Revue internationale des sciences sociales
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I.S.B.N.2749200431
112 pages

p. 199 à 201
doi: en cours

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n° 172 2002/2

2002 Revue internationale des sciences sociales

Éditorial

Vincent Hoffmann-Martinot Leszek A. Kosiński
Les villes et les systèmes urbains contemporains ont atteint un degré de différenciation qui oblige les praticiens et les spécialistes des sciences sociales à inventer et à élaborer de nouveaux concepts et de nouvelles approches théoriques. Au tournant du siècle, nous assistons à une rupture dans l’évolution des systèmes socio-politiques urbains tout aussi fondamentale que celle qui a suivi la Seconde Guerre mondiale. Les villes deviennent de plus en plus des acteurs majeurs de la société, dotés de dynamiques autonomes de croissance et de régulation. Tandis qu’elles connaissent des mutations profondes, l’urbanisation galopante conduit au développement de mégapoles avec leur cortège bien connu de dysfonctions déshumanisantes. Les contrastes socio-économiques se traduisent par un élargissement du fossé qui sépare les classes moyennes et supérieures d’une part et, d’autre part, les groupes défavorisés ou marginalisés. Les villes qui sont « perdantes » dans la compétition économique mondiale se retrouvent, elles aussi, marginalisées et leurs habitants éprouvent un malaise croissant à l’égard du régime démocratique, qui semble incapable de répondre à leurs attentes.
Lors de la Conférence sur les établissements humains, mieux connue sous le nom de Habitat II (Istanbul, juin 1996), les débats ont reflété la multiplicité des interrogations et des inquiétudes exprimées aussi bien par les citoyens et leurs organisations que par les responsables politiques et les experts face aux enjeux engendrés par cette nouvelle ère urbaine. Le souci majeur exprimé par la quasi-totalité des participants a été de savoir comment il serait possible, dans les villes du xxie siècle, de concevoir de nouveaux outils conceptuels et stratégiques permettant d’atteindre les objectifs du développement économique, tout en satisfaisant à l’exigence de solidarité sociale et de participation politique des habitants. Tout au long des délibérations, la notion de partenariat a été évoquée à maintes reprises comme étant la formule la mieux adaptée pour fusionner les intérêts et les énergies des différentes parties prenantes. C’est bien, en effet, de partenariat qu’il s’agit entre le pouvoir central et les administrations locales, entre le secteur public et les entreprises privées responsables de la mise en place et de la gestion des services urbains, ainsi qu’entre les municipalités, les services gouvernementaux et les associations locales qui luttent contre l’exclusion et contribuent à forger de nouvelles solidarités.
Afin de faire progresser le débat sur ce thème qui semble mobiliser l’attention de très nombreux acteurs, nous avons jugé utile d’aborder la question en nous plaçant de l’autre côté du miroir. Ce faisant, il faut cependant éviter de confondre les « vĹ“ux pieux » avec l’action véritable ou potentielle et ne pas tomber dans le piège d’une idéologie décisionnaire ou consensuelle. En d’autres termes, il suffit simplement de se poser la question : le partenariat, dans quelles conditions et à quel prix ? Afin d’y répondre, plusieurs spécialistes des sciences sociales, chercheurs et praticiens de la ville venus d’Afrique, d’Amérique, d’Asie et d’Europe ont été invités à se réunir à la Maison de l’unesco à Paris, pour participer à un séminaire qui s’est tenu en novembre 1997, sous le parrainage conjoint du Conseil international des sciences sociales (ciss) et du programme gestion des transformations sociales (most) de l’unesco. Le thème du débat était la place et les effets du partenariat dans les relations intergouvernementales, à l’interface de la sphère publique et de la sphère privée, ainsi que dans les rapports entre élites gouvernementales et société civile. Les délibérations ont mis en évidence une vision beaucoup plus nuancée, pragmatique, voire critique, de la signification du partenariat urbain. Ce dernier est apparu comme une démarche assez complexe, semée d’embûches et confrontée à la nécessité de renouveler certains modes dépassés de l’action publique urbaine.
Plusieurs des communications présentées lors de la réunion figurent dans le présent numéro de la Revue. Il s’agit en fait d’une version révisée de ces articles, qui ont déjà été publiés en français par la maison d’édition Pédone à Paris. Nous sommes reconnaissants à cette dernière de nous avoir autorisés à les reproduire dans notre Revue. La rédaction tient à remercier les auteurs, ainsi que les collègues dont les noms suivent, de leur précieuse et enrichissante contribution aux délibérations : Albert Mabileau, Guido Martinotti, Michio Muramatsu, Céline Sachs-Jeantet, Mamadou Sembene, Arie Shachar et Cecilia Tacoli. Nous exprimons aussi notre gratitude à Geneviève Domenach-Chich, représentante du secrétariat du programme most, qui a largement contribué à l’organisation et à la conduite du séminaire.
Nous souhaitons que ces articles intéressent tous ceux – décideurs, administrateurs ou chercheurs – qui s’efforcent de résoudre les problèmes urbains dont l’impact retentit sur notre vie quotidienne.
La réunion elle-même et les documents que nous présentons doivent beaucoup à notre très cher et regretté ami et collègue Francesco Kjellberg, auquel nous dédions la présente publication.
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