2002
Revue internationale de politique comparée
La démarche comparative binaire : éléments méthodologiques a partir d’une analyse de trajectoires contrastées de démocratisation
Mamoudou Gazibo
Cet article est une discussion méthodologique sur la démarche comparative binaire, telle qu’elle a été utilisée dans une thèse de doctorat sur la démocratisation
au Bénin et au Niger. Proche de l’étude de cas en termes d’investigation, mais
ambitionnant d’atteindre des résultats généralement attendus de comparaisons plus
larges, elle pose des défis méthodologiques et expose à des tentations spécifiques
du fait entre autres de la dualité de l’objet. Elle n’est pas seulement une étude de
deux cas, mais aussi une source de connaissances théoriques. Cependant, les généralisations que nous en tirons doivent être considérées comme des pistes à soumettre à l’éclairage de cas plus nombreux. Cela n’en diminue pas pour autant la valeur
heuristique.
This article is a methodological discussion on the binary comparative approach, as
used in a doctoral thesis on democratisation in Benin and Niger. Similar to the case
study in terms of research, but striving to reach results generally expected from
broader comparisons, it poses methodological challenges and exposes specific
temptations arising notably from the duality of the subject. It not only studies two
cases, but also offers a source of theoretical knowledge. However, the generalisations
which we draw from it should be considered as pointers and subjected to the illumination of a greater number of cases. This in no way is meant to detract from its
heuristic value.
Este artículo es un debate metodológico sobre el enfoque comparativo binario, tal
como lo utilizó una tesis doctoral sobre la democratización en Benin y Níger.
Semejante al estudio de casos en términos de investigación, pero con la ambición
de obtener resultados que cabe esperar de comparaciones más amplias, plantea los
desafíos metodológicos y expone las tentaciones específicas que se deben, entre
otros elementos, a la dualidad del objeto. No solamente es un estudio de dos casos,
sino también una fuente de conocimientos teóricos. Sin embargo, las generalizaciones
que hacemos deben considerarse meras indicaciones que han de someterse al análisis
de casos más numerosos, lo que no disminuye el valor heurístico.
Le but de cet article est de restituer la démarche comparative adoptée dans
une thèse de doctorat consacrée aux trajectoires de la démocratisation au
Bénin et au Niger
[1]. Ces deux pays ont initié une transition à partir de 1990
sous l’impulsion de trois facteurs principaux : une crise de capacité de l’État
découlant de la banqueroute économique, une crise de légitimité des pouvoirs monolithiques en place et l’émergence d’une alternative organisée
[2],
structurée autour de mouvements sociaux et politiques revendiquant le changement. Un nouveau rapport des forces s’est créé, matérialisé par l’organisation d’une conférence nationale dominée par les “prodémocrates”, au Bénin
d’abord en 1990 et au Niger ensuite en 1991.
Le projet de comparer les trajectoires des deux pays s’est imposé à la
suite du coup d’État du général I. Baré au Niger en janvier 1996
[3]. En effet,
au moment où les institutions issues des élections générales de 1993 succombaient au Niger, le Bénin en était à sa deuxième législature et se préparait à expérimenter sa deuxième alternance pacifique au sommet de l’État.
Ces deux dynamiques contrastées soulevaient la problématique plus large
du “sens” de ces processus d’ouverture politique. Le problème était de savoir si la phase africaine de ce que Samuel Huntington a appelé “la troisième vague de démocratisation”
[4] relevait d’une nécessité historique comme
certains le prétendaient sur fond d’une vision volontariste et linéaire ou au
contraire, si elle n’était qu’un “brouhaha” condamné à se dissiper comme le
soutenaient les pessimistes influencés par une vision économiciste et/ou
culturaliste.
Les situations empiriques du Bénin et du Niger suggéraient que la démocratisation devait être abordée en termes de “contingence structurée”, ou en
d’autres termes, de stratégies encadrées par des contraintes. Par conséquent,
elle était susceptible de suivre une diversité de trajectoires. La question de
départ revenait dès lors à trouver des variables discriminantes, c’est à dire
ce qui maintenait le processus démocratique du Bénin dans le sens de la
consolidation contrairement à celui du Niger
[5]. L’analyse contrastée de ces
deux cas permettait alors de tester la validité d’un ensemble d’hypothèses
sur la part d’explication attribuable respectivement aux contraintes et aux
stratégies à l’œuvre dans le processus. À terme, l’ambition était de produire
des généralisations et une mise en perspective théorique des phénomènes de
transition et de consolidation en forme de nouvelles hypothèses. Dans cet
article, nous exposons la démarche suivie en insistant sur les exigences, les
écueils et les vertus de la comparaison binaire tels qu’ils nous sont apparus.
Selon M. Dogan et D. Pelassy ce type de comparaison “concerne de préférence, des pays présentant des analogies fondamentales, même si l’objectif
de l’analyse est de mettre en évidence des différences dans un ou plusieurs
domaines”
[6].
Les préalables de la comparaison en général et de la comparaison
binaire des démocratisations en particulier
La comparaison est une démarche naturelle qui structure les catégories les
plus ordinaires de raisonnement, mais aussi un media de scientificité des
sciences sociales en général
[7]. On la retrouve de manière récurrente chez
Aristote et sa comparaison des diverses formes de gouvernements ou chez
E. Durkheim qui, ambitionnant de hisser la sociologie au niveau de rigueur
des sciences de la nature, en a fait un substitut de l’expérimentation directe.
La méthode des variations concomitantes de John Stuart Mill et les méthodes statistiques qui, revanche de la révolution behavioriste, sont en vogue
notamment dans la science politique anglo-saxonne, participent aussi de cette
visée scientiste
[8]. Cependant, pour ancienne que soit la pratique comparative, les auteurs ont une acception très variable des règles de la comparaison, notamment de la comparaison transnationale
[9].
Une importante difficulté pour les comparatistes réside d’abord dans l’absence de consensus sur les objectifs et la méthode de l’analyse comparative
parmi les plus grands spécialistes, en dehors peut-être de sa vocation explicative
[10]. Par ailleurs, les typologies de niveaux de comparaisons sont légion
et la comparaison binaire n’est donc qu’une stratégie parmi d’autres
[11]. S’y
engager implique des précautions méthodologiques particulières. Dans la
comparaison binaire des processus de démocratisation, deux questions préalables à la poursuite de la recherche semblent particulièrement cruciales : la
transposabilité des concepts élaborés sur la base d’expériences localisées de
transition et la comparabilité des cas.
De l’exportabilité des concepts de la transitologie
La sortie des régimes autoritaires (Cf. les quatre volumes de Transitions
from Authoritarian Rule de Guillermo O’Donnell et ses collègues, 1986) et
le passage à la démocratie (pour reprendre le titre d’un des nombreux ouvrages de Guy Hermet sur cette question, 1996) ont donné lieu à une véritable
inflation de recherches depuis que la révolution des œillets, intervenue au
Portugal en 1974, a déclenché une série de mutations politiques dans les
autres pays d’Europe du Sud que sont l’Espagne, la Grèce et la Turquie. Les
processus de démocratisation engagés dans la plupart des pays d’Amérique
latine à partir des années 80 ont permis d’accroître les cas d’études et, par
conséquent, d’élargir le champ de la comparaison.
Avant même que la vague démocratique ne touche l’Europe de l’Est (exceptée la Pologne entrée en transition à partir de 1981) et l’Afrique, justifiant le qualificatif de révolution démocratique globale donné par des auteurs
comme Samuel Huntington ou encore Larry Diamond, une immense production scientifique est sortie des études sur l’Europe du Sud et l’Amérique
latine et avec elles, des constructions théoriques et des appareils conceptuels assez importants pour donner naissance à “la transitologie” en lui conférant un statut de sous discipline en science politique. Philippe Schmitter,
dont l’apport à cette production est central avec d’autres auteurs comme
Guy Hermet, Terry Lynn Karl, Guillermo O’Donnell, David Collier, Juan
Linz, Alfred Stepan, Adam Przeworski… est le promoteur de ce qui est devenu un paradigme si l’on pense au consensus relatif qu’il suscité, mais qui
ne signifie pas unanimité. Ainsi, Javier Santiso constate l’entrée des chercheurs dans les arènes politiques ainsi qu’une “cure d’humilité” dans le sens
d’une “modestie théorique et conceptuelle”, au détriment “d’une grande théorie sur les démocratisations”. Constatant aussi un changement épistémique
se traduisant par le passage d’analyses en termes de structures à des analyses en termes d’acteurs et de conjonctures, il conclue à une “faillite de la
transitologie”
[12].
Ces critiques renvoient à l’ambition comparative large des pionniers de
la “transitologie”. Nous avons montré ailleurs les controverses autour de la
légitimité scientifique de ces ambitions en relatant le débat entre Philippe
Schmitter et Terry Lynn Karl d’une part et Valérie Bunce de l’autre
[13]. Retenons simplement ici les deux positions. Il y a d’abord l’universalisme de T.
Karl et P. Schmitter
[14] qui estiment que les concepts “ sont exportables” et
qu’il faut éviter de s’enfermer derrière un “rideau conceptuel”
[15]. Il y a ensuite la thèse plus modeste de V. Bunce qui insiste sur la spécificité des
contextes Est européens et sur l’inadéquation des concepts généraux pour
en rendre compte
[16]. Les premiers s’opposent à la thèse de l’incommensurabilité des concepts que l’on retrouve notamment dans les travaux culturalistes
comme ceux de B. Badie, qui lie les variables explicatives aux contextes
culturels
[17] alors que V. Bunce s’en approche.
Il semble plus fécond d’adopter une perspective médiane. Celle-ci consiste à accepter d’une part, que les concepts n’ont certes pas une élasticité
infinie
[18] et que leur utilisation dans des contextes différents impose une vigilance épistémologique
[19], et d’autre part, qu’ils sont transfrontaliers, d’autant
qu’ils n’excluent pas la prise en compte des contextes particuliers qu’ils
contribuent au contraire, à rendre plus intelligibles alors qu’en retour, ceux-ci permettent d’affiner les constructions générales. Luc Sindjoun a montré,
dans une critique des grilles théoriques qui guident les analyses des transitions en Afrique, que les approches en termes de dichotomie en général et
celles opposant universalisme démocratique et relativisme culturel en particulier sont peu heuristiques
[20]. La culture n’est pas un mot à jeter (Bayart),
mais la réserve culturaliste ne s’affranchit pas suffisamment d’un postulat
d’homogénéité de celle-ci (notamment la culture politique) qui empêche de
mettre en avant son caractère dynamique, construit et hétérogène dans tout
contexte
[21].
Les types de différences culturelles qui invalideraient la comparaison
transnationale pour certains, invalideraient toute comparaison même au sein
des “area studies” si on pousse loin la logique de raisonnement. Par exemple, il n’y a pas d’uniformité de situation de départ, de mode de transition et
de trajectoires entre l’Amérique latine et l’Europe du Sud, mais il n’y en a
pas non plus entre les pays de chaque zone, entre le Chili et l’Argentine ou
entre la Pologne et la Roumanie par exemple. P. Schmitter et T. Karl ont
comparé avec intérêt ces deux régions et l’Europe de l’Est, appelant à considérer certaines configurations telle que la culture politique démocratique
“comme le fruit du fonctionnement prolongé d’institutions démocratiques
qui engendrent des croyances et des valeurs appropriées plutôt qu’un ensemble d’exigences culturelles auxquelles il faut d’abord répondre”
[22].
Les mêmes concepts de transition, de libéralisation, de consolidation,
d’institutionnalisation, de légitimation… ont été utilisés par G. Hermet dans
une comparaison de l’Espagne et de la Pologne, ainsi que par M. Bratton et
N. Van De Walle dans un travail sur l’Afrique
[23]. Du reste, ainsi que l’ont
montré A. Przeworski et H. Teune, la comparaison peut valablement adopter la stratégie du système le plus différent
[24] et M. Dogan et D. Pelassy insistent sur la nécessité “d’insérer chaque étude partielle, sectorielle, régionale
dans un contexte plus large
”, citant Paul Veyne pour qui “même la connaissance du spécifique et de l’individuel passe par la généralisation conceptuelle”
[25]. Ils montrent aussi que les concepts sont des “idées abstraites et
générales destinées moins à décrire le réel qu’à le disséquer”
[26]. Cela ne signifie pas qu’on peut engager des comparaisons tous azimuts. Selon le type
de comparaison et notamment dans la comparaison binaire, se pose la question de la comparabilité des cas et donc de la pertinence de l’échantillon.
De la comparabilité des cas
Le problème de la comparabilité des cas revient à éviter ce que G. Sartori
appelle “la démarche du chat-chien”, qui consiste à établir des comparaisons entre objets qui, en fait, ne sont comparables d’aucun point de vue.
Mais la démarche inverse pose le même problème puisque la comparaison
est sans intérêt lorsqu’elle est établie entre objets identiques. Nous avons
alors suivi la proposition de G. Sartori qui considère que “l’important est de
retenir que comparer, c’est à la fois assimiler et différencier par rapport à un
critère”
[27].
Le choix des cas est directement lié à la variable dépendante, c’est à dire
le phénomène qu’on se propose d’expliquer, et à ce niveau, la distinction
opérée par certaines typologies entre comparaison de cas et comparaison de
variable perd de sa netteté
[28]. Dans notre étude, l’objectif était de comprendre les facteurs explicatifs de la divergence des trajectoires du Bénin et du
Niger, dont le processus démocratique a été initialement initié et orienté de
manière similaire. Cette préoccupation rappelle l’image que S. Huntington
associe à l’idée de vague : selon cet auteur, la marée porte un certain nombre de pays sur le rivage démocratique lorsqu’elle monte. Mais en se retirant, elle peut en ramener une partie plus ou moins loin, au large du monde
démocratique. Vue sous cet angle, la démocratisation cesse d’être regardée
comme un processus linéaire et finalisé, se déroulant selon l’expression consacrée
comme un long fleuve tranquille. Au contraire, elle est associée à la
possibilité de trajectoires multiformes et non tracées d’avance
[29].
La question qui se pose ici est celle de savoir pourquoi nous avons choisi
d’étudier cet échantillon et pas un autre. En l’occurrence, le Bénin et le
Niger illustraient à la façon de cas d’école, cette perspective indéterminée
des trajectoires de la démocratisation. De plus, ces pays offraient un panorama de similarités et de contrastes dont l’intérêt s’impose d’emblée et éveille
la curiosité de celui qui s’inscrit dans une perspective comparative et mieux
encore, de comparaison binaire. Sans insister sur les effets catalyseurs de la
banqueroute économique et des mouvements sociaux, retenons que le Bénin d’abord en 1990, le Niger ensuite en 1991, ont tous les deux suivi une
démocratisation par voie de conférence nationale
[30]. Que ce soit dans le cas
de l’expérience
sui-généris du Bénin ou dans celui du Niger résultant d’un
processus de diffusion de modèle, on a assisté au cours de ces assemblées à
un phénomène de désobjectivation de l’ordre politique établi. En effet, les
conférences nationales se sont déclarées souveraines, retirant ainsi aux pouvoirs à leur profit, toute prétention de représentativité ou de légitimité populaires.
Au-delà des différences observables dans la préparation, la durée ou encore les actes des deux conférences nationales, on peut remarquer que du
point de vue de l’objectif immédiat d’organisation de la mutation politique,
toutes les deux ont réussi à mettre en place, le cadre législatif et politique
ainsi que des organes de transition dont l’agenda consistait principalement à
organiser des élections libres et pluralistes et à remettre le pouvoir aux autorités démocratiquement désignées.
Organisée du 19 au 28 février 1990 à Cotonou, “la conférence nationale
des forces vives” du Bénin a ainsi nommé Nicéphore Soglo au poste de
Premier ministre avec pour mission principale, de conduire le pays à un
pouvoir civil en 1991. Celle du Niger, tenue du 29 juillet au 03 novembre
1991, a confié la même charge à Amadou Cheiffou. En mars 1991 dans le
premier cas et deux ans plus tard dans le second, des gouvernements démocratiques ont été effectivement installés, ce qui a valu à ces pays d’être cités
pour l’exemplarité de leur processus
[31].
Cependant, après les élections fondatrices et surtout à partir de 1995, les
données empiriques montraient un contraste clair : les trajectoires de la
démocratisation, si semblables dans les deux pays jusque là, ont notablement divergé, offrant des enseignements relativisant à la fois les certitudes
de ceux qui croient au triomphe définitif de la démocratie
[32] et le scepticisme
parfois excessif de ceux qui ont du mal à trouver quelque contenu démocratique dans les mutations politiques en cours sur le continent africain
[33]. Ainsi,
alors que les institutions béninoises faisaient preuve d’une remarquable solidité, celles du Niger étaient remises en cause en janvier 1996 par le coup
d’État du général Ibrahim Maïnassara Baré, qui devait lui-même périr dans
un deuxième putsch en avril 1999. La comparaison de ces deux pays eu
égard à l’idée de contraster deux trajectoires qui guidait notre recherche
était, on le voit, celle qui s’imposait presque d’elle-même si l’on pense dans
une perspective de comparaison binaire
[34]. Les cas choisis, le problème de
l’insertion au sein des études plus larges sur la démocratisation résolu, il
s’agit maintenant de revenir sur un des aspects les plus importants à notre
sens et pas seulement dans une comparaison binaire : la question de l’encadrement théorique de la démarche.
L’articulation entre théorie et méthode et ses implications
sur la recherche
Daniel-Louis Seiler nous prévient dans son manuel de politique comparée
que “des trois exigences imposées par la méthode comparative, l’impératif
théorique s’avère le plus crucial. Aidé par un cadre théorique, le comparatiste évitera bien des écueils méthodologiques”
[35]. Cette question transcende
de fait la seule stratégie binaire en politique comparée. Michael Hechter
estime ainsi que les faits en eux-mêmes ne sont porteurs d’aucune intelligibilité, que pour les saisir, il faut se référer à la théorie
[36]. De même, Philip Mc
Michael rejette toute dichotomie entre théorie et méthode, la théorie orientant l’analyse empirique qui en retour, permet des transformations théoriques
[37].
Le choix d’un cadre théorique implique une prise de position par rapport
aux différents paradigmes concurrents en science politique. Notre étude étant
basée sur une analyse de l’extériorisation (issue par l’action des acteurs), de
la cristallisation et de l’impact des institutions, où en d’autres termes sur les
processus de structuration et d’objectivation autant que sur la force structurante des institutions, on y retrouve l’empreinte conceptuelle du néo-institutionnalisme
[38]. On comprend aussi qu’une telle démarche en termes de
structuration comme de force structurante rappelle plus la sociologie constructiviste
[39] que la théorie des choix rationnels ou le culturalisme. Mais s’inscrire clairement dans un cadre théorique va au-delà du seul positionnement,
tant l’orientation de la recherche, les variables explicatives et les résultats
en dépendent.
Le choix d’un cadre théorique constructiviste et son articulation
à l’objet
Les processus d’ouverture politique ont pris place dans nos deux cas dans
des contextes de fortes contraintes, mais avec des jeux d’acteurs clairement
perceptibles. Il s’agissait donc de comprendre comment deux trajectoires
opposées ont pu se dessiner dans des ordres de contraintes relativement similaires en montrant la part respective de ces contraintes, mais aussi la marge
des acteurs. Le constructivisme est apparu comme le cadre théorique permettant d’appréhender ces deux composantes concomitantes de la démocratisation et aussi d’échapper aux luttes d’écoles quelque peu stériles.
Le grand intérêt de la sociologie constructiviste, en dépit de sa diversité,
est en effet de tenir à la fois des travaux de Weber et de Durkheim. Ses
théoriciens contemporains sont entre les plus importants, A. Schutz
[40], E.
Goffmann
[41] et surtout A. Giddens
[42] ainsi que P. Berger et T. Luckmann
[43]
dont nous nous inspirons plus particulièrement
[44]. Dans ce travail, tout l’intérêt du constructivisme réside dans son objectif de dépassement des oppositions traditionnelles entre paradigmes objectiviste et subjectiviste en disant
que si la réalité est faite d’éléments objectifs et extérieurs qui agissent comme
contraintes sur l’action des acteurs ainsi que le soutient l’école
Durkheimienne
[45], elle est aussi une construction quotidienne de ces acteurs
comme le postule l’école wébérienne
[46]. Du reste, ainsi que le soulignent
Berger et Luckmann, “Ces deux propositions ne sont pas contradictoires. La
société, en effet, possède une dimension artificielle objective. Elle est construite grâce à une activité exprimant un sens subjectif”
[47]. On met ainsi l’accent sur le caractère pluridimensionnel de la réalité, la circularité entre ces
dimensions et l’interaction entre conduites intentionnelles (et
inintentionnelles) des acteurs et poids des structures, tous aspects dont la
prise en compte est indispensable pour comprendre les ressorts de chaque
trajectoire en matière de démocratisation. Toute la planification de notre
démarche, axée a‘la fois sur les contraintes et les stratégies à l’œuvre dans
l’orientation des processus de démocratisation, a ainsi procédé de cette constatation de Berger et Luckmann, qui avertissent que “La vie quotidienne se
présente elle-même comme réalité… (mais que) le monde de la vie
quotidienne n’est pas seulement considéré comme donné en tant que réalité
par les membres d’une société dans la conduite subjectivement chargée de
sens de leur vie. C’est aussi un monde qui trouve son origine dans leurs
pensées et leurs actions et est maintenu en tant que réalité par ceux-ci”
[48].
Rappelons néanmoins que l’adoption d’un cadre théorique ne signifie
pas une reprise totale de ce cadre, mais plutôt une analyse de l’objet autour
des idées principales et de quelques concepts clés de ce cadre théorique
[49].
La théorie de la structuration de Giddens (plus structurelle que contingente)
est heuristique de ce point de vue, en ce sens qu’elle permet d’appréhender
les phénomènes politiques dans leur complexité et leur multidimensionnalité.
En insistant sur
la dualité du structurel, Giddens nous dit non seulement que
le structurel est à la fois habilitant et contraignant, mais il établit surtout un
pont entre structures et stratégies, entre contraintes et
compétence des acteurs. Par ailleurs, Berger et Luckmann (plus contingents que structurels)
nous préviennent contre la tentation héroïque et linéaire (de la démocratisation) en rappelant que “toute réalité sociale est précaire, toutes les sociétés
sont des constructions en face du chaos”
[50]. Le grand mérite de ce cadre réside en fin de compte dans son réalisme
[51]. Dans cette étude, elle nous a
permis de dépasser une dichotomie souvent opérée entre acteurs et structures, entre contraintes et stratégies, entre institutions et culture qui, au moins
pour notre objet, est appauvrissante car ne tenant pas compte d’une réalité
faite d’une multiplicité d’interactions. Libérés de cet enfermement théorique, nous avons pu faire acte d’éclectisme en intégrant analyse institutionnelle et stratégique et analyse des structures et contraintes. Ce type d’approche
n’est pas aisé cependant dans une discipline où les oppositions d’écoles persistent encore.
Le cadre théorique et la canalisation de la démarche
Le cadre théorique contribue à canaliser la démarche du comparatiste en en
affectant certaines étapes essentielles comme la formulation de la problématique et des hypothèses de travail. Ainsi, on ne peut pas opter pour un
cadre constructiviste et partir de l’hypothèse que tout est déterminé d’avance,
ni souscrire à un postulat de la rationalité et de l’information parfaites.
Dans notre comparaison, nous sommes partis de la proposition selon laquelle la consolidation démocratique est un processus d’institutionnalisation
[52] et de légitimation
[53] dans un espace-temps. Au terme de la recherche, il
est apparu que des contraintes jouent contre ce processus (dans les deux cas)
alors que l’habileté des acteurs et les dynamiques institutionnelles et sociales peuvent jouer pour la réussite du processus (cas du Bénin), mais peuvent
aussi ajouter aux contraintes pour faciliter sa rupture (cas du Niger).
Le modèle de démonstration peut être simplifié et présenté à travers le
tableau suivant, qui ne doit pas faire oublier les intenses interactions entre
variables indépendantes :
Variable Variables Dimensions Indicateurs
dépendante indépendantes des variables de dimension
indépendantes
Trajectoire – Contraignante– Économie – Capacités
du processus – Facilitante– Héritages financières de
démocratique institutionnels l’État
– Formules – Troubles sociaux
institutionnelles – Dynamique
– Cadres juridiques transitionnelle
– Système de partis – Clientélisme
– Position de – Frondes militail’armée res
– Stratégies – Blocages
d’acteurs politiques
– Rôles et structu- – Violence
ration de la politique
société civile – Consensus ou
– Acteurs externes pacte
– Votes et alternances
– Pratiques
politiques
– Légitimité de
l’organe constitutionnel
– Appropriation
des rituels
électoraux
– Soutien extérieur
Comment ce modèle est-il opérationalisé ? La variable dépendante est elle-même construite sur la base d’une définition schumpetérienne (ou
procédurale) de la démocratie, soit une méthode de dévolution du pouvoir
[54].
Chaque variable indépendante (construite sur la base d’observations empiriques qualitatives) est dotée d’une capacité explicative, c’est à dire qu’elle
est considérée comme pouvant favoriser (dimension facilitante) ou compliquer (dimension contraignante) la consolidation de la démocratie (variable
dépendante). L’intervention de chaque variable est constatée à travers des
indicateurs de dimension, pouvant évidemment être positifs ou négatifs (constats issus du terrain) relativement au sens de la trajectoire politique. Les
variables n’ont cependant pas la même capacité explicative, les stratégies
des acteurs politiques (habileté, sens du compromis ou l’inverse) étant plus
décisives que l’impasse économique
[55]. En effet, quoique intervenant indirectement de manière contraignante en perturbant les flux de l’échange politique
[56], celle-ci peut être compensée par des stratégies politiques
conciliantes
[57] ou des politiques publiques légitimatrices. Nous l’avons clairement constaté dans le cas du Bénin où les performances du premier gouvernement démocratique et la logique du compromis ont désamorcé le front
social et contribué très tôt à légitimer la démocratie.
Au cours du procès politique, les variables concourent ensemble, en interaction et en jouant les unes sur les autres, à l’orientation de la trajectoire
du processus de démocratisation
[58]. Ainsi, la persistance des difficultés de
trésorerie au Niger a nourri un front social délégitimateur au contraire du
Bénin où les “capacités de l’État” ont été vite restaurées. De même, les blocages politiques qui, au Niger, ont donné à des militaires poussés au mur à la
conférence nationale, le prétexte pour renverser les institutions, ne sont étrangers ni aux imprécisions des cadres juridiques, ni à la logique politique de la
confrontation. À l’inverse, la transition plus “pactée” du Bénin a donné un
caractère moins conflictuel aux stratégies politiques et a amoindri le potentiel déstabilisateur d’une armée non mise dos au mur comme cela a été le cas
au Niger.
On pourrait continuer la démonstration en montrant comment les différentes variables se combinent, le niveau et l’ampleur avec lesquelles elles
opèrent et apportent leur part d’explication à la trajectoire suivie par chacun
des pays suivant la même démarche. Mais c’est aussi à ce niveau qu’émergent plusieurs questions renvoyant à ce qu’on peut appeler les écueils de la
comparaison binaire.
Les écueils de la démarche binaire
La démarche exposée ci dessus ne suffit pas à mener la comparaison binaire
avec une rigueur méthodologique acceptable si l’on n’évite pas un certain
nombre d’écueils ou de tentations qui apparaissent à chaque étape. Il convient particulièrement, à notre sens, de rester attentif à deux problèmes que
nous nommons la tentation de l’œillère et la juxtaposition des faits.
La tentation de l’œillère
La tentation de l’œillère est présente dans toute analyse comparative pour
deux raisons principales : d’une part, le chercheur qui s’engage dans une
comparaison transnationale est souvent plus familier avec certains cas qu’avec
d’autres. D’autre part, il peut disposer de données d’inégale importance sur
les différents cas. Il est alors tentant de combler le déficit de familiarité ou
de données sur un des cas en se laissant guider par le cas ou par les données
les mieux maîtrisées. Cette tentation est d’autant plus grande dans une comparaison binaire, que ces déficits sont rendus encore plus évidents par la
dualité de l’échantillon. Comment alors éviter que les intuitions et les données tirées de l’observation d’un des cas (induction) ne deviennent des constructions à partir desquelles sont déduites des conclusions sur l’autre cas ?
[59]
Dans notre étude, ce problème s’est posé à plusieurs niveaux. Ainsi, le
Bénin ayant été ce que certains ont qualifié de “laboratoire de la démocratie
en Afrique” pour avoir inventé la formule de la conférence nationale, les
études s’y rapportant sont de loin plus exhaustives que celles consacrées au
Niger. À ce niveau, ce sont une grande familiarité avec le cas nigérien et des
enquêtes de terrain qui ont permis de compenser la faiblesse des études
monographiques.
Le deuxième niveau concerne l’ampleur de l’écart existant entre les deux
trajectoires. En d’autres termes, jusqu’à quel point les deux trajectoires ont-elles été appréhendées indépendamment du risque que l’enthousiasme soulevé par la réussite apparente du Bénin prédispose à grossir l’échec de
l’expérience nigérienne ? Inversement, il y a un risque que la réussite du
modèle béninois soit surestimée (en termes de consolidation) en raison du
caractère cahoteux du modèle nigérien. Par conséquent, dans quelle mesure
l’ampleur de la restauration autoritaire (provoquée par le coup d’État) au
Niger a-t-elle été restituée dans ses vraies dimensions ? Comparer c’est certes chercher des variations, relativiser chaque cas à la lumière de l’autre,
mais c’est aussi jeter un regard fidèle sur chaque situation. Ce sont là des
interrogations qui se posent tout particulièrement dans une comparaison binaire. Les contrastes y prennent en effet plus facilement un caractère manichéen que dans un autre type de comparaison transnationale où la dichotomie
tend à se diluer à mesure que le nombre de cas augmente.
L’écueil de la juxtaposition des faits
Du fait de cette dualité, l’autre écueil est celui d’une démarche empruntant
la méthode facile de la juxtaposition des faits, qui consiste à segmenter l’objet en séquences historiques ou en thèmes, (ce qui n’est pas un problème en
soi) et à remplir chaque segment de deux blocs de données spécifiques à
chaque cas. Cette tentation guette d’autant plus que l’on est à priori plus
enclin à adopter une démarche génétique et à mettre les deux histoires en
parallèle. Or, il n’est nul besoin de dire qu’on ne compare pas parce qu’on
traite de plusieurs pays et que la comparaison binaire n’équivaut pas à une
juxtaposition de deux histoires.
Dans le cas de la comparaison des trajectoires du Bénin et du Niger,
C’est pour échapper à cet écueil que le modèle représenté dans le tableau ci
dessus a été construit. De l’utilisation des modèles propres aux études néo
institutionnalistes de la démocratisation, découle le recours aux concepts de
path dependency (influence des choix antérieurs, ou idée que le chemin de
la démocratisation est parsemé de contraintes, notamment liées à l’héritage
de l’ancien régime) ou de
structured contingency (impliquant une marge
pour les acteurs qui font cependant des choix sous contrainte et dans une
situation d’incertitude)
[60]. L’adoption d’une démarche constructiviste a inspiré l’organisation de la recherche autour de deux axes rompant avec la démarche linéaire et la narration de deux histoires juxtaposées
[61].
Dans un premier temps, nous avons essayé de discriminer les variations
dans l’ampleur des contraintes pesant sur la consolidation des deux processus à travers deux ordres de contraintes.
Le premier ordre de contraintes concerne la crise de l’État, qui a généré
en retour une crise de gouvernabilité ; les gouvernants se retrouvant sub-mergés par la demande sociale à un moment où les “capacités” de l’État
étaient au plus bas et l’économie sous réforme. C’est dans un contexte caractérisé par cette double crise que le processus de démocratisation a pris
place. La plus grande difficulté dans ces pays consistait à conduire ce processus tout en gérant autant de contraintes et ce qu’elles supposent comme
pressions sur le système ; pressions qui ont été des sources de fragilisation
dans les deux cas, mais de manière plus directe et plus durable au Niger.
Le deuxième ordre de contraintes provient de l’héritage institutionnel et
politique que les régimes précédents ont légué à travers un esprit, des habitudes, des pratiques qui disputent la prépondérance à l’esprit, aux habitudes
et aux pratiques caractéristiques d’un mode de gestion démocratique. À ce
niveau, le poids de l’héritage est apparu massif (notamment si on va au-delà
d’une définition minimaliste de la démocratie), mais l’impact sur la trajectoire de la démocratisation (au sens procédural) n’est pas apparu discriminant : les méthodes et pratiques pré démocratiques se sont reproduites dans
les deux cas, parfois avec plus d’acuité au Bénin (comme la corruption ou
l’instrumentalisation politique de l’identité) sans l’orienter dans un même
sens pour les deux pays.
Dans un deuxième temps, nous avons essayé de discriminer le sens dans
lequel la variable stratégique contribue à infléchir les trajectoires de la démocratisation à travers deux ordres de stratégies.
Le premier concerne les arrangements institutionnels ainsi que les stratégies politiques (interactionnistes) que les acteurs développent à l’occasion
de l’animation et de la lutte pour le contrôle de ces institutions. Il est clairement apparu ici que la trajectoire a été infléchie favorablement au Bénin par
des stratégies politiques plus consensuelles et des institutions “mieux adaptées” et défavorablement au Niger par des stratégies plus conflictuelles et
des institutions moins cohérentes, comme la juridiction constitutionnelle.
Le deuxième a trait aux stratégies (internes et externes) de légitimation
matérielle et symbolique du mode de gestion démocratique, notamment les
politiques publiques, les appuis externes, mais aussi de construction de catégories de justification, au regard des contraintes limitatives. À ce niveau
également, nous avons montré que la trajectoire démocratique a été favorisée au Bénin et défavorisée au Niger en raison de ce que nous pouvons
rapidement exposer ici en termes non totalement matériels de “ressources
différentes”. Le Bénin a ainsi profité d’une “prime à la démocratie” qui a
permis de rétablir les capacités de l’État, mais aussi de politiques publiques
plus efficientes qui ont tranché avec la faillite du régime militaro-marxiste
et mieux légitimé la démocratie. Tel n’a pas été les cas au Niger où le soutien externe a fait défaut, où les capacités de l’État sont allées se dégradant,
faisant même de certains fervents promoteurs de la démocratie, des partisans du retour à l’ancien régime.
Au terme de l’exposé, il apparaît que malgré des contraintes objectives,
les acteurs (en termes de sujets, mais aussi de choix institutionnels, juridiques, de politiques publiques) ont une grande part de responsabilité dans
l’orientation de chaque trajectoire spécifique. Les facteurs structurels existent incontestablement, mais ils ne peuvent servir à justifier les idées de
préconditions à la démocratie
[62] car les acteurs ont toujours une marge de
manœuvre. Nous sommes déjà à ce niveau dans les conclusions tirées de
cette comparaison binaire.
Comparaison binaire et généralisations
L’articulation dans cette étude entre l’objet, la structure conceptuelle et le
cadre théorique traduit d’abord une volonté de “banalisation” au sens de
“normalisation” des cas africains en tant qu’objets de recherche. Au terme
de cette démarche, nous avons dégagé un certain nombre de régularités à
partir desquelles nous avons soit testé des perspectives théoriques existantes,
soit esquissé une mise en perspective théorique des phénomènes de démocratisation et de consolidation. Bien entendu, ces conclusions gardent toute
la modestie d’une étude comparative portant sur deux cas et nous les avons
présentées comme des hypothèses soumises à la falsification et à la réfutation
[63]. En effet, les différents niveaux de comparaison apportent des éclairages tout aussi relatifs, notamment selon que l’on voudra parvenir à la
systématisation ou à l’individualisation de type monographique. M. Dogan
et D. Pelassy estiment que le grand intérêt de la comparaison binaire “tient
en partie à ce qu’elle permet l’approfondissement”. Ils ajoutent que “à michemin entre l’étude de cas et les études plus larges, la comparaison binaire
semble se donner parfois comme la meilleure voie d’une recherche qui ne
voudrait ignorer ni le spécifique, ni le général”
[64].
La connaissance du spécifique est indispensable notamment dans une
comparaison binaire où l’extension du champ n’est pas suffisante pour justifier une perte importante de précision
[65]. De cette comparaison détaillée,
nous avons formulé un certain nombre de pistes théoriques sur les phénomènes de démocratisation et de consolidation à plusieurs niveaux. Nous
nous contentons de les effleurer ici
[66].
Contribution analytique et méthodologique à la transitologie à partir
d’expériences initiées par la voie de la conférence nationale
D’un point de vue analytique, nous avons constaté que ces types d’expériences soulèvent des questions spécifiques. Dans ces cas, pour s’en tenir à
un exemple, le processus est porté par des
mobilisations multisectorielles
[67]
et sa consolidation dépend beaucoup de la capacité des acteurs à ménager le
soutien des secteurs alliés. Ceux-ci – à l’instar des syndicats – se comportent en parrains, pour avoir été les fers de lance de la lutte contre le régime
autoritaire. Une dynamique de rupture avec ces alliés, qui se sont mobilisés
en faveur de la démocratisation, conduit facilement à la rupture du processus car elle crée des instabilités propices à l’activation d’une alternative non
démocratique. Par ailleurs, dans les démocratisations par conférence nationale réussie, la consolidation se trouve être un moment de plus grande incertitude que la transition, contrairement à ce que la littérature soutient
généralement
[68]. À l’inverse des processus de libéralisation et de transition
qui ont des temporalités relativement maîtrisables et des dimensions essentiellement politiques (car les conférences fixent un cahier des charges et les
échéances politiques), les processus de consolidation dans les démocratisations par conférence nationale ont des temporalités plus diffuses, extrêmement contingentes et faiblement maîtrisables. De ce fait, nous avons appelé
à la contextualisation des recherches. D’un point de vue méthodologique,
nous avons montré l’intérêt qu’il y a à banaliser les cas africains qui, sans
perdre leur part de spécificité, sont des objets perméables aux mêmes constructions théoriques et aux mêmes appareils conceptuels. Nous avons aussi
constaté à quel point les tentatives de construction démocratique, même relativement réussis, restent traversés d’ambiguïtés et de paradoxes
[69], et nous
avons appelé à se garder de toute lecture développementaliste de ces processus.
Généralisations sur la part du leadership et du pragmatisme politiques
en situation de contrainte structurelle
La qualité des acteurs et celle de leurs stratégies ont été mises en évidence
dans nombre de cas de démocratisations
[70] et elles s’avèrent encore plus cruciales dans des expériences émergeant sur fond de contraintes sévères. Il n’y
a pas de prérequis à la démocratie, en Afrique ou ailleurs, qu’il soit relatif à
la culture ou à l’économie. Il y a cependant des contraintes qui se manifestent en termes économiques, d’héritages institutionnels, de clivages sociaux
ou politiques et qui, en fonction de la qualité des acteurs, peuvent diminuer
les chances de réussite du processus. Ces éléments montrent qu’une forme
de pragmatisme est nécessaire à la consolidation démocratique, voire indispensable lorsqu’on est dans un contexte marqué de clivages identitaires,
d’une rareté de ressources, de traditions patrimoniales qui ne sont pas intrinsèquement des préconditions, mais contribuent à exacerber les contradictions et tendent à donner un caractère irréductible aux conflits entre différents
acteurs.
Par ailleurs, deux idées trop souvent données pour acquises dans la littérature nous sont apparues relatives : D’abord, le fait qu’un renouvellement
des élites n’est pas un indicateur fiable de démocratisation, en raison entre
autres de la reproduction des habitus prédémocratiques dans le nouveau système. Ensuite, une société civile forte est certainement un indicateur de vitalité démocratique et on le sait depuis Tocqueville, mais pas mécaniquement
un facteur de consolidation démocratique surtout dans un contexte d’extrême affaiblissement de l’État où ses pressions peuvent facilement contribuer à la rupture. Au Niger, un des grands problèmes des premiers
gouvernements démocratiques a été d’obtenir que le front social qui a combattu le régime militaire se calme, que les secteurs sociaux organisés évacuent l’arène politique et qu’ils se recentrent sur leurs traditionnels intérêts
matériels et moraux.
La réhabilitation du droit et des institutions
Pendant longtemps, après la vague des indépendances africaines, les études
de type positiviste se sont concentrées sur le droit proclamé, celui consigné
dans les constitutions, les lois et règlements. Dans cette perspective, on a
considéré nombre d’États comme démocratiques en se référant aux constitutions qui prévoyaient généralement le multipartisme et les libertés caractéristiques d’un État démocratique. Mais on s’est rapidement rendu compte
des avatars d’un pur positivisme et d’un pur formalisme puisque le droit
proclamé était loin d’être appliqué et respecté
[71].
Les études d’inspiration plus sociologique ont ainsi voulu s’interroger
sur la réalité du droit en Afrique, en ne se contentant plus des proclamations
et des dispositions formelles. Très souvent, les analystes ont ainsi pris le
contre-pied des études précédentes, et la plupart des travaux sur l’État sont
caractéristiques d’une approche qui tend à nier au droit, toute pertinence
dans le contexte africain. Lorsqu’on évoque l’État prédateur, le néo-patrimonialisme, la politique du ventre, la criminalisation de l’État, c’est en
grande partie en référence au caractère évanescent du droit, édicté pour la
simple forme et submergé par des pratiques déviantes
[72].
Nous avons généralisé l’idée qu’avec le nouveau constitutionnalisme en
Afrique, le droit et les institutions redeviennent des objets d’étude légitimes. L’étude des trajectoires du Bénin et du Niger montre que dans le premier cas, en dépit des contraintes objectives et en addition aux stratégies
relativement moins excessives des acteurs, le droit, à travers la Cour constitutionnelle, ses moyens, son dispositif d’arbitrage des conflits, sa légitimité,
a largement contribué à la solidification progressive du nouvel ordre démocratique. Dans le deuxième cas à l’inverse, des dispositions juridiques différentes (la faiblesse de la chambre constitutionnelle de la cour suprême, sa
politisation), souvent incomplètes (cas de la loi portant organisation et fonctionnement de la cour suprême qui, élaboré sous le parti unique et non modifiée, ne prévoyait ni la cohabitation, ni les conflits d’attributions entre
pouvoirs, ni à fortiori l’organe qui est chargé de les arbitrer), ont joué plutôt
en addition aux contraintes objectives et aux stratégies plus excessives pour
mener à la rupture du processus démocratique.
Il ressort de cette comparaison binaire qu’en raison de ses dimensions
structurante, contraignante et habilitante, l’arsenal juridique participe intensément au processus d’institutionnalisation
[73]. La qualité des dispositions juridiques peut, par effet d’encadrement, entraîner des stratégies plus favorables
à la consolidation démocratique, même si les formules institutionnelles ne
sont pas à elles seules, des gages de réussite ou d’échec. Notons à ce niveau
une autre observation importante concernant l’impact du choix de régime
sur la stabilité des institutions. Alors que la littérature insiste sur “les périls
du régime présidentiel”
[74] en raison de certains traits comme sa rigidité, notre étude montre clairement la solidité du processus béninois, basé sur un
régime présidentiel. La coupure entre le législatif et l’exécutif et le mandat
fixe, présentés comme les signes de sa faible adaptabilité, ont paradoxalement empêché au Bénin, la généralisation des conflits politiques à l’ensemble des institutions et ont limité l’impatience de l’opposition ; deux facteurs
qui ont miné le régime semi-parlementaire du Niger. C’est dire que tout en
étant important, le régime est indissociable de la configuration et du type
d’interactions au sein desquels il prend place.
La comparaison binaire pose manifestement des défis méthodologiques spécifiques. Elle est proche de l’étude de cas en termes de terrain d’investigation car compte tenu de la taille de l’échantillon, le chercheur qui l’adopte
n’a d’autre choix que de tenter d’atteindre à une connaissance individualisante
sur chacun des deux pays, dont il doit avoir une maîtrise pratiquement aussi
parfaite que dans une étude de cas. Son ambition diffère toutefois de celle
du casuiste qui, en général, est plutôt préoccupé de restituer une histoire
fine
[75] ou, pour adapter l’image de B. Moore
[76], d’établir une carte sur laquelle chaque indigène trouvera son hameau. En effet, il ambitionne d’un
point de vue théorique, pratiquement au même titre que le
huge comparatist
de C. Tilly, de produire des généralisations d’ordinaire attendues de comparaisons plus larges ou dans les termes de Moore, d’établir, comme l’explorateur, des cartes qui puissent guider les voyageurs suivants. La comparaison
binaire n’est donc pas seulement une étude de deux cas. Elle est spécifique
en termes de défis et de démarche, mais charnière en termes de résultats. En
tant que source de connaissances autant empiriques que théoriques, elle se
présente probablement comme plus ambitieuse que d’autres démarches, y
compris des comparaisons plus larges. Cependant, il est nécessaire de rester
attentif aux risques inhérents à la dualité de l’objet et de conférer aux généralisations que l’on en tire, le statut de pistes, qui doivent être soumises à
l’éclairage de cas plus nombreux. Cela n’en diminue pas pour autant la valeur heuristique.
[1]
Cet article a été rédigé dans le cadre d’un séjour post doctoral à l’université de Montréal, financé par
une bourse d’excellence de l’Agence universitaire de la francophonie, à laquelle j’exprime mes remerciements. Je remercie également les Professeures Graciela Ducatenzeiler et Jane Jenson pour leur soutien. Je remercie enfin les Professeurs Jean-François Médard et Daniel-Louis Seiler, ainsi que mon collègue
et ami Jacques de Maillard pour leurs commentaires. Cette thèse intitulée
La problématique de la consolidation démocratique : les trajectoires comparées du Bénin et du Niger, a été soutenue le 7 décembre
1998 à l’Université Montesquieu-Bordeaux IV sous la direction du professeur Jean-François Médard.
[2]
Adam Przeworski fait de ce dernier facteur comme on le sait, une condition du changement.
[3]
Le Niger a retrouvé un gouvernement démocratique en janvier 2000, après le renversement du général Baré en avril 1999 et l’organisation d’élections générales à la fin de la même année.
[4]
Cf. HUNTINGTON S., “Democracy’s Third Wave”, in
Journal of Democracy 2,1991;
The Third
Wave : Democratization in the Late Twentieth Century, University of Oklahoma Press, Norman, 1992 et
pour un point de la littérature, SHIN D.C. “On the Third Wave of Democratization : a Synthesis and
Evaluation of Recent Theory and Research”,
World Politics, 47, octobre 1994. Les deux premières vagues sont pour Huntington, celle ouverte par les révolutions française et américaine (étalée de 1828 à
1926) et celle qui a débuté vers la fin de la grande guerre (étalée de 1943 à 1962), HUNTINGTON S
., op.
cit., 1991, pp. 13 et suivantes.
[5]
Pour une discussion récente sur le statut de la transitologie et de la consolidologie et sur des définitions conceptuelles, voir deux numéros spéciaux de la
Revue Française de Science Politique et de la
Revue Internationale de Politique Comparée, notamment DUCATENZEILER G., “Nouvelles approches à l’étude de la consolidation démocratique”,
Revue Internationale de Politique Comparée, vol 8, n0
2,2001, pp. 191-198 ; GUILHOT N. et SCHMITTER P. C., “De la transition à la consolidation : une
lecture rétrospective des Democratization Studies”,
Revue Française de Science Politique, vol 50, n0 4-5,2000, pp. 615-631. Voir aussi pour une synthèse ancienne, mais réussie, SHIN D. C., “On The Third
Wave of Democratization : A Synthesis and Evaluation of Recent Theory and Research”,
World Politics
n0 47,1994, pp. 135-170.
[6]
DOGAN M. et PELASSY D.,
Sociologie politique comparative : problèmes et perspectives, Paris,
Economica, 1981, p. 129.
[7]
Sur la comparaison dans diverses sciences sociales, voir les différents articles réunis dans la
Revue
Européenne des Sciences Sociales, vol. XXIV, no 72, Genève, 1986.
[8]
BADIE B., “L’analyse comparative en science politique : Requiem ou résurrection ?”, in
La politique comparée en questions, Bordeaux, LCF éditions, 1994, p. 7.
[9]
Sans tomber dans l’irréductibilité culturaliste, on pense au peu d’attention accordée à la question de
la comparabilité des cas. Jean-Pierre Cot et Jean-Pierre Mounier ont ainsi dénoncé les prétentions tous
azimuts des grandes enquêtes menées dans des pays divers sur la base de données isolées de leur contexte social. Voir
Pour une sociologie politique, tome 2, p. 53. Voir aussi SEILER D.L.,
La politique
comparée, Armand Colin, Paris, 1982, p. 14.
[10]
Sartori reprend à son compte la position de Adam Przeworski qui considère que “il y a un consensus
sur le fait que la recherche comparative ne consiste pas à comparer, mais à expliquer. L’objectif général
de la comparaison transnationale est de comprendre”, SARTORI G., “Bien comparer, mal comparer”,
Revue Internationale de Politique Comparée, vol. 1, no 1,1994, p. 20. Encore qu’à ce niveau, on peut se
demander si comparer pour comprendre et comparer pour expliquer renvoient à la même démarche tant
l’impératif d’objectivation et de neutralité de la recherche dans le premier cas, largement répandu par les
cours de méthode dispensés dans les universités françaises par exemple, tranche avec l’ambition des
modèles causaux et normatif que l’on retrouve outre atlantique. Les deux démarches peuvent bien entendu déboucher sur des résultats différents, qui fragilisent ce consensus. Elles sont reste toutefois difficile à délier ainsi que le montre Daniel-Louis Seiler : SEILER D.L., “Science politique, comparaison et
universaux ou ce que comparer veut dire… ”,
Revue Internationale de Politique Comparée, vol. 1, no 1,
1994.
[11]
C’est ainsi que Mattei Dogan et Dominique Pelassy proposent cinq stratégies : le cas d’espèce, la
comparaison binaire, la comparaison entre pays analogues, la comparaison entre pays contrastés, l’homogénéisation conceptuelle d’un espace hétérogène. Voir DOGAN M. et PELASSY D.,
op. cit., 1981.
Charles Tilly distingue pour sa part, la comparaison individualisante, la comparaison universalisante, la
comparaison de variations et la comparaison systémique (encompassing comparison), in TILLY Ch.,
Big Structures, Large Processes, Huge Comparisons, Russel Sage Foundation, New York, 1984, p. 82.
Ira Katznelson quant à lui, observe qu’à la question de savoir ce qu’il faut comparer et comment comparer, les comparatistes ont proposé quatre formules : la comparaison systémique (global or large processes),
la comparaison de cas, la comparaison de variables et la comparaison de configurations. Voir “Structure
and Configuration in Comparative Politics”, in LICHBACH M. I., ZUCHERMAN A.S.,
Comparative
Politics. Rationality, Culture and Structure, Cambridge University Press, Cambridge et New York, 1997,
p. 87.
[12]
SANTISO J., “De la condition historique des transitologues en Amérique latine et en Europe centrale et orientale”,
Revue Internationale de Politique Comparée, vol. 3, no 1,1996, pp. 44-45, p. 56 et
suivantes. Voir aussi pour une perspective critique CAROTHERS T., “The End of Transition Paradigm”,
Journal of Democracy, vol 13, n0 1,2002, p. 5-21.
[13]
GAZIBO M., “L’Afrique en politique comparée”,
Polis, Revue Camerounaise de Science Politique,
Volume 8, numéro spécial 2001.
[14]
SCHMITTER P.C., KARL T.L., “The Conceptual Travels of Transitologists and Consolidologists :
How far to The East Should they Attempt to Go ?”,
Slavic Review, vol. 53, no 1,1994.
[15]
SCHMITTER P.C., KARL T.L., “From an Iron Curtain to a Paper Curtain : Grounding Transitologists
or Students of Postcommunism ?”,
Slavic Review, vol. 54, no 4,1995. Voir aussi la contre réplique de
Bunce dans le même numéro : “Paper Curtains and Paper Tigers”.
[16]
BUNCE V., “Should transitologists be grounded ?”,
Slavic Review, vol. 54, no 1,1995.
[17]
BADIE B., “Analyse comparative de sociologie historique”,
Revue Internationale des Sciences Sociales 133,1992, p. 367. On pense aussi aux nombreux ouvrages du même auteur dont :
Culture et
politique, Paris, Economica, 1983 et
L’État importé, essai sur l’occidentalisation de l’ordre politique,
Paris, Fayard, 1992.
[18]
G. Sartori nous en avertit à la suite de A. Przeworski et H. Teune. Cf. PRZEWORSKI A. et TEUNE
H.,
op. cit., 1970, pp. 20-27.
[19]
DOGAN M. et PELASSY D.,
op. cit., 1981, pp. 28-31.
[20]
SINDJOUN L.,
Science politique réflexive et savoirs sur les pratiques politiques en Afrique noire,
CODESRIA, Dakar, 1999, pp. 8-17
[21]
Pour une perspective dynamique de la culture politique, voir MARTIN D.C.,
La découverte des
cultures politiques. Esquisse d’une approche comparatiste à partir des expériences africaines, Les cahiers du CERI, 2,1992 ; OTAYEK R., “Démocratie, culture politique, sociétés plurales : une approche
comparative à partir de situations africaines”,
Revue Française de Science Politique, vol. 47, n° 6,1997.
[22]
SCHMITTER P., KARL T.L., “Les modes de transition en Amérique Latine, en Europe du Sud et de
l’Est”,
Revue internationale des Sciences Sociales, 128, mai 1991, p. 286.
[23]
HERMET G., “La démocratisation à l’amiable, de l’Espagne à la Pologne”,
Commentaire, 13 ( 50),
1990 ; BRATTON M., VAN DE WALLE N.
Democratic Experiments in Africa : Regime Transitions in
Comparative Perspective, Cambridge University Press, Cambridge, 1997.
[24]
PRZEWORSKI A., TEUNE H.,
The Logic of Comparative Social Inquiry, Wiley, New York, 1970,
p. 31.
[25]
VEYNE P.,
L’inventaire des différences, Seuil, Paris, 1976, p. 18, cité par DOGAN M., PELASSY
D.,
op. cit., 1981, p. 13.
[26]
Ibidem, pp. 27-28.
[27]
SARTORI G.,
op. cit., 1994, pp. 22-23.
[28]
KATZNELSON I., “Structure and Configuration in Comparative Politics”, in LICHBACH M. I.,
ZUCKERMAN A. S., (eds),
Comparative politics : Rationality, Culture and Structure, Cambridge University Press, 1997, p. 87 et suivantes.
[29]
L’idée que l’incertitude serait inhérente à toute entreprise de démocratisation est à présent partagée
par une majorité d’auteurs. Adam Przeworski fait figure de pionnier. Selon lui, le fait que l’incertitude
soit inhérente à la démocratie ne signifie pas cependant que tout est possible ou que rien n’est prédictible.
Ce qui est inconnu à l’avance, c’est le résultat précis auquel le jeu aboutit. Cf.
Democracy and the
Market, Political and Economic Reforms in Eastern Europe and Latin America, Cambridge University
Press, 1991, p. 13. Voir aussi “Some Problems in the Study of the Transition to Democracy” in
O’DONNELL G., SCHMITTER P., WHITEHEAD L.,
Transitions from Authoritarian Rule : Comparative Perspectives, the John Hopkins University Press, Baltimore & London, 1986, pp. 46-63. Guillermo
O’Donnell et Philippe Schmitter parlent de transition de l’autoritarisme à une issue incertaine qui peut
être la démocratie, la restauration d’une nouvelle – voire plus sévère – forme d’autoritarisme, ou encore
la confusion. Cf.
Transitions from Autoritarian Rule, Tentative Conclusions About Uncertain Democracies,
the John Hopkins University Press, Baltimore and London, 1986, p. 3. Cette idée est aussi contestée
cependant. Voir DOBRY M., “Les voies incertaines de la transitologie, choix stratégiques, séquences
historiques, bifurcations et processus de path dependence”,
Revue française de science politique, vol 50,
n0 4-5,2000.
[30]
Organisées selon certains auteurs sur le modèle des états généraux de 1789 en France, ces assemblées, initiées par le Bénin, réunissent des représentants des organisations sociales, politiques ou professionnelles pour débattre essentiellement de l’avenir institutionnel du pays.
[31]
Dans leur modélisation, Michael Bratton et Nicolas Van de Walle les classent ainsi parmi les transitions démocratiques (democratic transition). Les autres types sont les transitions bloquées (blocked transitions), dénaturées (flawed transitions), empêchées (precluded transitions). Cf.
Democratic Experiments
in Africa : Regime Transitions in Comparative Perspective, Cambridge University Press, Cambridge,
1997, p. 120.
[32]
On pense tout de suite à Francis Fukuyama,
La fin de l’histoire et le dernier homme, Champs-Flammarion, Paris, 1992.
[33]
Achille Mbembé parle ainsi de “brouhaha sur les transitions vers la “démocratie
” et le “multipartisme
”. Selon lui,
“c’est à la mise en place d’une autre économie politique, à l’invention d’autres systèmes coercitifs et d’autres stratégies d’exploitation que l’on assiste en Afrique… La crise de la fiscalité, la
disette, les mouvements de population qui accompagnent ces recompositions laissent penser qu’il s’agit
d’une simple lutte entre prédateurs et que, à ce titre, elle ne conduira ni à la prospérité ni à la démocratie”
in MBEMBÉ A.,
Le Monde Diplomatique, mai 1993, pp. 16-17. Francis Akindès dit développer une
thèse de “l’aventurisme démocratique” dans son ouvrage au titre révélateur,
Les Mirages de la démocratisation en Afrique subsaharienne francophone, Codesria-Karthala, Paris, 1996, p. 45. Patrick Quantin
affirme que “les véritables projets de construction démocratique en Afrique supposent l’invention de
projets plus radicaux que ceux qui ont été proposés au début des années 1990 et surtout l’émergence de
groupes distincts des élites néopatrimoniales existantes” in QUANTIN P.,
l’Afrique Politique, Karthala-CEAN, Paris, 1995, p 284.
[34]
Voir la citation de M. Dogan et D. Pelassy en note 6.
[35]
Ces exigences sont : rompre avec le sens commun ; se méfier du langage ; disposer d’une théorie.
Voir SEILER D.L.,
op. cit., 1982, pp. 17-18
[36]
In “Théorie des choix rationnel et sociologie historique”,
Revue Internationale des Sciences sociales, no 133,1992, pp. 415-422.
[37]
In“Repenser l’analyse comparative dans un contexte post développementaliste”,
Revue Internationale des Sciences sociales, no 133,1992, pp. 396-413.
[38]
Tocqueville est certainement un précurseur de ce point de vue, avec ses travaux sur les changements
de régime à l’occasion desquels les institutions anciennes laissent un héritage particulier qui contribue à
modeler l’ordre nouveau. Voir de TOCQUEVILLE A.,
L’Ancien régime et la révolution, Paris, Gallimard, 1967. D’un point de vue théorique, d’excellentes contributions sur le néo-institutionnalisme existent. Voir entre autres DOUGLAS M.,
Ainsi pensent les institutions, Usher, Paris, 1989; MARCH J. G.,
OLSEN J. P.,
Rediscovering Institutions, The Organizational Basis of Politics, The Free Press, New
York and London, 1989; Voir des mêmes auteurs “The New Institutionalism : Organizational Factors in
Political Life”,
American Political Science Review 78, n° 3, septembre 1984; STEINMO S., THELEN
K., LONGSTRETH F., (eds.),
Structuring Politics : Historical Institutionalism in Comparative Analysis,
Cambridge University Press, Cambridge, 1992. Voir aussi sur l’Afrique YOUNG C.,
The African Colonial State in Comparative Perspective, Yale University Press, New Haven and London, 1994 ; NAY O.,
La région, une institution : la représentation, le pouvoir et la règle dans l’espace régional, l’Harmattan,
Paris, 1997 ; HALL P.A. et TAYLOR R.C.R. exposent aussi la genèse et les différences entre les
institutionnalismes historique, sociologique et des choix rationnels, in “La science politique et les trois
néo-institutionnalismes”, HALL P.A. et TAYLOR R.C.R.,
Revue Française de Science Politique, vol.
47, n° 3-4, juin-août 1997.
[39]
Ce qui nous ramène aux questions centrales traitées par la sociologie de Giddens ou de Berger et
Luckmann (Voir plus loin dans le texte). En renvoyant à A. Giddens, P. Hall et R. Taylor évoquent ainsi
ce problème central : “comment on peut dire d’une institution qu’elle structure l’action humaine, dans
un sens plus ou moins déterministe, de façon à produire un modèle normalisé de comportement, alors
que l’existence de l’institution elle-même dépend habituellement de la présence de ces modèles de comportement et, par conséquent, de la disposition des acteurs à se comporter d’une certaine façon. Le
problème consiste à exprimer simultanément le caractère déterministe et volontaire de ces institutions”,
HALL P. et TAYLOR R.,
op. cit., 1997, p. 473.
[40]
SCHUTZ A.,
Le chercheur et le quotidien, phénoménologie des sciences sociales, Méridien-Klincksieck, Paris, 1964.
[41]
GOFFMANN E.,
La mise en scène de la vie quotidienne, Minuit, Paris, t. 1 et 2,1973.
[42]
GIDDENS A.,
La constitution de la société : éléments de la théorie de la structuration, P.U.F.,
Paris, 1987.
[43]
BERGER P., LUCKMANN T.,
La construction sociale de la réalité, Méridien-Klincksieck, Paris,
1986.
[44]
Même si, on le sait, la sociologie de Giddens est un constructivisme structuraliste, c’est à dire partant des structures sociales pour arriver aux interactions, alors que celle de Berger et Luckmann est plutôt
un constructivisme phénoménologique, partant des interactions pour arriver aux structures sociales. Voir
CORCUFF P.,
Les nouvelles sociologies, Nathan, Paris, 1995.
[45]
Et comme on le constate dans les contextes du Bénin et du Niger où la crise économique, les mouvements sociaux, certains clivages identitaires, la politisation de l’armée sont autant de contraintes sur la
démocratisation.
[46]
Il suffit dans nos cas de penser aux mobilisations et luttes démocratiques entamées dès 1989-1990 et
qui ont fortement contribué à la désobjectivation du système autoritaire, mais aussi aux choix institutionnels et politiques opérés dans ces situations de fluidité politique.
[47]
BERGER P., LUCKMANN T,
op. cit., 1986, p. 29.
[49]
QUIVY R., VAN CAMPENHOUDT L,
Manuel de recherches en sciences sociales, Dunod, Paris,
1995, pp. 98-99.
[50]
BERGER P., LUCKMANN T.,
op. cit., 1986, p. 142.
[51]
CORCUFF P.,
op. cit., 1995, p. 19. Cet auteur préfère parler de
sociologies constructivistes, ou de
galaxie constructiviste pour tenir compte de toute la diversité qui caractérise les perspectives d’inspiration constructiviste, perspectives qui ont plus un air de famille qu’une homogénéité. Pour une présentation de ces études (Bourdieu, Schutz, Giddens, Dobry… ), se reporter à l’ouvrage.
[52]
Que nous définissons comme un processus incertain de typification et de massification (le terme est
de Berger et Luckmann) des structures, des mécanismes, des rôles et des règles démocratiques.
[53]
Considérée ici en simplifiant, comme étant de l’ordre du symbolique et du matériel qui se renforcent
mutuellement dans un processus de valorisation des institutions. Sur le caractère indissociable du symbolique et du matériel, voir notamment EDELMAN M.,
Pièces et règles du jeu politique, Seuil, Paris,
1991.
[54]
Cet auteur classique soutient que “la méthode démocratique est le système institutionnel aboutissant
à des décisions politiques dans lequel des individus acquièrent le pouvoir de statuer sur ces décisions à
l’issue d’une lutte concurrentielle portant sur les votes du peuple”. In SCHUMPETER J. A,
Capitalisme,
socialisme, démocratie, Payot, Paris, 1972, p. 355.
[55]
Dans la mesure où les facteurs économiques sont présents dans les deux cas, mais que ces cas
divergent, leur poids est relativisé. Ils sont alors des caractéristiques communes et non des variables
discriminantes.
[56]
Rappelons à la suite de Jean-François Médard qu’il ne s’agit ni de réduire l’État au rôle de simple
fournisseur de biens et services, ni de faire porter l’échange uniquement sur les biens matériels. La
dimension matérielle est importante, mais n’exclue pas la dimension politique ou encore la dimension
symbolique, cf. “Théories de l’échange et échange politique”, in CLAEYS P-H., FROGNIER A.-P.,
(éds.),
L’échange politique, Bruxelles, éditions de l’Université de Bruxelles, 1995.
[57]
Notamment dans un contexte de grande fluidité, où, comme nous le montre par exemple Thomas
Schelling, il est périlleux de pousser les adversaires dos au mur. Au contraire, il est nécessaire de leur
laisser une marge de manœuvre et des portes de sortie. Voir SCHELLING T.,
Stratégie du conflit, P.U.F.,
Paris, 1986.
[58]
Le problème qui se pose dès qu’on établit ce type de modèle est celui exprimé par R. Boudon, à la
suite de Durkheim. Il renvoie aux structures complexes (opposées aux structures simples) dans lesquelles les variables explicatives dépendent causalement les unes des autres. Voir BOUDON R.,
L’analyse
mathématique des faits sociaux, Paris, Plon, 1967, p. 39.
[59]
Deux questions liées se greffent ici, et elles sont traitées par Jean Blondel d’une part, et par Badie et
Hermet de l’autre. Blondel souligne ainsi la tension qui existe entre induction et déduction en politique
comparée, qui se ramène au degré de simplification des conditions de la vie politique : soit “patauger
dans la réalité”, soit “la survoler à grands traits”. Les présupposés de la déduction risquent d’amener à
une trop grande simplification des variables alors que ceux de l’induction risquent de conduire le comparatiste à “patauger” dans les multiples variables constitutives de la réalité. Voir BLONDEL J., “Plaidoyer
pour une conception œcuménique de l’analyse comparée”,
Revue Internationale de Politique Comparée, vol. 1, no 1,1994, p. 12. Badie et Hermet relèvent un dilemme similaire, en montrant que dans le
comparatisme classique, se posent le problème de la pertinence de l’utilisation d’une même variable
pour confronter plusieurs cas, ainsi que celui de savoir si le comparatiste n’est pas passé à côté de
variables plus pertinentes. Voir BADIE B., HERMET G.,
Politique comparée, P.U.F., Paris, 1990, pp.
17-19.
[60]
Pour un développement de ces concepts, voir KARL T.L., “Dilemmas of Democratization in Latin
America”,
Comparative politics 23, no 1,1990. De nombreuses études décisives sont fondées sur ces
concepts. Voir entre autres LINZ J.J., STEPAN A.,
op. cit., 1978; O’DONNELL G., SCHMITTER P.,
Transitions from Authoritarian rule, Tentative Conclusions About Uncertain Democracies, the John
Hopkins University Press, Baltimore and London, 1986.
[61]
La question qui se pose ici est celle de l’articulation entre constructivisme et néo-institutionnalisme.
Une réponse est peut être trouvée chez P. Hall et R. Taylor. En renvoyant à Giddens, ils laissent voir
qu’une préoccupation commune concerne “la dimension la plus importante du problème de la structure
et de l’agent… le problème consiste à exprimer simultanément le caractère volontaire et déterministe de
ces institutions”, HALL P. et TAYLOR R.,
op. cit., 1997, p. 473, note 2. Par ailleurs, il ne faut pas oublier
que certaines des réflexions théoriques les plus stimulantes sur les institutions sont le fait de constructivistes comme Berger et Luckmann, qui ont une approche interactionniste de la naissance des institutions
(au sens large de typifications) et une vision contingente de leur existence. Voir
La construction sociale
de la réalité, op.cit, 1987. Ces axes de réflexion s’accordent bien avec une perspective néo-institution-nelle appliquée à l’étude des tentatives de construction démocratique, qui sont des expériences au cours
desquelles acteurs, institutions et contraintes interagissent.
[62]
Thèse des préconditions promue par LIPSET S. M., “Some social requisites of democracy”,
American
Political Science Review n°53,1959. Bien que largement battue en brèche, cette thèse est reprise dans de
nombreux travaux sur l’Afrique en raison des contraintes économiques et culturelles particulièrement
massives sur ce continent. Voir AKINDÈS F.,
Les mirages de la démocratisation en Afrique subsaharienne
francophone, Paris, CODESRIA-Karthala, 1996.
[63]
Ce qui renvoie à certains critères de scientificité autant que de modestie de la prétention scientifique, tels qu’on peut les retrouver chez des auteurs comme Kuhn ou Popper. Voir KUHN T.,
La structure
des révolutions scientifiques, Paris, Flammarion, 1983; POPPER K.,
La logique de la découverte Scientifique, Paris, Payot, 1973
et Conjectures and Refutations, Londres, Routledge and Kegan Paul, 1974.
Voir aussi LECA J., “La théorie politique”, in GRAWITZ M. et LECA J.,
Traité de Science Politique,
tome 1, pp. 47-174.
[64]
Sur la tension entre le général et le spécifique, voir entre autres DOGAN et PELASSY,
op. cit.,
1981, pp. 128-129 ; TILLY C., “Prisonniers de l’État”
, Revue Internationale des Sciences Sociales n°
133,1992, p. 121 et ss. ; RUESCHMEYER D., STEPHENS E. H., STEPHENS J. D.,
Capitalist
Development and Democracy, Chicago, University of Chicago Press, 1993, p. 4. De ces auteurs, voir
aussi une discussion sur la controverse entre méthodes qualitatives et quantitatives. Sur le même point,
voir RAGIN C.,
The Comparative Method : Moving Beyond Qualitative and Quantitative Strategies,
Berkeley, University of California Press, 1987.
[65]
Michel Bergès remarque que “de fait, plus on gagne en extension, en grossissement de l’objet, plus
on perd en netteté, en détail, en information, en historicité”, in BERGES M., “Les conflits paradigmatiques
de la comparaison : science politique ou sociologie historique ?”
Revue Internationale de Politique Comparée, vol. 1, no 1, avril 1994, p. 120. Cette idée recoupe aussi la question de savoir à quel point la réalité
peut être simplifiée par le choix des variables, soit en bref, le dilemme entre induction et déduction
évoqué plus haut.
[66]
Pour le détail de ces pistes, voir la conclusion de la thèse mentionnée plus haut.
[67]
Expression de DOBRY M.,
Sociologie des crises politiques : la dynamique des mobilisations
multisectorielles, Paris, Fondation nationale des sciences politiques, 1992.
[68]
Voir le point sur la littérature (qui date, mais reste pertinent). SHIN D. C.,
op. cit., 1994.
[69]
Des conclusions similaires avaient déjà été tirées du cas béninois par Richard Banégas : BANÉGAS
R.,
La démocratie “à pas de caméléon”, transition et consolidation démocratique au Bénin, thèse de
doctorat de Science Politique, IEP, Paris, 1997. Voir aussi du même auteur, “Marchandisation du vote,
citoyenneté et consolidation démocratique au Bénin”,
Politique Africaine n° 69, mars 1998, pp. 75-88.
[70]
Voir entre autres G. Di Palma,
To Craft Democracies : An Essay On Democratic Transitions, Berkeley, University of California Press, 1990 ; Guy Hermet, “La démocratisation à l’amiable, de l’Espagne
à la Pologne”,
Commentaire, vol 13, n0 50,1990 pp. 283 et ss; John Higley et Jan Pakulski, “Jeux de
pouvoir et consolidation de la démocratie en Europe centrale et orientale”,
Revue française de science
politique, vol 50, n0 4-5,2000, pp. 657-678 ; Michael Burton et John Higley “The Study of Political Elite
Transformations”,
International Review of Sociology, vol 11, n0 2,2001, pp. 181-199.
[71]
du BOIS de GAUDUSSON J., “Les solutions constitutionnelles des conflits politiques”,
Afrique
Contemporaine, numéro spécial, 4
e trimestre 1996 p. 250.
[72]
Voir entre autres BAYART J.-F.,
L’État en Afrique : la politique du ventre, Fayard, Paris, 1989 ;
BAYART J-F., ELLIS S., HIBOU B.,
La criminalisation de l’État en Afrique, Éditions Complexe, Bruxelles, 1997 ; DARBON D., “L’État prédateur”,
Politique Africaine no 39,1990; MÉDARD J-F., (dir.),
États d’Afrique noire : formation, mécanismes et crise, Karthala-CEAN, Paris, 1991.
[73]
On peut renvoyer à un nombre important d’études sur ces dimensions du droit. Voir les publications
du CURAPP :
Droit et politique, P.U.F, Paris, 1993;
Les usages sociaux du droit, P.U.F, Paris, 1989.
Voir aussi QUERMONNE J-L., “Les politiques institutionnelles”, in GRAWITZ M., LECA J.,
Traité de
Science Politique, P.U.F., Paris, 1986; BOURDIEU P., “La force du droit : éléments pour une sociologie
du champ juridique”,
Actes de la Recherche en Sciences Sociales n° 64,1986; DARBON D., du BOIS
de GAUDUSSON J., (dir.).,
La création du droit en Afrique, Karthala, Paris, 1997 ; NAY O.,
op. cit.,
1997 ; SMITH R., “Political Jurisprudence, the “New Institutionalism” and the Future of Political Law”,
American Political Science Review, vol. 82, n° 1,1988. Sur le caractère structurant des institutions, le
néo-institutionnalisme, (notamment l’institutionnalisme historique) est d’une grande fécondité. Parmi
les nombreux travaux phares, voir notamment ceux cités plus haut de Hall et Taylor, de Mary Douglas,
de Steinmo, Thelen et Longstreth. Voir aussi PIERSON P.,
Dismantling the Welfare State ? Reagan,
Thatcher and the Politics of Retrenchment, Cambridge University Press, Cambridge, 1994 ; YOUNG P.
H., Individual
Strategy and Social Structure : an Evolutionary Theory of InstitutionsNew York, Princeton University Press, Princeton, 1988.
[74]
Voir LINZ J., “The Perils of Presidentialism”,
Journal of Democracy, 1, winter 1990; LINZ J.,
STEPAN A.,
The Breackdown of Democratic Regimes : Crisis, Breakdown and Reequilibration, the
John Hopkins University Press, Baltimore and London, 1978, pp. 72-73 ; STEPAN A., SKACH C.,
“Constitutional Frameworks and Democratic Consolidation, Parliamentarianism versus Presidentialism”,
World Politics 46, October 1993, pp. 3-4; RIGGS F., “Fragilité des régimes du tiers monde”,
Revue
Internationale des Sciences Sociales, 136, mai 1993, p. 259. Pour une discussion de cette thèse, voir
SHIN D. C.,
op. cit., 1994.
[75]
Cette idée prend pour acquis qu’il n’existe ni de comparatiste qui s’ignore, ni de casuiste comparatiste. Se référer aux travaux de D. L. Seiler ou G. Sartori sur ce débat.
[76]
Barrington Moore utilise cette image pour défendre la perspective généralisante qu’il utilise dans
son ouvrage : MOORE B.,
Les origines sociales de la dictature et de la démocratie, Paris, François
Maspéro, 1969, pp 9-10.