La privatisation de l’information par la propriété intellectuelle
Michel Vivant
L’information est une « notion fuyante ». Si l’on retient l’idée de message,
qui postule sa communicabilité, le terme évoque la substance. C’est, dans l’univers
du droit d’auteur, le fond par opposition à la forme. S’agissant de brevets, si le
titulaire des droits est le seul à pouvoir exploiter l’invention brevetée, c’est en
contrepartie de la divulgation qu’il fait de son invention : accès réservé contre accès
intellectuel ouvert à tous. Alors, la privatisation de l’information est-elle une
question pertinente ? C’est à cette interrogation qu’il sera tenté de répondre, par une
réflexion menée en dehors des canons. Seront analysées les pratiques qui conduisent
(ou risquent de conduire) à une monopolisation de l’information, étant donné qu’il
faille souvent raisonner plus en termes de « réservation », voire
d’« immobilisation » de l’information qu’en termes de propriété. Le raisonnement
se fera en trois temps : tout d’abord, c’est le détournement des mécanismes légaux
qui sera considéré, lorsque c’est la prise de distance avec la norme légale qui conduit
subrepticement à une telle monopolisation. C’est ensuite un pur et simple
contournement de ces mécanismes légaux qui pourra tendre vers ce résultat et qui
sera étudié. Enfin, il faudra se demander si ce n’est pas l’oubli radical des
mécanismes légaux, de leur économie, de leur philosophie qui pourrait bien être le
moyen le plus accompli de parvenir, sans que cela soit dit, à cette monopolisation de
l’information.Mots-clés :
information, propriété intellectuelle, droit des contrats, droit sui generis.
This paper deals with the seeming paradox that intellectual property is not meant to
allow full and direct appropriation of information, this being a « message » aimed
at communication, but only to in some way reserve its exclusive use for specific
purposes while maintaining free communication to and by others (the basis being the
form/content dichotomy in copyright law, and the disclosure requirement in patent
law respectively). Contract law may reach further, but only inter partes; intellectual
property may be and frequently is stretched so as to enable the owner to control the
information itself. In addition, the limits of intellectual property may be circumvented
with a view to directly privatise otherwise information non subject to protection. This
may be the effect of remedies of unfair competition law aimed at acts of
misappropriation of knowledge, or of technical protection measures, and this is also
the case of “borderline” protection of databases by a sui generis right. The law in
these respects is, like information itself, of a certain fluidity, which possibly it would
not be wise to consolidate too strictly.Keywords :
information, intellectual property, contract law, sui generis right.
• 1 INTRODUCTION
• 2 LE DÉTOURNEMENT DES MÉCANISMES
• 3 LE CONTOURNEMENT DES MÉCANISMES
• 4 L’OUBLI DES MÉCANISMES
• 5 L’OUBLI DES FONDEMENTS ?