployer, où une désupposition de nos liens de savoir s’est opérée.

5 Les lumières apparaissent comme lieu d’ouverture où des signifiants nouveaux, des droits nouveaux invitent à penser un rapport à la loi autre. Ces effets de signifiants font office de franchissement de seuil, de ruptures de savoir, se présentant comme chance du sujet, car ils organisent la loi du désir.

6 Cette fonction de déstabilisation signifiante est à entendre comme le lieu d’une réouverture de l’Inconscient, d’une réinterprétation de l‘Autre.

7 La Déclaration des droits de l’homme vise à limiter la jouissance, la violence des hommes entre eux, pour qu’une énonciation nouvelle surgisse. Une vérité subjective apparaît, vérité qui n’est plus basée sur un seul rapport au savoir. L’homme, alors sujet barré, riche de son non-savoir, de sa bêtise, fait l’expérience de n’être « pas tout », d’être parlé et enseigné par la parole. Formuler que « l’inconscient est structuré comme un langage », ramène à poser que l’homme est un « parlêtre », un « animal politique », de par son rapport au discours., son besoin de dire son manque. Il est celui qui, invité par la parole à devenir parlant, entend une signifiance symbolique « tu es celui qui parleras », à laquelle il peut répondre.

8 Il est celui qui un jour a entendu les commandements éthiques de la parole, délivrés au Sinaï, et qui décida de les suivre.

9 La formule de Lacan, « tu es celui qui me suivras », semble ici prendre tout son effet. Une subjectivité nouvelle éclôt, où chacun est libre de suivre et de faire perdurer, en son nom et non par aliénation, la croyance en l’existence du sujet de l’inconscient.

10 Répondant ainsi à la loi du symbolique, il répond de lui-même, renoue avec la communauté des hommes et sort de l’espace tragique, de « la solitude glaciale du soi », de la déréliction dans laquelle il était enfermé.

 

POUR CITER CET ARTICLE

Fabienne Ankaoua « Avant-propos », Insistance 1/2007 (n°3), p. 247-248.
URL :
www.cairn.info/revue-insistance-2007-1-page-247.htm.
DOI : 10.3917/insi.003.0247.