Ce numéro ou un abonnement.
Ajouter au panier Ajouter au panier - Revue internationale de politique comparée| Revue internationale de politique comparée 2009/4 (Vol. 16) | 26 € |
Versions papier et électronique : le numéro est expédié par poste.
Il est également accessible immédiatement en ligne.
| Abonnement annuel 2013 | 105 € |
Tous les numéros en ligne sont immédiatement accessibles.
ATTENTION : cette offre d'abonnement est exclusivement réservée
aux particuliers. Pour un abonnement institutionnel, veuillez
vous adresser à l'éditeur de la revue ou à votre agence d'abonnements.
Recevez des alertes automatiques relatives à cet article.
S'inscrire Alertes e-mail - Revue internationale de politique comparée Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezLes élections européennes de juin 2009 en Bulgarie : la confirmation de l’éclatement du système partisan
AuteurAntony Todorov du même auteur
Antony TODOROV est professeur de science politique à la Nouvelle université bulgare à Sofia. Le champ des ses intérêts se situe dans l’étude des comportements politiques, les dynamiques électorales et la participation dans les pays de l’Europe centrale et orientale.2001-2009 : Sortie de la transition démocratique et éclatement du système bipartisan
En 2001 le Mouvement national de l’ex-roi Siméon II le NDSV gagnait les élections législatives avec une majorité de 50 % des sièges et formait un gouvernement de coalition avec le Mouvement pour les droits et les libertés (MDL, parti des Turcs bulgares)[2][2] Sur les élections de 2001 voir TODOROV A. , « Bulgarie :...
suite. La nouvelle coalition mit fin à la longue période de transition politique, où deux formations alternaient au pouvoir, à savoir le Parti socialiste bulgare (PSB, héritier de l’ancien Parti communiste) et la coalition anticommuniste transformée en parti politique : « l’Union des forces démocratiques » (UFD). Suite à la débâcle électorale de 2001, une recomposition du système partisan fut initialisée par l’éclatement de l’UFD en plusieurs nouvelles formations dont le parti des « Démocrates pour une Bulgarie forte » (DSB), parti de l’ancien Premier ministre Ivan Kostov. De son coté le Parti socialiste renouvela sa direction et poursuivit son changement idéologique et programmatique qui lui permit d’adhérer en 2003 à
2 Les résultats des élections législatives de 2005, gagnées avec une avance minime par le PSB, confirmèrent ceux de 2001. Le nouveau système des partis est depuis loin d’être bipartisan : le parti qui gagne n’accède pas à une majorité absolue des sièges au Parlement et les autres partis engagés dans la compétition suivent de loin le vainqueur avec des résultats plutôt médiocres.
3 L’éclatement du système partisan de l’époque de la transition postcommuniste se confirmera encore lors des élections locales de 2003 et 2007. Des partis locaux, souvent soutenus par des entrepreneurs locaux, apparaîtront comme une pure manifestation des intérêts privés liés à des micro territoires, et réussiront à écarter les partis « traditionnels » dans plusieurs localités.
La période de l’après 2001 se caractérisa par une crise des affiliations politiques stables, qui prévalaient pendant la transition postcommuniste et par la multiplication des identités partisanes « ad hoc », éphémères, souvent basées sur un conformisme pragmatique. Les élections législatives de 2005 ne produisirent pas un changement radical : le PSB gagnant se voit engagé dans une « grande coalition » avec le NDSV et la MDL, partis du gouvernement sortant. Dans un parlement comprenant 7 groupes partisans, où la droite (UFD et DSB) ne pouvait pas former une majorité et ne voulait pas s’allier avec le nouveau parti de l’extrême droite Ataka, les socialistes durent accepter une coalition avec les libéraux : le NDSV de l’ancien roi et le parti des Turcs MDL, les deux étant membres de l’Internationale libérale[3][3] Cf. TODOROV A. , « Les élections législatives bulgares...
suite. Cette formule gouvernementale fut la seule possible, mais elle fut inefficace à cause des différences de positions politiques entre les trois partis et la nécessité de faire beaucoup de compromis. Suite à cette fragilité de la coalition, le gouvernement eut des difficultés à faire face à la corruption et au déficit de capacité administrative pour bien gérer les fonds européens de préadhésion offerts à la Bulgarie. La fin du mandat de la coalition tripartite fut marquée par un mécontentement général des Bulgares et une volonté de changement à tous prix. Pourtant le bilan gouvernemental ne fut pas du tout catastrophique : en 2007 la Bulgarie adhérait à l’Union européenne; la maintenance du système de la caisse d’émission[4][4] La Caisse d’émission (currency board) est un système...
suite établie en 1997 sauvegarda la stabilité financière de l’État. Durant toute la période de 2005 à 2009 le taux de croissance resta relativement élevé ce qui permit au pays de mieux tenir que d’autres voisins face aux effets de la crise financière. Mais cela ne suffit pas
Le contexte politique des élections européennes et la campagne
4 Les élections européennes devaient être suivies un mois plus tard par les élections législatives ce qui marqua fortement la campagne électorale. Les leaders politiques qualifiaient largement ces élections de « premier tour » des législatives, donc d’affrontement national entre les partis bulgares dans lequel les enjeux européens étaient peu présents.
5 La campagne fut en effet exclusivement centrée sur des thèmes nationaux : combattre la corruption, restituer les paiements européens et restaurer la confiance de l’Union européenne en la Bulgarie, faire face aux conséquences de la crise financière mondiale, garantir l’emploi et les niveaux des revenus, aider les entreprises à survivre dans la crise. Mais le thème qui s’imposa sur tous les autres fut celui du changement gouvernemental, alors que l’enjeu majeur des élections européennes ne visait pas le gouvernement bulgare, mais la composition politique du parlement européen.
6 En conséquence, la campagne se caractérisa par une confrontation politique animée, opposant les 3 partis de la coalition gouvernementale conduite par le PSB à un éventail de partis d’opposition, parlementaires et extraparlementaires. Les forces politiques entrèrent en campagne avec des ressources différentes et en affirmant des profils divers.
Le difficile bilan de la coalition gouvernementale
7 Les partis au gouvernement essayèrent avec difficulté de gérer un bilan difficile, positif et négatif en même temps, en essayant de minimiser ses aspects négatifs. Le PSB[5][5] Site officiel du PSB: www. bsp. bg/ . ...
suite était vu, logiquement, comme le grand responsable de la politique gouvernementale, son leader Serguey Stanichev étant Premier ministre. À la veille des élections européennes, le PSB fut traversé par une confrontation interne, qui opposa des lobbies et des groupes informels internes
8 Son partenaire gouvernemental, le MDL[6][6] Site officiel du MDL : www. dps. bg/ cgi-bin/ e-cms/ vis/ vis. pl?s=001&p=0367&g=. ...
suite (parti des Turcs), qui fut accusé pendant tout son mandat de pratiques clientélistes, et qui avait trois ministères l’agriculture, l’environnement et les situations urgentes semblait beaucoup mieux organisé. Une des raisons possibles de la forte mobilisation électorale fut les discours répétés de pratiquement tous les chefs de l’opposition contre ce parti et son leader Ahmed Dogan, accusés tous deux de pratiques de corruption et de détournement de fonds publics. Ces discours, qui dans leur version extrémiste celle des chefs du parti de l’extrême droite Ataka tournaient en véritable turcophobie, étaient repris aussi par tous les autres leaders de partis de droite. Les électeurs traditionnels du MDL (des Turcs, des Roms, des Musulmans) se mobilisèrent face à cette situation, ressentie comme alarmante et dangereuse.
Quant à l’autre membre de la coalition gouvernementale le NDSV[7][7] Site officiel du NDSV : www. ndsv. bg/ index. php. ...
suite de l’ancien roi, il était dans une situation difficile. Surtout parce que le mouvement avait subi des scissions à la veille des élections européennes : une partie des responsables politiques du parti, notamment des anciens ministres du gouvernement de Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha entre 2001 et 2005, avaient été exclus de l’organisation et formèrent un nouveau parti au sein du Parlement bulgare. Le reste du parti semblait peu mobilisé. Mais le NDSV possédait un atout important : l’excellente image de la commissaire européenne Meglena Kuneva, nommée en 2007, dont la notoriété et la popularité jouèrent un rôle d’une importance majeure pour le parti.
Une opposition divisée
9 Du côté de l’opposition la situation était aussi compliquée. Le plus grand parti de l’opposition était le GERB[8][8] Site officiel du GERB : www. gerb. bg/ . ...
suite, un nouveau parti, créé par le maire de la ville de Sofia, Boyko Borisov, en 2007 lors des élections locales et des premières élections européennes après l’adhésion de la Bulgarie à l’Union européenne. En 2009, ce parti était déjà implanté dans les villes et les communes et avait sensiblement augmenté le nombre de ses adhérents. Son noyau militant était constitué majoritairement d’anciens policiers ou officiers
10 La création du GERB fut accueillie avec hostilité par les partis « traditionnels » de la droite l’UFD[9][9] Site officiel de l’UFD : www. sds. bg/ bg/ . ...
suite et le DSB[10][10] Site officiel de DSB : www. dsb. bg/ ?lang=bg. ...
suite (le parti de l’ex-premier ministre Ivan Kostov). Pendant presque deux ans ces deux partis déclaraient que le GERB n’était pas un parti de la « droite authentique », mais qu’il s’agissait d’une formation fondée par les anciens des services secrets du régime communiste. Il fallut que le PPE accepte le GERB comme membre et que le président du PPE se rende à Sofia pour déclarer que le GERB était bien un parti de la droite européenne, pour que la droite bulgare accepte les faits. Mais il était évident que le GERB représentait une vraie concurrence pour les autres partis de la droite bulgare. Son profil politique, à la différence de ceux des partis de la droite « traditionnelle », ne se basait pas exclusivement sur l’anticommunisme, comme c’était le cas de l’UFD après 1989. Pour les électeurs de droite le GERB représentait une alternative à la coalition gouvernementale, capable de la renverser du pouvoir.
11 L’UFD et le DSB durant plusieurs mois menèrent ensemble ce débat au sujet de la « droite authentique », ce qui n’aida pas les électeurs à mieux comprendre l’identité politique du GERB, non plus que les différences entre ces deux partis (l’UFD et le DSB) tous deux issus de la scission de l’ancienne UFD en 2004. En 2006 pour l’élection présidentielle, les deux partis présentèrent un candidat commun, qui arriva troisième après le président socialiste sortant Georgi Parvanov et le chef de Ataka Volen Siderov. Cet échec électoral de la droite « traditionnelle » augmenta les tensions entre les deux partis et provoqua un dur conflit au sein de l’UFD qui se solda par le départ de certains pour fonder le DSB.
12 Mais la candidature commune de 2006 ne permettait pas de comprendre pourquoi les deux partis se séparaient pour les élections européennes et locales de 2007, puisqu’ils étaient arrivés à faire campagne ensemble pour l’élection présidentielle. Ils n’eurent aucun élu au Parlement européen. Le conflit interne à l’UFD se termina avec l’élection de son nouveau président Martin Dimitrov, ouvert à la coopération avec le DSB de l’ex Premier
La situation à droite se compliquait aussi par l’apparition de quelques nouvelles formations qui prétendaient elles aussi représenter la droite « authentique ». Le parti « Ordre, loi et justice » (RZC)[11][11] Site officiel de RZS : www. rzs. bg/ . ...
suite, créé par un ancien leader de l’UFD et ancien juge constitutionnel, est présidé par un homme politique ayant changé récemment plusieurs fois d’étiquette politique et venant des milieux des agrariens bulgares : Yane Yanev. Le mouvement LIDER[12][12] Site officiel de LIDER] : lider-bg. org/ . ...
suite (« Initiative libérale pour un Développement Démocratique et Européen ») formation dont le sigle rime en bulgare avec le mot leader est soutenu par des homme d’affaires influents. Le dernier nouveau venu est le « Napred »[13][13] Parmi les organisations dans la coalition « Napred » :...
suite (« En avant »), coalition qui regroupe plusieurs petits partis de droite.
Enfin, à l’extrême droite agit le parti Ataka, dont le leader Volen Siderov était journaliste et rédacteur en chef du quotidien de l’UFD « Demokratzia » pendant la période 1991-1992. Ataka apparut en 2005 et mobilisa la partie de l’opinion qui se considérait comme perdante de la période de transition et se sentait mue par un sentiment de vengeance et de revanche. Il y eut en Bulgarie quelques débats au sujet du profil politique de ce nouveau parti. Les partis de la droite « traditionnelle » en voulant afficher le caractère indéniablement démocratique de la droite au sens large, refusèrent de considérer Ataka comme l’un des leurs, mais insistèrent pour le qualifier d’« extrême gauche ». Cet effort fut néanmoins vite abandonné quand les élus européens de Ataka se rangèrent à Bruxelles en 2007 dans le groupe de Jean-Marie Le Pen.
Les élections européennes, premier tour des élections nationales de juillet 2009 ?
13 Les résultats des élections européennes ne furent pas une surprise. Les sondages d’opinion les prédirent au moins pour les grands partis. Tout d’abord et par rapport à 2007, la participation augmenta de 29,2 % à 38,9 %, ce qui était un peu inattendu et à contrario du mouvement général. La raison principale serait que les élections européennes furent vraiment comprises par les électeurs comme « premier tour » des élections législatives entraînant leur mobilisation en conséquence. On verra qu’un mois plus tard la participation pour l’élection des députés au Parlement bulgare sera encore plus élevée et aussi imprévue (tableau 1).

Tableau 1 - Les votants aux élections législatives en Bulgarie (1990-2009)
14 Comme attendu par les résultats des sondages, le nouveau parti GERB remporta la victoire et à contrario du mouvement général avec 24,4 % des suffrages exprimés, suivi à une distance importante par le PSB qui recueillit 18,5 % des voix. Le clivage politique principal s’établit entre le GERB et le PSB, mais ce ne fut pas du tout une reconstitution de la lutte entre ex-communistes et anti-communistes de l’époque de la transition postcommuniste. Au contraire, cela fut le résultat d’une recomposition de la droite où le GERB devint hégémonique en dépit des partis de la « droite traditionnelle » et de l’éclosion des nouveaux petits partis. Dans l’espace politique bulgare GERB occupa en effet la place du mouvement de l’ex-roi NDSV, mais cette fois comme un parti membre du PPE. Les deux partis suivants le MDL (le parti des Turcs) et le parti ultranationaliste « Ataka » illustrèrent le nouveau clivage politique entre les minorités et les nationalistes extrémistes. Le bon résultat du NDSV fut inespéré, mais pourtant compréhensible avec Meglena Kuneva, Commissaire européenne sortante, comme tête de liste.
15 Le paradoxe de cette situation est qu’en raison de la mobilisation des électeurs pratiquement tous les partis gagnèrent des voix par rapport aux élections européennes de 2007, sauf le MDL, qui, en vertu de la loi électorale en vigueur pour ces élections ne pouvait pas compter sur ses électeurs Turcs bulgares, résidents en Turquie[14][14] La loi, qui fut proposée par l’opposition en 2007 et...
suite. Cette disposition était objectivement discriminatoire non seulement pour les citoyens bulgares en Turquie, mais aussi pour les autres diasporas résidant aux États-Unis, au Canada, en Russie et ailleurs.
16 Pour mieux comprendre les évolutions électorales et les transformations du système partisan, il faut voir les résultats des dernières élections européennes dans une perspective historique et comparer leurs résultats non seulement avec ceux des précédentes élections de 2007, mais aussi avec les résultats de élections législatives de 2005 et locales de 2007, voir avec ceux du premier tour de l’élection présidentielle de 2006. Il est évident qu’il faut rester prudent dans la comparaison de résultats d’élections de nature différente, mais on peut tout de même grâce à cette comparaison mesurer la dynamique des électorats des grands partis, surtout s’ils continuent à participer à toutes les élections sous la même étiquette partisane.
17 Si on prend comme point de comparaison les élections des conseillers municipaux de 2007, on voit bien la progression régulière de GERB (le parti de Borisov) : 420 000 voix aux élections européennes de 2007, 597 000 voix aux élections locales de la même année et presque 628 000 voix aux élections européennes de 2009. Cette progression se poursuivit aux élections législatives de juillet 2009, gagnées avec plus de 1,6 millions de voix par ce même parti.
18 Le PSB subit une évolution plus irrégulière : avec ces 476 618 voix en 2009 les socialistes augmentent leur score, mais ce redressement n’est qu’éphémère. Aux législatives de juillet le PSB arrive bien après le GERB,
19 Sur l’autre ligne de clivage du débat politique, qui oppose le parti des Turcs MDL et Ataka, les évolutions semblent être d’une autre nature. Ici la mobilisation des uns entraîne la mobilisation des autres. Le MDL marque apparemment un résultat stable aux européennes avec à peine un peu moins de voix qu’en 2007. Mais pour les législatives de juillet, la dynamique de la mobilisation reprend et le MDL dépasse les 610 000 voix, un résultat sans précédent.
20 Cette dynamique du MDL est bien liée à la mobilisation symétrique des électeurs d’Ataka: quelques 275 000 électeurs au européennes de 2007 mais 308 052 suffrages aux élections européennes de 2009, une mobilisation confirmée par un score de presque 396 000 voix aux législatives de juillet. Ici on voit que les peurs font naître des peurs des deux côtés : mobilisations et démobilisations sont en rapport avec l’autre.
21 La « Coalition bleue » réussit à enrayer la chute électorale des partis de la droite « traditionnelle », qui commença en 2001. En 2007, ses deux composantes (l’UFD et le DSB) qui s’étaient présentées séparément n’avaient pas réussi à envoyer un député à Bruxelles. Les suffrages additionnés des deux partis aux élections municipales de la même année dépassaient pourtant les 476 000 voix. Mais unis sur une liste commune pour les élections européennes de 2009 les deux partis régressent à quelques 205 000 voix et n’obtiennent qu’un seul député européen[15][15] Ils auront 2 élus après l’entrée en vigueur du Traité...
suite. Même si aux législatives de juillet UFD et DSB ont été en progression (presque 286 000 voix), cela ne semble pas être un « grand retour » de la droite traditionnelle.
Le NDSV de l’ex-roi créa en revanche la surprise aux élections européennes en gagnant 2 sièges au Parlement européen. Son score de plus de 205 000 voix n’est pas loin des 198 000 suffrages environ obtenus pour les listes des conseillers municipaux du parti lors des élections locales de 2007. Mais le résultat aux législatives de 2009 (quelques 127 000 voix) élimina le NDSV du Parlement national. Apparu brusquement en 2001, le NDSV, connut des succès pendant 8 ans, mais parait aujourd’hui en train de s’éteindre, absorbé électoralement par GERB de Borisov.
Les résultats des élections européennes de 2009 sont loin d’être claires pour comprendre le nouveau rapport des forces entre les partis politiques. En effet au niveau des suffrages ces élections montrent plutôt l’égalité entre les partis du gouvernement de l’époque (PSB, NDSV et MDL) et les partis de l’opposition parlementaire (GERB, la « Coalition bleue » et Ataka) : 1,05 millions contre 1,14 millions d’électeurs[16][16] Les suffrages pour les autres listes, surtout pour les nouvelles...
suite. Ceci explique aussi que jusqu’au
Tableau 2 - La dynamique électorale 2007-2009[17][17] En 2007 la « Coalition bleue » n’existait pas;...
suite
Quel avenir pour le système de partis bulgares ?
22 Les élections européennes de 2009 posent à nouveau la question de l’avenir du système partisan en Bulgarie après la disparition du bipartisme postcommuniste. Ce qu’on peut maintenant observer démontre des changements importants dans la nature, le fonctionnement interne et le rapport aux citoyens des partis politiques[18][18] Cf. parmi les ouvrages récents sur le système partisan...
suite. On est maintenant loin de l’engagement partisan et du militantisme de 1989. Les partis politiques actuellement en Bulgarie ont une
23 Deux éléments relativement nouveaux concourent à ce changement. D’une part le clientélisme politique qui gagne du terrain et remplace le lien affectif et éthique avec l’adhérent par un simple échange de services. D’autre part l’investissement croissant des milieux des affaires dans la politique, encourageant la création de partis de type corporatiste. Cela fait croitre une sorte de cynisme citoyen, par lequel les individus acceptent de considérer l’activité politique comme n’importe quelle autre activité économique dont le but ne peut qu’être lucratif. En Bulgarie ces deux dernières années cette idée majeure crée une ambiance psychologiquement favorable aux pratiques de l’achat/vente de voix lors des élections politiques : si les citoyens se persuadent que les élites politiques ne font que vendre leur « produit politique », pourquoi ne pas répondre en leur vendant en retour son suffrage ?
24 Ce cynisme citoyen produit une ambiance sociale dans laquelle les partis populistes de type « catch all » sont la référence standard, alors que les partis « idéologiques » se marginalisent. Il y a en effet plusieurs symptômes de la disparition des grandes causes politiques, d’autant plus que le grand projet politique contemporain du pays l’adhésion à l’Union européenne s’est réalisé.
25 En Europe postcommuniste l’image des partis politiques aujourd’hui semble plutôt mauvaise. La raison structurelle de cette image négative réside dans la professionnalisation grandissante du domaine de la politique. En dix ans une élite politique professionnelle s’est imposée en diminuant le rôle et la signification de l’engagement citoyen. Ce fut le moment d’une déception générale de la démocratie dans tous les pays de la région. Les causes sont diverses, mais la transformation de la nature de l’engagement partisan joua un rôle essentiel pour rendre possible la professionnalisation de la politique. Ces 10 dernières années en Bulgarie les mobilisations citoyennes diverses préfèrent se définir comme « non-politique », « non-partisanes » justement parce que l’activité partisane a perdu beaucoup de son attraction initiale.
26 Il y a encore une raison d’ordre structurel pour ce désengagement militant : la démocratisation des pays de l’Europe centrale et orientale va de pair avec le passage à une économie de marché s’accompagnant de la (re)découverte de la société de consommation. Cette particularité, qui aux yeux des Européens de l’Est présente l’image de la démocratie moderne comme intimement liée à celle du marché, marque fortement les attitudes des citoyens
Concevoir la politique sous l’aspect de la concurrence marchande et de la consommation substitue d’une manière imperceptible le marché au politique. Ainsi le citoyen, acteur politique important de la démocratie, se transforme en consommateur politique, dont la marge de manœuvre se limite au choix entre différentes offres. Dans les représentations collectives, rien ne renvoie plus à l’image de l’individu actif, capable d’inventer le politique, de le modeler, de le transformer. Il ne reste que l’image du consommateur, donc un être passif qui ne fait qu’attendre ceux qui produisent l’offre. Ainsi la politique disparaît, ou plutôt se transforme en quelque chose d’artificiel et parce que le privé s’est substitué au public, tout est présenté comme réglé au niveau privé de l’offre et la demande.
Notes
[1] Cf. l’ouvrage de référence LIPSET S.-M., ROKKAN S., (eds), Party Systems and Voter’s Alignement : Crossnational Perspectives, N.-Y. Freepress, 1967. Aussi l’étude de MARTIN P., Comprendre les évolutions électorales, Paris, Presses de Sciences Po, 2000. 
[2] Sur les élections de 2001 voir TODOROV A., « Bulgarie : de la transition à la réconciliation », Espaces de libertés, Magazine du Centre d’Action Laïque, Bruxelles, Février 2003. 
[3] Cf. TODOROV A., « Les élections législatives bulgares de 2005 », La Nouvelle Alternative, volume 21, n°68, 2006. 
[4] La Caisse d’émission (currency board) est un système de gestion de l’émission de la monnaie nationale. Elle sert à maintenir la monnaie locale (le lev) dont la valeur doit néanmoins être calée sur celle d’une autre monnaie qui sert seulement aux règlements internationaux (l’euro aujourd’hui). Ce système a été mis en œuvre en février 1997 après la crise financière de la Bulgarie, marquée par une énorme inflation. 
[5] Site officiel du PSB: www.bsp.bg /. 
[6] Site officiel du MDL : www.dps.bg /cgi-bin /e-cms /vis /vis.pl? s = 001 &p =0367 &g =. 
[7] Site officiel du NDSV : www.ndsv.bg /index.php. 
[8] Site officiel du GERB : www.gerb.bg /. 
[9] Site officiel de l’UFD : www.sds.bg /bg /. 
[10] Site officiel de DSB : www.dsb.bg /? lang = bg. 
[11] Site officiel de RZS : www.rzs.bg /. 
[12] Site officiel de LIDER] : lider-bg.org/. 
[13] Parmi les organisations dans la coalition « Napred » : VMRO (parti nationaliste modéré), « Gergiovden) et une fraction des agrariens. 
[14] La loi, qui fut proposée par l’opposition en 2007 et qui recueillit une majorité grâce au soutien du NDSV (les socialistes et le MLD votèrent « contre »), stipulait, que pour les élections européennes seuls les citoyens bulgares en résidence permanente dans un pays de l’Union européenne avaient le droit de voter. 
[15] Ils auront 2 élus après l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne. 
[16] Les suffrages pour les autres listes, surtout pour les nouvelles formations comme RZS , Napred et LIDER ne sont pas comptés avec les voix de l’opposition. 
[17] En 2007 la « Coalition bleue » n’existait pas; c’est la somme des résultats de ses deux composantes l’UFD et le DSB qui est présentée dans le tableau 2. 
[18] Cf. parmi les ouvrages récents sur le système partisan en Bulgarie : KARASIMEONOV G., (ed.), Reshaping the Broken Images of Political Parties. Internal Party Democracy in South Eastern Europe, Sofia, GorexPress, 2007 ; KARASIMEONOV G., Party systems in post-communist Europe, ZEI, Zentrum für Europäische Integrationsforschung, Rheinische Friedrich-Wilhelms-Universität Bonn (Bonn), 2004 ; TODOROV A., « The Evolution of the Post-Communist Bulgarian Party System », in GETOVA M., USTE A. N., (eds.), The Impact of European Union: Case of Bulgaria, Case of Turkey, Sofia, New Bulgarian University Press, Dokuz Eylül University, 2007, p. 115-131.
Résumé
Le contexte des deuxièmes élections européennes de 2009 en Bulgarie est marqué par les développements politiques intervenus depuis 2001, date des élections législatives qui changèrent le paysage politique bulgare et mirent fin à la transition postcommuniste dans le pays. Ces élections entraînèrent un réalignement partisan significatif au sens de Stein Rokkan : l’engagement dans un processus de changement des alignements partisans des électeurs qui a conduit à l’éclatement du système antérieur de bipartisme
Abstract
The context of ‘Bulgaria’s second European elections, held in 2009’was marked by the political developments that had taken place since 2001, the date of the legislative elections that changed the Bulgarian political landscape and brought to an end the country’s post-communist transition period. These elections led to a significant partisan realignment, in Stein Rokkan’s sense of the term: a stabilisation in the process of changing alignments that had substantially disturbed the partisan system.
PLAN DE L'ARTICLE
- 2001-2009 : Sortie de la transition démocratique et éclatement du système bipartisan
- Le contexte politique des élections européennes et la campagne
- Les élections européennes, premier tour
des élections nationales de juillet 2009 ? - Quel avenir pour le système de partis bulgares ?
POUR CITER CET ARTICLE
Antony Todorov « Les élections européennes de juin 2009 en Bulgarie : la confirmation de l'éclatement du système partisan », Revue internationale de politique comparée 4/2009 (Vol. 16), p. 697-708.
URL : www.cairn.info/revue-internationale-de-politique-comparee-2009-4-page-697.htm.
DOI : 10.3917/ripc.164.0697.






