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Revue internationale de droit pénal

2008/3-4 (Vol. 79)

  • Pages : 264
  • ISBN : 9782749210087
  • DOI : 10.3917/ridp.793.0299
  • Éditeur : ERES


Pages 299 - 300 Article suivant
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Né à Kaolack, au Sénégal, ce juriste africain est devenu de son vivant l’une des personnalités juridiques les plus distinguées. L’Association Internationale de Droit Pénal est fière de le compter parmi ses anciens membres du Conseil et, pendant une longue période, comme membre honoraire. Et moi, je suis fier d’avoir été l’un de ses amis et collaborateurs pendant près de trente ans.

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Rares sont les juristes qui, comme Kéba Mbaye, ont occupé autant de fonctions éminentes. Il fut Président de la Cour de Cassation du Sénégal pendant dix-huit ans, puis Président du Conseil Constitutionnel de ce pays pendant quinze ans. Il a également servi en qualité de juge puis de Président de la Cour Internationale de Justice (de 1982 à 1991), et fut longtemps membre du Comité International Olympique (1973-1985), Président de la Commission des Droits de l’homme des Nations Unies, et Président du Comité des Nations Unies par l’Afrique du Sud (de 1977 à 1980). Il fut aussi membre de la Commission du Conseil de Sécurité des Nations Unies pour enquêter sur les violations du droit humanitaire international dans l’ancienne Yougoslavie (1992-1994) que j’ai eu l’honneur de présider.

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C’est en relation avec ces deux dernières fonctions que nous avons travaillé ensemble. D’abord en 1978, lorsqu’il m’a accrédité en qualité d’expert du Comité sur l’Afrique du Sud qu’il présidait et me confia la tâche de préparer un projet de statut pour une Cour pénale internationale chargée de mettre en œuvre les dispositions de l’article V de la Convention sur l’Apartheid confiant à cette juridiction le soin de poursuivre les responsables de la politique d’apartheid et les plus hauts responsables de crimes contre les personnes tels que définis dans la Convention. Le projet de Statut que j’ai préparé en 1979, qui devint un document officiel des Nations Unies, et devint ensuite le modèle dont s’inspira le projet de 1994 de la Commission du Droit International, lequel constitua à son tour la base de travail du Comité ad hoc pour une Cour Pénale Internationale (CPI) (1995), et qui demeure le fondement historique sur lequel fut établie la CPI en 1998.

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L’œuvre du Président Kéba Mbaye dans son combat contre l’apartheid, le racisme et le colonialisme en Afrique le conduisit à travailler sur de nombreux pays concernant de nombreux pays de la région, et lorsque l’apartheid prit fin, il quitta l’Afrique du Sud pour se tourner vers le mouvement Olympique.

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Le niveau de ses activités fut de grande portée. Elles le conduisirent de celle de Président de la CIJ et de Président de la Cour Suprême et du Conseil Constitutionnel de son pays à celle de médiateur de conflits ethniques au sein du Comité International Olympique, à la direction d’une grande ONG dans le domaine des droits de l’homme, et, enfin et surtout, pour devenir un érudit et l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’Afrique et les droits de l’homme.

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En juin 2007, la Cour Internationale de Justice (CIJ) a tenu une séance plénière au cours de laquelle le Président Rosalyn Higgins a rendu un vibrant hommage à cet éminent juriste. L’éloge releva, inter aliaque : « La promotion de la démocratie, de la règle de droit et spécialement des droits de l’homme en Afrique ont toujours été la préoccupation principale de Mbaye… Il laisse derrière lui, en héritage et un témoignage tangible de son engagement envers les droits de l’homme, l’un des plus importants documents juridiques du Continent africain, la charte africaine des droits de l’homme et des peuples, dont il contribua de manière substantielle au projet en qualité de Rapporteur général de la Conférence de 1981 sur l’Organisation de l’Unité Africaine, qui adopta la charte. » Mbaye reçut tant de récompenses et de témoignages de reconnaissance que leur liste remplirait à elle seule une petite publication. Très peu de juristes ont en vérité occupé autant de postes de responsabilité et d’honneur. Cette extraordinaire figure charismatique a inspiré le respect et l’affection. Un homme à principes qui transpirait la dignité et la chaleur humaine.

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Au cours des années pendant lesquelles j’ai eu l’honneur de collaborer avec lui, il m’a toujours accordé ses conseils et son soutien, comme il le fît pour beaucoup d’autres. De telles personnes représentent des figures imposantes dans l’histoire du droit, et je ne peux qu’espérer que les générations de juristes qui vont lui succéder, particulièrement en Afrique, le considèreront comme un modèle à suivre.

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On comprendra que ce bref in memoriam soit rédigé en français, car il fut énormément francophone et francophile. Au cours des réunions de la Commission du Conseil de Sécurité sur l’ancienne Yougoslavie, que j’ai présidée, il insistait toujours beaucoup pour que tout fut traduit ou interprété, comme ce fut le cas, en français, bien qu’il parlât parfaitement anglais. De temps en temps, il me reprochait même de ne pas parler en français plus souvent.

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Des êtres tels que Kéba Mbaye ont non seulement imprimé leur marque sur ce qu’ils ont entrepris, mais plus encore sur les personnes qu’ils ont croisées. Nombreux sont ceux qui se souviendront de lui avec respect et affection.

Pour citer cet article

Cherif Bassiouni M., « In memoriam Kéba Mbaye », Revue internationale de droit pénal 3/ 2008 (Vol. 79), p. 299-300
URL : www.cairn.info/revue-internationale-de-droit-penal-2008-3-page-299.htm.
DOI : 10.3917/ridp.793.0299


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