2006
Revue Internationale de Droit Economique
Bibliographie
— NIHOUL P. (dir.), avec la collaboration de Van de WALLE de GHELCKE B.,
BELLIS J.-F., DEKEYSER K., SCHURMANS C., PAPPALARDO A.,
PONET B., GÉRARDIN D., STUYCK J., LAMBRECHT P., MOERMAN F.,
La décentralisation dans l’application du droit de la concurrence. Un rôle accru
pour le praticien ?, Bruxelles – Louvain-la-Neuve, Bruylant – Academia, 2004,
262 p.
Nathalie CHAPPE, Économie et résolution des litiges, Paris, Économica, 2005,88 p.
Voici un fleuron des ravages que produit une démarche non scientifique de
l’économie du droit. Il s’agit d’un ouvrage dont l’objet principal est de mesurer
l’efficacité du système judiciaire, notamment en France, au regard de modes
alternatifs de règlement des différends, principalement dans le domaine de la
responsabilité délictuelle, que l’auteur qualifie allégrement de « conflits civils »
(p. 3).
Elle présente le droit romano-germanique, qui lui sert de support d’analyse, à
travers les travaux d’économistes américains, sans référence bibliographique au
droit français (les travaux fondamentaux de G. Viney sur la fonction normative de la
responsabilité ne sont pas évoqués) et à partir de traductions « mot à mot » qui
ignorent totalement les concepts juridiques.
En ce qui concerne les traductions, le ton est donné dès le départ. Sont opposés
le droit commun et le droit civil, le droit commun devant être, si l’on comprend bien,
la common law. Il n’existe pas de droit commun ailleurs. On apprend que les
différends deviennent des disputes (le terme se généralise, hélas, dans la littérature
juridique française), que la demande en justice est une plainte (terme réservé chez
nous à la matière pénale) et que le règlement des différends est analysé sous l’angle
de « l’adjudication » du procès. On passera sur les « poursuites frivoles ».
L’ouvrage déborde d’erreurs juridiques graves. Dans l’introduction sont opposés « les conflits de nature civile et de nature contractuelle ». On ne savait pas que la
responsabilité contractuelle ne faisait pas partie du droit civil. Le terme « arbitrage »
est utilisé dans des sens multiples qui ne correspondent pas à la définition juridique
de cette pratique. La question de la réparation des dommages est le plus souvent
envisagée en termes de culpabilité et la responsabilité délictuelle est analysée le plus
souvent sous le seul angle de la faute. La responsabilité sans faute (non étudiée) est
évoquée vaguement en une phrase. La question de la preuve est traitée à plusieurs
reprises sous l’angle de l’exigence d’une preuve préconstituée (pp. 70 et 78) en
matière de responsabilité délictuelle qui ferait du système de droit civil un système
moins efficace que celui de « droit commun ». Il s’agit là d’un scoop ! On croyait
jusqu’à cet ouvrage qu’en matière de fait juridique la preuve était libre. On apprend
aussi qu’en « droit civil », chez nous, la procédure est inquisitoire.
Les conclusions de l’ouvrage s’imposent d’elles-mêmes : plaidoirie pour les
modes alternatifs de règlement des différends. Du point de vue scientifique et
méthodologique, N. Chappe part de conclusions (et non d’hypothèses à vérifier)
selon lesquelles le procès est globalement moins efficient et plus coûteux que la
coopération (MARL). La préface souligne qu’il ne faut pas contester « le rôle
bénéfique de l’intervention du juge dans certaines circonstances, par exemple
lorsqu’il s’agit de donner force exécutoire au jugement ». Le juge greffier et huissier
de la justice privée ? N. Chappe évoque des analyses empiriques (elle cite des travaux
américains qui prétendent avoir mené de telles enquêtes) fondant ses conclusions. Il
n’y a aucune donnée statistique à l’appui de cette affirmation, ni aucune analyse
sociologique, alors qu’il existe désormais des travaux nombreux en France sur ces
questions. Le modèle de référence du livre est celui de l’individualisme méthodologique de l’économie des XVIIIe et XIXe siècles fondé sur la rationalité économique
des individus. Chacun sait qu’en cas de litige, l’individu raisonne principalement en
termes de coûts économiques, de comparaison entre les gains et les pertes, principalement s’il vient d’être victime d’un accident mobilisant la responsabilité délictuelle.
L’auteur observe « judicieusement », pour le regretter aussitôt, que l’aide
juridictionnelle accroît le nombre de procès. On peut penser effectivement que l’aide
juridictionnelle permet l’accès à la justice des plus défavorisés, ce qui statistiquement
se traduit en chiffres. Jamais ne sont abordées de façon concrète les questions comme
celles de l’accès à la justice des consommateurs, par exemple, et surtout de l’absence
totale de la publicité des modes alternatifs de règlement des différends. Le caractère
public de la justice est pourtant essentiel à sa connaissance et à sa fonction normative.
À partir d’une démarche non scientifique (l’auteur se contente d’articles anglo-saxons qu’elle traduit très mal), d’une absence de connaissance des systèmes
juridiques de common law et romano-germaniques, le résultat de cet ouvrage est
affligeant, ce qui ne plaide pas en faveur de l’économie du droit. Ceci nous semble
fort dommage tant les apports de cette discipline peuvent intéresser les juristes de
droit économique.
Laurence BOY
CREDECO/GREDEG UMR CNRS
KIRAT T. (dir.), Économie et droit du contrat administratif, Paris, La Documentation française, coll. Perspectives sur la justice, 2005,315 p.
Cet ouvrage est la preuve que l’on peut aussi faire sérieusement de l’analyse
économique du droit. L’objet paraît ciblé : le contrat administratif. En réalité, l’étude
de l’allocation des risques dans les marchés publics et les délégations de service
public nous conduit à suivre un long périple qui permet de juger les réponses du droit
administratif au temps et à la nécessaire adaptabilité des contrats aux modifications
des circonstances économiques. La question majeure qui revient comme un leitmotiv
est celle du coût et du partage des risques entre les opérateurs publics et privés. Si les
contributeurs se fondent sur le courant institutionnaliste de l’analyse économique du
droit, il faut leur rendre grâce de ne pas avoir tout ramené à une analyse économique
« dominatrice » (Préface M. Long, p. 3).
En se saisissant de la jurisprudence du Conseil d’État, des textes, notamment du
Guide des bonnes pratiques du partenariat publié le 9 novembre 2004, les recherches
présentées dans cet ouvrage s’efforcent de montrer les voies d’un juste et délicat
équilibre opéré notamment par les autorités juridictionnelles dans le but d’éviter deux
écueils : premièrement, reporter sur la personne publique l’essentiel des risques du
contrat, ce qui est souvent la tentation des opérateurs privés qui ont tendance à oublier
qu’ils doivent courir le risque de l’entreprise, deuxièmement et à l’inverse, affecter
au partenaire privé des risques déraisonnables dont il n’a pas la maîtrise et pour
lesquels il n’a pas obtenu de garantie suffisante.
Se refusant à un travail désincarné et modélisé par la Law and Economics, la
recherche s’est focalisée sur le rôle des acteurs du contrat pour identifier, recenser,
cataloguer et évaluer les risques possibles liés à l’exécution de contrats qui reposent,
par principe, sur la durée. Pour ce faire, sont étudiés les dispositifs juridiques relatifs
à l’exécution des marchés publics et aux délégations de service public ainsi que, dans
une vision prospective, ceux afférents aux contrats de partenariat public/privé.
D’emblée, l’ouvrage s’inscrit dans les réflexions contemporaines sur les sources
du droit comme la place des guides de bonnes pratiques, celle du droit jurisprudentiel
(même si cette dernière n’est pas un « scoop » en ce qui concerne le droit administratif français) ainsi que sur le facteur temps, trop souvent négligé dans le droit des
contrats. Les interrogations sur les sources du droit et sur l’élément temporel dans le
contrat conduisent tout naturellement à inscrire la logique de la négociation, voire de
la renégociation, dans l’analyse du contrat. La dichotomie simple et, sans doute
pédagogique, du moins didactique, entre formation et exécution du contrat sort « mal
en point » de l’ensemble des travaux. À ce thème, qui pourrait nourrir aussi le droit
privé des contrats, s’ajoute dans les recherches une thématique propre au droit
public : le contrat est certes un instrument d’échange, mais il est aussi et surtout un
moyen de satisfaction de l’intérêt général.
Pour les amateurs de droit économique, l’ouvrage est riche en pistes diverses.
C’est un travail fouillé, sans doute un peu trop, mais qui traduit son objet initial : être
un rapport de recherche remis à la Mission française de recherche « droit et justice ».
Ce type d’ouvrage se veut scientifiquement irréprochable (l’analyse des décisions de
jurisprudence est toujours scrupuleuse). Il présente l’inconvénient pour les lecteurs
de notre revue de ne pas aller directement à la synthèse.
Sur la forme, on regrettera une certaine incapacité à faire de véritables traductions de l’anglais vers le français au sens où ces dernières se doivent de renvoyer,
selon nous, à des concepts (pp. 48 et 49 : « la doctrine expose que si l’événement,
cause de l’impossibilité d’exécution, au fondement d’une requête en impossibility ou
en frustration est raisonnable et prévisible…, ce moyen n’est pas disponible pour le
requérant du fait qu’il aurait dû intégrer cette contingence dans le contrat »). Il semble
qu’un effort permettrait de traduire en droit romano-germanique le fait qu’ici
l’imprévision est exclue du fait qu’elle manque du caractère d’imprévisibilité.
Ceci nous conduit à penser que les développements sur la nécessaire anticipation
des effets de la théorie de l’imprévision ne sont sans doute pas propres aux contrats
administratifs ; la survie des entreprises privées pouvant renvoyer, du point de vue
de leurs conséquences sociales, à la continuité des services publics. De même, le
thème de l’asymétrie d’information traverse les relations contractuelles de droit privé
et n’est pas propre au droit administratif. Mais l’objet de la recherche ne permettait
sans doute pas un tel clin d’œil au droit privé. Décidément, le droit économique
n’aime pas cette distinction.
Du point de vue de la construction, l’ouvrage est bien mené. Les dimensions de
droit comparé sont, en outre, toujours bienvenues. On part de la problématique de la
répartition des risques en économie et en droit français et étranger pour aborder
ensuite l’analyse concrète de cette répartition entre les partenaires et de proposer une
vision conjointe du droit et de l’économie avant de voir l’inscription du contrat dans
le temps et les clauses d’adaptation qui sont nécessaires. L’ouvrage se clôt sur deux
chapitres qui ont un lien étroit entre eux : la tension entre l’impératif économique
d’adaptation du contrat et son nécessaire encadrement formel par le droit (on pense
ici aux clauses de hardship : l’adaptation est toujours possible si les parties l’ont
prévue ab initio), la spécificité (qui n’en est pas une à nos yeux) des relations de droit
public.
C’est dire que l’ensemble des réflexions mérite de nourrir aussi bien le droit privé
que le droit public, le droit interne, comparé et international. Les auteurs n’ont sans
doute pas eu conscience du fait que leurs analyses débordaient largement le seul cadre
du droit administratif français. C’est la raison pour laquelle il était utile de présenter
aux lecteurs de la RIDE ce qui peut paraître a priori comme un ouvrage très national.
In fine, on notera une tendance à l’abstraction, qui vient certainement des
sciences économiques fascinées par la modélisation, même quand les travaux
cherchent à s’en défaire. C’est ainsi que restent récurrentes les questions de
l’économie du contrat (existe-t-il une économie du contrat ?) et de l’exécution
« anti-économique » du contrat. Ce degré d’abstraction pose un problème au juriste
de droit économique attaché aussi à la factualité.
Laurence BOY
CREDECO/GREDEG UMR CNRS
LOFTI M’RINI M., De la Havane à Doha. Bilan juridique et commercial de
l’intégration des pays en développement dans le système commercial multilatéral, Laval, Presses universitaires Laval, 2005,517 p.
D’emblée, l’auteur souligne que le système commercial mondial a donné lieu à
une abondante littérature juridique et économique mais que celle-ci ne concerne que
les pays développés et rarement les pays en développement. Le processus d’intégration des PED devait s’opérer par voie d’ajustements destinés à faciliter leur mise à
niveau en tenant compte de leurs contraintes et en favorisant la satisfaction de leurs
besoins de développement. C’est à une évaluation détaillée de ce processus d’intégration que répond cet ouvrage.
L’hypothèse de départ est la suivante : l’auteur a « considéré les disciplines
multilatérales comme des compromis qui éteignent des contradictions d’intérêts
entre États selon un processus dans lequel les intérêts des agents économiques,
exprimés sur le plan intérieur, sont filtrés par les gouvernements, puis gérés sur le
plan multilatéral dans des négociations destinées à atteindre un niveau de libéralisation des échanges qui leur paraît acceptable selon les gains à engranger et les pertes
à subir ». La conclusion est que les gains engrangés par les PED ne sont pas à la
hauteur des espoirs fondés dans la libéralisation des échanges.
Après l’intégration périphérique qui va du GATT à l’Uruguay Round et qui
marque la naissance et la consolidation du système commercial multilatéral conventionnel, est étudiée l’intégration profonde jusqu’à l’après-Doha (2001). C’est incontestablement cette seconde partie qui est la plus intéressante malgré la richesse de la
première. On peut synthétiser les conclusions en relevant que les règles particulières
aux PED ne sont qu’accessoires dans l’équilibre général des accords et n’ont pas créé
d’obligations pour les pays développés envers les PED, alors que ces derniers se
voient réclamer de gros efforts. Ils sont souvent débordés par l’ampleur des tâches
ainsi imposées (obligations de mise à niveau).
Le souffle nouveau donné à la libéralisation par l’OMC devait mettre partiellement fin aux nombreuses dispositions dérogatoires au GATT et aux cadres juridiques
spéciaux dans certains secteurs, tels que l’acier, l’automobile, l’agriculture et les
textiles, qui frappaient de plein fouet l’avantage comparatif réel ou potentiel des
PED. Il semble que, malgré des progrès, les PED continuent de subir, relativement
aux produits et aux secteurs qui sont importants pour leur développement, le
protectionnisme des pays développés, notamment par le jeu des escalades tarifaires
et des subventions.
L’auteur propose in fine des stratégies de réponse : mettre à niveau la diplomatie
commerciale, élaborer des stratégies de développement, notamment par des transferts de technologies (notons que seule la Chine joue cette carte), susciter de
nouvelles alliances fondées sur les intégrations régionales ou la similarité des
situations, et enfin sensibiliser les ONG à la pauvreté et au développement. Notons
que le commerce équitable apparaît comme l’une de ces solutions.
Seuls regrets en refermant cet ouvrage : l’absence de réflexions sur l’accord
ADPIC et les PED et un relatif silence sur la percée des pays émergents comme le
Brésil et la Chine. C’est sans doute trop demander.
L. B.
NIHOUL, P., Les télécommunications en Europe. Concurrence ou organisation de
marché, Louvain-la-Neuve, UCL, Presses universitaires de Louvain, 2004,
600 p.
Il s’agit de la publication d’une thèse quelques années après la soutenance. Il
fallait la présenter dans la mesure où la problématique, toujours d’actualité, concerne
d’autres domaines qui se sont ouverts et s’ouvrent à la concurrence et qui présentent
des caractéristiques similaires.
Cette recherche de droit économique sur la réforme européenne d’ouverture à la
concurrence des télécommunications aboutit à la conclusion selon laquelle il n’y a
pas de différence fondamentale entre le droit général de la concurrence et la
régulation spécifique appliquée aux communications électroniques. La régulation
spécifique se présente comme une partie du droit de la concurrence dont les concepts
ont vocation à s’appliquer.
Cette thèse s’opposait à l’approche majoritaire selon laquelle la régulation
spécifique est un droit distinct du droit de la concurrence et a vocation à disparaître
rapidement. L’une construirait le marché, l’autre surveillerait le marché et sanctionnerait les pratiques anticoncurrentielles.
L’ouvrage de P. Nihoul, extrêmement documenté et nourri des différents textes
communautaires, s’attache d’abord à analyser les accords entre entreprises puis
l’accès aux réseaux (théorie des facilités essentielles illustrant une forme d’abus de
position dominante) avant de présenter le régime communautaire et de s’interroger
in fine sur la pertinence de l’opposition entre concurrence et organisation de marché.
C’est la partie la plus riche et qui demeure totalement d’actualité. Elle débouche, en
effet, sur le concept de régulation mais qui n’est pas réservé aux industries de réseau.
Qu’il s’agisse des moments de l’intervention, des objets et des objectifs de cette
dernière, ou des obligations mises à la charge ou proposées par les entreprises, la
régulation innerve bien le droit économique, qu’il s’agisse des régulations sectorielles ou du droit de la concurrence. La lecture de cet ouvrage permet de mieux
comprendre les évolutions actuelles du droit de la concentration et de la concurrence.
L.B.
NIHOUL P. (dir.), avec la collaboration de Van de WALLE de GHELCKE B.,
BELLIS J.-F., DEKEYSER K., SCHURMANS C., PAPPALARDO A.,
PONET B., GÉRARDIN D., STUYCK J., LAMBRECHT P., MOERMAN F.,
La décentralisation dans l’application du droit de la concurrence. Un rôle accru
pour le praticien ?, Bruxelles – Louvain-la-Neuve, Bruylant – Academia, 2004,
262 p.
C’est une journée d’études qui a donné lieu à la publication de cet ouvrage qui
se veut à destination des universitaires, des praticiens du droit mais aussi aux non-initiés (entreprises, consommateurs). L’objectif est atteint.
Dans ce chantier permanent qu’est le droit européen de la concurrence, cette
journée était l’occasion de faire le point non seulement sur la réforme principale, à
savoir l’application décentralisée du droit de la concurrence opérée par le Règlement
1/2003 du 16 décembre 2003, mais aussi sur les modifications du droit des concentrations et la libéralisation des secteurs spécifiques.
S’agissant de la décentralisation dans l’application du droit de la concurrence,
spécialement en ce qui concerne le § 3 de l’article 81, elle est présentée comme
intervenant à un moment où le droit communautaire a acquis une certaine maturité
qui autorise le législateur européen à faire confiance aux juridictions nationales dans
cette matière complexe, les formes d’assistance n’affectant nullement leurs pouvoirs. Seule l’expérience permettra de juger si la réforme conduit à des risques de
renationalisation du droit de la concurrence ou, au contraire, à une centralisation
renforcée sous couvert d’assistance.
Le fond de la réforme est analysé comme un renforcement du « droit économique
de la concurrence dans la pratique quotidienne des juristes, des entreprises, et des
citoyens, des consommateurs ». Il traduit, comme le relève P. Nihoul, une nouvelle
conception fondée sur l’analyse et qui, derrière les aspects techniques, véhicule une
idéologie. Celle-ci nous semble sous influence américaine; les intérêts des concurrents et des consommateurs risquent d’être sacrifiés. On retrouve cette même
idéologie en ce qui concerne le rôle dévolu au juge dans la mise en œuvre du droit de
la concurrence. L’une des conséquences inévitables de la réforme sera sans doute
l’augmentation des litiges devant les tribunaux ordinaires. On peut se demander si les
moyens mis à la disposition de ces tribunaux (dommages et intérêts, etc.) ne risquent
pas de faire basculer le système vers une justice aux mains de procureurs privés, ce
qui n’était pas dans la tradition européenne. En toutes hypothèses, les juristes devront
se montrer fins analystes du droit de la concurrence.
C’est ce même souci de décentralisation que l’on retrouve dans le contrôle des
concentrations qui a pris effet le 1er mai 2004 avec l’élargissement de l’Union
européenne et qui se manifeste dans les nouvelles règles de renvoi et de notification.
Au-delà des exemples tirés du droit belge, les réflexions intéressent l’ensemble
des juristes et des citoyens des pays membres de l’U.E.
L.B.