L’influence du droit communautaire sur la régulation publique de la concurrence dans les pays d’Europe de l’est
Irena Dajkovic
L’introduction de l’économie de marché en Europe de l’Est a mis les
acteurs publics de la région devant des dilemmes importants : pour introduire la
liberté de concurrence, suffit-il de s’appuyer sur le marché ou faut-il au contraire
adopter des lois régulatrices de la concurrence ? Si l’adoption de telles lois est
choisie, que doivent alors être leur contenu et la mécanique de leur mise en œuvre ?
L’Europe de l’Est a répondu de manière presque unanime à la première question :
la majorité des pays ont introduit des politiques de concurrence et, subséquemment,
des lois de concurrence. Sur le contenu de ces lois, une ressemblance flagrante entre
les pays de la région peut être observée : la majorité de ces lois sont influencées par
le droit communautaire. Ceux qui ont résisté à cette influence sont les pays qui, bien
que s’engageant juridiquement à l’égard de l’UE à rapprocher leur droit national
avec le droit communautaire, ne sont pas concernés par l’adhésion à l’UE –
autrement dit, les pays qui ne sont pas parties à un engagement politique et
économique à brève échéance. Cet article analyse la mécanique de cette influence
et les tendances identifiées dans la région en droit de la concurrence. Une autre
question est de savoir à quoi il sert d’adopter des règles de concurrence si les
institutions qui doivent les appliquer, du fait de leur inadaptation, peuvent rendre
vains les bénéfices attendus. Cet article suggère certaines pistes. Sa problématique
essentiellement pragmatique méritera sans doute des approfondissements.Mots-clés :
droit de la concurrence, Europe de l’Est, économies en transition, ententes, abus de position dominante, concentration, aides d’État, juge de la concurrence, autorité de la concurrence.
The introduction of the market economy in Eastern Europe produced important
dilemmas for public actors within the region : to introduce freedom of competition,
is it sufficient to rely upon the market or, on the contrary, is it necessary to adopt
competition laws ? If the adoption of such laws is chosen, then what should be its
content and what should be the mechanism of its application ? The region responded
almost unanimously to the first question : the majority of countries have introduced
competition policies, and subsequently, competition laws. With regard to the content
of these laws, a clear similarity between countries of the region can be observed in
that the majority of these laws are influenced by Community law. The countries which
resisted the Community law influence are those which, though legally committed to
the EU to approximate their national law with Community law, are not concerned by
accession to the EU – i.e., countries which are not part of a promising economic and
political commitment. This article analyses the mechanics of that influence and the
tendencies identified in the region in the competition area. The article could be of
interest to those countries in transition searching for solutions regarding issues
arising in public regulatory systems of competition, while being sensitive to
community interests. An additional question is, what purpose it serves to adopt
competition rules if inadequate institutions can annihilate the benefits of the
application of those rules ? From a prospective point of view, the article suggests
certain steps – others still need to be identified – to overcome that pragmatic problem.Keywords :
competition law, Eastern Europe, transitional economies, antitrust, abuse of dominant position, merger, State aid, competition judge, competition authority.
• 1 INTRODUCTION
• 2 LE DROIT DE LA CONCURRENCE EST-EUROPÉEN
— 2.1 Les ententes
— 2.2 L’abus de position dominante
— 2.3 Les opérations de concentration
— 2.4 La délicate question des aides d’État
• 3 LA MISE EN ŒUVRE DU DROIT
DE LA CONCURRENCE EST-EUROPÉEN
— 3.1 Les éléments du régime juridique des autorités
de concurrence est-européennes
— 3.2 Les juges est-européens de la concurrence
• 4 CONCLUSION