Le nouveau décor des politiques de la science
Jean-Jacques Salomon
Les urgences et les surenchères de la guerre froide en matière d’armements se prolongent aujourd’hui dans le domaine économique au nom de la compétitivité des entreprises et de la mondialisation. La révolution scientifique et technique dont nous sommes les témoins (information, biotechnologies, nouveaux matériaux) contribue au même phénomène de dématérialisation qui définit les sociétés postindustrielles, mais la promesse hâtive du « village global » demeure sous la menace de la tyrannie du marché et de l’explosion de la bulle spéculative. D’un côté, accumulation inouïe de découvertes, d’applications et de nouveaux savoir-faire ; de l’autre, les inégalités entre nations et au sein de certaines nations demeurent et même s’accroissent, et les menaces nées des développements mêmes de la science se multiplient (des armes nucléaires aux organismes génétiquement modifiés ou à la possibilité du clonage humain). Le nouveau contrat entre la science et la société suppose une prise de conscience plus affirmée de la responsabilité sociale des scientifiques ; il demande, en somme, de reconnaître que la science ne fait pas de nous des dieux. Le principe de précaution, introduit dans les législations nationales et internationales, loin de disqualifier l’intelligence ou d’inhiber l’innovation, revient tout simplement à renouer avec la prudence de l’humanisme, c’est-à-dire la sagesse des limites.
• Les séquelles de la guerre froide
• Révolution scientifique et technique
• La mondialisation des économies et des marchés
• La multiplication des problèmes environnementaux
• Le grand écart
• Le risque technologique majeur
• L’enjeu social et éthique
• Privatisation et marchandisation de la recherche
• Le nouveau mode de production des connaissances
• L’enjeu de la crédibilité
• Références