Revue internationale des sciences sociales
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I.S.B.N.9782749200453
192 pages

p. 581 à 590
doi: en cours

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n° 174 2002/4

2002 Revue internationale des sciences sociales

Une éthique de responsabilité en pratique

Béatrice Pouligny Béatrice Pouligny est docteur en science politique. Elle est chercheur au Centre d’études et de recherches internationales (ceri/Sciences-Po) et enseigne à l’Institut d’études politiques de Paris. Ses travaux portent notamment sur la résolution des conflits et la construction de la paix dans ses différentes dimensions. Elle vient de terminer un ouvrage sur les opérations de paix et les populations locales. Pour plus d’informations, consulter : http://www.ceri-sciences-po.org/cherlist/pouligny.htm.
Cette contribution se propose de réfléchir à certaines difficultés éthiques et méthodologiques que pose la conduite d’enquêtes dans des situations d’extrêmes violences. Elle suggère d’analyser la question du rapport à cet « objet » spécifique en termes de responsabilité du chercheur à l’égard des personnes auprès desquelles il mène ses recherches. Cette démarche s’appuie notamment sur la mise en œuvre d’une sociologie compréhensive. Celle-ci se place dans la perspective du sens et propose d’entrer dans la subjectivité de l’autre. En contexte de violences extrêmes, une telle démarche présente des difficultés accrues que l’article tente d’analyser. Ceci suppose, de la part du chercheur, un travail critique permanent qui ne va pas de soi, dans des situations qui le bousculent dans tous ses repères. Faire de l’autre non plus simplement un « objet » mais un « sujet » de sa recherche, c’est également dépasser les catégories qui pourraient l’enfermer et articuler, en permanence, des histoires individuelles et collectives. Tout cela interroge, bien évidemment, le chercheur sur ses techniques d’enquête mais aussi d’analyse.
Cette contribution se propose de réfléchir à certaines difficultés éthiques et méthodologiques que pose la conduite d’enquêtes dans des situations d’extrêmes violences. Elle s’appuie sur quinze années d’expériences au cours desquelles j’ai côtoyé la guerre et la violence sous toutes ses formes, comme praticien – au sein d’organisations non gouvernementales locales et internationales ou pour le compte de l’onu – puis comme chercheur. Entre 1995 et 1999, j’ai mené des enquêtes comparatives sur la façon dont des opérations de paix des Nations Unies étaient vécues par les populations des pays concernés. Ce travail m’a obligée à approfondir ma réflexion critique sur l’approche de ce type de « terrain ». Je la poursuis, aujourd’hui, en vue de la préparation de nouvelles enquêtes dans des pays où ont été commis des crimes de masse [1]. Bien des questions que j’ai eu à me poser sont le lot de tout chercheur en sciences sociales, compte-tenu de la nature spécifique de son « objet » de recherche. Elles se trouvent, toutefois, exacerbées lorsqu’il s’agit de travailler dans des situations concrètes de violences, obligeant l’analyste à affronter des difficultés pratiques de mise en œuvre d’un code déontologique souvent plus facile à invoquer qu’à appliquer.
Lorsque, comme moi, on appartient à la discipline des relations internationales, une telle démarche suppose, en outre, de prendre ses distances à l’égard d’un certain nombre de présupposés qui, de fait, ont marqué les études de sécurité internationale depuis plus d’une décennie. Ne pouvant plus être interprétés à travers le prisme de la confrontation est-ouest, les conflits ont tendu trop souvent à être marqués du sceau de l’irrationalité, selon cette fâcheuse habitude qui voudrait que ce que nos grilles d’analyse ne peuvent pas (plus) expliquer n’existerait pas ou serait inexplicable. Dans ce contexte, la thématique de la « barbarie » (avec des formulations variables) est revenue en force, particulièrement pour qualifier des situations de violences massives et extrêmes. Or, l’étiquette de « barbare » sert habituellement à désigner non pas cette part si spécifique de l’homme et présente en chacun, mais bien le fait de l’Autre. Elle correspond, le plus souvent, même inconsciemment, à une volonté de mise à distance, comme pour se rassurer : nous ne sommes pas ainsi. Trop de nos discussions académiques, diplomatiques ou bureaucratiques se passent comme si nous travaillions sur des « objets » hors de notre monde (où la vie humaine à un prix), comme si ceux qui étaient en cause n’étaient pas des femmes et des hommes semblables à nous. Chacune de ces situations nous interroge, pourtant, sur la valeur que nous donnons à notre propre humanité et donc à celle des autres.
C’est en questionnant fortement ce souci de distanciation que j’ai réfléchi à la façon dont je gérais ma propre relation aux situations de violence et, surtout, aux personnes qui étaient concernées. Ce travail s’appuie sur un double effort méthodologique : mettre en œuvre une sociologie compréhensive et passer de « l’objet » au « sujet ». Il suppose que nous construisions des « passerelles », à notre mesure, entre des univers (la paix/la guerre) que nous voudrions maintenir de plus en plus éloignés. Un terme pourrait résumer ce souci permanent qui anime ma recherche : celui de responsabilisation. En tant qu’être humain, tenter de décrypter des histoires traitant du vécu d’autres êtres humains : c’est une aventure grave, qui engage.
 
La construction d’une sociologie compréhensive
 
 
La négation de l’humain que porte en elle la criminalité de masse, cette négation de ce qui relie les êtres humains entre eux, cette expulsion « hors du monde [2] », touche chacun dans ce qu’il a de plus profond. Pour l’atteindre, encore faut-il entrer dans la démarche de celui qui essaie de « comprendre », au sens premier et fort du terme.
Comprendre plutôt qu’expliquer ?
La sociologie compréhensive se place dans la perspective du sens. Elle propose d’entrer dans la subjectivité de l’autre, dans cet effort de décentrement pour, comme nous y a invités le philosophe Paul Ricœur, essayer de « comprendre l’autre », de l’intérieur. Un tel choix est forcément connoté. Il suppose une certaine empathie, parfois malaisée : comment faire pour atteindre le psychisme de l’autre quand celui-ci est un bourreau ? Comprendre les logiques des violences extrêmes et la nature des interactions qu’elles mettent en jeu ne revient ni à les banaliser ni à les excuser. Comprendre n’est pas synonyme d’absoudre. De même, s’intéresser aux individus qui participent aux massacres de leurs semblables, y compris de leurs anciens voisins ou de membres de leurs familles, n’est pas excuser mais admettre que, dans ce basculement, ils ne sont pas toujours « insensés ». Là où un certain positivisme sociologique peut conduire à réfléchir en terme de causalité, voire de fatalité – placés dans un contexte socio-historique particulier, les hommes deviennent violents –, la sociologie compréhensive va s’efforcer, selon les termes de Ricœur, à penser le sujet comme conscience historique (Greisch, 2001). Cela suppose parfois un face à face brutal entre des œuvres monstrueuses et la figure humaine de leurs auteurs. Comme l’a souligné Christopher Browning, en fin de compte, la Shoah fut possible parce que, au niveau le plus élémentaire, des êtres humains individuels mirent à mort d’autres êtres humains, en grand nombre et sur une longue période (Browning, 1994, p. 9). L’interrogation autour de ces êtres « ordinaires » rejoint celle d’Hannah Arendt sur « la terrible, l’indicible, l’impensable banalité du mal » dont elle parle à propos d’Adolf Eichmann (Arendt, 1991, p. 408). « L’ennui, avec Eichmann, écrit-elle, c’est précisément qu’il y en avait beaucoup qui lui ressemblaient et qui n’étaient ni pervers ni sadiques, qui étaient, et sont encore, effroyablement normaux. Du point de vue de nos institutions et de notre éthique, cette normalité est beaucoup plus terrifiante que toutes les atrocités réunies, car elle suppose (les accusés et leurs avocats le répétèrent, à Nuremberg, mille fois) que ce nouveau type de criminel, tout hostis humani generis qu’il soit, commet des crimes dans des circonstances telles qu’il lui est impossible de savoir ou de sentir qu’il a fait le mal » (Arendt, 1991, p. 444).
La polémique qui a entouré l’utilisation, par Hannah Arendt, du qualificatif de « banal » rappelle, à maints égards, les critiques dont le chercheur peut faire l’objet lorsqu’il suggère de dépasser les dialectiques du « civil » et du « militaire », de la « victime » et du « bourreau », de la « résistance » et de la « collaboration »… De fait, essayer de « comprendre » plutôt que « d’expliquer » revient à souligner les limites de tout exercice de théorisation et catégorisation là où il n’existe souvent que des réponses partielles, ambiguës, provisoires, pour des processus en outre reconstitués a posteriori par l’analyse. L’exercice suppose, surtout, que l’on s’émancipe d’une vision globale, moralisante et binaire, supposant simplement le combat du « Bien » face au « Mal ». Le témoignage de thérapeutes intervenant auprès de victimes de violences extrêmes peut aider à comprendre le défi d’une telle démarche : même si la victime ne peut pas accéder à la reconnaissance de l’humanité de celui qui lui a causé d’immenses souffrances, disent-ils, il faut bien que le thérapeute, lui, se fasse une représentation de l’humanité du bourreau. Si l’on ne peut humaniser la figure du bourreau, on déshumanise aussi sa victime, on sort de l’échange humain le fragment traumatique de son histoire. Ce faisant, on redouble le clivage que le psychisme organise déjà bien tout seul autour de la représentation traumatique [3]. Bien sûr, cet enjeu s’exprime en des termes différents pour le chercheur puisqu’il ne se situe pas dans une démarche thérapeutique, mais il est comparable. Là où l’esprit veut se rassurer en tentant de repérer, en permanence, là où est le « Bien » et le « Mal », l’analyste doit être capable de dépasser cette posture pour penser les situations dans leur complexité, loin des images toutes faites et sans doute réconfortantes pour sa « bonne conscience » mais qui aident peu à faire progresser la connaissance et la réflexion. Il va chercher à comprendre une situation de violence dans l’articulation entre des histoires individuelles et collectives, dans ce qu’elle traduit généralement d’une triple crise du lien politique (relation à l’État), social (lien à la communauté et à l’environnement le plus immédiat comme le quartier) et domestique (lien familial et intergénérationnel). C’est dans cet entrelacs de relations et d’actions qu’il va tenter de comprendre ce qui s’est passé, par-delà le non-sens. Ce faisant, il va, à son niveau, procéder à une « mise en mots », construire un récit. Ce processus mérite, en lui-même, une attention spécifique.
S’inscrire dans un processus de « mise en récit »
Tout processus de « mise en récit » doit être compris à l’intersection de l’histoire collective et de l’histoire psychique, des histoires singulières et des liens de groupe, des liens de groupe et du travail de culture (Kaës, 1989). Cette activité est doublement compliquée par les trajectoires historiques dans lesquelles se situent le plus souvent les crimes de masse et le travail paradoxal de la mémoire. Aussi, souligner la part de « mise en récit » dans le travail du chercheur en sciences sociales, est-ce poser une double question : qui fait l’histoire ? et pour qui ? Cela renvoie, bien sûr, au travail de l’historien qui peut contribuer à dépassionner les mémoires mais pas seulement. Tout travail d’analyse contribue à nourrir ce processus dans une société donnée. Il est particulièrement connoté lorsqu’il est le fait d’un individu extérieur au groupe, comme s’il représentait le regard d’une humanité dont on a été « expulsé » au moment du drame.
La difficulté, pour celui qui est directement confronté à ces situations, est d’accepter que le travail de reconstitution, comme le travail d’histoire, renvoie à un effort d’objectivation, et non d’objectivité, impossible. Comme si l’horreur ne suffisait pas, l’analyste va se trouver confronté à des mémoires contradictoires, des témoignages divergents ou impossibles à dire, ou même à recomposer. Des représentations et des imaginaires contradictoires se construisent autour des violences, Différents mythes sont convoqués, présentant différentes interprétations de l’événement, y compris les plus « délirantes » (au sens psychanalytique du terme). Ces mémoires se construisent dans l’enchevêtrement entre mémoires individuelles et mémoires collectives qui viennent réécrire des mémoires plus lointaines – y compris dans le temps long de l’histoire, comme c’est le cas dans les Balkans et les Grands Lacs d’Afrique centrale. Célébrations et commémorations jouent, dans ce cadre, un rôle majeur ; les mises en récit publiques ou autorisées du passé prétendent donner sens aux souvenirs individuels (Halbwachs, 1997). Il en va de même des « lieux de mémoire ». Ceux-ci peuvent se trouver aussi bien au Rwanda que dans la région des Grands Lacs, en Europe ou encore en Amérique du Nord. Les récits de l’extérieur, par des membres originaires du groupe (en particulier réfugiés), viennent en effet s’articuler à ceux des « survivants » restés ou retournés au pays après l’événement. On trouve un exemple intéressant d’analyse de ces constructions dans les travaux de l’anthropologue Liisa Malkki auprès de réfugiés Hutus [4] (Malkki, 1995). Un travail comparable a été réalisé par l’anthropologue et psychiatre Maurice Eisenbruch au Cambodge (Eisenbruch, 1994). La réflexion de Janine Altounian, à propos de l’Arménie, vaut également d’être signalée (Altounian, 2000). De ce travail de ré-écriture participent également les récits véhiculés par les médias nationaux et internationaux, ceux renvoyés par des acteurs internationaux présents sur place (ong, journalistes, représentants d’institutions internationales…), ou encore ceux reconstitués dans un cadre judiciaire, international ou national, voire de commissions « Vérité et Réconciliation », dans la mesure où celles-ci viennent proposer une certaine représentation de ce qui s’est passé. Les travaux de Mark Osiel montrent combien ces dispositifs judiciaires façonnent la mémoire collective, ainsi que les nombreuses contradictions qui apparaissent dans ce processus (Osiel, 1997). Ainsi, la mémoire des événements, ramenés à quelques cas « symboliques » et à un récit qui n’est pas restitué aux victimes et à leurs familles, peut aller à l’encontre d’un véritable « travail de mémoire ».
Au-delà, il est une difficulté que les analystes partagent avec les praticiens lorsqu’ils travaillent sur des terrains conflictuels (et même post-conflictuels) : la plupart des informations-clés concernant le conflit sont difficiles à obtenir ou alors sont manipulées. Les statistiques concernant les flux de réfugiés, par exemple, sont l’objet de tractations et de manipulations diverses entre les autorités locales, les belligérants, les organisations humanitaires, les gouvernements occidentaux, etc. La façon même dont le conflit est défini et présenté au niveau international a plus à voir avec des batailles diplomatiques (par exemple dans les débats au sein et autour du Conseil de sécurité des Nations Unies) qu’avec le conflit lui-même. Sur le terrain, on trouve en général autant d’explications et de visions du conflit que de personnes rencontrées. Laquelle est la « bonne » ? Je ne crois pas qu’il appartienne à l’analyste d’en décider. Il doit les considérer pour ce qu’elles sont : des modes de construction du réel et non le réel lui-même. En revanche, je crois qu’il lui incombe d’aider à comprendre comment et jusqu’où ces différents discours s’articulent ou non, comment ils influencent les comportements des acteurs, les contraignent parfois, viennent façonner le réel, se recomposent, etc.
Dans ces circonstances, le chercheur doit se prémunir de différentes réactions. Parce qu’il ne sait plus ce dont il est « témoin », même après coup, il peut avoir tendance à (re)présenter une ronde indifférenciée de souffrances, un carnaval de l’horreur qui exclura toute réflexion sur sa dimension politique et sociale. Il peut être également tenté, comme le travailleur humanitaire ou le journaliste, de « repasser derrière » pour imposer sa version « authentique » des faits ou tout simplement se construire son propre récit. Parce que, comme le souligne Jean-Clément Martin à propos de son travail d’historien, le traumatisme est sidérant, ce récit « risque tout simplement de prendre la place du silence insupportable et de remplacer la parole impossible [5] ». Il risque aussi de « simplifier » des situations décidément trop complexes. Dire que l’on sait lorsqu’on a tout à apprendre, ou penser que la réalité de l’autre peut se laisser réduire à ce que nous pouvons en saisir sont des tentations dont nous avons tous à nous prémunir. Du reste, les praticiens et ceux qui ont dû préparer la prise de décision savent combien la simplification est rarement bonne conseillère. Comme le soulignait un collègue psychiatre, « il faudrait, pour les situations les plus désespérées et les plus pauvres, la plus grande richesse de compétences. Ce devrait être là un principe éthique de base ». La trans-disciplinarité peut aider à progresser dans cette direction. En passant, en permanence, les frontières entre disciplines, en entrecroisant les regards, on peut espérer construire des cadres interprétatifs et développer des méthodes d’enquête qui aident à intégrer les différentes dimensions, individuelles et collectives, des violences extrêmes.
Prendre des risques
La démarche de celui qui veut « comprendre » est exigeante et souvent douloureuse, sur le plan psychologique, mais aussi moral, éthique. Elle suppose que soit mené un travail critique à l’égard des représentations implicites que chacun a de ces situations : interroger en permanence les imaginaires qui travaillent mes propres perceptions de la paix et de la guerre, de la violence et, plus encore, de « l’impensable ». Autant le reconnaître : dans des situations de violences extrêmes, l’esprit est généralement réfractaire à l’invitation qui lui est faite de les penser dans leur complexité, voire de les « penser » tout court. Face à l’horreur, face à des actes de pure sauvagerie qui défient l’entendement, il ne peut y avoir de « sens ». Vouloir en trouver un, vouloir « comprendre » peut même paraître révoltant. De même qu’il peut être révoltant de s’entendre dire que la dichotomie victimes/bourreaux n’est peut-être pas suffisante. Il m’est arrivé de me trouver dans des situations où l’idée même de « penser » ce qui était en train de se passer m’était, au sens propre, insupportable. Je me réfugiais dans l’activisme forcené dont j’ai toujours su, au-delà de « l’aide » immédiate apportée voire d’une certaine bravoure, qu’il comportait des dimensions très égoïstes : encombrer l’esprit de problèmes très concrets à régler au quotidien, occuper mon corps jusqu’à ce qu’il s’effondre de fatigue, laisser le minimum d’espace, de temps, même d’énergie à mon esprit pour penser…
Comme analyste, les choses paraissent généralement plus « simples » parce que la confrontation aux violences est, sauf exception, moins immédiate. Pourtant, cette rétraction psychologique existe et il faut bien l’appréhender minimalement pour ensuite la dépasser et être capable d’« entendre » les personnes rencontrées dans les enquêtes. Ceci n’est jamais acquis une fois pour toutes ; dans chaque enquête, sur chaque « terrain », l’esprit passe par des phases différentes. Je dois parfois me faire violence pour accepter de « prendre des risques », souvent moins physiques que mentaux : risquer d’être profondément bousculée dans ce qui me fonde comme être humain, dans ce qui fait ma foi en l’homme, dans ce qui me maintient debout. Ceci me semble compliqué du fait des modes de fonctionnement et de validation habituelles de la recherche. De fait, la tentation est toujours forte d’aller chercher sur le terrain les éléments qui vont corroborer mes thèses, mes belles typologies (même si elles ne sont pas mon fort !) et autres constructions intellectuelles qu’encourage mon milieu de travail, laissant (même inconsciemment) de côté tout ce qui les contredirait… Si le réel ne correspond pas à l’image que j’en ai, il y a de fortes chances qu’au bout du compte, ce soit lui qui ait tort… Or, ceux qui ont l’habitude du terrain savent combien les réalités sociales remettent toujours en cause, parfois de façon brutale, les images que l’on s’en était forgé. Ce rappel permanent (et salutaire) à l’humilité n’est pas facile à vivre, surtout dans le milieu de la recherche où son invocation n’est pas toujours bien vue. Cette prise de risque-là n’est pas moins réelle que lorsque mon intégrité physique est menacée lors d’une enquête.
 
Un effort de subjectivation
 
 
Dans le processus de recherche, je tente de me placer au plus près du point de vue des acteurs locaux. L’autre n’est plus simplement « objet » mais « sujet » de ma recherche. Une opération dont j’ai appris qu’elle n’allait pas de soi.
Nos grilles d’analyse comme d’intervention restent largement dominées par la figure de la victime, civile, passive, comprise comme un tout, indifférencié. Il n’est pas toujours facile de maintenir ouverte la tension entre la dimension de masse et la dimension individuelle, entre le drame collectif et individuel, de ne pas oublier que « 100 000 enfants traumatisés, c’est 100 000 fois un enfant traumatisé ». De même, il faut faire un effort réel pour penser l’autre comme quelqu’un capable d’être autre chose qu’une victime, quelqu’un capable de s’affirmer – au moins partiellement – comme un acteur authentique, de re-penser sa situation et d’en exprimer quelque chose. Dans le champ même de l’intervention humanitaire, nos pratiques nous poussent parfois à une pensée déshumanisante, qui réduit l’autre à un signe – un signe et non une histoire. Au printemps 1995, les réfugiés du nord Kivu n’étaient que des points sur des images satellites pour les diplomates qui, à New York, discutaient de l’opportunité de mener une opération humanitaire. Pour un certain nombre d’agences humanitaires qui interviennent dans des situations post-massacres, la description même des troubles traumatiques que connaissent les populations qu’elles assistent vise à extérioriser le trauma, à l’objectiver au lieu de le prendre en soi, au-delà des mots, des gestes, des récits impossibles. Dans mes précédentes enquêtes de terrain, le fait de n’avoir jamais pu raconter son histoire – cette activité dont Hannah Arendt considérait qu’elle était spécifiquement humaine (Arendt, 1994, p. 110) –, que personne n’ait jamais pris le temps de les écouter, constituait un leitmotiv commun à tous les entretiens. Écouter l’autre mettre en mots son histoire, c’est le réintroduire dans son humanité, dans ce qu’il a d’unique.
Techniques et éthique dans la conduite des entretiens
Le travail mené par Jean Hathzfeld, au Rwanda, offre une belle et émouvante illustration de ce qui peut résulter d’un tel projet d’écoute et de reconstitution de récits (Hathzfeld, 2000). Mais il ne doit pas masquer les multiples difficultés d’un processus au cours duquel il convient de faire preuve à la fois de patience et de prudence : conditions dans lesquelles sont recueillis les récits, statut de la parole et logiques qui l’auront façonnée, outils alternatifs qui pourront être utilisés… Au stade de l’enquête et de la conduite des entretiens, sa fonction et son statut d’ « étranger » (extérieur au groupe) placent d’emblée le chercheur en position de pouvoir. Celui-ci peut, du reste, mettre en danger ses interlocuteurs. Il les désigne, du simple fait qu’ils aient répondu à ses questions, l’aient aidé dans son enquête, voire qu’il soit passé dans leur quartier, se soit arrêté dans leur maison… J’ai eu maintes occasions de vérifier combien ma responsabilité s’exerçait également à ce niveau.
Dans tous les cas, la façon même d’engager le dialogue, de poser les questions, va influencer très largement les récits que l’on recueillera. Certaines méthodes participatives peuvent être importantes non pour l’information qu’elles permettront de recueillir mais parce qu’elles permettront de tisser une relation de confiance. Ceux qui travaillent auprès d’enfants en contexte de guerre (y compris des enfants-soldats) savent qu’au-delà même des codes sociaux qui régissent la relation à l’adulte – qui plus est étranger –, il peut être plus important de simplement jouer avec eux. Dans des enquêtes passées, j’ai souvent rencontré des personnes deux, trois fois, parfois plus, avant de commencer à recueillir des éléments directement intéressants pour ma recherche et je n’ai jamais compté le temps passé sur les marchés, dans les transports en commun, autour d’un feu à préparer le repas, au long des veillées… simplement à être là, à partager les gestes simples du quotidien, à attendre, à écouter… y compris les silences. À cet égard, le degré de consentement des personnes interrogées est particulièrement délicat. Il suppose notamment que soient expliqués, en des termes compréhensibles, qui est le chercheur, quels sont les objectifs de la recherche, les usages possibles de ses résultats ainsi que d’autres détails contextuels (comme l’accord des personnes interviewées pour être personnellement citées ou même identifiées). Le niveau de transparence que le chercheur peut adopter dépend tout à la fois du contexte, des conditions de sécurité dans lesquelles il intervient, de la position de la personne qu’il a en face. Il me semble que plus la personne interrogée est en position de faiblesse, plus le chercheur devrait avoir ce souci de transparence, pour compenser minimalement l’inégalité de base dans l’interaction. In fine, il importe surtout de rester cohérent avec ce qu’on a annoncé.
Le fait que l’on doive avoir recours à un interprète ou tout autre intermédiaire est également décisif. Quel que soit le sujet de sa recherche, cela suppose que l’on travaille sur les dimensions inter-culturelles du processus d’enquête. Le chercheur part d’une culture qui est la sienne, les objets politiques auxquels il va se référer renvoient à des significations multiples correspondant d’abord au sens que lui confèrent les acteurs qu’ils impliquent. Ceci est manifesté de façon particulière lorsque l’on se réfère à des concepts qui n’ont pas toujours d’équivalents directs dans les langues des pays d’accueil. Le fait de travailler sur des questions liées à la guerre et la paix et au respect de l’intégrité de la personne humaine peut compliquer les choses. On tend souvent à ramener cette question à la dialectique de l’universel et du particulier. Une telle présentation me semble non seulement déboucher sur une impasse théorique et pratique mais introduire un biais eu égard au véritable défi que pose tout échange humain : suis-je capable d’entendre pleinement ce que me dit mon interlocuteur, ce qui importe à ses yeux et non aux miens ? À l’instar de l’intervenant qui doit accepter de ranger le projet qu’il avait amené dans ses bagages pour entendre et définir, dans l’interaction, une activité à mener en commun, jusqu’où suis-je prête, comme chercheur, à modifier mon programme d’enquêtes…
Chercheur ou « intervenant » ?
L’effort de subjectivation, tel que je l’ai décrit, se pose en des termes qui ne sont pas si éloignés de celui du thérapeute ou du juge. Pourtant, les fonctions ne doivent pas se confondre. Le juge cherche à établir des responsabilités pour qu’une sanction, voire une réparation puissent être décidées, au nom de la société. Le thérapeute, lui, s’intéresse d’abord et avant tout à la façon dont son patient a vécu les choses, dans un but thérapeutique. Il peut arriver que le chercheur soit invité à contribuer au travail d’enquête judiciaire (ou de type parlementaire) ; ceci peut, pour lui, être une façon d’assumer ses responsabilités comme citoyen, dans des circonstances précises. Il doit en mesurer les conséquences possibles, à la fois pour la conduite de recherches futures et la perception que ses interlocuteurs locaux vont avoir de sa mission. Le chercheur peut aussi, involontairement, être placé dans la position du thérapeute. Cette situation me paraît, de loin, la plus délicate. Les difficultés sont accrues lorsqu’il est la première personne à laquelle l’on raconte des fragments de son histoire. Ce simple fait peut avoir de nombreuses conséquences pour la personne interrogée. De même, le chercheur peut bien involontairement engendrer de faux espoirs et des attentes auxquelles il ne pourra raisonnablement pas répondre. De fait, sur le terrain, la position du chercheur se construit de manière interactive : elle dépend tout autant de la façon dont lui-même va penser sa place et son rôle, les présenter à ses interlocuteurs, que de la façon dont ceux-ci vont le percevoir. La fonction de chercheur peut être mal comprise par des personnes qui sont plutôt habituées à voir passer des missionnaires, des travailleurs humanitaires, éventuellement des journalistes. Mais un chercheur ?… Celui-ci peut même, dans certaines circonstances, altérer la relation de pouvoir de par sa simple présence, voire être « utilisé » par les différentes parties. Même s’il est rare qu’il se re-présente ainsi son rôle, le chercheur est lui aussi, à sa manière, perçu comme un « intervenant » par les personnes qu’il rencontre et c’est cette perception qui compte (Laue, 1982, p. 34).
Doute et rigueur dans l’analyse
Au stade de l’analyse, les difficultés ne sont pas moindres. Elles posent notamment la question du statut de la parole de l’Autre. Tous ceux qui ont mené des enquêtes par entretiens ont connu les mêmes scrupules, entre le respect de l’histoire individuelle qui est ainsi dévoilée – renforcé, en contexte violent, par le fait que cette histoire est généralement tragique – et le recul indispensable à l’analyste qui cherche à éclairer des faits, à les comprendre jusque dans les non-dits, les demi-vérités, les mensonges et les relectures abusives que peuvent en proposer les acteurs, de bonne foi ou non. La position des acteurs est, bien évidemment, différente selon qu’il s’agisse d’interpréter le présent ou réinterpréter le passé au vu de ce qui a suivi, de « relire » leur histoire en quelque sorte. Au refoulement et à la déformation due au temps qui passe peut s’ajouter le mensonge conscient. Le recours à différentes techniques d’enquêtes et sources d’information aide à croiser les données, les comparer, les vérifier, etc. Du reste, l’important est souvent moins de savoir si quelqu’un a menti que de comprendre pourquoi. Le chercheur lui-même ne se trouve pas dans la même position selon la période dans laquelle il observe. Presque par définition, il intervient dans « l’après ». Comme nous le rappelle avec sagesse Clifford Geertz dans ses mémoires, le changement n’est pas comme un défilé de rue que l’on pourrait regarder passer : un peu comme la cavalerie américaine, on arrive toujours trop tard, irrémédiablement après les faits (Geertz, 1995). Et même si je suis sur place, je ne verrai jamais qu’un tout petit aspect de ce qui s’est passé.
Enfin, l’analyse, parce qu’elle vient introduire des catégories, des concepts, des grilles de lecture extérieures à la situation donnée, va venir façonner le récit non plus de l’acteur cette fois, mais du chercheur. Roberto Beneduce, psychiatre et anthropologue habitué à travailler auprès de réfugiés et d’enfants dans des guerres, estime que les problèmes commençent quand on essaie de catégoriser, de systématiser ce qu’on observe sur le terrain ou auprès de « patients ». De fait, on tend à dresser des frontières et figer une situation qui, dans le réel, est bien plus mouvante et mêlée. La tendance du psychiatre – on pourrait dire du chercheur également – est de prendre l’anomalie et de la mettre dans une boîte, de côté, alors qu’il devrait plutôt re-conceptualiser à partir de la supposée anomalie. Restituer ses composantes humaines, inter-subjectives, à notre travail, c’est aussi savoir poser nos stylos, lever le nez de nos papiers et écrans d’ordinateur, nous ramener dans le monde des vivants et nous demander : Est-ce ainsi que les choses se passent dans la « vraie vie » ? Est-ce ainsi que mes semblables respirent, pensent, échangent, aiment, haïssent, s’affrontent, se tuent parfois ?
Personnellement, la phase d’analyse et d’écriture m’est toujours beaucoup plus douloureuse que la phase de « terrain » elle-même. On ne peut pas côtoyer en permanence les ambivalences qui traversent notre humanité et ne pas sentir une sorte de vertige dès qu’il s’agit d’en suggérer une interprétation que, parfois, un détail infime peut remettre en cause. Il existe toujours un risque de sous-estimations ou d’erreurs dans la compréhension de ce qui se passe dans les autres registres du réel que l’on ne peut capter au même moment. Il faut l’assumer. Ne pas prétendre que ma lecture est « meilleure » que les autres ou leur retire toute validité. Au contraire, suggérer une possible complémentarité. Assumer la possibilité qu’à partir du même matériau, d’autres chercheurs puissent raconter l’histoire de manière différente. Donner à ceux qui me lisent et m’écoutent le maximum de clés de lecture pour qu’ils sachent « d’où je parle », comment j’ai travaillé sur le sujet, et puissent remettre en cause ma parole sur cette base. Accepter que certaines pistes n’aboutissent pas autant que je le souhaiterais, que des questions restent sans réponse… Cette voie passe par l’exercice permanent du doute, l’acceptation des non-découvertes (plus fréquentes qu’on le voudrait), ou des découvertes inattendues, qui bousculent, de faits qui résistent à l’analyse et lui permettent alors d’évoluer, y compris dans des directions que l’on n’avait pas envisagées. Comme le suggérait Boris Cyrulnik dans l’un de ses livres, les impasses, les interrogations, les « butées », même si elles sont difficiles à vivre sur le moment, sont aussi ce qui étaie (Cyrulnik, 1998, p. 310). Je ne cesse jamais de douter.
 
Conclusion : Au-delà du « pourquoi », le « pour qui » de la recherche
 
 
En enquêtant, comme chercheur, sur des situations de violences extrêmes, je ne peux pas prétendre retracer « objectivement » ce qui s’est passé car c’est impossible mais j’essaie de prendre au sérieux la façon dont les personnes et groupes concernés l’ont compris et expliqué subjectivement et empiriquement. Pleinement consciente du caractère hautement subjectif de toute analyse que je peux proposer, j’essaie d’en assumer la responsabilité à l’égard de ceux auxquels mon discours s’adresse (auditeurs d’une conférence, lecteurs, étudiants, décideurs, fonctionnaires d’un gouvernement ou d’une organisation internationale, responsables d’une ong…), mais pas seulement. Invoquer ma responsabilité personnelle comme chercheur revient aussi à m’interroger sur mon engagement à l’égard des personnes auprès desquelles j’ai mené mes enquêtes. En faire non plus seulement des « objets » mais aussi des « sujets » de recherche suppose de s’engager dans une dynamique de participation et de partenariat. Ceci concerne aussi bien la façon dont les membres d’une communauté donnée seront impliqués dans ce travail que la collaboration qui sera initiée avec des chercheurs et étudiants locaux ainsi que d’autres partenaires, notamment de type associatif. En aval, cela pose la question du statut du travail de chercheur : à qui s’adresse-t-il ? Au moins aussi important que de publier des articles, écrire des ouvrages, faire des communications lors de colloques et de conférences, faire du conseil et dispenser des formations auprès de praticiens et de décideurs, est le retour des résultats de la recherche auprès des personnes et groupes directement concernés, ceux-là même que j’ai interrogés. Cela peut prendre la forme d’outils de formation et d’animation communautaire, de séminaires de travail, d’appui à des organisations pour formuler des programmes d’assistance, etc. Beaucoup reste à inventer, y compris pour parvenir à ce que ce travail-là soit considéré et valorisé comme partie intégrante du travail du chercheur, au même titre que la liste de ses publications. Au-delà, ma responsabilité personnelle suppose qu’au minimum, je m’interroge sur les conséquences directes ou indirectes que mes recherches pourraient, devraient ou encore risqueraient d’avoir pour ceux que j’ai interrogés. Ceci doit inclure une réflexion sur les possibles conséquences politiques (policy implications) de mon travail, de mes choix méthodologiques. Si l’on réclame, à juste titre, que décideurs politiques, fonctionnaires internationaux, militaires occidentaux, voire journalistes puissent être comptables de leurs actes comme de leur inaction, de leurs dires ou de leurs écrits, qu’en sera-t-il de l’analyste ? Poser la question en ces termes, c’est signer la fin de ma « tranquillité » de chercheur, c’est sûr. Mais peut-on vivre en conscience en ce monde et être encore « tranquille » ?
 
BIBLIOGRAPHIE
 
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·  Arendt, H. 1972. Le système totalitaire, Paris, Le Seuil.
·  Arendt, H. 1991. Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal, Paris, Gallimard.
·  Arendt, H. 1994. La condition de l’homme moderne, Paris, Calmann-Lévy.
·  Browning, C. 1994. Des hommes ordinaires. Le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la Solution finale en Pologne, Paris, Les Belles Lettres.
·  Cyrulnik, B. 1998. Sous le signe du lien, Paris, Hachette, coll. « Pluriel ».
·  Eisenbruch, M. 1994. « Mental health and the Cambodian traditional healer for refugees who resettled, were repatriated or internally displaced, and for those who stayed at home », Collegium Antropologicum, 18/2, p. 219-230.
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·  Todorov, T. 1993. Les abus de la mémoire, Paris, Arléa.
 
NOTES
 
[1]Cette réflexion s’appuie notamment sur un travail de réflexion trans-disciplinaire mené dans le cadre du groupe de recherche « Faire la paix. Du crime de masse au peacebuilding » que j’ai co-animé avec Jacques Sémelin, au Centre d’Études et de Recherches Internationales en 2001-2002, ainsi que sur des échanges avec des collègues chercheurs et praticiens s’intéressant à l’impact des conflits sur les enfants, dans le cadre d’un réseau créé par le bureau du Représentant spécial du Secrétaire général de l’onu sur les enfants et les conflits armés ainsi que le Social Science Research Council (New York).
[2]À propos de la violence totalitaire, Hannah Arendt a évoqué cette « expérience d’absolue non-appartenance au monde, qui est l’une des expériences les plus radicales et les plus désespérées de l’homme » (Arendt, 1972, p. 26).
[3]Compte-rendu de la réunion du groupe de recherche « Faire la paix » sur le thème « Éthique, chercheurs et acteurs face à l’objet “crime de masse” », Paris, 6 mars 2001, p. 8 (http://www.ceri-sciences-po.org/themes/pouligny/index.htm).
[4]Elle montre comment les circonstances de l’exil transformaient le sens de l’histoire et de l’appartenance et comment en particulier un camp de réfugiés était devenu un site de mémoire dans lequel les expériences, les mémoires, les cauchemars, les rumeurs de violence convergeaient pour fabriquer et re-fabriquer les catégories morales, le bon et le diable.
[5]Compte-rendu de la réunion du groupe de recherche « Faire la paix » sur le thème « Histoires et mémoires des crimes de masses », Paris, 3 avril 2001, p. 5 (http://www.ceri-sciences-po.org/themes/pouligny/index.htm).
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Cette réflexion s’appuie notamment sur un travail de réflex...
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