2003
Revue internationale de politique comparée
Le fédéralisme à la fin du XXe siècle
Julian Thomas Hottinger
Institut du Fédéralisme de l’Université de Fribourg
Le présent numéro thématique de la Revue Internationale de Politique
Comparée a pour objectif de cerner l’évolution des modèles fédéralistes
en vue d’une meilleure maîtrise et d’une évaluation plus judicieuse de
leurs résultats, comme de leurs perspectives de développement. Il s’agit
donc de prolonger et de dépasser les trop rares études en français qui
existent aujourd’hui sur cette question et qui se limitent le plus souvent à
dresser un bilan de la théorie (avec ses acquis et ses lacunes) à partir
d’un simple inventaire des recherches réalisées.
Notre projet vise à mettre en relation la théorie et l’empirique. L’article
conclusif de Thomas Fleiner et Julian Thomas Hottinger entend d’ailleurs
rappeler les prémisses qui ont conduit à la mise sur pied de l’approche
fédérale, après avoir confronté ce modèle à la situation actuelle dans
divers contextes. Nous ne voulions pas en effet nous limiter à des études
spécifiques de divers pays dits “fédéraux”.
Trop souvent, il était d’usage de comparer les fédérations à un édifice de
plusieurs étages, dans lequel les différents niveaux de gouvernement occupaient des domaines de pouvoir et de responsabilité distincts et plus
ou moins identifiables, avec peu de possibilité ou nécessité d’interaction. Mais cette ère d’une conception dualiste du fédéralisme semble
désormais être révolue. Aujourd’hui, les fédérations offrent des interactions multiples et variées entre les différents niveaux de gouvernement
qui les composent. L’édifice à étages n’existe plus et est remplacé par
des murs externes qui le délimitent et dont l’intérieur est transformable à
souhait. Ce nouveau modèle présente ainsi un mélange complexe de pouvoirs et de responsabilités entre les niveaux de gouvernement, qu’ils soient
inter-étatiques, centraux, régionaux ou locaux.
C’est cette multiplication de relations et les formes qui les accompagnent, en insistant sur ce qui fonctionne ou n’a pas fonctionné, qui nous
intéressent plus particulièrement. Et je m’empresse de dire que toute nouvelle approche des modèles fédéraux qui va au-delà des frontières nationales cadre parfaitement avec cette logique.
Les six articles présentés dans ce dossier tentent d’établir un bilan des
modèles fédéraux de ce XXe siècle. L’article de Ronald Watts illustre
parfaitement l’évolution des vingt-quatre pays qui se dénomment des “fédérations” et leur évolution à travers le temps, en insistant sur ces dernières années et la pression de la mondialisation. Une mondialisation,
ou globalisation, qui nous laisse croire que nous sommes en train de
vivre un changement de paradigmes, dans un monde où les États-nations
font place à un autre monde plus vaste, où peut-être le fédéralisme fournit la meilleure réponse politique possible à la diversité culturelle et sociale. Muriel Rambour dans sa contribution portant sur les idées
fédéralistes de la future Union européenne illustre parfaitement cet aspect.
L’article de Makita-Kass Kasongo est en lien direct avec la problématique de la reconnaissance ou non-reconnaissance de l’importance des
systèmes fédéraux. Il souligne de manière tout à fait pertinente la perception du “fédéralisme” en Afrique et ses conséquences à moyen terme
depuis la décolonisation. Il va sans dire que le fait de traiter ce sujet à un
niveau qui se veut régional – pour ne pas dire continental – ouvre toute
une série de perspectives inattendues.
Dragoljub Popovic analyse l’écroulement de l’ex-Fédération yougos-´
lave et souligne les causes de son échec. La lecture de son article amène
à percevoir que, sous le couvert d’une grande fédération yougoslave, de
multiples fédérations plus petites se mettent sur pied. En mettant en évidence la segmentation en sous-unités d’une fédération plus grande, ce
texte constitue une excellente introduction à un thème d’étude relativement neuf – celui des villes – que traite Caroline Van Wynberghe dans
son étude comparative des capitales fédérales.
D’un point de vue théorique, tous les auteur(e)s recourent à des types
d’exception plurifactoriels. Les théories descriptives – et souvent basées
sur “l’unicité” de l’objet d’étude – sont unanimement rejetées. Il en résulte implicitement une attitude moins positive, sinon plus critique, à
l’égard de l’objet d’étude, qui me pousse à conseiller vivement la lecture
de ce dossier dans son intégralité. Car il offre une approche comparative
qui ne se limite pas uniquement à des cas d’étude particuliers mais permet une enrichissante confrontation entre les différents articles et les
perspectives mises en avant par les auteur(e)s de ce dossier.