2007
Revue Internationale de Droit Economique
Bibliographie
J.-M. ARBOUR et S. LAVALLÉE, Droit international de l’environnement,
Cowwansville (Canada), éd. Yvon Blais et Bruylant, 4e semestre 2006,835
pages.
Cet important ouvrage intéressera sans aucun doute les lecteurs de la RIDE.
Il ne s’agit pas d’un nouveau traité de droit international de l’environnement qui
s’ajouterait aux autres de langue française. Cet important travail apporte un véritable
« plus » : il nous donne à foison des éléments de droit international de l’environnement tirés principalement du droit canadien (dont on connaît l’apport au droit de
l’environnement) mais aussi du droit des États-Unis. L’information est extraordinairement riche ; son traitement est inédit en ce que, dépassant la simple description des
règles et de la relativement faible « jurisprudence » des « tribunaux » internationaux,
il associe engagement et prudence, liée à la recherche de l’objectivité scientifique.
Les auteurs n’hésitent pas à afficher leurs préoccupations en faveur d’une meilleure
défense de l’environnement mais n’abandonnent jamais la rigueur scientifique au
profit du militantisme. L’ouvrage est un ouvrage de droit, même s’il est « dédié aux
générations présentes et futures d’étudiants et d’étudiantes des facultés de droit et de
sciences politiques ainsi qu’à tous ceux et celles, jeunes ou plus vieux, qui travaillent
à construire un monde meilleur ».
L’introduction générale est une nouveauté dans ce type d’ouvrages. Sont abordées à travers de nombreuses disciplines la notion d’environnement, les relations
entre l’homme et son environnement ainsi qu’une histoire du droit de l’environnement qui n’est pas simplement linéaire mais fait apparaître les lignes de fracture et
de construction du droit international de l’environnement. Il conduit naturellement
au chapitre second qui s’attache à présenter les concepts et principes généraux ainsi
que les contradictions qui peuvent apparaître entre ces derniers. Sont ainsi abordés
les principes de prévention et de précaution, le concept de développement durable,
le principe pollueur-payeur relativement récents mais encadrés par des rappels au
principe de souveraineté permanente sur les ressources naturelles et le principe des
responsabilités communes mais différenciées apparu dans la Déclaration de Rio.
Rarement les contradictions potentielles entre ces principes et concepts n’ont été
présentées avec une telle objectivité.
Le chapitre trois ouvre sur une question nouvelle : celle de l’environnement et
des droits de l’homme. Très nourri, il souligne le « passage » possible d’un droit de
l’environnement à un droit à l’environnement. Le foisonnement des droits subjectifs
est-il un progrès du droit ? Certains en doutent. Reste que sont présentés les débats
sur la juridicité et la justiciabilité d’un droit de l’homme à l’environnement, débats
menés tant sur le fond que sur l’opportunité de la reconnaissance d’un tel droit. Les
auteurs s’interrogent, en outre, sur ce que pourrait être le contenu d’un tel droit en
recourant aux droits et libertés de l’homme existants et aux droits procéduraux dont
un nouveau droit à l’information et à la participation au processus décisionnel.
Les chapitres qui suivent s’attachent à des « objets environnementaux » qui permettent de faire le tour complet de chacun au lieu de saisir la réalité juridique à partir
de « branches ». Celles-ci sous-tendent les développements mais sont enrichies de
visions plus larges. Sont ainsi abordées des problématiques qui engagent l’avenir de
la planète : la protection internationale de la couche d’ozone (sa fonction et l’appauvrissement de la couche avec toutes ses conséquences), les changements climatiques
que personne de sérieux ne nie aujourd’hui et la pollution atmosphérique. Suivent
des analyses sur l’environnement marin et les difficultés de traiter les pollutions hors
« territoire national », la protection internationale de la faune et de la flore (espèces
migratrices, antarctique, etc.) en liaison ensuite avec la biodiversité, les déchets et le
nucléaire. Sur tous ces points sont confrontées les approches « conservationnistes »
des pays développés, l’approche onusienne intégrant les relations Nord/Sud et les
approches des pays en voie de développement. La question de l’effectivité du droit
aurait sans doute mérité quelques interrogations. On pense notamment à certaines
régions du sud de la Chine où, en toute illégalité, sont traités les déchets (ordinateurs,
téléphones portables et autres) des États-Unis, du Royaume-Uni et du Japon.
L’ouvrage se termine par la question hautement sensible du commerce et de
l’environnement, celle de la protection de l’environnement dans le cadre de l’Aléna
et celle de la responsabilité internationale pour dommage environnemental. S’agissant du commerce et de l’environnement, les auteurs analysent avec beaucoup de
finesse l’ensemble des décisions rendues par les tribunaux internationaux (CIJ et
OMC notamment), sans jamais tomber dans le piège de l’invocation du droit de
l’environnement pour dissimuler de la part de certains États des mesures protectionnistes. Ce chapitre invite à une réflexion prospective à partir du vieux principe
de souveraineté permanente sur les ressources naturelles. Le cadre de l’Aléna est
très clairement exposé avec, entre autres, l’exception canadienne. Sur cette question
peu connue sauf des spécialistes, on apprend beaucoup. La responsabilité enfin est
exposée dans ses dimensions positivistes (les Fonds internationaux d’indemnisation
pour les dommages dus à la pollution par les hydrocarbures, FIPOL) et dans ses
difficultés (définition du dommage environnemental, difficultés à le réparer ou à
le prévenir). On regrettera sur ce point un manque d’esprit critique sur la directive
2004/35/CE du Parlement européen et du Conseil du 21 avril 2004 sur la responsabilité environnementale en ce qui concerne la prévention et la réparation des dommages
environnementaux. Il est vrai que l’ouvrage ne fait que 835 pages…
Laurence BOY
Professeur à l’Université de Nice-Sophia Antipolis
CREDECO/GREDEG UMR 6227 CNRS
Jean-Baptiste RACINE et Fabrice SIIRIANEN, Droit du commerce international,
Paris, Dalloz, coll. Cours, 2007,453 pages.
Il n’est pas fréquent que la RIDE fasse état d’ouvrages destinés principalement
aux étudiants, sauf lorsqu’ils présentent une dimension théorique certaine. C’est le
cas de ce « cours » qui renouvelle très utilement, dans une optique de droit économique, la matière.
L’ouvrage est totalement nouveau dans sa présentation des sources du droit du
commerce international et de ses opérateurs, recomposant ainsi un monde trop souvent décomposé entre droit international public et droit international privé. Parmi les
sources publiques, une large place est faite, à côté du droit étatique (qu’il désigne le
droit applicable ou se manifeste sous la forme de l’ordre public), au droit de l’OMC.
Ces développements sont les bienvenus tant il est vrai que, si les sujets du droit de
l’OMC sont les États, substantiellement ce sont les entreprises qui en sont les acteurs.
Peut-être aurait-il été opportun de s’interroger, après la lex mercatoria, sur la question
de l’émergence d’un droit transnational, qui n’est qu’effleurée ; mais peut-on tout
envisager dans un ouvrage aussi dense ? Les opérateurs du commerce international
sont présentés dans toutes leurs dimensions, qu’ils soient privés (présentation traditionnelle) ou publics. Sont analysés les sociétés, les groupements de sociétés et les
règles de fond applicables à ces derniers : faillite et droit de la concurrence, même
si c’est pour constater qu’il n’existe pas encore de règles satisfaisantes en droit de la
faillite et qu’il n’existe pas de droit international de la concurrence. En dehors de la
consécration de la « courtoisie active », les auteurs constatent qu’à défaut de volonté
politique pour construire ce droit, le chemin est encore long vers un véritable droit
international de la concurrence. Ce chapitre est présenté dans le titre consacré aux
opérateurs privés, ce qui nous semble un peu dommage dans la mesure où, avec la
mondialisation, la question des entreprises publiques ou « stratégiques » (le nationalisme étatique en matière de fusions) mérite d’être envisagée tout comme celle
des aides publiques. Il y aurait certainement un ouvrage à écrire sur ces nouvelles
problématiques des États saisis par un droit international de la concurrence. Ce « droit
du commerce international » mérite d’être salué pour la présentation non seulement
des immunités des États mais des contrats d’États ou contrats de souveraineté trop
souvent négligés par la doctrine privatiste.
L’ouvrage envisage ensuite les opérations du commerce international : les
contrats (droit général et droit spécial) ainsi que la maîtrise des risques du commerce international. Sont envisagés, bien sûr, après une présentation générale, les
contrats classiques du commerce international : les contrats portant sur les biens et
les services ainsi que les opérations d’investissement. Le rappel de l’importance
des opérations de transport, notamment du transport maritime, est particulièrement
bienvenu dans ce monde où l’élargissement du canal de Panama et du canal de
Suez va augmenter encore le recours au transport maritime et les dangers qu’une
telle accélération comporte pour l’environnement. Une clarification des règles de
la responsabilité s’impose aux différents États et aux opérateurs en la matière. Les
développements consacrés aux contrats spéciaux présentent souvent les solutions du
droit communautaire, ce qui peut sembler curieux dans un ouvrage de droit international. Sans doute, les auteurs ont-ils voulu donner l’information la plus complète
possible aux étudiants.
Ce « cours » se termine par une longue présentation de l’arbitrage international,
largement justifiée par sa place dans le commerce international et par l’extension de
l’arbitrabilité des litiges auxquels sont parties les personnes publiques. Tout en soulignant l’adaptation de cette justice privée aux nécessités du commerce international
(qu’on me pardonne de ne toujours pas savoir ce que ces termes flous désignent),
sont aussi présentés les dangers de l’arbitrage commercial international.
Il est difficile de rendre compte de la richesse de ce « manuel » ; il invite à une
lecture renouvelée de la matière dans un esprit pluridisciplinaire qui est celui de la
revue et des colloques qui y ont été publiés sur des thématiques voisines. Saluons
l’introduction d’un esprit critique et d’éléments de théorie du droit dans un livre
destiné principalement à des étudiants.
Laurence BOY
Professeur à l’Université de Nice-Sophia Antipolis
CREDECO/GREDEG UMR 6227 CNRS