Revue internationale des sciences sociales
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I.S.B.N.9782749202945
192 pages

p. 707 à 708
doi: en cours

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n° 182 2004/4

2004 Revue internationale des sciences sociales Document

L’unesco et le Forum social mondial : les trois premières années

Germán Solinís Secteur des Sciences sociales et humaines, unesco
Le Forum social mondial (fsm) est un événement historique fondamental, issu d’un processus et non pas du hasard ou de la nécessité, celui de la lutte des peuples pour la transformation positive de la société. Par rapport à ce processus, l’unesco se trouve dans une position à certains égards paradoxale. Si les objectifs et les aspirations de la mobilisation rejoignent à bien des titres ceux de sa propre constitution, la montée en puissance d’une « société civile internationale », le renouvellement de la structure de l’espace public, la reformulation d’une gouvernance mondiale remettent en cause les logiques de régulation exclusivement intergouvernementales, dont l’unesco est, par essence, partie prenante. Il s’agit ici d’indiquer comment l’unesco a pu trouver une place dans l’aspiration à une démocratie au-delà des frontières stato-nationales, ainsi que de nouveaux mécanismes d’interaction entre les acteurs impliqués, ou qui devraient l’être, dans le système international.
L’action de l’unesco, dans ce cadre, répond à deux impératifs : comprendre et suivre les transformations sociales porteuses d’espoir, accompagner et développer des dialogues responsables entre connaissances scientifiques, savoirs empiriques et action publique auprès des principaux acteurs des enjeux contemporains, appartenant aussi bien à la société politique qu’à la société civile. Contribuer à la construction collective d’un nouvel ordre social et mondial plus juste et participer à la réforme de la coopération pour le développement sont essentiels au nécessaire changement du système multilatéral. Pour cette raison, le renforcement du dialogue avec la société civile est un des éléments de base des réformes du système des Nations unies en général et de l’unesco en particulier.
 
2001 : Porto Alegre, Brésil, 25-30 janvier, 16 000 participants « Un autre monde est possible »
 
 
En tant qu’organisation internationale, l’unesco ne participe pas en tant que telle au fsm. Sa contribution passe donc par les partenariats issus de ses programmes. C’est le programme de Gestion des transformations sociales (Management of Social Transformationsmost) qui a joué ce rôle au premier fsm, dans le cadre du partenariat avec deux institutions brésiliennes : l’Université Fédérale de Rio Grande do Sul et la Fondation pour la recherche de Rio Grande do Sul. Deux tables rondes, réunissant douze chercheurs et experts du développement d’Afrique, Amérique latine, Asie et Europe, ont été organisées – « Les acteurs non-étatiques dans la gouvernance démocratique » et « Quelles articulations entre l’État, les ong et le secteur privé dans la promotion du bien public ? » – au cours desquels les participants ont développé quatre points essentiels : 1) le rôle de l’État et celui des mouvements sociaux dans le renforcement des démocraties ; 2) les instances de régulation internationale existantes et à mettre en place ; 3) les moyens d’instaurer une gouvernance démocratique du système mondial ; 4) le rôle des Nations unies et des acteurs non-étatiques dans cette « gouvernance démocratique mondiale ».
Le contenu des discussions a été repris dans le livre collectif : Démocratie et gouvernance mondiale : Quelles régulations pour le xxie siècle ?, sous la direction de Carlos Milani, Carlos Arturi et Germán Solinís (Paris, unesco-Karthala, 2003). Ce livre est également paru en traduction portugaise et plusieurs articles en ont repris les principaux éléments.
 
2002 : Porto Alegre, Brésil, 31 janvier-5 février, 60 000 participants De la « globalo-phobie » à la « globalo-critique »
 
 
À l’invitation des partenaires brésiliens du programme most, et dans le cadre d’un travail au sein de l’unesco réunissant les secteurs des Sciences humaines et sociales, de l’Éducation et de la Culture et intégrant les résultats d’une large consultation d’organisations non-gouvernementales, l’unesco a contribué à trois ateliers organisés dans la Faculté d’études politiques de l’ Université Fédérale de Rio Grande do Sul :
  • sous l’égide du programme most, un atelier sur les politiques urbaines et la nécessité de la planification et de la régulation du développement urbain ;
  • sous l’égide du secteur de l’Éducation et du Consejo de Educación de Adultos de América latina, un atelier sur les enjeux éducatifs face à la mondialisation ;
  • enfin, sous l’égide du programme most et du secteur de la Culture, un atelier sur la démocratie, les gouvernances et les complexités face aux défis du pluralisme culturel.
En outre, un stand d’information, d’animation et de promotion s’est tenu dans la zone centrale d’exposition. Les débats des ateliers et les autres activités de l’unesco pendant le fsm 2002 ont été recueillis dans une série de documents de discussion du programme most.
 
2003 : Porto Alegre, Brésil, 23-28 janvier, 100 000 participants De « l’anti-mondialisation » à « l’alter-mondialisation »
 
 
Lors du fsm 2003, l’unesco a été pour la première fois reçue à titre officiel, invitée à la première des « tables rondes de controverses », nouvelle modalité mise en œuvre par The Bridge Initiative on Globalization (http:// www. bridge-initiative. org), afin d’engager le dialogue entre membres de la société civile et représentants gouvernementaux, politiques et d’organisations internationales. Le représentant du Directeur général a ainsi participé à la Table ronde : « Quel type de globalisation et comment le monde doit-il être gouverné ? »
Le message de l’unesco à cette occasion s’est résumé par un appel qui reprend les dimensions constitutives de son mandat institutionnel : « Si mondialisation il y a, cela doit être celle des droits humains, celle de l’éducation pour tous, et celle de la diversité culturelle, qui élargit les libertés des choix pour tous ». Deux thèmes ont en particulier été privilégiés dans les différents séminaires et tables rondes : l’éducation pour tous et la diversité culturelle.
 
Vers Porto Alegre 2005, 26-31 janvier « Un autre monde possible, nécessaire, et urgent »
 
 
L’unesco est donc attentive au fsm en ce qu’il pose les fondations d’un mouvement citoyen alternatif dans un processus de construction collective ; œuvre à la construction d’une société mondiale centrée sur l’être humain ; vise la lutte contre toute forme d’exclusion ; réunit les acteurs du futur, partenaires essentiels du développement en tant que membres de la société civile : intellectuels, activistes, scientifiques et militants. Cette attention, et cette participation active à son devenir (cf. www. unesco. org/ most/ wsfunesco. htm) s’inscrivent dans la volonté du système des Nations unies de reconnaître la société civile comme un acteur important de la coopération internationale tout comme de la reconstitution des liens avec la société politique.
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