2002
Revue Internationale de Droit Economique
Les contraintes de la privatisation des entreprises publiques et parapubliques au Cameroun
Pascal Nguihé Kanté
[*]
This paper on “Privatisation of public and quasi-public enterprises in Cameroon
and its constraints” seeks to illustrate the problems and difficulties of privatisation
efforts in developing African countries by giving an overview of advances and
drawbacks of the privatisation movement in Cameroon.
Since the launching of the Privatisation Programme in Cameroon in the early
nineties, results largely failed to meet expectations. As of yet, out of some twenty
enterprises listed for privatisation only about ten have actually been transferred to
the private sector. The reasons for this staggering progress are of legal, but also and
primarily of strategic, social and economic nature.
In fact, the legal process of privatisation and its institutional setting as provided for
by the Government of Cameroon are rather complex and cumbersome and, therefore,
unsuited for making privatisation a success. What is worse, the economic situation
of the enterprises bound for privatisation hardly was attractive enough for potential
third party acquisitions.
In order to overcome these difficulties, the Government of Cameroon should not only
have provided for a less complicated and more transparent procedure, but also and
primarily it should have restructured these enterprises before offering them on the
market. It is only this way that more potentially interested national or foreign capital
owners could have been attracted. In fact, the failure of the privatisation process
seems to be directly linked to the weak financial and economic situation of developing
countries, to the deficits of their institutional structure, and to the problems of sound
governance from which they suffer. It is the aim of the paper to show, to which extent,
beyond legal requirements, the context of privatisation determines the conditions of
its success.
Les opérations de privatisation des entreprises publiques et parapubliques se sont
multipliées ces dernières années de manière exponentielle à travers le monde
[1]. Cette
vague d’affadissement de l’aspect public de ces entités fait suite à une longue période
durant laquelle la tendance était aux nationalisations et au développement de ce
secteur
[2]. Ce renversement de tendance s’explique assurément par des raisons
multiples, qui varient différemment selon les pays et les types d’entreprises concernées
[3].
Le terme « privatisation » est en effet susceptible d’être utilisé dans plusieurs
acceptions
[4].
À un premier niveau, il désigne la privatisation d’entreprises. Au sens strict, elle
vise le transfert à titre définitif d’entreprises du secteur public ou parapublic au
secteur privé, sous la forme d’une cession de titres ou d’actifs, ou d’une cession de
contrôle
[5]. Mais dans un sens plus large, la privatisation peut inclure toute mesure qui
opère le transfert temporaire au secteur privé d’activités qui jusque-là avaient été
exercées par un organisme public ou parapublic
[6].
À un deuxième niveau, on peut parler de la privatisation d’un secteur, qui
implique à titre principal l’ouverture dudit secteur à l’initiative privée à travers
l’abolition du monopole public et l’octroi de nouvelles licences à d’autres exploitants
[7]. Cette ouverture est souvent, mais pas toujours, accompagnée de l’introduction
d’une réelle concurrence entre opérateurs.
Le concept de privatisation peut être abordé de manière plus large encore pour
inclure, non seulement la privatisation d’entreprises et de secteurs, mais également
la privatisation d’une économie. L’intensité de la privatisation d’une économie
variera selon le degré d’étatisation préalable de l’économie en question et l’ampleur
du programme de réformes entreprises
[8].
D’un point de vue politique, le phénomène de privatisation des entreprises du
secteur public et parapublic n’a nullement été limité aux seuls pays épousant une
idéologie libérale. En effet, on retrouve des opérations de privatisation importantes
tant dans des pays à longue tradition capitaliste que dans des pays en transition d’un
système d’économie centralisée à un système d’économie de marché, dans des pays
sous régime communiste tels que la Chine ou Cuba, et même dans des pays en
développement de tous bords
[9].
Ce phénomène, certes d’inspiration occidentale, a énormément occupé l’espace
médiatique, politique, économique et juridique camerounais à partir de l’année
1989
[10]. Pourtant, ce processus jadis considéré comme la solution appropriée à la
situation difficile des entreprises d’État est paradoxalement appliqué aujourd’hui de
manière timide
[11].
Le lancement de ce programme avait suscité de grands espoirs. Aussi, était-il
perçu par les idéologues officiels comme la panacée devant ramener le pays à la
croissance
[12]. En réalité, si la privatisation doit être perçue comme un moyen
d’améliorer l’efficacité économique et financière du pays où elle est pratiquée, elle
ne réussit pratiquement que là où elle est bien conçue, bien préparée et bien menée
[13].
Or, l’application et la réalisation du programme de privatisation tel que conçu par
les dirigeants camerounais, se sont révélées assez chimériques et par voie de conséquence, trop lentes
[14]. Cette lenteur, il ne fait aucun doute, est largement imputable à
un certain nombre d’obstacles qui pourraient s’apprécier au regard de deux ordres de
considérations : la complexité de la procédure de mise en œuvre de la privatisation
d’abord (2), et l’absence d’attractivité des sociétés mises en vente ensuite (3).
À vrai dire, le lancement du programme de privatisation camerounais s’est fait sans
que les conditions fondamentales qui devaient en assurer le succès soient réunies.
Aussi, plus de dix ans après la mise en œuvre de ce processus, le gouvernement ne
semble pas toujours avoir pris toute la mesure des exigences nécessaires pour mener
à bien ce volet de réforme des entreprises du secteur public et parapublic, l’un des plus
importants dans la politique de réajustement structurel. Quels que soient les récents
efforts menés à bien par les pouvoirs publics
[15] pour en accélérer l’exécution, la
perception du programme de privatisation est largement négative, tant parmi les
opérateurs privés nationaux que parmi la population.
Cette situation est grandement due au cadre juridique régissant les privatisations(2.1) et à l’absence de consensus sociopolitique(2.2).
2.1 Un cadre juridique mal conçu
Le bilan mitigé des opérations de privatisation résulte en grande partie, nous semble-t-il, de son cadre juridique et institutionnel.
En effet, toutes les décisions en matière économique, administrative et politique
reposent presqu’entièrement sur la volonté et le programme du seul Président de la
République. Les autres institutions, tant sur le plan législatif que sur le plan judiciaire,
jouent leur rôle de façon totalement imparfaite. Cette situation est due en grande
partie à l’organisation insatisfaisante du cadre juridique des privatisations (2.1.1) et
à une dérive dans le fonctionnement institutionnel de la gestion du processus (2.1.2).
2.1.1 L’inadaptation du cadre juridique
En réalité, le processus de privatisation des entreprises du secteur public et parapublic
n’a pas pu s’exercer jusqu’à l’heure actuelle de manière efficace, faute de cadre
réglementaire adéquat. Pourtant, depuis le lancement des opérations de privatisation
par le gouvernement camerounais, au moins une demi-douzaine de textes sur la
question a été adoptée
[16]. Or, la réhabilitation des entreprises publiques, décidée en
1986, a été conçue entre les années 1987 et 1989, sur la base du contexte socio-économique et financier de cette époque. Depuis 1990, aucun texte doctrinal nouveau
n’a été publié et la stratégie officielle en matière de privatisation reste à cet effet
inchangée.
Pourtant, les données économiques globales ne sont plus les mêmes à l’intérieur
comme à l’extérieur du pays et surtout, les moyens financiers de l’État ont été
considérablement réduits, ce qui l’empêche d’assurer le fonctionnement et encore
moins le développement des entreprises initialement conservées dans son portefeuille.
Cette situation a eu pour conséquence directe de rendre l’environnement des
affaires en général et juridique en particulier fort incertain. Cette incertitude s’observe particulièrement au niveau de l’application et du respect des contrats, de la
protection par l’État du droit et des biens, et enfin de la garantie d’une stabilité en
matière de conditions de déroulement des activités économiques.
Pratiquement, le cadre juridique de la privatisation au Cameroun connaît un
certain nombre de carences dont celles citées ci-dessous et qui entraînent à coup sûr
des répercussions négatives sur l’accélération de la mise en œuvre de ce programme.
Premièrement, quelques difficultés entravant l’accélération du processus de
privatisation résultent de la rigidité dans la codification des opérations et du silence
des textes sur les modes de recherche des acquéreurs en cas d’appel d’offres
infructueux. À l’heure actuelle, en dépit de multiples évolutions économiques et
financières, aucun texte doctrinal nouveau n’est venu adapter le cadre juridique de
la privatisation à l’environnement présent.
À notre avis, la solution à ces problèmes passerait par la réforme du droit des
affaires en général au Cameroun
[17], et par un assouplissement des procédures de
privatisation, en recourant par exemple à la procédure de gré à gré en cas d’appel
d’offres infructueux.
Deuxièmement, l’on note une absence de protection des actifs en cas de
privatisation-liquidation et une incitation fiscale insuffisante en faveur des entreprises à privatiser
[18]. Il est impérieux à notre sens de protéger les actifs des entreprises
à privatiser et de prendre des mesures fiscales grandement incitatives à l’égard des
personnes physiques ou morales qui s’intéressent à ces opérations. C’est le seul
moyen, nous semble-t-il, de susciter l’intérêt des opérateurs économiques au processus de privatisation.
Troisièmement, le cadre juridique des privatisations est caractérisé par l’absence
d’une législation d’exception applicable aux ruptures des contrats de travail résultant
des privatisations-liquidations, et une omission des sanctions en cas de violation des
dispositions en vigueur quant à la mise en œuvre de ce programme. À cet effet,
l’élaboration d’un statut spécial du personnel en cas de privatisation est recommandée. Ceci s’explique par le fait que l’article 42 alinéa 2 du Code du travail, qui exige
le maintien des emplois en cours en cas de changement d’employeur, n’a pas été
conçu pour des entreprises en difficultés. Leur survie impose généralement le non-respect de cette disposition
[19].
Quatrièmement, la mise sur pied de sanctions pour inobservation des dispositions légales et réglementaires au processus de privatisation est indispensable. De
telles sanctions pourraient certainement arrêter ou tempérer la dérive observée au
niveau des divers organes institutionnels chargés d’assurer la mise en œuvre du
processus de privatisation.
2.1.2 L’excessive bureaucratisation du processus de privatisation
Le cadre institutionnel de la privatisation élaboré en 1990 et réaménagé en 1995
demeure extrêmement lourd. À l’heure actuelle, l’on dénote la présence d’une
multitude d’instances techniques et politiques (2.1.2.1) qui débouchent ainsi sur une
incertitude dans la détermination des instances décisionnelles importantes dans le
processus (2.1.2.2).
2.1.2.1 La multiplication inutile des instances techniques et politiques
Le cadre institutionnel des privatisations fait l’objet de plus de huit textes différents
portant à la fois sur les procédures de privatisation et l’organisation des structures
chargées de mener à bien ces opérations
[20].
À vrai dire, la multiplicité des textes aux dispositions contradictoires, les
différentes approbations préalables à obtenir pour chacune des étapes de la cession
et le nombre important d’intervenants avec des objectifs parfois incompréhensibles
ont largement contribué à bloquer l’ensemble du processus de privatisation, à
retarder les transactions
[21] et à laisser le passif des plus importantes de ces entreprises
se détériorer gravement
[22].
Le caractère complexe et peu opérationnel de ce processus ne reflétait qu’en
réalité l’absence de stratégie claire en matière de désengagement et le manque de
consensus réel entre tous ses acteurs, en l’occurrence les membres du gouvernement.
À l’heure actuelle, les instances compétentes en matière de privatisation sont la sous-commission chargée de la privatisation, la Mission de réhabilitation des entreprises
publiques et parapubliques, le Comité interministériel, le Ministre des Finances, les
services du Premier Ministre, la Présidence de la République
[23].
Le domaine de compétence de la sous-commission chargée de la privatisation
instance technique reste flou. La déclaration de mai 1994 et le décret n°95/056 du
29 mars 1995 réorganisant la Mission de réhabilitation la dépouillent même de tout
ce qu’elle avait comme compétence réelle et renforcent plutôt les pouvoirs du
Premier Ministre et du Président de la République. Désormais, seule la commission
technique est chargée « d’étudier et de préparer les mesures inhérentes à la réhabilitation, à la privatisation ou à la liquidation des entreprises publiques et
parapubliques
[24] ». À notre sens, la conduite des opérations de réhabilitation et de
privatisation des entreprises du secteur public, telles qu’elles viennent d’être exposées, impose surtout la mise en place d’institutions dotées de pouvoirs et de moyens
humains, matériels et financiers adaptés aux objectifs fixés. Il est dès lors impérieux
d’alléger le mécanisme de la privatisation en supprimant au moins deux niveaux de
décision et en responsabilisant davantage la structure technique.
Aussi, afin d’accélérer le processus actuel et de restaurer sa crédibilité largement
affectée par les lenteurs passées, le gouvernement essaye d’adopter avec plus ou
moins de bonheur de nouvelles dispositions législatives et réglementaires en matière
de privatisation. Ainsi, il a été décidé que le processus de privatisation relèverait
désormais du ministère de l’Économie et des Finances. Ce ministère présidera une
Commission interministérielle de privatisation composée des ministres économiques ainsi que du ministre de tutelle technique, de représentants du Secrétariat
général à la Présidence de la République et du directeur de la Société nationale
d’investissement. Le comité instruira les dossiers et fera des propositions au Chef de
l’État. Les dossiers ainsi instruits devraient être transmis au Premier Ministre qui les
soumettra à la sanction du Chef de l’État, assortis de ses avis motivés. Les directives
du Chef de l’État seront ensuite communiquées au Président du Comité interministériel pour exécution et au Premier Ministre, Chef du Gouvernement pour suivi
[25].
En outre, pour effectuer ou superviser les travaux techniques préalables aux
opérations de privatisation, le ministre en charge de la privatisation s’appuiera sur
une cellule technique de privatisation de taille réduite, mais composée de techniciens
de haut niveau.
Cette nouvelle organisation est à notre sens considérablement améliorée dans la
mesure où elle supprime tous les niveaux décisionnels intermédiaires antérieurs,
sources de lenteur et de dilution de responsabilité. Mais certains points demeurent
critiquables comme la détermination de l’instance dotée du pouvoir effectif de
décider de la privatisation.
2.1.2.2 La détermination incertaine de l’instance décisionnelle
Le fonctionnement des différents organes chargés d’assurer la mise en œuvre de la
privatisation connaît une certaine dérive qui tient à la fois de la prépondérance des
anciennes tutelles, du statut juridique équivoque de la sous-commission chargée de
la privatisation, du transfert de la plupart des attributions du comité interministériel
vers les structures hiérarchiques supérieures…
Cette situation a eu pour conséquence la confusion des missions et des responsabilités des différents cadres chargés d’assurer la mise en œuvre du processus de
privatisation. Dans sa configuration actuelle, le mécanisme de prise de décision est
caractérisé par un trop grand nombre d’étapes, dont certaines apparaissent largement
redondantes.
Concrètement, l’exercice des privatisations exige un cadre institutionnel qui
facilite le déroulement des opérations. Il s’agit de s’assurer que les décisions prises
comportent toute la légitimité nécessaire pour ne pas être remises en cause au gré des
changements de personnes ou de structures. Dès lors, les organes et le processus de
prise de décision au niveau de l’État devraient être connus, reconnus et formellement
utilisés. De plus, le schéma et le mode de fonctionnement du processus de privatisation devraient être clairs, précis et cohérents tant sur le plan politique que sur le plan
technique, de telle sorte que les organes de décision en matière de désengagement
soient nettement déterminés et surtout que la prise de décision au cas par cas soit
évitée.
La révision de ce cadre institutionnel devrait aboutir à notre sens à une chaîne de
décisions caractérisée par la simplicité et la réduction du nombre d’étapes, la
transparence, la séparation claire des fonctions techniques des arbitrages politiques
et le renforcement de la délégation octroyée à la fonction technique. Aussi le rôle des
politiques sera essentiellement de définir les entreprises à privatiser, de valider la
stratégie proposée pour l’entreprise et, à un degré moindre, d’entériner le choix final
dans la mesure où la stratégie doit déjà intégrer les objectifs recherchés. Les autres
domaines relèveront, comme c’est le cas actuellement, de la compétence du niveau
technique
[26].
Si ces contraintes ne sont pas résolues, l’accélération du programme de privatisation et son élargissement aux grands services publics traditionnels
[27], tels que
proposés récemment par le Chef de l’État, risquent de ne pas pouvoir être mis en
œuvre. Par voie de conséquence, les objectifs chiffrés du programme de cessions
négocié par le Fonds monétaire international dans le cadre du présent budget ne
seront pas atteints
[28]. Un effort important de simplification de ce cadre institutionnel
reste encore à accomplir.
Le décret no 95/056 du 29 mars 1995 réorganisant la Mission de réhabilitation
des entreprises du secteur public et parapublic a tenté d’y parvenir, mais de manière
quelque peu maladroite.
En effet, dans le contexte nouveau mentionné ci-dessus, les attributions de la
Commission technique de réhabilitation des entreprises telles que définies dans le
décret précité apparaissent confuses et contradictoires. Ce constat provient du fait
qu’il y a coexistence ici des règles concernant à la fois la privatisation et la
réhabilitation, mais avec une nette priorité à cette dernière. À notre sens, les fonctions
de privatisation les plus importantes dans le contexte actuel devraient être clairement
distinguées de la (ou des) mission(s) de suivi du portefeuille de l’État. Ces attributions ne correspondent plus assez aux objectifs actuels
[29]. En effet, le gouvernement
entend se retirer des activités de production de biens et de services, afin de permettre
qu’à travers l’initiative privée renforcée, puissent s’y réaliser des gains d’efficacité
et de fiabilité profitables à toute l’économie. Toutefois, pour y parvenir efficacement
et rapidement, le consensus sociopolitique est nécessaire. Les leçons de l’expérience
révèlent assez souvent le contraire.
2.2 Une absence de consensus sociopolitique
Les enjeux de la privatisation et ses implications sociopolitiques exigent une
clarification et une réaffirmation de la volonté politique d’un désengagement effectif
de l’État au profit du secteur productif
[30]. Cette volonté politique devrait avoir pour
conséquence principale l’adhésion massive de la majorité des partenaires sociaux au
processus de la privatisation. Aussi, devrait-il être assez transparent et grandement
publié. Or, on assiste plutôt à un processus de privatisation caractérisé à la fois par
un déficit de communication (2.2.1) et une très grande opacité (2.2.2).
2.2.1 La défaillance de la politique de communication
Le programme de privatisation nécessite des actions de communication non seulement lors de son lancement, mais également tout au long de son déroulement. À cet
effet, on pourrait parvenir à trois objectifs au moins : d’abord convaincre l’opinion
publique du bien-fondé de la privatisation, ensuite susciter l’intérêt des investisseurs
nationaux et étrangers en vue de la reprise des entreprises mises en vente, enfin
assurer la transparence de l’opération.
Depuis le lancement du programme de privatisation au Cameroun en 1990,
quelques actions, hélas velléitaires, ont été menées jusqu’à ce jour, toutes soldées par
un impact négligeable, en raison de l’absence d’une stratégie globale de communication
[31]. Cette situation a eu pour conséquence un faible engouement des destinataires, tant nationaux qu’étrangers, à cette opération de privatisation, une
méconnaissance des mécanismes de la privatisation par l’opinion, une réserve du
public sur le programme de privatisation, et surtout une méfiance des salariés des
entreprises concernées.
Aussi, la nécessité d’une communication permanente vis-à-vis du public s’avère
primordiale. Ceci suppose à notre sens une stratégie de communication s’appuyant
à la fois sur une intensification des campagnes médiatiques d’explication des
mécanismes de la privatisation, une plus grande sensibilisation des communicateurs
aux différents mécanismes de la privatisation, un marketing direct auprès des
investisseurs potentiels, une sensibilisation accrue des salariés et une grande implication du management. En d’autres termes, il est urgent de mettre en place une
véritable stratégie de communication, suffisamment productive, et dépassant le
simple cadre des annonces d’appel d’offres
[32].
La réussite de ce programme ambitieux suppose que l’État puisse non seulement
mettre à la disposition de la sous-commission chargée de la privatisation des
ressources conséquentes, mais surtout simplifier les mécanismes de prise des
décisions pour aboutir à un schéma institutionnel garantissant la célérité et la
transparence du processus. De telles exigences sont indispensables pour réussir un
programme de privatisation, surtout dans un environnement comme le nôtre, où les
différentes composantes de la société nourrissent des visions différentes et souvent
divergentes sur les choix collectifs, le mode de vie en commun, l’organisation sociale
et même l’approche des problèmes sociaux.
2.2.2 L’opacité du processus de privatisation
Le processus de privatisation, tel qu’il a été mené jusqu’à présent, a été caractérisé
à la fois par sa lenteur et son opacité, donnant une image largement négative auprès
des opérateurs économiques nationaux. Deux facteurs au moins justifient cette
situation.
Premièrement, le processus des privatisations est conduit exclusivement par les
appareils de l’État : le comité interministériel mis sur pied par le Chef de l’État est
composé uniquement de membres représentant divers départements ministériels et,
dans une certaine mesure, le comité technique de la Mission de réhabilitation des
entreprises publiques, organe permanent
[33]. Dès lors, le processus de privatisation est
mené essentiellement par des personnes ou des organes relevant de l’autorité de
l’État. Des personnalités externes à l’appareil étatique ne s’y trouvent pas
[34]. Leur
implication ne présente en réalité aucun danger
[35].
Deuxièmement, le processus de privatisation tel que conduit au Cameroun
permet assez difficilement la libre expression, la concertation et le dialogue entre les
forces qui composent la société. Cette absence de consensus débouche sur une perte
de confiance à l’égard de tout le processus de privatisation
[36]. Aussi les pouvoirs
publics se doivent de rechercher l’adhésion de la majorité des partenaires sociaux
intéressés par le processus. À notre sens, le gouvernement devrait ouvrir le plus tôt
possible un vrai débat national sur son programme de privatisation, et mettre
d’urgence en place des procédures de mise en vente les plus transparentes. Dès lors,
il serait souhaitable que le ministre en charge de la privatisation informe annuellement le Parlement des actions positivement menées et de leurs différentes modalités
de déroulement.
À dire vrai, la réussite de ce programme assez ambitieux implique la réunion
d’un certain nombre de partenaires sociaux. Il faut que le gouvernement corrige son
déficit actuel, attire des investisseurs extérieurs, associe étroitement le secteur privé
camerounais, développe surtout un environnement concurrentiel, supprime les
rentes de situation dont peuvent bénéficier certaines entreprises publiques préalablement à leur privatisation, et trouve des solutions aux implications sociales du
processus de désengagement
[37]. La suppression de ces différents écueils accroîtra
certainement l’engouement pour le programme camerounais de privatisation.
3 Des entreprises non attractives
L’une des causes du résultat décevant du programme camerounais de privatisation
est le choix des entreprises à privatiser. En effet, les entreprises à privatiser sont pour
la plupart en difficulté. Il serait ainsi dès lors assez difficile d’attirer ici une diversité
d’actionnaires
[38].
L’absence d’attractivité des sociétés mises en vente est justifiée à notre sens par
l’incertitude sur la viabilité et la rentabilité des unités à privatiser (3.1), et par un
environnement particulièrement défavorable, renforcé par une absence de support en
moyens financiers (3.2).
3.1 La rentabilité incertaine des entreprises à privatiser
La grande majorité des entreprises inscrites sur la liste des privatisations, et plus
particulièrement la première série de 1990, sont des entreprises en banqueroute, sans
perspectives rassurantes de viabilité et de rentabilité. C’est pourquoi les acquéreurs
potentiels ont longtemps hésité à se signaler (3.1.1), d’autant que le produit n’est pas
toujours présenté sous une forme qui le rend facilement cessible (3.1.2).
3.1.1 Une situation économique compromettante
Les entreprises soumises à la privatisation présentent différentes caractéristiques.
Pour les unes, la structure financière ou technique est fortement dégradée et, par
conséquent, nécessite un apport considérable de fonds
[39]. Pour les autres, la libéralisation en cours dans leur secteur d’activité les rend difficilement attrayantes
[40].
Quelques interrogations surgissent quant aux critères de choix des entreprises à
privatiser. Sont-ce des considérations purement budgétaires, l’État escomptant à
travers ce processus se débarrasser de quelques « canards boiteux » dont il n’arrive
plus à assurer le fonctionnement, ou bien le gouvernement compte-t-il, à travers le
programme de privatisation, asseoir sur le long terme, un véritable tissu industriel ?
En examinant les différentes entreprises admises à la procédure de privatisation
depuis 1990, il nous semble que ces deux critères sont indifféremment pris en
considération
[41].
Mais il se posera en pratique un problème important lié à l’évaluation des
entreprises à privatiser. L’obtention du « juste prix » préconisé pour les opérations
de privatisation n’est pas toujours aisée. Cette situation s’explique par deux raisons
au moins : d’abord l’insuffisance des structures adéquates telles que l’existence
d’une bourse de valeurs, qui aurait ainsi permis de fixer facilement la valeur réelle
des sociétés concernées par la privatisation, ensuite la mauvaise tenue des comptes
de certaines entreprises, caractérisée par un manque de rapports financiers
[42].
Il serait souhaitable de maintenir le principe de l’évaluation préalable de la
société privatisable avant le lancement de l’appel d’offres. On pourrait ainsi éviter les
risques de décalage entre la valeur théorique dégagée par les cabinets d’expertise
indépendants et les valeurs de cession.
Incontestablement, ces opérations auront pour finalité certaine la réduction de la
durée de la cession proprement dite. Par voie de conséquence, il sera plus facile
d’attirer une multitude d’actionnaires intéressés par le processus de privatisation et
la maîtrise du calendrier de cession des entreprises sera facilitée.
Mais l’illiquidité de leurs titres et l’absence de protection des actionnaires
minoritaires risquent de décourager les acquéreurs éventuels.
3.1.2 Un régime juridique des titres moins protecteur
Pour la plupart des entreprises mises en vente, on relève un manque d’intérêt du grand
public au rachat de leurs actions. Cette situation semble être justifiée par des causes
provenant soit de l’illiquidité des titres des entreprises privatisables (3.1.2.1), soit
d’une absence de protection des actionnaires minoritaires (3.1.2.2).
3.1.2.1 L’illiquidité des titres
Les actions de la plupart des sociétés privatisables n’ont toujours pas été matérialisées et divisées en titres transférables. En effet, les actionnaires de ces sociétés sont
plutôt reconnus par leur inscription dans un registre que par la possession matérielle
d’effets qui représentent leurs participations. Des vingt cinq sociétés créées par la
Société nationale d’investissement entre 1974 et 1984, aucune n’a eu à matérialiser
ses actions par l’émission de titres
[43]. Un effort de titrisation a été engagé en 1981 et
1982 par l’équipe de la direction financière de cette institution. Cet effort n’a vécu
que le temps d’une fleur.
C’est dire que les actifs des entreprises concernées par les opérations de
privatisation sont pour la plupart indivisibles. Dès lors, les acquéreurs potentiels des
entreprises à privatiser auraient assez de mal à trouver le produit correspondant à
leurs besoins.
À notre sens, pour assurer la liquidité des titres des entreprises privatisables, un
texte législatif (une ordonnance en l’occurrence) pourrait autoriser ces sociétés à
émettre des titres négociables, proposables aux acquéreurs potentiels. C’est peut-être
par ce moyen qu’on pourrait assez rapidement trouver les acheteurs des entreprises
publiques et parapubliques
[44]. Mais pour y parvenir, il faudrait surtout penser à
l’amélioration de la situation des actionnaires minoritaires.
3.1.2.2 L’absence de protection des actionnaires minoritaires
La timidité des opérateurs économiques privés nationaux peut s’expliquer également
par l’absence de protection des actionnaires minoritaires. En effet, l’épargne privée
nationale est assez faible et insuffisante.
En dehors de la Société camerounaise de manutention et d’aconage (SOCAMAC),
les hommes d’affaires nationaux se contentent la plupart du temps des participations
minoritaires lors des différentes privatisations
[45]. Par voie de conséquence, ils risquent de
subir le « diktat » permanent des actionnaires qui contrôlent la société, « diktat » dû en
réalité à la protection juridique insatisfaisante de leurs titres.
À notre sens, des textes spécifiques devront prévenir et régler des éventuels
conflits en assurant la protection des actionnaires minoritaires, surtout lorsqu’ils sont
issus d’un actionnariat populaire
[46]. Il appartiendra ensuite à la jurisprudence d’asseoir cette nouvelle législation en veillant au respect des droits pécuniaires des
actionnaires et de leur statut juridique d’associé.
L’Acte uniforme relatif au droit des sociétés commerciales préserve d’ores et
déjà la vocation théorique de tous les actionnaires à participer à la gestion ou à
surveiller la société. Il y a là, c’est vrai, comme une réminiscence des conceptions
traditionnelles du droit des sociétés. Mais, pour être judicieux, il faudrait modifier
radicalement la condition juridique des associés minoritaires comme l’ont proposé
de nombreux auteurs
[47]. Une telle modification permettrait d’élaborer un statut plus
approprié et correspondant à la place qu’occupent les actionnaires minoritaires dans
la société.
Cette volonté de réforme devra s’étendre davantage dans le domaine macroéconomique qui n’encourage pas assez le succès du processus de privatisation des
entreprises publiques et parapubliques au Cameroun.
3.2 Les incertitudes de l’environnement macroéconomique
Le Cameroun a lancé son programme de privatisation à partir de 1990, moment où
la situation macroéconomique était des plus défavorables
[48]. Cette situation ne saurait
être propice à la réussite d’un programme de privatisation.
Malgré les efforts accomplis par la Mission de réhabilitation des entreprises du
secteur public et parapublic, les conditions macroéconomiques ne sont pas toujours
réunies pour opérer une privatisation réussie. Un tel constat s’explique, à notre avis,
par deux raisons essentielles : les carences du système financier (3.2.1) et l’absence
de ressources adéquates (3.2.2).
3.2.1 L’inadaptation du système financier
Le manque d’intérêt ou la timidité des opérateurs économiques et du grand public au
rachat d’actions des sociétés d’État mises en vente provient essentiellement de
l’indisponibilité d’une épargne privée suffisante
[49]. À cause des difficultés que
connaît depuis un certain temps le système bancaire, il se trouve mal préparé pour
jouer son rôle dans le processus de privatisation (3.2.1.1). Par ailleurs, l’inexistence
d’un véritable marché décourage les investisseurs nantis, qui auraient souhaité
acquérir des actions (3.2.1.2).
3.2.1.1 Un système bancaire décourageant
Toutes les privatisations déjà bouclées au Cameroun l’ont été sur fonds propres des
repreneurs ou sur financements extérieurs. En effet, malgré la restructuration
bancaire entamée en 1989, les banques camerounaises, dans leur configuration
actuelle et vu leur situation structurelle, ne sont pas en mesure de financer ou de servir
de maillon efficace pour la réussite du programme
[50]. Et même au niveau de
l’intermédiation, les banques camerounaises ne sont pas intéressées par un tel
processus en dépit des commissions qui leur sont proposées par ceux qui les
sollicitent.
Un tel comportement ne saurait nous surprendre. En réalité, les banques
camerounaises se sont toujours montrées peu enclines à financer des petites et
moyennes entreprises ou industries (PME et PMI). Elles préfèrent plutôt les simples
opérations commerciales, espérant de ce fait réaliser le plus rapidement et le plus
sûrement des bénéfices
[51].
Aussi, les tontines et les coopératives d’épargne et de crédit pourraient être d’un
grand secours. Il y a lieu de croire que les financements seront facilement obtenus ici,
à cause de la souplesse qui caractérise l’octroi des crédits à leurs membres
[52].
Mais nous demeurons convaincu que les banques classiques sont mieux placées
pour financer les opérations productives, à l’instar du processus de privatisation.
Aussi, pour améliorer la rentabilité de l’ensemble des mécanismes qui pourront leur
permettre de jouer pleinement ce rôle dans l’économie, une vaste modernisation du
secteur financier dans la perspective des privatisations devra être faite.
Il s’agira concrètement d’assainir, de restructurer à temps et surtout de
recapitaliser les banques commerciales qui retrouveraient ainsi la confiance du grand
public et des épargnants. Elles pourraient dès lors améliorer leur rôle
d’intermédiation à travers le développement de nouveaux produits d’investissement
et de financement que sont par exemple : la SICAV (société d’investissement à
capital variable), les fonds communs de placement, les produits bancassurances
(épargne-retraite, assurance-vie…). À cet effet, la BEAC devra accroître leurs
moyens de financement dans le cadre de la privatisation, et surtout mettre sur pied une
politique monétaire moins restrictive, voire plus stable, facilitant l’octroi et le recours
au crédit
[53].
En tout état de cause, ces banques classiques seront incapables de jouer le rôle
de véritables banques de développement. Il serait donc indispensable que le vide
laissé par la disparition des banques de développement au Cameroun soit rapidement
comblé, par la création de banques similaires, plus structurées et mieux gérées, sinon
par la mise sur pied rapide d’une bourse de valeurs et de marchés secondaires
spécialisés qui viendraient ainsi corriger les imperfections du marché actuel.
3.2.1.2 Un marché des privatisations inexistant
Les opérations de privatisation doivent se réaliser en un lieu de rencontre précis, qui
n’est rien d’autre que le marché dans lequel les transactions se négocient. Ce lieu de
rencontre facilite la mise en place des conditions de transparence et de compétitivité,
atouts majeurs pour la réussite d’un véritable programme de privatisation.
Actuellement, le lieu de rencontre pour la réalisation des opérations de privatisation pose parfois des difficultés insoupçonnées. En effet, les règles du marché, le
mode de fonctionnement du processus de privatisation et même l’identité des
véritables interlocuteurs semblent totalement inconnus du public
[54]. Ceci constitue
une réalité provoquée par les chevauchements et conflits multiformes qui existent
entre les nombreuses instances impliquées dans les privatisations, sans oublier les
instances informelles qui en sont arrivées à constituer au Cameroun une source de
pouvoir bien plus déterminante que certains canaux officiels
[55].
Ces difficultés relèvent essentiellement de l’absence, voire de l’imperfection du
marché financier. Pareille situation est de nature à compromettre tout le programme
de privatisation en dépit de la volonté politique intangible et irréversible apparemment affichée par les pouvoirs publics
[56].
La création effective d’un marché financier pourrait à notre sens accélérer le
processus de réformes économiques en général et des privatisations en particulier.
À cet effet, l’initiative camerounaise de création d’une bourse nationale de valeurs
répond pleinement à cette préoccupation
[57]. Mais suffira-t-il de créer ce marché pour
garantir la réussite d’un programme de privatisation dans un environnement où la
culture de gros investissements est presqu’absente, et les ressources adéquates en
financement hypothétiques ? Peut-être parviendra-t-on ainsi à résoudre cet autre
problème.
3.2.2 La réticence des acquéreurs potentiels
Les privatisations déjà finalisées ont été faites essentiellement au profit des investisseurs étrangers
[58]. Deux facteurs au moins expliquent cette situation. D’abord, il est
extrêmement difficile aux privés camerounais de mobiliser l’épargne suffisante pour
des investissements très importants
[59]. En effet les organes chargés de la mise en
œuvre du processus de la privatisation rejettent actuellement les cessions faites à
crédit
[60]. Aussi convient-il de se demander si pareille exigence tient compte des
conditions d’exploitation des banques, de la structure du système financier au
Cameroun, de la capacité de mobilisation des financements par des opérateurs
économiques nationaux à de meilleures conditions que celles offertes par la banque,
ou du taux de rentabilité financière des entreprises à privatiser. Il faut en douter
[61].
Ensuite, le système bancaire camerounais, censé être le moteur du développement
économique, est en crise et se trouve actuellement dans l’incapacité d’assurer un
financement convenable de rachat des actions des sociétés d’État mises en vente
[62].
À vrai dire, le programme de privatisation mis en place par le gouvernement
semble consacrer une double situation. Premièrement, la privatisation se déroule la
plupart du temps au seul avantage des investisseurs occidentaux.
Deuxièmement, les activités économiques et les richesses du pays risquent de se
trouver concentrées entre les mains de certains groupes dans la société. Aucun
inconvénient majeur n’existe ici à notre avis, dès lors qu’ils auraient présenté de
meilleures conditions d’offres d’acquisition. En tout état de cause, il y a lieu de penser
qu’une plus grande flexibilité au niveau de la formule de la privatisation, du prix et
des modalités de paiement pourra non seulement aider les Camerounais à racheter
assez facilement les actions des sociétés mises en vente, mais surtout permettra leur
large participation au déroulement de ce processus.
Au terme de cette réflexion sur les obstacles relatifs au processus de privatisation des
entreprises publiques et parapubliques au Cameroun, il convient de relever que la
vague de ce mouvement déferle sur tous les secteurs de l’économie camerounaise.
À cet effet, nous avons tenté d’éclairer ce nouveau phénomène et de tirer certaines
leçons, certes préliminaires, de l’expérience acquise à ce jour. Nous avons plus
particulièrement mis l’accent sur les aspects stratégiques, juridiques et institutionnels des privatisations. En illustrant notre propos par des exemples provenant des
expériences déjà menées au Cameroun et ailleurs, nous avons opté pour une approche
pragmatique et empirique de ce riche sujet.
Le défi des privatisations est en réalité non seulement de vendre une entreprise
ou une participation étatique mais aussi, et surtout, de saisir cette occasion pour
améliorer, fût-ce modestement, le fonctionnement de l’économie et de l’État. Ce défi
se présente dans le programme de privatisation camerounais avec toutefois une
ampleur et une acuité variables : la nécessité d’une telle réforme est normalement
plus forte dans un pays en développement comme le Cameroun que dans les pays
industrialisés.
Ce défi se présente dans le cadre du programme de privatisation camerounais vu
dans son ensemble, dans le cadre des privatisations sectorielles, qui permettent de
briser les monopoles et de créer les conditions d’une certaine concurrence, et dans le
cadre des privatisations d’entreprises particulières, où une restructuration fondamentale peut être requise, par exemple en séparant de l’entreprise les aspects non
essentiels de son activité et en la vendant en plusieurs entités distinctes. Cette
approche stratégique permet également de dépasser la conception statique des
privatisations, qui les analyse en tant que phénomène dans lequel certains gagnent et
d’autres perdent sans bénéfice net pour le bien-être national, et de les voir dans une
perspective dynamique dont l’objectif est de réaliser un tel bénéfice net
[63].
Concrètement, privatiser ne veut nullement dire abdiquer le rôle de l’État et
confier l’ensemble de l’économie du pays aux soins du secteur privé. Au contraire,
la privatisation offre au gouvernement une occasion unique de recentrer son action
en mettant l’accent non pas sur ce qui est perçu comme stratégique, mais sur ce qui
constitue le noyau dur des responsabilités étatiques
[64].
Le rôle de l’État est ainsi appelé à évoluer davantage vers celui d’élément
catalyseur, animateur, promoteur, régulateur et redistributeur, tout en se retirant
progressivement de ses rôles d’État-providence et de producteur, laissant au secteur
privé la responsabilité de remplir cette dernière fonction. Ceci dit, ce nouveau rôle
n’implique pas seulement le transfert de certaines activités au secteur privé, mais
aussi et surtout la prise en charge et le développement d’autres activités.
Dans cette perspective, le vaste ensemble de textes législatifs passés en revue
devrait être en vigueur pour favoriser l’expansion du secteur privé et la privatisation.
Toutefois, il faudra se préoccuper, ici au Cameroun comme dans la plupart des pays
en voie de développement, essentiellement des éléments du régime juridique qui
doivent impérativement être en place pour que la privatisation réussisse. Agir
autrement entraînerait des retards sans fin. C’est là une nécessité dont il faudra
prendre conscience dès l’origine. Dans tous les cas, la réussite du programme
camerounais de privatisation dépendra énormément du cadre juridique en place au
moment considéré ainsi que de la portée et de la nature de ce programme.
[*]
Docteur en droit privé, Enseignant-Chercheur à la Faculté des Sciences juridiques et politiques de
l’Université de Dschang (Cameroun), BP 367.
[1]
Quelques chiffres permettent de donner un aperçu de l’ampleur du phénomène. En effet, une récente
étude sur l’investissement étranger dans des transactions de privatisation dénombre 2 600 transactions de plus de 50 000 dollars américains à travers le monde (hors Allemagne) entre 1988 et 1993,
générant des revenus de près de 270 milliards de dollars. une somme largement supérieure aux
150 milliards de dollars qu’avait rapporté l’ensemble des privatisations de ce type effectuées dans
le monde jusque-là. Sur ces 2600 privatisations avec participation étrangère, 900 transactions ont été
réalisées en 1993, contre une soixantaine seulement en 1988, la croissance provenant dans une large
mesure de pays en développement et en transition. En Allemagne, quelque 13 700 entreprises de
l’Est ont été vendues depuis 1990 pour un total de plus de 30 milliards de dollars, les acheteurs
s’engageant par ailleurs à investir plus de 110 milliards de dollars dans ces entreprises. Source :
GUISLAIN (P.), in
Les privatisations : un défi juridique et stratégique, éd. Nouveaux Horizons, 1996,
p. 17.
[2]
Comme les privatisations aujourd’hui, ces nationalisations avaient touché pratiquement tous les
domaines d’activité économique et une grande majorité de pays. Pour une étude statistique de ce
phénomène, cfr GUISLAIN (P.), ouvr. préc., pp. 20 et 21.
[3]
Pour une étude des facteurs contribuant au phénomène de privatisation, cfr NELLIS (J.),
Les
entreprises publiques en Afrique, Washington, D.C., Banque mondiale, 1989, chap.1, pp. 7 et s. Cet
auteur énumère plusieurs de ces facteurs dont les principaux sont les suivants : en premier lieu vient
le fait que la performance des entreprises publiques s’est, en règle générale, révélée décevante. Si
certaines fonctionnent bien, beaucoup d’autres par contre, sont notoirement inefficaces.
De plus, de nombreux gouvernements se sont trouvés face à un inquiétant déficit budgétaire et à une
crise des finances publiques. Ils n’ont plus, aujourd’hui, les ressources financières nécessaires pour
compenser les pertes de certaines entreprises publiques ni pour procéder aux augmentations de
capital indispensables à leur développement.
La rapide évolution du contexte économique international a également contribué à l’accélération du
déclin du modèle de l’entreprise publique nationale. En effet, la mondialisation de l’économie,
l’accélération de l’innovation technologique et l’intégration croissante des marchés obligent les
entreprises à adopter des stratégies très souples et à les adapter en permanence aux circonstances.
Par ailleurs, il convient de souligner que le débat idéologique en matière de gestion économique et
de privatisation a également considérablement évolué, suite à la globalisation croissante de
l’économie ainsi qu’à la fin de la guerre froide et de l’opposition des modèles socialistes et
capitalistes de développement. Cette atténuation des idéologies s’est notamment traduite par une
approche plus pragmatique des réformes économiques, dont la privatisation fait partie.
Enfin, dans certains secteurs économiques, les raisons qui plaident en faveur d’une intervention
étatique n’existent plus aujourd’hui.
[4]
La privatisation est perçue comme un moyen d’améliorer l’efficacité économique et financière du
pays.
En ce qui concerne les fondements et les avantages de cette pratique, cfr FOKO (A.),
Le régime
juridique de la privatisation au Cameroun, thèse Droit, Yaoundé II, 1994, pp. 156 et s.; FOUEGOUM
(S.),
L’efficacité des entreprises publiques comme instrument de politique économique au Cameroun, mémoire de Maîtrise en Sciences économiques, Université de Yaoundé, 1987, pp. 50 et s. ;
KANGUE EJANGUE (Th.) et NOUBISSIE NGANKAM (E.), communication lors du séminaire organisé les 7
et 8 décembre 1994 sur « Les enjeux de la privatisation des entreprises publiques et parapubliques
au Cameroun », in
Les privatisations au Cameroun : bilan et perspectives, Fondation Friedrich
Ebert, Yaoundé, janvier 1995, pp. 7 et s.
Pour les dangers de la privatisation, cfr NGANGO (G.), « Privatisation des entreprises publiques : les
dangers de la politique de la Banque mondiale », in
Papyrus Magazine, n°002, nov./déc. 1995,
pp. 12 et 13 ; du même auteur : « Moins d’État, mais comment mieux d’État ? », in
Les privatisations
au Cameroun : bilan et perspectives, op. cit., pp. 81 et s.
[5]
Cette privatisation implique donc cession permanente de contrôle, que ce soit suite à la cession de
droits de propriété d’un organisme public à une ou plusieurs parties privées, ou à la suite, par exemple,
d’une augmentation de capital à laquelle l’organisme public-actionnaire aurait renoncé a souscrire.
[6]
Elle comprendra ainsi, outre les formes de privatisation au sens strict telles que la sous-traitance
portant généralement sur des services qui étaient précédemment fournis directement par l’organisme
public on parapublic, les contrats de gestion qui peuvent on non prévoir un intéressement au résultat
matériel de l’exploitation, la location ou location-gérance d’entreprises, de matériel ou d’actifs
appartenant à l’État, ainsi que les contrats d’affermage, de concessions de services et de travaux
publics.
[7]
Comme dans le cas de nouvelles licences de téléphonie cellulaire par exemple.
[8]
Toutefois, notre réflexion sera axée essentiellement sur le premier niveau d’acception qu’est la
privatisation des entreprises publiques et parapubliques au Cameroun.
[9]
Ce que nous appelons privatisation a reçu d’autres noms dans certains pays, souvent parce que ce
terme était jugé politiquement trop délicat. Ainsi parle-t-on de capitalisation en Bolivie, de
populisation au Sri Lanka et d’actionnarisation au Vietnam, pour ne citer que ces pays. Aux Pays-Bas, par contre, le terme de privatisation est utilisé non seulement pour désigner ce que nous avons
qualifié ainsi, mais également pour décrire le processus de transformation d’une entreprise publique
ou parapublique en une entreprise soumise aux règles du droit des affaires mais restant la propriété
de l’État.
[10]
À vrai dire, le principe de la privatisation des entreprises publiques et parapubliques ne date pas des
années 1989-1990, au cours desquelles le cadre législatif et réglementaire y afférant a été clairement
défini à travers la loi n°89/030 du 29 décembre 1989, autorisant le Président de la République à
définir par ordonnance le régime de la privatisation et tous les décrets y relatifs. La loi n°63/25 du
19 juin 1963 autorisant l’émission publique des bons et prévoyant la création d’une Société nationale
d’investissement (SNI), dans le but de suppléer, au lendemain de l’indépendance, la carence des
investisseurs nationaux l’avait déjà envisagé. L’article 4 du décret n°64/DF/486 du 16 décembre
1964 dispose que « (…) la SNI peut à tout moment rétrocéder tout ou partie des participations qu’elle
détient (…) ». Mieux, le décret n°85/1177 du 28 août 1985 réorganisant la SNI est sans équivoque :
« Les participations souscrites ou rachetées par la SNI sont assorties d’une clause de rétrocession en
faveur des personnes physiques ou morales de nationalité camerounaise. La rétrocession doit être
entièrement réalisée dans un délai maximum de 7 ans sauf pour les opérations où la présence de la
SNI est jugée indispensable par le gouvernement (…). »
Mais à l’évidence, en dehors de quelques opérations ponctuelles telles que la privatisation de la
Société camerounaise des minoteries (SCM) ou des Tanneries et Peausseries du Cameroun
(TANICAM) réalisée en 1986, l’option de rétrocession des entreprises publiques et parapubliques
a été purement et simplement éludée du fait de l’apparente prospérité de l’économie camerounaise,
mais également de la résistance des fonctionnaires et hommes politiques pour qui les entreprises
publiques et parapubliques étaient une source de revenus et un moyen de légitimer le pouvoir aux
yeux des populations autochtones.
Mais du fait de la crise économique, en 1990, l’intention devient réalité avec surtout la publication
du décret de 1990 admettant 15 entreprises à la privatisation.
[11]
Le 14 juillet 1994, un décret du Président de la République du Cameroun admettait à la procédure
de privatisation 15 entreprises du secteur public et parapublic. Cette liste, qui comporte des « poids
lourds » de l’économie camerounaise tels que la CAMAIR, la CDC, la REGIFERCAM, la
CAMSHIP, la SOCAPALM, la SODECOTON, vient compléter une première liste de 15 autres
entreprises admises à la procédure de privatisation par le décret n°90/1423 du 3 octobre 1990. Au
total, plus de 10 ans après le démarrage effectif du processus, le gouvernement du Cameroun a, dans
la phase d’application et de réalisation de ce programme, inscrit 30 entreprises sur la liste des
privatisations. Ce programme devrait normalement s’achever le 30 juin 2001 au plus tard. Mais à
l’allure où vont les choses, il est incertain que cette date butoir puisse être respectée.
[12]
Voir
Cameroon Tribune, n°2461, du 29 août 1996, p.3.
[13]
Cfr KINGSON APARA (M.), « Le concept et la pratique de la privatisation dans le monde », in
Les
privatisations au Cameroun : bilan et perspectives, op. cit., p. 74.
[14]
En plus de dix ans de mise en œuvre du processus de la privatisation au Cameroun, si l’on exclut la
CHOCOCAM et la SEPBC qui relevaient déjà en réalité du secteur privé, une dizaine de sociétés
seulement ont été privatisées sur plus de la trentaine inscrite au régime de la privatisation. À un tel
rythme, il faudrait onze ans pour voir aboutir la privatisation de sociétés dans lesquelles l’État détient
encore une participation.
[15]
Voir Déclaration de Politique générale du Gouvernement relative aux entreprises du secteur public
et parapublic, Yaoundé, mai 1994, in
Les privatisations au Cameroun : bilan et perspectives, op. cit.,
pp. 124 et s.
[16]
Les textes essentiels relatifs au processus de privatisation au Cameroun sont :
– le Décret n°86/656 du 3 juin 1986 portant création d’une Mission de réhabilitation du secteur
public et parapublic ;
– le Décret n°89/010 du 4 janvier 1989 portant élargissement de la Mission de réhabilitation des
entreprises du secteur public et parapublic ;
– La Loi n°89/030 du 29 décembre 1989 autorisant le Président de la République à définir par
ordonnance un régime de la privatisation des entreprises du secteur public et parapublic ;
– l’Ordonnance n°90/004 du 22 juin 1990 relative à la privatisation des entreprises publiques et
parapubliques et les différents décrets d’application ;
– le Décret n°90/1423 du 3 octobre 1990 portant privatisation de certaines entreprises du secteur
public et parapublic ;
– le Décret n°94/125 du 14 juillet 1994 portant admission de certaines entreprises du secteur public
et parapublic à la procédure de privatisation ;
– le Décret n°94/138 du 21 juillet 1994 portant création d’un ministère de l’Économie et des
Finances, attribution du Ministre des Finances et organisation de ses services ;
– le Décret n°94/139 du 21 juillet 1994 modifiant et complétant certaines dispositions du décret
du 26 novembre 1992 portant organisation du gouvernement ;
– le Décret n°95/056 du 29 mars 1995 portant réorganisation de la Mission de réhabilitation des
entreprises du secteur public et parapublic ;
– la Déclaration de Politique générale du Gouvernement relative aux entreprises du secteur public
et parapublic.
[17]
On peut à cet effet se réjouir de l’initiative prise, dans le cadre du droit communautaire, de réformer
le droit des affaires en général en Afrique.
[18]
Non seulement le taux de réduction de l’impôt sur le bénéfice imposable n’est que de 50 % mais
surtout les amortissements exceptionnels accordés ne s’étendent que sur une durée maximale de trois
ans (cfr Art. 139 et ter Loi des Finances 97/98).
[19]
Les exemples de la privatisation de l’ex-OCB, l’ex-SOCAMAC, de la SEPBC et surtout de la
COCAM sont assez illustratifs. À cet effet, cfr
Les privatisations au Cameroun : bilan et perspectives, ouvr. préc., pp.15 et s.
[20]
Cfr FOKO (A.), thèse précitée, pp. 18 et s.
[21]
Cette situation s’explique en partie par le fait que le processus de privatisation prend effectivement
beaucoup de temps et beaucoup d’argent à cause des différentes études à mener. En effet, les
opérations de privatisation sont précédées d’une indispensable phase de travaux préparatoires
comportant un diagnostic préliminaire, la sélection éventuelle d’un conseiller financier, des études
de stratégie de privatisation, l’évaluation de l’entreprise, la préparation du dossier d’appel d’offres…
Paradoxalement, tout ce gros travail ne devra être effectué que par une dizaine de cadres qui
composent la Mission de réhabilitation des entreprises du secteur public et parapublic et dont les
moyens financiers sont fort limités. Cette structure disposait jusqu’alors d’un budget inférieur à
50 millions. Source :
Cameroon Tribune du 3 novembre 1993, p.3.
[22]
À titre d’exemple, les pertes cumulées de Cameroon Sugar Company (CAMSUCO) sont passées de
FCFA 42 milliards au 30/06/92 à plus de FCFA 55 milliards actuellement (2001).
Source : Rapport de la Banque mondiale sur les privatisations au Cameroun cité par l’hebdomadaire
L’Expression, n°002, fév. 1997, p. 9.
[23]
Cfr Foko (A.), thèse précitée, pp. 20 et s.; KANGUE EJANGUE (Th.) et NOUBISSIE NGANKAM (E.), ouvr.
préc., p.26.
[24]
Cfr NGOMO (A.F.),
Guide pratique du droit des sociétés commerciales au Cameroun, P.U.A., 1997,
p. 77.
[25]
Décret n°86/656 du 3 juin 1986 créant une Mission de réhabilitation des entreprises publiques et
parapubliques et réorganisée par le décret n°95/056 du 29 mars 1995.
[26]
Cfr FOKO (A.), thèse de doctorat précitée, pp.38 et s.
[27]
Il s’agit précisément des secteurs de l’eau, de l’électricité et des télécommunications.
[28]
Cfr République du Cameroun : Aide-mémoire Mission Banque mondiale sur les entreprises
publiques (20 juin au 11 juillet 1996).
[29]
En effet, sans méconnaître les résultats qui ont pu être obtenus à travers les contrats de performance
dans certaines entreprises, notamment en ce qui concerne l’amélioration de la productivité, le
personnel et le recentrage des activités, les résultats de cette stratégie ont été largement insuffisants.
Alors que cette politique a été excessivement coûteuse, la contrepartie au niveau de l’amélioration
des résultats de ces entreprises a été marginale. À titre illustratif, à la fin de l’année 1994, sur
62 entreprises dont les états financiers étaient disponibles, 38 d’entre elles affichaient des pertes
nettes pour un montant total de FCFA 132,8 milliards, tandis que la situation nette de 24 d’entre elles
était négative. En outre, les subventions ont été récemment réduites de manière importante et les
conséquences logiques n’en ont pas été tirées puisque certains établissements continuent d’opérer
sans ressources et accumulent probablement des arriérés dont le montant est impossible à estimer
actuellement. Source : République du Cameroun : Aide-mémoire Mission Banque mondiale sur les
entreprises publiques (20 juin au 11 juillet 1996), précité.
[30]
Pour d’aucuns, ce processus est fait pour aboutir :
– au bradage du patrimoine national en faveur des étrangers,
– à la concentration des activités économiques et des richesses entre les mains de certains groupes
dans la société, qu’ils soient ethniques ou de classe,
– à des réductions massives d’emplois dans le secteur des entreprises privatisées,
– à une perte de la souveraineté nationale dans certains secteurs de l’économie…
[31]
Un certain nombre d’actions jugées insuffisantes ont été menées sur les plans national et international.
Sur le plan national, on peut souligner que :
– La sous-commission, dès sa mise en place par le décret n°90/430 du 27 février 1990, a procédé
à l’élaboration d’une approche doctrinale de la privatisation. Approuvée par le gouvernement au
mois de juin 1990, de larges extraits ont été publiés dans le journal gouvernemental
Cameroon
Tribune. De même, ce travail a été résumé sous forme de plaquettes distribuées auprès des
opérateurs économiques et de certaines administrations.
– Suite à la publication du décret n°90/1423 du 3 octobre 1990 arrêtant une première liste des
15 entreprises à privatiser, le Ministre délégué a présidé une séance de travail à la mi-octobre
1990 avec les directeurs généraux des sociétés admises à la privatisation à l’effet de leur expliquer
les textes organiques de la privatisation et de donner en même temps des orientations en rapport
avec certaines dispositions des mesures de sauvegarde applicables aux sociétés à privatiser.
– Aux mois de février 1991 et janvier 1992, deux conférences de presse ont été données par le
Ministre délégué chargé du Plan de stabilisation et de la relance économique d’alors. Depuis, plus
rien.
– Outre les actions médiatiques qui précèdent, il y a lieu de signaler que les publicités légales et
quelques encarts dans la presse, notamment à l’occasion du lancement des appels d’offres, sont
matérialisés à l’occasion des opérations de privatisation.
– Deux séminaires ont eu lieu, dont celui organisé avec le concours de l’USAID/Price Waterhouse
tenu à l’hôtel Hilton du 1
er au 4 novembre 1993 et celui de décembre 1994 organisé par la
Fondation Friedrich-Erbert.
Sur le plan international, du 11 octobre au 13 novembre 1991, une mission conduite par le Président
de la sous-commission s’est rendue en France, en Allemagne, en Belgique et en Italie pour présenter
notre programme de privatisation.
[32]
Cfr KANGUE EJANGUE (Th.) et NOUBISSIE NGANKAM (E.), op. cit., p. 28.
[33]
Cfr les décrets n°90/1257 du 30 août 1990 relatif aux dispositions générales et modes de privatisation en vigueur au Cameroun, n°95/056 du 29 mars 1995 portant réorganisation de la Mission de
réhabilitation des entreprises du secteur public et parapublic.
[34]
L’implication des parlementaires, des experts-comptables ou des commissaires aux comptes dans le
déroulement du processus de privatisation des entreprises publiques et parapubliques aurait permis
d’éviter à notre sens certaines critiques dont notre processus de privatisation fait actuellement l’objet.
[35]
Au Zimbabwé et au Canada où le déroulement des opérations de privatisation est confié à des
structures mixtes avec seulement 30 % d’implication étatique, le processus connaît un succès
indéniable.
[36]
Le processus de privatisation des entreprises publiques et parapubliques tel que mené actuellement
de manière unilatérale par les pouvoirs publics justifie certainement en partie ces résultats mitigés.
Aussi les médias parlent de plus en plus de bradage et s’interrogent sur leur opportunité… Les cas
de la COCAM privatisée en 1993 et celui récent de la CAMSHIP sont assez révélateurs. Pour plus
de précisions, voir KANGUE EJANGUE (Th.) et NOUBISSIE NGANKAM (E.), op. cit., pp. 15 et s.
[37]
Les privatisations récentes de la CAMSHIP et d’HÉVÉCAM semblent indiquer que le gouvernement camerounais, conscient des difficultés de mise en œuvre de son programme, a intégré à ces
occasions la plupart des différentes considérations soulignées ci-dessus. Source :
Cameroon
Tribune n°6201, du 09-10-96, pp. 4 et 5.
[38]
Cette analyse colle plus avec la situation des entreprises contenues dans le premier programme de
privatisation. Quant au deuxième programme, il semble plus attractif, dans ce sens qu’il est étendu
à des secteurs viables et rentables, auprès desquels des programmes de réhabilitation ou des contrats
de performance avaient déjà connu beaucoup de succès. Ce sont les cas par exemple de la CAMSHIP,
de la CIMENCAM, de la SNEC et de la SONEL.
[39]
C’est le cas pour la plupart des entreprises listées dans le décret du 3 octobre 1990. Mais les exemples
de la CAMSUCO et de la SOFIBEL sont assez révélateurs. C’est ainsi que la CAMSUCO en 1992
accumulait déjà des pertes de l’ordre de 42 milliards de FCFA ; récemment, elles s’élevaient à plus
de 55 milliards. Source :
Rapport de la Banque mondiale sur les privatisations au Cameroun, op. cit.
[40]
On pourrait citer à titre d’illustration les exemples de la SODERIM et de SCDM. Cette dernière,
heureusement, a eu la chance d’être effectivement privatisée en 1994 en dépit de nombreuses
difficultés survenues lors de sa mise en œuvre.
[41]
Ainsi, les entreprises à privatiser citées dans le décret du 3 octobre 1990 sont pour l’essentiel des
« canards boiteux » dont l’État voulait tout simplement se séparer pour des soucis d’équilibre
budgétaire. En revanche, pour les entreprises mentionnées dans le décret du 14 juillet 1994, à cause
de l’importance de la viabilité et de la rentabilité certaine de ces entreprises, il se dégage le constat
selon lequel l’État voudrait désormais asseoir un véritable tissu industriel au Cameroun.
[42]
Sur ces questions, Cfr FOKO (A.), thèse de doctorat précitée, pp.90 et 91 ; MBENDANG EBONGUE (J.),
Les entreprises d’État au Cameroun, thèse de doctorat en droit, Paris, 1989, pp. 528 et s.
[43]
Source : KANGUE EJANGUE (Th.) et NOUBISSIE NGANKAM (E.), op. cit., p. 31.
[44]
À cet effet, cfr KAMDEM (L.) :
Conditions et limites de la restructuration bancaire au Cameroun : le
cas de la BICIC, mémoire en vue de l’obtention du Diplôme de C.E.F.E.B., pp. 52 et 53.
[45]
La SCDM a été acquise à 100 % par le groupe allemand Hobum Afrika ; quant à la COCAM, elle
appartient essentiellement au groupe Khoury. Sur les 9 454 actions de la CHOCOCAM, moins de
2 000 actions ont été cédées à des nationaux ; le reste a été acquis par un groupe dénommé Barry S.A.
Source :
Les privatisations au Cameroun : bilan et perspective, op. cit., pp. 16 et s.
[46]
Malgré l’échec de l’actionnariat populaire tel qu’illustré à travers les opérations de privatisation des
entreprises SEPBC et CHOCOCAM, ce modèle de privatisation doit être encouragé par une
réduction au maximum du minimum de capital requis et surtout par l’octroi d’une grande protection
juridique aux petits porteurs.
[47]
Cfr PAILLUSSEAU (J.),
La société anonyme technique d’organisation de l’entreprise, Sirey, 1967,
pp. 254 et 255 ; NGUYEN QUOC VINH,
Les entreprises publiques face au droit des sociétés commerciales, thèse, Paris, 1974, n°385, p.461 ; BERTHET (B.),
L’évolution des rapports entre l’État et les
entreprises publiques, thèse, Paris II, 1983, pp.149 et s. ; GUYON (Y.),
Droit des Affaires, TI, 4
e éd.,
Economica, n°443, LAGACHE (M.),
Les investissements privés et le concours financier de l’État, éd.
Berger-Levrault, pp. 30 et s.
[48]
En effet, entre 1985 et 1993, on a observé les phénomènes suivants :
– une baisse du revenu par tête de 40 % est accompagnée d’une baisse drastique du taux d’épargne
qui est passé de 35 % du PIB à 10 % ;
– le déficit budgétaire est non résorbé et se situe à 12 % du PIB ;
– la conversion au libéralisme des décideurs est encore insuffisante ;
– le système bancaire et financier n’a pu se rétablir malgré la restructuration financière des banques
commerciales camerounaises et la liquidation des banques de développement. Il se retrouve ainsi
mal préparé pour jouer son rôle dans le processus de privatisation.
[49]
L’intervention massive de l’État dans l’économie au lendemain de l’indépendance se justifiait par
deux raisons essentielles : l’absence d’un secteur privé performant et d’une épargne privée suffisante
pouvant constituer le moteur du développement de son économie. À l’heure actuelle, si la première
justification a disparu, la seconde continue toutefois d’exister malgré quelques progrès.
[50]
Voir à ce sujet l’exposé de M. NTSAMA Étienne, intitulé : « Le financement de la privatisation :
possibilités et limites du système financier camerounais », in
Les privatisations au Cameroun : bilan
et perspectives, op. cit., p.78.
[51]
Sur un montant de plus de 430 milliards de FCFA de crédits accordés à l’économie camerounaise,
environ 40,8 seulement ont été destinés au financement des PME-PMI. Tout le reste est allé droit vers
les commerçants, c’est-à-dire au financement classique des opérations de négoce. Source :
Rapport
de la Banque mondiale sur les privatisations au Cameroun, op. cit.
[52]
Cfr HENRY (H.), TCHUENTE (G.H.) et GUILERME (P.),
Tontines et Banques au Cameroun : les principes
de la société des amis, Kartala, 1991, p.118.
[53]
Il est difficile de réussir un programme de privatisation lorsque l’économie se trouve dans une
situation monétaire telle que l’inflation anéantit toute possibilité de prévoir l’évolution des grandeurs
économiques dans un horizon donné. Une telle situation serait de nature à empêcher une prise en
compte adéquate du risque dans les estimations des investisseurs.
[54]
Les annonces qui paraissent de temps à autre dans la presse locale pour inviter les candidats à une
privatisation précisent le lieu de rencontre comme suit : « (…) s’adresser à la sous-commission
chargée de la privatisation, immeuble de la DGTC (…). » Une fois le candidat à l’acquisition des
actions arrivé sur les lieux, les choses ne seront pas aussi faciles de prime abord. On lui répondra –
si jamais on lui répond – au mieux de s’adresser à la Direction générale de la Société en privatisation,
ou alors que sa demande a été enregistrée et sera examinée au prochain comité interministériel. Et
si jamais une telle demande devait aboutir, ce qui n’est qu’une hypothèse, elle impliquerait une
succession d’intermédiaires (société, banque, notaire) à un point tel que le coût des transactions
qu’elle impliquerait rendrait l’opération totalement inintéressante.
[55]
Cfr KANGUE EJANGUE (Th.) et SANDA OUMAROU : « Inventaire et diagnostic des réformes économiques
au Cameroun », in
Les privatisations au Cameroun : bilan et perspectives, op. cit., pp.72 et s.
[56]
À cet égard, cfr FOKO (A.), thèse de doctorat précitée, pp.90 et s. ; FOUEGOUM (S.), op. cit., p. 51.
[57]
Le marché financier national avait été annoncé pour être ouvert depuis juin 2000. Le 18 décembre
de cette même année, le Gouvernement camerounais, par la voix de son Premier Ministre, a réitéré
l’annonce du démarrage imminent de la bourse camerounaise des valeurs mobilières. Bien que cette
nouvelle annonce intervienne au lendemain du choix définitif du siège de la bourse régionale des
valeurs mobilières à Libreville (Gabon), la bourse camerounaise n’est pas visiblement une antenne
régionale de celle-là. Mais jusqu’à ce jour le projet se conjugue toujours au futur et on ne sait pas
encore quand il prendra définitivement corps.
[58]
En dehors de la SOCAMAC acquise presque totalement par des investisseurs privés nationaux, la
plupart des entreprises ont été vendues à des étrangers.
[59]
D’ailleurs pour des considérations étrangères à la rationalité économique, la possession suffisante
des fonds par des Camerounais ne leur donne aucune priorité au rachat majoritaire des actions des
sociétés mises en vente. À ce sujet, il semble d’après certains auteurs (KANGUE EJANGUE (Th.) et
NOUBISSIE NGANKAM (E.) précités) que la privatisation réussie de la SOCAMAC avait suscité un
ressentiment dans certains milieux politico-économiques. Du fait de l’origine et de la concentration
ethnique des repreneurs, certaines personnalités n’avaient pas caché leur opinion, au point d’affirmer
que « le cas SOCAMAC était désormais un cas d’école et que rien ne se passerait plus ainsi dans le
domaine de la privatisation ». Une telle prise de position est fort curieuse quand on sait que les mêmes
personnalités déclarent urbi et orbi que la priorité sera désormais donnée aux Camerounais.
D’ailleurs, le communiqué de presse publié à l’issue du comité interministériel du 1
er novembre 1994
n’en dit pas moins quand il révèle la nécessité d’une « mise au point d’instruments permettant
d’assurer une participation consistante et équilibrée des nationaux au capital des entreprises à
privatiser au cas par cas ». La fermeture et la mise en liquidation du Crédit agricole le 9/06/1997
découlent peut-être de l’irréalisme d’une telle logique.
[60]
Le communiqué de presse publié à l’issue de la réunion du comité interministériel du 1
er novembre
1994 stipule entre autre que « le comité prescrit la préférence pour le paiement au comptant du prix
de cession pour toutes les opérations à venir, les opérateurs devant s’adresser aux établissements de
crédits pour leurs besoins de financements éventuels ».
[61]
Si une telle préférence était un impératif catégorique, il faudrait craindre qu’elle soit un frein à
l’opération : elle privilégierait ainsi les investisseurs étrangers, capables de mobiliser des financements à des conditions extrêmement compétitives sur des places financières internationales.
[62]
La quasi-totalité des entreprises actuellement privatisées ont été acquises sur fonds propres des
repreneurs ou sur financements extérieurs. Même la SOCAMAC n’a pas été financée par une banque
nationale. En vérité, l’adjudication d’un bloc d’actions de cette entreprise avait été tout simplement
faite au profit de la Société africaine de participation qui serait une émanation de la CCEI Bank.
Source : KANGUE EJANGUE (Th.) et NOUBISSIE NGANKAM (E.), op. cit., p. 89.
[63]
Cfr GUISLAIN(P.), ouvr. préc., p. 269.
[64]
On peut ainsi penser non seulement à la défense nationale, à la sécurité, à la justice, aux affaires
étrangères, à la fiscalité, mais également au développement d’infrastructures physiques et sociales
essentielles à la croissance économique et au développement social.