Revue internationale des sciences sociales
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I.S.B.N.9782749201399
192 pages

p. 73 à 83
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n° 175 2003/1

2003 Revue internationale des sciences sociales

Les expulsés du jardin d’Eden : un nouveau problème  [*]

Charles Geisler Charles Geisler est professeur de sociologie rurale à l’Université Cornell et s’intéresse particulièrement à l’étude comparative des systèmes de propriété, des droits et des processus de dépossession. Parmi ses publications récentes figurent Property and Values (Island Press 2000) et Biological Diversity : Balancing Interests through Adaptive Collaborative Management (crc Press 2001).
Certains déplacements de population sont parfois insidieux bien qu’ils soient de grande ampleur. La présente étude se penche sur le cas d’une de ces catégories de déplacements, celle des personnes chassées des parcs naturels et des zones protégées (« réfugiés pour cause d’opérations de conservation ») à mesure que le nombre de ces équipements s’accroît dans le monde entier. L’auteur s’emploie à dissiper plusieurs idées reçues : que le déplacement des habitants des zones protégées est rare, qu’il est peu dommageable lorsqu’il se produit et que l’appauvrissement des expulsés qu’il occasionne est « tolérable » au regard des enjeux de la lutte contre un développement qui se traduirait essentiellement par des opérations d’aménagement et des travaux d’équipement. Le raisonnement de l’auteur est tout autre : le classement en zone protégée constitue souvent une stratégie de développement en soi, impliquant une sorte de « super projet d’aménagement » susceptible de produire d’impressionnants déplacements de population. De tels déplacements contribuent à l’appauvrissement de ces populations de bien des manières. De plus, les réfugiés victimes des mesures de conservation sont souvent pauvres au départ. Ils sont chassés en partie parce qu’ils sont à la fois pauvres et privés de pouvoir, absence de pouvoir encore aggravée par leur déménagement forcé. L’article s’achève par un examen de la relation particulière entre la politique de création de zones protégées et le développement capitaliste.
 
Introduction
 
 
L’objet de la présente étude est de dire comment l’on réserve certains lieux à la nature en en chassant simultanément les populations humaines qui les habitent. J’appelle ces gens qui sont contraints d’abandonner leur droit à vivre en un lieu que l’on a décidé de classer en zone naturelle protégée des « réfugiés pour cause d’opérations de conservation ». Que la protection de ces zones soit importante pour le bien-être de l’humanité n’est pas contestable. Par contre, de plus en plus violemment et sur des territoires de plus en plus étendus, les parcs naturels et les zones protégées dépossèdent des populations de leurs biens et procèdent en des points névralgiques, pour la biodiversité, à un nettoyage des habitants considérés comme une menace pour les parcs et la nature. Il n’est pas rare que ces gens soient pauvres et appauvris encore par l’expulsion. Aujourd’hui, le nettoyage ethnique est communément considéré comme un crime odieux contre l’humanité, que seul le génocide dépasse en gravité ; le nettoyage de groupes multi-ethniques dans le sillage des mesures de conservation de la nature est tout aussi déplorable mais rarement reconnu. Il y a là un nouveau problème qui mérite qu’on s’y attarde.
Quelques lecteurs connaissent bien sans doute le texte de Karl Marx sur la disparition des terrains communaux en Angleterre à la suite de l’adoption des lois sur la clôture des terres communales qui a ouvert la voie au développement de l’élevage du mouton dans le paysage britannique. Plus rares encore sont ceux qui ont eu connaissance de la description par Marx de la façon dont, en particulier dans les Highlands d’Écosse, les soldats britanniques ont expulsé des gens pour faire place à des forêts peuplées de cervidés pour le plaisir et l’usage exclusif de l’aristocratie. Marx (1950, Tome III, p. 171-172) dans le chapitre XXVII du livre premier du Capital, cite l’article publié en 1848 par l’économiste Robert Somers dans le Times de Londres : « … on a beaucoup étendu les forêts réservées aux fauves… La conversion de leurs champs en pâturages… a chassé les Gaëls vers des terres moins fertiles ; maintenant que le gibier fauve commence à remplacer le mouton, leur misère devient plus écrasante… Ce genre de forêts improvisées et le peuple ne peuvent point coexister côte à côte ; il faut que l’un des deux cède la place à l’autre. Qu’on laisse croître le chiffre et l’étendue des réserves de chasse dans le prochain quart de siècle, comme cela s’est fait dans le dernier, et l’on ne trouvera plus un seul Gaël sur sa terre natale ». Ceux qui ont étudié la question de la clôture des terrains communaux et des expulsions en Grande-Bretagne ont beaucoup parlé du mouton, mais peu du gibier. Ce n’est pas seulement le prix de la laine qui a produit le déplacement des populations et l’affaiblissement des cultures locales dans la campagne anglaise ; c’est aussi la valeur que les riches attribuaient aux espaces non clos et, bien entendu, une bonne dose de châtiment infligé aux clans des Highlands pour les punir de leur loyauté à la cause de Jacques II.
Les réserves de chasse (deer-forests), il faut le préciser, étaient des territoires biologiquement riches où les espèces sauvages prospéraient au détriment des espèces domestiques et de leurs gardiens. À propos du développement des « deer-forests », Marx citant le professeur L. Levi écrit : « Bientôt la substitution des deer-forests aux pacages devint un événement ordinaire dans les Highlands. Le daim en chassa le mouton comme le mouton en avait jadis chassé l’homme… Le renard, le chat sauvage, la martre, le putois, la fouine, la belette et le lièvre des Alpes s’y sont naturalisés il y a longtemps… D’énormes districts… sont maintenant rigoureusement exclus de toute sorte de culture et d’amélioration et consacrés aux plaisirs d’une poignée de chasseurs, et cela ne dure que quelques mois de l’année. » Aujourd’hui, la protection de la nature n’est plus le passe-temps exclusif de l’aristocratie terrienne. L’intérêt du public pour les écosystèmes et les processus en jeu s’est accru comme se sont accrues les pressions sur l’État en faveur de l’extension des zones protégées. Ce passage de la protection privée à la protection par le secteur public gomme l’image des élites déracinant les petits paysans utilisateurs des terrains communaux au profit de la chasse. En ses lieu et place, on voit fleurir une volonté publique de protection de la nature au nom du bien commun englobant à la fois les communautés naturelles et humaines. Entre les mains d’un service public éclairé, la conservation de la nature devient une importante alternative à la modernité capitaliste.
Je m’élève contre cette idée en évoquant la triste réalité de la vie que mènent aujourd’hui ceux que j’appelle les réfugiés victimes des opérations de conservation de la nature. Tout au long du présent article, je contesterai trois idées générales qui me semblent erronées. Tout d’abord, on croit très généralement, et c’est le cas même des personnes qui s’occupent des réfugiés et des personnes déplacées à l’intérieur de leur pays, que les expulsions des zones protégées sont rares et peu dignes d’intérêt. Deuxièmement, même ceux qui en connaissent l’existence préconisent généralement de prendre des mesures correctrices et supposent dès lors le problème résolu. On observe même une tendance parmi les défenseurs de la nature à accepter qu’il soit porté quelque atteinte aux moyens d’existence des populations locales et aux droits de l’homme s’il doit en résulter un plus grand bien – bien des personnes de l’extérieur et de la postérité, ou du public en général. Les parcs et les zones protégées offrent, après tout, un plan de sauvetage éminemment nécessaire contre les dysfonctionnements biophysiques, la pollution, l’épuisement des ressources, et l’empreinte insoutenable de la culture urbaine et industrielle. La troisième erreur est celle-ci : la conservation de la nature – et en particulier la conservation dans le cadre de zones protégées – est un antidote du développement et un rempart contre ses externalités, qu’elles soient dues à des défaillances ou à des succès du marché.
Après avoir donné quelques brèves informations sur l’expansion récente des parcs naturels et des zones protégées créés par les pouvoirs publics et réfléchi à ses effets secondaires en ce qu’elle crée des réfugiés, j’en viendrai aux affinités (plutôt qu’aux différences) entre la conservation et le développement. Il me paraît que la création de zones protégées constitue souvent une stratégie de développement en soi et que ce n’est que lorsque ce point sera acquis que le phénomène des réfugiés pour cause d’opérations de conservation pourra se comprendre. L’une des raisons qui poussent à raisonner de la sorte, c’est la pauvreté dans laquelle leur expulsion des zones protégées plonge des groupes de population humaine dont certaines étaient déjà auparavant en situation de pauvreté et de précarité. Ce qui est en jeu ici, c’est la justice environnementale. Je conclurai mon article par ce qui pourrait paraître une introduction à de futurs travaux : quelle est la nature du changement de rapport entre le système des zones protégées et le développement capitaliste à long terme et qu’est-ce que cela augure pour l’avenir des réfugiés en question ?
 
Extension des zones protégées et déplacements possibles
 
 
On s’intéresse de plus en plus aux déplacements de populations liés aux grandes opérations de protection de la nature. Albert (1994) qualifie ces déplacements d’« expropriation écologique ». Black (1998) cite des cas concernant l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine comme le font les auteurs des articles des ouvrages publiés sous la direction de West et Brechin (1991), Hulme et Murphree (2001) et Brechin et West (2003). Nous avons dans un autre article suggéré que cette expropriation engendre des réfugiés pour cause d’opérations de conservation de la nature (Geisler et de Sousa, 2001) et comparé ces personnes déplacées avec, d’une part, les réfugiés politiques et, d’autre part, ce que l’on a appelé les « réfugiés écologiques ». La distinction entre lesdits « réfugiés écologiques » et les réfugiés victimes des mesures de conservation n’est pas négligeable. Les premiers sont les victimes de catastrophes naturelles sur lesquelles l’homme n’a en général aucune prise ; les seconds sont victimes d’interventions humaines délibérées sur le paysage, c’est-à-dire d’une forme de macrozonage prescrivant (comme le microzonage, son homologue mieux connu) la nature des activités humaines autorisées et l’endroit où elles sont permises.
On ne dispose guère actuellement de statistiques officielles sur cette catégorie de réfugiés. Pour remédier à ce manque, on peut estimer la superficie du territoire soumis à des mesures de conservation de la nature et la multiplier par la densité de la population en zone rurale marginale. Selon l’Union mondiale pour la nature (uicn) dont le siège est en Suisse, près de 29 000 zones protégées empêchent actuellement toute habitation humaine et utilisation à des fins économiques normales sur 8,5 millions de km2 de terres [1]. Cette superficie peut paraître réduite par rapport à la superficie de la planète, mais elle correspond approximativement à la superficie du territoire continental des États-Unis, plus la moitié de celle de l’Alaska (Geisler et de Sousa, 2001).
Dans la plupart des cas, de plus, ce classement en zone protégée est intervenu rapidement, ce qui a laissé peu de temps aux habitants de la zone de s’adapter et les a ainsi transformés en « réfugiés ». En 1950, il existait dans le monde moins de 1 000 zones protégées. Leur nombre a atteint 3 500 en 1985 et 9 800 en 1995 avant d’exploser pour atteindre aujourd’hui 29 000. Il serait de l’intérêt général que ce nombre double encore, dit l’Union mondiale pour la nature ; certains écologistes aimeraient pour leur part le voir s’accroître encore plus (Inamdar et al., 1999).
Pour faire un calcul, on peut multiplier la superficie protégée de 8,5 millions de km2 par un chiffre estimé de la densité de la population. En règle générale, on considère comme faible une densité se situant dans une fourchette de 1 à 16 habitants au km2. On avancerait donc une estimation prudente du nombre de réfugiés victimes des mesures de conservation, dans l’hypothèse où la totalité des populations émigrerait, en le situant entre 8,5 et 136 millions de personnes. (À titre de comparaison, le nombre de réfugiés politiques reconnu par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés est inférieur à 20 millions.) Ce chiffre paraîtra élevé à certains lecteurs, mais il est faible si on le compare aux estimations de Cincotta et Engelman (2000) selon lesquels un cinquième de la population mondiale (1,1 milliard de personnes) habitait en 1995 les 25 principaux points névralgiques pour la biodiversité. Ces endroits correspondent en gros aux zones que les écologistes voudraient en théorie voir protéger et qui le seront peut-être un jour. Un autre moyen de juger de l’agressivité de la protection de ces 8,5 millions de km2 est le coût d’opportunité sociale de l’interdiction d’autres utilisations de ce territoire. Or, la superficie en question est égale à environ la moitié des terres cultivables sur la planète, l’agriculture étant le secteur d’emploi d’environ la moitié de la population active mondiale [2].
En résumé, les partisans de la conservation n’ont pour la plupart guère l’idée des dégâts humains, réels ou potentiels, que l’extension des zones protégées occasionne. Beaucoup, en réalité, continuent de penser que les humains – en particulier les ruraux pratiquant l’agriculture de subsistance et les personnes qui exploitent la forêt – représentent un danger pour la nature auquel il faut mettre un terme [3]. Cela étant, rares sont les écologistes, y compris ceux qui s’élèvent contre les effets secondaires du développement sur l’environnement ou se considèrent comme des militants antidéveloppement, qui voient les parcs naturels et les zones protégées comme un énième avatar des grandes opérations de développement régional.
 
Les écologistes au pays des merveilles
 
 
Que le développement entraîne des déplacements de toutes sortes et de plus ou moins grande ampleur ne surprendra personne. D’après des estimations récentes, une dizaine de millions de personnes par an se trouvent contraintes à la migration (Cernea, 1995), sans compter les « migrations in situ » (perte importante de droits, de position ou de sécurité sans changement de lieu), les multiples façons dont on peut se retrouver sans toit, ce qui est toujours un traumatisme, y compris lorsqu’il s’agit d’une situation temporaire, ni non plus le nombre de personnes déplacées en raison de programmes de conservation de grande envergure. On ne fera pas le rapport entre l’extension des zones protégées et les déplacements de population tant que les observateurs ne verront pas le lien entre cette expansion et le modèle traditionnel du développement [4]. Les grandes opérations d’aménagement, la rénovation urbaine, les travaux publics et privés, l’urbanisation, les centrales, l’agriculture industrialisée, les parcs industriels et les bases militaires sont des exemples types, sinon des symboles, de ce type de développement mais il en va de même des parcs naturels et des zones protégées, comme plusieurs chercheurs l’ont montré.
Cette corrélation étroite entre la conservation et le développement en cours du capitalisme industriel au siècle dernier est très bien documentée par Samuel Hays (1971) dans son histoire du développement de l’écologie dans les entreprises en Amérique du Nord. Hays illustre à l’aide de multiples exemples la manière dont le secteur privé a soutenu les programmes de conservation engagés par l’État pour sauvegarder des réserves de ressources naturelles vitales et les immenses profits qu’elles apportaient. Ils ont fréquemment étendu ce soutien aux mesures d’extension du domaine public pour garantir le droit à l’eau, à l’exploitation forestière et aux pâturages, et à la manne des ressources minérales, en plus des intéressantes concessions qu’ils obtenaient à l’intérieur et à proximité des parcs nationaux. En son temps, Marx (1950, p. 172) avait lui aussi décelé ce double aspect de la conservation : « D’un côté, cette dévastation artificielle des Highlands est une affaire de mode qui flatte l’orgueil aristocratique des landlords et leur passion pour la chasse, mais, de l’autre, ils se livrent au commerce du gibier dans un but exclusivement mercantile. Il n’y a pas de doute que, souvent, un espace de pays montagneux rapporte bien moins comme pacage que comme réserve de chasse… ».
Le lien entre zones protégées et planification du développement subsiste encore aujourd’hui et dissimule le fait qu’elles sont étrangères l’une à l’autre. L’étude incisive de Moyo (2000) sur l’utilisation des terres au Zimbabwe le montre bien. Au cours des dernières décennies, dit-il, les facteurs micro-économiques (dimension des exploitations agricoles, bien-être des ménages, etc.) ont laissé la place aux critères macro-économiques – tels que les gains en devises étrangères, les retours sur investissement et les bénéfices pour l’environnement – comme facteurs décisifs d’aménagement du territoire. Un accord général s’est fait au Zimbabwe dans les années 1990 sur le fait que la culture et l’élevage étaient moins générateurs de revenu que les activités liées à la nature et au tourisme, s’agissant en particulier des lieux à faible pluviométrie. Le pouvoir du lobby touristique est tel que les zones protégées (pour certaines publiques, pour d’autres privées) se sont étendues bien qu’on ait la preuve que l’élevage communal sur les terres marginales serait d’une meilleure rentabilité (Moyo, 2000, p. 26 à 35). Le coût d’opportunité sociale de la conservation comme mode de développement peut être élevé [5]).
Les exemples abondent d’activités qui visent à la fois la conservation et le développement. La principale source fédérale qui finance l’achat et l’entretien de terres fédérales aux États-Unis est par exemple le Land and Water Conservation Fund dont le budget est alimenté par les redevances de l’exploitation gazière et pétrolière off-shore (National Research Council, 1993). Pour lutter contre le déclin économique de la région des Great Plains, on envisage d’ouvrir une série de parcs d’attractions [un « Serengeti américain », qui compte avant l’ouverture du parc une population d’environ 60 000 personnes (Licht, 1997)] et un coûteux « buffalo commons » (communaux à bisons) (Popper and Popper, 1993). Un grand nombre de propriétaires terriens texans pensent pouvoir maintenant remplacer leur activité d’élevage traditionnel en louant fort cher leurs terres pour la chasse au cerf, à l’antilope et au gros gibier d’importation. Le plus gros propriétaire terrien des États-Unis, Ted Turner, est en train d’abattre tous les bâtiments et infrastructures établis sur les quelque 800 000 ha qu’il possède dans le sud-ouest pour remplacer le bétail par des bisons, des élans, des antilopes, des cerfs, des couguars et des ours. Il est aujourd’hui propriétaire exploitant du plus important troupeau de bisons du pays. Pour la bagatelle de 12 000 dollars des États-Unis, les amateurs de trophées peuvent traquer le gibier avec un guide pendant toute une semaine (Massey, 2000).
Cette idée que la conservation pourrait remplacer le développement est aussi démentie par le fait que dans de nombreux pays, le tourisme devient la principale source de recettes régionales et nationales. Il faut dire à ceux qui voient les parcs naturels et les zones protégées comme des opérations de développement que leur création et leur extension est de plus en plus souvent soumises à une étude d’impact social. Comme je l’ai fait observer ailleurs : « les grandes opérations de conservation, de restauration et/ou de protection doivent être comprises comme des opérations de développement en elles-mêmes – des opérations taillées à la mesure des régions du monde qui possèdent un avantage comparatif en termes de biodiversité, de paysage, d’habitats ou d’écosystèmes exceptionnels. De surcroît, de telles opérations, qu’elles soient menées par des organismes publics ou non gouvernementaux, supposent en général des emprunts et une mobilisation de capital, une macro-planification et la construction de nouvelles infrastructures et suscitent des espoirs de recettes et/ou de profits non marchands pour les générations présentes et futures. Elles peuvent sembler moins dynamiques qu’un développement régional qui installe des barrages hydroélectriques, ouvre des routes ou des parcs industriels. Mais l’éclatement culturel, les déplacements de population, les changements de valeur des propriétés et des structures foncières qu’il peut entraîner justifient sans aucun doute des études d’impact social de caractère nouveau » (Geisler, 1994, p. 25-26).
En résumé, l’aménagement de zones protégées a pour objet la protection de la biodiversité mais c’est aussi un produit « d’exportation » qui est une source importante de devises, de constructions d’infrastructures et d’investissements qui correspond bien au modèle habituel du développement. Les déplacements de populations, qui accompagnent bien souvent le développement, représentent aussi un coût social, en règle générale sous-estimé, de cette variante du développement. Dans la mesure où les bailleurs de fond internationaux lient l’octroi de ressources à l’aménagement de zones protégées et que des déplacements de populations s’ensuivent, on pourrait même considérer que la conservation est une forme prétendument écologique de l’ajustement structurel.
 
Protection et appauvrissement
 
 
Les études de cas sur les coûts humains de l’aménagement de zones non protégées ne manquent pas (par exemple Gadgil et Guha, 1995 ; Neumann, 1998 ; Saberwal, Rangarajan et Kothari, 2000 ; Geisler, 2003). Ces enquêtes et d’autres encore soulèvent d’importantes questions concernant l’équité environnementale que négligent souvent les architectes de ces aménagements. À divers degrés, ils lient la conservation à un modèle plus général du développement et, au moins implicitement, avancent ceci : si les réfugiés victimes des opérations de conservation n’étaient pas pauvres au départ, ils ne seraient pas considérés comme des menaces pour la nature ni voués à être déplacés. Avant d’en venir à ce double danger de la pauvreté, je voudrais évoquer un travail éminent sur le rapport entre déplacement et appauvrissement.
Cernea (2000) établit un modèle de la manière dont les grandes opérations d’aménagement amènent fréquemment les habitants du lieu à se déplacer et, à moins que des mesures pour l’éviter ne soient prévues au budget, les engagent dans un engrenage qui les enfoncent dans la pauvreté. La liste que dresse Cernea des plus grands risques et des plus grosses pertes est utile pour le cas général, c’est-à-dire pour les grands projets d’infrastructure comme les barrages, les centrales et les routes. Elle s’applique moins bien dans le cas des formes de déplacement qui sont elles-mêmes hors du discours sur le développement. Les catastrophes humaines induites par les expulsions des parcs naturels et des zones protégées sont passées sous silence pour deux raisons. Nous avons déjà évoqué la première : le discours de ceux qui contestent que la protection soit l’antithèse du développement. En associant étroitement la protection à l’intérêt général, on en vient à conclure : comment quelque chose de bon pourrait-il conduire à quelque chose de mauvais ? La deuxième est la tendance à rendre les réfugiés responsables de leur sort. Les populations qui vivent de l’agriculture de subsistance dans les zones protégées et à proximité sont considérées par les aménageurs de ces zones comme des menaces pour la biodiversité et leur déplacement devient un avantage plutôt qu’un coût pour le « bien public » (tel qu’il est conçu par tous sauf par les victimes). Bien souvent, le filet de sécurité dont disposent ces populations est de toute manière précaire. Cela permet de juger « illégales » leur installation en zone protégée et cette criminalisation devient une excuse pour les expulser et les appauvrir encore.
Si en théorie, le cadre établi par Cernea pourrait servir à améliorer le sort des réfugiés victimes des opérations de conservation, cela ne fera concrètement aucune différence tant que l’on s’abstiendra de reconnaître la réalité du déplacement de ces populations. En supposant qu’on l’admette un jour, il restera un problème de fond. Les cadres comme celui-ci, qui dénoncent le coût social externalisé du développement, font rarement apparaître la relation entre l’appauvrissement et la création de richesse. Quand Marx a parlé de la transformation des Highlands en terrains de chasse, ce n’était pas dans le cadre d’une étude sur la pauvreté dans la région ou d’une recherche ethnographique sur la disparition des clans écossais – encore que ces deux questions auraient été intéressantes. Il a cherché à comprendre ce qu’il appelait le processus d’accumulation primitive dans le développement capitaliste, en étudiant la situation des paysans producteurs de l’ère précapitaliste privés de leurs moyens de production, y compris de leurs terres et du territoire dont ils tiraient leurs ressources, par une aristocratie gagnée par l’esprit d’entreprise qui s’en était appropriée une partie pour pouvoir jouir des grands espaces, de la nature et se divertir tout à son aise.
L’appauvrissement est donc un processus qui va de pair avec le déplacement, sous des formes qui sont parfois familières et parfois le sont moins. Ceux qui en sont victimes perdent toutes sortes de biens – abri, réseaux sociaux, identité, moyens d’existence, droits, et cet élément de sécurité dans la société mal défini mais important qu’est leur lieu de résidence. Mais le rapport entre le développement et l’appauvrissement peut avoir aussi une tout autre allure, comme l’exemple du développement par l’aménagement de zones protégées le montre. Certaines zones marginales du point de vue social et économique se tournent vers la conservation comme source de revenu, d’emploi et, indirectement, de recettes fiscales [6]. Si l’on pense que les pauvres de la région représentent une menace pour ces initiatives de conservation, il est probable qu’ils seront chassés de la zone ou sérieusement gênés dans leurs activités. Comme on l’a suggéré plus haut, la pauvreté vient justifier la mise en place d’une infrastructure tendant à la conservation qui, sous l’effet des déplacements de population, appauvrit plus encore les populations les plus en danger.
On pourrait prendre comme exemple de ce phénomène à l’échelle continentale le cas de l’Afrique. D’après l’uicn, il existait en Afrique, en 1985, 443 zones protégées (886 620 km2), représentant 3 % de la superficie du continent. Aujourd’hui, ce chiffre s’élève à plus d’un millier de zones qui couvrent près de 1 540 430 km2, soit 5,2 % du territoire (Geisler et de Sousa, 2001). On voit, par comparaison avec les données de 1985 et 1999 concernant 38 pays africains que l’expansion des zones protégées est surtout intervenue dans les pays les plus pauvres, c’est-à-dire ceux qui figurent dans la moitié inférieure de la liste des pays considérés pour l’indice du développement humain du Programme des Nations Unies pour le développement [7] (figure 1). Dans 7 de ces 19 pays africains, le Niger, le Mozambique, le Tchad, la Tanzanie, la Zambie, la Mauritanie et la République centrafricaine, les zones protégées couvraient une superficie plus importante que les zones cultivées en 1999. Au cours des années 1990, la superficie des zones protégées est passée au Tchad de 0,1 % du territoire à 9,1 %, et au Mozambique de 0,01 % à 6,1 %.
Figure 1
Le déplacement de la croissance des zones protégées en Afrique des pays riches vers les pays pauvres, 1985 et 1997
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Sources : wri/pnud/pnue, World Resources 1985-1986. New York : Oxford University Press, 1986 ; et wri/pnud/pnue, World Resources 1997-1998. New York : Oxford University Press, 1998. Les données concernent les catégories I à V de l’uicn et couvrent trente-huit pays africains, sous réserve de disponibilité.
Il serait erroné de dire que les aménageurs de zones protégées sont indifférents aux conséquences de leurs travaux sur la pauvreté. En fait, les recherches sur la façon d’en atténuer le coût pour les populations qui vivent sur place ou sur des territoires voisins sont nombreuses (par exemple Western et Western, 1994 ; Hulme et Murphree, 2001). Mais on continue de s’inquiéter, voire de polémiquer, quant aux résultats des actions de lutte contre la pauvreté (microcrédit, microentreprises, réinstallations, système de salaire contre travail, écotourisme local et services de guides, rémunération de services d’entretien des écosystèmes, et dispositifs de cogestion et de gestion des ressources naturelles sur le plan local) lesquelles n’aboutiraient ni à la conservation de la nature ni à une amélioration du bien-être des êtres humains (Barrett et al., 2001). Quoi qu’il en soit, cela n’empêche pas de continuer à dire que les écologistes nient l’existence des réfugiés victimes des opérations de conservation et sont peu informés de la pauvreté qui résulte souvent de l’expulsion de ces réfugiés.
Étant donné le caractère inhabituel de mon raisonnement, je vais en préciser à nouveau les points essentiels. Les zones protégées qu’on aspire à gérer exclusivement comme telles se répandent rapidement sur la planète. De ce phénomène devrait découler d’importants avantages écologiques mais aussi des coûts humains qui ne sont pas pris en compte, notamment des déplacements et un appauvrissement de la population. Cet appauvrissement est doublement important parce que les partisans de la conservation ont tendance à protéger des zones riches en biodiversité et menacées par des pauvres gênants. Quand un parc national ou un autre équipement visant à être exclusif s’établit et qu’une expropriation écologique se met en marche, les pauvres perdent un filet de sécurité vital. Je soutiens que la prolifération des réfugiés victimes des mesures de conservation est négligée parce que nous ne comprenons qu’en partie la relation entre zones protégées et développement. Lorsque l’on considère ces zones comme des alternatives au développement allant dans le sens de l’intérêt général, les effets externes sur les populations sont gravement sous-estimés. Par contre, lorsqu’on considère les zones protégées comme des « parents proches » des grandes opérations de développement, les réfugiés sont un important coût social de l’opération, et ont droit à la reconnaissance, à la justice environnementale et à une pleine indemnisation.
 
Conclusion
 
 
Assimiler la conservation à une forme de développement rendra les aménageurs de l’environnement – il faut l’espérer – moins naïfs et leur fera utiliser avec plus de discernement l’argument parfois trop banalisé de « l’intérêt général ». On peut de même espérer que cela introduira plus de réalisme dans le débat sur la justice environnementale. Les écologistes ont vite fait de dénoncer les injustices écologiques qui sévissent en zone urbaine, où l’incinération des déchets, la pollution de l’eau et les pollutions industrielles frappent plus durement les quartiers où vivent les minorités et les personnes à bas revenu. Ils sont moins prompts à protester (écologistes au pays des merveilles) lorsqu’il s’agit de l’injustice du point de vue écologique des politiques qui visent à protéger les lieux stratégiques de la biodiversité. Les réfugiés pour cause d’opération de conservation sont un excellent exemple des résultats de ce manque de curiosité.
S’il s’agit d’un moyen utile pour comprendre ce qu’est l’expropriation à des fins de protection de l’environnement, le recadrage dont il est question ici laisse d’importantes questions sans réponse. Par exemple, qu’est-ce que cela signifie que la conservation soit un « proche parent » du, ou semblable au, développement ? La forte ressemblance de l’aménagement de zones protégées avec d’autres grosses opérations de développement met-elle un point final à la question ou y a-t-il quelque chose d’autre à prendre en considération ? Pour dire les choses simplement, la conservation est-elle un aspect plus systématique et plus durable du développement ? Si tel est le cas, nous n’avons peut-être dans ce bref article que commencé seulement à comprendre l’alliance historique des forces et des relations qui créent les réfugiés pour cause d’opérations de conservation.
En conclusion du présent article, voici quelques réflexions sur cette dernière question. Le message que j’ai fait passer jusqu’ici est en fait terriblement incomplet. Il n’éclaire pas la nature des relations entre conservation et développement et montre mal le fait que le terme développement tel que je l’ai utilisé est un raccourci, signifiant développement capitaliste en expansion. Dans la mesure où le capitalisme a non seulement gagné du terrain mais aussi profondément changé au cours des derniers siècles, il n’est pas interdit de penser que la relation entre conservation et capitalisme a aussi évolué. Une façon provisoire d’analyser ce changement consisterait à étudier plusieurs processus de rationalisation à l’œuvre au fil du temps entre les populations, l’espace et le capital.
Au premier temps du capitalisme, les frontières étaient nombreuses et les concentrations de population relativement rares. Les densités démographiques étaient faibles et la nécessité de préserver des territoires inhabités ne venait sans doute à l’esprit de personne si ce n’est à l’occasion à celui d’un prince (forêts pour la chasse) ou d’un prêtre (bois sacrés). Le bannissement des habitants des territoires de chasse d’antan – par exemple les villages saxons sous les rois normands – a donné lieu à des légendes sur les brigands comme Robin des bois. Le capitalisme est arrivé peu à peu sur le devant de la scène à la suite de l’accumulation primitive et des clôtures – l’appropriation des terres et des ressources des marches des territoires, dont certaines superficies avaient déjà été mises en culture. Les seigneurs propriétaires de la terre ont rationné la ressource à leur profit, utilisant l’armée et le pouvoir civil pour se créer des réserves de ressources avec lesquelles financer les circuits commerciaux et l’industrie naissante. Les grandes compagnies mondiales semi-souveraines allaient bientôt naître et avec elles l’empire moderne. Les colonies des puissances européennes sont devenues les « parcs » de ressources et de main-d’œuvre à l’étranger. Les Highlands de Nouvelle-Guinée et du Guatemala se sont confondues avec les Highlands d’Écosse.
Les processus de rationalisation de la production et d’accumulation dans le grand capitalisme étaient empreints d’une prudence nouvelle. C’était là le capitalisme progressiste décrit par Hays, soucieux d’intérêts personnels et invoquant l’intérêt général. Le grand capitalisme rationalisa les flux de matières premières et les espaces de production en attachant à sa cause des États proactifs et interventionnistes. La légitimité devint le maître-mot. Les parcs nationaux et forêts publiques se multiplièrent pour protéger les richesses minérales, les sources d’eau, l’exploitation forestière, les concessions touristiques lucratives et les habitats d’espèces (domestiquées ou sauvages), dont il fallait prendre soin puisqu’il s’agissait de ressources renouvelables. L’intérêt que l’on manifeste aujourd’hui pour les gènes et les tissus de ces espèces n’est autre que la dernière justification de leur protection et de la rationalisation de la production. Alors qu’à l’aube du capitalisme, les parcs se constituaient par annexion forcée de territoires riches en ressources, aujourd’hui la conservation devient de facto un devoir public. Elle avance une doctrine de la polyvalence des utilisations qui exclut une partie des utilisateurs humains des terres publiques mais pas tous et périodiquement protège les détenteurs de droits de propriété contre la confiscation illégale de leurs terres. Elle réduit de la sorte le nombre de réfugiés par rapport à la période antérieure et en limite les conséquences.
Qu’en est-il de la croissance accélérée des parcs et des zones protégées aujourd’hui ? Rationaliser l’espace de cette façon est peut-être, à l’échelle de la planète, une façon d’éviter les coûts qu’inflige partout aux humains et aux écosystèmes le développement capitaliste contemporain. La consommation impécunieuse des ressources naturelles, les atteintes à la biodiversité, le démembrement des systèmes naturels, la destruction de l’indivis et de savoirs autochtones inestimables par le libéralisme et le capitalisme d’État sont désormais connus de tous, y compris des enfants en âge d’aller à l’école. Si la sous-consommation est le fléau que craignent le plus les capitalistes, la surconsommation est le fléau de la classe moyenne mondiale qui veut à la fois un haut niveau de vie et l’assurance de pouvoir jouir de la nature. Les parcs naturels et zones protégées rationalisent cette contradiction en faisant croire que l’on peut compenser les énormes sacrifices faits dans certains lieux (approximativement 90 % du territoire de la planète) en en protégeant d’autres (10 %). On excuse la surconsommation ou l’usage abusif de l’air, de la terre, de l’eau, de la flore et de la faune en général en enfermant ensuite en garnison les habitats riches en biodiversité, les écosystèmes et les patrimoines naturels. Les détracteurs de la modernité capitaliste ont fait de la sécurité de l’environnement quelque chose qui ressemble à un droit de l’homme alors même que d’autres droits sont amputés, en particulier ceux des plus démunis de la planète.
En d’autres termes, le rapport entre protection de la nature et développement capitaliste est intime et complexe. Le sort des réfugiés pour cause d’opérations de conservation ne sera peut-être pas grandement amélioré par l’analyse attentive que nous venons d’en faire. Mais sans cette analyse, leur nombre ne ferait que croître. Notre compréhension des processus d’appauvrissement à l’œuvre dans les lieux écartés tirera certainement bénéfice de cette analyse plus approfondie, de même que notre appréhension des raisons pour lesquelles les pauvres s’appauvrissent du fait de l’appropriation écologique. Si l’on veut éviter ce nouveau problème, la justice environnementale, aux mains de ces réfugiés ou de leurs défenseurs, devra un jour ou l’autre s’entendre avec l’écologie politique, soucieuse de créer des zones protégées et de les voir s’étendre.
Traduit de l’anglais
 
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NOTES
 
[*]Une version antérieure de cet article a fait l’objet d’une communication devant le Programme in Agrarian Studies de l’Université de Yale le 14 septembre 2001. L’auteur est reconnaissant aux personnes de l’auditoire pour leurs contributions et remercie en particulier Rachel Schurman, Shelley Feldman, Louise Silberling et Gayatri Menon pour leur aide.
[1]Selon l’Union mondiale pour la nature (uicn), une zone protégée est une « portion de terre et/ou de mer vouée spécialement à la protection et au maintien de la diversité biologique, ainsi que des ressources naturelles et culturelles associées, et gérée par des moyens efficaces, juridiques ou autres ». L’uicn rassemble chaque année des données sur huit catégories de zones protégées qui, pour les trois premières, restreignent sévèrement l’utilisation et l’habitation par l’homme, et pour les trois dernières ne sont assorties d’aucune limitation (réserves de biosphère, sites du patrimoine mondial, zones humides internationales) ; pour les deux autres, le système de gestion interdit au moins certaines activités humaines. Les chiffres figurant ici correspondent à la superficie des cinq premières des huit catégories, hors zones de moins de 10 km2.
[2]Alors que l’agriculture n’occupe qu’environ 9 % en moyenne de la population active de la plupart des pays industrialisés (de 5,2 % dans les pays de l’Union européenne à 20 % en Europe orientale), près de la moitié de la population active mondiale travaille dans l’agriculture. Les plus fortes concentrations de population agricole se rencontrent dans les pays en développement : 25 % en Amérique latine, 63 % en Afrique et 62 % en Asie (bit, 1997).
[3]Les lecteurs intéressés pourront se référer aux ouvrages qui décrivent cette menace pour les zones protégées. En règle générale, les populations autochtones sont rarement considérées comme une menace en raison de leur évolution en symbiose avec les systèmes naturels en question.
[4]Pour une analyse utile du développement, voir Watts (2000).
[5]Les efforts accomplis au Zimbabwe pour partager les profits des programmes de conservation publics et privés sont défendus avec éloquence par certains auteurs (voir Hulme et Murphree, 2001).
[6]La relation entre la biodiversité et la fertilité des sols tend à être inverse (Houston, 1993), ce qui veut dire que les gens qui tentent de survivre dans des aires de grande biodiversité ont souvent tendance à utiliser l’écobuage ou autres pratiques culturales qui fertilisent les sols dans l’immédiat, mais dont l’effet n’est pas durable, et qui sont même parfois extrêmement destructrices à long terme si elles s’accompagnent d’un accroissement important de population humaine.
[7]L’indice du développement humain tient compte de la longévité, du niveau de connaissances et du niveau de vie à l’échelle nationale. Pris à l’inverse, il devient une mesure commode de la pauvreté ou de la précarité ; nous l’employons ici de préférence à d’autres indices de la pauvreté des Nations Unies parce que ces derniers ne portent pas sur la totalité des 14 années considérées.
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