Le droit contre la morale ? L’accès aux médicaments contre le sida en Afrique
Fred Eboko
La question de l’accès aux antirétroviraux (arv), molécules associées pour les polythérapies contre le sida a mis au jour un débat international important, du point de vue tant économique que politique et philosophique. Ce texte propose de déconstruire les questions morales que les ong internationales ont permis de poser face aux logiques économiques et juridiques des laboratoires pharmaceutiques. Le continent africain, qui paye le plus lourd tribut à la pandémie du sida, avec 70 % des cas de contamination, sera le prisme par lequel ces questions seront appréhendées. Après une brève chronologie du processus par lequel les arv sont passés du monopole commercial des firmes pharmaceutiques à celui de « biens publics » prônés par les ong, la question de l’État africain se pose ici. Dans un champ aux multiples dynamiques, les États subsahariens jouent avec les normes internationales (ou les déjouent) suivant des circonstances où l’épidémiologie compte moins que les rapports de force ou les manifestations de faiblesse politique dans ce contexte multipolaire. Entre l’économique et le politique, entre la morale et le droit, la « biopolitique » qu’incarne la pandémie du sida montre une Afrique très éprouvée. Les responsabilités « morales » des uns comme l’acuité des mobilisations collectives des autres, une fois décrites, incitent aussi à mettre en exergue celles des États africains face au drame le plus abrupt que l’Afrique ait jamais connu en un temps aussi court.
• L’accès aux médicaments contre le sida : quelques éléments de chronologie
• Oligopoles pharmaceutiques et oligarchies biomédicales africaines : des affinités électives
— La société civile transnationale contre le libéralisme économique : logiques et apories
• Le sida en Afrique : de l’économie politique d’une tragédie à une polyarchie internationale
— De « l’adhésion passive » à l’offensive des médicaments
— Le contexte international : de plusieurs pôles à une approche multisectorielle
— Le Pepfar américain : une approche unilatérale contre le multilatéralisme du Fonds mondial ?
• Conclusion : le médicament comme objet politique et comme instrument international
• Références