Durabilité et subsidiarité : un conflit de principes au sein de la politique commune des transports ?
Corinne Blanquart
Alexandra Hyard
Dans son Examen à mi-parcours du livre blanc publié en 2006, la Commission européenne estime que la réalisation d’une politique durable des transports
au sein de l’Union passe par l’adoption « d’une panoplie plus vaste et plus souple
d’instruments d’action ». Parmi ces instruments figure le principe de subsidiarité,
qui consiste à remettre à l’échelon le plus pertinent les décisions dans les domaines, comme celui du transport, où l’Union européenne partage des compétences
avec les États membres de l’Union. Mais, parce qu’il a une formulation ambiguë,
ce principe peut être vu comme un moyen soit de limiter le pouvoir décisionnel de
l’échelon communautaire dans les domaines de compétence partagée par rapport
aux échelons national, régional ou local, soit d’accroître ce même pouvoir. Or, dans
un cas comme dans l’autre, la question de la compatibilité entre la subsidiarité et
la durabilité se pose. En effet, d’un côté, on peut douter de la capacité des échelons
situés en dessous de l’échelon communautaire à disposer de la vue globale et à
long terme que requiert la mise en place d’une politique durable des transports ; de
l’autre, on peut s’interroger sur l’aptitude de l’Union à prendre de manière totalement désintéressée des décisions qui engagent le bien-être de ses concitoyens.Mots-clés :
durabilité, subsidiarité, politique des transports, Union européenne.
In the Examen à mi-parcours du livre blanc published in 2006, the European Commission alludes to the necessity to adopt « une panoplie plus vaste et plus souple
d’instruments d’action » (p. 7) in order to achieve a sustainable transport policy in
Union. The principle of subsidiarity requires to determine on which level, national or
European, decisions may be taken, and, consequently, which instruments to choose.
However, because of its ambiguity, this principle may be relied upon, at least in the
areas of shared competences, as a basis for either limiting Community action in
favour of the national, regional and local level, or, conversely, for bolstering Community intervention. Whatever the case may be, the question of the compatibility
of subsidiarity and sustainability needs to be raised. Indeed, on the one hand, one
may doubt of whether on the lower the levels actors and authorities are likely to
take the global and long term view necessary for the realisation of a sustainable
transport policy. On the other hand, it is not obvious that the European Union is
structured so as to be able to take with sufficient impartiality decisions, which affect
the welfare of all citizens.Keywords :
sustainability, subsidiarity, transports policy, European Union.
• 1 INTRODUCTION
• 2 LES OBJECTIFS DE LA POLITIQUE COMMUNE
DE TRANSPORT DURABLE
• 3 LE PRINCIPE DE SUBSIDIARITÉ :
UN PRINCIPE CONTROVERSÉ MAIS RÉAFFIRMÉ
• 4 LE PRINCIPE DE SUBSIDIARITÉ :
UN MOYEN ADÉQUAT À LA MISE EN ŒUVRE
D’UNE POLITIQUE DURABLE DES TRANSPORTS
DANS L’UNION EUROPÉENNE ?
— 4.1 Politique de transport durable et pertinence
des échelons infra-communautaires
— 4.2 Politique de transport durable et pertinence
de l’échelon communautaire
— 4.3 Une subsidiarité tronquée ?
• 5 CONCLUSION