Revue internationale de politique comparée
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4237-X
144 pages

p. 7 à 8
doi: 10.3917/ripc.101.0007

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Volume 10 2003/1

2003 Revue internationale de politique comparée

Le fédéralisme à la fin du XXe siècle

Julian Thomas Hottinger Institut du Fédéralisme de l’Université de Fribourg
Le présent numéro thématique de la Revue Internationale de Politique Comparée a pour objectif de cerner l’évolution des modèles fédéralistes en vue d’une meilleure maîtrise et d’une évaluation plus judicieuse de leurs résultats, comme de leurs perspectives de développement. Il s’agit donc de prolonger et de dépasser les trop rares études en français qui existent aujourd’hui sur cette question et qui se limitent le plus souvent à dresser un bilan de la théorie (avec ses acquis et ses lacunes) à partir d’un simple inventaire des recherches réalisées.
Notre projet vise à mettre en relation la théorie et l’empirique. L’article conclusif de Thomas Fleiner et Julian Thomas Hottinger entend d’ailleurs rappeler les prémisses qui ont conduit à la mise sur pied de l’approche fédérale, après avoir confronté ce modèle à la situation actuelle dans divers contextes. Nous ne voulions pas en effet nous limiter à des études spécifiques de divers pays dits “fédéraux”.
Trop souvent, il était d’usage de comparer les fédérations à un édifice de plusieurs étages, dans lequel les différents niveaux de gouvernement occupaient des domaines de pouvoir et de responsabilité distincts et plus ou moins identifiables, avec peu de possibilité ou nécessité d’interaction. Mais cette ère d’une conception dualiste du fédéralisme semble désormais être révolue. Aujourd’hui, les fédérations offrent des interactions multiples et variées entre les différents niveaux de gouvernement qui les composent. L’édifice à étages n’existe plus et est remplacé par des murs externes qui le délimitent et dont l’intérieur est transformable à souhait. Ce nouveau modèle présente ainsi un mélange complexe de pouvoirs et de responsabilités entre les niveaux de gouvernement, qu’ils soient inter-étatiques, centraux, régionaux ou locaux.
C’est cette multiplication de relations et les formes qui les accompagnent, en insistant sur ce qui fonctionne ou n’a pas fonctionné, qui nous intéressent plus particulièrement. Et je m’empresse de dire que toute nouvelle approche des modèles fédéraux qui va au-delà des frontières nationales cadre parfaitement avec cette logique.
Les six articles présentés dans ce dossier tentent d’établir un bilan des modèles fédéraux de ce XXe siècle. L’article de Ronald Watts illustre parfaitement l’évolution des vingt-quatre pays qui se dénomment des “fédérations” et leur évolution à travers le temps, en insistant sur ces dernières années et la pression de la mondialisation. Une mondialisation, ou globalisation, qui nous laisse croire que nous sommes en train de vivre un changement de paradigmes, dans un monde où les États-nations font place à un autre monde plus vaste, où peut-être le fédéralisme fournit la meilleure réponse politique possible à la diversité culturelle et sociale. Muriel Rambour dans sa contribution portant sur les idées fédéralistes de la future Union européenne illustre parfaitement cet aspect.
L’article de Makita-Kass Kasongo est en lien direct avec la problématique de la reconnaissance ou non-reconnaissance de l’importance des systèmes fédéraux. Il souligne de manière tout à fait pertinente la perception du “fédéralisme” en Afrique et ses conséquences à moyen terme depuis la décolonisation. Il va sans dire que le fait de traiter ce sujet à un niveau qui se veut régional – pour ne pas dire continental – ouvre toute une série de perspectives inattendues.
Dragoljub Popovic analyse l’écroulement de l’ex-Fédération yougos-´ lave et souligne les causes de son échec. La lecture de son article amène à percevoir que, sous le couvert d’une grande fédération yougoslave, de multiples fédérations plus petites se mettent sur pied. En mettant en évidence la segmentation en sous-unités d’une fédération plus grande, ce texte constitue une excellente introduction à un thème d’étude relativement neuf – celui des villes – que traite Caroline Van Wynberghe dans son étude comparative des capitales fédérales.
D’un point de vue théorique, tous les auteur(e)s recourent à des types d’exception plurifactoriels. Les théories descriptives – et souvent basées sur “l’unicité” de l’objet d’étude – sont unanimement rejetées. Il en résulte implicitement une attitude moins positive, sinon plus critique, à l’égard de l’objet d’étude, qui me pousse à conseiller vivement la lecture de ce dossier dans son intégralité. Car il offre une approche comparative qui ne se limite pas uniquement à des cas d’étude particuliers mais permet une enrichissante confrontation entre les différents articles et les perspectives mises en avant par les auteur(e)s de ce dossier.
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