2003
Revue internationale de politique comparée
L’information environnementale : nouvel instrument de régulation politique en europe ?
Thierry Lavoux
De nombreux textes législatifs et recommandations tant européens qu’internationaux semblent donner un élan nouveau à la fourniture d’information sur l’environnement et à l’organisation de leur accès pour le public. La création de l’agence
européenne de l’environnement et d’institutions spécifiques dans les États depuis
une dizaine d’années est-elle la preuve que l’information environnementale pourrait être amenée à jouer un rôle plus évident dans la conduite des politiques publiques d’environnement? Cet article tente de montrer que malgré les progrès réalisés,
beaucoup reste à accomplir dans le renforcement de la connaissance des problématiques environnementales et que l’indépendance des agences, gage de leur crédibilité, est un combat sans cesse renouvelé.
Numerous texts of law and recommendations in Europe and internationally seem to
give new impetus to the provision of information on the environment and organisation
of the general public’s access to it. Does the creation of the European
environmental agency and specific institutions in the States over the past decade or
so provide evidence that environmental information might be called on to play a
more high-profile role in the implementation of public environmental policies? This
paper attempts to demonstrate that in spite of the progress achieved, much remains
to be done to build up knowledge of environmental issues and that the independence
of agencies, a proof of their credibility, is a continuous uphill struggle.
Numerosos textos legislativos y recomendaciones tanto europeas como
internacionales parecen dar un nuevo ímpetu al suministro de información sobre el
medio ambiente y a la organización de su acceso pro parte del público. ¿Es la
creación desde hace una década de la agencia europea del medio ambiente y de
instituciones específicas en los Estados una prueba de que la información
medioambiental podría llegar a desempeñar un papel más destacado en la aplicación
de las políticas públicas del medio ambiente? Este artículo intenta mostrar que a
pesar de los progresos realizados, todavía queda mucho por hacer a fin de fortalecer
el conocimiento de las problemáticas medioambientales y que la independencia de
las agencias, aval de su credibilidad, es un combate constante.
L’information environnementale est devenue un outil essentiel pour la définition, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques d’environnement. Son
essor constitue une condition indispensable à la participation des citoyens à
la gestion de l’environnement. L’information est en effet de plus en plus
considérée comme un outil de communication permettant de s’assurer que
les citoyens et la société civile en général (entreprises, consommateurs, associations, syndicats) jouent pleinement leur rôle. Dans une économie de
marché où l’accès à une information libre et honnête est une pré condition
au fonctionnement équilibré des forces “motrices” agissant sur l’environnement, la gestion et la protection du capital naturel sont désormais étroitement dépendantes de ce que certains (OCDE 2001) appellent la “démocratie
environnementale”.
À l’origine des efforts accomplis par les États pour concevoir les dispositifs amont (la métrologie, les réseaux de mesures) et aval (les rapports de
statistiques, les indicateurs) de l’information environnementale, il y a des
textes législatifs et réglementaires de niveau national ou international comme
la convention d’Aarhus ( 1998), la recommandation de l’OCDE sur l’information environnementale ( 1998), ou à l’échelle de l’Union européenne, la
directive sur l’accès à l’information que les États membres doivent transposer et appliquer ( 1990).
Certains États vont au-delà de ces obligations légales en considérant que
l’information devient, au même titre que les instruments juridiques et économiques, un outil de régulation. Selon eux, l’information, lorsqu’elle est
conçue avec rigueur et impartialité permet de déboucher sur une prise de
conscience pouvant aller jusqu’à modifier durablement les comportements
des agents économiques dans les directions souhaitées par ceux qui représentent l’intérêt général.
La création de l’Agence européenne de l’environnement au début des
années 90, dont le fonctionnement repose sur un réseau de compétences
techniques scientifiques et statistiques transeuropéen, correspond à une dynamique qui pourrait faire à terme de l’information une
troisième voie dans
la conception des politiques d’environnement
[1] et leur mise en œuvre.
Après un historique de l’émergence de l’information comme outil de
régulation en Europe, cet article tente d’évaluer les forces et les faiblesses
d’un tel dispositif à la lumière d’exemples pris dans l’Union européenne.
Une politique européenne de l’environnement fondée sur la conviction
et non sur la connaissance
Comme il semble lointain le temps où l’honnête homme ou le citoyen concerné devait jouer les rats de bibliothèque pour dénicher les informations
qui lui permettraient d’approcher, ne serait-ce qu’imparfaitement la situation de l’environnement de son pays ou, plus encore, de son lieu d’existence ! La deuxième moitié des années 80 va sans nul doute marquer un
tournant majeur au niveau européen pour des raisons différentes.
Une quinzaine d’années après l’adoption du premier programme d’action pour l’environnement ( 1973-1978), l’Europe de l’environnement semble prendre ses marques. Une centaine de directives et de règlements a vu le
jour dans des domaines où soit il semblait urgent d’agir, soit que certains
États membres dont les politiques sectorielles
[2] étaient porteuses de succès
avaient décidé
d’exporter leurs recettes. L’Acte Unique ( 1986) va donner
définitivement un ancrage juridique à cette politique fondée jusqu’alors sur
un Traité de Rome silencieux, et pour cause, sur l’environnement. Le paradoxe est qu’au moment même où l’environnement accède à un semblant de
notoriété, l’application des règles édictées connaît un très maigre succès.
Les directives consacrées à l’eau
[3] ne sont pas respectées sinon dans la forme
du moins dans le fond et déjà des voix se font entendre qui réclament plus de
données environnementales et économiques en amont des prises de décisions et plus d’informations en aval sur les effets réels de la législation sur
les milieux visés.
La Commission, consciente que sa politique s’est construite sur le volontarisme de certains États Membres désireux de flatter leur opinion et de
satisfaire leurs industriels
[4] publie pour la première fois de son histoire un
document
[5] compilant les rares données existantes à cette échelle internationale. En se fondant toujours sur cette conviction que sa législation, peu appliquée, doit acquérir ses lettres de noblesse grâce aux apports de la
connaissance scientifique de l’environnement, la Commission lance le programme CORINE
[6] en 1986. Le pari technologique de la photo satellitaire
est prometteur, il va d’abord concerner les pays du Sud (Espagne, Portugal,
Italie) les plus dépourvus en système d’information et en budgets.
Le 30 avril 1986 lorsque la centrale de Tchernobyl explose et que le
nuage radioactif se disperse vers l’ouest et le nord de l’Europe, les réactions
des États membres ne sont guère homogènes. Si le land de Bavière interdit
la consommation de lait et de légumes, de l’autre côté du Rhin on se plait à
dire et redire
[7] que les retombées du nuage radioactif n’auront pas de conséquences sanitaires. Jacques Delors, à l’époque président de la Commission
qui, cherchait avec d’autres hauts responsables à réunir des éléments d’information sur les impacts de cet accident sur la santé humaine et l’environnement découvre rapidement que les connaissances collectées sont peu sûres
et en tout cas marquées du sceau du secret et de l’incohérence
[8].
Déjà certains avancent l’idée d’une “agence européenne” chargée de collecter et diffuser des informations sur l’environnement européen. D’autres,
estiment que les normes édictées sont bricolées et qu’une autorité supérieure
devrait trancher au vu des connaissances scientifiques et de l’observation
[9].
Enfin des experts soulignent que dans les propositions en matière d’environnement de la Commission ne sont pas suffisamment étayés
[10] tant leur
contestation par les autorités scientifiques de certains États est devenue forte.
Par exemple, le “Chief Scientist” en Grande-Bretagne considère que la concentration maximale admissible en nitrate dans l’eau potable (Directive 80/
778) ne s’appuie pas sur des critères sanitaires. Autant il paraît possible,
sinon souhaitable, de créer une institution susceptible de répondre aux
critiques des citoyens, des associations, des industriels et des politiques qui
s’offusquent de décisions technocratiques et partiales non fondées sur la
connaissance, autant la proposition de mettre en place une “haute autorité
européenne” dont les recommandations feraient autorité auprès du politique
ne recueille pas la faveur des États.
La présidence française de la Communauté ( 1990) va être l’occasion pour
le ministre français de l’époque, Brice Lalonde, d’œuvrer définitivement en
faveur d’une “Agence européenne de l’environnement” (AEE)
[11]. Au niveau
français en effet le plan national pour l’environnement
[12] débouche sur une
réforme de l’administration de l’environnement avec la création, outre les
Directions Régionales de l’environnement (DIREN), et de l’ADEME, de
l’Institut français de l’Environnement (IFEN)
[13] destiné à être
les lunettes du
ministère éponyme. Pour la France, les rôles de l’AEE et de l’IFEN doivent
être peu ou prou identiques car répondant aux mêmes objectifs : diffuser des
connaissances à caractère scientifiques et statistiques sur l’environnement
pour permettre aux citoyens et aux politiques d’asseoir leurs jugements, pour
les uns, et pour les autres, leurs décisions sur davantage de rationalité.
Certes le ministère français de l’environnement, a presque dès sa création, produit et publié des données sur l’état de l’environnement
[14], et par la
suite un document sur les données économiques. Mais dans la mesure où
aucun service digne de ce nom n’était porteur de cette responsabilité administrative, cette production de connaissance n’était que le fruit de compilations de données éparpillées et sans véritable lien avec les processus de
décisions
[15]. Le parallèle avec l’Europe était aisément vérifiable : une task
force “CORINE” composée de deux ou trois agents de la Direction générale
de l’environnement de la Commission faisait office d’“agence” avant que
ne se décide la naissance de l’AEE.
L’Agence européenne de l’environnement moteur de la politique
de l’environnement ?
Les domaines d’activité de l’AEE “englobent dans la mesure du possible
tous les éléments lui permettant de recueillir les informations grâce auxquelles l’état actuel et prévisible de l’environnement peut être décrit sous
les aspects suivants : la qualité de l’environnement, les pressions subies par
l’environnement et la sensibilité de l’environnement” (article 3) y compris
de les placer dans le cadre du développement durable” (règlement n°933/
1999 du Conseil du 29 avril 1999. L’Agence est dotée d’un comité scientifique et fonctionne sous les auspices d’un conseil d’administration composé
des représentants des États membres (un par pays) de deux représentants de
la Commission et deux personnalités qualifiées désignées par le Parlement
européen. Un “point focal national” peut être désigné par les États membres
chargés de la “coordination et/ou de la transmission des informations à fournir au niveau national à l’Agence… ” En France c’est l’IFEN qui est le relais
de l’AEE ; d’autres pays n’ont pas créé de structures ad hoc et désignent
soit un service de l’administration centrale (le Royaume Uni), soit une agence
environnementale (l’Allemagne avec “l’Umwelbundesamt” de Berlin)
L’Agence a mis en place très rapidement après sa création un réseau
EIONET
[16] rassemblant les points focaux nationaux, les centres thématiques
et les centres de référence de façon à lui permettre de jouer pleinement son
rôle : “fournir à la Communauté et aux États membres les informations objectives nécessaires à la formalisation et à la mise en œuvre de politiques
environnementales judicieuses et efficaces ; à cet effet, fournir notamment à
la Commission les informations qui lui sont nécessaires pour mener à bien
ses tâches d’identification, de préparation et d’évaluation des mesures et de
la législation dans le domaine de l’environnement” (article 3.2 du règlement
933/1999)
Les institutions nouvelles peut-être encore plus qu’ailleurs en matière
d’information parce que les enjeux de pouvoir sont plus aigus, sont à leur
naissance, particulièrement fragiles. L’Agence européenne n’a pas fait exception à la règle qui veut que “pour exister il faut publier”. Un programme
de publications très ambitieux est donc mis en place dès la moitié des années 90 avec un souci majeur : celui d’établir le rapport sur l’état de l’environnement européen
[17] dans des délais relativement brefs et avec une assise
scientifique qui le rendrait crédible. Au moment de sa publication en 1998
l’attente et la curiosité étaient grandes surtout au niveau de la Commission
et du Parlement européen.
L’attitude de la Commission à l’égard de l’Agence pouvait être qualifiée
de circonspecte en raison des souhaits affichés par le Directeur Général de
l’AEE d’être le plus indépendant possible du pouvoir politique et de se démarquer ainsi d’Eurostat, l’office statistique européen, qui est de fait, une
des Directions générales de la Commission.
Ses craintes de voir l’Agence considérée comme un des acteurs de la
politique de la Commission n’étaient pas infondées. En effet les habitudes
bureaucratiques et corporatistes persistent même lorsque la forme
institutionnelle change. Parmi les voies possibles de l’indépendance et de la
crédibilité, les deux sont intimement liés, c’est un truisme que de le rappeler. L’Agence a choisi de se faire entendre des parlementaires européens
souvent soucieux d’établir leurs positions face à des acteurs puissants : la
Commission et le Conseil qui ont l’atout majeur de s’appuyer sur des réseaux d’experts et des bureaux d’études ayant pignon sur rue. L’autre voie
utilisée a été celle du “professionnalisme”. Les professionnels ont des objectifs, des codes de conduite, des corpus de connaissance et des préoccupations où le carriérisme n’est pas toujours la principale motivation, qui les
font résister aux pressions et aux protestations circonstancielles des acteurs
extérieurs
[18]; il faudrait sans doute rajouter à ces deux moyens de gagner ou
de sauvegarder un minimum d’indépendance, les avantages du travail en
réseau (le “networking”). Sa fonction n’est pas seulement de permettre une
division du travail efficace ainsi que l’échange d’informations, mais aussi
de faciliter le développement de standards et de pratiques de travail qui sont
à l’origine d’attentes et de projets communs, sans compter les mécanismes
sociaux par lesquels les réputations des institutions formant le réseau se
renforcent mutuellement
[19].
Les succès de l’AEE : le “reporting”
Le rapport de l’AEE, The Environment at the Turn of the Century, gros
ouvrage de 450 pages publié en 1999, n’a pas eu d’emblée l’impact médiatique escompté. Pour cela il eût fallu que les États membres (les ministres
chargés de l’environnement et leurs Instituts ou Agences dédiés) relaient
largement les informations produites dans cette synthèse.
Le pari de l’AEE était d’aller au-delà du simple constat que l’on pourrait
résumer par “comment l’environnement de l’Europe a-t-il changé ?”. La
Commission (la Direction générale de l’environnement) à la lecture du synopsis ne fut pas transportée d’enthousiasme. Elle découvrait que les experts de Copenhague voulaient s’appuyer sur des scénarios prospectifs et
souligner les impacts et les liens entre l’économie et l’environnement. Voir
l’Agence entrer dans les champs de ce qu’elle considérait comme “politique” lui semblait peu pertinent par rapport à son mandat. Mais, graduellement les tentatives de persuasion de l’Agence trouvèrent un écho moins
défavorable à la Commission. En réalité, celle-ci se trouvait confrontée au
délicat exercice qui consistait à faire le bilan du cinquième programme
d’action 1992-2000 “Vers un développement durable”, tout en rédigeant les
esquisses du sixième programme d’action pour la protection de l’environnement. Le rapport de l’Agence eut ainsi le mérite d’être publié au moment
où la Direction générale de l’environnement cherchait des arguments pour
son évaluation programmatique.
De son côté, le Parlement européen, désirant répondre aux propositions
de la Commission relatives au futur sixième programme d’action, sut trouver dans le bilan fourni par l’Agence les arguments qui lui faisaient défaut.
Si l’on ajoute que les organisations non-gouvernementales, à l’instar du Parlement européen, étaient dans l’attente d’un document de référence, le succès de cette synthèse fut de la sorte achevé. Ce sont les éléments prospectifs
ainsi que l’approche territoriale, qui retinrent le plus l’attention des acteurs.
C’était en effet la première fois qu’une prospective par secteur (tourisme,
agriculture, … ) était proposée dans un document de synthèse qui mettait
l’accent sur des évolutions plutôt inquiétantes pour l’état de l’environnement de l’Union. Au total, le rapport de l’AEE est devenu un document
politique avant d’être un document de référence, et ce sans être passé par la
case médiatique. La question environnementale a été propulsée ainsi grâce à
Agence au niveau européen dans un “débat public sans citoyens”. Confiné à
un réseau d’experts et de décideurs, il a su convaincre la Commission que
les experts de Copenhague et leur réseau étaient dignes de confiance.
Les indicateurs : des outils précieux dans la décision publique
La question de l’intégration de l’environnement dans les politiques sectorielles (article 6 du Traité d’Amsterdam) est l’enjeu central d’un développement durable. La stratégie de Cardiff de 1998, en s’appuyant sur cette
affirmation faisait jouer aux indicateurs un rôle déterminant pour témoigner
des efforts réalisés ou des progrès restant à accomplir pour intégrer l’environnement dans les secteurs économiques.
Le thème “Transports et environnement” s’est concrétisé en 1999 autour
du “Transport and the Environment Reporting Mechanism” (TERM) grâce
auquel un ensemble d’indicateurs illustrait une relation plutôt conflictuelle.
À l’origine, la Direction générale des transports de la Commission s’était
portée candidate pour réaliser cette évaluation en étroite coopération avec
l’AEE. Financée par cette Direction, ce travail a laissé une très grande liberté à l’Agence sachant qu’il importait pour les deux parties de trouver les
termes d’une neutralité indispensable à la crédibilité du document final. Le
choix des indicateurs a échu à l’Agence qui a aiguillé sa réflexion vers une
sélection articulée sur des problématiques politiques intéressant la Direction générale des Transports. Le dialogue entre les partenaires s’est concrétisé à la satisfaction générale, la Direction générale des transports étant
intéressée par exemple par la promotion du programme “Auto-Oil
[20]”. En
termes de résultats “TERM” a montré tout d’abord, que l’utilisation des
indicateurs dans la réflexion autour de la problématique d’intégration pouvait se faire durablement. Ensuite, qu’il s’agissait d’un cadre d’analyse sur
un secteur qui pouvait être aisément transposable à d’autres (agriculture et
tourisme par exemple) du point de vue de la structure méthodologique. Enfin, que cet exercice était devenu une référence pour les ONG et les Médias
qui s’en servirent abondamment.
D’autres publications de l’AEE sur les indicateurs ont fait progressivement leur chemin dans l’agenda politique. C’est le cas du document
“environmental signals” qui établit une sorte de “benchmarking” des États
membres quant à leurs performances environnementales (par exemple les
émissions de gaz à effet de serre, leur intensité énergétique, … ) et qui sont
édités assez tôt dans l’année de façon à servir de base aux discussions du
Conseil. La présentation qui en est faite par l’Agence et qui s’appuie sur des
“smiley faces” (faces souriantes stylisées) en guise de synthèse n’évite pas
toujours le simplisme du message. Mais la relation qui est systématiquement faite entre la problématique politique et l’indicateur venant en réponse
a le mérite de la clarté et de la pertinence. Point n’est besoin par exemple
d’être un expert pour comprendre les tendances de la production de déchets
ou les menaces pesant sur les écosystèmes fragiles grâce à ce document.
Reste néanmoins le caractère technocratique de ce type de brochures : le
choix des problématiques et des indicateurs associés ne reflète que marginalement les préoccupations des citoyens. Pour répondre à cette objection, le
Royaume-Uni a imaginé, dans son choix d’indicateurs environnementaux,
de s’appuyer sur les priorités de ses ressortissants exprimés par les enquêtes
d’opinion. Pour louable qu’elle soit, cette initiative ne tient pas compte de la
complexité de la construction sociale des problématiques environnementales.
Tableau 1
Instruments utilisés pour l’intégration
[21]
Tableau 1 : Instruments utilisés pour l’intégration
dans le domaine des transports
Économie Information “Command and Volontaires
Control”
Mesures nouvelles Mécanisme Réglementation du Accords volontaipour ouvrir le indicateurs secteur du fret res avec l’industrie
marché au “TERM”. routier du rail.
transport de
marchandise par le Politique de Pourcentage Accord sur la
rail. sécurité routière : minimum de réduction des
actions sur les biocarburants. émissions de CO2
Taxe sur le comportements des des véhicules.
kérosène. conducteurs. Politique de
planification selon Plans de mobilité
Mesures pour Journées sans le ESDP21. des entreprises.
encourager le voiture.
cabotage et les
voies navigables
pour le transport du
fret.
Harmonisation de
la taxation des
carburants.
Réduction des
taxes pour les
biocarburants-
transports
Source : Ecologic, 2002
Ecologic, 2002
Dans ce tableau les instruments économiques apparaissent prépondérants
alors qu’une place limitée est faite aux outils basés sur l’information même
si le mécanisme “TERM” tient une place prépondérante dans la stratégie
d’intégration du secteur des transports.
À l’exception du secteur précédent, la quasi-absence d’objectifs chiffrés
et d’actions concrètes basées sur un calendrier interdit le développement
d’indicateurs de performance, outils d’information mis à la disposition et
des décideurs publics et des acteurs (citoyens, associations, collectivités,
industriels, … ). C’est pourtant à ce prix que l’information peut être le vecteur d’un meilleur processus d’intégration de l’environnement dans les secteurs économiques.
Dans le cadre du Conseil Marché intérieur de juin 2001
[22], la stratégie
d’intégration comprend une batterie d’outils d’information et de communication qui, eux, s’adressent plus volontiers au consommateur ou au producteur (voir tableau ci-après). Les résultats attendus portent par exemple sur
l’inflexion des comportements des ménages au vu notamment des leçons
tirées des expériences menées dans les États de l’Union en ce qui concerne
les achats des produits “verts” ou labellisés
[23].
Il est logique que les cibles de l’information ne soient pas identiques
d’un secteur à l’autre, mais il est frappant de relever qu’en règle générale ce
type d’instrumentation soit désormais inscrit clairement dans les stratégies
politiques de l’Union.
Tableau 2
Instruments pour l’intégration
Tableau 2 : Instruments pour l’intégration
dans le domaine du marché intérieur
Économie Information “Command Volontaires
and Control”
Taxes et redevan- Eco-labels. Restrictions de EMAS
ces. l’usage des
Inclusion de produits dangereux Accord sur la
Révision des aides l’environnement (autorisations) réduction des
d’État. dans les rapports émissions de CO2
annuels des des véhicules.
Inclusion des entreprises.
caractéristiques Plans de mobilité
environnementales Communication des entreprises.
dans les marchés pour stimuler
publics. l’achat de produits
“verts”.
Communication
pour stimuler
l’industrie pour
offrir des produits
“verts”.
Politique intégrée
des produits
(Études de cycles
de vie)
Source : Ecologic, 2000
Ecologic, 2000
Les catégories de l’information environnementale
L’information environnementale peut se catégoriser à partir de l’offre d’information et des profils générateurs des données. Cette nomenclature de
l’information environnementale comprend quatre classes : scientifique, statistique, informatique et administrative. Leurs cibles et leurs qualités premières sont différentes mais l’utilisation finale qui peut en être faite par des
diffuseurs secondaires du type des Agences ou Instituts mentionnés plus
haut, indique que l’information synthétique prend tout son sens par l’agrégation intelligente d’un vaste puzzle.
- L’information scientifique est générée par le milieu de la recherche dans
la grande majorité des cas pour son propre usage
[24]. Les données sont
collectées de manière ponctuelle pour répondre aux objectifs d’une
recherche particulière ou pour expliquer par exemple le comportement
d’une espèce ou pour comprendre la diffusion d’un polluant, ou pour
analyser les impacts d’un produit ou d’une technologie.
- L’information statistique s’appuie sur des dispositifs d’enquêtes récurrents ou non ou des collectes menées de façon routinière. Les données
sont agrégées et compilées en séries temporelles.
- L’information dite informatique met l’accent non pas sur les données
mais sur les outils et les réseaux. Ce qui compte dans ce cas, c’est la
dimension technologique et le souci de rendre les données compatibles,
standardisées et interchangeables. Le seul objectif de cette conception de
l’information revient à pouvoir disposer d’un panier de données décentralisées, afin d’effectuer selon les besoins des “collages”. L’offre d’information est considérée comme infinie, et les tenants de cette vision ne
se posent pas la question de la collecte de l’information ou de la mesure,
car ils partent de l’hypothèse que la mise en réseau permet des combinaisons telles que les problèmes de collecte sont résolus (BORDE 2003). Le
point faible de cette conception se situe dans le résultat obtenu : on ne
peut se servir de l’information qu’en effectuant une sorte de cueillette
sélective dont la pertinence laisse parfois à désirer puisque des séries de
données sans rapports entre elles peuvent être agrégées.
- Enfin l’information administrative est générée par l’appareil administratif lui-même. Il s’agit de données (par exemple : nombre d’infractions,
inspections d’unités industrielles, budget) utiles pour le pilotage de l’administration. Ces données peuvent devenir des outils de la mesure de la
performance environnementale et guider l’action publique en rappelant
par des indicateurs ad hoc les efforts à accomplir pour atteindre les objectifs fixés nationalement ou internationalement (Ifen 2000).
Les cibles de l’information environnementale : plutôt les experts
que le public ?
L’observation des phénomènes physique et la mise en lumière des comportements des agents économiques (ménages, entreprises, agriculteurs, … )
correspond à des productions de connaissance qui aident à piloter les politiques de l’environnement.
L’État, en l’occurrence les administrations responsables de l’édition des
règles et de leur respect (la Commission, le Conseil et le Parlement européen au niveau de l’Union) se trouve être le premier utilisateur théorique
des informations synthétiques produites par les diffuseurs d’information. Si
nous disons théorique, c’est qu’en réalité, la production de l’information par
le biais de synthèses ou d’indicateurs n’a, le plus souvent, que des impacts
indirects sur ce type d’utilisateur.
Tableau de
bord Indicateurs2 (par ex nombre de jours de
L’expérience montre en effet que ce sont les médias qui sont les premiers
destinataires des publications en provenance des diffuseurs. Or les journalistes préfèrent souvent mettre en avant des informations susceptibles de
retenir l’attention de leurs lecteurs c’est à dire des informations soit polémiques, soit novatrices (le “scoop”). Dans la grande majorité des cas observés,
beaucoup de données ne prennent tout leur sens qu’en étant présentées et
analysées de façon synthétique et mises en perspective. C’est le cas des
batteries d’indicateurs de l’AEE (environmental signals) ou de l’IFEN qui
ne retiennent pas forcément l’attention des médias car elles n’ont pas les
qualités relevées plus haut : ni polémiques, ni
frappantes. Le recours à ce
type d’outils suppose un minimum d’apprentissage de la part des utilisateurs et pour commencer une analyse approfondie que ne s’autorisent pas
les toujours les media. En revanche, dès lors qu’une information est relayée
par la presse ou les médias audiovisuels, le politique se trouve interpellé et
sommé de répondre. S’il n’a pas un minimum d’indépendance et que l’information produite met son administration de rattachement dans l’embarras, son diffuseur peut être mis en mauvaise posture par sa tutelle.
L’automaticité de la réponse de l’administration mise en question par la diffusion de l’information
[25] n’est pas évidente. Elle peut conduire le diffuseur
des données à adopter une conduite
prudente en s’entourant de toutes les
garanties de recevabilité par le pouvoir politico-administratif. Ce problème
se pose moins pour une institution telle que l’Agence européenne de l’environnement qui, de facto, joue astucieusement et de façon pragmatique sur
des pouvoirs conflictuels et antagonistes (Commission, Parlement, Conseil,
associations, … ).
À l’inverse de la frilosité du pouvoir politique placé parfois devant ses
contradictions ou son impuissance, (le respect des lois… ) par la diffusion
d’informations gênantes, il est loisible de relever que les ministères chargés
de l’environnement, peuvent solliciter une information qui va renforcer leurs
points de vue dans des luttes inter-services
[26]. Ce rôle d’une information générée indépendamment des ministères chargés de l’environnement venant
indirectement en appui de son action en stigmatisant par des données validées les effets des mesures prises par les ministères sectoriels est pourtant
largement ignoré de nombre d’entre eux. On peut, à cet égard, noter une
certaine symétrie dans les rapports entre l’Agence européenne et la Commission et les relations entre certains ministères et les agences chargés de
l’information : méfiance allant jusqu’à la remise en question des tâches à
elles, dévolues.
L’information pour les juges
L’information environnementale produite au niveau national est davantage
destinée aux administrations nationales et internationales qu’au public au
sens large quoique certains pays, comme le Japon, aient fait des efforts pédagogiques importants pour permettre une lecture facile des données diffusées
[27]. Le public, comme le montrent nombre d’enquêtes d’opinion a une
dilection particulière pour des informations qui se rapportent à la situation
de son habitation ou qui ont trait à d’éventuelles répercussions sanitaires
[28].
Les statistiques disponibles au niveau européen montrent par ailleurs que
les plaintes adressées à la Commission pour non-application des directives
communautaires émanent le plus souvent de pays qui n’ont pas ou peu de
structures de concertation au niveau local. C’est principalement dans ce type
de pays que l’information produite par les réseaux de mesure de l’air ou de
l’eau peut être un vecteur d’action contentieuse au niveau communautaire.
L’exemple suivant illustre cette assertion.
Les Directives 89/369 et 89/429 ont pour objet de réduire la pollution
résultant de la combustion des déchets municipaux. La Commission européenne a introduit un recours en février 2001 visant à faire constater que la
France ne respectait pas les dispositions de mise en conformité des incinérateurs de déchets à la date prescrite ( 1
er décembre 1990 pour les installations
nouvelles, 1
er décembre 1996 pour les installations existantes). À l’origine
de ce contentieux, une plainte concernant l’incinérateur de Maubeuge qui,
aux dires du plaignant, ne respectait pas les directives sus mentionnées. La
Commission “a pris connaissance des résultats d’une enquête établie le 1
er
décembre 1996 par le ministère français chargé de l’environnement qui démontrait que 40 incinérateurs (… ) rejetaient des poussières et des métaux
lourds au-delà des valeurs maximales autorisées”. Un communiqué de presse
de ce même ministère en date du 18 janvier 1999 indiquait que 7 installations d’incinérateurs avaient émis des quantités de dioxines et des furannes
supérieures à 10 ng I – TEQ/m
3. La Commission a utilisé ces informations
pour introduire le recours devant la Cour de Justice qui a condamné la France
en juin 2002
[29].
Dans ce cas, comme dans bien d’autres, la Commission a utilisé les informations produites par le pays dans lequel l’infraction avait lieu. La Commission en se fiant aux données environnementales produites nationalement
peut accomplir sa mission de régulateur et de contrôleur. Grâce à ses prérogatives de puissance publique elle contraint les États à fournir gratuitement
et régulièrement un nombre important d’informations localisées. Il est notable en revanche que l’Agence européenne n’est pas en mesure de fournir
l’information de type réglementaire contenue dans nombre de législations,
ni n’en a la mission. Cette prérogative de la Commission qui est destinataire
des rapports de mise en œuvre envoyés par les États membres et que le
Conseil n’a jamais remis en cause, prive les citoyens d’une interpellation
directe de leurs gouvernements.
En réalité, selon la Commission et les États membres, il appartient à
l’AEE d’être le fer de lance de l’Union dans l’harmonisation et la simplification du “reporting” qui déborde désormais le cadre strictement réglementaire puisqu’il comprend les nouvelles mesures établies dans le cadre des
Tableau 3
Pourcentage des législations européennes obligeant
Tableau 3 : Pourcentage des législations européennes obligeant
à rapporter les mesures prises et leur efficacité
Pas de description des mesures prises, ni d’évaluation de ces mesures 50 %
Descriptions des mesures exigées 38 %
Évaluation des impacts et de l’efficacité des mesures 12 %
stratégies d’intégration de Cardiff, les stratégies thématiques du sixième
programme d’action et la stratégie de développement durable de l’Union.
Au-delà de l’Agence européenne des avancées relativement importantes…
Au niveau européen, les ministères chargés de l’environnement ont édicté
des règles pour l’accès à l’information, certains allant même jusqu’à publier
des brochures décrivant en détail comment accéder à l’information sur l’environnement. Dans tous les cas, des rapports sur l’état de l’environnement
sont désormais réalisés à échéances régulières, des recueils de statistiques et
des indicateurs sont couramment publiés. Dans le domaine de la prévention
des risques technologiques, des efforts ont été accomplis afin de permettre
aux entreprises et aux autorités publiques de mieux informer le public sur
les mesures prises et sur les conduites à tenir en cas d’accident. Des États
mettent à disposition des citoyens des informations précises sur la pollution
des sols et utilisent intensivement Internet pour communiquer par cartes ou
bases de données les informations disponibles sur les milieux physiques et
les pressions des secteurs économiques.
Dans la pratique cependant, il a parfois été difficile d’arbitrer entre le
droit à l’information des citoyens et la protection du secret industriel et commercial. En particulier, certains rapports utilisés pour aider à la décision ne
sont pas toujours aisés à obtenir dans la mesure où ils contiennent des données confidentielles sur les entreprises. On peut penser que la pleine application de la directive sur le contrôle intégré de la pollution autorisera certains
progrès à cet égard
[30].
Dans tous les pays développés, l’information environnementale comprend
une très grande variété de thèmes (l’air, l’eau, le sol, les déchets, … ) et de
sujets (les changements climatiques, l’acidification, l’étalement urbain, … )
analysés dans des contextes où sont mobilisés la métrologie, la statistique et
les sciences dites exactes. Les dernières années ont vu l’émergence d’approches nouvelles comme l’analyse des interactions entre les “pressions” dues
aux activités humaines (les transports, le tourisme, l’agriculture, l’industrie,
… ). Il s’agit, à la lumière de la stratégie d’intégration de Cardiff (Conseil
européen de 1998) de mesurer les performances des secteurs vers un
découplage entre leur croissance et les externalités qui leur sont liées. Les
batteries d’indicateurs réalisés jusqu’à présent n’ont cependant pas eu les
répercussions attendues par ceux qui les conçoivent à savoir une prise de
conscience de chacune des administrations gestionnaires des secteurs en cause
de l’importance des enjeux.
Mais des lacunes ou des problèmes demeurent…
Le point faible de l’information dans la grande majorité des pays reste, paradoxalement, la connaissance des opinions et des attitudes des citoyens, alors
même qu’ils se trouvent être les acteurs premiers des politiques
environnementales (que l’on pense à la place de la voiture en ville, du tri des
déchets, … ).
L’observatoire des pratiques et représentations sociales sur l’environnement (OPRESE) mis en place à l’Ifen en 1995 est le seul exemple d’un
dispositif intégré dans une agence gouvernementale spécialisé dans l’information environnementale. D’une manière générale, d’importantes lacunes
subsistent pour couvrir la dimension sociale de l’environnement (répartition
de la population exposée à des risques ou des nuisances, effets redistributifs
des politiques d’environnement par exemple).
Par ailleurs, si les informations produites ou véhiculées par les administrations de l’environnement sont en règle générale faciles à obtenir, il n’en
est pas forcément de même de celles qui sont détenues par d’autres administrations, notamment celles qui sont responsables des activités à l’origine des
dommages les plus aiguës à l’environnement. Ceux qui pilotent les systèmes d’information sur l’environnement et le développement durable savent
pertinemment que les données les plus “intéressantes” sont le plus souvent
celles que détiennent les “autres”.
Les progrès ont ainsi été très ténus en ce qui concerne les modifications
souhaitées par les responsables de l’information environnementale. Les statistiques produites par les administrations sectorielles ne reflètent, et c’est
bien compréhensible, que leurs propres problématiques ou enjeux. Leurs
nomenclatures, leurs enquêtes et les échelles administratives utilisées sont
dans bien des cas inopérantes pour les besoins des environnementalistes.
Beaucoup reste donc à accomplir pour coordonner les besoins entre les différents services concernés et ce dans la plupart des États.
Lorsque des entités “quasi-publiques” détiennent l’information, les problèmes liés à son obtention peuvent se révéler plus difficiles encore car,
elles ne se sentent pas concernées par les obligations légales pendantes pour
les autorités publiques.
Un des obstacles les plus fréquemment rencontrés provient de l’éclatement de l’information parmi de nombreuses administrations ou officines
locales et ce quel que soit le niveau d’organisation institutionnelle qui prévaut. Certes, la réponse n’est pas complexe à imagineravec les moyens
modernes de communication électroniques accessibles désormais au plus
grand nombre. Il s’agit aussi dans bien des cas de simplement surmonter des
questions de susceptibilité administrative.
Des pans entiers d’information restent des “terra incognita”. Citons les
sols pollués, les effets des produits chimiques sur la santé et l’environnement, les caractéristiques d’une biodiversité “acceptable”, les impacts du
changement climatiques sur les milieux, les synergies entre polluants atmosphériques, …
Se pose également la question des échelles auxquelles la restitution de
l’information peut avoir lieu dans un souci d’efficacité. La région et l’agglomération semblent ainsi des niveaux particulièrement probants pour disséminer les informations
[31] y compris pour des États centralisés. Les initiatives
de la France avec l’Ifen, de la Belgique, de l’Autriche ou du Danemark
montrent tout l’intérêt de se rapprocher des demandes des citoyens favorisant la production de données simples, compréhensibles et donc utilisables.
Les voies du progrès
À l’heure actuelle, il existe encore, au sein de l’Union européenne une très
grande diversité dans la couverture des thèmes environnementaux par les
rapports sur l’état de l’environnement et la qualité intrinsèque de ces documents de “reporting” reste variable. Certains pays considèrent ces tâches
comme relevant d’une routine administrative, tandis que d’autres les conçoivent dès l’origine comme des documents d’aide à la décision qui peuvent
même dans certains cas être présentés devant le Parlement. Leur influence
dans le débat public reste cependant modeste et dans nombre de pays, on
demeure éloigné des avancées de l’Agence européenne de l’environnement
qui a su, grâce à un exercice de prospective bienvenu, alerter les décideurs
européens en stigmatisant des trajectoires de développement économique
très défavorables à l’environnement.
Beaucoup des inefficacités constatées dans les systèmes d’information
proviennent de ce qu’ils sont souvent “distordus” par des techniques très au
point mais peu pertinentes pour élucider les problématiques
environnementales. De toutes les données produites (aussi bien physiques
qu’économiques ou sociales), beaucoup ne sont pas utilisables pour le
reporting environnemental, ni ne sont utiles pour la décision publique, la
recherche ou l’information du public.
Comme le soulignaient les conclusions du séminaire européen “Bridging
the Gap” organisé par l’Agence européenne et le ministère chargé de l’environnement du Royaume-Uni en 1998 : “les systèmes d’information et de
surveillance de l’environnement dans les pays européens sont inefficaces et
gaspilleurs. Ils génèrent des quantités de données sur des sujets qui n’en
nécessitent pas et ne fournissent pas d’information sur d’autres thèmes où il
y a un besoin urgent d’information et d’évaluation plus pertinentes”.
La politique de l’environnement est une des politiques publiques qui fluctue le plus dans la mesure où elle est en même temps consubstantielle au
progrès humain et conjoncturelle par rapport aux aléas et risques techniques
et naturels.
Dès lors les besoins en information en amont et les besoins de “reporting”
en aval devraient pouvoir s’adapter à une commande politique souvent privée de boussole (il n’est que de comparer les thèmes de la politique générant
des besoins en expertise et en information aujourd’hui et il y a dix ans… ) et
qui, dans le même temps n’accorde qu’un faible niveau de priorité à la mise
au point de l’information (baisse des budgets et des effectifs dans la majorité des pays développés)
[32].
En réalité il pourrait s’agir dans un premier de mieux diriger les moyens
existants dans les systèmes d’information scientifiques et statistiques de façon que leur production rencontre la demande à coûts constants. Que les
Parlements ou les instances décisionnaires élues soient saisis et consultés,
que les citoyens se trouvent mieux alerter de leurs droits et des moyens de
connaître par des produits de reporting “territorialisés”, que les acteurs :
entreprises, associations, syndicats, consommateurs soient mieux à même
de participer au débat public pour que vive une véritable démocratie
environnementale.
[1]
Après la première voie “command and control” et la deuxième voie : les instruments de marché.
[2]
L’eau pour la France, l’air pour l’Allemagne.
[3]
Eaux potables, eaux superficielles.
[4]
Voir ROQUEPLO P.,
Pluies acides, une menace pour l’Europe, Economica, Paris, 1993.
[5]
“L’état de l’environnement dans la communauté européenne”, 1986.
[6]
Décision 85/338CEE.
[7]
Cf. les déclarations du SCPRI.
[8]
CRIE H. et RIVASI M.,
Ce nucléaire qu’on nous cache, Albin-Michel, 1998, Paris.
[9]
LAVOUX T. et MOATTI J.-P.,
Le Monde Diplomatique, avril 1998.
[10]
Norme sur le nitrate ou les pesticides dans l’eau potable, par exemple.
[11]
Règlement du Conseil 1210/90 du 7 mai 1990.
[12]
Plan national pour l’environnement, supplément spécial
d’Environnement actualité, septembre 1990.
[13]
Décret du 18 novembre 1991.
[14]
Le premier date de 1975.
[15]
Dans les années 70 la connaissance sur la qualité de l’air les quantités de déchets, la qualité des sols
et les émissions en général reste lacunaire en France.
[16]
European Environment Information and Observation Network.
[17]
The “Environment at the Turn of the Century”, AEE, 1999.
[18]
Le Directeur général de l’AEE a souvent souligné avoir préféré le “professionnalisme” au
“bureaucratisme” dans le recrutement de ses experts.
[19]
“The New European Agencies : Regulation by Information”,
Journal of european public policy, 4,
2, pp. 262-275.
[20]
Le programme “Auto-Oil” évalue les options stratégiques visant à améliorer la qualité de l’air et à
réduire les émissions du transport routier.
[21]
European Spatial Development Perspective.
[22]
COM ( 1999) 263
[23]
En 2001,42% des Français déclarent avoir acheté des produits “verts
”(L’environnement en France,
Ifen, La Découverte, 2002)
[24]
L’exception est, par exemple, celle du Muséum d’histoire naturelle qui est un opérateur du Ministère chargé de l’environnement et de l’Ifen dans la définition et la cartographie des ZNIEFF “Zones
Nationales d’Intérêts Écologique Faunistique et Floristique”.
[25]
Par exemple la révélation du faible nombre de Plans de prévention des risques présents en France a
gêné une des directions du ministère français chargé de l’environnement (
Données de l’environnement
n °
43, Ifen).
[26]
On pense ici aux arguments produits dans le débat “chasseurs-écologistes” en France.
[27]
Le Japon publie les données sur l’état de l’environnement sous forme de bandes dessinées.
[28]
Voir :
La sensibilité écologique des Français, Ifen 1998
[29]
Arrêt de la Cour de Justice européenne du 18 juin 2002 (affaire C-60-01).
[30]
Directive 96/61 relative à la prévention et à la réduction intégrée de la pollution (IPPC).
[31]
En décembre 2002, un séminaire de travail organisé par l’AEE et la Finlande a porté sur la question
du reporting “régional” en Europe.
[32]
Un certain nombre de pays allant de la Nouvelle-Zélande à l’Autriche envisage de confier au secteur
privé le soin de collecter et gérer les données dans des domaines variés comme le climat (
The Economist,
July 6th 2002)