Revue internationale des sciences sociales
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I.S.B.N.9782749201412
192 pages

p. 451 à 455
doi: en cours

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Des données plus solides pour des politiques mieux informées

n° 177 2003/3

2003 Revue internationale des sciences sociales Des données plus solides pour des politiques mieux informées

Créer des services de données dans des démocraties nouvelles : expériences d’une étude de cas et d’exemples voisins

Adrian Dusa Adrian Dusa est chercheur aux Archives roumaines (roda) à l’Institut de recherches sur la qualité de la vie (Bucarest). Il est titulaire d’une licence en science informatique de l’Université technique de Cluj-Napoca (2000) et prépare actuellement un doctorat à l’Université catholique de Louvain (Belgique). Il est spécialiste des questions de programmation pour la collecte et la mise à jour de données.
En Roumanie, comme dans d’autres anciens pays communistes, il existe depuis longtemps un déficit d’informations sur la recherche sociale et les données correspondantes. Vu le besoin croissant de données de haute qualité, condition préalable pour des politiques sociales efficaces, on s’efforce de trouver, aux plans national et international, des solutions pour faire face à ce déficit. L’article résume la mise en place récente des archives roumaines de données sociales, avec l’appui de l’Institut de recherches sur la qualité de la vie (Institut de l’Académie roumaine des sciences) et de la Faculté de sociologie et de recherches sociales de l’Université de Bucarest ; on y décrit les principaux défis techniques et juridiques de cette entreprise. On y trouve aussi des indications sur les activités de coopération, les problèmes communs que soulèvent les données de sciences sociales en Europe orientale et les perspectives considérables de coopération qui permettraient d’y faire face.
Les connaissances sont un facteur crucial du développement économique et social, car elles produisent des effets cumulatifs positifs en retour à mesure qu’elles sont intégrées dans les politiques et les pratiques. Mais ces connaissances sont liées de façon complexe à la disponibilité d’informations, disponibilité à la fois temporelle et spatiale. Il est toujours difficile de définir la partie « orientale » de l’Europe, qui renvoie moins à une notion géographique qu’à des schémas de connaissance dans une zone floue. De quelque point de vue que l’on se place, l’« Est » correspond, de facto, à un déficit de connaissances associé à un certain type de tradition institutionnelle dans laquelle le secret d’État a longtemps été dominant. Pendant des décennies, les informations pertinentes ont été cachées et les résultats publiés ne pouvaient pas être vérifiés. Comme il fallait s’y attendre, les participants à une économie et à une société façonnée, notamment, par une telle tradition se caractérisent par une grande aversion du risque.
Une des réponses possibles à ce défi est d’importer les connaissances relatives à la collecte, au stockage et à l’utilisation de l’information depuis les sociétés où le savoir-faire est plus développé. Toutefois, bien que compréhensible, une telle réponse pose aussi des problèmes. Des instruments vérifiés de manière positive dans les sociétés où ils ont été mis au point peuvent être faussés selon des modalités qui apparaissent lorsqu’ils sont appliqués à d’autres contextes. Une bonne information nécessite l’adaptation de ces instruments à des cultures et à des environnements spécifiques.
Le présent article concerne essentiellement la Roumanie, où, jusqu’à une époque récente, il y avait peu d’informations sur la recherche sociale, y compris sur ses auteurs, ses domaines de travail et les lieux de consultation des ensembles de données. Les expériences comparatives montrent toutefois que le cas de la Roumanie n’est pas isolé. Ces dernières années, l’intérêt pour l’archivage des données sociales a beaucoup augmenté car les gouvernements et les sociétés civiles ont pris conscience de l’importance de données de haute qualité pour l’efficacité des politiques sociales. Avec un appui considérable de la Société allemande pour les services d’infrastructure en sciences sociales (Gesellschaft sozialwissenschaftlicher Infrastruktureinrichtungen - gesis) et l’unesco, le mouvement d’archivage des données en Europe orientale est passé de la théorie à la pratique. Suivant les exemples de la Hongrie, de la République tchèque et de la Slovénie, un service d’archivage des données a été mis en place en Roumanie, et de nombreux autres vont suivre. Le présent article s’intéresse surtout au roda, Archives roumaines de données sociales (http://www.roda.ro), qui est une institution assez récente bénéficiant de l’appui de l’Institut de recherches sur la qualité de la vie (dépendant de l’Académie roumaine des sciences) et de la Faculté de sociologie et de recherches sociales de l’université de Bucarest. Le roda, qui a ouvert des ensembles de données et de variables présentant un intérêt à des chercheurs de Roumanie et d’ailleurs en libre accès, donne des indications sur les bonnes pratiques dans ce domaine. L’importance de cette initiative est reflétée par le niveau de financement assuré par la Banque mondiale et le ministère de l’Éducation et de la recherche dans les investissements destinés aux infrastructures par l’université de Bucarest. Un an après son lancement, le service d’archivage des données a été admis en février 2002 au cessda (Council of the European Social Science Data Archives) [Conseil des archives européennes de données en sciences sociales] et demande actuellement à devenir membre de la Fédération internationale des organisations de services de données en sciences sociales (ifdo).
 
Contexte institutionnel
 
 
L’institut de recherche sur la qualité de la vie (http://www.iccv.ro) a des relations de coopération scientifique avec un grand nombre d’institutions nationales et étrangères et encourage l’ouverture vers les médias. Grâce à la qualité de ses activités et de ses résultats de recherche, l’institut est désormais reconnu aux niveaux national et international par des entités telles que la présidence et le gouvernement de Roumanie, les ministères, d’autres instituts de recherche et universités nationaux et étrangers et des organisations internationales telles que le Conseil de l’Europe et l’unicef. Depuis 1990, l’institut publie chaque année un diagnostic sur la qualité de la vie en Roumanie et évalue les politiques sociales adoptées au cours de la transition. Il fait aussi des recherches et propose des solutions possibles aux principaux problèmes sociaux et économiques actuels en Roumanie en menant des recherches empiriques sur des échantillons locaux ou nationaux. L’institut publie des livres, des études, des résumés, des brochures et des rapports de recherche, et propose des services de conseil dans son domaine d’expertise. L’activité de recherche de l’institut est organisée autour de cinq thèmes principaux : qualité de la vie, politiques sociales, groupes défavorisés, développement humain et communautaire, et relations interethniques. Les publications de l’institut sont orientées vers la recherche fondamentale et la recherche appliquée en sciences sociales et qualité de la vie, et adhèrent aux valeurs caractéristiques de l’intégration européenne et de la transition vers une économie axée sur le libre-échange en Roumanie.
La Faculté de sociologie et de recherches sociales (http://www.sas.unibuc.ro) de l’Université de Bucarest (http://www.unibuc.ro) a réouvert en 1990 après une longue interruption. Dans le nouveau cadre, la faculté forme des spécialistes en sociologie et recherches sociales, et organise et élabore des programmes de recherche fondamentale en sociologie, politiques sociales et recherches sociales. La faculté entretient des relations institutionnelles avec des instituts de recherche et d’enseignement nationaux et internationaux et dispose donc de programmes, de bourses d’étude et de bourses de recherche pour les étudiants et pour le personnel. Les transferts d’unités de valeur sont encouragés par des échanges internationaux entre universités, ainsi que les collaborations avec des institutions nationales et étrangères similaires. La faculté connaît actuellement une phase de développement rapide, et a multiplié par trois le nombre de ses étudiants en quelques années. C’était la première faculté de Roumanie à organiser un département de recherches sociales, et c’est le plus grand dans sa catégorie. Son personnel rassemble des enseignants ayant des responsabilités dans d’autres institutions importantes, qui associent la démarche théorique à la pratique.
 
Contexte national
 
 
La diffusion des données des recherches sociales sera utile non seulement aux chercheurs dans ce domaine mais aussi à la société roumaine. Le libre accès aux données d’enquête est l’un des objectifs majeurs. Une meilleure information et un accès en ligne aux ensembles de données d’analyse permettrait aux chercheurs, aux spécialistes des sciences sociales, aux représentants des médias, aux décideurs, au gouvernement et aux institutions de l’État d’améliorer leur compréhension des processus sociaux et d’utiliser les connaissances accumulées au sujet de la société roumaine contemporaine afin de concevoir des politiques sociales plus efficaces. Dans ce contexte, le roda encourage une politique ouverte, et en particulier une analyse secondaire des données existantes. Les normes d’archivage sont d’un niveau élevé et font appel aux logiciels les plus récents mis au point par la communauté internationale. Le développement institutionnel est en cours, le financement étant assuré par un don de la Banque mondiale et un soutien attendu de l’unesco.
L’intérêt pour le roda vient essentiellement, comme on peut s’y attendre, des chercheurs et universitaires roumains. En mai 2002, le lancement officiel des archives de données a bénéficié de la présence du recteur de l’Université de Bucarest, ainsi que des membres du conseil de la Faculté de sociologie et de recherches sociales et de professeurs invités des principales universités du pays. Tous les orateurs se sont félicités de la création du roda, et sont convenus qu’il s’agissait d’un événement longtemps attendu. L’objectif principal du roda est de favoriser les avantages découlant de l’utilisation des archives et de mettre en place des logiciels spécialisés. En octobre 2002, des visites approfondies à cette fin ont été réalisées dans les autres grandes universités et instituts de recherche en Roumanie : l’initiative a été financée par le ministère de l’Éducation et de la Recherche, par l’intermédiaire d’un projet appelé infosoc (société de l’information). De plus, il y a actuellement des discussions animées autour de la création d’un Conseil national de la recherche qui liera le financement des projets à une obligation de dépôt des ensembles de données aux archives. La législation correspondante est également à l’étude.
Des archives de données seraient sans objet s’il n’existait pas des gens qui les utilisent. La création du roda n’est pas un hasard, mais révèle au contraire qu’une communauté d’utilisateurs qualifiés existe déjà en Roumanie. Comme dans d’autres pays d’Europe centrale et orientale, cela montre que les partenaires internationaux peuvent s’appuyer sur des experts locaux.
Un exemple de coopération productive est celui de la caspis (Commission gouvernementale de lutte contre la pauvreté et la promotion de l’insertion sociale [http://www.caspis.ro]) qui, sous l’autorité directe du gouvernement roumain et des experts de la Banque mondiale, a élaboré un plan national de lutte contre la pauvreté, qui repose sur le modèle des plans nationaux existants d’insertion sociale requis par l’Union européenne pour ses États membres, mais comprend également une orientation spécifique roumaine. Pour les besoins de ce plan, un certain nombre de questions difficiles devaient être résolues, y compris le seuil de pauvreté à utiliser, son niveau, en fonction du type de mesures de la pauvreté, du type de données les plus appropriées, des modalités d’exploitation les plus efficaces, etc. Les experts roumains et ceux de la Banque mondiale se sont vite rendus compte que les formules et mesures internationales générales ne donnent pas de bons résultats. Comme elles ne sont pas suffisamment sensibles à la réalité roumaine actuelle, elles doivent être modifiées. Il a été tenu compte de ces préoccupations dans le plan élaboré par la caspis, et on en est maintenant à la phase d’exécution et de suivi.
Il a été particulièrement encourageant que, dans ce contexte, et pour la première fois depuis la révolution en 1989, les experts de l’université de Bucarest, de l’institut de recherches sur la qualité de la vie et de divers ministères aient eu l’occasion de travailler en collaboration étroite avec des experts de l’institut national de la statistique (ins – http://www.insse.ro), qui est chargé de toutes les statistiques officielles. La pertinence de cette relation vient du fait que l’ins dispose d’ensembles de données qui sont beaucoup plus exhaustifs que ceux résultant de la recherche sociale ordinaire. Comme dans d’autres pays, l’intégration des données et statistiques nationales et des données de recherche sur enquêtes est un objectif majeur du roda.
 
Coopération européenne : quelques notes rapides
 
 
La mise au point de ce type d’activité concernant les données, en particulier pour l’Europe orientale, a suscité beaucoup d’intérêt au plan international. Les observations qui suivent ne sont qu’un bref résumé des étapes pertinentes ainsi que des questions techniques soulevées par la coopération.
La première réunion où un éventuel réseau d’Europe orientale a été envisagé, a été le « New Archives Forum » [« Forum sur les nouvelles archives »] lors de la conférence de mai 2001 « A Data Odyssey – Collaborative Working in the Social Science Cyberspace » [« L’odyssée des données – la coopération dans le cyberespace des sciences sociales »], organisée à Amsterdam aux Pays-Bas par l’Association internationale pour les services et techniques d’information en sciences sociales (iassist) et la Fédération internationale des organisations de services des données en sciences sociales (ifdo). Lors de ce forum, organisé par l’unesco et la gesis, des services nouveaux d’archives de données de République tchèque, d’Estonie, de Hongrie, de Roumanie, de Russie, de Slovaquie, de Slovénie et de Lettonie ont présenté leurs méthodes les plus récentes, leurs plans et leurs aspirations en vue d’améliorer leurs prestations [1]. Les organisateurs ont estimé qu’il fallait organiser une réunion de suivi afin de renforcer la base de ce réseau. Un mois plus tard, lors d’une réunion organisée à nouveau à Berlin par l’unesco – qui en a assuré le soutien financier – et la gesis, le réseau d’archives d’Europe orientale (edan) a été lancé afin de demander un financement au titre du sixième programme-cadre de la Commission européenne. À cette occasion, le réseau a été renforcé par l’adhésion de partenaires originaires d’Ukraine, de Bulgarie, de Pologne, de Yougoslavie et de Lituanie. Chaque participant a présenté un exposé, décrivant de nouvelles initiatives ou bien faisant le point des réalisations depuis Amsterdam. D’une manière générale, on a constaté qu’il reste beaucoup à faire, et qu’il serait particulièrement utile d’organiser un atelier spécialisé de formation en informatique. Les exposés de la réunion de Berlin ont été publiés (Hausstein et de Guchteneire, 2002). Le principal objectif du roda, dans sa participation à des réseaux internationaux, est de favoriser la communication avec des partenaires de l’Est comme de l’Ouest sur la base de normes communes. L’émergence de nouvelles archives de données est une occasion idéale pour adopter des procédures et des logiciels communs, comme le montre bien l’expérience du roda.
En septembre 2002, en collaboration avec l’edan et le Zentralarchiv de Cologne, le roda a accueilli à Bucarest un atelier international sur les nouvelles normes d’archivage des données, qui prévoyait des exercices pratiques sur ordinateur pour installer le logiciel Nesstar et assurer les connexions et les communications avec d’autres archives de données en réseau. L’objet de cet atelier, en grande partie autofinancé, était de présenter la norme ddi (Initiative de documentation de données) et de mettre tous les membres de l’edan au même niveau de connaissances en matière d’archivage de données. L’adoption d’un langage commun de production et de stockage de métadonnées sera un facteur essentiel de promotion de la coopération future. La présence de participants de la République tchèque, de Slovaquie, de Slovénie, de Hongrie, de Bulgarie, d’Ukraine, de Russie et de Roumanie, ainsi que du Portugal, où il n’existait pas à l’époque de service d’archivage de données, a bien montré l’intérêt de cette collaboration.
On notera également l’intérêt manifesté par les membres du cessda pour l’atelier sur la ddi. En même temps que l’atelier de Bucarest, le roda a aussi organisé le séminaire annuel d’experts du cessda, réunion où les membres du cessda étudient les normes et logiciels les plus récents en matière d’archivage de données. Nombre de participants (d’Allemagne, du Royaume-Uni, de Suède, de Finlande, de Norvège, de Suisse, du Danemark, des Pays-Bas et d’Espagne) ont également fait des exposés lors de l’atelier sur la ddi. Cette manifestation de trois jours a probablement été la première occasion de réunir dans la même salle des experts et des stagiaires en archivage de données, originaires de l’ouest comme de l’est, pour partager leurs expériences et ouvrir de nouvelles perspectives d’intégration européenne, du moins dans le domaine des services de données.
Traduit de l’anglais
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Hausstein, B. ; de Guchteneire, P. (eds) 2002 Social Science Data
·  Archives in Eastern Europe : Results, Potential and Prospects of Archival Development, Berlin, Cologne, Paris, Ferger Verlag.
 
NOTES
 
[1]Les documents de séance sont disponibles à l’adresse suivante http://www.gesis.org/en/data_service/eastern_europe/news/NAF2001.pdf et ont été publiés dans la revue iassist Quarterly, 25(2), 2001.
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