Droits du corps et perversions de la guerre : droits et violences sexuels dix ans après Beijing
Rosalind P. Petchesky
Le Plan d’action de Beijing (1995) et les documents connexes – ceux de la Conférence de Vienne sur les droits de l’homme (1993) et de la Conférence internationale sur la population et le développement (1994) – ont représenté des étapes importantes pour faire reconnaître ce que l’on pourrait appeler les droits du corps. Il y a là des droits positifs s’agissant de l’expression sexuelle, de la liberté de procréation et d’accès aux soins de santé, en même temps que des droits négatifs, notamment le droit à ne pas subir la violence et la torture. Dix ans après, les corps violentés des hommes d’Abou Ghraib, de Guantanamo et du Gujarat semblent ridiculiser certains des postulats fondamentaux de Beijing, à savoir que les femmes sont essentiellement les victimes et non pas les auteurs de violences corporelles et que, en tant que telles, les femmes sont, ou devraient être, les principales bénéficiaires des droits à l’intégrité corporelle. La présente étude revient sur ces postulats dans le sillage de la « guerre contre le terrorisme », de l’extrémisme religieux et des pratiques de violence racialisée, sexuelle et souvent homophobe dirigée contre des hommes dans le cadre de guerres et de conflits ethniques. En particulier, l’auteur examine la guerre d’Iraq et comment celle-ci configure ces pratiques selon des modalités anciennes et nouvelles. L’objectif n’est pas de rejeter les conceptions féministes mais plutôt de mettre en cause l’attitude qui consiste à privilégier de façon exclusive la femme en tant que détentrice de droits sexuels et d’ouvrir le débat en faveur de coalitions nouvelles et plus larges de mouvements sociaux de lutte pour les droits du corps.
• L’héritage positif de Vienne, du Caire et de Beijing
— Droits formels
— Les nouveaux acteurs politiques
• Négations : la violence sexuelle dans la guerre et l’extrémisme ethnoreligieux
• Conclusion : élargir les coalitions
• Références