Les nouvelles guerres de cent ans
Élise Féron
Michel Hastings
Cet article défend l’idée que les conflits communautaires, dont les résurgences actuelles posent la question des identités collectives en souffrance, développeraient un imaginaire de la guerre perpétuelle. Toute leur économie interne conduirait les acteurs à s’installer dans la durée, à éterniser les oppositions en rejouant sans cesse une sorte de conflit primitif et indémodable. Ces nouvelles guerres de cent ans se fabriqueraient ainsi à partir de trois éléments principaux : tout d’abord, une ritualisation des pratiques violentes qui lierait les ennemis autour d’un pacte de cruauté réciproque ; ensuite, la mise en place d’une rhétorique de l’impossible et de l’impensable négociation qui permettrait à chacun d’inscrire son combat dans la défense indéfectible de l’honneur de la communauté menacée ; enfin, le prolongement des conflits par une routinisation des clivages, des mobilisations haineuses et des jeux de mémoire qui traversent alors toute activité sociale pour composer une sorte de société d’apartheid spontané. Ce fantasme partagé de l’impossible paix ne participerait-il pas lui-aussi et en dernière instance d’un douloureux besoin de reconnaissance ?
• Les liturgies conflictuelles
• Les ressources de l’in-négociable
• La recherche de nouvelles matrices
• Références