2003
Revue internationale des sciences sociales
Les sciences sociales et l’interface entre recherche et politique
La recherche en sciences sociales au sein du Groupe consultatif sur la recherche agricole internationale : une vue d’ensemble
[*]
Amir Kassam
Amir Kassam est chef de recherche agronomique au service du Conseil scientifique du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (gcrai) à l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, à Rome, en Italie. Il facilite les travaux du Conseil dans la formulation des priorités et stratégies de recherche du gcrai. Il a été auparavant directeur- général adjoint pour les programmes de l’Association pour le développement de la riziculture en Afrique de l’Ouest (adrao). Au nombre de ses récentes publications figurent : Water and the cgai: A Strategic Framework (coécrit avec Elias Fereres, 2003), et Regional Approach to Research for the cgrai and Its Partners (coécrit avec Alain de Janvry, 2001).
Au milieu des années 1990, le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (gcrai) a étendu sa mission au-delà des améliorations durables à apporter à la productivité et a formellement intégré une approche axée sur la lutte contre la pauvreté. Dans le même temps, le Groupe a engagé un processus visant à orienter expressément le système vers la production et l’impact. La recherche en sciences sociales est ainsi devenue partie intégrante du programme de recherche du gcrai et du processus de mise en œuvre de la recherche. Nous disposons par ailleurs de données permettant de penser que les disciplines sociales et anthropologiques irriguent désormais les activités de recherche du gcrai. Toutefois, il est nécessaire de déployer des efforts systématiques à l’appui de la formulation et de la mise en œuvre d’un programme mis à jour de recherche en sciences sociales adapté aux nouvelles vision et stratégie du gcrai. Ceci est particulièrement important pour permettre une véritable intégration de la recherche sociale dans le programme de recherche du gcrai, une nécessité fortement mise en avant par les évaluations externes réalisées ces dernières années. Le présent article souligne la nécessité de promouvoir une culture et un esprit de recherche au sein du gcrai qui assurera la promotion d’une synthèse axée sur le développement d’une recherche socialement responsable englobant les sciences biophysiques et les sciences humaines dans le cadre des processus de planification et de mise en œuvre de la recherche du gcrai à chacune des étapes de la recherche-développement dans les domaines de l’agriculture, de la sylviculture et des pêches.
Le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (gcrai) peut être décrit comme un mécanisme multiniveaux destiné à organiser et mettre en œuvre une recherche multidisciplinaire axée sur la production de biens publics internationaux dans les domaines où le Groupe détient un avantage comparatif. Ses activités de recherche stratégique et appliquée sont menées en association avec un grand nombre de partenaires au sein de la communauté mondiale de la recherche-développement qui s’étend également aux clients et aux bénéficiaires. Ce mécanisme est décrit dans la figure 1 qui illustre les multiples niveaux interconnectés – politique, stratégique, opérationnel, et lié au développement – entre lesquels interviennent des échanges, des décisions et des actions qui aboutissent à l’élaboration et à la diffusion des produits de recherche.
Fig. 1
Mécanisme multiniveaux du gcrai d’organisation et de mise en œuvre de la recherche sur les biens publics internationaux
La nature des activités de recherche en sciences sociales au sein du gcrai – quant à leur orientation, leur portée, leur impulsion et leur mode – a été façonnée par : l’évolution constante de la mission, des objectifs, et des priorités et stratégies de recherche du gcrai, qu’elle a par ailleurs contribué à formuler ; les innovations introduites par les spécialistes en sciences sociales du gcrai ; et les expériences en recherche agronomique ainsi que les activités de développement en général. De même, la communauté scientifique mondiale plus vaste n’a cessé à ce jour de contribuer à la formulation des objectifs, priorités et stratégies de recherche du gcrai, ainsi qu’à la pertinence et qualité de ses activités de recherche en sciences sociales.
Le terme « recherche en sciences sociales » désigne, pour la période allant jusqu’à l’année 2000, les activités relevant de la catégorie 4 du gcrai (voir annexe 1). À l’occasion de la Semaine des Centres internationaux du gcrai organisée en 2000, une nouvelle vision et une nouvelle stratégie ont été approuvées, et il a été décidé de classer les activités du gcrai par ordre de priorité et d’allouer les ressources selon cinq cadres logiques de production, dont le cadre « Recherche socioéconomique et sur les politiques » détaillé à l’annexe 2 (Comité consultatif technique 2000).
Le présent article offre une analyse historique schématique de l’évolution de la recherche en sciences sociales au sein du
gcrai, sans chercher, dans un premier temps, à en évaluer le bien-fondé ou la qualité. Dans le cadre de la recherche en sciences sociales, l’article examine particulièrement la
recherche sociale, considérée comme tirée des disciplines sociologiques et anthropologiques par opposition à la science économique (Comité consultatif technique, 2001
[1]). Les sections 2 à 4 couvrent trois périodes de temps [les premières années (jusqu’en 1990) ; les années plus récentes (années 1990) ; et la période depuis 2000] en s’étendant à l’ensemble des niveaux : les niveaux politique, stratégique et opérationnel composés respectivement par les membres du groupe, le Comité consultatif technique et les centres du
gcrai, et les niveaux opérationnel et de développement constitués respectivement par les centres, d’une part, et les bénéficiaires et clients partenaires, d’autre part. La section 5 propose un certain nombre d’observations et de recommandations en guise de conclusion.
Durant les années 1970 et 1980, la recherche génératrice de technologies au sein du gcrai était axée principalement sur une hausse du rendement agricole et de la production vivrière. La recherche en sciences sociales correspondante avait pour objectif de compléter les activités de biophysique afin d’aider à accroître le proverbial « tas de riz » au moyen de technologies de production améliorées. Tout au long des années 1980, la communauté internationale du développement a commencé à étendre ses conceptions du développement à ses aspects humains et environnementaux. Guidés par les notions de droits civils, de l’homme, ainsi que de liberté et d’autonomisation, les objectifs de développement ont alors été expressément définis comme devant aller bien au-delà des buts de croissance et de diversification économiques pour s’étendre aux questions de lutte contre la pauvreté, d’équité et de qualité de vie, y compris de durabilité. Au sein de la communauté internationale du développement, l’autonomisation sous toutes ses formes, notamment par l’offre de perspectives et l’accès à la participation, est devenue la voie à suivre du point de vue des buts aussi bien que des moyens, et les objectifs liés au développement agricole et rural ont été définis en termes de lutte contre la pauvreté, d’amélioration de la sécurité alimentaire et de la nutrition, ainsi que de protection ou de durabilité de la base de ressources. Ainsi, à la fin des années 1980 et au début des années 1990, s’est opérée au sein du gcrai une réévaluation fondamentale des éléments centraux de sa mission et de ses objectifs, ainsi que des priorités et stratégies susceptibles de contribuer efficacement à leur réalisation au profit des populations pauvres des régions en développement.
Dans une perspective scientifique socialement responsable, le gcrai a décidé, compte tenu des préoccupations internationales soulevées par les populations pauvres et les problèmes d’environnement, d’aborder désormais la lutte contre la pauvreté par le biais d’une recherche pour et, non uniquement sur, les populations pauvres, et de tenir les dimensions sociales et culturelles ainsi que les questions d’intégration pour aussi déterminantes, dans la réalisation de ses objectifs, que les aspects plus traditionnels d’ordre biophysique, économique, politique et institutionnel. Ainsi, comme en ont témoigné les années 1990, la recherche en sciences sociales au sein du gcrai, quoique toujours axée sur la hausse du rendement et de la production, a commencé à prêter une attention plus grande aux variables sociales et socioculturelles, ainsi qu’à leurs interactions avec les facteurs biophysiques, économiques, politiques et institutionnels. Une attention particulière a été accordée aux questions liées aux différences entre les sexes, ainsi qu’aux approches participatives de la recherche et de l’utilisation, ainsi que de la gestion, des ressources à l’appui de la hausse de la production et du rendement, de même qu’aux processus de gestion d’actifs et de formation de capital liés aux sources de revenus en milieu rural.
Durant les années 1970 et 1980, les styles et approches de recherche au sein du
gcrai étaient en général décidés en haut lieu sans que les bénéficiaires soient directement et systématiquement associés à la définition des besoins ou à la planification de la recherche, ni aux étapes ultérieures de la recherche et du développement technologiques, ni même au-delà lors de la livraison et diffusion des technologies. Ainsi, les opinions et perceptions, connaissances, compétences, contributions et environnements socioculturels des utilisateurs/bénéficiaires ont été largement négligés au cours du processus de recherche, en dépit des tentatives réelles de la part des sociologues du
gcrai de saisir le mode de fonctionnement des environnements agricoles au moyen de la recherche sur les systèmes agraires (
frs) et de la recherche à la ferme (
ofr). De même, si des études de long terme ont été menées sur les villages, elles étaient pour l’essentiel extractives et à sens unique, la « participation » des bénéficiaires au processus de recherche étant surtout passive. Toutefois, à la fin des années 1980 et au début des années 1990, la recherche menée au sein du
gcrai a mieux mesuré l’importance de la participation directe des bénéficiaires (notamment les acteurs des secteurs public et privé susceptibles de promouvoir un environnement propice ou des conditions appropriées à la mise en œuvre des réformes souhaitées), ainsi que l’intérêt des variables socioculturelles dans le processus de la recherche et du développement technologiques (r-d
[2]) (Voir Baum, 1986, pour son analyse historique du système du
gcrai ; Collinson et Platais, 1992, pour leur examen de l’état des connaissances d’alors dans la recherche en sciences sociales du
gcrai
[3]).
Au milieu des années 1990, le
gcrai a officiellement intégré la lutte contre la pauvreté dans sa mission, et a commencé à réorienter son action vers les résultats et l’impact. À la suite de ces changements, la nécessité de tenir compte des dimensions sociales et socioculturelles de la recherche en sciences sociales au sein du
gcrai a été expressément définie. Ce qui est peut être étonnant est la lenteur avec laquelle cette « nouvelle » prise de conscience s’est fait sentir dans la planification stratégique et opérationnelle du
gcrai, ainsi que dans les programmes de recherche des centres. Ces variables étaient apparues essentielles, quoique insuffisantes en soi, pour déterminer le lancement et la viabilité d’une évolution agricole et rurale depuis la mise sur pied du projet Comilla au Bangladesh au début des années 1960, et avaient été mises en avant par les travaux d’Akhtar Hamid Khan et son équipe (Bunting, 1970
[4]), ainsi que par d’autres chercheurs comme Guy Hunter, Robert Chambers et Michael Cernea.
Toutefois, il ne s’agit pas ici d’insinuer que le
gcrai manquait totalement d’appréciation quant aux contributions apportées par les disciplines sociologiques et socioculturelles à la recherche agronomique et en sciences sociales. En effet, ainsi que l’a remarqué Anderson (1992), les chercheurs en sociologie et en anthropologie ont fourni une approche spécifique de l’agriculture, et leur travail entrepris au sein du
gcrai a couvert un large éventail d’activités dans les années 1970 et 1980
[5]. Il n’en reste pas moins que l’intégration des sociologues du monde rural et des chercheurs en anthropologie sociale, issus de différentes disciplines de la recherche sociale, dans le courant principal de la recherche agronomique et de la recherche en sciences sociales au sein du
gcrai s’est peut-être accélérée avec la conceptualisation et la mise en œuvre, au milieu des années 1990, de deux programmes étendus à l’ensemble du système, le programme sur la recherche participative et l’analyse de genre (
prga) et le programme sur l’action collective et les droits de propriété (
capri) à partir des principes élaborés lors de recherches antérieures par chaque centre. Le programme
prga a mis l’accent sur l’élaboration des méthodes et les innovations organisationnelles en matière de recherche participative sexospécifique dans les domaines de l’amélioration des plantes et des ressources naturelles (ex. :
prga, 1996, 1999, 2001), tandis que le programme
capri insistait sur l’instauration de l’action collective et les institutions gérant les droits de propriété comme outils d’autonomisation des populations rurales dans les améliorations agronomiques et l’utilisation des ressources naturelles (ex. :
capri, 2002). Le courant issu des multiples questions débattues au sein du système du
gcrai à différents niveaux – lutte contre la pauvreté, durabilité, équité entre les sexes, autonomie, marchés, définition des priorités, impact, ressources collectives, pauvreté, sécurité alimentaire, intégration, etc. – avait alors commencé à marquer les différents forums du
gcrai et à envahir les programmes de recherche en sciences sociales et les processus de mise en œuvre de la recherche au niveau des centres.
Dans le cadre de cette évolution de la recherche en sciences sociales au sein du gcrai, le Comité consultatif technique a participé activement à la définition de la vision et des buts du gcrai, ainsi qu’à la formulation des grandes priorités et stratégies de ses activités de recherche. Les exercices de planification stratégique à l’échelle du système conduits par le Comité consultatif technique ont fortement influencé la formulation des priorités, la recherche en sciences sociales et l’allocation de ressources au niveau des centres. En s’appuyant sur son ouvrage Expansion of the cgiar System publié en 1990 et sur les plans de moyen terme des centres, le Comité consultatif technique a présenté en 1992 une liste d’activités de recherche en sciences sociales (voir annexe 1). La liste a été peu modifiée durant les 10 années qui ont suivi, en dépit d’un changement radical dans la vision et les énoncés d’objectifs opéré à la moitié des années 1990, et de la nouvelle perception des scientifiques du gcrai qui ont commencé depuis lors à reconnaître le rôle vital joué par les utilisateurs et bénéficiaires dans la production des savoirs et des technologies.
Les premières années, jusqu’en 1990
Au cours des années 1970 et 1980, les activités de recherche en sciences sociales, au niveau de chaque centre, étaient définies et mises en œuvre principalement par les économistes de la production, qui intervenaient comme socioéconomistes, en fonction de l’intérêt du gcrai pour la recherche sur les systèmes agraires, en rapprochant les chercheurs des clients finaux et de leurs cadres de production et de subsistance, ainsi que de leurs environnements communautaires. La recherche socioéconomique dans le contexte de la recherche sur les systèmes agraires a débuté avec l’Institut international de recherches sur le riz (irri) et le Centre international d’amélioration du maïs et du blé (cimmyt) comme un intérêt, au niveau des sièges des organismes, à chercher à comprendre les processus de production dans un contexte plus large et plus approfondi des modes de culture et de l’utilisation des ressources ainsi que de leur gestion. Les activités de recherche sur les systèmes agraires étaient également considérées comme importantes, à commencer par la caractérisation ex ante en vue de comprendre les processus et contraintes de production et de définir les besoins de recherche dans les Centres, nouvellement mis en place, orientés vers l’écologie : l’iiat (Institut international d’agriculture tropicale), le ciat (Centre international d’agriculture tropicale), l’icrisat (Institut international de recherche sur les cultures des zones tropicales semi-arides) et l’icarda (Centre international de recherches agricoles dans les régions sèches). L’International Livestock Centre for Africa (ilca) a également collaboré avec les éleveurs depuis le tout début.
Les activités de recherche sur les systèmes agraires ont vite conduit à l’élaboration d’études socio-économiques plus sophistiquées conduites au niveau des villages, à des activités de recherches à la ferme, ainsi qu’à des recherches sur la gestion des ressources collectives, notamment à mesure que se développaient les programmes de recherche régionaux et hors station. Au cours des années 1970 et 1980, le programme de recherche du gcrai a été dominé par des activités en rapport avec les produits et la production où le succès et l’impact au niveau de la ferme étaient, pour une large part, appréciés au regard de l’adoption des variétés de cultures modernes. Les économistes travaillant dans les unités de sciences sociales des centres ont également contribué, ainsi qu’ils le font aujourd’hui, à la définition des priorités, et les activités en sciences sociales dans plusieurs centres s’étendaient aux questions touchant la post-production comme la gestion après récolte, la transformation des produits alimentaires et la commercialisation, l’objectif principal étant toutefois de pourvoir aux besoins des programmes d’amélioration des produits.
Dans son évaluation des priorités du gcrai de 1987, le Comité consultatif technique a retenu la durabilité et la gestion des ressources naturelles comme thèmes prioritaires (Comité consultatif technique, 1987). L’énoncé d’objectif se lit comme suit : au moyen de la recherche agronomique internationale et des activités qui s’y rapportent, contribuer à accroître la production vivrière durable dans les pays en développement de manière à améliorer le niveau nutritionnel et le bien-être économique général des populations à faibles revenus.
Au départ, cette nouvelle orientation est apparue dans le contexte de la production durable des produits du gcrai (Comité consultatif technique 1988). Toutefois, lors d’une réunion organisée à Canberra en 1989, les membres du gcrai ont déclaré leur intention de continuer à centrer la mission de recherche du gcrai sur la production agricole durable tout en élargissant son domaine prioritaire à la gestion optimale des forêts, des pêches et des ressources en eau. Sur la base de l’analyse de l’éventuelle expansion du Système du gcrai conduite par le Comité consultatif technique (Comité consultatif technique 1990), il a été décidé en 1990 d’étendre la mission du gcrai aux questions des ressources en eau, de l’agroforesterie, de la sylviculture et des pêches. L’iwmi (Institut international de gestion de l’eau), le ciraf (Centre international pour la recherche en agroforesterie – également connu sous le nom de Centre mondial d’agroforesterie), l’iclarm (Centre international pour la gestion des ressources aquatiques vivantes – rebaptisé aujourd’hui WorldFish Center) et le cifor (Centre international pour la recherche forestière) ont alors été invités à rejoindre le Système du gcrai.
Années plus récentes, les années 1990
En 1990, le Comité consultatif technique a estimé, avec l’accord du gcrai, qu’une recherche judicieuse en gestion des ressources naturelles devait aborder les aspects techniques aussi bien que les aspects humains du problème tant au niveau de la ferme que de la communauté. Afin de permettre l’expansion du gcrai, l’énoncé d’objectif a été remplacé par un énoncé de mission se lisant comme suit : au moyen de la recherche internationale et des activités correspondantes, et en association avec les systèmes de recherche nationaux, contribuer aux améliorations durables du rendement agricole, sylvicole et piscicole dans les pays en développement de manière à améliorer l’état nutritionnel et le bien-être notamment des populations à faibles revenus (Comité consultatif technique, 1992). L’énoncé de mission s’est appuyé sur neuf objectifs étroitement liés. Les cinq premiers objectifs portaient sur la gestion des ressources naturelles ainsi que sur l’intégration de produits améliorés dans les systèmes de production durables. Les trois objectifs suivants renvoyaient aux environnements socioéconomiques et politiques. Le dernier objectif se rapportait à tous les autres en se concentrant sur le développement des ressources humaines et sur le renforcement institutionnel au niveau national ou régional.
Les neuf objectifs ont été abordés, dans le cadre de la mission centrale du gcrai, par cinq catégories principales d’activités. L’une d’entre elles, la catégorie 4, couvrait la recherche en sciences sociales sous le titre « Recherche socioéconomique, sur les politiques publiques et sur la gestion publique ». Elle englobait trois ensembles d’activités (voir ci-dessous annexe 1) : l’analyse socioéconomique ; l’analyse des politiques ; et la gouvernance et gestion des systèmes publics (dont les systèmes d’irrigation). Le Comité consultatif technique a déclaré que l’ensemble des activités énumérées dans chacune des cinq catégories s’appuyait sur les plans stratégiques et à moyen terme des centres du gcrai, ainsi que sur le travail effectué par le Comité consultatif technique lors de l’analyse d’une éventuelle extension du champ de recherche du gcrai (Comité consultatif technique, 1990). Le Comité consultatif technique a clairement signalé que les cinq catégories étaient toutes très étroitement liées, et que la distinction faite, dans la catégorie 4, entre la recherche socioéconomique, la recherche sur les politiques et la recherche sur la gestion était arbitraire.
Avec l’élargissement de la mission du gcrai, le concept traditionnel d’autosuffisance alimentaire a été « remplacé » par le concept d’autonomie alimentaire qui accordait un rôle plus important aux produits rémunérateurs non alimentaires ainsi qu’au recours aux marchés et aux échanges dans la satisfaction des besoins alimentaires et nutritionnels de base des populations à faibles revenus. L’accent mis sur la durabilité a également accordé une place plus importante à la base de ressources naturelles, aux écorégions et aux partenariats, conduisant ainsi à des stratégies écorégionales et à d’autres stratégies à l’échelle du système à l’appui du renforcement de la recherche en gestion des ressources naturelles et des partenariats correspondants. En outre, les questions liées à l’équité, particulièrement entre les sexes, ainsi qu’aux ressources collectives, ont fait l’objet d’une attention accrue.
En 1991, le gcrai a affecté environ 9 % de ses ressources, et près de 15 % de son personnel, à la recherche en sciences sociales. L’année suivante, le Comité consultatif technique a proposé que cette affectation des ressources soit augmentée et comprise dans une fourchette allant de 10 % à 12 % en vue essentiellement de tenir compte des besoins supplémentaires en recherche en sciences sociales, soulevés par l’élargissement de la mission du gcrai à la sylviculture, aux pêcheries et aux ressources en eau, et des nouvelles priorités accordées à la recherche en gestion des ressources naturelles. Les motivations de l’engagement du gcrai en faveur de la recherche socioéconomique, sur les politiques publiques et sur la gestion publique, ont été décrites par le Comité consultatif technique de la manière suivante (Comité consultatif technique, 1992) : la mission et les objectifs du gcrai sont peu à même d’être réalisés sans un cadre politique favorable. Les politiques nationales dans les pays en développement doivent arriver à un équilibre fragile conciliant les intérêts de différents groupes, mais elles doivent avantager suffisamment les petits producteurs pour les convaincre d’adopter des technologies engendrées par la recherche. La politique gouvernementale doit également favoriser le renforcement des systèmes de recherche nationaux pour que l’action du gcrai réussisse dans ce sens. Les systèmes de recherche bien administrés par le secteur public sont plus à même de gagner la confiance et, partant, l’appui des pouvoirs publics.
Au milieu des années 1990, le gcrai a officiellement fait figurer la lutte contre la pauvreté et la sécurité alimentaire durable au nombre de ses objectifs. Cette décision a constitué un changement profond et fondamental en termes de perspectives et de vision, et n’a pas tardé à influencer la nature, l’état d’esprit et la culture de recherche du système du gcrai. L’importance du « contexte », tant physique que socioculturel, et de la variabilité et diversité des environnements sociologiques a été de plus en plus reconnue dans les réponses à apporter à la pauvreté rurale par un accroissement du rendement agricole. À cette époque, le Comité consultatif technique a commandé une étude de panel concernant la recherche du gcrai sur les politiques et la gestion (Comité consultatif technique, 1996) en vue d’évaluer l’émergence des sciences sociales au sein du gcrai. Cette étude a signalé que la recherche sur les politiques et la gestion ainsi que la recherche socioéconomique complémentaire essentielle étaient en plein développement au sein du système du gcrai, dans l’ensemble des centres et non pas uniquement dans les centres qui sont en avance dans la recherche sur les politiques et la gestion. En a témoigné le développement rapide des sciences sociales tenu pour être pleinement justifié et essentiel à la résolution des problèmes plus vastes et toujours plus complexes étudiés alors par le gcrai. L’ensemble des chercheurs du gcrai affectés aux sciences sociales représentaient 17,4 % du total des scientifiques du groupe (162,6 sociologues sur un total de 937), l’allocation des ressources correspondantes s’élevant à 14,8 % (en augmentation par rapport aux 9 % de 1991 et aux 11 % de 1992). Le panel en a conclu que les sciences sociales avaient joué un rôle majeur dans le système du gcrai. 78,4 scientifiques (48,2 % du total des scientifiques) ont été associés aux recherches socioéconomiques, 70,4 (43,3 %) aux recherches sur les politiques et 13,8 (8,5 %) aux recherches sur la gestion. Dans l’ensemble, les scientifiques étaient répartis de la manière suivante : 8,3 % dans la recherche socioéconomique, 3,2 % dans la recherche sur les politiques et 0,4 % dans la recherche sur la gestion.
Aucune classification n’a été tentée entre la recherche sociale et la recherche économique, même si le rapport a bien précisé que l’étude mettait davantage l’accent sur la recherche sur les politiques que sur la recherche sur la gestion, et insistait plus sur la recherche économique que sur les autres sciences sociales. Toutefois, l’étude a fait plusieurs observations importantes concernant la recherche sociale en signalant que, de l’avis du panel, les recherches menées par le gciar sur les politiques et la gestion étaient dans l’ensemble d’une qualité satisfaisante, qu’elles contribuaient puissamment à la mission du système, et qu’elles ne nécessitaient alors aucune refonte majeure à l’échelle de ce dernier. Selon l’étude, il convenait toutefois d’accorder une attention plus grande à plusieurs changements importants qui redéfinissaient alors la nature des recherches sur les politiques et la gestion dans le système. Les deux changements majeurs constituant le cadre des recommandations ci-après étaient les suivants :
- Le développement du gcrai et l’élargissement de ses objectifs exigent des analyses en sciences sociales plus approfondies que les types d’analyses couramment mises en avant par les centres à l’appui de la conception technologique, de l’allocation des ressources aux priorités de recherche, et de l’évaluation de l’impact de la diffusion des technologies. Ces analyses en sciences sociales doivent aller de pair avec la recherche de solutions biotechniques. Le caractère central de ces analyses rend compte de la part croissante des sciences sociales dans les budgets du gcrai de même que dans la complexité toujours plus grande des types d’analyses requises.
- Le désengagement de l’État entraîne l’entrée en scène d’un ensemble de nouveaux acteurs et institutions dans la recherche et le développement, la gestion de l’eau d’irrigation et des forêts, et l’élaboration de solutions aux problèmes de rendement, de pauvreté et de durabilité. La concertation et la coopération avec ces institutions civiles, allant des sociétés commerciales aux ong et organisations communautaires, constituent un nouvel aspect qui n’a pas encore été suffisamment intégré dans le renforcement institutionnel et de la recherche du gcrai.
L’étude a insisté sur les besoins d’une plus grande collaboration entre les centres en matière de recherches sur les politiques et la gestion publique au moyen de mécanismes décentralisés et informels, de même que sur la nécessité pour les centres de collaborer avec plus d’un système de recherche national, dans la mesure du possible, afin de renforcer la recherche et les services institutionnels. Il conviendrait d’accorder la priorité en premier lieu à la recherche sur les politiques portant sur les interfaces publiques-privées, les ressources collectives, les études politiques génériques – par opposition aux politiques spécifiques aux États – ainsi que sur l’économie politique des décisions d’orientation et de gestion, et, en deuxième lieu, au renforcement et développement institutionnels, notamment à la recherche sur le rôle et les problèmes de gestion des ong et autres organisations de la société civile à but non lucratif. En outre, l’étude a signalé la nécessité de diversifier les disciplines au-delà de la science économique, d’accentuer la collaboration entre les centres et instituts autres que l’institut international de recherche sur les politiques alimentaires (ifpri), d’accroître l’aide offerte aux centres par rapport aux priorités de recherche à venir sur les politiques et la gestion aux fins de la planification, et de développer l’échange de données au moyen, par exemple, de systèmes d’information géographiques.
La volonté très forte de collaborer étroitement avec les bénéficiaires finaux et de garantir leur participation au processus de recherche ainsi que les immenses pressions s’exerçant dans ce sens ont conduit les centres du gcrai, au milieu des années 1990, à intégrer la recherche participative et les aspects socioculturels des modes de subsistance en milieu rural dans leurs activités de sciences sociales, comme l’illustrent bien les deux programmes à l’échelle du système : prga et capri. Ces programmes doivent justifier leur action auprès de la communauté plus vaste de tous les acteurs intéressés, et en particulier auprès de leurs partenaires du gcrai et au-delà. Le mode opérationnel participatif adopté par ces programmes assure la participation de la majorité, pour ne pas dire de la totalité, des centres à l’élaboration de thèmes de recherche pertinents, ainsi qu’à la production de biens publics dans l’intérêt de ces centres, de leurs partenaires et d’autres parties prenantes, ainsi que des bénéficiaires finaux.
L’étude de 1997, menée par le Comité consultatif technique, des priorités et stratégies du gcrai a conduit à un recentrage de l’objectif primordial du groupe défini de la manière suivante : les activités menées par le gcrai sont subordonnées à l’accomplissement de ses deux missions : contribuer, par sa recherche, à la promotion d’une agriculture durable en vue d’assurer la sécurité alimentaire dans les pays en développement, et réaliser ses objectifs de lutte contre la pauvreté et de protection des ressources naturelles de manière à assurer la sécurité alimentaire durable. Aucune modification n’a été apportée à la description des activités relevant des sous-catégories 4.1, 4.2 et 4.3. Toutefois, une nouvelle sous-catégorie 4.4 – Recherche sur l’organisation et la gestion des instituts – a été ajoutée (voir annexe 1).
Le Comité consultatif technique (Comité consultatif technique, 1997) a recommandé plusieurs ajustements, pondérés en fonction de la pauvreté, en matière de priorités et d’affectation des ressources. La part des ressources du
gcrai consacrée à la recherche en sciences sociales, à cette époque, aurait été de 12 % (
gcrai, 1997
[6]), niveau dont le Comité consultatif technique a préconisé le maintien. Le Comité consultatif technique a signalé la nécessité d’accroître la mobilisation des ressources du
gcrai en faveur de l’analyse sociale et économique des problèmes de gestion des ressources naturelles, et a proposé une diminution des ressources affectées à la recherche dans le domaine du marché et des échanges commerciaux. Conformément aux opinions exprimées dans son étude stratégique sur la recherche relative au renforcement institutionnel (Comité consultatif technique 1996), le Comité consultatif technique a recommandé une plus forte mobilisation des ressources en faveur de la recherche dans ces domaines d’étude aux dépens des activités de service.
Les sciences sociales dans le cadre des nouvelles vision et stratégie du gcrai
En 2000, le gcrai a adopté une nouvelle vision et une nouvelle stratégie recommandées par le Comité consultatif technique (Comité consultatif technique, 2000). Cette vision a été définie comme une sécurité alimentaire mondiale pour tous, et son objectif général comme la réduction de la pauvreté, de la faim et de la malnutrition au moyen d’une hausse durable du rendement des ressources agricoles, sylvicoles et piscicoles. Sa mission a été définie comme étant axée sur la réalisation de la sécurité alimentaire durable et sur la lutte contre la pauvreté dans les pays en développement grâce à la recherche scientifique et aux activités s’y rattachant dans les domaines de l’agriculture, de l’élevage, de la sylviculture, des pêcheries, des politiques et de la gestion des ressources naturelles.
S’agissant des nouvelles perspectives scientifiques dans le domaine des sciences sociales, le Comité consultatif technique a prévu que les développements ci-après dans le domaine de la sociologie, de la géographie sociale, de l’anthropologie et de la science économique seraient essentiels et utiles à la stratégie et aux priorités de recherche adoptées à l’avenir par le gcrai.
Au nombre de ces nouveaux développements figurent la planification et la définition des priorités, une meilleure compréhension du processus de prise de décision individuelle ou collective au sein des communautés du monde rural, la modélisation bioéconomique et la nouvelle économie institutionnelle. En premier lieu, la recherche en sciences sociales du gcrai doit davantage se concentrer sur : la définition des caractéristiques et besoins des bénéficiaires/clients finaux, c’est-à-dire les fermiers pauvres et les consommateurs de produits alimentaires en milieu urbain ; les dispositions institutionnelles nécessaires à la promotion de la création et mise en activité du capital social ; l’amélioration des régimes de droits de propriété et de garde, et leurs incidences sur la gestion et la distribution ; les motivations qui sous-tendent les stratégies culturales des fermiers pauvres ; les facteurs rendant compte de l’action collective dans la production et la commercialisation des produits agricoles, sylvicoles et piscicoles ; et les structures de gestion des ressources communautaires ou collectives. L’intérêt accru pour les sciences sociales contribue puissamment au développement des alliances entre les savoirs au sein du gcrai. Il conviendrait que la recherche en sociologie et anthropologie vienne compléter la recherche économique au sein du gcrai. De même, cette recherche socioéconomique doit mieux s’articuler, en amont aussi bien qu’en aval, avec la recherche en sciences biologiques et physiques. Les chercheurs en sciences sociales du gcrai favorisent également l’intégration, dans le système, des nouvelles recherches sociales et connaissances sur la pauvreté au niveau mondial, lesquelles sont indispensables au gcrai pour déterminer sa stratégie, ses priorités et son programme de recherche, et en évaluer l’impact.
Pour mettre en œuvre cette nouvelle vision, une stratégie intégrée constituée de sept volets imbriqués a été approuvée par le gcrai (Comité consultatif technique 2000). Tous les volets stratégiques insistent fortement sur les variables sociales et culturelles dans la recherche agricole, sylvicole et piscicole. Les volets 1, 4 et 5 sont particulièrement importants pour le programme de recherche en sciences sociales. Le volet 1 (Accent mis sur les populations et la pauvreté) réaffirme ses objectifs de réduction durable de la pauvreté, de la faim et de la malnutrition dont souffrent les populations dans les pays en développement. Il recommande que le programme de recherche du gcrai soit tourné vers les populations pauvres et qu’il soit essentiellement consacré à ces dernières. Le volet 4 (Approche régionale de la recherche) préconise l’adoption, par le gcrai, en collaboration avec ses partenaires nationaux et régionaux, d’une approche régionale en matière de planification, de définition des priorités et de mise en œuvre pour aborder les causes diverses et variées de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire dans les différentes régions, et réaliser une synthèse harmonieuse entre ces priorités et les priorités mondiales dans le cadre de la recherche agronomique internationale. Le volet 5 (Nouveaux partenaires dans les domaines de la science et du développement) renforce l’accent mis sur la recherche de nouveaux types de partenaires et l’adoption de nouvelles formes de partenariats en vue d’améliorer l’efficacité et le caractère rationnel de la définition des problèmes, de la recherche et de la diffusion des produits de recherche en matière de lutte contre la pauvreté et de sécurité alimentaire. Le volet préconise un renforcement de l’interface entre la recherche-développement et les gouvernements nationaux, la société civile et le secteur privé.
Les avis du Comité consultatif technique sur le volet 4 sont plus amplement décrits dans de Janvry et Kassam (2002), ainsi que dans Janssen, Kassam et de Janvry (2001). Selon le Comité consultatif technique, la définition des priorités en matière de recherche régionale commence par une cartographie participative de la pauvreté pour la région concernée, l’étude de la localisation, de la nature et des causes de la pauvreté, et le recensement des stratégies possibles capables de soustraire les populations à la pauvreté. L’objectif consiste à définir clairement le rôle éventuel des technologies agricoles, ainsi que leurs limites, dans la lutte contre la pauvreté. L’analyse de l’articulation de la technologie et de la pauvreté indique qu’il existe de nombreuses voies, directes et indirectes, que la technologie peut emprunter pour contribuer à la réduction de la pauvreté. Toutefois, si elle reste un préalable à la réduction de la pauvreté monétaire, la recherche agricole ne suffit pas (Bonte-Friedheim et Kassam, 1994). Un grand nombre d’autres facteurs contribuent à promouvoir ou à freiner toute évolution dans le rendement et les produits biologiques obtenus par les systèmes de production. Il s’en dégage un corollaire : tandis que la prise en compte du point de vue des utilisateurs et la participation des bénéficiaires au processus de recherche restent essentielles, elles ne constituent pas en soi des conditions suffisantes de changement. L’importance du capital social et des facteurs socioculturels dans le maintien des communautés et des modes de subsistance en milieu rural n’est pas une découverte récente (voir, par exemple, Daryll Forde, 1934 ; Richards, 1939 ; Allan, 1949 ; Bunting, 1970 ; Hunter et Bottrall, 1974 ; Hunter, Bunting et Bottrall, 1976). Toutefois, pour assurer les conditions appropriées à une avancée progressive dans la lutte contre la pauvreté, les biens technologiques productifs doivent aller de pair avec les biens sociaux et les autres biens de capital en vue d’atteindre et de maintenir des niveaux de productivité supérieurs capables d’améliorer les modes de subsistance et la formation des biens communautaires.
Ainsi, les contraintes, problèmes et solutions technologiques correspondantes peuvent faire l’objet d’une meilleure évaluation grâce à un processus participatif de planification et de mise en œuvre faisant intervenir conjointement le gcrai et les partenaires régionaux – notamment les décideurs politiques, les planificateurs du développement, ainsi que les représentants des bénéficiaires. L’utilité et les chances de réussite de la recherche menée par le gcrai s’en trouveraient accrues. De même, l’accent mis sur les populations assure une plus grande sensibilité au contexte en soulignant les diversités culturelles qui existent même en cas de similitude des paramètres physiques et des fonctions remplies par les structures et institutions sociales. Ainsi, la définition des priorités doit abandonner l’approche diffuse s’étendant à l’ensemble des produits au niveau mondial au profit d’une approche régionale davantage ciblée sur les différents producteurs et institutions sociales.
Parallèlement à l’introduction des sept volets stratégiques, le Comité consultatif technique a également proposé que la prioritarisation des activités du gcrai ainsi que l’allocation des ressources soient définies selon cinq cadres logiques de production : la collecte, caractérisation et conservation du matériel phytogénétique ; l’amélioration du matériel phytogénétique ; les systèmes de production durables au moyen de la gestion intégrée des ressources naturelles ; la recherche socioéconomique et sur les politiques ; et le renforcement des institutions. Ainsi, toutes les catégories d’activités du gcrai, y compris la catégorie 4, qui avaient essentiellement servi de « catégories d’apports et de comptes rendus », ont été remplacées par des cadres logiques de production associés aux objectifs du gcrai. S’agissant de la planification de projet, l’approche par cadre logique est censée contribuer à définir les activités requises pour la réalisation de produits servant les objectifs du gcrai.
Les nouvelles vision et stratégie du gcrai offrent le cadre stratégique général ci-après pour la recherche socioéconomique et la recherche sur les politiques.
-
Recherche socioéconomique. La mission élargie du gcrai et son approche stratégique de la lutte contre la pauvreté renforceront le rôle de la recherche socioéconomique au sein des centres du gcrai. Ce type de recherche est censé constituer un corps de connaissances visant à comprendre les populations, leurs besoins agricoles et technologiques, et à évaluer l’adoption et l’impact des innovations. Il est nécessaire de développer un programme de recherche socioéconomique, très sélectif et ciblé, axé sur les nouvelles attributions des centres du gcrai. Des recherches socioéconomiques supplémentaires conduites par le gcrai, en colloboration avec d’autres organismes, devraient centrer leur attention sur les aspects socioculturels et agricoles de la pauvreté en milieu rural et urbain (voir annexe 2 pour de plus amples détails).
-
Recherche sur les politiques. Le gcrai continuera à jouer un rôle important dans la recherche sur les politiques. Le système devra réexaminer son rôle au regard des activités des nombreuses autres organisations nationales et internationales menant également des études sur les politiques. Le futur programme de recherche du gcrai sur les politiques est également élaboré en fonction de son utilité pour la lutte contre la pauvreté et pour la sécurité alimentaire durable, l’accent étant mis sur les produits constituant des biens publics internationaux. Les distorsions des politiques, les déficiences institutionnelles et les biens publics mal définis persisteront au niveau local, national et international en entravant la diffusion et l’adoption des nouvelles technologies. Les recherches sur les politiques dans les centres du gcrai tireront profit des progrès accomplis à ce jour dans les domaines de l’analyse spatiale, des nouvelles sciences de gestion, de l’économie institutionnelle, des modèles d’équilibre général et de l’économie politique. Les recherches sur les politiques au sein du système du gcrai ont fortement mis l’accent sur l’analyse et l’impact des politiques, mais ont moins insisté sur l’analyse des processus de décision. À l’avenir, il conviendrait d’accorder une attention plus grande à la recherche sur les processus d’économie politique et sur la formulation de règles et principes régissant la résolution des conflits et la réglementation de l’agriculture, des échanges et des questions liées à la gestion de ressources naturelles (voir annexe 2 pour de plus amples détails).
Les conséquences de court et de plus long terme des nouvelles vision et stratégie du gcrai sur les activités de recherche en sciences sociales du gciar et les programmes de recherche des centres n’ont pas été systématiquement abordées par le Comité consultatif technique ou les centres. Le nouveau cadre général de la recherche en sciences sociales et de la recherche sociale imprègne l’ensemble des sept volets stratégiques et des cinq cadres logiques de production. Eu égard à l’établissement de ce nouveau cadre, une question essentielle consiste alors à savoir comment améliorer le rôle des sciences sociales au sein du gcrai. Afin de favoriser la mise en œuvre d’un programme mis à jour de recherche en sciences sociales, il importe de faire le point sur l’état actuel de la recherche en sciences sociales au sein du gcrai. Il reste à conduire une étude systématique à cet égard.
La recherche en sciences sociales de ces dernières années
La recherche en sciences sociales dans le cadre du processus de recherche du gcrai à chacune des étapes de la recherche-développement
L’aperçu général présenté dans la présente section s’appuie sur une série d’exemples de recherche en sciences sociales au sein du
gcrai tirés des rapports d’évaluation externe des centres et des programmes à l’échelle du système rédigés depuis 1995 à la demande du Comité consultatif technique (Kassam, Barat et Moreddu, 2002
[7]), ainsi que sur une étude parallèle sur la capacité du personnel de recherche en sciences sociales au sein du
gcrai.
Au sein du gcrai, les programmes de recherche des centres sont planifiés et mis en œuvre à chacune des étapes de la recherche-développement. De manière générale, le programme de recherche est en principe composé de programmes générateurs de technologies et de connaissances situés dans la moitié gauche du continuum recherche-développement, ainsi que de programmes de fourniture de technologies et de connaissances situés dans la moitié droite. Le processus de recherche est en réalité un « cycle » d’activités divisé en quatre étapes génériques : (i) caractérisation initiale et études ex ante ; (ii) recherche et activités correspondantes dans les cinq catégories de production du gcrai [conservation du matériel phytogénétique ; amélioration du matériel phytogénétique ; systèmes de production durable et gestion des ressources naturelles ; analyse et gestion des politiques ; et renforcement des institutions nationales] ; (iii) activités de production liées à l’adoption des technologies et à la diffusion de l’information ; (iv) évaluation ex post de l’impact sur les résultats. Ce processus ou cycle de recherche à chacune des étapes de la recherche-développement, correspondant à l’un des centres du gcrai (adrao), est décrit de manière générique dans la figure 2 (Kassam, 1998).
Fig. 2
Le processus de recherche à l’adrao en rapport avec chacune des étapes de la recherche-développement (Kassam, 1998)
Cela étant, les informations sur la recherche en sciences sociales au sein du gcrai peuvent être réparties dans huit rubriques identifiables ci-après dans le cadre des processus de recherche de l’ensemble des centres.
- Sciences sociales et caractérisation des systèmes/ménages/productions agricoles, notamment le diagnostic et l’analyse ex ante du besoin et de l’impact (ca).
- Sciences sociales et conservation du matériel phytogénétique (cmp).
- Sciences sociales et amélioration du matériel phytogénétique (amp).
- Sciences sociales et systèmes de production durable et gestion des ressources naturelles (sp/grn).
- Sciences sociales et analyse des politiques (ap) et gestion (g).
- Sciences sociales et renforcement des institutions nationales (rin).
- Sciences sociales et adoption des technologies (at) et diffusion des informations en sciences sociales (di).
- Sciences sociales et évaluation ex post de l’impact (eepi).
Afin d’avoir une idée approximative de l’étendue des activités en sciences sociales au sein du
gcrai, notamment de la recherche sociale, les informations tirées de chacun de ces domaines d’activité sont réparties en plusieurs grandes catégories : informations essentiellement sociales (
s), essentiellement économiques (
e), ou à la fois sociales et économiques, c’est-à-dire socioéconomiques (
se). La catégorisation correspondante apparaît dans le tableau 1
[8].
Tableau 1
Portée des activités en sciences sociales par domaine d’activité
| Domaine | S | E | SE | Total |
| ca | 6 (32) | 4 (21) | 9 (47) | 19 (13) |
| cmp | 6 (67) | 1 (11) | 2 (22) | 9 (6) |
| amp | 7 (70) | 2 (20) | 1 (10) | 10 (7) |
| sp/grn | 7 (54) | 4 (31) | 2 (15) | 13 (9) |
| ap/g | 7 (29) | 13 (48) | 7 (23) | 31 (21) |
| rin | 9 (50) | 4 (22) | 5 (28) | 18 (12) |
| at/di | 5 (29) | 5 (29) | 7 (41) | 17 (12) |
| eepi | 9 (32) | 12 (43) | 7 (25) | 28 (19) |
| Total | 58 (41) | 47 (32) | 40 (27) | 145 (100) |
Notes : Les abréviations sont développées dans le corps du texte.Les valeurs entre parenthèses sont les pourcentages par rapport aux totaux par colonne (pour les trois premières colonnes) et par ligne (pour la quatrième colonne).
La catégorie S renvoie soit à l’activité de recherche sociale elle-même, soit au processus de recherche sociale utilisé pour mener la recherche où les situations, variables et problèmes sociologiques et anthropologiques sont abordés en fonction des objectifs du gcrai. Ces derniers portent sur les modèles agricoles, la propriété traditionnelle, les problèmes sexospécifiques, l’équité, l’autonomisation, la gestion des ressources collectives, les structures et institutions sociales, qui entrent tous en ligne de compte dans la gestion et le rendement des ressources : qui les possède et les contrôle, qui bénéficie de leur utilisation, qui est responsable, etc. Ces variables s’inscrivent dans le cadre d’activités liées aux savoirs autochtones, à la caractérisation des systèmes ou ménages agricoles, à l’évaluation ex ante des besoins de subsistance en milieu rural, à la gestion des ressources collectives, aux questions sexospécifiques, à la recherche participative, etc.
La catégorie e correspond aux activités où les principales variables des sciences sociales ont une orientation en premier lieu économique, par exemple, les aspects économiques des systèmes de production, les analyses économiques entrées-sorties, le coût de l’eau et des autres ressources, le retour sur investissement économique des études, les évaluations ex post de l’adoption et l’analyse économique contrefactuelle.
La catégorie se renvoie aux activités en sciences sociales qui englobent les deux types de variables, sociales et économiques, désignées toutefois sous le terme générique de « socioéconomiques », sans être clairement distinguées ou éventuellement séparées par les données fournies dans les documents d’évaluation externe considérés.
Chaque activité, classée dans une des trois catégories mentionnées ci-dessus et représentant un ensemble concret, en général un projet ou une entité du même ordre, a reçu la note 1. Toutes les activités en sciences sociales dans chacun des huit domaines d’activité ont été notées. Les notes apparaissent dans le tableau 1. Même si cette approche peut être sévèrement critiquée pour son caractère par trop subjectif, les notes nous offrent néanmoins une idée de l’orientation et de l’intensité relative approximative des efforts déployés dans le domaine des sciences sociales vers chacun des huit domaines de recherche et activités correspondantes.
Les données consolidées montrent que quelque 41 % des activités en sciences sociales sont à caractère social, le reste ayant soit une portée économique (32 %), soit socioéconomique (27 %). Quelque surprenant que cela puisse sembler, l’étude sur les chercheurs en sciences sociales indique que seulement 20 % environ d’entre eux, au sein du gcrai, sont sociologues ou anthropologues par leur spécialité ou leur formation tandis que 60 % ont un profil d’économiste. Les 15 % restants, quoique n’ayant pas une formation de sociologues, ne sont pas non plus économistes. Il ressort de ces résultats que des chercheurs en sciences sociales, autres que les sociologues et les anthropologues, participent aux activités de recherche sociale, ce qui témoigne de la nécessité toujours plus grande d’intégrer l’apport de la recherche sociale dans les activités de recherche du gcrai.
L’analyse des politiques et la gestion (ap/g) se signalent comme le domaine d’application prédominant des sciences sociales avec une note de 31, correspondant à 21 % du total des activités en sciences sociales du gcrai, dont 29 % sont à caractère social. Avec une note de 28, l’évaluation ex post de l’impact (eepi) constitue le deuxième domaine d’activité en sciences sociales et correspond à 19 % du total des activités, dont 32 % sont à caractère social.
L’ensemble suivant d’activités en sciences sociales, où ces dernières ont une portée à peu près égale, couvre : la caractérisation (ca) avec une note de 21 (14 % du total des activités, 38 % étant à caractère social), le renforcement des institutions nationales (rin) avec une note de 18 (12 % du total des activités, 50 % étant à caractère social), et la recherche sur l’adoption des technologies et la diffusion de l’information (at/di) avec une note de 17 (12 % du total des activités, 29 % étant à caractère social). À la traîne se trouvent la recherche sur les systèmes de production et la gestion intégrée des ressources naturelles (sp/grn) avec une note totale de 13 (9 % du total des activités, 54 % étant à caractère social), la recherche sur l’amélioration du matériel phytogénétique (amp) avec une note de 10 (7 % du total des activités, 70 % étant 0 à caractère social), et la conservation du matériel phytogénétique (cmp) avec une note de 9 (6 % du total des activités, 67 % étant à caractère social).
S’agissant des atouts et faiblesses de la recherche sociale conduite par le gcrai, il semble que plus de la moitié des activités en sciences sociales dans le domaine de la conservation du matériel phytogénétique (cmp), de l’amélioration du matériel phytogénétique (amp), et des systèmes de production/la gestion des ressources naturelles (sp/grn) sont à caractère social. Toutefois, d’un point de vue relatif, ces trois domaines d’activité sont ceux qui ont été les moins abordés par les sciences sociales (22 % du total des activités). D’un autre côté, la recherche en sciences sociales portant sur la caractérisation (ca), l’analyse des politiques et la gestion (ap/g), le renforcement des institutions nationales (rin), l’adoption des technologies et la diffusion de l’information (at/di), ainsi que sur l’évaluation ex post de l’impact (eepi), représente 78 % des activités en sciences sociales avec toutefois une orientation principalement économique ou socioéconomique.
Pour obtenir une information plus « pointue » sur les activités de recherche en sciences sociales en soi par opposition à la contribution des sciences sociales au processus de recherche, toutes les activités en sciences sociales dans les huit domaines peuvent faire l’objet d’une autre classification selon qu’elles correspondent à la recherche en soi (r) ou au « processus de recherche » (p). Les résultats correspondants apparaissent dans le tableau 2.
Tableau 2
Proportion de la recherche en sciences sociales* dans chacune des trois rubriques sociale (S), économie (E), ou socio-économique (SE) pour ses huit domaines d’activité
| Activités | S | E | SE | Total |
| ca | 83 | 100 | 78 | 85 |
| cmp | 66 | 100 | 100 | 78 |
| amp | 50 | 100 | 0 | 60 |
| sp/grn | 43 | 100 | 0 | 57 |
| ap/g | 100 | 100 | 100 | 100 |
| rin | 0 | 0 | 0 | 0 |
| at/di | 50 | 40 | 57 | 50 |
| eepi | 89 | 92 | 100 | 93 |
| Total | 65 | 87 | 62 | 71 |
Notes : Les abréviations sont développées dans le corps du texte.* Les chiffres renvoient aux pourcentages de la recherche en soi par opposition aux activités liées au processus de recherche.
Quelques 71 % de l’ensemble des activités en sciences sociales semblent relever de la recherche en soi, le reste étant lié au processus de recherche. Les deux tiers environ de l’ensemble de la recherche sociale semblent relever de la recherche en soi. Ceci ne saurait pourtant laisser entendre que les activités en sciences sociales liées au processus ne représentent qu’une faible part. Les activités en sciences sociales relèvent au premier chef de la recherche en soi dans l’analyse des politiques et la gestion (ap/g), l’évaluation ex post de l’impact (eepi) et la caractérisation (ca), puis, dans une moindre mesure, dans la conservation du matériel phytogénétique (cmp), l’amélioration du matériel phytogénétique (amp), les systèmes de production durable et la gestion des ressources naturelles (sp/grn), l’adoption des technologies et la diffusion de l’information (at/di). La répartition est à peu près la même en ce qui concerne la recherche sociale. Si certaines activités en sciences sociales participent à l’amélioration des systèmes nationaux de recherche agronomique (rin), aucune d’entre elles ne relève de la recherche en soi, même si toutes les activités en sciences sociales liées à la gestion de la catégorie « analyse des politiques et gestion » (ap/g) relèvent de la recherche en soi.
L’étude sur le personnel signale que 124 chercheurs en sciences sociales collaboraient au système du
gcrai à la fin de l’année 2002, sur un total de 958 (soit 13 %), 39 de moins (une baisse de 24 %) qu’en 1995 (Comité consultatif technique, 1996, voir ci-dessus). En 1991, le pourcentage des chercheurs en sciences sociales était proche de 15 % (Collinson et Platais, 1992). Toutefois, l’allocation des ressources financières correspondantes n’a pas évolué de la même manière : la part du budget du
gcrai allouée aux activités en sciences sociales est passée de 14,8 % (voir ci-dessous) en 1995 à 15 % en 2001. Cette évolution, peut-être trompeuse, laisse à penser que les activités en sciences sociales ne sont pas toutes menées par des sociologues
[9].
Avis des rapports d’évaluation externe du Comité consultatif technique et des panels sur la recherche en sciences sociales
Les informations relatives aux recommandations du Comité consultatif technique et des panels d’évaluation sur la nécessité de renforcer la capacité de la recherche en sciences sociales, ainsi que sa composante relative à la recherche sociale, sont données par Kassam, Barat et Moreddu (2002). Ces informations ont été également rangées dans trois catégories (s, e et se) en faisant l’objet d’une sous-classification selon que le besoin de renforcement portait sur la capacité de la recherche en soi (Recherche) (c’est-à-dire sur un domaine de recherche en particulier ou sur les ressources en personnel), ou sur l’activité liée au processus (p). Chaque recommandation en faveur du renforcement de la capacité des sciences sociales a reçu la note 1. Le Comité consultatif technique et les panels d’évaluation ont formulé 60 recommandations favorables au renforcement des capacités des sciences sociales au niveau des centres. Chacun d’entre eux a été en effet encouragé à renforcer ses activités de recherche en sciences sociales soit par rapport à un domaine particulier, soit du point de vue des ressources en personnel.
Sur une note totale de 60, le Comité consultatif technique et les panels ont proposé le renforcement de la composante sociale de la capacité de recherche en sciences sociales dans 60 % des cas (note 36) ; de la composante économique dans 30 % des cas (note 18) ; et de la composante socioéconomique dans 10 % des cas (note 6). Le renforcement de la recherche sociale portait, dans 94 % des cas, sur la capacité de la recherche sociale en soi par un surcroît d’activités de recherche ou/et une augmentation des ressources en personnel. Le renforcement des capacités en recherche économique et socioéconomique concernait à chaque fois les activités de recherche et/ou les ressources en personnel.
Plusieurs des questions en rapport avec les capacités en sciences sociales spécifiques à chaque centre, soulevées par le Comité consultatif technique et les panels lors des évaluations externes, apparaissent ci-après.
Centre international d’agriculture tropicale (ciat)
Manque de données sociales de base appropriées.
Nécessité d’une plus grande prise en compte des préférences des utilisateurs dans le cadre des programmes d’amélioration génétique.
Nécessité d’élargir l’ensemble des indicateurs sociaux utiles.
Centre international pour la recherche forestière (cifor)
Nécessité d’un examen approfondi des aspects sociaux, institutionnels et liés à la titularisation du personnel.
Nécessité d’accorder une plus grande attention à la diversité sociale correspondant à la réalité.
Nécessité d’une articulation appropriée des données quantitatives plus familières aux chercheurs en biophysiques et aux économistes, et des données qualitatives recueillies par les sociologues et les anthropologues.
Nécessité d’un recrutement soutenu de femmes et de chercheurs en sciences sociales dans le cadre d’approches interdisciplinaires des problèmes liés aux zones rurales.
Centre international d’amélioration du maïs et du blé (cimmyt)
Le programme de sciences économiques du centre devrait progressivement se constituer en un programme de sciences sociales.
Centre international de la pomme de terre (cip)
L’attention de la direction du cip a été attirée sur ses capacités en sciences sociales réduites par l’affectation de chercheurs en sciences sociales très compétents à des tâches administratives.
Centre international de recherches agricoles dans les régions sèches (icarda)
En dépit de la contribution apportée par l’anthropologie, depuis dix ans, aux travaux du centre, l’icarda n’a toujours pas intégré l’anthropologie (écologie humaine et culturelle) dans ses recherches sur les ressources naturelles.
L’icarda devrait développer ses capacités de recherche sur le terrain dans le domaine des sciences sociales à caractère non économique.
Il reste à ses chercheurs en sciences sociales à développer une orientation reconnue et définie au niveau international.
L’icarda devrait conduire des études d’impact de ses principales technologies. Ces études seront facilitées par une amélioration de la qualité de son programme en sciences sociales.
WorldFish Center (également connu comme le Centre international pour la gestion des ressources aquatiques vivantes – iclarm)
Le centre reconnaît la nécessité à venir pour la recherche en sciences sociales d’être en phase avec la recherche technologique, ainsi que l’importance du maintien d’un équilibre critique entre les deux recherches.
Le panel a été préoccupé, compte tenu des exigences multiples, par le manque de chercheurs en sciences sociales et sur les politiques, particulièrement au niveau de la direction des recherches.
Une orientation sociologique et anthropologique plus accentuée serait profitable au programme de systèmes intégrés aquaculture-agriculture (iaasp) du centre. L’iaasp a été fortement influencé par l’environnement social et économique des communautés les plus vastes et n’a pas disposé du personnel compétent pour faire des recherches sur ces questions.
Centre international pour la recherche en agroforesterie (ciraf)
Il conviendrait que le ciraf, dans l’orientation de ses activités ainsi qu’en matière de contrôle de la qualité, tienne compte de l’importance de la recherche sociologique et économique, ainsi que de la nécessité d’évaluer les contributions de ces deux domaines de recherche pris séparément et non leur apport collectif désigné sous l’expression de « recherche socioéconomique ».
Une plus grande prise de conscience a été préconisée quant au caractère approprié des multiples voies de diffusion et d’adoption dans des conditions sociales, culturelles et environnementales distinctes.
Institut international de recherche sur les cultures des zones tropicales semi-arides (icrisat)
L’ensemble des scientifiques de la division socioéconomique et sur les politiques sont des économistes.
Les conclusions, relatives aux sexospécificités, des études ex post sur l’adoption/impact doivent être impérativement prises en considération lors de la conception ex ante des technologies.
Il est nécessaire d’atteindre une masse critique au moyen d’une plus grande interdisciplinarité dans le cadre de la recherche à la ferme et d’une meilleure intégration des sciences sociales et biologiques.
L’importance des appréciations et opinions des agriculteurs a été soulignée en vue de l’évaluation des résultats de l’icrisat et, partant, de la définition des priorités de la recherche et de l’aide aux politiques.
Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (ifpri)
Nette prépondérance des économistes au sein du personnel du centre.
Il conviendrait que l’ifpri continue à mieux sensibiliser à l’évaluation des impacts de la recherche en sciences sociales et de la recherche sur les politiques, et à renforcer les moyens pour ce faire.
Institut international d’agriculture tropicale (iita)
Il importe que les hauts responsables fournissent de meilleures instructions en matière de recherche en sciences sociales et qu’ils intègrent davantage cette dernière dans le programme général du centre.
L’iita a fortement encouragé le renforcement immédiat des capacités de recherche en sciences sociales.
L’approche de l’impact porte essentiellement sur le processus de diffusion et d’adoption des technologies, une attention moins grande étant accordée à la mise en évidence des incidences sociales et environnementales de cette adoption.
L’Institut international pour la recherche sur l’élevage (ilri)
L’ilri doit accorder une attention immédiate à la révision de son plan stratégique, en précisant clairement le rôle envisagé de la recherche en sciences sociales, compte tenu de l’importance des données de la recherche socioculturelle en matière d’élevage.
Certaines préoccupations ont été soulevées quant à la quasi-absence de la recherche sociologique.
Les évaluateurs ont accueilli favorablement l’engagement de l’ilri d’intégrer bientôt des compétences sociologiques au sein de son personnel de recherche.
Institut international des ressources phytogénétiques (ipgri)
Cinq domaines de recherche exigent une aide internationale, au nombre desquels figurent les questions d’ordre socioéconomique qui influent sur la participation des petits agriculteurs aux activités de remise en culture et de plantation.
La nature de l’ipgri a exigé une approche, axée sur les besoins, de la définition des objectifs et de la formulation des programmes nécessitant une étroite participation des partenaires réels ou potentiels (agriculteurs, ong, écologistes, organismes nationaux et internationaux, pouvoirs publics).
Le centre s’intéresse aux conséquences économiques des différentes orientations possibles en matière de ressources phytogénétiques.
L’inibap (Réseau international pour l’amélioration de la banane et de la banane plantain) élabore, en collaboration avec l’iita, les critères régissant un programme diversifié de recherche et de transfert des technologies dans le domaine de la lutte intégrée contre les ravageurs avec la participation des deux parties prenantes : agriculteurs et ong.
Il conviendrait que l’ipgri mette en place un Groupe consultatif/d’aide en documentation, par l’intermédiaire du sgrp, qui fournirait une documentation relative aux études, aux systèmes d’information géographiques et aux données fournies par les agriculteurs, et assurerait la promotion de la formation.
Enfin, la stratégie régionale de l’ipgri devrait insister notamment sur la conservation et la formation in situ.
Institut international de recherches sur le riz (irri)
La venue imminente d’un sociologue et d’un spécialiste des questions sexospécifiques à l’appui du département des sciences sociales de l’institut a été signalée.
Service international pour la recherche agricole nationale (isnar)
Il conviendrait que l’isnar développe une capacité de direction à part entière dans la production, l’acquisition et la diffusion des connaissances sur les politiques, l’environnement institutionnel et la gestion des systèmes nationaux de recherche agronomique, et qu’il mette à profit ces connaissances pour améliorer les politiques, les partenariats et les liens avec les systèmes de recherche localisés dans les pays les plus pauvres, ainsi que la gestion des organisations.
Institut international de gestion des ressources en eau (iwmi)
L’iwmi devrait examiner plus avant son rôle dans le transfert de la gestion de l’irrigation, en particulier pour ce qui concerne l’accès équitable à l’eau et la capacité du secteur privé à gérer les ressources en eau.
L’iwmi a été en mesure d’intégrer du personnel spécialisé dans ses activités socioéconomiques et biophysiques, cette approche interdisciplinaire étant tenue pour être l’un des atouts majeurs de l’iwmi, ainsi qu’un modèle à l’attention des autres instituts.
Association pour le développement de la riziculture en Afrique de l’Ouest (adrao) – Le Centre du riz pour l’Afrique
Un manque de continuité a été relevé dans le programme de recherche socioéconomique de l’adrao. Le panel a exhorté le centre à étudier les modalités de renforcement de la composante socioéconomique de ses recherches, rendu nécessaire par la complexité des systèmes irrigués.
Il conviendrait de mettre en place un nouveau programme de recherche stratégique sur les besoins de transfert technologique, l’accent étant mis sur les principaux obstacles d’ordre social et institutionnel à l’adoption des technologies rizicoles. Ce nouveau programme assurerait également une sensibilisation continue aux systèmes sociaux et de savoirs existants en vue d’accélérer la diffusion des nouvelles technologies rizicoles. Ce programme peut nécessiter la participation d’une équipe multidisciplinaire de scientifiques, notamment des sociologues et des anthropologues, qui n’est toutefois pas actuellement disponible.
Programme du gcrai à l’échelle du système en matière de ressources génétiques (sgrp)
Il reste au sgrp à entreprendre un diagnostic ou une recherche, orientée sur l’action, sur les questions sexospécifiques et la biodiversité. Compte tenu du défaut de connaissances sur l’analyse des sexospécificités dans le domaine de la conservation et de l’utilisation de la biodiversité, le sgrp a été encouragé à élaborer des méthodologies en matière de diagnostic et de recherche participative dans ce domaine. Il a également été invité à définir des critères de conservation durant les stades de postproduction, incombant souvent aux femmes, par la mise en réseau du système du gcrai et des autres instituts, à améliorer l’articulation des sciences sociales et des disciplines liées aux « technologies » influant sur la conservation des ressources génétiques, à nouer des liens avec d’autres initiatives à l’échelle du système du gcrai faisant appel à de nouvelles méthodologies d’analyse des sexospécificités, par exemple par un dialogue continu avec le réseau programme du gcrai à l’échelle du système sur la recherche participative et l’analyse de genre (swp/prga) ; ainsi qu’à institutionnaliser ces approches novatrices avec un succès reconnu. Il conviendrait que le sgrp développe une méthodologie participative en matière d’amélioration génétique dans le cadre d’un rôle plus actif dans la sélection végétale participative à l’appui de l’amélioration des cultures à la ferme.
Programmes du gcrai à l’échelle du système axés sur une approche écorégionale (spea)
Les initiatives visant à améliorer l’équilibre entre la recherche en sciences techniques et la recherche en sciences sociales ont été inégales. Le panel a donc recommandé un renforcement considérable des sciences sociales en vue d’atteindre cet équilibre.
Un cadre conceptuel révisé pour la recherche en gestion des ressources naturelles caractérisant le domaine de recherche, en termes de variables biophysiques, socioéconomiques, de marché et de politiques, essentiel pour comprendre le problème, concevoir et réaliser la recherche, et en extrapoler les résultats à des situations similaires.
L’excessive faiblesse de la capacité de la recherche en sciences sociales sur la gestion des ressources naturelles au sein des systèmes nationaux de recherche agronomique compromet la réalisation d’un meilleur équilibre entre la recherche en sciences sociales et la recherche en sciences techniques.
Outre des compétences inadaptées en matière de science économique, de sociologie et d’anthropologie, une faiblesse majeure risque d’apparaître également dans la recherche stratégique sur la prise de décision des agriculteurs et des communautés concernant la gestion des ressources naturelles.
Ces évaluations témoignent d’une forte impulsion donnée par le Comité consultatif technique et les panels d’évaluation pour que les centres renforcent leurs capacités en sciences sociales. Toutefois, ces centres, incapables pour la plupart d’y réagir de manière positive, restent en sous-effectif, en particulier dans les disciplines sociologiques et anthropologiques. Des faiblesses aussi évidentes dans l’analyse sociale dans le cadre de la recherche sur les innovations technologiques et sociales, dans la recherche sur les politiques sociales, ainsi que dans la recherche sur les réformes institutionnelles et organisationnelles, ne peuvent conduire qu’à des occasions manquées, ainsi qu’à des recherches d’un intérêt contestable et de piètre qualité.
Observations et recommandations finales
Les conclusions de l’étude de 1996 du Comité consultatif technique (Comité consultatif technique, 1996) selon lesquelles les recherches en sciences sociales « sont en plein développement au sein du gcrai » ne font que signaler l’ampleur des progrès réalisés dans cette direction par le système du gcrai depuis 1992 dans la conduite de ses recherches en sciences sociales. La recherche en sciences sociales évolue depuis 1996, en particulier dans les domaines relatifs aux variables sociales et socioculturelles, et à la recherche participative. Cette évolution n’a toutefois pas forcément atteint une maturité et une profondeur suffisantes pour avoir un impact durable et de grande échelle, ou pour permettre de comprendre comment arriver à un tel impact, ou même pour repérer les grandes inconnues sociales et institutionnelles pouvant constituer des obstacles à une élaboration efficace des politiques sociales et aux interventions de lutte contre la pauvreté. Même si l’allocation globale des ressources à la recherche en sciences sociales demeure à un niveau de 15 % depuis 1995, plusieurs évolutions ou changements importants dans l’action des sciences sociales se font sentir dans l’orientation, la composition et la répartition générales du processus ou cycle de recherche du gcrai, ainsi que dans le contenu de sa recherche sociale.
En l’absence de toute étude récente comparable conduite par le Comité consultatif technique, les données de l’évaluation externe présentées dans la publication de Kassam, Barat et Moreddu (2002) offrent, quoique de manière approximative, une analyse générale de la portée et de la nature de la recherche en sciences sociales au sein du gcrai au cours de ces dernières années. Plus d’un tiers de ses activités en sciences sociales pourraient être classées comme étant à caractère social, mais seulement 60 % d’entre elles relèvent d’une véritable recherche, le reste étant lié au processus de recherche. Les deux tiers environ de l’ensemble du personnel de recherche en sciences sociales au sein du gcrai sont des économistes, et moins de 25 % sont issus des disciplines sociologiques et anthropologiques. Je ne peux dire si cet équilibre entre les disciplines est approprié ou non, mais il exercera nécessairement une forte influence sur la nature des activités de recherche en sciences sociales du groupe. Toutefois, si la diminution des capacités en sciences sociales est réelle depuis 1995, il importe d’en rechercher les raisons fondamentales, notamment au regard de la légère hausse enregistrée, semble-t-il, dans le nombre total de scientifiques travaillant au sein du gcrai durant cette même période.
En outre, il est impossible de se prononcer sur l’équilibre entre les disciplines sans une analyse approfondie des contextes, ainsi que des questions et problèmes, pouvant faire l’objet d’une recherche, qui nécessitent la participation des sociologues et anthropologues à des activités interdisciplinaires et transdisciplinaires. En théorie, il est possible d’enrichir puissamment la recherche sur l’économie, les politiques et la gestion axée sur les populations pauvres en l’intégrant avec la recherche sociale. Toutefois, une mission essentielle reste la définition des problèmes sociaux et socioculturels, se prêtant à la recherche, susceptibles de déterminer l’intérêt, la qualité et l’impact des travaux de recherche du gcrai.
Actuellement, le déficit de recherche sociale est sans conteste une réalité. Les nouvelles vision et stratégie du gcrai fournissent un cadre général d’orientation de l’action du système du gcrai vers ses objectifs d’aide centrés sur les populations pauvres. Un certain nombre d’éléments dans l’ensemble des sept volets stratégiques et des cinq principaux cadres logiques de production